Chapitre 25
Cal Sci, parking des professeurs
Tout en discutant avec Don, Charlie se tourna vers l'étudiant qui venait de l'interpeller. Cela faisait trois jours que Benleski voulait impérativement lui montrer sa dernière trouvaille technologique : une espèce de petit robot capable de mille et un trucs que Charlie n'avait franchement pas le temps d'explorer dans les circonstances actuelles.
Il avait donc conseillé au jeune homme de présenter son invention à Galuski ou même à Larry : après tout, lui était mathématicien, un physicien, ou un professeur de technologie seraient mieux à même de comprendre toute les potentialités de l'objet et de lui permettre de l'améliorer.
Mais Arthur Benleski voulait impérativement avoir l'opinion du professeur Eppes. Il avait entrepris d'améliorer son système grâce aux mathématiques appliquées et c'était donc de son mentor qu'il voulait avoir les premières impressions. Et, depuis trois jours, malgré les rebuffades répétées qu'il recevait, il ne se décourageait pas. Charlie le trouvait sans arrêt derrière lui : à la cafétéria, à la fin de ses cours, et même aux toilettes une fois !
A chaque fois il essayait, le plus gentiment possible, de faire comprendre au garçon que ce n'était pas le moment, qu'il verrait plus tard. Et chaque fois, avec une patience méritoire, l'étudiant répondait qu'il reviendrait donc ultérieurement. Ce qui ne manquait pas de se produire.
Charlie calculait rapidement depuis combien de temps il n'avait pas vu le jeune homme. Voyons… il s'était présenté à lui vers dix-neuf heures, juste après le passage d'Amita. Il était alors plongé dans ses équations et lui avait distraitement dit qu'il verrait ça lorsqu'il quitterait l'université. Il pensait alors que l'étudiant serait parti, lui, depuis longtemps.
Mais non, Arthur Benleski l'avait attendu et venait à présent à sa rencontre, sans se soucier un instant de le voir en communication téléphonique. En même temps qu'il parlait à son frère, Charlie voyait l'étudiant approcher. Celui-ci l'avait attendu auprès de sa voiture et, l'apercevant, il se dirigeait maintenant vers lui.
Mentalement Charlie nota de ne plus laisser sa voiture sur ce parking ou d'en changer le numéro…
Il s'aperçut soudain que le jeune homme avait posé une espèce de petite composition de fer et de plastique sur le sol du parking et qu'il avait à la main un boîtier de télécommande.
Il n'y couperait pas ! L'inventeur en herbe avait décidément l'intention de lui faire une démonstration du potentiel de son « robot ». Enfin, au moins, on ne pourrait pas lui reprocher de ne pas avoir de suite dans les idées.
Il vit distinctement Arthur Benleski appuyer sur un bouton de sa télécommande et puis soudain plus rien ! Un souffle puissant le balaya, l'envoyant à plusieurs mètres. Un cri de douleur lui échappa tandis que son dos entrait violemment en contact avec le sol. Sa tête heurta à son tour le bitume et tout se brouilla autour de lui. Il entendait des cris, des bruits ! Il sentait l'odeur de la chair brûlée ! Il y avait des lumières, des sons, de la chaleur… Il ne parvenait pas à comprendre ce qui se passait, il ne parvenait pas à bouger, son corps lui refusait tout mouvement.
Il réussit tout de même à tourner la tête et, avant de s'évanouir, il vit à quelque centimètres de lui un étrange petit amas de fer qui se tordait bizarrement sur le goudron. La dernière pensée qu'il eut ce fut : « Bon sang, mais c'était quoi ce robot ? »
(à suivre)
