Chapitre 26

La chevauchée était longue, même pour Gris poil. Gandalf tenait fermement Pippin contre lui. Le méara courait comme s'il avait les chiens de l'enfer derrière lui. Il mit quatre jours avant d'arriver en vue de la glorieuse cité Blanche. Le vent du sud faisait claquer les étendards de la tour d'Ectelion qui se dressait fièrement. Il pénétra au galop dans la cité qui se préparait à la dernière bataille. Il s'arrêta après la septième porte et pénétra dans la citadelle à pied car aucun cheval aussi noble soit-il n'y était toléré. Gandalf et Pippin croisèrent un arbre mort que le jeune hobbit avait vu dans le palantir. Il questionna Gandalf qui lui expliqua que c'était l'arbre Blanc du Gondor, l'emblème du royaume et qu'il était un des descendants de Telperion, l'arbre de Valinor. Ils pénétrèrent dans la citadelle et firent face à Denethor, le père de Boromir et de Faramir. Après une discussion houleuse entre les deux hommes, Pippin n'écoutant que son grand coeur se mit au service du Gondor. Ensuite, Pippin sous la pression de Gandalf grimpa tout en haut de la tour de garde et alluma le feu d'alarme. Gandalf sentit l'espoir étreindre son coeur quand il vit tous les autres s'allumer les uns après les autres.

Le lendemain, Faramir retourna à Minas Tirith et eut un temps d'arrêt devant Pippin. Gandalf comprit qu'il avait rencontré Frodon et le jeune homme lui expliqua par quelle route étaient allés les deux hobbits. Cependant, la discussion tourna court quand Denethor ordonna à son cadet de reprendre Osgiliath des griffes du mal. La charge tourna court et de la centaine de cavaliers, seul Faramir revint gravement blessé. Gandalf commença à avoir les mêmes doutes qu'Ereinion, les elfes de Phoenix connaissaient vraiment trop de choses sur le futur pour que cela soit simplement une coïncidence. Afin de protéger Faramir, il le cacha dans une des maisons abandonnées de Minas Tirith. Pippin allait lui chercher de l'eau quand il entendit des cors et des cris de joie :

-Forlong ! Forlong !

Il s'approcha d'une terrasse pour avoir une meilleur vue, puis se tourna vers un enfant qui se nommait Bergil et ce dernier lui dit :

-Forlong est arrivé, le vieux Forlong le Gros, le Seigneur de Lossarnach. C'est là qu'habite mon grand-père. Hourra ! Le voici. Ce bon vieux Forlong !

En tête de la file marchait un grand cheval menbru, sur lequel était assis un homme aux larges épaules et à la vaste panse, celui-ci était vieux et il avait la barbe grise, mais il n'en était pas moins vêtu de mailles et casqué de noir, et il portait une longue et lourde lance. Derrière lui marchait fièrement une colonne poussiéreuse d'hommes bien armés et portant de grandes haches d'armes, ils avaient le visage farouche, et ils étaient plus courts et quelques peu plus basanés que tous ceux que Pippin avait vu en Gondor.

-Forlong. Coeur loyal, ami fidèle! Forlong !

Cependant, après le passage des hommes de Lossarnach, on murmura :

-Si peu ! Deux cent, qu'est-ce que cela représente ? On en espérait dix fois plus. Ce doit être à cause des nouvelles de la flotte noire. Ils ne se privent que du dixième de leur force. Mais tout petit concours est un gain.

A partir de cet instant, des compagnie venant de tout le Gondor arrivèrent, et furent salués par les habitants, mais toujours trop peu nombreux par rapport à la force du Mordor. Étaient arrivés, les hommes du Val de Ringlò derrière le fils de leur Seigneur Dervorin. Des hautes terres de Morthond, la Grande Vallée de la Racine Noire, le grand Duinhir avec ses fils Duilin et Derufin ainsi que cinq cent archers. Des Anfalas, le lointain Longestran, ainsi qu'une longue colonne d'hommes mal équipés. De Lamedon, des montagnards sans capitaine, des pêcheurs venant de l'Ethir. Hirluin le beau des Collines Vertes, venu de Pinnath Gelin et en dernier le plus fier, Imrahil, Prince de Dol Amroth, parent du seigneur avec des étendards d'or portant son emblème du Navire et du Cygne d'Argent. En tout ce fut moins de trois mille au total.

Malheureusement l'espoir ne dura pas, car la nuit tomba rapidement et avec elle vit l'arrivée des premiers orcs qui commencèrent à faire le siège de Minas Tirith. Tous savaient que la dernière bataille aurait lieu le lendemain. L'atmosphère s'alourdissait de plus en plus à mesure que l'aube s'approchait. Quand le soleil se leva enfin, la guerre était devant les portes de la cité. Denethor rendu fou furieux par l'absence de son fils se retrouva ligoté et bâillonné dans un cachot connu uniquement de Gandalf. Le vieux magicien vit au loin l'armée des Rohirrims se placer pour la bataille. Devant les murs, les orcs avaient déployé des machines de guerre assez bruyantes, mais beaucoup moins que les deux navires sans voile ni rame qui se postèrent près d'Osgiliath. Il vit avec stupéfaction les tourelles se diriger vers le nord et dans une déflagration infernale déclenchèrent les hostilités. Le vieux magicien accompagné de soldats du Gondor virent des projectiles être crachés par les tuyaux et exploser à plus de cinq kilomètres, là où se trouvaient les forces lourdes de Sauron. Les explosions étaient si puissantes qu'elles faisaient s'envoler les lourds animaux qui s'écrasaient violemment sur le sol herbeux, et à leur place ne se trouvait plus que des cratères rougis de sang.

Il vit les rohirrims attaquer les armées noires encore déstabilisées par les navires de guerre inconnus. Malheureusement, la joie des combattants s'effondra quand ils virent arriver la flotte noire tandis que celle des orcs était remontée à bloc. Cependant, ce n'était pas les pavillons des pirates de l'Umbar qui furent montés sur le plus haut mat du premier navire, mais un étendard sur lequel fleurissait un Arbre Blanc comme pour les armes du Gondor, cependant il était entouré de Sept étoiles et surmonté d'une haute couronne, marque d'Elendil que nul seigneur n'avait porté depuis Eärnur. Les cris de joie se répercutèrent dans la cité assiégée dont les portes étaient protégées par cinq cent elfes de phoenix qui massacraient sans la moindre pitié tous ceux qui voulaient s'approcher.

o

La Compagnie Grise frissonna quand le dernier elfe disparut. Ils étaient maintenant seuls, entourés par la lourde obscurité. Aragorn se reprit et cria aux ténèbres étouffantes :

-Je vous attend à la pierre d'Erech !

La Compagnie Grise se remit en marche et dès qu'elle fut sortit de dessous la montagne, emmena les chevaux au galop afin de rejoindre le lieu de rendez-vous le plus vite possible. Quand ils arrivèrent enfin à la pierre levée par Numenor, une armée de morts se trouvait autour d'eux et répondait présent afin de laver le parjure qui les avait maudit. Halbarad sonna le cor, mêlé à celui de Boromir et tous filèrent vers le port de Pelargir afin de le libérer des pirates de l'Umbar. Dans la bataille, personne ne fit attention aux deux navire sans voile qui filèrent vers le nord. Quand les pirates furent défaits, Aragorn libéra les parjures de leurs serments et ce fut des âmes libres qui quittèrent enfin le monde des vivants. Les navires des pirates remontèrent le fleuve et sursautèrent quand ils furent accueillis par des déflagrations puissantes, de hurlements de terreur et des explosions dévastatrices. Aragorn fit monter ses couleurs qu'avait patiemment brodé Arwen quand ils arrivèrent en vue de Minas Tirith. Un cri résonna à leur approche :

-Les pirates de L'Umbar !

Les anciens prisonniers des pirates voulurent se venger et jaillirent du ventre des navires. Tandis que la bataille tournait en un vaste foutoir ponctué de détonations, de hennissements furieux, de hurlements d'orcs et de cris d'humains, une armada de navires elfiques fit son apparition. Gandalf, Théoden et Aragorn s'exclamèrent en même temps mais à des endroits différents :

-Par tous les Valar !

Le plus gros navire battait pavillon elfe de phoenix. Comme le peuple qu'il représentait, il était vraiment différent des autres étendards elfiques. Sur son fond coloré qui représentait tous les drapeaux de tous les anciens pays de leur ancien monde, s'élançait un oiseau nimbé de flammes. De chaque côté se trouvait un arbre, un doré et un argenté, et au-dessus, trois étoiles. Sur son poitrail à la hauteur du coeur se trouvait les armes du Lindon. Il y avait représenté là toute l'histoire des elfes de Phoenix, le monde d'avant, la destruction par les flammes de Morgoth, la résistance, leur victoire et leur allégeance aux Valar. Les navires accostèrent et une armée de légende sortit de leurs flancs. Des étendards jamais vus sur la Terre du Milieu, ceux de Finarfin roi des Noldor de Valinor, d'Ingwë roi des Vanyar de Valinor et d'Owlë roi des Teleri d'Alqualondë et de beaucoup d'autres y compris le Lindon dont le jeune roi, ses frères et soeurs étaient ligotés, bâillonnés et regardaient d'un oeil noir le responsable de cet état de fait qui cajolait sa petite dernière.

L'immense armée était dirigée par un cavalier monté sur un cheval blanc qui brillait comme la lune. Le sang, la lumière et les explosions furent les seuls choses que purent voir les gardes de Minas Tirith. Les elfes de Phoenix faisaient un véritable massacre et papotaient tout en décimant les troupes ennemis. En plus des orcs et des humains, les armées humaines et elfiques devaient se coltiner les Nazgûls. Théoden chargeait les ennemis quand le roi sorcier d'Angmar fit plonger sa créature volante sur Nivacrin pour le tuer. Cependant, il n'imaginait pas un instant ce qui allait se passer. Car dans l'équation, il avait oublié une donnée, Elbereth. Et la louve ne garda pas sa forme de petite louve mignonne tout plein, mais prit celle plus imposante de Huan. Elle bondit sur l'être ailé et le saisit par le cou, puis utilisant la force de gravité, elle le ramena sur le plancher des vaches.

Le monstre volant s'effondra violemment et dans sa chute bouscula Nivacrin et déséquilibra Théoden. Le roi du Rohan roula sur le sol et se retrouva aux prises avec le roi sorcier d'Angmar qui dut laisser sa monture entre les crocs de la louve. Alors que Théoden avait du mal à reprendre ses esprits, le chef des Nazgûls se retrouva face à deux rohirrims dont un modèle réduit. Le roi sorcier se retrouva donc face à une petite bonne femme de cinquante kilos toute mouillée et un petit hobbit qui, s'il n'avait qu'une petite épée, possédait un courage incroyable. Le roi sorcier poussa un beuglement de douleur quand Merry enfonça son cure-dent dans son mollet fantomatique et se renferma comme une huître quand il reçut l'épée d'Eowyn en pleine tronche. Cependant, dans la bataille, Eowyn fut gravement blessée de même que le brave Merry. Théoden réussit à ramper jusqu'à sa nièce qu'il considérait comme sa fille, et l'attira contre lui, de même que le hobbit si courageux qui n'avait pas hésité à le suivre dans une guerre qui n'était pas la sienne. Il ne fit pas attention au fait que la guerre ne s'approchait plus d'eux, ils étaient dans un cocon bien protégé par une Valië au grand coeur.

Quand le soleil se coucha enfin, Minas Tirith qui n'avait pas vu ses portes tomber, était sauvée et les elfes de Phoenix coursaient joyeusement les derniers orcs sous les regards las des dunedain, des elfes et des rohirrims qui avaient tout vu avec ses fous. Eomer soupira de soulagement quand il vit Nivacrin brouter paisiblement tandis que son oncle serrait sa soeur dans ses bras. Il les ramena à Minas Tirith afin qu'ils soient soignés dans les maisons de guérison. Ainatal et les rois de Valinor allèrent d'abord rejoindre le navire amiral et la famille de l'elfe de Phoenix. Hilare, elle découvrit ses enfants saucissonnés et leur père tout sourire qui serrait un nourrisson bavoteur contre lui. Ereinion se releva, baisa tendrement les lèvres de sa femme et lui demanda :

"-Alors, comment s'est passé la bataille ?"

"-Super facile. On s'est amusé comme des fous !" répliqua Ainatal avec un grand sourire.

"-Point de vue tout à fait discutable !" grogna une voix qui ressemblait terriblement à celle du grand-père d'Ereinion. Il tourna la tête vers l'elfe et s'exclama stupéfait :

"-Grand-père ?!"

"-Non, grand-oncle. C'est le frère jumeau de Fingolfin. Meleth, je te présente le roi des Noldor de Valinor, Finarfin le père de Galadriel," répondit Ainatal avec un sourire.

"-Finarfin ?"

"-Oui."

Le roi des Noldor observa son neveu avec attention et lui trouva la même beauté que celle de son frère.

"-Tiens, mais qu'avons-nous là ? De pauvres elfes de Phoenix innocents et sans défense. Faut-il les libérer ?"

"-Mmmh, mmm," s'écrièrent les elfes.

"-Non, ce ne serait pas amusant. Bien. Les mômes, on vous attends à Minas Tirith. Je vous donne une heure pour retirer vos liens et arriver dans la salle du trône. Au delà de ce temps, je vous refilerai à mes lieutenants pour qu'ils vous entraînent plus soigneusement. Et face à eux, mon entraînement c'est une balade dans les bois."

Les elfes ligotés lancèrent un regard affolé vers leurs parents qui n'eurent aucun scrupule à les quitter. Ainatal, les trois elfes et Ereinion rejoignirent calmement l'armée après avoir demandé à Cirdan d'amarrer le navire au milieu du fleuve. Ensuite, après avoir parlementé avec un Aragorn assez amusé, ils reprirent leur route vers le camp des elfes. Ils pénétrèrent dans la tente de commandement, et Ereinion s'assit sur le lit en tenant toujours sa fille contre lui. Finarfin lança un regard vers Ainatal, puis s'assit près de son neveu :

"-Alors, tu l'as enfin retrouvé."

"-Oui. Mais elle a tellement changé que je ne la reconnais plus. Elle est plus ouverte et en même temps plus cruelle, plus naturelle et plus sombre."

"-Quand elle est arrivée sur Valinor, les elfes l'ont surnommée dîheleg, la femme de glace. Il a fallu plus de trois cent ans aux Valar pour la rendre telle qu'elle est maintenant."

"-Et je n'étais pas là pour elle," soupira douloureusement Ereinion.

"-Cela n'aurait servi à rien étant donné qu'elle ne se souvenait pas de toi," lui fit remarquer son oncle.

"-J'ai cru mourir."

"-Mais tu ne l'as pas fait et tu l'as retrouvé. C'est le plus important, non ?"

"-Oui, tu as raison. Mais qu'a-t-elle fait en Valinor ?"

"-Elle nous a rendu la lumière, elle a rendu la vie à Laurelin et Telperion."

"-Elle a quoi ?"

"-J'ai ramené les deux arbres, alors que tu m'as donné une raison de vivre."

"-Quoi ?" demanda Ereinion avec curiosité.

"-Pas quoi, qui ! C'est toi. C'est toi qui m'empêche d'en finir avec la vie, qui me pousse à avancer, à ne plus penser au passé. Je t'aime, Galad nin."

"-Je t'aime aussi."

Les deux amoureux s'embrassèrent tendrement, puis Ainatal avec un sourire lança :

"-Bon. Les camps ont été installés, Aragorn va accueillir nos neuf petits monstres avec Eomer, Théoden chouchoute sa nièce avec Elbereth, Gandalf garde Denethor et nous, on va monter parce qu'il faut que j'aille voir Gandalf."

Calmement, ils grimpèrent dans la cité et là, ils virent cinq des lieutenants d'Ainatal, Boromir, Faramir, Gandalf et... Denethor. Ainatal serra les poings et siffla avec un sourire sadique :

"-Tiens, ne serais-ce pas Denethor le fou, Denethor le MONSTRE !!"

Elle allait se jeter sur le gondorien pour le faire passer de vie à trépas quand trois rois elfes la plaquèrent sur le sol, puis l'amenèrent plus loin le temps qu'elle se calme. Elle se mit à hurler :

"-J'VAIS M'LE FAIRE ! PUTAIN. MAIS LACHEZ-MOI ! J'VAIS L'TUER !"

Denethor la regarda d'un air un peu fou et se raidit quand une voix avec un accent anglais dit froidement :

-Denethor ! Vous avez ordre de faire partie de la charge contre les Portes Noires et surtout vous avez ordre de ne pas revenir en vie.

Boromir effondré murmura :

-Non !

-Soit il meurt honorablement sur le champ de bataille, soit les elfes de Phoenix n'iront pas vous aider !

Bormir soupira lourdement et accepta d'un signe de tête tandis qu'à l'extérieur les hurlements de fureur de d'Ainatal continuaient à s'élever. Ce que personne ne pouvait savoir, c'est qu'elle était en train d'apprendre à certains jeunes elfes à pousser des cris de rage convaincants. Les trois souverains de Valinor riaient encore plus forts que les autres. Ereinion soupira et décida de la calmer et découvrit son épouse qui était affalée sur le Rath Dinen et poussait des rugissements qui ressemblaient plus à des bâillements qu'à de véritables cris. Il eut un sourire qui s'élargit un peu plus quand il vit ses enfants arriver en même temps que les dix lieutenants d'Ainatal qui se mirent à leur faire des petits gestes de la main.

A suivre