Cher journal

Chapitre 26 :

Tournant la page de mon livre, je me recale contre le tronc d'arbre alors que Jean grogne.

- Arrête de gesticuler on dirait un asticot.

- Désolée, je me redressais. C'est bon comme ça ?

- Hum, souffle-t-il dans un nuage de fumée en fermant les yeux.

Pour ceux qui se demandent ce qui se passe, je m'expliquerais. Nous sommes sortis dans le parc pour que Jean puisse fumer en paix. Pendant ce temps je lis, lui la tête posée sur mes jambes, regarde le ciel pensivement.

- Eh Winry, je t'ai pas demandé mais …

- Mais ?

- Vous avez fait quoi dans la crypte ? et il y avait quoi ?

Et voilà, retour dans le passé, ou comment s'efforce-t-on de vous rappeler une chose que vous voudriez oublier. Demandez c'est gratuit, profitez !

- Pas grand-chose. On a attendu qu'on nous trouve c'est tout, du moins jusqu'à ce qu'on arrive à sortir par le plafond. Quand à ce qu'il y avait dedans, c'est la tombe de Lord Beckett.

- QUOI ? SERIEUX ? s'écria-t-il en se redressant.

- Ouais … du coup, on a passé Halloween aux côtés d'un tas d'os et de poussière. Super …

- La classe, s'extasie mon ami.

- C'est ça on lui dira.

Replongeant dans ma lecture, j'ignore tant bien que mal les questions et les gestes du blond qui me tient compagnie.

- NON MAIS TU T'IMAGINES ? qu'est ce que j'aurais aimé voir ça ! c'est où ? dis-moi où c'est que j'y aille ! allez quoi garde pas ça pour toi ! Winry ! eh tu m'écoutes ?

- Je peux pas vraiment faire autrement que t'entendre ! tu brailles comme un paon

- Gné ?

Qu'est ce que je disais ? T'es idiot quand tu le veux. Fuuu … absolument renversant y'a pas à dire, en plus la comparaison est flatteuse autant que réelle. Je me demande s'il sait faire la roue.

- Tu sais faire la roue ? lui demandais-je soudainement.

- Mais c'est quoi cette question ?

- Elle veut peut être que tu te casses une jambe, cassa une voix profonde et grave nous poussant à sursauter.

- Qu'est-ce tu veux le cafard ? gronda Jean.

- Roy veut parler à la prolo !

- Elric … je sais pas si t'as souvenir, mais tu m'as interdit de le voir.

- Depuis quand tu m'écoutes ? demande-t-il malicieux

- Depuis que j'ai décidé de devenir logique. En plus vous me fileriez de l'eczéma, soupirai-je en me relevant rapidement. Jean, je serais dans ma chambre si tu veux me voir.

Partant sans me retourner, j'entends mon meilleur ami insulter Elric de tous les noms d'oiseaux qu'il trouve. Laisse tomber Jean. C'est qu'un crétin qui s'encroûte à force de s'écouter, ou du moins son cerveau a la fâcheuse tendance à s'encroûter. Que je le déteste. Kss crève charogne !

Allongée sur mon lit depuis pas mal de temps, je regarde mon plafond, les bras croisés sous la nuque, chevilles croisées. On ne peut pas dire que les idées se bousculent dans ma tête, en réalité je cherche à faire le vide en moi pour recommencer sur des bases saines. Des coups à la porte se font entendre.

- Entrez, grommelai-je sans cesser de regarder la peinture du plafond.

La porte s'ouvre lentement sans que je ne tourne la tête pour regarder qui c'est. Ça ne peut être que Jean de toute façon, c'était sa façon de frapper. Et puis au final, je m'en moque pas mal, sauf si c'est Elric, celui-là, je le ligote, l'assomme, l'intoxique, le fait mariner et enfin je le cuisine à la broche !

- Merci pour la Winry

- UWAHHH ! hurlai-je en sursautant

Mon cœur bat à cent à l'heure, alors qu'un regard sombre croise le mien d'un air sérieux. Quel crétin ! Mustang si tu voulais me tuer, t'as presque réussi ! Dans l'encadrement de la porte se découpe la silhouette du brun, qui rentre dans la chambre en fermant la porte d'un coup de béquille.

Sa jambe plâtrée casse le noir de ses vêtements. Ça fait tâche.

- Tu fous quoi ici ?

- Tu m'as dis d'entrer, je suis rentré, c'est tout, me répond-t-il en s'asseyant sur le bord du lit après avoir lancé ses béquilles sur le matelas

- Fais comme chez toi, je t'en prie !

Bougeant sur les draps, je glisse sur le bord et m'apprête à me relever quand sa main se referme sur mon poignet doucement.

- Lâches moi, murmurai-je.

- Eh, ça va ? s'inquiète-t-il en me voyant fuir son regard.

Bien sûr que ça va. Si l'autre Cerbère apprend que t'es là, il risque de se ramener aussi, et de me faire ma fête, c'est génial non ?

- Tu ferais bien de partir Mustang, si Elric apprend que tu es là, il va me tuer.

- T'occupes pas de lui, c'est moi qui suis venu. C'est vrai ?

J'avoue, là je comprends rien.

- Vrai quoi ?

- C'est vrai ce qu'il m'a dit ? tu ne reviens pas à Xerxès ?

Ah c'est de ça dont il était question. Eh bien oui, c'est la vérité, je suppose que tu en seras ravi toi aussi.

- Oui, c'est vrai. Je ne retournerais pas là-bas.

- Et on peut savoir pourquoi ? grogne-t-il

- Parce que j'ai pas ma place parmi vous ! vous vous êtes efforcés de me le faire comprendre, c'est bon le message est passé, je l'ai bien reçu, vous pourrez vous réjouir.

Le silence s'installe, alors que sa main retient toujours mon poignet. Regardant le ciel par la fenêtre qui me fait face je soupire alors qu'une larme glisse sur ma joue. Même si c'était une chance pour moi au fond, je sais que jamais je ne supporterais ces moqueries incessantes et blessantes.

Si avant je les ignorais sans le moindre problème, c'est parce que j'avais mes amis, ma famille à mes côtés. A Xerxès, je suis seule. Je n'ai pas de repère, pas de bouée de secours, rien … rien de tout ça. Je suis perdue à Xerxès, c'est tout. Perdue et seule.

- C'est pas ce que je voulais, murmure-t-il cassant le silence.

- Pardon ? sanglotai-je. Tu te moques de moi Mustang ? vous êtes venus ici, toi et Elric dans le seul but de me ridiculiser encore davantage et tu veux me faire croire que tu ne voulais pas que je parte ? arrête ton char s'il te plait.

J- 'avoue que je me suis mal comporté avec toi, t'es une fille chouette en réalité. Mais je te l'ai déjà dis, moi je suis venu pour Riza. Ed c'est pour une autre raison, que je n'ai pas à te dévoiler mais il a ses raisons aussi.

- C'est bon, pas la peine d'insister. De toute façon, ma décision est prise. C'est tout, gémis-je en essuyant les larmes qui désormais dévalaient mes joues.

- C'est pour ça que tu pleures ?

- Ouais, et alors ?

- Tu veux revenir au fond de toi et tu le sais.

- C'est faux, je veux oublier. Tout oublier, des insultes aux méchancetés.

- Eh … Winry, m'appelle-t-il.

C'est la première fois qu'il m'appelle par mon prénom. Relevant la tête, je le regarde avant de sentir deux bras m'attirer vers lui.

- C'est toi qui m'a aidé dans la crypte, je peux pas te laisser comme ça. Et puis après tout, maintenant tu sais pour Riza, alors toi tu ne peux pas me laisser aussi.

- Laisse tomber Mustang, ça sert à rien.

- T'as pas l'air de comprendre ce que je te dis Rockbell. C'est que jamais je te laisserais partir maintenant que tu sais ça de moi ! le seul qui me connaisse autant c'est Ed, et t'es bien la première personne à qui je permets de voir cette facette de moi.

- T'es moins con quand tu parles comme ça que durant nos cours, murmurai-je en retenant un sanglot.

- Ça fait toujours plaisir de se faire traiter de con

Parce que c'est pas la vérité ? bon, j'avoue maintenant j'en doute mais tout de même tu dois bien l'être un minimum pour pouvoir sembler aussi atteint la plupart du temps.

- Bien, donc maintenant on va passer un contrat tous les deux, déclare-t-il en m'éloignant de lui.

- Pardon ?

Un contrat ? Lui et moi ? Maman j'ai peur !

- Si tu m'aides à séduire Riza, je t'aide à t'intégrer à Xerxès.

- HEIN ?

- T'as parfaitement compris. J'ai besoin de ton aide, et toi de la mienne, on fait d'une pierre deux coups. C'est d'accord ?

- Hum euh … Roy, je ne retournerais pas à Xerxès, t'as pas l'air d'avoir imprimé l'info.

- Si, j'ai bien compris ta phrase. C'est pourquoi si tu reviens, je m'engage à t'aider. Et toi tu m'aideras aussi. On a tous les deux quelque chose à y gagner.

Regardant la main qu'il me tend, j'essuie mes larmes avant de ravaler ma salive et de planter mes yeux dans les siens. Lentement, ma main remonte vers la sienne.

- Tu reviens ? sourit-il

- Je refais un essai, mais si aux prochaines vacances rien ne va mieux, je partirais quoi que tu en dises et quoi que tu en fasses.

- Ok, va pour ça, déclare-t-il en serrant ma main. Par contre, il faudra pas montrer tout de suite qu'on s'entend mieux.

- J'ai une question !

- J'écoute, soupire-t-il en récupérant ses béquilles.

- Pourquoi Elric me hait-il à ce point ? je ne le connais ni d'Eve, ni d'Adam, ne lui ai rien fait à part refuser de coucher avec lui. Alors explique-moi

Un sourire légèrement flippant s'affiche sur son visage alors qu'il me regarde d'un regard pervers.

- Miss Giver, il semblerait que tu doives encore apprendre certaines choses que lui a découvertes.

- Comme ?

- L'alchimie sexuelle ! décrète-t-il en ouvrant la porte pour sortir.

Sentant mes joues me brûler, j'attrape une pantoufle qui était posée au pied du lit pour la balancer sur la porte, provoquant un fou rire de l'autre côté

- PAUVRE CON ! hurlai-je. PERVERS ! ET JE M'APPELLE WINRY ROCKBELL ! PAS MISS GIVER ! ECERVELE ! CRETIN ! MERDEUX ! TEIGNEUX ! ENFLURE ! CONNARD !

Me laissant retomber sur le matelas lourdement, je soupire. Dieu que ça fait du bien de tout laisser sortir d'un coup d'un seul. Comment ce type peut-il seulement me parler d'alchimie sexuelle à propos d'Elric ainé ? Moi je crois qu'il est tout simplement et foncièrement mauvais. Dans notre cas, je crois que c'est de la haine pure qu'il éprouve, et j'avoue que je lui rends bien. Pas question du fil entre l'amour et la haine, même s'il est remarquablement beau. Il a un caractère de merde et c'est tout.

Dire que je retourne à Xerxès … les mois qui arrivent risque de me paraitre longs … très longs.