J'ai écrit ce chapitre plein de rebondissements en un weekend, il faut croire que j'étais inspirée…j'espère vraiment qu'il vous plaira, et je le dédie à toute ma petite 'famille' qui me manque et que j'embrasse très fort…

Merci aussi à tous ceux qui me lisent et me reviewent depuis le début, je suis très touchée des compliments que je reçois, et je ferai tout pour ne pas vous décevoir cette fois encore…

Petite note : Primula, fille de Frodon et Lily, que j'ai mentionnée dans le chapitre 20 est un personnage original créé par Frodounette, que je remercie beaucoup de me la prêter…si vous voulez en savoir plus, lisez ses fics, qui sont très bien

Chapitre 22 : Le manège des émotions

Arnor

Eldarion s'éveille au milieu de la nuit. La pluie tambourine aux carreaux, mais ce n'est pas cela qui l'a réveillé. Dans le lit voisin du sien, Arador est assis, pensif…

Eldarion se lève sur ses coudes et frotte ses yeux en disant :

« Tu devrais dormir, nous allons partir tôt… »

En effet, l'unité des deux garçons va être transférée, après ces quelques mois passés à Fornost Erain, encore plus au Nord, vers le lac Evendim. Ils ignorent encore pourquoi…

Arador se retourne vers lui et lui dit :

« Je ne peux pas dormir, Galneth, je pense à cet homme qui est mon père…je me suis enrôlé pour le retrouver, et maintenant que je l'ai vu j'ai l'impression de trahir celui qui m'a élevé, qui m'a aimé comme son fils alors que je n'étais rien pour lui… »

Elevé dans une famille unie, Eldarion ignore tout des problèmes de famille de ce genre, mais il dit tout de même :

« Tant qu'il reste dans ton cœur, tu ne le trahis pas…vouloir savoir d'où l'on vient est légitime et, de toute façon, Hador ignore qui tu es. Tu as le temps de voir décider si tu veux le lui révéler, et, pour cela, il te faut avoir plus d'informations sur lui… »

Eldarion ne va pas jusqu'au bout de sa pensée, mais Arador a compris de quoi il veut parler : s'il veut révéler qui il est à Hador, il doit savoir s'il a déjà une famille…

Arador s'allonge, et dit à Eldarion :

« Tu parles toujours sagement, Galneth… »

Avec un sourire intérieur, Eldarion se dit que les mots qu'il vient de prononcer auraient pu être dits par sa sœur aînée, c'était plutôt le genre d'Eladiel de dire des choses pareilles.

Avec une dernière pensée pour sa famille, il s'endort alors que la pluie continue à couvrir d'un fin manteau la forteresse plongée dans l'obscurit

Emyn Arnen

Faramir rentre de Minas Ithil où il a été retenu pour une affaire urgente, un accident grave arrivé à une équipe. Il est deux heures du matin, la maison de l'Intendant est plongée dans le silence, tout le monde dort. Il n'a voulu réveiller personne, et gagne sa chambre en suivant l'éclairage blafard des bougies qui permettent de se déplacer dans les couloirs.

Il entre dans sa chambre, et s'arrête pour profiter d'une scène qui le ravit…sous la lumière de la veilleuse posée sur la table de nuit, Eowyn dort, la flamme de la bougie projetant des reflets dorés sur sa peau blanche.

Pendant les mois où il était en Harad, sa présence aimante lui a tellement manqu ! Il enfile ses vêtements de nuit et se glisse dans le lit. Eowyn bouge légèrement, mais ne se réveille pas…

Doucement, il la prend dans ses bras, et elle marmonne :

« Mmm…Quelle heure est-il ? »

Faramir l'embrasse et dit :

« Il est deux heures du matin, rendors-toi, mon amour… »

Elle se retourne vers lui et demande, cette fois bien réveillée :

« Qu'est-ce qui t'a retenu ? »

Il dépose un baiser léger au creux de son cou et dit :

« Un accident survenu à une équipe à Minas Ithil…par chance, il n'y a pas eu de morts, mais j'ai dû rester pour superviser le dégagement de l'éboulement… »

Elle dit avec un sourire :

« Je voulais t'attendre, mais je me suis endormie… »

Faramir secoue la tête et dit :

« Tu as bien fait de dormir, tu t'es levée tôt ce matin, tu devais te reposer… »

Elle demande :

« Tu crois que tu pourras encore laisser les travaux pendant que nous serons à Edoras ? Tu n'avais pas l'air satisfait quand tu es rentré du Harad… »

Il sourit et répond :

« J'ai de bons contremaîtres, tout ira bien, et nous ne serons absents qu'une semaine et demie… »

Ses lèvres descendent le long du cou de son épouse, puis sur son épaule, et elle frissonne sous la délicieuse sensation que cela lui procure. Faramir dit alors :

« J'ai tant rêvé de toi quand j'étais au Harad, tellement que j'en devenais parfois à moitié fou… »

Eowyn se rapproche de lui et dit :

« Avant que tu ne perdes totalement la tête, mon cher époux, je te signale que notre fils cadet voulait te parler… »

Sa main frôle le fin tissu de la chemise de nuit alors qu'il répond :

« Je le verrai demain, je vais au palais… »

Leurs enfants étant absents de la maison, ils sont seuls, et Faramir entend bien profiter de cette solitude à deux pour avoir un peu d'intimité avec son épouse avant de partir pour Edoras où ils assisteront aux cérémonies de commémoration des vingt ans de règne d'Eomer.

Faramir sourit :

« Ma vaillante épouse…je ne sais pas comment tu fais pour tout gérer quand je ne suis pas là et en plus trouver le temps d'aider la reine au palais…de plus, j'ai eu vent de tes exploits, des gens que tu as soignés pendant les inondations et qui bénissent ton nom. »

Eowyn sourit elle aussi et répond :

« Les gens exagèrent toujours, tu sais…j'essaie d'être utile, voilà tout…ce n'est pas si difficile, maintenant que les enfants ne sont plus à la maison j'ai beaucoup de plus de temps… »

Il la serre dans ses bras et dit :

« Et modeste, avec tout cela…en Harad, au milieu de cet enfer de chaleur et de sang, je me suis dit que si j'en réchappais je te dirais à quel point mon amour pour toi est grand, à quel point ta présence est pour moi un réconfort perpétuel…je n'imagine pas la vie sans toi et, quand je suis loin de toi, j'ai l'impression d'être incomplet, comme s'il me manquait une partie de moi… »

Jamais il ne lui a dit des choses pareilles, et Eowyn sent les larmes lui monter aux yeux. Il sourit et continue :

« Eh bien, ma courageuse guerrière serait-elle en train de fondre en larmes ? »

Eowyn sourit et dit :

« Comment veux-tu que je reste de marbre face à tant d'émotion, mon cher époux ? Je vais presque souhaiter que tu partes en guerre plus souvent si tu reviens pour me dire des choses pareilles… »

Faramir la lâche, l'air faussement offensé, et dit :

« C'est tout l'effet que cela te fait au bout de plus de vingt ans de mariage ? Finalement oui, je repartirai en guerre… »

Les joutes verbales étaient une tradition entre eux depuis le début de leur mariage, et ils adoraient tous les deux ce genre de petit jeu…

Les yeux d'Eowyn brillent dans l'obscurité alors qu'elle dit à son mari :

« Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je faisais tant de choses quand tu n'es pas l ? C'est pour oublier ton absence… »

Elle ne savait pas aussi bien exprimer ses sentiments que lui, mais il avait compris à demi-mot ce qu'elle voulait lui dire, ses yeux gris disaient plus de choses que ses mots. Il caresse sa joue et dit :

« Compagne de ma vie, mère de si merveilleux enfants, que serais-je sans ta lumineuse présence ? »

Et il l'enlace tendrement…

Arnor, bords du lac Evendim

Meneldil et Arbarad, dissimulés, observent la lueur des feux, de l'autre côté. Ils appartiennent à des groupes de mercenaires livrés à eux-mêmes qui pillent et ravagent l'Arnor depuis quelques mois. On ne sait d'où ils viennent, mais Arbarad a bien l'intention de les arrêter…

Derrière eux se trouve Hador, qui observe avec eux…ses yeux bleus aiguisés enregistrent chaque détail, et ses cheveux sombres, maintenus en catogan, laissent échapper quelques mèches qui flottent au vent. Il a cinquante et un ans, comme l'a écrit Eladiel à Eldarion, mais, pour les hommes de Numenor, ce n'est pas encore un âge canonique…

Derrière eux, les Rangers attendent la décision de leurs chefs…

Ils reviennent sans faire le moindre bruit et informent les troupes qu'ils attaqueront juste avant l'aube, quand la nuit sera encore complète mais les étoiles déjà voilées, pour augmenter l'effet de surprise…la nuit venant seulement de tomber, une nuit de veille commence pour eux…

Meneldil vient les rejoindre auprès du feu du camp…pendant leur séjour à Fornost Erain, l'amitié entre les trois jeunes gens s'est développée, et ils apprécient le fait de deviser ensemble. Cependant, dès que la bataille commencera, Meneldil redeviendra leur supérieur, et ils le savent…

Arador aiguise son épée, mais Eldarion évite de sortir la sienne, l'inscription en ithildin risquant de le trahir. Arador dit alors :

« Que feras-tu lors de ta première permission, Galneth ? »

Cela, Eldarion n'y a pas encore pensé, que pourrait-il bien faire ? Revenir à Minas Tirith est exclu, à part si son père le lui autorise, mais il ne s'abaissera pas à le lui demander…sinon, aller passer quelques jours à Rivendell, dans sa famille maternelle, serait une bonne option.

Il se tourne vers Arador et lui dit :

« J'irai probablement dans la famille de ma mère, en Arnor du Sud… »

Mais les trois garçons n'ont pas le temps d'en dire plus, ils viennent d'être convoqués devant Arbarad. Celui-ci les regarde et dit :

« Voilà déjà presque un an que vous êtes avec nous, et vous avez prouvé votre valeur, messieurs, mais vous n'êtes encore qu'au début du chemin que vous avez à parcourir…le combat qui va venir n'est qu'une pierre à ajouter à l'édifice de votre carrière, mais je peux déjà vous dire que je suis très satisfait de vous… »

Les deux garçons restent immobiles, et essaient de cacher leur sourire. Arbarad se rend bien compte que dire cela à l'héritier du trône est quelque peu risible, mais, pour l'instant, Eldarion n'est encore qu'un jeune Ranger prometteur…

Arbarad le regarde sans en avoir l'air : l'adolescent fragile qui est arrivé il y a presque deux ans est devenu un homme robuste, mais qui a gardé son apparence longiligne. Il a presque fini sa croissance à présent, et est aussi grand que son père…qui reconnaîtrait à présent le fils du roi sous ces vêtements rudes de Ranger ? Même ceux qui ont connu Elessar à l'époque où il était Ranger, et qui le connaissent encore pour certains, n'y ont vu que du feu, malgré la ressemblance évidente entre le roi et son fils. Pour toute la cour, le prince est parti finir sa formation, mais nul ne sait où, ce qui fait qu'aucun Ranger n'a fait le rapprochement. A la fin de l'année, il aura dix-neuf ans, mais il n'est pas au bout de ses peines…Arbarad donne régulièrement de ses nouvelles au roi, et il n'est pas encore question de le faire revenir à Minas Tirith, le prince doit faire ses preuves seul. Mais le capitaine des Rangers sait qu'il n'aura aucun mal à le faire…

Il reprend :

« Disposez, messieurs, allez vous reposer, à présent, et prendre des forces pour le combat qui va venir… »

Les deux garçons se retirent, et Arador dit :

« Il t'a regardé bien longtemps, le capitaine, je me demande ce qu'il te voulait… »

Eldarion lui répond :

« Je l'ignore autant que toi… »

Que prépare Arbarad ? A-t-il reçu de nouvelles instructions le concernant ? Eldarion sait que son père est rentré à Minas Tirith, peut-être a-t-il écrit au capitaine…

Eldarion asperge son visage et sa nuque à l'eau froide, il a l'habitude maintenant de vivre à la dure, sans forcément se laver ni se changer tous les jours, et cela ne le gêne plus. Il a attaché ses cheveux, et Arador lui dit :

« Tu adoptes la même mode que notre roi ? »

Eldarion se tourne vers lui, essuie son visage et lui dit :

« Non, pas forcément, mais c'est pour éviter que mes cheveux ne me gênent lorsque je fais ma toilette…pourquoi me demandes-tu cela ? »

Arador dit alors :

« Pour rien, mais j'ai trouvé que tu lui ressemblais ainsi, enfin dans les souvenirs que j'ai du roi Elessar, je ne l'ai vu qu'une fois, lorsque j'étais petit, quand il est venu en Arnor… »

Une sueur froide coule le long de la colonne vertébrale d'Eldarion : Arador l'aurait-il reconnu ? Mais Arador n'en dit pas plus, fourbissant son couteau de chasse, puis il demande :

« Tu vas dormir ? »

Eldarion a serré sa cape autour de lui et dit :

« Je n'ai pas encore sommeil, je préfère regarder le ciel… »

Alors qu'Arador s'assied à côté de lui, Eldarion observe le ciel, où apparaît la première étoile, Undomiel, l'étoile du soir…il pense alors à sa sœur aînée, dont la beauté et la bonté rayonnent comme l'étoile dont elle porte le nom, et il finit par s'endormir sur cette image…

Meneldil le réveille quelques heures plus tard, ainsi qu'Arador qui dort à côté de lui, et dit :

« Debout là-dedans, on va se mettre en marche… »

Eldarion se réveille d'un coup, secoue sa cape et ceint Eärendil qu'il avait débouclée à sa ceinture…puis il se tourne, prend prestement l'Evenstar dans sa petite pochette de ceinture et le passe à son cou. Le précieux pendentif luit d'une douce lueur, comme s'il voulait l'encourager…

Les troupes se mettent en route de la façon la plus silencieuse possible, font le tour du lac et attaquent le camp des mercenaires…Eldarion évite de tuer, comme le lui a appris son père, mais blesse aux membres, ce qui rend les mercenaires incapables de bouger davantage. Il combat de façon fluide, avec des traces des cours de combat elfique donnés par Legolas autrefois…Eärendil, légère dans sa main, fend l'air avec précision, brillant sous la lumière des torches.

Près de lui, Arador combat lui aussi, mais de façon un peu plus hachée, en alternant les coups d'estoc et de taille. Sa grande épée cause des dégâts dans les rangs des mercenaires…plus petit qu'Eldarion, il joue de cela pour se baisser et faucher ses ennemis avec le plat de sa lame.

Arador voit alors un archer embusqué qui vise Hador, qui lui tourne le dos. Il veut crier, mais sa voix ne porte pas assez loin dans le tumulte de la bataille, aussi court-il vers Hador pour le prévenir. Mais il est assez loin de lui, et, n'écoutant que son instinct, il saute et la flèche l'atteint de plein fouet dans le dos.

Eldarion s'est retourné, et a vu ce qui s'est passé, ainsi que Hador, qui a compris en une fraction de secondes que la flèche lui était destinée. Eldarion atteint son ami le premier, casse la flèche et tente de juguler l'hémorragie. Puis il se lève, remarque l'archer qui est en train d'abattre d'autres Rangers, détache son arc court de son dos et, froidement, le vise en utilisant sa vue surhumaine, puis il l'abat d'une seule flèche dans la tête.

Autour d'eux, la bataille tourne à l'avantage des Rangers, et, au bout de deux heures environ, la zone est entièrement sécurisée. Arador a été emmené hors du champ de bataille peu après sa blessure, et le chirurgien lui a retiré le morceau de flèche qui a perforé son poumon gauche mais sans y faire de dégâts irréparables. Il respire assez difficilement mais ses jours ne sont pas en danger…

Eldarion lui rend visite, et, allongé sur le ventre, il lui demande dans un souffle :

« Je l'ai sauvé…Hador ? »

Eldarion acquiesce :

« Oui, tu lui as sauvé la vie, il m'a dit d'ailleurs qu'il viendrait te remercier… »

Arador sourit malgré sa souffrance et dit :

« Je n'ai fait…que mon devoir… »

Eldarion hoche la tête et dit :

« Repose-toi, je viendrai changer tes bandages demain… »

Dehors, le soleil s'est levé, et la matinée est déjà bien avancée quand il peut enfin s'asseoir, la tête vide, épuisé. Il est à peine blessé, quelques égratignures qui ont un peu saigné, mais il en prendra soin plus tard…

Il déteste cette impression de malaise qui suit le combat, les odeurs de sang, de fumée qui lui donnent la nausée, cette faiblesse générale…son père lui a bien dit que, quoi qu'on fasse, on ne s'habitue jamais à cette impression, et il est en train de se rendre compte que c'est vrai.

Edoras

Eolain, montée sur un tabouret, positionne une guirlande au sommet de la pièce et l'accroche. Dans deux semaines, les commémorations des vingt ans de règne d'Eomer, dont la date a été reculée depuis longtemps, auront lieu avec toute la magnificence souhaitée.

Elfwine et Eolain aident autant qu'ils le peuvent, alors que Lothiriel veille à l'intendance pour nourrir tous les nobles et les invités qui arriveront bientôt, surveillée par son mari qui l'empêche de trop travailler. Elle n'a pas encore annoncé la nouvelle à Elfwine, voulant lui faire la surprise…Eomer travaille dans son bureau, mettant à jour les dossiers qui l'ont attendu pendant son absence…

Lothiriel appelle alors :

« Eolain ! Viens essayer ta tenue ! Elfwine, va donner ceci à ton père, tu seras gentil… »

Elle lui tend une liasse de papiers, et l'adolescent sort de la pièce, suivi du regard par sa mère. Il a dix-sept ans depuis peu, étant né la même année que la princesse Eowyn de Gondor et qu'Arwen d'Ithilien, et ressemble beaucoup à son père, avec la même blondeur, les mêmes yeux bleus et la même complexion longiligne…

Lothiriel emmène Eolain dans ses appartements, où les attend le tailleur du palais. Il s'incline devant la reine et sa nièce et montre fièrement la robe gris clair brodée d'argent à l'encolure ronde qu'il a amenée. Eolain prend la robe, se glisse derrière le paravent et la revêt. Quand elle sort, Lothiriel sourit et lui dit :

« Comme tu es belle, Eolain… »

Le tailleur dit :

« Majesté, aucun ajustement a faire, la princesse Eolain est éblouissante ! »

Et, s'inclinant, il sort avec le sourire. Lothiriel dit alors :

« Nous allons y adjoindre quelques bijoux, voyons voir… »

Elle sort un collier, deux bagues et deux bracelets de son coffret, les lui met, et recule pour admirer son œuvre. Elle réfléchit un instant et dit :

« Comment te coifferons-nous ? »

Ordinairement, Eolain se coiffe soit en demi-queue retenue par un ruban ou simplement en queue de cheval. Surprise, elle voit sa tante, devenue pâle, s'asseoir sur le lit, et se précipite vers elle :

« Ca ne va pas, tante Lothiriel ? »

La reine sourit à sa nièce et lui dit :

« Mais si, ça va très bien, juste un étourdissement… »

Eolain croise les bras et dit en souriant :

« Un étourdissement ? Tu oublies que j'ai eu deux frères et sœurs et que je sais reconnaître certains symptômes…félicitations ! »

Décidément, cette petite était bien maligne, se dit Lothiriel qui répondit :

« Je ne l'ai pas encore dit à Elfwine, je veux lui faire la surprise, alors garde ce secret pour toi pour l'instant… »

Eolain sourit et acquiesce…Lothiriel se lève alors et dit :

« Viens, assieds-toi… »

Elle lui fait un chignon rapide et dit :

« Nous poserons un diadème sur ta tête, ce sera parfait, j'en chercherai un… »

Eolain embrasse sa tante et dit :

« Nous avons le temps, ne te fatigue pas… »

Lothiriel éclate de rire et dit :

« Ah non, ton oncle ne cesse de me seriner cela toute la journée, tu ne vas pas t'y mettre toi non plus… »

Eolain rit elle aussi et dit :

« Nous sommes plutôt opiniâtres dans la famille, et il a raison : tu dois te reposer, tante Lothiriel… »

Lothiriel regarde sa nièce et dit :

« Je vais bien, ne t'inquiète pas…attendre un bébé n'est pas une maladie… »

Eolain lisse le tissu léger de la robe et se regarde dans le grand miroir qui se trouve près du lit. Que penserait Eldarion s'il la voyait ainsi, dans cette robe qui met si bien en valeur ses formes féminines ? Lothiriel a remarqué le moment de flottement de sa nièce, son regard éloquent, et lui dit :

« Il te trouverait magnifique… »

Eolain se tourne vers sa tante et dit :

« Que devrais-je faire pour que tu cesses de lire dans mes pensées ainsi ? »

Lothiriel rit doucement et dit :

« Prendre de l'expérience, jeune fille… »

Et toutes deux éclatent de rire…

Arnor, deux jours après la bataille du lac Evendim

Eldarion change les pansements d'Arador en essayant d'être le plus doux possible, car son ami a été grièvement blessé. Arador, allongé sur le ventre, ne dit pas un seul mot, seule une grimace de douleur vient troubler ses beaux traits de temps à autre …

Arador est pensif car il vient, en mettant sa vie en danger, de sauver celle de son père naturel. Il ne pouvait pas laisser cette flèche l'atteindre…depuis qu'il s'est réveillé, il parle peu, mais Eldarion se doute bien du maelstrom qui agite son cœur…

Le jeune prince mouille le linge dans l'eau où de l'athelas a macéré, et en nettoie la blessure autant qu'il le peut pour éviter l'infection, puis il pose une charpie imbibée de ce mélange et recouvre d'un nouveau bandage sec.

Entre alors dans la tente Hador, le père naturel d'Arador. A les voir l'un près de l'autre, Eldarion voit la ressemblance certaine entre eux, n'importe qui en conclurait immédiatement qu'ils ont un lien de parent

L'homme regarde celui qu'il ne sait pas être son fils et lui dit :

« Je suis venu vous remercier de m'avoir sauvé…j'espère que ce n'est pas trop grave… »

Arador, impressionné de se trouver face à son père, tente de se redresser et dit :

« Non, non, ce sera bientôt guéri… »

Eldarion veut sortir, mais Arador le retient par le poignet alors qu'Hador dit :

« J'ai entendu dire beaucoup de bien de vous, Arador, et ce que j'en ai vu ne dément pas ce qui m'a été dit…aussi ai-je demandé votre transfert dans mon unité pour faire de vous mon aide de camp… »

Le sourire d'Arador provoqua en lui une réaction émotionnelle mais il se reprit rapidement et dit :

« J'espère que vous vous remettrez rapidement, et je vous attends dès votre guérison… »

Le Ranger sortit de la tente, tentant de comprendre pourquoi il était si bouleversé…pourquoi ce jeune homme provoquait-il en lui une émotion pareille ? Qui était-il ?

Son rang lui donnait droit à accéder aux états de recrutement, et il parvint à trouver la fiche d'Arador. Ce qu'il y lut lui arrêta le cœur quelques secondes…Elenw ! C'était son sourire, dont avait hérité Arador, qui l'avait tellement bouleversé plus tôt… alors l'évidence lui sauta aux yeux : Ancalimon lui avait menti autrefois, Elenwë n'était pas morte, et Arador, vu sa date de naissance, était sans aucun doute leur fils !

Comment Ancalimon avait-il pu faire une chose pareille ? Elenwë était sans doute encore vivante, et son propre fils venait de lui sauver la vie ! Savait-il seulement qui il avait sauv ?

Hador resta immobile, abasourdi par une telle découverte. Il ne s'était jamais consolé de la perte d'Elenwë, la seule femme qu'il eût jamais aimée, et voilà qu'il découvrait à la fois qu'elle n'était pas morte et qu'elle lui avait donné un fils. Lui qui se croyait seul au monde !

A bien y réfléchir, Arador ressemblait beaucoup à Elenwë, le même air buté, le même sourire rayonnant, les mêmes traits fins…comment ne l'avait-il pas devin ?

Comment devait-il faire ? Comment dire à Arador qu'il était son père ? Le jeune homme ne le croirait sûrement pas, c'est pourquoi il attendrait de le connaître mieux pour le lui dire, déterminer le moment idéal…

Jamais il n'avait voulu fonder de famille, et, l'âge venant, il s'était résigné à finir sa vie seul, dernier de sa lignée. Cette vie qu'il avait passée à combattre prenait désormais un autre sens, sa lignée ne se terminerait pas avec lui, son sang survivrait dans une autre personne, même si Arador refusait de le reconnaître comme son père…

Le sourire qui s'était effacé de son visage depuis si longtemps y reprit ses droits, et l'émotion le submergea si fort qu'elle le conduisit au bord des larmes.

Il sort de sa tente et, regardant le ciel de nuit, remercia les Valar de lui avoir donné un fils aussi courageux…

A suivre…