Chapitre 26 : la métamorphose d'Ashley

Harry, plongé dans ses pensées, ne s'arrêta que lorsqu'il atteignit la gargouille servant d'entrée au bureau de Dumbledore. Il y avait bien longtemps que sa joue ne le brûlait plus, mais trop de choses lui venaient en tête pour qu'il songe à cesser de la toucher machinalement. Alors comme ça Rogue avait été mis à bout de nerfs… Et selon lui, c'était son père qui en était la cause… Malgré tout ce qu'il avait pu voir son lui, dans la pensine ou ailleurs, il s'imaginait mal son père en une personne si cruelle. Il n'aurait jamais pu ridiculiser Rogue ainsi, c'était impossible. Et en même temps, ne l'avait-il pas bien humilié lors de la fin de leur cinquième année ? Il fallait que Dumbledore lui apporte des réponses. Des réponses claires et précises. Il ne supporterait pas l'idée de vivre à la pensée que peut-être, son père avait été tellement horrible avec quelqu'un qu'il l'avait poussé à se faire mangemort…

Quand il arriva devant l'entrée du bureau, la gargouille immobile posa toujours le même problème : comment entrer ? Le mot de passe avait dû changer et de toute manière, il ne se souvenait pas du précédent.

-Harry ?

Ginger s'approchait et sembla surprise de le voir ici. Harry devait l'être encore plus ; pourquoi tenait-elle à aller voir Dubledore ?

-Je suis convoquée, expliqua-t-elle comme si elle avait lu dans ses pensées. Je crois que Dumbledore a des soupçons au sujet de Marietta Edgecombe.

-Ah… dit seulement Harry. Et… Tu vas avouer ce que tu sais ?

-Ca ne va pas ! Ca reviendrait à trahir Ashley ! Et toi, qu'est-ce que tu fais là ?

-Oh, j'ai eu une petite accroche avec Rogue, il y a quelques minutes…

-Ah ouais… Tu vas te plaindre ?

-Non, répondit Harry, la gorge sèche. Je veux juste des réponses à quelques questions que je me pose…

-Ah, d'accord. Bon bah à plus tard alors ! Moi je file parce que je suis déjà en retard ! Ca ne te gène pas d'attendre, au moins ?

Elle n'attendit même pas la réponse et annonça le mot de passe. La gargouille s'écarta et laissa apparaître un passage qu'elle emprunta, puis elle disparut et Harry se retrouva à nouveau seul avec ses pensées désagréables…

Harry s'était assis bien avant que Ginger ne réapparaisse, l'air complètement dépitée. Il n'eut pas besoin de lui demander pour savoir pourquoi elle faisait une telle tête. Dumbledore avait dû accuser Ashley… Il avait raison, après tout. Une chose de cette importance ne pouvait rester bien longtemps inconnue du directeur. Et il ne le faisait pas sans raisons…

Cependant, il fut contraint de la quitter pour lui-même s'entretenir avec le directeur. Il avait lui-aussi des choses importantes à lui dire.

Quand il entra dans son bureau, Dumbledore était assis dans son siège et lui tournait le dos, cherchant quelque chose quelque part. Quand il lui fit face, Harry put constater qu'il s'agissait en fait d'une bassine de pierre aux bords gravés de runes, appelée pensine.

-Bonsoir, Harry, salua-t-il d'une voix fatiguée.

-Bonsoir, professeur.

Dumbledore posa sa pensine sur un côté de son bureau et l'interrogea du regard.

-Euh, je viens de parler avec le professeur Rogue, commença Harry sans trop savoir comment lui exposer la situation, et euh… Premièrement, il ne veut plus que j'assiste à ses cours.

Dumbledore poussa un long soupir et lui fit signe de continuer. Mais comme Harry se tut, il fut contraint de prendre lui-même la parole.

-Je m'arrangerai avec lui. Mais je veux d'abord que tu m'expliques exactement ce qui s'est passé…

-C'est vrai, admit Harry. Mais voyez-vous, je ne sais pas trop par où commencer…

-Essaie par le début ! encouragea Dumbledore.

Harry n'avait aucune idée de s'il plaisantait ou non, mais toujours était-il que cela ne l'aidait pas vraiment. Devait-il avouer qu'il s'était mal comporté et avait provoqué son professeur en lui lançant à la figure des choses qu'on ne devrait jamais dire, même à quelqu'un qu'on détestait particulièrement ?

-Je ne suis pas là pour te juger, Harry, murmura doucement Dumbledore. On peut tous faire des erreurs…

Harry préféra parler plutôt qu'affronter le regard perçant qu'il lui lança, comme s'il cherchait à lire tout au fond de lui.

-Et bien voilà, commença-t-il, le professeur Rogue m'a retenu après le cours de tout à l'heure. Il a commencé à me parler de mon père plus ou moins calmement, jusqu'à ce que le ton monte…

Marquant une courte pause, il fut encouragé à continuer par le directeur.

-Je vous épargnerai les détails, mais toujours est-il qu'un moment, Rogue m'a annoncé que… que c'était de la faute de mon père qu'il s'était fait mangemort…

Dumbledore soupira à nouveau et s'enfonça dans son fauteuil. Il leva les sourcils et se plongea dans ses réflexions, comme s'il cherchait à se souvenir de quelque chose qu'il avait oublié, et Harry attendit, les yeux posés sur Fumseck, le phénix du directeur.

-Et euh…

Harry ne savait plus trop s'il devait continuer.

-Vas-y, Harry ! dit Dumbledore en se redressant. Poursuit ton récit.

-Et notre discussion a mal tourné, puis je lui ai dit des choses peu sympathiques…

-Comme quoi ?

Harry était vraiment embarrassé de devoir lui révéler cette information. Il n'avait pas été très correct…

-Je lui ai dit qu'il avait raté sa vie, et que c'est pour ça qu'il s'était fait mangemort, et donc qu'il cherchait à remettre la faute sur mon père…

-Ce qu'il faut bien que tu comprennes, Harry, soupira Dumbledore, c'est que ce genre de décisions ne n'est jamais pris au hasard. De nombreux facteurs agissent plus ou moins directement…

-Donc vous pensez qu'il a raison ? dit Harry plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

-Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, Harry, répondit posément Dumbeldore. A cette époque, la plupart de ceux qui se faisaient mangemorts n'étaient pas des gens foncièrement mauvais, mais plutôt des personnes déçues et au bout du rouleau, si je puis dire. Il y avait bien sûr quelques exceptions : il existe des sorciers qui aiment faire le mal, ou qui viennent de familles de mages noirs. Lucius Malefoy, par exemple, a été élevé avec des principes qui ont fait que pour lui, le choix n'a pas été très difficile à réaliser. C'était une sombre époque, Harry… Et comme dans toutes les sombres époques, certains choix s'avèrent être les mauvais. Le professeur Rogue s'est aperçu que sa place n'était pas du côté du mal, et il a eu le courage de revenir sur sa décision…

Harry se fichait de savoir tout cela et il ne manqua pas de le faire remarquer. Ce qu'il voulait savoir, c'était si oui ou non, son père avait été la cause du choix de Rogue. Si oui ou non, il avait agi comme le pire des crétins. Si oui ou non, il s'était comporté peut-être plus mal encore que son ennemi d'enfance…

Dumbledore ne répondit tout d'abord pas. Sans doute réfléchissait-il à la réponse la plus appropriée… Mais Harry bouillonnait de savoir la vérité.

-Pour tout te dire j'ignore si c'est James qui l'a poussé à bout, avoua soudain Dumbledore. Je sais seulement qu'ils se haïssaient plus que tout au monde. Peut-être que ton père a joué un rôle ! Peut-être que mises bout à bout, toutes ses insultes lui ont fait plus d'effet qu'il ne le laissait paraître, et qu'au fond de lui elles l'atteignaient fortement. Peut-être que c'est tout ce que ton père a pu lui dire qui l'a fait lâcher… Mais si telle est la réponse à la question, je sais qu'il ne l'aurait jamais fait volontairement. Le professeur Rogue a eu une enfance difficile, tu sais, Harry, et avec le temps il se forme une carapace autour de l'esprit. Ou du moins c'est ce qu'il a voulu qu'on pense. Mais même des années après, certaines pensées sont douloureuses. Et s'il ne montrait pas sa douleur, comment savoir s'il souffrait ? Il cachait ses sentiments… Je pense que c'est le problème qui s'est posé, avec ton père. Il ignorait que Rogue souffrait de tout ce qu'il pouvait lui dire. Sinon il aurait cessé de toucher ses points faibles. James n'aimait pas faire souffrir les gens, Harry…

-En attendant il a quand même fait passer quelqu'un du mauvais côté, bougonna Harry, la voix déformée par la rancœur.

-Qu'est-ce qui te fait dire ça, Harry ? Personne ! Je n'ai jamais dit que c'était ce qui s'était passé ! Je t'ai seulement avoué qu'en effet, ton père et ton professeur se détestaient et qu'ils n'y allaient pas toujours tout en douceur quand ils se parlaient ! Mais c'était valable des deux côtés, et ton père est resté sur le bon chemin !

-Excusez-moi, professeur, mais je ne comprends plus rien, avoua Harry.

-Ce que je veux dire, expliqua Dumbledore, c'est que même si ton père et lui se haïssaient, cela ne constitue pas une raison pour changer de camp. Et donc j'en viens à penser qu'il y a autre chose et que tout mis bout à bout a fait lâcher ses nerfs…

-Dans ce cas pourquoi s'acharne-t-il sur mon père, et remettant toute la faute sur lui ? répliqua Harry avec mauvaise humeur. Ce n'est plus de son âge d'accuser à tort quelqu'un que l'on n'aime pas !

-Maintenant que tu me le dit, murmura Dumbledore d'une voix songeuse, il y a peut-être autre chose qui touche à ton père et qui aurait pu le décider…

Il plissa les yeux de réflexion tout en entortillant sa longue barbe argentée, en semblant peser pour le pour et le contre. Puis il prit une profonde inspiration et comme s'il avait décidé de tout dire, il reprit la parole :

-Ta mère…

Dans le silence de la nuit naissante, ces paroles eurent un effet absurde qui fit rire Harry. Pourtant, Dumbledore était tout ce qu'il y avait de plus sérieux.

-Ce n'est pas une plaisanterie, Harry… reprocha-t-il. Je crois qu'elle a joué un rôle dans cette histoire…

-Ma mère ? répéta Harry avec béatitude. C'est de mon père que l'on parlait. C'est mon père que Rogue accusait il n'y a même pas deux heures !

-Ton père qui a finalement réussi à séduire ta mère, Harry… Le pire ennemi du professeur Rogue qui a en définitive réussi à conquérir l'amour de la seule personne ne lui ayant pas tourné le dos…

-Rogue n'aimait pas ma mère, lança Harry sèchement. Pour lui, ce n'était qu'une sang-de-bourbe ! Il l'a dit lui-même !

-Tu me sembles bien au courrant, Harry, dit Dumbledore d'un air suspicieux.

-Et vous, vous n'êtes pas au courant de tout, peut-être ? railla Harry. Vous savez tout mieux que tout le monde ! Rogue n'aimait pas ma mère !

Aussi étrange et stupide que cela puisse lui paraître, il refusait d'admettre que Rogue, le professeur qu'il aimait le moins, avait aimé sa mère, même par simple amitié. C'était impossible, sinon il ne le traiterait pas comme il le faisait depuis maintenant six ans ! Question de pure logique !

-Je suis directeur, Harry ! s'impatienta Dumbledore. J'ai beaucoup de temps pour observer, tu sais !

-Pour observer ? répéta Harry d'une voix moqueuse. Ils sont quand même devenus des animagis sous votre nez !

Dumbledore eut un signe de tête montrant son approbation.

-C'est vrai, mais ce n'est pas cela que j'observais, Harry.

-Ah bon, et c'est quoi alors ? Leur vie privée ? Comment ils s'entendaient tous ensemble ? Ce qui ne vous regardait absolument pas, en gros !

-Entre autres… avoua Dumbledore. Mais j'avais de bonnes raisons de le faire.

-C'est pathétique ! cracha Harry.

-Tu parles sans avoir la moindre idée des raisons qui me poussaient à le faire, Harry, soupira Dumbledore.

-Je commence à le savoir ! râla l'adolescent.

Ce n'était pas la première fois qu'on le lui disait et il commençait vraiment a en avoir assez. D'accord, il parlait sans savoir, et alors ? L'important était qu'on lui expliquait après, non ?

-Alors allez-y ! Quelles sont les magnifiques raisons qui vous ont poussé à espionner mes parents ?

-Je ne les espionnais pas, grogna Dumbledore. Je surveillais ton père, c'est tout.

-Je ne vois pas grande différence, marmonna Harry entre ses dents.

Dumbledore fit comme s'il n'entendait pas et continua ses explications.

-Et je le surveillais parce que j'avais de bonnes raisons de penser qu'il pouvait perdre le contrôle de lui-même quand il était avec Severus Rogue.

-Vous avez toujours des bonnes raisons pour tout, vous, de toute façon, bougonna Harry.

-Bon, tu veux écouter ce que j'ai à dire ou pas ? questionna Dumbledore en le regardant par dessus ses lunettes en demi-lune. Si tu est venu pour me contredire, tu peux repartir, tu sais !

-Je vous écoute, bougonna Harry.

-Bien. Je disais donc qu'entre ton père et le professeur Rogue, la haine était prévue d'avance… Donc je surveillais tout ça de loin.

-Pourquoi était-ce prévu ? interrogea Harry. Ils se connaissaient déjà ?

-Non, répondit le directeur, enfin pas directement. Vois-tu, le père de Severus n'était pas un très bon père. Malhonnête, indigne de confiance, violent… Et mage noir. Tandis que celui de ton père –ton grand-père, par conséquent, était un admirable auror. Un beau contraste entre eux deux, en outre.

-Mon grand-père a arrêté le père de Rogue ? demanda Harry, plein d'espoir.

-Je crois que cela aurait été mieux, soupira Dumbledore. Mais tout ne s'est pas passé ainsi. A vrai dire, c'est un peu le contraire qui est arrivé… Ton grand-père a été tué par le père du professeur Rogue.

-Pardon ?

C'était comme si on avait tout d'un coup baissé le volume sonore tout en ajoutant un bourdonnement à ses oreilles. Comme si soudainement, une réalité s'était imposée dans sa tête : son grand-père tué par le père de Rogue… Cela expliquait bien des choses, après tout, et justifiait le mauvais traitement que son père lui avait infligé. En quelque sorte, il se sentait soulagé de savoir qu'il n'avait pas humilié son pire ennemi comme il l'avait fait sans raison valable, comme ça, juste pour s'amuser. Au moins, il était excusé…

-Ton père et ton grand-père étaient vraiment très proches, se désola Dumbledore. Tu t'imagines le choc émotionnel pour James. Je ne me souviens pas d'avoir jamais vu un père aimant ainsi son fils. Derrick Potter était le père parfait, si on peut dire… Bridget, sa femme, était un peu du même genre. Deux parents formidables… Trop, peut-être, car je craignais que James, en grandissant, tente de se venger. Mais j'ai eu tort, il ne s'est jamais rien passé de tel. Cependant, ils n'ont jamais cessé de se haïr, et ce jusqu'à la mort de tes parents…

-Donc de toute évidence, Rogue remet la faute sur mon père mais c'est en fait son propre père qui est à l'origine de tout ?

Dumbledore acquiesça.

-Sauf que ton père s'est acharné sur lui, mais il n'avait rien fait ! C'était son père le tueur ! Mais pour revenir à notre histoire de mauvais choix, tu comprends mieux maintenant pourquoi ton père a été si dur avec ton professeur… Néanmoins je ne pense pas qu'il y ait que ça. Comme je te l'ai dit, je crois que ta mère y est pour quelque chose. Quand on est rejeté toute sa vie, qu'on a eu une famille horrible et qu'on subit des moqueries et des sarcasmes comme le professeur Rogue en a subi, on attache beaucoup d'importance aux rares personnes qui osent ne pas nous tourner le dos. Ce jeune Serpentard avait beau se cacher derrière une apparence d'homme solide et indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, il n'en demeurait pas moins seul et avait besoin d'affection, rien de plus. Je crois que ta mère aurait été capable de couvrir ce besoin, mais les sentiments sont une chose compliquée, Harry… Même si elle laissait paraître le contraire, elle n'était pas indifférente au charisme de ton père, je l'ai toujours su. Il y avait juste son caractère qui ne passait pas très bien. Seulement, comme toute personne aimante, elle a préféré ne pas trop se rapprocher du professeur Rogue, pour rester crédible aux yeux de James. Et ça, Severus a dû le sentir… Et quand tes parents se sont enfin mis ensemble, cela a dû être difficile à supporter pour lui… Il a vu la seule personne qui le considérait comme un élève normal lui tourner le dos et partir dans les bras de son pire ennemi… Plus j'y pense et plus je suis certain que c'est principalement la déception que lui a causé ta mère qui l'a fait prendre cette mauvaise décision. Après tout, il n'avait plus personne à qui se raccrocher… Mais aujourd'hui encore, il ne peut remettre la faute sur elle, car il a compris que c'est à elle qu'il doit tout ; il me l'a dit quand il est revenu dans le bon côté… Alors il s'acharne sur ton père, qui lui a arraché Lily… Tu comprends, Harry ?

Comprendre, c'était un bien grand mot. Il n'était pas sûr d'avoir saisit le sens de tout cela. Et en même temps, tout paraissait tellement crédible… Son père et Rogue se détestait pour une histoire de meurtre, puis sa mère s'en va avec son père sous les yeux de Rogue, qui voit disparaître la seule personne ne le rejetant pas… Et d'un autre côté, pourquoi le traitait-il ainsi, puisqu'il était le fils de cette personne-là ?

-Je ne suis pas vraiment certain de tout comprendre, s'excusa Harry. Enfin si, je comprends, mais je me pose encore quelques questions dans ce cas. S'il aimait tant que ça ma mère, malgré les insultes qu'il lui portait, pourquoi s'énerve-t-il sur moi chaque fois que nous nous voyons ?

-Parfois la haine envers une personne peut-être plus forte que l'amour et la reconnaissance éprouvés pour une autre, murmura Dumbledore. Il détestait trop ton père pour pouvoir oublier tout ce qu'il lui avait f…

A ce moment, d'immenses flammes vertes surgirent de la cheminée du bureau et la tête du professeur McGonagall apparut dans l'âtre.

-Venez immédiatement à la bibliothèque ! s'écria-t-elle, complètement paniquée. Miss Fitgeralds saccage tout, nous avons besoin de renfort !

Son visage paraissait terrifié et le cœur de Harry se mit à battre très vite. Etait-ce d'Ashley qu'elle parlait ?

Dumbledore se leva précipitamment de sa chaise et contourna son bureau en courant. Il saisit Harry par le bras pour qu'il le suive. Pour une personne de cet âge et qui paraissait si lasse, le directeur courait plutôt vite. Harry fut même surpris de la voir avancer ainsi. Rapidement ils atteignirent le couloir menant à la bibliothèque et son cœur fit un bond. Des rugissements déchirants se répercutaient dans tout l'étage, effrayant même les tableaux. Furtivement il pensa à Ginger et ce qu'elle aurait fait si elle avait été là. Mais elle était sûrement profondément endormie dans sa dortoir, quelque part dans les cachots.

Jamais Harry n'avait vu la bibliothèque dans un tel état. La plupart des étagères était renversée, les livres répandus partout par terre, perdant parfois des pages. Mrs Pince, la bibliothécaire, était grimpée sur son bureau et tremblait de tous ses membres. Les tables étaient retournées, les chaises détériorées. Mais plus que ce spectacle désolant, ce fut la vision de son origine qui le stupéfia le plus. Ashley, ou du moins ce qu'il en restait, se débattait furieusement contre les sortilèges que ses professeurs lui lançaient. Sa peau devenue rigide et semblable à du cuir les repoussait, tandis que de ses mains griffues elle menaçait quiconque s'approchait d'elle. Son dos s'était voûté, laissant ressortir ses vertèbres volumineuses, et ses jambes s'étaient arquées. Harry discerna une grosse griffe noire dans sa cheville. Et pourtant, tout cela n'était rien comparé à la transformation qu'avait subi son visage. Ses yeux, comme à leur habitude ridés et plissés, devaient être la seule partie de sa figure à ne pas avoir changé. Et encore, il y luisait une lueur violente qu'il n'avait jamais vue auparavant. Cependant, il en fut moins choqué que quand il aperçut son nez, écrasé et de travers, ressemblant étrangement à un museau le loup déformé, ou lorsqu'il posa son regard sur sa mâchoire. A vrai dire, il eut soudain envie de hurler. Deux longues dents pointues s'avançaient sur ses lèvres plus fines qu'à l'ordinaire mais plus sombres, tandis que le reste de sa dentition, devenue plus jaune et plus désordonnée, s'échappait vers l'avant. Jamais il n'avait vu Ashley dans un tel état. Elle n'avait plus rien d'humain…

-Stupefix ! lança à nouveau McClaggan, caché derrière la seule étagère encore debout.

Mais il ne fit qu'accroître la colère d'Ashley, qui se mit à rugir plus fort encore et envoya valser une chaise. Celle-ci vint s'écraser à quelques centimètres du professeur Rogue qui se décala juste à temps pour l'éviter.

-Ashley… murmura Harry, affligé par la métamorphose de la jeune Serpentard.

A nouveau il repensa à Ginger et à l'état dans lequel elle serait si elle savait ce que faisait sa sœur, en ce moment même. Tous leurs efforts avaient été vains. L'aconit n'avait pas empêché le germe de se développer. En deux mois, elle avait changé plus que durant toutes les autres années de sa vie… Si seulement il avait en sa possession une seringue, rien que pour la calmer un peu…

-Attention ! cria Rogue et Harry eut juste le temps de rouler à terre pour éviter une table lancée par le monstre qu'était devenue Ashley.

-Rentre dans mon bureau ! ordonna Dumbledore. Harry, monte !

-Non ! s'exclama Harry.

-Obéit !

Mais Harry, au lieu de se réfugier dans le bureau du directeur, s'avança prudemment vers l'étrange créature. Intriguée, elle cessa momentanément de se débattre et l'observa avec curiosité. Comme pour la mettre en confiance, il tendit le bras et se laissa renifler un instant. Il lui parut qu'Ashley se calmait un peu, mais son impression se dissipa prématurément, quand elle tenta de refermer sa gueule sur sa main. Avec une rapidité de réflexe remarquable, il se dégagea de sa portée et recula vivement. Cependant la bête ne semblait pas de cet avis, aussi se mit-elle à avancer dangereusement vers lui. Harry la vit, toutes dents sorties, s'approcher d'un pas menaçant. Elle fit claquer sa mâchoire et d'un geste vif arracha sa veste à l'aide des griffes qui terminaient chacun de ses doigts.

-Ashley… murmura Harry d'une voix suppliante. C'est moi !

Mais Ashley poussa un nouveau rugissement et se mit à courir vers lui, la bouche grande ouverte.

-Harry ! cria Dumbledore.

Mais ce ne fut pas lui qui réagit le premier. McClaggan s'était déjà précipité à sa rencontre, s'interposant entre lui et la bête. Tout se passa ensuite en une seconde : Ashley lui bondit dessus en enfonçant bien profondément ses griffes et il poussa un cri de douleur. Le sang de Harry se glaça d'effroi.

-Ashley ! hurla-t-il. Laisse-le !

McClaggan se débattit comme il put et redoubla de coups de pieds pour éviter que son élève ne referme sa mâchoire sur lui et le morde, le contaminant par la même occasion.

-C'est moi que tu veux ! gronda Harry. Prends-moi mais laisse-le !

Dumbledore, McGonagall et Rogue s'avancèrent tous les trois baguettes tendues et tentèrent de stupéfixer Ashley, mais elle résista et s'énerva encore un peu plus. McClaggan commençait à s'épuiser et la douleur ne devait pas l'arranger beaucoup. Harry l'entendait gémir et se sentait vraiment mal de le voir ainsi.

-Arrête, Ashley ! supplia-t-il. Pense à Ginger, à ce qu'elle dirait si elle te voyait dans cette situation !

Ce dut être les paroles qui la firent flancher car elle sursauta et laissa s'échapper McClaggan en se remettant debout péniblement. Un spectacle assez étrange s'ensuivit : comme si elle luttait contre ses propres pensées, elle plaqua ses mains contre ses tempes et secoua très fort la tête, gémissant entre ses dents. Ses jambes se mirent à trembler, de plus en plus violemment, puis elle tomba à genoux et grimaça, tournant vivement la tête à droite et à gauche.

-Ginger… supplia-t-elle.

Elle rugit sous le regard intrigué des professeurs et de Harry. Celui-ci comprit qu'elle luttait contre le loup qui naissait en elle. Ginger lui avait parlé de ce genre de situation, quand son père se transformait.

-Pense à Ginger… murmura-t-il. A tout ce qu'elle a fait pour ta sauver… A ce qu'elle ferait si tu t'en allais…

Ashley se mit à sangloter et se donna des claques.

-Va t'en ! supplia-t-elle pour elle-même. Allez, laisse-moi !

-Harry, remonte dans mon bureau, murmura Dumbledore.

-Non… chuchota Harry. Je reste.

-Remonte ! répéta Dumbledore. Nous nous en sortirons…

-Mets-toi en sécurité, Harry, dit doucement McClaggan.

A ce moment, Ashley se redressa lentement en respirant difficilement et se mit à regarder tout autour d'elle. La lueur de ses yeux avait disparu. Elle fronça les sourcils à la vue du désordre de la bibliothèque et jeta un coup d'œil furtif à Mrs Pince, tremblant toujours, debout sur son bureau. Puis elle vit le sang qui coulait du torse de McClaggan et poussa un petit cri aigu avant de plaquer ses mains contre sa bouche. Comme si elle venait juste de s'apercevoir de sa métamorphose, elle les retira en hurlant et les plaça devant elle pour qu'elle puisse bien les voir et vérifier qu'elles étaient bien réelles. Harry les vit commencer à trembler et constata que ses yeux se remplissaient de larmes.

-Non… sanglota-t-elle, tournant et retournant ses mains pour les observer sous tous leurs angles.

Des larmes se mirent à couler sur ses joues bossues et elle voulut les essuyer mais à nouveau elle poussa un cri. Elle se mit à tripoter son visage et il se déforma de répulsion. Elle tâta son sourcil droit, creux, puis le gauche, formant une petite bosse sur son front, et elle eut un sanglot qu'elle tenta de retenir. Elle passa ensuite à son nez qu'elle toucha pendant un bon moment et finit par sa bouche, ce qui acheva de la démoraliser. Elle tomba en pleurs et tenta de s'arracher les cheveux de désespoir.

-Remonte, Harry, c'est la dernière fois que je te le dis… avertit Dumbledore.

Après un dernier regard, Harry vit qu'Ashley l'observait mais elle se cacha le visage dans ses mains. Alors, il rebroussa chemin et à contrecœur prit la direction du bureau de Dumbledore. S'il avait dû décrire ce qu'il ressentait à ce moment, il aurait sûrement parlé d'une confusion de tristesse, de compassion et de déception. Il aurait voulu voir Ginger, là, tout de suite, mais il savait que c'était impossible. Dumbledore rejoindrait sans doute son bureau peu de temps après lui, il n'aurait pas le temps de faire l'aller retour jusqu'aux cachots…

Dans l'obscurité des couloirs, il se mit à pester contre le sort qui avait rattrapé Ashley et immédiatement ses pensées se tournèrent vers sa sœur. Il n'était pas certain qu'elle supporte de tels changements… Et dire qu'elle ne vivait que pour elle… Son cœur se serra tandis qu'il atteignait la gargouille marquant l'entrée du bureau de Dumbledore. Ginger ne vivait que pour sa sœur, et désormais pour une bête. Car c'était ce qu'Ashley était devenue : un monstre se tenant debout, animé par une envie de mordre qui ne tarderait pas à se faire sentir encore plus que ce soir-là. McClaggan avait failli y passer, tout de même…

Le bureau était vide hormis Fumseck qui s'agitait sur son perchoir et représentait exactement la vision qu'avait Harry quant à l'issue de toute cette histoire. Il avait toujours considéré le phénix comme une lueur d'espoir, et dans l'infortune d'Ashley, telle le vide du bureau, l'idée que Ginger ne sombrerait pas représentait cette lueur. Mais plus il y réfléchissait et plus il pensait que même si elle supportait l'idée que sa sœur se transforme en une bête féroce, elle n'en sortirait pas indemne.

Le silence était trop pesant pour qu'il reste immobile. Il avait envie de bouger pour chasser ses pensées désagréables. Et elles étaient nombreuses… Il avait enduré beaucoup de choses dans la journée : sa dispute avec Rogue, la déclaration de Dumbledore au sujet de ses parents et cet épisode dans la bibliothèque… Si seulement il pouvait penser un peu à autre chose…

Dumbledore avait laissé traîner sa pensine sur un coin de son bureau. La bassine dégageait une lumière bleutée très attractive qui ne laissa pas Harry indifférent. Comme s'il était attiré par cette lueur, il s'avança prudemment et se plaça au-dessus des volutes nuageuses que représentaient les pensées de Dumbledore. Mais il ne parvenait pas à distinguer quoi que ce soit hormis un mélange flou. Emporté par sa curiosité, il se pencha au-dessus de la bassine et à l'aide de sa baguette se mit à remuer les pensées. Il eut alors l'impression de tomber lentement dans une chute infinie jusqu'à ce qu'enfin ses pieds touchent quelque chose de dur. Sa vision redevint claire et il put voir où il se trouvait. Tout autour de lui, la nuit envoleppait d'une atmosphère étrange le petit village tranquille qui dormait profondément. La grande forêt qui faisait face à la rue dans lequel il se trouvait désormais dégageait en lui un sentiment de mal-être augmentant à chaque seconde. Il avait l'impression de connaître ce lieu. Et pourtant il ne se souvenait pas d'y être déjà venu… Sa respiration se fit plus difficile, comme s'il sentait le danger. Il jeta un regard de tous les côtés et ne vit qu'une ombre cachée derrière un arbre. Mais ce n'était pas Dumbledore : l'ombre était plus petite que le directeur. Il ressemblait plutôt à un lion à la crinière fauve. Ses sourcils touffus étaient parsemés de raies grises. Ses yeux jaunes étaient pénétrants malgré la monture en fer de ses lunettes et il s'avança plus près des habitations en boitillant légèrement mais en gardant une allure fière. Harry sursauta en le reconnaissant. Ce souvenir était celui de McClaggan… Qu'attendait-il dans cette rue ?

La réponse lui vint quelques longues minutes plus tard, quand il aperçut une haute silhouette noire s'avancer dans le clair de lune. Harry eut un hoquet d'effroi en discernant que la personne qui marchait, sûrement un homme, était enveloppée dans un long manteau à capuche. L'homme devait être grand et mince… Sa respiration se fit irrégulière et il sentit son cœur battre plus fortement dans sa poitrine.

Le nouvel arrivant, scrupuleusement observé par Harry et McClaggan, se dirigea vers une maison un peu plus isolée que les autres, au bout de la rue. De taille moyenne, elle semblait accueillante, mais l'obscurité empêcha Harry de discerner autre chose.

McClaggan le suivit tout en restant tapi dans la forêt et Harry fit de même à découvert. De toute manière, personne ne pouvait le voir. Il avait tellement envie d'apercevoir le visage de l'homme en noir… Juste pour être rassuré… Mais quand ils arrivèrent devant la porte d'entrée, Harry se figea d'horreur et toutes ses craintes furent confirmées : l'homme se mit à ricaner d'un rire aigu et glacial. Le rire de Lord Voldemort… Harry se sentit trembler de fureur et de chagrin. Il vit l'assassin de ses parents s'amuser à actionner la cloche de la porte et trouva cela encore plus cruel.

Quelques secondes à peine passèrent mais Harry, extrêmement tendu, eut l'impression que l'attente dura une éternité avant qu'il ne vît son père ouvrir la porte, sursautant à la vue de son visiteur.

-Lily ! cria-t-il.

McClaggan jura en entendant quelqu'un descendre précipitamment l'escalier. Puis le cœur de Harry se serra quand il perçut le cri d'effroi de sa mère. Il avait de fuir ce spectacle, et en même temps il voulait voir.

-Lily ! Prends Harry et va-t'en ! C'est lui ! Va-t'en ! Cours ! Je vais le retenir !

Harry se cacha les yeux mais comprit que quelqu'un trébuchait. Un porte s'ouvrit à la volée. Voldemort se remit à ricaner…

-James ! cria Lily avec désespoir.

Mais jamais Harry ne connut la suite car McClaggan avait fuit et son souvenir s'arrêta là. Il se remit à tourbillonner et se retrouva à nouveau dans le bureau de Dumbledore qui l'éblouit un instant après l'obscurité de cette sombre nuit. Sa respiration s'était fait haletante et il ne parvint pas à la calmer. McClaggan savait. Il avait tout vu et il ne lui avait jamais rien dit. Il serra les poings et pesta. Il fallait qu'il lui parle. Cette fois il le ferait, même s'il devait le faire pendant la nuit ou un cours. Il voulait une explication…

Sans hésiter, il sortit du bureau et dévala l'escalier en courant. Les couloirs étaient déserts. Il ignorait si Ashley s'était calmée et si les professeurs avaient trouvé quelque chose pour la soigner, ou même si Ginger avait été mise au courant. Tout ce dont il était sûr, c'était qu'il attendrait le retour de son professeur devant son bureau. Il ne le laisserait pas se défiler d'une telle chose. C'était trop important pour lui pour qu'il reste dans l'ignorance. McClaggan avait connu ses parents et avait même assisté à une partie de leur mort, et cela valait bien une explication…


bon, voilà... j'ai pas trop le temps ce soir alors je vous remercie pour vos reviews! cédric j'ai pas trop compris ce que t'entendais par un un harry plus puissant enfin bon tu m'expliqueras plus tard.

le prochain chapitre: le véritable McClaggan. je l'ai déjà bien avancé donc il devrait être là mercredi soir. en attendant bisous tout le monde, en espérant que ça va vous satisfaire!