CHAPITRE XXVI
Toutes ces horreurs lui revinrent en mémoire aussitôt qu'il ouvrit les yeux. Et la douleur se réinstalla, insidieuse, assassine. Mais, ce qui l'inquiétait par-dessus tout, c'était ce qui avait pu se passer après son évanouissement : Mc Stylsen en avait-il profité pour … ? Il ne parvint pas à formuler la fin de sa question.
Il se concentra alors au maximum pour tenter d'isoler, un à un, les foyers de douleur. Il avait l'impression que sa tête allait exploser et son épaule le lançait atrocement, chacune des brûlures infligées par son tortionnaire, il était incapable de savoir combien il y en avait, le fouaillaient, le sang dans ses mains, insuffisamment irriguées du fait du serrage maximum des menottes, battait douloureusement et ses poignets, maintenant profondément entamés par le métal, le faisaient souffrir au moindre mouvement de même que ses jambes dont il savait qu'elles devaient maintenant être à vif. Son visage ne devait pas vraiment être beau à voir non plus.
Mais il lui semblait qu'aucune douleur n'irradiait de son bas ventre et cela le rassura. Puis, la conscience lui revenant totalement, il s'aperçut que, si son torse et ses jambes étaient dénudés, son pantalon était toujours descendu à mi-jambes et il portait encore son sous-vêtement et il respira, soulagé.
Il n'était pas dupe : ce n'était qu'un répit. Sa chance, toute relative, tenait au fait que, les autres fois, Mc Stylsen abusait de ses victimes pendant que ses complices conduisaient : là, obligé d'être lui-même au volant, il devrait bien remettre à un peu plus tard ses instincts pervers. Quoique, malheureusement, l'épisode précédent avait montré qu'il n'avait nullement peur de s'arrêter pour se livrer à ses activités favorites.
Tôt ou tard Mc Stylsen laisserait la bride à ses pires turpitudes et s'il n'avait pas profité de son évanouissement, ce n'était pas par bonté d'âme mais plutôt parce qu'il tenait à ce que ses victimes soient conscientes lorsqu'il leur faisait subir cette horreur : à la fois parce que leur souffrance décuplait sa jouissance, mais aussi pour les humilier, les avilir au maximum. Mais chaque minute qui passait était gagnée sur l'irréparable : chaque minute en plus était une chance supplémentaire donnée à Charlie et à son équipe pour le retrouver avant que son tortionnaire ne parvienne à ses fins.
Soudain, il s'aperçut qu'il avait les pieds libres. Il se souvint alors que Mc Stylsen l'avait en effet détaché pendant qu'il le torturait, pour pouvoir plus facilement le martyriser, les cuisses serrées l'une contre l'autre présentant une certaine forme de protection. Le fait de pouvoir les écarter lui avait permis de lui infliger des brûlures insoutenables sur l'arrière des genoux et sur la face interne des cuisses, tout en haut, à la limite des organes génitaux, à cet endroit où la peau est si sensible. C'est d'ailleurs à la suite de ces brûlures qu'il avait perdu connaissance.
Mais maintenant, il avait toute sa conscience et il avait bien l'intention de profiter au maximum de la relative liberté que lui avait accordée son geôlier. Celui-ci avait commis une erreur en sous estimant sa résistance et ses facultés de récupération !
Malgré la souffrance que provoquait chaque mouvement, Don réussit à se retourner sur le ventre : ce n'était pas facile, mais la manière dont ses poignets étaient entravés se prêtaient à la manœuvre. Il serrait les dents pour ne laisser échapper aucun gémissement qui pourrait alerter Mc Stylsen, même s'il était peu probable que celui-ci entende quoi que ce soit dans la cabine, entre le bruit du moteur et l'auto-radio qui vomissait à tue-tête du reggae. Mais Don n'avait pas l'intention de laisser passer la seule chance qu'il aurait sans doute d'échapper au malfaiteur : c'était nécessaire avant tout pour éviter les sévices que celui-ci avait l'intention de lui infliger, mais aussi pour permettre son arrestation. Sans otage, il n'aurait plus aucune chance. D'ailleurs, quitte à y laisser la vie, l'agent avait bien l'intention de tout mettre en œuvre pour l'arrêter lui-même s'il réussissait à se libérer.
Une fois sur le ventre, et malgré la douleur engendrée, il ramena ses jambes sous lui de manière à se mettre à genoux. Ses cuisses, raides et enflées, lui infligèrent une véritable torture mais, malgré les larmes de douleur qui coulaient sur son visage, il refusa d'abdiquer. Lorsqu'il fut parvenu à genoux, il jeta un coup d'œil à la montre que Mc Stylsen lui avait laissée : il était près de dix-huit heures trente.
Cela faisait donc déjà plus de trois heures qu'il avait été enlevé : c'était à la fois bon et mauvais signe. Bon parce que plus le temps passait, plus on augmentait les chances de le retrouver, mauvais parce qu'il était étonnant qu'on ne l'ait pas encore repéré. A moins que nul n'ait encore fait le rapprochement avec un camping car.
Au moment où il allait commencer à tirer sur les menottes, étant maintenant dans une position lui permettant d'espérer desceller l'anneau de la paroi, le camping-car s'arrêta. Il comprit qu'il n'avait aucune chance de s'évader sur le champs et que, si Mc Stylsen s'apercevait qu'il avait pu changer de position, il le riverait de nouveau au pied du lit, lui ôtant par la même toute chance de s'enfuir plus tard.
Il se remit donc rapidement sur le dos, trop rapidement d'ailleurs car la douleur qu'il s'infligea lors de ce mouvement faillit lui arracher un cri qu'il réprima grâce à sa volonté de fer et lui provoqua une sorte de malaise qui le laissa sans force, les oreilles bourdonnantes et le sang martelant ses tempes tandis que ses yeux se fermaient. Il avait assez de conscience pour penser cependant que ce malaise était aussi sa chance : Mc Stylsen, en le trouvant dans cet état, n'aurait en effet aucun soupçon sur ce qui venait de se passer.
