Chapitre 26

Harry ressortit du Terrier après sa confrontation avec les Weasley. Il avait tué Dumbledore. Il avait brisé l'esprit de James Potter, le plongeant dans un monde de ténèbres, de peur et de douleur. Il avait condamné les Weasley à éprouver la sensation constante d'avoir échoué là où ils auraient absolument dû réussir. Leur magie refuserait sans doute de leur obéir à partir de maintenant. Il ne lui restait donc plus qu'une personne à voir et ça serait sans doute la plus difficile à confronter : son parrain, Sirius Black.

Il décolla et prit rapidement la direction de Londres. Un regard sur sa montre à gousset lui apprit qu'il était plus de minuit. S'il voulait avoir la chance de se reposer un peu avant son anniversaire, il allait devoir faire vite.

Il se posa juste devant la maison de Sirius au Square Grimmauld. S'avançant vers le numéro 12, il sentit la nervosité s'installer. Dans ce monde, Sirius s'était éloigné de lui dès qu'il avait été réparti à Serpentard, mais il se souvenait parfaitement de son Sirius. Harry s'arrêta devant la porte et prit une profonde respiration. Puis il entra, usant de sa magie pour désactiver tous les boucliers.

L'intérieur était toujours aussi sombre, mais la décoration laissait moins à désirer. Harry s'avança dans les couloirs et atteignit les escaliers. Il monta jusqu'à la chambre où dormait son parrain et entra sans bruit. Il observa alors la forme allongé de son parrain qui s'étendait sur le lit. Harry sentit alors la tristesse mais aussi la colère l'envahir. Il s'avança et attrapa les couvertures qu'il enleva d'un mouvement sec. Cela fit réagir Sirius qui se réveilla aussitôt. Il tâtonna pour attraper sa baguette et alluma la lumière d'un murmure.

- Harry ?! Qu'est-ce que tu fais ici ?

- Le rituel Sirius, je suis ici à cause du rituel.

- Quel rituel ? grommela l'homme en se frottant les yeux encore à moitié endormi.

- Celui que tu as pratiqué avec Potter, Dumbledore et les Weasley. Celui qui m'a arraché à mon monde, à ma famille, pour m'enchainer ici.

Cette fois-ci Sirius était parfaitement réveillé et il l'observait avec stupeur.

- Tu n'aurais pas dû te souvenir.

- Oui, mais je me souviens parfaitement de chaque instant que j'ai passé dans mon monde. Le rituel a totalement échoué sur ce point.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

Harry eut un sourire triste. Il était facile de rester en colère contre Potter et Dumbledore, et grâce à Ronald il avait pu rester en colère contre les Weasley. Mais rester en colère contre Sirius était difficile.

- Je suis venu réclamer justice, Sirius. Pour le tort que tu as causé à ma famille et à moi.

L'homme se tendit alors.

- Où est James ?

- Il est à Poudlard. Toujours en vie si tu veux savoir. Ce qui n'est pas le cas de Dumbledore.

- Tu l'as tué ?!

Harry acquiesça doucement sans faire montre du moindre remord.

- Tu vas me tuer aussi ? demanda Sirius en raffermissant sa prise sur sa baguette.

- Je ne sais pas avoua Harry. Ce que tu as fait était mal Sirius. As-tu la moindre idée de ce qu'a dû ressentir ma famille lorsque j'ai disparu ?

- On aurait peut-être du te laisser là où tu étais. Au moins James n'aurait pas eu tous ses problèmes, grommela Sirius.

- Sur ce point je suis d'accord avec toi. James aurait dû avoir le courage d'affronter les conséquences de ses actes, au lieu de quoi il s'est réfugié dans les robes de Dumbledore.

- James n'est pas un lâche, rugit alors Sirius en se levant. Si tu l'insulte encore je te jure que…

Mais la menace tomba dans l'oreille d'un sourd, d'autant qu'elle n'était pas très crédible, prononcer par un homme portant en tout et pour tout un caleçon avec des chien dessus.

- Potter est un abruti de première qui m'a amené ici par peur de ce que Lily dirait en apprenant la vérité. Et qui au final n'a pas été capable de la garder.

Un sortilège de découpe l'atteignit à l'épaule. Harry jeta un coup d'œil surpris à sa blessure. Du sang coulait lentement le long de son bras pour tomber goutte à goutte sur le sol. Il ferma alors les yeux et lorsqu'il les rouvrit une détermination sans faille y brillait.

- Tu es quelqu'un de loyal, Patmol. Tu as juste mal choisi la personne à qui tu devais être loyal. Et c'est cette erreur de jugement qui te vaut de passer sous le mien ce soir.

- Si tu crois que je vais te laisser faire … James avait raison, tu n'es qu'un monstre.

- Non Sirius, les monstres sont ceux qui enlèvent des enfants à leurs parents. Dans cette histoire, je ne suis que la victime et c'est toi le monstre.

Harry l'observa alors en penchant la tête sur le côté.

- Tu veux savoir ce qui m'a le plus surpris pendant ma première année ? demanda Harry. Ca n'était pas le fait que Potter me renie. Ça je m'y attendais un peu. Ni le fait que tu te sois détourné de moi. Avec ta loyauté, je m'y attendais aussi. Ce qui m'a le plus surpris, c'est la facilité avec laquelle tu as rejeté Remus lorsqu'il a gardé le contact avec moi. Parce qu'il conversait avec un Serpentard alors il était devenu un monstre ? A croire que pour toi toutes les personnes liées de près ou de loin aux Serpentards sont des monstres.

- Parfaitement, répliqua Sirius furieux, Remus est une créature des ténèbres et c'est d'autant plus vrai qu'il s'est éloigné de nous pour rester avec un Serpentard.

Harry poussa alors un profond soupir. L'attitude de Sirius le surprenait quelque peu, mais il est vrai que dans ce monde il n'avait pas eu à connaître Azkaban.

- C'est une logique ridicule, soupira Harry. Voldemort raisonnait de la même manière, tout ce qui touchait au moldu devait mourir, y compris les sorciers qui n'avaient qu'un simple contact avec eux. Dans ta logique faussée, tu ne vaux pas mieux que lui, car tu condamnes sur de simples préjugés sans même chercher à connaître ceux que tu rejettes.

Sirius grimaça de rage suite aux paroles d'Harry et il aurait bien aimé se jeter sur ce petit con qui se croyait meilleur que lui. Mais Harry avait pris des précautions et avait immobilisé son parrain.

- Peut être que de connaître le rejet t'aidera à mieux comprendre ton erreur, nota Harry doucement.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? grommela Sirius.

Il avait rapidement comprit que le jeune homme devant lui était dangereux et le fait qu'il était immobilisé le rendait particulièrement vulnérable. Il vit Harry lever la main vers lui et la passer devant son visage. Puis il lâcha Sirius et l'assomma d'un stupefix. Ensuite il quitta l'hôtel particulier des Black et reprit son vol en direction de l'Arcadia.

Faire ce qu'il venait de faire à Sirius avait été très dur pour lui. Mais, il devait le faire. On ne s'attaquait pas à sa famille ainsi et surtout on ne s'attaquait pas à Gil Estel sans en subir les conséquences. Il y avait 5 sorciers pour pratiquer ce rituel alors les 5 devaient être punis, sans quoi ça serait une injustice et en tant que Prince, il ne pouvait se permettre de créer des injustices.

Le sort qu'il avait placé sur Sirius ne le tuerait pas et n'aurait pas d'effet direct sur lui. Mais chaque personne qu'il croiserait, chaque personne qui verrait son visage verrait en lui quelque chose qui les ferait se détourner de lui, quelque chose qui les dégouterait ou qui leur ferait peur.

Pour leur crime contre le prince de la magie, et aussi un peu contre lui et sa famille, Harry avait condamné Dumbledore à mort, Potter à la folie, les Weasley à échouer et Sirius au rejet. Et rien ni personne ne pourrait changer cela.

Harry atterrit finalement devant la grotte avant d'y pénétrer. Là, il trouva son père assis devant le feu et qui semblait l'attendre. Harry prit place à ses côtés avant de se blottir contre lui, des larmes coulant le long de son visage. Il n'avait jamais été quelqu'un de mauvais ou qui aimait châtier et brutaliser les autres, mais parfois, il n'avait pas le choix.

Ce soir, il n'avait pas eu le choix et si punir Dumbledore et Potter n'avait pas posé de problème, ça n'avait pas été la même chose avec les Weasley et Sirius.

Le jeune homme sentit son père passer un bras autour de ses épaules.

- Tu as fait ce qu'il fallait fils, murmura Harlock en l'attirant contre lui.

- Je sais, mais le Sirius de mon monde a été ma seule vraie famille pendant plusieurs années. Et j'aurais aimé qu'il ne soit pas mêlé à tout ça.

Harlock raffermit sa prise sur son fils et peu à peu, il le sentit devenir plus lourd contre son flan. Son fils venait de s'endormir. Avec précaution, il se leva, portant son enfant en même temps. Puis il rejoignit sa tente où il allongea son enfant dans le lit de camp avant de retourner devant le feu.

Ce qu'il s'était passé ce soir n'était que justice du point de vu d'Harlock. Mais il connaissait son fils et il savait parfaitement que ça n'avait pas dû être facile pour lui. Harry était du genre à pardonner plutôt qu'à punir. Mais en tant que prince, il avait des responsabilités et des obligations. Il avait des choix à faire et souvent le choix le plus juste n'était pas le plus facile.

Un bruit de pas attira l'attention du corsaire. Il posa sa main sur son cosmo dragoon et attendit. Une silhouette féminine sortie de l'ombre et Lily s'avança pour le rejoindre. Elle s'assit calmement au côté du capitaine et observa elle aussi le feu.

- J'ai vu Harry partir et revenir. Il va bien ?

- Il s'est endormi, répondit Harlock. Quant à savoir s'il va bien… Ce soir il a du accomplir son devoir et je ne suis pas sûr que ça lui ait vraiment plu.

- Quelle genre de devoir ? demanda Lily en fronçant les sourcils.

- Lorsque l'âme d'Harry a été attirée dans ce monde, ça n'est pas seulement lui qui a souffert.

- Oui vous aussi, acquiesça doucement la jeune femme.

- Mais pas seulement. Harry est un prince et en tant que tel il a des sujets, des êtres qui s'inquiètent pour lui. Des êtres qui sont placés sous sa protection. Et ce faisant, le préjudice causé par son enlèvement est plus grand que vous ne l'imaginiez. Ce soir, il a dut rendre justice, pas uniquement pour lui, mais aussi pour toutes les personnes qui sont sous sa responsabilité et qui ont souffert de son absence. Harry est quelqu'un de foncièrement bon, il préfère pardonner que punir, mais parfois punir est la seule chose à faire.

Lily acquiesça et fut parcouru d'un frisson. Elle n'avait pas oublié que son fils lui avait avoué avoir déjà tué. Est-ce qu'il l'avait également fait cette nuit ? Elle voulut poser la question à Harlock, mais se ravisa. Finalement, elle ne voulait pas savoir les détails de cette nuit. Puis, elle jeta un coup d'œil en direction de la tente d'Harlock, elle savait que c'était là qu'Harry était couché.

- Je peux ? demanda-t-elle en désignant la tente.

Harlock acquiesça doucement et il observa la jeune femme rejoindre sa tente. Demain serait l'anniversaire d'Harry et ça serait également le dernier jour d'Harry dans ce monde. Il pouvait comprendre que Lily voulait passer le plus de temps possible avec son fils. Après une hésitation, il se leva et alla la rejoindre. Entrant dans la tente, il trouva la mère de son fils assisse sur le lit en train de caresser tendrement les cheveux de ce dernier.

- J'imagine que je peux m'estimer chanceuse d'avoir pu profiter de lui plus longtemps, murmura Lily.

Harlock s'approcha et après un temps d'hésitation, il posa sa main sur l'épaule de Lily.

- Je sais que même dans un autre univers, il pensera à vous et se souviendra de vous. Vous n'êtes pas la seule à avoir eu une seconde chance. Lui aussi a pu profiter de toutes ces années à vos côtés. Merci d'avoir pris soin de lui comme vous l'avez fait.

Lily lui offrit un sourire de gratitude. Harlock s'approcha ensuite de son fauteuil et s'affala gracieusement dedans, passant le reste de la nuit à observer son fils et sa mère. Profitant du calme et de la sérénité de ce moment.