Il était tard. Aux environs de quatre heures du matin. L'école était presque entièrement endormie après les réjouissances d'Halloween. Les choses avaient été faites en grand cette année là. Le festin servi au dîner avait été pantagruélique, les élèves s'étaient amusés à trouver des costumes tous plus originaux et amusants les uns que les autres.

Mêmes quelques Professeurs s'étaient laissés prendre au jeu ! Et ce fait là en particulier avait mis le cœur des élèves en fête. Ils s'étaient amusés à comparer et noter les idées farfelues de leurs Professeurs afin de déterminer laquelle était la plus réussie et celle la plus ridicule.

L'ambiance avait été détendue, de la musique avait résonné dans les couloirs de l'école jusque tard dans la soirée. Les rires, les conversations et cris faussement effrayés s'étaient répercutés contre les murs de pierre dans un joyeux vacarme. Et tout le monde s'était plus ou moins accordé à dire que la soirée était une vrai réussite.

Ils en avaient eu besoin.

Après les malheureux événements de l'année précédente, les agressions, l'infirmerie envahie par des corps pétrifiés, l'angoisse, la méfiance et la peur qui en avaient résulté... La population Poudlardienne n'était plus aussi insouciante qu'elle était sensée être. Et pour ne rien améliorer, le Monde Magique avait appris avec stupeur durant l'été qu'un dangereux criminel du nom de Sirius Black, enfermé d'urgence à la terrible prison d'Azkaban pour le meurtre de douze Moldus et un Sorcier, s'était évadé...

Le Monde Magique évoluait dans une torpeur faite d'angoisse, de paranoïa et de défiance depuis lors.

L'humeur morose et angoissée de la Communauté avait contaminé l'École de Sorcellerie à plus forte raison : Les Détraqueurs, gardiens d'Azkaban, Créatures des Ténèbres ayant la capacité à absorber toute pensée heureuse alentours et d'aspirer l'Âme de leurs victimes par le biais de leurs monstrueuses bouches, étaient postés tout autour de l'école.

Plus personne ne pouvait entrer ou sortir des terres de Poudlard sans l'autorisation expresse du Directeur. Et la forte concentration de ces Créatures autour de l'école influençait grandement sur l'humeur ambiante...

Aussi l'équipe enseignante -fortement influencée par leur Directeur- avait eu l'idée de proposer cette Halloween-party aux élèves, afin de ramener un peu de rire et de légèreté dans ces murs. Le pari avait été tenu avec succès.

Parmi les élèves, il y en avait deux qui étaient particulièrement ravis de leur soirée.

Dans le dortoir des garçons de cinquièmes années, dans la tour des Gryffondor, deux garçons en tous points identiques souriaient de toutes leurs dents en faisant l'inventaire des blagues qu'ils avaient glissés dans la soirée afin d'ajouter encore à l'animation de la fête.

Fred Weasley, après avoir chaudement congratulé son frère pour cette soirée bien réussie, se plongea dans un fouillis de parchemins afin de valider sur papier les idées qui avaient fonctionné. Ce qui était simple : aucune n'avait échoué !

George, de son côté, avait sorti un parchemin d'apparence vierge tout en discutant joyeusement avec son jumeau. La blague qu'il avait préféré, hormis la potion qui faisait apparaître des mini-chauves-souries qui s'échappaient des oreilles des victimes du jus de citrouille piégé, c'était l'apparition soudaine et Ô combien réjouissante de quenottes de vampire chez leur Professeur de Potion après avoir ingéré un innocent morceau de banane au moment du dessert...

Le grand homme...

Fred et George l'admiraient réellement. C'était un véritable puits de science et les jumeaux regrettaient amèrement de ne pas avoir accès à toutes les connaissances qui étaient les siennes. Ce Chercheur en Potion était le professeur idéal pour les deux créateurs de blagues qu'étaient les jumeaux...

Oui, s'ils s'étaient autorisés cette blague (peu d'élèves s'y seraient risqués), c'était en quelque sorte pour lui rendre hommage et lui signifier toute l'admiration qu'il leur inspirait.

Tordue comme idée ? Peu importe ! Cet homme était un génie et méritait qu'ils lui fassent comprendre qu'ils n'étaient pas indifférents à son existence, surtout en ce lieu de savoir et de sagesse !

Hum.

Alors que Fred continuait à marmonner en faisant des annotations sur les parchemins, George fouillait des yeux le parchemin qu'il tenait dans ces mains et qui n'était plus si vierge. Lee Jordan avait un rendez-vous galant cette nuit, profitant de la confusion induite par les costumes d'Halloween pour se faufiler dans un dortoir dans lequel il n'était normalement pas admis...

George roula des yeux en pensant à la Serpentard la plus insignifiante qu'il ait jamais connu et qui semblait faire battre le petit cœur d'artichaut de son ami... Tss. Tant qu'à faire que de cibler une Serpentard, autant en choisir une avec les attributs que l'on prêtait à ces élèves là... Les serpents, ça mord. Et c'était bien là l'intérêt de la chose, non ? Cette Tessa après laquelle Lee courait avait tout d'une Poufsouffle...

Se désintéressant des deux points indiquant Tessa et Lee, effectivement réunis dans les dortoirs des Serpentards, George laissa ses yeux dériver vers la tour Gryffondor et vérifia rapidement que sa petite sœur Ginny se trouvait bien là où elle devait être avant de faire de même avec son petit frère Ron.

Seulement, voilà. Lorsque ses yeux accrochèrent l'étiquette indiquant Ronald Weasley, ses yeux se figèrent et son sang se glaça. Il n'entendait plus son jumeau babiller à ses côtés et n'avait plus aucune conscience de son environnement. Seulement de ça. Cette chose. Incroyable, inimaginable. Horrible et intolérable.

« Fred. Nous avons un petit problème. »

« Mmh ? Quoi ? Me dis pas que McGo vient faire sa tournée d'inspection, ce soir ? À cette heure si la pauvre vieille dame doit être dans son panier à chat en train de ronronner tout ce qu'elle peut ! Avec la soirée qu'on vient d'avoir, ce ne serait pas raisonnable de sa part de- »

« Non. C'est pas ça. »

Surpris par le ton glacial et colérique de son jumeau, Fred s'installa à ses côtés et observa ce qui semblait captiver George sur la carte des Maraudeurs.

« Qu'est ce qu'il y... Oh ! Nom d'un gnome velu ! Ron ! »

« Je ne sais pas qui est ce Peter Pettigrow qui ose se faufiler impunément dans le lit de notre précieux et innocent petit frère, mais crois moi, lorsque je lui aurai mis la main dessus, il regrettera d'avoir eu l'audace de déniaiser notre petit Ronni-chou ! »

« … Par Merlin. Je ne sais pas si je dois me sentir fier de voir Ronnie devenir un homme, ou bien... ou bien... Mince. George. J'en perds mon latin... »

« Fred ! Il n'a que treize ans ! C'est encore qu'un petit garçon ! Il est hors de question que je laisse une telle chose se produire sous mon nez sans que je ne m'en mêle ! Et foi de Weasley ce petit con va avoir droit à "la conversation" dès demain ! Pas la peine de parler de ça à Percy, celui-là n'arrangerait certainement pas les choses ! Quand à papa... Bah, il y a encore deux mois à attendre avant de pouvoir le voir... »

« Ohlàlà... Ronnie... Qui aurait cru que notre petit bébé serait aussi précoce ? Et puis c'est qui ce gars ? Je ne connais pas de Peter dans les couloirs de Gryffondor... Ça te dit quelque chose toi ? »

« Étrangement... oui. Je ne sais pas pourquoi mais le nom "Peter Pettigrow" m'évoque quelque chose, mais j'arrive pas à mettre le doigt dessus... Mais je suis sûr d'une chose, je n'ai jamais croisé ce type. Pour le moment... »

« Héhé... Georgie, tu deviens atrocement féroce et protecteur vis-à-vis de notre petit frère, soudain... S'il le savait, Ronnie en aurait une crise cardiaque. »

« Je m'en fous ! C'est moi qui frise là crise, pour le moment ! »

« Okay, okay... Calme toi Georgie. Dis, tu crois que c'est la première fois que ça arrive ? Je veux dire, j'ai vraiment aucun souvenir d'un Peter chez nous... Il va falloir qu'on mène l'enquête. Ce serait peut-être mieux de commencer par là plutôt que de sauter à la gorge de notre pauvre petit frère ? C'est pas rien mine de rien. Les premiers émois, et tout et tout... Et puis, il s'agit d'un mec. Faudrait pas non plus effaroucher le petit Ronnie. Il va se sentir mal sinon. Et si je suis bien sûr d'une chose frangin, c'est que le premier qui lui fait la moindre remarque sur ses préférences se souviendra du nom de Weasley jusque dans sa tombe... »

George regarda son frère, un peu surpris par le ton de plus en plus sérieux de Fred.

« Oooh, Freddie. Je crois que tu es aussi farouche et protecteur que tu m'accuses de l'être. »

« Arrête de rire. C'est vrai, j'en ai rien à faire des penchants de Ron, ça le regarde. Mais le premier qui s'en prend à lui sur ce point... »

« Oui, je suis d'accord. De toute façon, il n'y a que ses frères d'habilités à le taquiner et à se moquer de lui. C'est un privilège qui ne doit pas dépasser le cadre familial. Et puis il faut bien qu'on le soutienne de temps à autre, sinon il finira par croire que nous ne l'aimons pas... »

Les jumeaux échangèrent un regard un peu honteux. En effet, ils ne lui avaient jusqu'ici que très peu montré leur affection et leur soutien. Il était tellement plus facile de rire de tout... Mais ils avaient tout de même conscience que leur attitude avait un impact sur le caractère et les réactions de leur frère. Ils soupirèrent en cœur, un peu contrits.

« Peter Pettigrow. Je suis pourtant sûr d'avoir entendu ce nom quelque part. Si seulement je pouv- OH ! MERDE ! Fred ! Va chercher McGo ! MAINTENANT ! »