Aujourd'hui, nous fêtons l'anniversaire de Shion, même si c'est pas un texte forcément très joyeux. Bonne lecture.
Rating : K
Disclaimer : M. Kurumada
Genre : général.
Memoriae.
Il avait cherché dans ses affaires. Retourné tout sans dessus dessous. Cherché à mémoriser l'emplacement de chaque chose. Être au courant de tout. C'était l'objectif qu'il s'était fixé : il devait maîtriser chaque détail pour ne pas être démasqué. Alors il s'efforçait de mimer sa démarche, il s'efforçait de mimer ses intonations, il s'efforçait de mimer son écriture. Et quand il avait remarqué ce tiroir verrouillé dans le bureau du Pope, il s'était jeté dessus. Un verrou ne pouvait que cacher des choses précieuses ou vitales pour le Sanctuaire. La clef n'avait pas été difficile à trouver cependant : elle était juste dans le tiroir du haut, bien en évidence devant les feuilles neuves. À la réflexion, s'en était presque louche, mais sur l'instant, il ne s'était pas embarrassé de détail, et avait ouvert le mystérieux tiroir.
Ce qu'il trouva le laissa pantois.
En vrac, il y avait quelques figurines humanoïdes, des dés, un pendentif retenu par une lanière de cuir, une petite poupée de chiffon, quelques statuettes en poterie grossière qui n'était pas sans rappeler l'étrange cheval qui trônait sur le meuble. Le tout reposait sur quelques vieilles feuilles couvertes de graffitis pouvant ressembler à des dessins pour qui avaient un minimum d'imagination.
Alors il avait cherché s'il n'y avait pas un double-fond, quelque chose d'important glissé entre tout ce fouillis pour paraître inaperçu.
Il ne trouva rien.
C'était juste un tiroir avec des objets étranges dedans.
Que faisaient-ils dans le bureau du Pope, Saga n'en savait rien.
À la réflexion, tout cela évoquait des jouets d'enfant. Mais lesquels ? Il imaginait mal Mü s'amuser avec ce genre de chose : la première fois qu'il l'avait vu, alors qu'il n'avait même pas cinq ans, le petit garçon l'avait presque effrayé tant il paraissait être un adulte dans un corps d'enfant. Et son regard qui semblait le transpercer jusqu'à l'âme l'avait toujours mis mal à l'aise.
Mais quels autres enfants auraient pu côtoyer le grand Pope ? Certainement pas des enfants de serviteurs ou de chevaliers, quant à la possibilité que ce soit d'autres apprentis, au fond, cela paraissait peu probable : ils sont au Sanctuaire pour s'entraîner, pas pour s'amuser. Lui-même ne se souvenait pas avoir eu le moindre jouet.
À moins...
Que cela ne puisse être...
Les enfants du Pope lui-même ?
Saga fit tournoyer entre ses doigts une des petites statuettes, tout en réfléchissant à cette dernière option.
C'était plausible.
Shion avait vécu plus de 200 ans. C'était bien assez pour fonder une famille. Mais il n'avait jamais entendu dire que le Pope en possédait une. Sans doute étaient-ils tous morts depuis longtemps.
C'était quelque chose d'étrange à imaginer, pour lui qui l'avait toujours connu âgé, de se dire que le Pope avait été jeune un jour.
Lui, il y avait très peu de chance pour qu'il ait des enfants. Avoir ne serait-ce qu'un ou une amante lui paraissait invraisemblable pour lui qui voulait garder son imposture secrète, alors des gamins...
À sa grande surprise, il en ressentit comme un léger pincement au cœur. Il ne s'était pourtant jamais imaginé à fondre une famille et à vrai dire, de toute sa courte vie, ça ne lui avait jamais traversé l'esprit.
Mais entre ne pas envisager, et voir pour de bon les portes se fermer définitivement devant lui, il y avait, à défaut de gouffre, au moins un fossé.
Il mourrait probablement jeune, en ne laissant personne derrière lui : la seule famille qu'il ait jamais eu, il l'avait tué.
Saga enviait un peu Shion. Il avait eu des amours, une famille. Une vie. Une vie qu'il devait singer. Il n'y avait plus de Saga, seulement un Shion qui tentait d'être plus vrai que l'original. Qu'espérait-il en l'assassinant ? Il n'était au final que ce Kanon aurait du être pour lui : une copie. Une ombre. C'était pathétique. Mais il comprenait mieux les tourments de son défunt frère. Son pauvre frère dont il avait laissé le cadavre pourrir au cap Sounion, incapable qu'il était d'y retourner pour voir s'il y avait des restes à enterrer.
Doucement, il reposa la petite figurine qu'il tenait dans le tiroir. Un tiroir remplit des plus précieux des trésors, mais dont une seule personne était capable d'en comprendre le sens.
* 14 ans plus tard *
-Oh, il l'a laissé !
L'émerveillement au visage, Shion, après être rentré dans la pièce, se précipita vers son bureau et avant que Dohko ne put lui demander ce qui était resté, il saisit une petite statuette en terre cuite ressemblant vaguement à un cheval et il l'a fit tourner entre ses doigts. Dohko, lui, ne se fit pas prier et s'assit dans le fauteuil du Pope, laissa échapper un petit soupir en s'enfonçant dans le moelleux des coussins et fit parcourir son pouce sur le vernis écaillé des accoudoirs tout en se demandant brièvement combien de siècles ce meuble pouvait bien avoir, avant de très vite reporter son attention sur Shion.
-C'est mon petit Adusta(1) qui me l'a fait. Il était tellement heureux quand il me l'a offert. Ah mon tout petit. Il est mort à quatre ans. Il avait échappé à la surveillance de sa nourrice et s'est approché trop près d'une falaise. On lui avait déjà dit que c'était dangereux. Mais à cet âge là, on écoute pas. Je n'ai pas réussi à le sauver.
Dohko connaissait déjà cette histoire, mais la mine concentrée, il écoutait attentivement son ami. Étonnamment, Shion, conserva son sourire et fit le tour du bureau pour ouvrir un tiroir et en extra une clef.
-Ah, il ne l'a pas bougée non plus !
Sans la moindre gêne, il s'assit sur les genoux de la balance qui mit automatiquement ses mains sur ses hanches et il se pencha pour ouvrir un tiroir qui fermait à clef et qui révéla bon nombre d'objets.
-Oh mais tout est là ! Ça, c'était la poupée d'Ina, sa grande sœur. Oh, il ne se sont pas connus, ils ont 46 ans de différences, mais c'était sa grande sœur quand même, enfin, sa demie grande sœur si tu préfères. Elle y a très peu joué, elle préférait ses petites figurines, là tu vois, pour jouer à la guerre sainte. Elles ont aussi servi pour Adusta. Ina a vécu jusqu'à ses vingt-cinq ans elle, elle est décédée en mission. Elle était le chevalier de l'Aigle. Elle était douée ma petite Ina. Gentille et caractérielle, tout le portrait de sa mère. Et là tu vois, c'est le pendentif de sa mère d'ailleurs, elle le portait tout le temps, c'était un souvenir de sa mère. Et les dessins, ce sont ceux d'Adusta. Là, c'est sensé nous représenté, sa mère, moi et lui, là c'est le Sanctuaire, là c'était le chat qu'il essayait d'apprivoiser. Il s'amusait bien. Oh ce dessin, je crois que c'était de sa sœur. Je ne sais plus trop ce qu'il était sensé représenter. Ah si, la plage de Rodorio. Ah mes tous petits... ils aimaient bien me faire de dessins. Je n'ai pas de souvenirs physiques de tous mes amoureux, mais au moins, j'en ai de mes enfants.
Dohko contemplait son ami tandis qui poursuivait son récit. Dans ses yeux brillaient les souvenirs des jours heureux, ceux où ses enfants lui ont apporté ses petits cadeaux. Dohko pouvait presque les voir eux tous, danser dans les prunelles brillantes de son amant, prunelles qui se fanèrent au fur et mesure que la nostalgie prenait le dessus. Les yeux rougis, il reposa les feuilles qu'il tenait dans le tiroir, se retourna et enlaça la balance tout en enfouissant son nez dans son cou.
C'était toutes les personnes qu'il avait aimé avant de les perdre qui lui revenait en mémoire, et maintenant qu'ils étaient ressuscités, il y avait la crainte de remplir de nouveau ce tiroir de souvenirs.
Dohko resserra plus fort son amour contre lui, tout en pensant à ses propres enfants qui étaient parti de sa maison avant même qu'il ne se rende compte qu'il avait quitté l'enfance pour ne quasiment plus revenir. Ses enfants morts de vieillesse loin de lui. Ses petits-enfants qu'il avait pour la plupart pas connus.
Il regarda le tiroir.
Il n'en avait pas fait, lui. Il aurait du.
Un tiroir remplit des plus précieux des trésors, mais dont une seule personne était capable d'en comprendre le sens.
(1) en sanskrit adusta = non souillé, non corrompu, non impur j pur, innocent.
(2) en sanskrit toujours ina = capable ; fort, puissant ; brave, énergique, audacieux
