Disclaimer : La Quête d'Ewilan ne m'appartient pas.
26
Camille était sûre qu'elle n'avait jamais été aussi heureuse que quand la porte de la chambre de tortures s'ouvrit sur Edwin.
– Papa !
Elle lâcha aussitôt la poupée qu'elle tenait et courut vers lui. Le guerrier se pencha et la prit dans ses bras pour la porter à la grande surprise de Camille qui s'était attendue à une étreinte chaleureuse mais brève. Cette dernière ne s'en plaignit pas.
L'échange entre Sabrina et le Seigneur Fil' Kiner fut plus formel. La petite fille délaissa avec grande peine ses poupées pour aller à la rencontre de son père.
– Père, salua-t-elle.
– Tu t'es bien amusée Sabrina ?
– Oui, Père. Moi et Camille…
– Camille et moi, la corrigea son père.
– Camille et moi avons joué avec les poupées toute l'après-midi. Elles sont si jolies…
– Je suis sûr que tu auras l'occasion de revenir.
– Oh oui Père, ce serait fantastique !
– Pour l'instant, il est l'heure de rentrer à la maison. Va donc remercier nos hôtes.
Edwin laissa glisser Camille à terre. Sabrina vint faire une révérence devant eux.
– Je vous remercie de m'avoir accueillie cet après-midi Seigneur Til' Illan. Camille, j'espère que nous nous reverrons prochainement.
Camille était étonnée du changement de tournure de phrases de Sabrina.
– Je suis ravie que ces heures passées en ma compagnie t'aient plut, répondit Camille.
Puis Sabrina changea de discours et parla avec énergie des différentes poupées, ce qui amena Camille à penser qu'elle avait appris des phrases par cœur qu'elle ressortait dans certaines situations. Les Fil' Kiner prirent congé et s'en retournèrent chez eux, Sabrina débitant encore tel un moulin à paroles.
Edwin reprit Camille dans ses bras avant de se mettre en route. Cette dernière était on ne peut plus étonnée du comportement pour le moins inhabituel du guerrier. Usuellement, elle devait trottiner derrière lui pour ne pas le perdre car il marchait toujours à grandes enjambées. Pourquoi avait-il décidé de la porter aujourd'hui ? Elle n'était pourtant pas malade ni ne s'était blessée.
Quoi qu'il en soit, ils arrivèrent à la salle de dîner habituelle où l'Empereur était déjà installé. Des serviteurs amenaient des plats qui recouvraient déjà la table. Camille ne comprenait pas pourquoi il y avait toujours autant de nourriture alors qu'ils n'étaient que trois à chaque fois. Mais au moins cela lui permettait de goûter différents plats. Cela changeait en tous cas du ragoût de siffleur qui était souvent servi au camp militaire.
Edwin la déposa en entrant dans la salle. Camille avait une faim de loup. On pouvait dire que l'après-midi avait été éreintante. A la demande de l'Empereur, elle raconta ce qu'elle avait fait avec Sabrina. Elle était une bonne conteuse et réussit à rendre ce moment dramatique en quelque chose de joyeux. Pour un peu elle aurait elle-même crû qu'elle avait été enchantée de jouer avec Sabrina.
– Je pars demain, annonça Edwin à la fin de son histoire.
Ouf ! ce n'était pas trop tôt. Camille était soulagée à l'idée de finalement quitter Al-Jeit. Mais elle jugea qu'il serait impoli de montrer une telle émotion devant l'Empereur qui l'avait accueillie à bras ouverts.
Ne jugeant pas que c'était à elle qu'il s'adressait mais qu'Edwin ne faisait que formuler ses intentions, Camille ne dit rien. Puis Sil' Alfian et Edwin échangèrent un regard qui ne plut pas à Camille. Quelque chose lui échappait.
– Comment ça « je » ? releva-t-elle finalement.
Edwin fut soulagé qu'elle ait compris toute seule. En même temps, il ne doutait pas de son intelligence.
– Tu resteras ici, déclara-t-il. Au palais.
– Quoi ? demanda-t-elle choquée.
Les mots se bousculaient dans la bouche d'Edwin sans parvenir à sortir. Il n'avait aucune envie de se séparer de la petite fille. Il devait rester concentré pour transmettre un message cohérent. C'était son devoir envers Ewilan. Et personne ne pouvait dire que le Frontalier n'était pas capable d'accomplir son devoir.
– Tu resteras avec Sil' Alfian, se força-t-il à articuler. Tu auras une chambre au palais, non loin de ses appartements.
– J'ai déjà commencé à chercher des professeurs pour t'enseigner tout ce dont tu as besoin, ajouta l'Empereur gaiement. Et tu pourras jouer avec la petite Fil' Kiner tous les jours.
– Je ne peux pas, lâcha finalement Camille.
Elle tourna des yeux larmoyants vers Edwin.
– Pourquoi… Qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
Edwin était abasourdi de voir qu'elle prenait cela comme une punition. Puis il réalisa qu'elle se sentait simplement abandonnée. Cette pensée lui réchauffa le cœur et le lui broya en même temps.
– Tu as été parfaite, expliqua-t-il une boule dans la gorge. Mais c'est beaucoup mieux ainsi. Tu seras bien mieux ici qu'avec moi. Beaucoup plus en sécurité. Et tu pourras avoir des amis de ton âge.
– Jouer avec des poupées plutôt qu'avec des couteaux, ajouta l'Empereur en fusillant son maître d'armes du regard.
Il n'avait pas compris pourquoi Edwin avait confié un poignard à la petite fille. Cette dernière ne semblait pas prêter la moindre attention à Sil' Alfian, toute son attention focalisée sur Edwin.
– Emmène-moi avec toi, supplia Camille. Je ferais plus d'efforts, je serais plus utile…
Elle éclata en sanglots. Edwin se leva pour la prendre dans ses bras et la consoler. Faire plus d'efforts ? Être plus utile ? Comment pouvait-elle imaginer faire plus qu'elle ne faisait déjà ? Camille avait soigné des hommes sans relâche pendant des mois, avait appuyé les troupes à l'aide de ses dessins et avait vaincu seule un Ts'lich.
S'il avait décidé de la laisser à Al-Jeit, c'était parce que pour la première fois il prenait en compte ses besoin à elle. Elle qui ne s'était jamais plainte, qui n'avait jamais manifesté aucun désir, aucune opinion sur la manière dont il la trimballait comme il en avait besoin.
– Chhh, fit-il. Tu as beaucoup fait. Bien plus que n'importe quel homme. Je ne te laisse pas parce que tu as été un poids. Au contraire, tu m'as beaucoup aidé. Mais tu seras mieux ici. Tes parents…
– Mes parents ont disparu ! intervint Camille avec force.
– Ewilan, intercéda Sil' Alfian, sois raisonnable. Tu seras bien plus heureuse ici.
Camille comprit alors une chose. Si elle devait rester ici, ce n'était pas par la volonté d'Edwin mais par celle de l'Empereur. Elle se redressa sans pour autant se détacher d'Edwin. Ses yeux violets, encore humide de par les larmes qui y avaient coulé se fixèrent dans ceux de l'Empereur.
– Pour rester au milieu d'enfants ignares ? Ils peuvent bien rester dans leurs illusions. Mais moi je n'ai pas l'intention de rester ici jouer à la poupée. Des enfants de mon âge ? Je n'ai jamais réussi à m'entendre avec eux. Seuls des faux semblants me permettent de m'intégrer. Et il est hors de question que je passe ma vie dans un mensonge. Ce que voulaient mes parents c'était me mettre à l'abri dans l'autre monde. J'aimerais bien vous voir essayer de m'y renvoyer. Ewilan Gil' Sayan a disparu elle aussi. Désormais je suis Camille Til' Illan. Et je pars avec mon père !
