Bonjour à tous !
Voici finalement le chapitre 26 !
Merci à tous ceux qui ont commenté, followé, favorité Dance Dance cette semaine, je vous aime de tout mon coeur :D Bienvenue aux petits nouveaux, et je rappelle à ceux qui commentent sans avoir un compte sur FanFiction que je vous réponds sur le blog de la fic : dance-dance-bokuaka sur Tumblr ! ;) (cherchez votre pseudo dans la barre de recherche en bas à gauche)
Merci encore à ma correctrice Akimitsu N, sans qui la lecture serait plus laborieuse !
Et sur ce, on se retrouve en bas pour nos retrouvailles, bon chapitre, j'ai mis une artère de mon cœur dans celui ci :3
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Lev avait disparu.
Rappelons nous bien, nous avions laissé Akaashi en plein face à face avec Kuroo, lequel acceptait de le suivre dans un chemin laborieux jusqu'à La Base, mère de tous leurs chagrins. Cependant quand ce duo précis s'était retourné, prêt à s'en aller, Kuroo prêt à remballer, Lev avait disparu. Comme ça. D'un coup d'un seul.
Et Akaashi, rempli d'une grande coupe de doute, cru apercevoir sa tignasse caractéristique au bout de la rue. Comme s'il s'en allait, serein. Une sorte d'esprit protecteur, le genre qu'on croit comprendre mais qu'au final on ne saisit jamais.
C'était étrange comme il avait changé.
Toujours est-il que si ce dernier semblait apaisé du sort d'Akaashi, notre protagoniste, de son côté, faisait de son mieux mais n'en menait pas large. Certes, il avait été traversé par une énorme vague de motivation, saturée d'un sel pinçant de bravoure, mais maintenant que l'impossible était devenu réalité, il perdait peu à peu ses moyens.
C'est que jamais il n'aurait imaginé que Kuroo accepte de le suivre.
Et pourtant.
La nuit était déjà tombée, et le voilà qui marchait juste à sa droite dans les rues froides londoniennes. Les phares des voitures projetaient leur colère sur tous les murs autour d'eux, et leurs grognement monochromes donnaient le ton à l'ambiance qui régnait entre les deux jeunes hommes.
Ils ne se parlaient pas beaucoup.
Entendons par là, pas du tout.
Et Akaashi s'était retrouvé là, tout penaud, finalement pas du tout prêt à assumer ses propres décisions. Il ne voulait pas retourner à la Base.
En fait, il ne voulait pas voir Bokuto.
Au point où nous en étions, autant dire les choses clairement.
Pourtant, il pensait sincèrement que Kuroo et lui devaient se rabibocher, et qu'en vérité, cela serait tout à fait simple. Et à force de réfléchir, il en était venu à la conclusion que c'était sûrement ce que Kuroo pensait également à propos de lui et Bokuto.
Aussi, c'est armé de courage qu'il avançait, un pas devant l'autre, frétillant d'inquiétude. Même si pour couronner le tout, un silence pesant régnait entre Kuroo et Akaashi.
Notre danseur classique réfléchissait à un moyen d'engager la conversation. Mais la seule chose qui lui venait à l'esprit était une question aussi simple que délicate : pourquoi Kuroo s'était-il tant énervé la veille contre Bokuto ?
Oh, bien sûr, il l'avait déjà dit. Le groupe abandonné, le sentiment de ne pas être écouté…
Mais une seule évidence régnait : tout n'avait pas été dit. Il manquait le véritable fond de cet accès de colère. Et Akaashi, si la curiosité motivait en partie ses questionnements, avait la certitude perçante que si Kuroo avouait enfin ses vérités, alors non seulement leur relation serait apaisée, mais celle qu'il nouait avec les autres le seraient aussi.
Car le fait était qu'Akaashi faisait désormais partis de la bande, et que sa présence devait maintenant être prise en compte. Que cela plaise à Kuroo, ou non.
Et ainsi, Akaashi, tiraillé par ses réflexions tyranniques, faisait travailler son visage qui s'étirait d'une expression compliquée à l'autre.
Kuroo se tourna vers lui.
Akaashi sentit son regard. Osa un timide coup d'oeil dans sa direction.
- Bon, si t'as un truc à dire, vas-y, grogna-t-il. Au point où on en est, fit-t-il d'un air toujours aussi farouche.
Et Akaashi réalisa que jusqu'alors, il avait toujours eu un peu peur de lui. Une sorte d'intimidation somme toute normale, étant donné de l'animosité que son compère lui vouait. Mais ce soir là, quelque chose avait changé. Akaashi avait aperçu un éclat que Kuroo cherchait à lui cacher. Akaashi avait vu, que Kuroo avait tout autant peur que lui.
Kuroo lui même avait peur de sa propre ombre.
Et si ce n'était pas tant de la pitié qu'Akaashi ressentait désormais à son égard, c'était surtout de la peine qui coulait dans ses entrailles.
Alors il soupira.
Un coup de vent frigorifiant leur fit fermer les yeux à tous les yeux.
Akaashi décida de prendre cela comme un signe.
Il déclara, le coeur tambourinant mais étouffé sous l'oxygène vivace dans ses poumons :
- Ecoute, tu ne crois pas que la guerre a assez duré comme ça ?
Et cela lui fit tout drôle de l'avoir dit.
C'est étrange comme les choses deviennent soudain plus réelles dès l'instant où on les nomme. La "guerre" finalement, n'était concrétisée qu'à cet instant. Jusqu'à présent il ne s'agissait que de petits regards particuliers, de soupirs un peu de trop, des mâchoires un peu serrés et des remarques glissées mine de rien. Mais tout cela formait un tout. Et Akaashi venait de comprendre qu'il ne pourrait jamais régler un problème sans le définir correctement et une bonne fois pour toute.
La Guerre devait cesser.
Il se tourna vers Kuroo.
Celui ci le lorgnait de toute sa hauteur.
- Okay, répondit-il sternement.
Et il marchait un peu plus doucement tout à coup.
- Okay, répéta-t-il. C'est quoi tes solutions, alors ? Vas-y, éclaire moi de ta sagesse, je suis tout ouïe, clama-t-il, l'air railleur.
Et Akaashi fronça le nez.
Il cherchait désespérément comment lire à travers ces grands airs que se donnait son pâle nemesis. Ce garçon était une véritable énigme, et Akaashi, peu à peu, avait le sentiment d'effleurer sa solution du bout du doigt.
Cependant, avant même que le danseur classique ait pu répondre, Kuroo reprit, marmonnant plus doucement :
- C'est normal de toutes manières. C'est à cause de toi si tout part en couille de toutes façons.
Et Akaashi fronça les sourcils, tête basse.
Son coeur battait plus fort dans sa poitrine tout à coup. Car s'il contenait sa colère, son agacement n'en était pas moins réel.
Et lui qui cherchait juste désespérément à comprendre le pourquoi du comment...
Il décida alors de se montrer plus grand ; aussi demanda-t-il d'une voix qu'il ne se reconnut pas :
- Pourquoi est-ce que tu penses ça ? claqua-t-il.
Alors Kuroo esquissa un petit sourire moqueur.
Alors Akaashi insista.
Il n'avait plus peur.
Il n'avait plus peur.
Il n'avait plus peur de toutes façons.
Et il voulait savoir.
- Qu'est-ce que je t'ai fait ? poussa-t-il.
Il voulait savoir parce qu'au fond il tenait quand même à Kuroo.
Car il tenait à Kenma, à Iwaizumi, à Oikawa.
Car au fond il ne supportait pas l'idée que l'histoire qu'il commençait à peine dans le groupe puisse s'arrêter maintenant.
Car il ne supportait pas l'idée de pouvoir perdre de vue Bokuto dès cet instant.
Alors il ne se laisserait pas faire.
Car pour une fois inédite dans sa vie, Akaashi tenait sincèrement à ces humains, énigmes insolubles par nature mais auquel son coeur semblait inexplicablement rattaché.
Au fond, a-t-on vraiment besoin de donner un sens à l'amour, de toutes façons ?
Alors il leva la tête :
- Je vois bien que depuis le début tu fais la gueule dès que je suis là, déclara-t-il dans une clameur plus inspirée qu'il ne l'aurait cru. Mais je ne comprend pas pourquoi. Donc vas-y, c'est le moment, s'exclama-t-il.
Et alors Kuroo tourna la tête vers lui.
Les deux garçons se fixèrent dans les yeux.
Le temps d'une infime seconde la réalité explosa aux oreilles d'Akaashi, entre les aboiements d'un chien tout près de là, l'éclat de rire d'une jeune fille sur le trottoir d'en face et le vrombissement colérique d'un 4x4 sur le bitume.
Le tout sembla s'évaporer. Se condenser dans un point palpitant*, brillant d'un dernier éclat, avant de disparaître, mirage disparu d'une réalité qui avait peut être existé.
- Donc c'est le moment, répéta Akaashi, tout à fait certain à l'abris dans cette bulle parallèle, tout à fait sûr d'être prêt à tout entendre. Si tu veux me faire des reproches, c'est maintenant, décida-t-il, un poil autoritaire.
Et en effet, le monde extérieur avait disparu.
Kuroo avait le visage entier contracté méchamment dans une sorte de grimace confuse, partagée. Akaashi attendit. Il savait qu'il respirait fort. Comme s'il venait de se battre.
- Tu veux savoir pourquoi je t'aime pas, en gros ? demanda-t-il comme s'il avait mal compris.
Il cherchait à se faire gagner du temps.
- Oui, acquiesça cérémonieusement notre protagoniste. Et savoir ce qui ne va pas, au final. Pour que cette situation s'arrange.
Les battements de son coeur s'étaient un peu calmés. Akaashi savait qu'il avait réussi une première étape.
- Parce que tu penses que c'est de ma faute si tout va mal ? tendit Kuroo, l'air de titiller son interlocuteur.
Akaashi ne soupira pas.
- C'est de notre faute à tous.
Et cette fois Kuroo tourna la tête, et planta un regard sincère dans les yeux de son voisin.
- Même de la faute de Bokuto, tu crois ? serpenta-t-il.
Et Akaashi eut un bref aperçu du mal être qu'il cherchait à découvrir. Il décida de ne pas tenter le Diable et resta honnête :
- Je ne sais pas. C'est à toi de me le dire maintenant, imposa-t-il.
Et alors seulement Akaashi sut qu'il avait bien répondu.
Il avait réussi.
Commença alors un long récit :
- D'accord, déclara Kuroo.
Mais les deux garçons étaient arrivés à Noveapolis, à la statue à l'entrée du quartier. Les poumons d'Akaashi frétillèrent. Ils devaient ralentir le pas ou il n'aura jamais l'occasion de découvrir toute la vérité.
Il commença à traîner des pieds, comme un enfant sinueux.
- D'accord, répétait Kuroo en fond sonore.
Akaashi tourna la tête vers lui. Ses cheveux avaient poussés ces derniers temps aussi quelques mèches venaient lui picorer les yeux. Il n'aimait pas ça.
- Tu sais quoi, en fait je suis en colère contre Bokuto, déclara Kuroo.
Et Akaashi fut très surpris qu'il commence son récit comme cela.
- Ça, j'avais compris, ne put malgré tout s'empêcher de répondre notre protagoniste.
Kuroo virevolta de la tête avant de le fixer, entre la vexation et l'amusement. Akaashi pinça les lèvres.
Merde.
Mais Kuroo l'imita, comme s'il retenait un sourire.
Akaashi sourit.
- Pourquoi t'es en colère ? demanda-t-il en reprenant son sérieux.
Kuroo soupira.
- Parce que regarde, c'est mon meilleur ami. Mais c'est pas à lui que je suis en train de raconter pourquoi ça va pas, là, claqua-t-il dans un éclat de sincérité.
Et il soupira à nouveau, mais cette fois d'un souffle du coeur encore plus grand, encore plus lourd, et beaucoup moins libérateur.
Akaashi fronça les sourcils. Au fond de ses poches, ses doigts étaient recroquevillés dans le coeur de ses poings contractés.
- C'est que, y'a rien que va en ce moment, d'accord ? lâcha alors Kuroo.
Et Akaashi sentit que cela lui coûtait de le dire.
Il ne fit aucune remarque. Se tût.
- Et je sais bien que je suis chiant, okay ? continua Kuroo, l'air fatigué. Mais ça…
Il laissa sa phrase en suspens. Avala une goulée d'air. De cet oxygène pollué, embourbé, à l'instar de ses entrailles. Akaashi souffrait soudain pour lui.
Il ne savait plus à quoi s'attendre.
- Mais ça, reprit Kuroo. Ça Bokuto il s'en fout que je le vive mal, tout ce qui se passe en ce moment, cracha-t-il.
Et Akaashi crut recevoir un pieu dans le coeur à sa place. Une douleur innommable coulait, gluante et épaisse, noirâtre, pâteuse et incurable, depuis la gorge de son interlocuteur.
Akaashi frissonna. Il eut un peu peur.
- Il m'a jamais demandé ce qui allait pas, annonça Kuroo, comme s'il était devenu engourdi par cette mélasse qui lui coulait du coeur. C'est comme s'il se rendait même pas compte que j'allais pas bien. C'est comme s'il s'en foutait, en fait ! clâmait-il, souffrant. A la limite les seules fois où on en a parlé c'est parce qu'il voulait me faire des reproches. Comme quoi je pourrais faire un effort. Comme quoi j'avais pas de raisons de faire la gueule.
Il fronça les sourcils, serra très fort les dents.
- Mais j'en ai pleins, des raisons d'aller mal, rétorqua-t-il, cette fois vaguement en colère.
Il avait le visage sévère, les prunelles enflammées. Il avait les épaules contractées et le nez froncé.
- C'est juste qu'il prend même pas la peine de m'écouter, continua-t-il. C'est tout…
Et Kuroo, dans sa grandeur, secoua alors vivement la tête, l'air consterné.
- Et je sais pas, on dirait que…
Il laissa sa phrase en suspens, encore, mâcha quelques mots.
- On dirait qu'il se rend pas compte d'à quel point moi je peux tenir à lui, et…
Il leva les bras. Ne sut pas quoi en faire. Les laissa retomber contre ses cuisses.
- On dirait qu'il m'a oublié quoi…
Et son ton sembla s'endormir un peu. Sombrer dans un brouillard nocturne.
Il baissa la tête, baissa les yeux, comme si soudainement il s'était éteint. Mais il continuait de marcher d'un pas mécanique, sans vraiment plus savoir comment ni pourquoi il avançait tout droit.
Akaashi de son côté ne sut pas quoi dire.
Il allait falloir être honnête : il comprenait la douleur de Kuroo, et le fait est que la souffrance rapproche. Nous n'aimons pas vraiment les gens pour leurs jours ensoleillés, mais plutôt pour les raisons qui les rendent tristes. Et Akaashi, pauvre être humain, se trouvait là bien empêtré, car la faiblesse de Kuroo le rendait plus attendrissant. Mais il avait beau avoir tant de peine pour Kuroo, il avait encore plus d'affection pour Bokuto.
Il pinça les lèvres. Ouvrit la bouche. La referma.
Il s'apprêtait à poser une question mais Kuroo se reprit soudain farouchement, comme s'il se réveillait tout juste d'une transe :
- Tu sais, c'est pour ça que je t'en voulais en fait, gronda-t-il.
Et Akaashi sursauta presque, sous ce ton agressif. Juste avant de sentir ses épaules se tendre et ses sourcils se froncer.
- Pourquoi ? demanda-t-il, la voix un peu rauque sous la surprise.
Kuroo fit une vague grimace de réflexion, l'air d'être partagé sur la façon de dire les choses.
- Franchement, Akaashi… lâcha-t-il alors.
Et c'était bien la première fois qu'il prononçait son prénom.
Cela fit tout drôle à l'intéressé, qui déglutit un peu bêtement.
- Franchement je sais pas si t'es con ou si tu le fais exprès, continua Kuroo.
Akaashi fit la grimace.
Ah, d'accord…
- Mais je crois que tu te rend pas compte de l'effet que tu as sur Bokuto, lâcha-t-il de but en blanc, l'air consterné. Ça devient ridicule !
Akaashi haussa un sourcil.
- En fait c'est vraiment depuis que t'es là que Bokuto a changé… finit-il par avouer.
Et Akaashi se retrouva figé sur place. Ne sachant plus quoi dire.
Il avait la bouche sèche, le cerveau tout aussi pauvre. Ses synapses semblaient avoir oublié comment fonctionner.
Etait-ce vrai, qu'Akaashi n'avait pas vraiment réalisé le soi-disant effet qu'il avait sur Bokuto ?
Il fouilla dans sa mémoire.
Ou ne cherchait-il pas simplement à l'occulter, car redoutant trop une dégénérescence dans leur relation ?
Akaashi serra les lèvres.
Mais le fait était que leur relation avait déjà dégénérée, au sens où il l'entendait au premier lieu.
Sauf que jour là, peut être qu'à la place de dégénérescence il aurait plutôt dit élévation, amélioration, métamorphose des sensations.
Il secoua la tête.
Et le fait de savoir, de la bouche de Kuroo dont l'avis était en quelques sortes plus officiel, que Bokuto lui vouait belle et bien une affection particulière, lui fit un drôle d'effet. Ce qu'on appellerait gentiment du baume au coeur, mais en vérité une tornade hurlante contre ses poumons, un vague haut-le-coeur lumineux, un éclat de rire dans la gorge et des larmes dans les yeux. Un coup de poing contre le coeur et des frissons sur le ventre. Des regards effarés et des mains grelottantes.
Et rendez vous compte : c'est seulement maintenant qu'Akaashi ouvrait les yeux. C'était seulement maintenant qu'il cessait enfin de serrer les poings et de froncer les paupières. C'était seulement maintenant que Kuroo lui confirmait, et pas au moment où il avait embrassé Bokuto, qu'Akaashi comprenait enfin qu'il était amoureux.
Car s'il l'avait vaguement évoqué auparavant ; ce jour là dans la rue sombre et froide il irradiait sans le vouloir. Il irradiait car son coeur battait malgré tout autour de lui qui sombrait.
Et Kuroo, pendant ce temps, triste enfant pour qui rien n'est simple, le fixait, complètement opaque.
Sans doute avait-il déjà compris.
- C'est pour ça que j'étais en colère contre toi, reprit-il cette fois plus calmement. Parce qu'il te kiffe. Ça crève les yeux.
Et Akaashi sentit bêtement les larmes lui monter aux yeux. Trop de ce parfum empoisonné dans les poumons. Il ne pouvait plus respirer et mourrait en pensant à tout ce qui l'emportait. Il fronça les sourcils, baissa la tête, serra les dents. Il sentit ses poumons commencer à s'aplatir dans leur cavité. Il sentit ses sinus commencer à lui picoter. Il sentit son coeur s'emplir, grossir, mourir, et tenter de soupirer.
Il ne put s'en empêcher. C'était juste trop.
Il lâcha un sanglot. Trois larmes.
Trop con. Il se sentait vraiment trop con. Il ramena une main à sa bouche, laissa quelques larmes couler et stoppa sa respiration dans l'espoir de se calmer le plus brièvement possible, mais le tout semblait s'avérer difficile.
De plus, il n'eut même pas besoin de jeter un regard devant lui pour s'apercevoir qu'ils étaient déjà arrivés devant l'immeuble de la Troupe.
Il ralentit encore le pas. Mais cela revenait à piétiner bêtement sur place.
Kuroo dû comprendre la manoeuvre, car Akaashi l'entendit déclarer, sa voix un peu sourde derrière les battements de coeur d'Akaashi :
- Bon, marmonna-t-il. Viens on va s'asseoir avant de monter. On s'est pas encore tout dit je crois.
Et il attrapa Akaashi par l'avant-bras, pour le traîner jusqu'à un banc juste là.
Là seulement notre protagoniste se retrouva gelé contre le bois cristallisé de son siège urbain, mais n'en dit rien tandis qu'il reprenait vaguement sa respiration.
Il était presque parvenu à se calmer lorsque Kuroo reprit la parole :
- Franchement, excuse moi mais c'est moi qui devrait pleurer, déclara-t-il d'une voix un peu moins agressive.
Et Akaashi releva enfin la tête vers lui.
Il savait qu'il devait être affreux. Le visage cubiste, les joues détrempées, la bouche babillante.
- Je ne crois pas que Bokuto ne t'aime plus même s'il est amoureux de moi, tu sais, se retrouva-t-il à déclarer.
Il eut un mal fou à sortir ces mots là, mais au moins c'était dit. Bokuto était amoureux de lui. Une vague euphorique lui envahit brusquement les entrailles et l'estomac, dansant, folklorique, entre son foie et son pancréas. Il la fit taire malgré tout. Cacha tant bien que mal le sourire sur ses joues.
Kuroo était vraiment le mieux placé pour le savoir après tout. Si Bokuto était amoureux de lui, or il l'affirmait sans aucun doute. Akaashi prit alors conscience qu'il était temps de le croire de toutes façons.
- Peut être, lâcha alors vaguement Kuroo, l'air peu convaincu.
Et il baissa la tête, refusant de croiser le regard d'Akaashi.
- Mais peut être que j'aurai préféré être à ta place, quoi… laissa-t-il en suspens, à son habitude.
Et tout à coup la ville sembla soudainement silencieuse. Comme si les deux garçons se furent trouvés loin de tout. Les klaxons étaient lointains, l'humanité, invisible, le vent dans les arbres, doux et sincère.
Akaashi ouvrit la bouche.
La fanfare dans son corps s'était évaporée.
Vite, vite, vite, chaque organe avait sagement repris sa place. Un peu de sérieux, s'il vous plaît.
Voyez vous, Akaashi ne pensait pas qu'il serait si surpris. Après tout, il l'avait senti venir. Le lien amoureux entre Kuroo et Bokuto. Mais il avait plutôt imaginé Bokuto amoureux de son meilleur ami que l'inverse. Bizarrement il trouva encore un moyen d'être soulagé, malgré toutes les informations qu'il possédait déjà au sujet de l'amour que Bokuto lui portait.
Il prit alors une grande inspiration.
- Alors tu l'aimes ? déclara-t-il, un peu soudain mais doucement.
Et cette fois c'est Kuroo qui ne trouva plus les mots.
Il balança vaguement la tête de gauche à droite. Puis haussa les épaules, l'air vain, atterré, battu et laissé pour mort ; esseulé, oublié, délaissé, fatigué.
Akaashi ouvrit la bouche, mais ne trouva rien à dire, alors il resta silencieux. Seulement Kuroo à côté de lui ne disait plus rien. Il déglutit avec peine, et Akaashi reconnut dans son aura celle qui venait tout juste de le quitter : celle des larmes.
Akaashi se pinça la lèvre inférieur, s'approcha d'un centimètre à peine.
Il ne savait pas trop quoi faire.
A vrai dire, c'était un peu de sa faute, non ? Malheureusement ils étaient tous les deux tourbillonnants dans un typhon où le bonheur de l'un faisait le malheur de l'autre. Quel drame.
- Heum… lâcha-t-il alors bêtement, les mains un peu tremblantes posées sur ses genoux. Kuroo, je suis désolé ?
Et il était sincère malgré tout. Il était triste pour lui. Sans savoir comment, il comprenait sa souffrance.
Kuroo serra les dents. Releva la tête, le nez vers le ciel déjà sombre de l'hiver.
Et une larme coulait sur sa joue.
Un hoquet était toujours disloqué dans sa gorge, et sa poitrine sursautait de tous les sanglots qu'il ne libérerait jamais.
- C'est pas de ta faute, finit-il par soupirer, la voix rauque et grondante.
Et Akaashi s'en trouva étrangement soulagé. Il ne s'imaginait pas tant désireux d'un pardon.
- C'est pas de ta faute, Akaashi, répéta Kuroo. C'est moi qui devrait m'excuser, j'ai vraiment fait le connard, mais…
Et sa voix ne parvint pas à pousser sa phrase jusqu'au bout. Il hoqueta et ramena ses jambes contre sa poitrine. Tourna la tête à droite, puis à gauche, tremblant et frémissant.
- Mais c'était juste… Trop, avoua-t-il, un sanglot au fond du coeur. 'Fin je sais pas, il est un peu bizarre à comprendre, tu sais… Avant que t'arrives, qu'on s'embrasse pour se dire bonjour, qu'il me prenne dans ses bras, tout…
Il laissa exploser un sanglot et prit une grande inspiration.
- Bah tout ça c'était pas "juste comme ça", pour moi. J'y croyais, gronda-t-il. Et je croyais que lui aussi, je croyais que y'avait vraiment quelque chose et qu'on avouait rien ni l'un ni l'autre pour le plaisir de se tourner autour, quoi...lâcha-t-il, sincèrement blessé.
Et Kuroo ; le grand Kuroo, l'invincible, l'impassible, était en cet instant devenu une cascade de larmes. Et Akaashi s'en trouva le coeur serré autant de pitié que de peine partagé, il se trouva si triste pour lui qu'il se mit à pleurer à son tour, et bientôt ce fut une cacophonie de sanglots qui émanait de leur duo.
L'un pleurant pour son amour perdu, l'autre pleurant ses certitudes disparues.
- Et pis là, t'es arrivé de nul part…! s'exclama-t-il, l'air désespéré. Et du jour au lendemain y'en avait plus que pour toi, et il me racontait tout...
Akaashi cracha un énième sanglot.
- Il me racontait tout… répéta Kuroo le regard dans le vide.
Ils marquèrent tous deux une petite pause.
- Et dans le pire des cas, moi je pensais que ça lui passerait, tu sais, que de toutes façons vous vous connaissiez même pas ! Mais tout est parti en couilles, et il t'a ramené chez nous, et je voyais bien comment il te regardait, et comment il était avec toi, et c'était complètement différent de sa façon d'être avec moi…! s'essoufla Kuroo, tremblant. Il parlait de toi comme si t'étais le centre du monde, et tout ce que j'aurai voulu qu'il me donne, il le réservait pour toi. Jamais il aura été si gentil, ou attentionné ou doux avec moi, et c'est là que j'ai commencé à vraiment… Me rendre compte que je m'étais trompé sur toute la ligne quoi… dégringola Kuroo, les joues trempées de larmes.
Il passa une main tremblante dans ses cheveux, les rabattant en arrière.
- Du coup c'est pour ça que je t'en voulais... Et si en plus on ajoute à ça… bah, tout le reste, quoi. Je te laisse imaginer le résultat.
Une dernière larme coula contre sa joue.
Akaashi hoqueta, avant de froncer les sourcils, rassemblant ses pensées :
- Comment ça "tout le reste" ? demanda-t-il, faible et fébrile.
Il cherchait la sincère vérité.
Personne n'en pouvait plus des demi-mots.
Kuroo se laissa alors retomber contre le dossier du banc congelé où ils avaient élus domicile. Il roula vaguement des yeux.
- Bah je parle de Oikawa que personne ne comprend, je parle du fait que dès qu'il sort on se fout de sa gueule, je parle du fait que personne fait d'efforts pour lui alors qu'il fait tout pour nous et que franchement, je sais pas comment on ferait sans lui à l'appart. Je parle de Iwa dont personne ne parle mais qu'on sait tous très bien qu'au fond, non seulement il est dépressif mais en plus il est alcoolique, je parle du fait qu'il a failli cogner Oikawa et je parle du fait qu'on commence à tous avoir peur de lui alors que c'est notre ami. Je parle du fait qu'on a pas un rond, et que dès qu'on a quoi que ce soit faut qu'on le dépense dans des conneries, je parle du fait qu'on va rester coincer toute notre vie dans cette cité pourrie. Je parle du fait que moi je rêve pas de ça, d'accord, je veux pas rester ici, je veux pas avoir un métier normal et vivre dans ce quartier normal et rester un type banal pour qui rien n'a marché, okay ?! cracha-t-il amèrement, entre la fureur et le désespoir, entre l'angoisse et l'espoir imbattable.
Et Akaashi était fasciné, voyez vous. Car Kuroo avait cette âme bondissante, enflammée et brûlante. Il était révolté et ressentait tout ce qui lui tombait sous la main.
Kuroo n'était pas sans coeur, loin de là, et il portait avec fureur une affection bien trop grande pour lui, pour tout ceux qui l'entouraient. Et il aimait, et il haïssait, et il tremblait de panique sous le poids de cette vie qu'il traînait.
Kuroo était un artiste, un virtuose de la prose et des émotions, et c'était bien pour cela qu'il se retrouvait trappé dans son existence, transbahuté d'une sensation à l'autre, ému et déchiré par tout ce qu'il ressentait.
Et Akaashi manquait de mots tant il savait, rien qu'en l'ayant face à lui, qu'il n'avait pas à craindre cette existence banale dont il faisait le récit. Car il avait ce lustre particulier, cet éclat éblouissant au fond du coeur, au fond du ventre, une hargne, une souffrance tellement grande que quoi qu'il créé les humains par lui seraient toujours fascinés.
- Et en plus, reprit pourtant Kuroo, d'une fois soudain plus fluette. Non seulement Bokuto est amoureux de toi, mais en plus il me laisse pour le groupe. Il me laisse carrément tomber dans la dernière chose qu'on avait en commun, dans notre dernier rêve à nous deux. Parce que monsieur s'est trouvé un job de luxe, pardon ; et alors que c'est moi, qui ait le plus peur de mourir anonyme, c'est lui qui s'est trouvé un moyen de monter du côté artistique.
Il se tordait les pouces l'un contre l'autre, grondant comme un torrent.
- Non seulement c'est lui qui réalise mes rêves mais en plus il ne me laisse même pas l'aimer… soupira-t-il une dernière fois.
Et Akaashi sut qu'il avait finit.
Il avait tout dit.
Et c'est le coeur battant que le danseur classique parvint à glisser quelques cheveux hors de ses yeux avant de répondre, sa voix si calme par rapport à celle de son interlocuteur :
- Pourtant les gens avaient l'air de vraiment aimer ce que tu faisais quand tu chantais dans la rue.
Et c'était vrai. La foule était subjuguée. Akaashi l'avait vu, et il aurait fallu être un imbécile pour ne pas s'en rendre compte. Kuroo fronça les sourcils, l'air d'y réfléchir, alors Akaashi continua :
- Vos spectateurs avaient jamais été aussi réactifs quand vous étiez en groupe, insista-t-il. Peut être que finalement c'est une bonne chose que tu te retrouves tout seul. Peut être que finalement tu avais besoin de plus de place pour que les gens te voient, tenta-t-il.
Et il était sincère. Il pensait alors que la place de Bokuto était ailleurs. De même que Kenma, qui depuis le début ne se réclamait pas plus que ça du groupe. En revanche, Kuroo, avaient en effet besoin de son espace pour briller à juste titre. Il était suffisamment complexe à lui tout seul.
Kuroo ne répondit pas.
Et voyez vous les gens sont comme des couleurs. Si le bleu puissant, explosif et réactif de Kuroo subjuguait à l'unité, peut être qu'associé au jaune miroitant et élastique de Bokuto et au violet sombre et mélodieux de Kenma, le résultat n'était pas si incroyable. Peut être qu'au fond le talent était là mais que l'esthétique manquait. Or plaire sans esthétisme, voilà un défi bien ambiguë.
Alors Akaashi reprit, sur un autre sujet :
- Et puis, tu ne parles pas de Kenma, fit-il remarquer, alors que c'est le seul qui semble vraiment te connaître.
Et c'est uniquement là que Kuroo eut une véritable réaction. Il sembla se réveiller et tourna la tête vers Akaashi.
- Kenma ? fit-il, comme s'il avait pu mal entendre.
Akaashi hocha la tête.
- Qu'est-ce que tu penses de lui ? demanda-t-il. C'est bizarre que tu n'en parles pas.
Et alors Kuroo baissa les yeux, comme s'il était honteux.
Il sembla réfléchir quelques instants, et Akaashi lui laissa la paix pour réfléchir. De toutes façons, au point où ils en étaient, ils avaient le temps de tout mettre au clair.
Kuroo finit par reprendre la parole alors qu'un coup de vent gelé balançait quelques vieilles feuilles mortes autour de lui.
- Kenma est très difficile à lire, avoua alors Kuroo. Il comprend tout sur chacun de nous, mais aucun de nous n'arrive à savoir ce qu'il pense, déclara-t-il.
Il marqua une pause, tricota quelques secondes avec ses doigts.
- Du coup… Je ne sais pas trop ce qu'il pense de moi, en fait… laissa-t-il en suspend. Je… 'fin moi je sais que je l'aime beaucoup, car il est toujours là pour moi et je me rends quand même bien compte que c'est moi le plus proche de lui dans la Troupe, mais… Il est illisible…
Akaashi fronça les sourcils, ne comprenant pas vraiment où il voulait en venir.
Quelque chose semblait caché.
- Mais qu'est-ce que tu veux dire ? redemanda Akaashi. Tu l'aimes beaucoup, mais à quel point ? glissa-t-il, en ayant sincèrement le sentiment d'être passé à côté de quelque chose.
Et alors Kuroo tourna la tête vers lui, et le regard qu'il lui donna resta encore une fois encore plus incompréhensible que ses paroles.
- Je ne sais pas, avoua-t-il alors en baissant les yeux. Je ne sais pas du tout, répéta-t-il, l'air achevé.
Et une pause fut marquée.
Au loin on entendait des éclats venants du Terrain. Akaashi cru reconnaître Yahaba et sûrement Kyotani. Il n'y prêta pas vraiment attention.
- En fait, reprenait Kuroo. Le problème c'est qu'il sait tout de moi, et moi presque rien sur lui... avoua-t-il. Et ça ne me dérange pas qu'il soit silencieux, je le comprends, mais je ne voudrais pas qu'il croit que je l'utilise comme un espèce de remplacement pour Bokuto. Car ce n'est pas vrai. Je ne les aime pas de la même manière car ce sont deux personnes différentes et… C'est moins douloureux d'aimer Kenma. Mais du coup j'ai bien plus peur de lui faire du mal. J'ai l'impression qu'il me comprend mieux que moi même, et il ne mérite pas d'être mal à cause de moi. Puisque je vois bien que je fous le bordel un peu partout. Mais Kenma, ça me ferait trop de peine de le faire souffrir. Il ne mérite pas ça.
Akaashi hocha alors la tête. C'était confus, mais il commençait à comprendre la complexité de toute cette situation.
Un coup de vent glacé les pétrifia alors tous les deux, le temps d'une seconde.
Un petit silence plana. Ce n'était pas un silence gêné, mais un silence de réflexion.
Une trêve avait été signée.
La Guerre n'était peut être pas finie, mais elle était en tout les cas apaisée.
Akaashi se laissa alors retomber contre le dossier dans son dos, laissant sa tête couler en arrière, le regard vers le ciel et le nez dans le vent froid. Il grelottait presque, à force de rester transi dans l'atmosphère piquante de l'hiver.
Cette petite pause tranquille, un peu adoucie, dura quelques temps. Juste de quoi laisser les esprits se calmer. Et lorsque le moment fut venu, Kuroo trouva lui même la force de se redresser et de déclarer :
- Enfin bref, on va peut être monter retrouver les autres, maintenant, non ?
Et Akaashi hocha la tête. Il savait que Kuroo et lui étaient sur la même longueur d'onde maintenant. En trêve.
Cependant, alors que les deux garçons se levaient, Akaashi, entre deux battements de coeur, réalisa qu'il avait omis de délivrer une information relativement importante, surtout si l'on considérait la nouvelle règle d'honnêteté qui régnait sur ce duo étrange. Il tressaillit. Kuroo était déjà debout devant lui, à l'attendre.
Alors pour une fois, Akaashi prit son courage à deux mains. Il sortit les mains de ses poches, les ramena l'une à l'autre, et osa :
- Kuroo ?
L'intéressé leva son regard sombre vers lui. Il avait retrouvé sa mine un peu farouche. D'un mouvement de menton il l'incita à continuer.
- Par contre il faut que je te dise, précisa Akaashi. Histoire qu'on soit quand même bien au clair… déclara-t-il, au croisement entre les vents.
Et le lecteur averti aura peut être déjà compris de quoi il retournait.
Akaashi baissa un instant les yeux.
Puis finit par planter son regard dans celui de son interlocuteur.
- Bokuto et moi on s'est embrassés.
Et cette déclaration tomba comme une sentence entre les deux jeunes hommes.
Akaashi avait le coeur battant à tout rompre dans sa cage thoracique, et il savait qu'il était écarlate derrière les pans de son énorme écharpe. Il avait chaud, il avait froid, il tremblait des genoux et papillonnait des yeux.
Akaashi mourait doucement à petit feu, et en face de lui, Kuroo restait de marbre.
- Ah… fut la seule chose qu'il parvint à sortir en baissant la tête, le regard braqué contre le sol.
Un coup de vent siffla encore une fois.
Il était grand temps de rentrer.
- C'est cool de me l'avoir dit, ouais. Au moins maintenant je sais que je peux aller me faire foutre avec mes espoirs à la con, quoi, répliqua-t-il un peu sèchement.
Et Akaashi ne sut pas s'il était en colère ou non, sarcastique ou pas, compréhensif ou tout le contraire. Tout ce qu'il comprenait de la part de Kuroo était sa grande douleur, cette souffrance tragique qui lui tordait toujours un peu plus le coeur.
- Je suis désolé, répéta alors encore Akaashi.
Et Kuroo secoua la tête.
Il fixait indéfiniment une canette de bière vide posée par terre, à quelques mètres de là.
- Quand est-ce que c'est arrivé ? finit-il par demander, un sourcil froncé.
- Juste après que tu sois parti hier, répondit vivement Akaashi, un peu honteux. Il pleurait et… je ne sais pas, c'est la seule chose qui me soit venue, avoua-t-il bancalement.
Kuroo leva le menton, l'air d'acquiescer.
Prit dans sa lancée, Akaashi se sentit obligé de poursuivre :
- Par contre… Juste après j'ai… J'ai flippé en fait ? fit-il, l'air un peu patraque. Et je me suis barré en courant…
Kuroo releva alors subitement la tête, les deux sourcils perchés sur son front.
- Quoi, t'es sérieux ?! fit-il, l'air plus moqueur qu'autre chose.
Akaashi lui laissa bien ce droit là, de se moquer de lui. Après tout il y avait de quoi.
- Ouais… répondit-il avec un petit sourire gêné.
Kuroo fit alors une petite grimace entre le sourire amusé et le nez froncé qui s'exclame dans un "Dommage !", puis il répliqua :
- Putain, la honte quand même… remarqua-t-il, ricanant.
Et Akaashi se laissa aller à un petit éclat de rire, un peu terne mais tout aussi sincère. Kuroo sourit en se tournant vers lui, un sourcil relevé.
Mais son expression se disloqua doucement, pour revenir à son visage sterne et impassible habituel. Kuroo inspira longuement, avant de reprendre :
- Mais tu l'aimes aussi alors ? demanda-t-il, le regard braqué sur son immeuble.
Et Akaashi n'était pas prêt pour cette question. Et le fait est qu'il avait la réponse, mais qu'elle menait à beaucoup trop d'autres choses qu'il n'était pas prêt à confronter. S'il disait la vérité cela impliquait une sorte de responsabilité pour la suite, il serait obligé d'agir sur ses sentiments. Or, il n'était pas prêt pour cela. Trop de choses rentraient en compte pour l'instant, alors il resta simplement silencieux.
Devant ce manque de réactivité, Kuroo se retourna, croisa le regard de son interlocuteur.
Il le fixa une seconde avant de laisser échapper un petit ricanement. L'air de dire "d'accord, j'ai compris", l'air de s'être résigné, l'air d'abandonner.
- Allez, on y va cette fois, déclara-t-il alors en se détournant.
Et les deux garçons reprirent leur marche jusqu'à la Base.
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- Ça va, j'ai pas les yeux rouges ? demanda Kuroo dans la cage d'escaliers de l'immeuble. Je veux pas qu'ils voient que j'ai pleuré pour eux.
Ce dernier haussa un sourcil.
- Pourquoi ? Tu devrais peut-être leur montrer que tu tiens à eux, non ? fit-il en pinçant les lèvres.
Kuroo roula des yeux. Ne répondit même pas.
- Est-ce que j'ai les yeux rouges alors ? insista-t-il.
Akaashi plissa les yeux, inspectant avec minutie la muqueuse de son interlocuteur.
- Non, ça va, mais t'as du noir un peu sous cet oeil là, répondit-il en pointant son oeil droit.
Car Kuroo, rappelons-le, avait pour habitude de se surligner les yeux d'un trait de khôl aussi noir que son âme.
L'intéressé sortit alors son téléphone et entreprit de se frotter l'oeil en question avec énergie.
De son côté, Akaashi tremblait de peur. Il n'avait aucune idée de ce qu'il allait dire, aucune idée de comment Bokuto allait régir, aucune idée de pourquoi il était là au final.
Pour se réconcilier ?
Mais il ne s'était fâché avec personne, lui.
Pour s'excuser ?
Mais de quoi ?
Pour faire table rase, peut être. Pour remettre les pendules à zéro.
Toujours est-il qu'arrivé devant la porte, ni Kuroo ni Akaashi n'osait sonner. Les deux garçons se tenaient là, deux grands dadets incapables de gérer ni leurs émotions ni leur décisions.
Un voisin passa derrière eux.
- Bonjour... marmonna vaguement Kuroo à son intention.
L'intéressé répondit sur le même ton, les fixa plus longtemps qu'il n'aurait dû et disparut dans l'escalier en serpentin.
- Bon, on va pas rester là des heures, déclara alors Kuroo, l'air un peu agacé.
Akaashi se tourna vers lui.
Personne ne bougea.
- J'ai aucune idée de ce que je vais dire, avoua alors d'une voix tremblante notre protagoniste.
Kuroo le fixa d'un air désolé, le visage contracté dans une moue tendue.
- Moi non plus, avoua-t-il.
Et il détourna le regard, avant de cogner d'un air décidé contre la porte.
Trois coups qui résonnèrent dans le coeur d'Akaashi comme trois coups de couteaux dans son âme.
Le temps d'un instant il songea à se sauver. A partir en courant.
Mais finalement même cela lui faisait peur. Tout ce dont il était capable était de rester statique. Fixe. Et le temps paraissait interminable, la porte ne s'ouvrait pas et plus d'une fois Akaashi songea qu'il faudrait peut être frapper à nouveau ou bien que peut être les habitants de ce nid là n'étaient tout simplement pas là.
Si seulement !
Son coeur s'égrenait alors comme le tic tac d'une horloge précipitée, et c'est alors qu'il tournait la tête vers Kuroo, et que les deux garçons échangeaient un vague regard paniqué que le verrou se fit entendre, travaillant dans son engrenage, et que la porte fut ouverte.
Un Oikawa décoiffé apparut derrière la porte, l'air fatigué et un peu gris.
Il y eu un instant de latence.
Un instant où chacun retenait son souffle.
Mais bientôt Oikawa se retrouva à froncer les sourcils et à secouer la tête, comme un parent pardonnant devant une bêtise de ses enfants.
- Ah ! lâcha-t-il d'abord comme s'il attendait leur venue.
Il porta une main à sa hanche, l'air fâché.
- Vous voilà tous les deux… souffla-t-il alors, l'air un peu soucieux. Allez, rentrez, va, fit-il.
Et Kuroo et Akaashi, l'un n'en menant pas plus large que l'autre, pénétrèrent dans l'appartement, totalement silencieux, complètement anxieux.
Oikawa se planta alors face à eux, et s'exclama brutalement, les bras croisés :
- Bokuto ! Kenma ! On a de la visite, vous venez ?
Et son ton était très particulier, comme s'il faisait semblant de ne pas être en colère.
Un petit silence régna. On entendait dans les pièce voisine quelques pas, le bruit d'une chaise tirée ou d'un objet posé.
- Mais vous étiez où, sérieux ? murmura alors Oikawa, l'air un peu énervé. Vous vous rendez compte de l'état où vous les avez laissé ? Plus jamais vous faites un coup pareil, sérieux, j'ai deux fantômes à gérer depuis hier, moi ! râla encore Oikawa dans un souffle.
Et Akaashi se sentit rougir dans la seconde, son rythme cardiaque passant du simple au double. Il ne savait pas quoi faire de ses mains, et ne cessait d'allumer et d'éteindre son téléphone, de le sortir et de le remettre dans sa poche, frénétique et vaguement en panique.
Tout à coup il réalisait vraiment ce qu'il était en train de faire.
Il était venu de lui même chez Bokuto.
Il était venu lui même affronter ce qu'il craignait le plus, ce qui l'avait empêché de dormir toute cette nuit là.
Aussi tremblait-il en comprenant la portée de ses actes. Il n'avait aucune idées de ce qu'il allait dire, aucune idée de où ces retrouvailles allaient mener.
Cependant, il n'eut pas plus que ça le temps de réfléchir, car tout à coup, c'est un visage particulier qui surgit dans le petit corridor qui servait d'entrée à cet appartement biscornu.
Bokuto.
Tout à coup tous retenaient leur souffle dans la minuscule pièce. Tous se fixaient les uns après les autres. Akaashi croisa longuement le regard de Bokuto, lequel rougit jusqu'aux oreilles en le voyant. Mais Akaashi savait que son propre visage était du même acabit.
Un certain silence, totalement indéfinissable du point de vue d'Akaashi, et encore moins mesurable, s'étira dans la pièce, l'air de dompter tout un chacun, l'air d'assujettir chacun à sa torture.
Et cela dura un moment, au point que le tout devienne gênant, au point qu'Akaashi se retrouve à baisser les yeux, les mains celées l'une contre l'autre à se demander ce qu'il pourrait bien dire pour sauver la situation. Mais heureusement, c'est Kuroo qui trouva le premier de quoi percer ce vide qui les encerclait :
- Hey, commença-t-il les yeux baissés. Je suis là pour m'excuser, déclara-t-il.
Et Akaashi détecta dans son ton un vague tremblement, un fossil de ses sentiments revenu à la surface.
- Enfin, reprit-il. Non, je suis là pour te demander pardon, se corrigea-t-il, un peu gauchement.
Et il n'en fallut pas plus à Bokuto pour avoir les yeux humides.
Ce dernier déglutit, et glissa une main dans ses cheveux, avant de répondre :
- Moi aussi je suis désolé, dégoulina-t-il.
Et à peine Bokuto eut-il lâché ces quelques mots qu'il explosa en larmes, là, entre le salon et l'entrée, les bras tout tremblants, et le visage déformé. Il se dirigea alors d'un pas très lourd et très malheureux vers son ami, et vint l'encercler de ses bras, l'attirant puissamment, lourdement, monstrueusement contre lui dans une embrassade misérable. Il sanglotait et grelottait et ne cessait de s'excuser ; et il disait :
- Je suis vraiment désolé de pas t'avoir montré assez comment je t'aime, et tout, mais t'es vraiment mon meilleur ami et ça me ferait trop de la peine de te perdre et plus jamais je veux qu'une dispute comme ça ça éclate entre nous parce que je veux plus jamais te faire du mal parce que je tiens vraiment super fort à toi et…
Et ça n'en finissait pas. Que des "je t'aime" lourd de sens mais pas de la saveur dont Kuroo aurait rêvé.
Depuis sa place près d'Oikawa, Akaashi voyait son étreinte faiblement rendue à son ami, et son regard dans le vide bien trop pensif. Il avait les yeux humides mais aucune larme ne coulait depuis sa rétine. Il n'avait pas les soubresauts de Bokuto, il n'avait que de la fatigue, de la déception, mais au moins il avait un problème de réglé.
Lorsque les deux garçons se séparèrent, Bokuto tremblait un peu moins. Kuroo feint un sourire. Ils ne s'embrassèrent pas.
Peut être qu'ils ne le feraient plus jamais.
Akaashi tressaillit.
En tous cas, Kuroo s'écarta assez vite, faisant un pas en arrière et laissant retomber un silence un peu duveteux sur la scène.
Bokuto se tourna alors vers Akaashi. Leurs regards se croisèrent, s'embrassèrent presque, en souvenir de leur dernier face à face, et Akaashi sentit dans son dos une petite frappe encourageante.
Oikawa.
Akaashi lui jeta un petit regard par dessus son épaule, et ce dernier lui fit un mouvement de tête encourageant.
Alors notre protagoniste éteignit ses pensées. Il ramassa son coeur, aussi lourd qu'un tas de lingots d'or, et traîna tout ce fatras d'organes et d'émotions vers l'avant. Un simple petit pas, un simple petit regard vers le haut.
Il n'en fallut pas plus à Bokuto.
Ce dernier glissa vers lui, et sans une once d'hésitation, tendit ses bras et serra son danseur classique qu'il aimait tant dans ses bras, à la fois si fort et si doucement. Et Akaashi lui rendit la pareil. Il enfouit son visage dans son cou, refusant de croiser le regard de Kuroo, et peut être qu'il laissa aller un petit sanglot, dans cette étreinte puissante et rassurante. Et pourtant son coeur battait si fort, aussi bruyamment que violemment, mais Akaashi n'avait plus vraiment peur, car il sentait contre sa poitrine, le coeur de Bokuto pratiquer la même danse.
Il se sentait beaucoup mieux ici, et soudain il eut cette pensée un peu étrange, où il songea que finalement c'était encore là qu'était sa place.
Dans les bras d'un homme, finalement.
Non.
Dans les bras de Bokuto, voilà tout.
Et quand ils s'écartèrent, Akaashi avait un peu plus chaud au coeur, les joues écarlates, et surtout les mains bien moins tremblantes. L'électricité alarmante et entêtante dans ses entrailles avait fini par retomber. Akaashi était très fatigué, mais il était tranquille. Akaashi était épuisé, mais il était apaisé.
Il se posa alors la question de pourquoi il avait tant eu peur de venir.
Qu'ils sont bêtes les humains. Ils oublient tout.
Akaashi croisa alors le regard de Bokuto, lequel n'affichait qu'une sorte d'expression inquiète et agitée. Akaashi se laissa aller à un vague soupir, la main de Bokuto toujours placée contre son dos. Il ne savait pas ce qui l'attendait, et Bokuto semblait tout autant perdu que lui, mais au moins une sorte de calme était retombé.
Cela laissait le temps à Akaashi pour savoir clairement ce qu'il espérait de sa relation avec Bokuto.
Il y songeait, encore perdu dans les yeux de Bokuto, lorsque tout à coup, un mouvement dans la périphérie de sa vision le ramena à la réalité.
Kenma venait de surgir dans l'entrée, tout emballé qu'il était dans un sweat bien trop grand pour lui. Il s'arrêta juste à l'entrée de la pièce, une main contre le cadre de la porte, le regard braqué sur Kuroo.
Il resta impassible quelques secondes.
Akaashi sentit la main de Bokuto glisser depuis son dos jusqu'à sa hanche, y séjourner quelques secondes avant de retomber à sa place. Akaashi n'en dit rien, mais savait qu'il rougissait, dans le cou et derrière les oreilles.
Kenma quant à lui restait figé, comme s'il hésitait, comme s'il réfléchissait, et Akaashi osa lancer un petit regard vers Kuroo.
Ce dernier regardait son ami avec une tendresse et un air désolé douceureusement misérable. Il était un peu courbé, les mains jointes, dans une sorte de prière silencieuse, une excuse soufflée en secret, un espoir que le Kenma plein de mystère le comprenne et le pardonne un peu.
Et ce dernier, dans sa miséricorde, finit par soupirer, et s'avança.
Il passa devant Bokuto, qu'il gratifia d'un regard appuyé qu'Akaashi ne comprit pas, puis vint se glisser tout contre Kuroo. Ce dernier l'accueillit dans ses bras avec une sorte de reconnaissance, une affection tendre et lumineuse. Il était toujours un peu tendu, mais tandis que son protégé plaçait sa tête contre son torse, il s'empressa de l'encercler et de le tenir délicatement contre lui.
Kenma n'avait aucune expression, mais dans le silence urbain de la pièce, il déclara :
- Je t'ai cherché longtemps, tu sais.
Et Kuroo fronça les sourcils en baissant la tête, comme pour encercler encore plus son ami.
- Je suis désolé, répondit-il.
Et ce fut tout.
Il glissa vaguement sa main gauche dans les cheveux de Kenma, mais ce dernier finit par s'écarter, laissant son ami un peu vide, les bras ballants.
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Par la suite, tout ce petit monde se retrouva dans le salon, affalé dans le canapé et sur un matela posé juste à côté. Akaashi, au summum de son épuisement, se retrouva allongé à côté de Bokuto, à papillonner dangereusement des yeux, le cerveau peu clair et la tête très lourde.
Oikawa lui apporta un café. Ce ne fut pas particulièrement efficace, mais tenir sa tasse droite lui rappelait de ne pas sombrer.
Toujours est-il que l'on parla de tout, sauf des sujets facheux.
Ni de baisers volé, ni de colères foudroyantes, ni de remords, ni de craintes, ni d'argent, ni de passion, ni de boulot.
On ne parla que de futilités, on l'on rit beaucoup.
On parla de vêtements, et de jeux vidéos, d'émissions à la télé, de stars, d'anecdotes rigolotes, et de mises à jours Snapchat. Chacun avait son mot à dire, son point sur lequel râler, et ses satisfactions à partager.
Mine de rien, le soir tombait, et Akaashi tombait sincèrement de fatigue. Bokuto lui caressait vaguement les cheveux de temps en temps, et cela avait encore plus le don de l'endormir.
- Si tu veux, tu peux dormir à la maison… glissa-t-il.
Et Akaashi, faible, soupira.
Il accepta.
Malgré tout, dans cette atmosphère tranquille, restait une seule âme électrique.
Oikawa.
Il jetait des petits regards inquiets, de gauche à droite, et ne cessait de rallumer son téléphone pour vérifier l'heure. C'est seulement au bout d'un certain moment qu'il finit par déclarer :
- Iwa n'est pas toujours pas rentré…
Et c'est seulement là qu'Akaashi réalisa, que dans son égoïsme, il n'avait même pas remarquer l'absence de son ami.
Il pinça les lèvres.
Soudain il était un peu plus réveillé.
Kuroo jetta un oeil brusqué sur son téléphone.
- C'est vrai que ça fait une demie heure qu'il devrait être rentré… commenta-t-il d'une voix sourde.
Tous se tournèrent vers Oikawa, qui s'agitait et tremblotait sur son bout de canapé. Il ne tenait plus en place et semblait terrifié. Il ne cessait de se rasseoir différemment, et ses cheveux l'agaçaient, tandis qu'il se tordait les mains l'une contre l'autre. Sa cornée était brillante, et son visage démantelé. Sa peau grise. Ses épaules tendues.
- Je suis sûr qu'il est partit boire encore… finit-il par lâcher comme une tragédie, au bord de la crise de nerf. Je sais pas comment il va rentrer cette fois, c'est de pire en pire, les gars…
Il s'était désormais levé et marchait en long en large et en travers au quatre coins de la pièce.
- Je sais plus quoi faire, je sais plus quoi faire… répétait-il, les mains tremblantes.
Il s'assit sur une chaise qui traînait là.
Il se releva.
Se rassit.
Se releva.
Puis partit dans une énième ronde.
- Ou pire, reprit-il. Peut être qu'il est dehors, dans un coin où personne le trouvera jamais, en train de faire une pancréatite. Ça se trouve il a mal en ce moment même et nous on est là à rien faire… monologua-t-il.
Kuroo fronça les sourcils.
- Une quoi ? demanda-t-il.
Lui et Bokuto échangèrent un regard inquiet.
- Une pancréatite, insista Oikawa, agacé. C'est une crise du pancréa, quoi, ça arrive quand on boit trop...bredouilla-t-il.
- Attends, comme tu sais ça ? questionna alors Bokuto.
Oikawa serra les dents, serra les poings, presque énervé tant il était anxieux.
- J'ai cherché sur internet ce qui se passe quand on est alcoolique, gronda-t-il, sur la défensive.
Personne n'osa lui faire remarquer que les sites de santé sur internet étaient bien souvent annonciateurs de mauvais augures, même quand la situation ne s'y prêtait pas.
- Ou imaginez il fait carrément un coma éthylique… tremblota-t-il.
Il porta ses mains à son visage, l'air complètement paniqué.
- Ou imaginez il a déjà bu et en voulant rentrer à la maison il lui arrive un truc ?! Genre il se fait renverser, et il saura même pas dire qu'il faut nous prévenir, ça se trouve il est à l'hôpital en ce moment même et on le sait pas. Ou ça se trouve il est tombé dans la Tamise et il est en train de se noyer en ce moment, et il comprend pas ce qui lui arrive, et personne ne le verra jamais !
Il explosa alors brusquement en sanglots.
- Si ça se trouve il est déjà mort et nous on est là à rien faire comme des cons, clâma-t-il, totalement hors de contrôle.
Et si Kuroo se leva, dans l'espoir de le calmer, c'est l'écho de la sonnette de la porte d'entrée qui attira en premier lieu l'attention d'Oikawa.
Il se figea le temps d'une seconde, fixa désespérément Kuroo, juste en face de lui, avant de se projeter vers l'avant jusqu'à la pièce voisine.
Dans le même mouvement, chacun s'empressa de le suivre. Même Akaashi, lui même au bord de l'évanouissement épuisé.
Et c'est ainsi que, tous tassés les uns contre les autres, chacun put témoigner de l'entrée dans la pièce du dernier membre manquant de la fameuse Troupe de Noveapolis.
Iwaizumi le Grand, emmitouflé dans son large manteau et son écharpe à rayure.
Il leva follement les yeux devant lui.
Fit un petit sursaut.
Un instant blanc, vide, anesthésié passa. Tout le monde mourut le temps d'un instant.
Mais Iwaizumi, pourtant, avait un regard normal.
Une démarche normale.
Une attitude normale.
Oikawa se retrouva nez à nez avec lui. Iwaizumi ouvrit grand les yeux.
- Bah, qu'est-ce que vous faites là ? demanda-t-il en faisant un petit pas en arrière.
Il était sobre.
Un souffle général, une bourrasque chaleureuse de soulagement embauma alors tous les jeunes présents juste là.
Et alors Oikawa explosa violemment dans un sourire. Il se cala une seconde contre lui dans une accolade rapide, avant de l'attraper par la main et de lui faire traverser la marrée humaine de la pièce.
- Non, non, rien, répliqua-t-il avec un grand sourire de soulagement.
Mais quel pauvre garçon.
Iwaizumi le suivit, et fronça un peu les sourcils. Alors que les deux amants s'asseyaient sur le canapé, il glissa un doigt contre la joue d'Oikawa, et Akaashi l'entendit murmurer :
- Ça va ? On dirait que t'as pleuré… souffla-t-il, plein de douceur.
Oikawa s'empressa alors de prendre ses deux mains dans les siennes et de répliquer :
- Non, pas du tout, je dois juste être fatigué.
Et il sourit. On aurait pu croire qu'il était sincère.
Quel acteur.
En tout cas tout le monde retrouva alors sa place. L'euphorie passée, un calme nouveau était en train de tomber sur la pièce. Akaashi était prêt à somnoler à nouveau. Mais Oikawa le coupa dans ses rêveries :
- Mais du coup ! s'exclama-t-il à l'attention d'Iwaizumi. Grande nouvelle : figure toi que Kuroo et Akaashi nous sont revenus, donc… Plus de crises de nerfs, hein, gloussa-t-il un peu bêtement.
C'est qu'il était rapidement remis sur pied.
Et en faisait cette déclaration, il lança un regard appuyé vers Kenma et Bokuto.
Akaashi songea qu'il était bien mal placé pour se moquer des pétages de plombs des autres mais ne fit aucun commentaire.
Iwaizumi sourit gentiment à sa petite note, et, déliant son écharpe de son cou, entreprit de prendre une grande respiration :
- D'ailleurs… commença-t-il.
Et tous se tournèrent vers lui. Contrairement à tous les autres, il avait la mine inhabituellement saine ce jour là. Cela éveilla la curiosité d'Akaashi. Oikawa se pencha vers lui, l'air attentif.
-...Moi aussi j'ai une grande nouvelle… continua-t-il, très solennel.
Il jeta un petit regard en biais vers Oikawa, qui haussait très haut les sourcils.
- Ah oui ? fit ce dernier, l'air curieux, l'air tout content d'avoir celui qu'il aimait près de lui.
Iwaizumi hocha la tête.
- Bon, vous avez peut être remarqué que je rentre un peu tard, ce soir, commença-t-il.
Tout le monde tourna ostensiblement la tête vers Oikawa, lequel força un sourire innocent sur son visage.
Iwaizumi ne remarqua rien.
- C'est parce que, ça fait un petit moment que j'y pense, et… en quittant ce soir, j'ai pris une décision. Et je pense qu'elle vous concerne un peu tous aussi… continuait-il.
Le silence régnait dans la pièce. Tout le monde attendait avec une curiosité flagrante la déclaration d'Iwaizumi.
- Voilà, reprit-il. J'ai été chez le médecin, ce soir, expliqua-t-il d'une voix très neutre. Pour lui dire ce qui m'arrive en ce moment… Vous savez… laissa-t-il en suspens.
Il était clair qu'il avait honte, face à ces bouteilles de whisky qu'il avait vidé, mais Iwaizumi avait cette classe et ce charisme constant qui lui faisait garder l'air digne. Il n'utilisa ni le mot "alcool", ni "dépression", et n'avoua pas non plus qu'il avait besoin d'aide. Mais tous l'avait compris.
- Et il m'a dit que j'avais bien fait de venir, reprit-il, les yeux baissés sur les mains d'Oikawa qu'il tenait gentiment entre les siennes. Et donc il m'a donné l'adresse d'un collègue qui est apparemment plus spécialisé pour… mon cas…déclara-t-il.
Et Akaashi, éberlué, jeta un coup d'oeil vers Oikawa, dont les yeux brillaient d'un éclat incroyable. Iwaizumi n'avait toujours pas croisé son regard. Il demeurait inconscient de cette émotion qu'il engendrait. Non, il était bien trop concentré sur le fait de déclarer cette information incroyable comme si cela ne lui avait coûté aucuns efforts.
- Et donc on a pris rendez-vous ensemble, précisa-t-il à propos de ce nouveau médecin. J'ai parlé avec ce type là, il avait l'air bien au téléphone.
Il marqua une petite pause.
Un fragment de son angoisse fut perceptible, pendant un millième de seconde.
- On se voit dans deux semaines... annonça-t-il alors, l'air officiel.
Et il laissa planer un petit silence. Il souriait un peu.
Tous dans la pièce n'en revenait pas, le coeur gonflés et bondissants de fierté. Même Akaashi était éberlué et il ne pouvait désormais plus s'empêcher de sourire.
- Donc voilà, clôtura Iwaizumi. Je voulais juste vous dire ça, j'espère que ça se passera bien… termina-t-il en caressant doucement, tendrement, les mains d'Oikawa.
Et enfin. Enfin ! Enfin ! Il se tourna vers ce dernier.
Et ce fut la goutte d'eau pour Oikawa. A travers son sourire rayonnant de fierté, il explosa en larmes, encore une fois. Il explosa dans ces sanglots chantants que l'on peut avoir parfois, ces sanglots non pas honteux, mais qui nous libèrent tant, ces pleurs rassurés, entre l'éclat de rire et les larmes bouleversées.
Il se jetta sur Iwaizumi et le serra dans ses bras, et ce dernier lui rendit la pareille, dans un éclat de rire si rare chez lui. Iwaizumi souriait. Iwaizumi riait. Quelque chose avait changé en lui.
Il venait de se prouver qu'il était capable d'agir.
Et alors Akaashi, malgré sa fatigue déboussolante, se trouva à sourire devant tant de bonnes nouvelles, tant de réconciliations et de reparts à zéro. Il se trouva à sourire devant tous ces gens qui hier n'étaient pas grand monde pour lui mais qui aujourd'hui étaient ses amis.
Il se prit à sourire devant toute cette joie, il se prit à sourire car il était lui même soulagé.
Il se prit à sourire et en tournant la tête, il se retrouva nez à nez avec un Bokuto, lequel se prenait à sourire rien qu'en le regardant lui.
Le coeur d'Akaashi fit un petit bond.
Le coeur d'Akaashi fit un gentil salto.
Une nuée d'oiseaux s'envolèrent dans son corps et un vent brûlant suivit leur grand départ.
Il se cala alors contre Bokuto, et, souriant, se prit un peu à rire d'être juste là et d'être heureux.
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* Je me devais d'emprunter cette formule à Vladimir Nabokov, dans son roman Lolita, où il dit "Les vingt-cinq années que j'avais vécues depuis se condensèrent en un point palpitant, puis s'évanouirent." Un roman inoubliable de part son écriture merveilleuse et son récit écœurant.
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Alors ? Qu'en avez vous pensé ?
C'est ce que vous aviez imaginé pour ce chapitre ? Votre avis sur Kuroo a-t-il changé maintenant que l'on en sait plus sur ses vérités ? Il vous a fait de la peine ? Vous comprenez aussi sa douleur ? Qu'est-ce que vous espérez pour la suite ? Qu'est-ce que vous pensez du retour à la Base d'Akaashi et Kuroo ? Vous pensez quoi de la réaction d'Oikawa ? Et la Grande Nouvelle de Iwa ?
En tous cas j'espère que ça vous aura plu ! :D
J'espère aussi que vous avez passé un bon Noël, qu'il n'y aura pas eu de dramas pour vous troubler, et que votre Nouvel An sera tout aussi agréable !
D'ailleurs : pas de chapitre dimanche, je suis à bout sur tous les plans. Le dimanche suivant, à priori viendra le 27 !
En attendant on se retrouve sur le blog de la fic : dance-dance-bokuaka sur Tumblr ;)
Bisous à tous, love you !
