CHAPITRE VINGT-CINQ : AU GALOP


Regina arriva la première aux écuries, plus rapide que les autres pour se préparer pour en avoir l'habitude. Elle n'aimait pas vraiment assister aux scènes familiales et joyeuses qu'entretenaient Henry, Emma et ses parents. Elle n'avait pas l'habitude et se sentait parfois un peu gênée. 7 chevaux se trouvaient là, visiblement calmes et sereins. Regina n'aurait donc aucun mal à en monter un et ne s'inquiéta guère pour Henry. Elle s'amusait cependant déjà de la prestation que donnerait Emma – elle savait que la Sauveuse n'était pas vraiment à l'aise avec les bêtes.

Elle s'approcha de la plus belle bête qui ornait l'écurie : un bel étalon au pelage noir. C'était un frison, à en juger par sa belle crinière. Regina aimait particulièrement les chevaux puissants, qui paraissaient indomptables... Son nom était inscrit au-dessus de lui.

« Apocalypse ? »

Ce nom était noir, un nom de fougueux, d'agité. Le cheval se tourna doucement vers elle en soufflant. Regina l'observa.

« Je ne le vous conseille absolument pas ! » James entra dans l'écurie, selle en main, avec un grand sourire sur le visage. Comme si la situation paraissait normale. « Ce cheval est, comme son nom l'indique, indomptable ! Tous ceux qui ont tenté de le monter sont vite redescendus ! Une véritable hécatombes ! » et il riait, approchant son propre cheval.

« Alors nous devrions bien nous entendre. » et elle posa une main sur son encolure.

Son rire se stoppa net à entendre les parole de l'Ancienne Reine. Il n'eut pas le temps de répondre, Henry, Emma et Snow débarquèrent, tous heureux de partager un moment ensemble. Le petit garçon choisit son cheval avec patience, souhaitant le meilleur de tous. Snow et James avaient leurs propres chevaux. Quant à Emma, elle n'obtempéra pas facilement. Elle tourna autour des box sans jamais montrer un signe d'envie, au contraire, elle semblait avoir peur.

« Maman ? Tu veux bien m'aider à le sceller, s'il te plaît ? » Henry gazouillait, il n'avait jamais été aussi impatient.

Regina sourit de joie et le rejoignit pour entreprendre la chose. Snow et James les regardaient du coin de l'oeil et constataient bien que l'Ancienne Evil Queen semblait sereine auprès d'Henry. Cette image qu'offrait Regina était différente de toutes celles qu'ils avaient eu l'occasion d'imaginer. Snow en sourit doucement pendant qu'elle s'occupait de sa jument.

« Souhaiterais-tu de l'aide, Emma ? » taquina Regina en voyant son amante un peu effrayée.

« Ne te fiches pas de moi, Regina, ou je te jure que tu vas le regretter. »

Regina rit doucement, en compagnie d'Henry qui avait très bien saisi la chose lui aussi. Ce fut d'ailleurs à ce moment-là que le petit garçon leva la tête vers sa mère adoptive pour lui murmurer :

« Tu es heureuse d'être avec elle. » c'était une constatation, il n'attendait aucune réponse.

Regina fut un peu prise au dépourvu et baissa les yeux vers lui. Il avait tellement grandi, elle ne l'avait même pas remarqué... Elle lui adressa un sourire franc et hocha doucement la tête en guise de réponse.

« Lui ! » s'écria Emma en pointa un cheval blanc du doigt. « Hillio. »

Elle n'osa même pas s'approcher. Pendant ce temps, James et Snow chevauchèrent leurs animaux. Ils étaient prêts, on voyait bien qu'ils avaient l'habitude de monter. Regina aida Henry à grimper sur le sien. Le cheval semblait calme, certainement gentil, la Reine ne s'inquiéta pas pour lui. Elle ne voulait pas non plus être trop présente pour Henry, de peur d'être trop collée à lui. Il avait 13 ans, non plus 11, il savait très bien se prendre en charge et elle savait qu'il avait besoin d'un peu de liberté, d'apprendre les choses par lui-même.

« Tu tiens bien les rênes, surtout, et si le cheval panique, reste calme et appelle-moi. »

Il hocha vivement la tête et la Reine fit avancer le cheval vers celui de Snow.

« Veillez bien sur lui. Je vais apprendre à Emma comment apprivoiser un animal. »

Snow se mit à rire et hocha la tête. Elle n'avait pas l'habitude de voir l'Ancienne Reine plaisanter mais n'osa guère le lui faire savoir. Les trois chevaux se mirent au trot et s'éloignèrent tranquillement, laissant Regina et Emma seules dans les box.

« Tu te prendrais pas pour ma mère, par hasard ? » elle arqua un sourcil en souriant.

« Si tu veux je peux aussi te laisser seule ici avec Hillio. » Regina sourit doucement.

« Non, non c'est bon ! » Regina se mit à rire légèrement. Elle s'approcha doucement du cheval, Emma semblait tétanisée. Alors Regina caressa l'encolure du cheval.

« Cesses donc d'avoir peur, Emma. Il le sent et cela a des impacts sur son comportement. C'est un cheval, non un tigre. »

Emma grimaça. Elle n'avait guère envie de s'approcher maintenant. Elle tentait mentalement de prendre son courage à deux mains. Alors Regina lui tendit la main avec un léger sourire.

« Approches. »

Emma soupira et saisit les doigts de son amante. Elle fit quelques pas vers Hillio et respira doucement. Enfin, elle toucha l'animal. Elle était fière d'elle, elle en sourit joyeusement. Elle ne lâcha pas la main de Regina, elle profitait de chaque contact qu'elle avait avec elle. Cela ne sembla pas gêner la Reine, au contraire.

« Tu vois, tout va bien. »

« Tu as une aisance avec les animaux que je ne comprendrai jamais. »

« Ce qu'il faut faire... C'est considérer Hillio comme ton égal, tu peux lui parler, le rassurer... »

La Reine regardait Hillio d'une très belle façon : elle était sereine, heureuse, bien. Emma la contempla un moment, complètement obnubilée par elle, avant de reporter son regard sur l'animal. Elle le caressa, doucement, et il ne fit aucune objection à cela.

« Il a l'air sympa, en fin de compte. » plaisanta Emma en souriant.

« Il suffit d'avoir confiance en toi. Bon, tu vas essayer de monter dessus. »

Emma s'écarta vivement, un peu paniquée, mais Regina la retint par la main. Emma ne put reculer que de deux pas. Son regard se perdit dans celui de Regina qui se voulait à la fois rassurant et déterminé.

« Je peux aussi monter avec toi. » elle proposa, comme si cela allait changer quelque chose.

« Et passer pour une incapable, non merci ! »

« Alors montes. »

Regina eut un sourire amusé. Emma n'osa pas lui demander ce qui la faisait rire mais elle finit par s'approcher du cheval et, à l'aide de l'Ancienne Reine, se retrouva assise sur la selle.

« Tu t'accroches bien aux rênes et ne panique pas s'il y a un problème. Je serai toujours près de toi. »

Emma sourit doucement en posant un doux regard sur sa compagne.

« J'en doute pas une seconde. » et elle lui fit un clin d'oeil.

Regina secoua la tête en riant et laissa Emma passer devant.

La promenade sembla se passer sans encombre. James et Snow restaient auprès d'Henry qui se débrouillait comme un chef. Regina, elle, gardait un œil bienveillant sur son fils et sur Emma qui, elle, semblait de plus en plus à l'aise. Les 5 cavaliers se dirigeaient vers la Rivière au Nord du Palais. Tout était paisible. C'était une grande première, pourtant, pour la famille : ils se sentaient heureux, tous, Emma plus encore que les autres. Elle observa, du coin de l'œil, Regina, sa présente compagne. Tout était parfait, maintenant. La Sauveuse avait trouvé dans ce nouveau monde des parents, un fils heureux, une compagne hors du commun. Alors devait-elle douter ? Devait-elle mettre fin à ce bonheur en se posant trop de questions ? Elle ne le souhaitait pas.

James et Henry furent les premiers à s'arrêter, entamant un combat entre garçons, un combat à mains nues que les femmes trouvèrent drôle. Puis, celles-ci continuèrent leur chemin, un peu, pour prendre l'air. Snow semblait pensive. Emma et Regina, elles, étaient muettes, devant, laissant leur monture marcher tranquillement. Tout était parfait. Chacune pensait à son propre bonheur, sa vie, ses envies et aux manières de pouvoir atteindre leurs objectifs.

« Alors... Serais-tu capable de remonter à cheval, maintenant ? » demanda Regina, pensant à l'avenir, certainement.

« On verra... Mais je suis capable de prendre des risques ! » elle lui fit un clin d'oeil et un sourire complice.

« Des... Risques ? » elle demanda en riant narquoisement.

Emma vit bien que l'Ancienne Reine ne la prenait pas au sérieux. De toute évidence, Emma était confiante, trop peut-être, car lorsqu'elle lança le cheval au grand galop, elle eut bien vite très peur. Pendant quelques secondes, Regina la vit partir et rit en compagnie de Snow. En voyant que la Sauveuse ne semblait pas décider à s'arrêter, son sourire se perdit. La situation lui rappela vaguement celle qu'elle avait déjà vécu avec Snow. Celle-ci, d'ailleurs, resta tétanisée.

Le cheval de Regina galopa pour rattraper l'autre, elle y parvint bientôt. Emma semblait totalement paniquée, elle freinait mais rien n'y faisait, le cheval ne se décidait pas à s'arrêter. L'Ancienne Reine se colla à l'autre monture avec un sang-froid digne des plus grandes personnes. Elle attrapa les rênes, se concentra, tira sur celles-ci à plusieurs reprises et le cheval finit par se calmer. Aussitôt, La Sauveuse sauta à terre, les jambes flageolantes, reprenant pied avec la réalité. Regina la suivit, laissant les montures à leur liberté. Elle se précipita vers Emma, les sourcils froncés, visiblement en colère.

« Mais qu'est ce qui t'a pris ?! » elle la questionna durement.

« Mais... Rien ! Il est parti, sans raison ! [elle reprit sa respiration] Comme si... Comme si quelqu'un l'avait obligé... »

Les yeux de Regina s'écarquillèrent. Elle hurla, poussa Emma au sol et fut projetée vers l'arrière par une poussée magique. La boule violette s'évapora aussitôt après l'impact. L'Ancienne Reine avait voltigé sur quelques mètres. Emma se releva sur-le-champ, paniquée, et chercha l'origine de cet affront des yeux. Elle la trouva.

Cora.


Elle se tenait là, droite, maîtresse de la situation. Son visage portait un sourire provoquant, celui que Regina avait longtemps arboré pour montrer sa puissance. Elle était là, avec toute sa prestance, elle tenait dans ses mains le Livre des Sorts, celui que l'Ancienne Reine avait longtemps cherché. Alors, lorsqu'Emma tenta de se relever, ce ne fut que pour être de nouveau plaquer contre le sol à cause de la magie. Regina eut juste le temps de se relever pour envoyer un sort contre sa propre mère. Le choc fut rude à encaisser, tant mentalement que physiquement.

Cora stoppa l'aura magique d'un revers de main, d'une aisance incroyable. Sa fille savait pertinemment que cela donnerait lieu à une discussion. Une conversation dure qui déciderait de son propre avenir comme celui d'Henry et Emma.

« Regina... » murmura la Sorcière en cessant toute activité contre sa fille, un sourire affectueux sur les lèvres.

« Mère. » la fille tentait de contenir toutes ses émotions : joie de la revoir, colère aussi, peur, inquiétude. Comme toujours, elle se forgea une carapace, mais ses yeux semblaient légèrement la trahir.

« Enfin, je te retrouve. Tu m'as tellement manquée... » jouerait-elle sur ses sentiments ?

« Ne vous moquez pas de moi ! » elle s'énerva quelque peu.

« Et pourquoi te mentirai-je ? »

Mais Regina savait que sa mère était fourbe et manipulatrice, que celle-ci emploierait tous les moyens disponibles pour la rallier à sa cause : reconquérir le Royaume Enchanté dans son intégralité, par la force. Cependant, Regina n'était plus la Méchante Reine, elle le savait, à présent, car malgré la puissance de sa génitrice et les pouvoirs qu'elle-même possédait, elle ne souhaitait plus le mal. Elle ne souhaitait que le bien d'Henry et celui d'Emma. Elle avait trouvé son True Love, celui qu'elle pensait ne jamais pouvoir obtenir. Malgré tous les obstacles et les circonstances, elle était devenue quelqu'un de bien, du moins c'est ce qu'elle s'efforçait de croire à cet instant précis.

« Que veux-tu ? » lâcha-t-elle, irritée et froide, elle la tutoyait pour montrer la profondeur de sa colère.

« Je ne veux que ton bonheur, ma chérie. » alors elle s'approcha de sa fille, l'air désemparé, comme si elle s'inquiétait réellement. Mais combien de fois avait-elle fait cela ? Combien de fois avait-elle voulu la rendre heureuse d'une façon qui ne lui plaisait guère ?

« Ce n'est pas mon bonheur que vous cherchez, mais le vôtre. » Cora s'arrêta à un mètre d'elle.

« Non, tu te trompes, Regina... Tu es ma fille, je souhaite que tu sois heureuse. »

« Heureuse ? Mais que savez-vous de mon bonheur, mère ? Vous m'avez enlevé ce qui m'était de plus cher au monde et... Au final je suis devenue la femme que vous êtes... » elle cracha, ses yeux devenant brillants à cause de l'émotion.

Emma ne pouvait qu'observer la scène, impuissante, mais en voyant le visage de Regina se décomposer, elle aurait voulu être là pour elle. La Magie la retenait et malgré tous ses efforts, elle ne parvenait pas à la contrer. Elle s'en voulut, ses entraînements avaient-ils été vains ?

« J'ai fais ce qui était de mieux pour toi... Je l'ai toujours fais... [...] Et aujourd'hui, j'aimerais que me suivre. »

« Et pourquoi ? Donnez-moi une seule bonne raison ! »

« Nous pourrons reconstruire ensemble ce Royaume, en prendre la possession... Nous aurions le pouvoir. Tu pourras trouver un homme fort pour t'accompagner. Nous serons unies, toi et moi... Ma fille... » elle plaqua une main sur sa joue. Regina coinça un sanglot dans sa gorge.

« Non... Je ne veux pas de tout cela. »

Cora fronça légèrement les sourcils, un peu surprise.

« Où es-tu donc partie, ma chérie ? Les Souverains t'auraient-ils envoûtée ? »

Regina sentit une boule de colère s'emparer d'elle et écarta d'un geste sec la main de sa mère.

« Ils m'ont ouvert les yeux ! »

« J'en doute. »

Emma ferma les yeux, se concentra, si fort qu'elle sentit une étrange boule de chaleur se former dans son crâne. Elle grogna. Soudain, le sort lâcha. Libre, elle se leva. Cora se retourna vers elle et, dans son élan, leva la main. Regina savait ce qu'il allait se dérouler sous ses yeux si elle n'intervenait pas. Elle eut juste le réflexe de se mettre en travers du chemin. La main de sa mère s'enfonça dans son corps, saisissant son cœur pour mieux le serrer. Aussitôt, l'Ancienne Reine grimaça de gêne.

« Pourquoi la protèges-tu ? Elle ne t'apporte que du mal. » Emma n'osa plus bouger, totalement paniquée par ce qu'il se passait face à elle. Cora pouvait tuer sa propre fille, là, sous ses yeux.

« Parce que... Parce qu'elle m'a sauvée. » un moment passa. Regina semblait réfléchir, affrontant sa mère du regard... Et puis, en prenant son courage à deux mains, elle attrapa le poignet de Cora et l'ôta de sa poitrine.

« Non, Regina, qu'est ce que tu... » tenta d'intervenir Emma.

« Emma, tais-toi. »

Elle obéit.

« Il vous faudra choisir... Le pouvoir ou le bonheur de votre fille. »

Cora et Regina se fixèrent, longtemps, un long moment. Et puis la mère disparut dans un nuage de fumée violacée. Regina fit de même quelques secondes plus tard, n'accordant aucune attention à Emma. Ignorant où elles étaient parties, la Sauveuse se retrouva seule avec elle-même. Ce fut à ce moment-là que Snow apparue, en compagnie de James et plusieurs soldats, sur leurs montures, galopant dans sa direction.

« Emma ! » elle hurla en descendant de son destrier et se jetant dans ses bras. « Mon Dieu, tu n'as rien ? Tu n'es pas blessée ? Où est Regina... ? »

« Elle... Elle lui... Elle lui a donné son cœur. »

Et là, ce fut le silence, un silence de mort.


TBC