Hello!
J'espère que vous avez tous passés de bonnes fêtes :)
Voici le nouveau chapitre, flambant neuf et rien que pour vous. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, vous êtes nombreux à lire mais peu à reviewer alors lâchez-vous, ne soyez pas timides.
Et nous voilà reparti en mode narrateur omniscient pour 5 chapitres...^_^
Bonne lecture!
Chapitre 26 : … te conduisant au fond de l'abîme.
En ce matin du vingt cinq décembre, Severus ne se lassait pas de voir le visage rayonnant de sa fille. Elle était toujours vêtue de sa chemise de nuit – chose qu'il n'aurait pas tolérée un autre jour – et ses fins cheveux blonds étaient emmêlés, lui retombant parfois devant les yeux.
Elle était en train d'ouvrir son cadeau et il avait toutes les raisons de penser que celui-ci allait lui plaire.
Dans la grosse boîte bleue et argent se trouvait un joli chaton noir et blanc doté de grands yeux bleus turquoise.
Alice poussa un cri d'émerveillement en le voyant et le prit dans ses bras pour le cajoler.
- Comme il est mignon!
- Il te plait ? demanda-t-il inutilement.
- Je l'adore, merci père.
- C'est toi qui en auras la charge, pas moi. Tu devras t'en occuper.
- D'accord, acquiesça-t-elle, câlinant toujours le petit chat. Comment s'appelle-t-il ?
- A ce que je sache il n'a pas de nom, choisis-en lui un.
- Je vais l'appeler… Christmas !
Severus se retint de commenter face à l'absurdité d'un tel nom et esquissa un sourire devant le bonheur de sa fille. Il espérait juste qu'il n'aurait pas à regretter ce cadeau.
- Il te tiendra compagnie dans ton dortoir, déclara-t-il nonchalamment.
Alice cessa un instant de caresser son chat et le regarda d'un air étonné.
- Mais père, vous aviez dit que je resterai à nos appartement jusqu'à la fin de l'année, n'est-ce pas ?
- C'est ce que j'ai dit.
Elle fronça les sourcils un instant avant de sourire en compréhension.
- Vous n'aviez pas précisé l'année scolaire.
- Il y a plusieurs manières d'interpréter des paroles, dit-il avec un léger sourire, ravi de constater une fois de plus la vivacité d'esprit de sa fille.
- Merci, père.
- Tâche de ne pas me faire regretter cette décision.
- Oui, père, sourit-elle de son air le plus innocent, celui auquel il avait bien du mal à résister.
Alice reçut quelques cadeaux et friandises de la part de ses amis et cousins, ainsi qu'une somme importante d'argent de la part de sa famille maternelle, ce qui enragea Severus. Croyaient-ils pouvoir acheter sa fille ?
Christmas le chat semblait prendre un plaisir insoupçonné à jouer avec les papiers cadeaux, particulièrement les rubans, ce qui amusait beaucoup sa nouvelle propriétaire. Il avait bien réfléchi avant l'achat du petit animal et avait conclu que cela ne pouvait faire que du bien à sa fille – non, il n'admettrait pas que Dumbledore avait influencé son choix – et la rendrait peut-être plus responsable.
- Tenez père, Joyeux Noël ! s'écria Alice en lui tendant un petit paquet.
Devant son air excité et impatient, il le prit entre ses mains en la remerciant, un peu surpris par ce présent. Après l'avoir ouvert, il demeura perplexe face à de longs morceaux de parchemin sur lesquels sa fille avait dessiné.
- Ce sont des marques-pages, le renseigna-t-elle. Est-ce qu'ils vous plaisent, père ?
- Ils sont très jolis, approuva le maître des potions en l'embrassant sur le front.
Ce qui était assez vrai, pour être honnête. Il était d'ailleurs plutôt satisfait que sa fille ne lui ait pas offert un bibelot ou l'une de ces choses inutiles que les enfants offrent généralement à leurs parents.
Un peu plus tard dans la matinée, il se surprit à se servir un verre de whisky. Pour plusieurs raisons, il n'avait jamais vraiment apprécié le jour de Noël. Enfant, cette journée n'avait été qu'une de plus, une journée où il espérait que son père ne boirait pas trop et ne frapperait pas sa mère, ou lui, dans ses délires d'ivresse. C'était en outre un jour où il ne pouvait pas aller voir Lily car elle partait souvent chez sa famille au sud de l'Angleterre, mais même quand elle était là, il n'y avait pas de place pour lui autour de leur table de fête.
A la mort de ses parents, alors qu'il était en sixième année et qu'il avait commencé à fréquenter le cercle des partisans de Lord Voldemort, c'était seul qu'il avait passé Noël. Cela avait continué par la suite, jusqu'à ce qu'il sorte avec Samantha Selwyn et qu'il aille habiter au lugubre manoir familial, où l'ambiance à cette époque n'était pas des plus joyeuses.
Le maître des potions fut tiré de ses pensées par un bruit à l'étage et prit une longue gorgée de whisky, son regard fixé sur les flammes de la cheminée. Il entendit les voix du Gryffondor et de sa fille se chamailler, et soupira avant de prendre une seconde gorgée.
Alice ne semblait pas aussi morose que lui, bien au contraire, elle aurait pourtant eu des raisons de l'être tout autant.
La tête appuyée contre le dossier de son fauteuil, il ferma les yeux et se remémora ce jour, peu avant Noël, où il avait été la chercher au pensionnat. Quelle méfiance il avait lu dans ses yeux, il s'en rappellerait longtemps, et ne pouvait pas l'en blâmer. C'était comme s'il avait découvert son enfant pour la première fois. Une fillette de huit ans, trop petite pour son âge, si maigre et pâle qu'un coup de vent l'aurait emportée.
Dérangé par le bruit, il se leva et monta jusqu'à la chambre de sa fille. Leurs cris avaient à présent changé de tonalité et ressemblait plus à de l'excitation.
En entrant, il les trouva en train de faire une bataille de polochons et haussa un sourcil interrogateur. Ils n'avaient pas été en très bons termes plus tôt ce matin, le Gryffondor s'était isolé pour ouvrir ses cadeaux et lire son courrier. Severus ne parvenait pas à savoir si sa fille s'entendait bien avec lui ou tolérait simplement sa présence. Non pas que cela lui importait vraiment.
- Alice, descends de ce lit, ordonna-t-il sèchement. Potter, vous ne savez donc rien faire sans semer la pagaille ? Rangez-moi ce désordre !
Sa fille obéit immédiatement et remit son oreiller à sa place avant de faire son lit. Le garçon en revanche fut plus réticent et lui jeta un regard glacial. Pendant une seconde, Severus crut qu'il allait lui lancer un coussin à la figure mais, Merlin l'en préserve, ne le fit heureusement pas.
Une épaisse couche de plumes recouvrait le sol et une dizaine de polochons parsemaient la pièce, issus à l'évidence d'un sortilège de dédoublement, on se serait presque cru sur un nuage. Loin d'amuser le maître des potions, qui détestait le moindre désordre, ce remue-ménage le mit de mauvaise humeur.
- Lequel d'entre vous s'est servi de sa baguette ? demanda-t-il.
Un air coupable s'afficha clairement sur le visage d'Alice, ce qui ne l'étonna pas vraiment. Potter était sans doute incapable de produire le sortilège, s'il le connaissait en premier lieu.
- Mais père, vous aviez dit que j'étais autorisée à le faire, avoua-t-elle, d'un air si contrit qu'il faillit sourire.
- En cas de nécessité, ajouta-t-il. Je doute que s'en était une.
- Pardon, je ne le ferai plus.
Severus faillit lever les yeux au ciel devant cette vaine promesse et exigea simplement qu'ils nettoient la chambre avant de monter au grenier brasser quelques potions.
Alice se mit à ranger sans protester jusqu'à ce qu'elle aperçoive Harry qui ne faisait absolument rien pour l'aider, sinon demeurer assis sur le bord de son lit.
- Je ne vais pas le faire toute seule, dit-elle en boudant un peu.
N'obtenant aucune réaction, elle répéta sa phrase en se plantant devant lui. Le Gryffondor semblait ailleurs et l'ignora superbement, ce qui ne fut pas du tout du goût de la Serpentard.
- Tu es sourd ou idiot ?
- Laisse-moi tranquille, cracha Harry avant de se rouler en boule sous sa couette.
Surprise, Alice l'observa un instant, songeant que quelque chose clochait. Mais, ne parvenant pas à trouver la raison de son attitude, soupira et se remit à ranger. Après tout, elle ne voulait pas se faire sermonner par son père encore une fois à cause de lui.
Après avoir finit, elle se rendit à la salle de bain pour prendre sa douche, laissant derrière elle un adolescent apathique.
Quand elle revint cependant, un quart d'heure plus tard, il n'était plus là. Sans savoir pourquoi, son instinct se mit en alerte, la prévenant d'un je-ne-sais-quoi d'anormal. Pourtant, elle déballa tranquillement son courrier, qu'elle n'avait pas terminé de lire, sans trop s'en soucier. Christmas vint se blottir contre elle et se mit à ronronner.
Chère Alice,
J'espère que tu vas bien et que tu passes de bonnes vacances. Les gâteaux que je t'ai fait parvenir sont des Paskha, c'est une spécialité russe, j'adore ça ! Ils ne devraient pas être trop écrasés, j'ai utilisé le hibou de mes parents, qui comme tu le sais est plus fiable qu'Athos.
Qu'est-ce que tu as eu pour Noël ? Moi j'ai eu une collection de livres sur les plus grands sorciers des temps modernes (imagine ma joie), des vêtements et un nouveau chaudron. Ma famille a le chic de m'offrir les cadeaux les plus ennuyeux du monde, vraiment ! Et je ne te raconte même pas mes vacances, un désastre absolu ! Ma sœur aînée est un vrai cauchemar comme d'habitude, Eléonore par ci, Eléonore par là, il n'y en a que pour Miss Prodige ! Simplement parce qu'elle est entrée au conservatoire magique le plus réputé de Russie (il n'est même pas si bien que ça d'ailleurs, j'ai été voir l'un de ses concerts, je me suis endormie au bout de cinq minutes) mes parents sont à ses pieds et il n'y en a que pour elle !
Tu ne peux pas imaginer la chance que tu as d'être fille unique. Parce que non seulement Miss Parfaite est l'attention de tous mais en plus je dois m'occuper de mon autre arriérée de sœur, Sophie, tu sais je te l'avais présentée l'année dernière, elle me colle sans arrêt et je ne peux rien faire sans l'avoir sur le dos. Si tu veux mon avis, mes parents auraient mieux fait de la laisser s'étouffer à la naissance (elle était toute bleue à ce qu'il paraît, mon père a dû utiliser un sortilège pour qu'elle respire normalement, je me demande s'il est toujours actif, imagine qu'un finite incantatem la remettrait dans cet état ! Je tente et je te tiens au courant des résultats).
En espérant que tes vacances se passent mieux que les miennes. Répond vite !
Je t'embrasse,
Savannah.
La lettre fit bien rire Alice qui imaginait totalement Savannah entourée de ses deux sœurs, au bord de la crise de nerfs.
Elle lut ensuite la lettre de Jake, qui était arrivée avec un petit paquet, contenant une nouvelle bande dessinée animée, un peu plus courte que celle qu'elle avait eu à son anniversaire.
Chère Alice,
Je te souhaite un très Joyeux Noël, j'espère que mon cadeau te plaît. C'est la suite des aventures d'Azeral, comme tu as beaucoup aimé ton cadeau d'anniversaire, j'ai pensé que cela te ferait plaisir. Désolé, je n'ai pas eu le temps de le faire aussi long que la dernière fois.
Comment se passent les vacances ? Ton père n'est pas trop désagréable ?
Ici, ce n'est pas terrible mais ça ne change pas de d'habitude.
On se voit à la rentrée,
Jake
Alice prit une plume pour répondre à ses amis, pensant à la prochaine fois où elle les verrait à Poudlard, dans deux semaines. Le professeur Lupin ne continuerait pas à enseigner la Défense contre les Forces du Mal à cause de l'accident et elle espérait que le nouveau professeur serait bien quand une pensée la frappa soudainement. La baguette!
Alarmée, elle se mit à fouiller sous son matelas à la recherche de cette baguette si étrange qu'elle avait déniché dans le bureau du professeur Lupin. Elle l'avait totalement oubliée et d'ailleurs la sinistre voix ne lui avait plus reparlé. Pour cause, elle n'arrivait pas à la retrouver ! Après avoir fouillé toute la chambre sans succès, elle dû se rendre à l'évidence. La baguette était en possession d'Harry. Peut-être était-ce la raison de son étrange comportement ? Pensant que le Gryffondor était en bas au salon ou dans la cuisine, elle s'y rendit, mais eut la surprise de découvrir qu'il n'y était pas. Elle vérifia la cour extérieure, la salle de bain et même la chambre de son père, qui était fermée à clé. C'est alors qu'un flashback lui apparut devant les yeux, exactement comme les fois où elle avait eu des visions. Sauf que cette fois-ci, elle reconnut l'endroit qu'elle vit. C'était le lac qu'elle avait dessiné !
Allant chercher son cahier à dessin, elle se précipita ensuite au grenier.
- Père ! cria-t-elle en montant l'escalier. Père !
Severus émergea de son laboratoire de potions, furieux que sa fille vienne le déranger en pleine préparation. Et que lui prenait-il de courir ainsi dans la maison ?
- Alice, je t'ai déjà dit de ne pas…
- Mais père, c'est Harry il a disparu !
- Que veux-tu dire ? demanda le maître des potions en fronçant les sourcils.
- Il est parti, je ne le trouve nulle part.
Severus jeta un rapide Hominum revelio et vit qu'en effet le Gryffondor ne se trouvait plus à Spinner's End. Merlin, le garçon était bien plus d'ennuis qu'il n'en valait la peine !
- Je crois savoir où il est, père, déclara Alice.
Elle lui montra le fameux dessin qu'elle avait réalisé quelques jours plus tôt et se mordilla la lèvre inférieure.
- Je viens d'avoir une vision.
- De Potter ?
- Non, seulement le lac.
- Est-ce que tu es bien sûre ? demanda-t-il en se baissant pour être à sa hauteur.
- Oui, père. Et je dois vous dire quelque chose…
Elle détourna les yeux et hésita avant de continuer :
- Je pense qu'Harry est en possession d'une mauvaise baguette, je l'avais cachée mais elle a dû lui parler comme elle a fait avec moi.
- Elle a parlé dans ta tête ?
Alice hocha affirmativement la tête, semblant réaliser la gravité de la chose.
- D'où vient cette baguette ?
- Je l'ai trouvée dans le bureau du professeur Lupin avant les vacances lorsque je vous ai accompagné.
Severus regarda sa fille avec une telle sévérité que celle-ci recula légèrement.
- Nous allons avoir une sérieuse discussion toi et moi, déclara-t-il gravement. Mais pour le moment, nous allons d'abord essayer de retrouver Mr Potter.
- Vous… vous pensez qu'il est déjà là-bas, père ?
- Nous le saurons très vite, suis-moi.
Ils descendirent en bas et sortirent sur le palier de la maison, sur lequel ils transplanèrent.
Alice sentit son sang se glacer devant la vision qui s'offrit à elle. Il s'agissait d'une forêt, un bois magique selon toute vraisemblance car il était à la fois clair et sombre. Par endroits, de grands jets de lumières fusaient sans que rien ne puisse expliquer une telle clarté et à l'inverse, des recoins sombres guettaient aux creux de certains arbres. Un bruit d'eau lointain était audible mais on ne distinguait aucune rivière.
La jeune Serpentard se fit la réflexion que ce bois était bien plus effrayant que la forêt interdite de Poudlard. Elle était rassurée que son père soit avec elle, dans le cas contraire, elle aurait certainement pris ses jambes à son coup et se serait éloigné autant que possible de cet endroit lugubre.
- Reste près de moi, murmura Severus.
Alice obéit bien volontiers et agrippa même sa robe en scrutant craintivement les arbres.
Snape aurait préféré la laisser en sécurité à la maison, mais elle lui était un trop précieux allié dans cet endroit fait pour attirer spécifiquement les enfants. Sans son aide, retrouver le Gryffondor pourrait s'avérer impossible.
Ils marchèrent durant plusieurs minutes, leurs pas ne produisant aucun son sur le sol mousseux. Seul l'écoulement d'eau résonnait telle une musique sylvestre.
- Savez-vous si Harry est venu ici, père ? chuchota Alice.
- Je ne puis lancer de sortilège de traçabilité en ce lieu, répondit le maître des potions d'un ton à peine plus fort.
- Pourquoi, père ?
- Les forêts magiques sont ainsi faites. Il est facile de s'y aventurer, plus difficile de s'y repérer, et bien plus ardu encore d'en sortir.
- Et si on ne ressort jamais ?
- Cela n'arrivera pas, je suis déjà venu ici.
- Quand est-ce que vous êtes venu, père ?
- Tais-toi maintenant, laisse-moi me concentrer.
Bien que peu satisfaite de ne pas obtenir de réponse, la petite fille n'était pas assez à l'aise dans ce bois pour insister davantage.
Ils arrivèrent finalement jusqu'à un ruisseau peu profond, qui était surmonté d'une couche de brouillard épaisse.
- Ne t'en approche pas, prévint Severus. Tu as compris ?
- Oui, père.
- Sous aucun prétexte.
Alice hocha la tête, regardant avec méfiance l'étrange condensation au dessus de l'eau. Cela ressemblait en vérité plus à de la fumée qu'à du brouillard. Il était probable que ce ruisseau mène au lac, et si ce que sa vision suggérait était juste, à Harry. Se basant sur cette hypothèse, ils le longèrent pendant de nombreuses minutes, et en effet finirent par arriver à une grande étendue d'eau, bordée de roseaux et d'algues rosâtres.
Le cœur d'Alice se mis à battre à un rythme effréné et elle serra encore plus fort la robe de son père entre ses mains. Le lac était réellement terrifiant, une épaisse brume flottait au-dessus de son eau noire, il n'y avait plus aucun bruit, et de l'air émanait une odeur étrange.
La petite fille était attentive au moindre mouvement suspect, cherchant anxieusement le Gryffondor des yeux, sans le trouver nulle part.
Severus était également très vigilant, tous ses sens en alerte, et marchait précautionneusement, comme craignant de réveiller un monstre endormi.
Tandis qu'ils faisaient le tour du lac, un long sifflement se fit entendre et ils se figèrent tous deux. Alice était si effrayée que sa respiration était à présent bruyante et irrégulière.
- N'aie pas peur, je suis là, murmura Snape en caressant ses cheveux.
Celle-ci acquiesça silencieusement et tenta de se calmer, ne voulant pas que son père la prenne pour une froussarde.
C'est cela, montre-lui comme tu es courageuse, susurra une voix qu'elle reconnut immédiatement.
La Serpentard jeta un regard vers son père, qui semblait n'avoir rien remarqué, puis le tourna vers la gauche, d'où provenait la sinistre voix.
Viens, viens approche…
Lâchant la robe de son père, elle fit un pas en direction du bord du lac, n'ayant plus vraiment peur.
Oui, viens rejoindre ton ami, petite. Avance encore, voilà.
- Alice ! s'écria Severus, voyant sa fille à moins d'un mètre de l'eau sombre.
Merlin, comment avait-elle fait pour parvenir jusque là-bas sans qu'il ne le remarque ?
Il l'attrapa de justesse avant qu'elle ne pose l'un de ses pieds dans les curieuses algues roses.
- Alice, regarde-moi, ordonna-t-il et ne fut pas surpris de découvrir ses yeux voilés quand elle le fit.
- Je… j'ai entendu sa voix, père, articula-t-elle en secouant la tête pour reprendre ses esprits.
- Où ? Montre-moi.
Elle pointa du doigt la rive gauche du lac, que Severus éclaira grâce à sa baguette, mais rien ne pouvait être distingué tant il y avait de brouillard. Et alors qu'il prenait la main de sa fille afin d'être certain de ne pas la perdre cette fois, elle se mit à hurler, comme jamais il ne l'avait entendu auparavant. Il tenta de la rassurer autant que possible, mais sa terreur était un véritable supplice. Ses yeux étaient agrandis par la peur, fixés sur quelque chose qu'il ne pouvait pas voir malgré tous ses efforts. Il savait que cet endroit était particulièrement dangereux pour les jeunes sorciers, et moldus accessoirement, qui étaient plus vulnérables, et de ce fait, voyaient des choses que les adultes ne voyaient pas. On ne l'appelait pas le lac des noyés pour rien et si le voisinage ne croyait plus aux anciennes légendes, c'était simplement à cause du sortilège repousse-moldus qui avait été placé aux alentours. Mais la menace était toujours bien réelle, il ne le savait que trop bien.
Une ombre passa subrepticement sur leur droite et Alice, qui s'était enfin arrêtée de crier, tourna vivement la tête dans sa direction.
- Harry ! appela-t-elle.
- Est-ce que tu le vois, Alice ? Où est-il ?
- Je ne sais pas, il a disparu.
C'est alors que le lac s'éclaira soudainement. A la place de la terrifiante eau noire, il y avait désormais une surface brillante dotée de reflets multicolores d'une beauté inouïe. De paresseuses vaguelettes ondulaient ou tourbillonnaient le long du lac dans un spectacle gracieux qu'il était difficile de quitter des yeux.
- Ne regarde pas, commanda le maître des potions en mettant sa main devant les yeux de sa fille.
- Je veux y aller, protesta-t-elle d'une voix qui ne ressemblait que peu à la sienne.
- Non, tu restes ici avec moi, fit-il sèchement, réalisant qu'Alice était déjà sous l'influence du lac.
Il avait pourtant agit vite dès les premières lueurs colorées, mais cela n'avait pas suffit.
- Alice, concentre-toi sur ma voix. Où est Harry ?
- Cela a l'air si joli, là-bas, père…
- Alice, écoute-moi. Qu'est-ce que je t'ai offert pour Noël ?
La petite fille s'agita un peu plus et se mit à gémir en tentant d'échapper à son emprise, il ne fallait pas qu'il la laisse se faire envoûter.
- Alice, répond-moi !
- Je… je…
- Qu'est-ce que c'était Alice ? Dis-le-moi !
- Un… un chaton, finit-elle par dire sous l'insistance de Snape.
- Bien, très bien, félicita-t-il. Maintenant, dis-moi où est Harry ?
- Là-bas, indiqua-t-elle sans aucune hésitation.
Tenant toujours fermement sa fille, il scruta l'endroit indiqué et put en effet distinguer une silhouette, dissimulée dans la brume.
- Potter ! Montrez-vous !
Il n'y eut pas de réponse, aucun mouvement, ni rien pouvant indiquer une quelconque présence.
Inspirant profondément, Severus se mit donc à marcher en direction de la forme, sa baguette levée, entraînant une Alice léthargique avec lui.
- Potter ?
Une partie du brouillard se leva et découvrit l'adolescent qu'il recherchait, bien qu'il eut du mal à le reconnaître tant ses traits étaient déformés. Ses yeux étaient rouges, injectés de sang, et son expression était une des plus stoïques, telle que le maître des potions en avait rarement vu, et ne ce serait certainement pas attendu à la trouver chez Harry Potter. Dans sa main droite, il tenait une baguette que Severus n'identifia pas comme la sienne et se douta que c'était là la fameuse baguette dont Alice lui avait parlé. Elle était si noire qu'elle paraissait avoir été brûlée et il en émanait sans l'ombre d'un doute une aura maléfique. Comment sa fille avait-elle pu garder cette baguette qui transpirait la magie noire sans qu'il ne le remarque ? Avait-il perdu sa faculté de sentir ces choses-là ? Non, c'était impossible, il avait trop baigné là-dedans dans sa jeunesse pour cela. Mais en voyant ainsi Harry, il réalisa qu'il avait déjà vu quelqu'un dans cet état, et il y avait peu de temps de cela. Remus Lupin. Tout se tenait, le loup-garou avait caché la baguette dans son bureau, puis sa fille l'avait trouvée.
- Donnez-moi cette baguette, Potter.
Sans crier gare, il lança une série de sortilèges vers le Gryffondor, qui à sa grande horreur, n'eurent absolument pas d'effet.
- Il n'y a rien que tu puisses faire, Severus, siffla une voix aigüe qui glaça le sang du maître des potions et la marque sur son bras gauche le picota subitement.
- C'est impossible, articula-t-il le souffle court.
Il n'y avait pas d'explication logique à cette situation, le Seigneur des Ténèbres ne pouvait pas être ici, et pourtant la marque ne mentait pas.
- Papa, murmura Alice. Papa, nous devons partir d'ici.
Severus ne prêta que peu d'attention à sa fille, trop occupé à réfléchir, mais la serra plus fermement contre lui. Celle-ci se débattit de nouveau et il décida de l'attacher magiquement à lui. Un lien argenté apparut et s'enroula autour de leurs deux tailles.
- Expelliarmus ! cria-t-il à l'intention d'Harry.
La baguette bougea légèrement mais ne se laissa pas prendre aussi facilement.
- Lâchez cette baguette, Potter ! Tout de suite !
Il était si frustrant de ne pas pouvoir utiliser pleinement sa magie en ce lieu, et Snape pensa que le mieux était peut-être de le faire sortir, et ensuite lui prendre la baguette. Ce qui était plus facile à dire qu'à faire. Il avait du mal à comprendre la connexion reliant la baguette au Seigneur des Ténèbres.
A l'instant même où il se faisait cette réflexion, le lien qui l'attachait à Alice se mit à fondre, chose qu'il ne remarqua pas, et fut bientôt réduite à néant.
Aussitôt libre, la petite fille marcha lentement vers le lac, comme hypnotisée. Son esprit ne produisait plus aucune pensée cohérente, la seule chose qui comptait en cet instant était de s'approcher de ce lac merveilleux. Un sourire s'étira sur ses lèvres lorsqu'elle arriva à la berge, et elle enleva ses chaussures, avant d'enfoncer ses pieds nus dans les algues rosées. Celles-ci s'enroulèrent autour de ses chevilles, chatouillant sa peau ce qui la fit rire.
C'est à ce moment que Snape prit conscience du départ de sa fille et se précipita vers elle, arrivant malheureusement trop tard. Les algues emportaient déjà Alice vers le centre du lac, dont l'eau redevenait noire, abandonnant petit à petit son miroitement irisé.
N'hésitant pas une seconde, le maître des potions retira sa cape, se lança un sortilège de têtenbulle et plongea dans l'eau pour sauver sa fille, espérant désespérément que cela était encore possible.
Tout en nageant vers elle, il jeta plusieurs maléfices de pure magie noire, mais pour une fois il n'en éprouva aucun remords ni aucune honte. La vie de sa fille en dépendait.
Les algues l'entraînaient de plus en plus vers le fond, qui semblait sans fin, et il eut soudain très peur de ne pas pouvoir la rattraper avant qu'elle ne manque d'air. A son grand regret, le sortilège permettant de respirer sous l'eau ne fonctionnait pas, probablement un effet pervers du lac magique. Après une bonne minute d'essais, l'eau était si sombre que c'était un calvaire de tenter de voir quelque chose, l'un de ses sortilège atteignit enfin les filaments rosâtres, qui lâchèrent leur proie en produisant de petits cris aigus.
Il nagea comme un forcené jusqu'à son enfant et la remonta aussi vite que possible à la surface. Epuisé, il l'allongea sur la rive et fut pris de panique un instant quand il se rendit compte que ses sorts de guérison ne fonctionnaient pas. Il entreprit donc d'appliquer la bonne vieille méthode moldue et appuya sur sa poitrine pour lui faire un massage cardiaque.
Comme il se félicitait en cet instant d'avoir appris les gestes de secours au cas où sa magie serait trop faible pour lancer un quelconque sortilège.
Alice émergea rapidement, à son immense soulagement, et cracha une quantité importante d'eau grisâtre. Ce liquide n'était pas ce qu'il semblait être, Severus aurait parié là-dessus sans hésiter, et il allait lui falloir une potion rapidement, sans quoi elle pourrait mourir empoisonnée.
Entre temps, Harry s'était approché d'eux et pour une raison inconnue avait pris légèrement le dessus sur la chose qui le possédait. Face à cette vision, Snape sut qu'il devait agir vite.
- Potter, vous m'entendez ? Potter ! Vous devez le combattre, ne le laissez pas contrôler votre esprit !
Sa fille, qui était affreusement pâle, observait la scène et rassemblant tout son courage, se leva et tenta d'arracher la baguette de la main du Gryffondor.
Sa semi-noyade ne lui permit pas de lutter longtemps et elle tomba bien vite par terre, ayant subitement envie de vomir. Néanmoins, cela eut pour effet de faire tomber également Harry, ce qui arrangea grandement la tâche du maitre des potions qui réussit à le stabiliser.
- Potter, lâchez cette baguette ! Ne le laissez pas prendre le dessus !
Il savait que raisonner une personne possédée – ou peu importe ce qu'était Potter – était extrêmement difficile sans magie, mais c'était pourtant ce qu'il allait devoir faire.
Non, garde-moi dans ta main, Harry. Tu es si puissant quand je suis avec toi.
- Potter, n'écoutez pas ce que dit la voix que vous entendez, ce ne sont que mensonges !
Des mensonges ? Non je ne t'ai jamais menti moi, Harry, ce qui n'est pas le cas de Snape ni de sa fille. Tu te souviens qu'elle n'a pas hésitée à te faire accuser à tort ?
- C'est vous qui mentez Snape !
Oui, c'est cela, garde-moi bien serrée dans ta main.
Les yeux de l'adolescent devinrent encore plus rouges et Severus sut qu'il avait perdu la connexion.
- Harry, murmura Alice près de lui d'une voix enrouée. Reviens.
Ses doigts étaient si agrippés autour de la baguette que ni elle ni le maître des potions ne parvinrent à lui faire lâcher prise. Ce dernier se mit à réfléchir. Pourquoi avoir attiré Harry ici ? Très certainement pour le tuer, pour qu'il se noie dans le lac. Cependant, cela ne semblait pas avoir fonctionné, pourquoi ? Jetant un coup d'œil au lac, dont l'eau était redevenue opaque, il songea qu'ils devaient se dépêcher avant que les reflets colorés ne reviennent.
Non seulement Alice risquait d'être à nouveau d'être mise en danger, mais elle avait besoin de potions de guérison dans les plus brefs délais. Qui sait ce que contenait cette eau qu'elle avait avalée ? Sans parler de son état de choc.
Il lui était impossible de déplacer Potter, il était crispé comme une roche et il ne pouvait le porter à la fois lui et sa fille, sa nage l'avait bien trop fatigué pour cela.
C'est alors que l'impensable se produisit, la baguette noire que tenait Harry se retourna contre lui, pointant directement sur sa poitrine.
- Que faites-vous Potter ? s'alarma Severus.
- Tuer… vais me tuer…
Oui, c'est la solution à tous tes problèmes, Harry.
- Ah non, certainement pas Mr Potter ! Vous allez rester en vie !
- N'a plus d'importance…, murmura faiblement le Gryffondor, le regard dans le vide.
- Votre vie a certainement de l'importance, Potter. Peut-être même plus qu'aucun autre sorcier, vous êtes le survivant.
Ne l'écoute pas, fais-le ! Je t'ai énoncé la formule, tout se passera bien Harry.
- Ça m'est égal, j'aurais dû mourir avec mes parents. Tout aurait été plus simple.
Oui, Harry. Tu peux aller les rejoindre, vas-y.
- Vos parents ont donné leur vie pour que vous viviez, Potter. Je doute qu'ils aimeraient voir leur sacrifice ainsi réduit à néant.
L'argument fit son effet car l'adolescent regagna un peu de lucidité.
- Potter… Harry. Pense à tes amis, à ta famille.
- Les Dursley se fichent bien de moi, je n'ai aucune famille Snape.
Exactement Harry, tu as vu comme il te blesse volontairement en mentionnant ta famille ?
- Et tes amis, Harry ? Tu ne penses pas à eux ?
La voix du maître des potions était douce, il devait absolument stopper le garçon. Alice était sur le point de s'évanouir et il lui fallut toute sa volonté pour ne pas fuir avec elle en laissant le sauveur du monde sorcier derrière eux. Dumbledore ne lui pardonnerait jamais. Sans parler de la culpabilité qu'il ressentirait à l'égard de Lily.
- Ils ne se soucient pas de moi, ils ont leur propre famille, continua Harry.
Tu as raison, ils se fichent de toi, ils profitent de ta célébrité c'est tout.
- Potter ! Enfin, ressaisissez-vous !
Il tenta d'obliquer la baguette ensorcelée afin qu'elle change de cible, mais à peine l'eut-il touché qu'il retira sa main. Elle était brûlante.
- Personne ne m'aime, les gens ne voient en moi que celui qui a survécu. Personne ne me voit comme Harry, juste Harry.
Ecoutant les paroles du Gryffondor, Alice se souvint que c'était ainsi qu'il s'était présenté à leurs voisins, Sarah et David. Juste Harry. Elle savait ce qu'il voulait, Harmonie l'avait lu dans ses livres. Il voulait être normal, avoir une famille. Et Sirius Black était toujours en vie, après tout.
- Harry, murmura-t-elle. Tu as encore ton parrain, je sais que tu ne le connais pas, mais je suis sûre que tu le rencontreras bientôt.
- Qui ?
- Alice ! gronda Severus.
Celle-ci tourna son regard vers lui, et malgré ses yeux exténués, le mettait au défi de trouver une meilleure idée.
Ne les écoute pas, tout ça ce ne sont que des mensonges.
- Je ne te crois pas, tu n'es qu'une menteuse. Il n'y a personne. Personne qui veuille s'occuper de moi.
A bout de force, Alice ne put pas répliquer à cela et perdit connaissance sous les yeux mortifiés de son père. Il devait agir immédiatement, il était hors de question que sa petite fille meure prématurément. Il fallait la sortir d'ici.
Le maître des potions prit alors une grande inspiration, prenant tout-à-coup une décision. Nul doute qu'il s'en mordrait les doigts, qu'il se maudirait toute sa vie pour ce qu'il allait dire. Mais l'enfant de Lily était là, si proche de la mort, l'enfant qu'il avait juré de protéger au nom de sa mémoire. Que pouvait-il faire face à un adolescent si désespéré d'en finir avec la vie ? S'il ne parvenait pas à le raisonner, il mourrait, rien n'était plus concret et certain que cela.
- Je m'occuperai de toi Harry, déclara-t-il le plus sérieusement du monde.
Quelque chose, une lueur peut-être, perça dans le regard de l'adolescent et la main tenant la baguette se mit à trembler.
- Mais, vous me détestez, dit-il faiblement.
- Je ne te déteste pas, Harry.
Il ment !
Mais pour la première fois, le Gryffondor sut que la voix ne disait pas la vérité. Snape ne lui avait jamais parlé de cette manière auparavant, mais il l'avait fait avec sa fille. Et pour cela, Harry était persuadé que sa sincérité était authentique. A vrai dire, il avait longuement envié la relation qu'Alice entretenait avec son père, il les avait observé depuis le début des vacances et avait commencé à voir son professeur de potions sous un autre angle. Il n'était pas tout-à-fait sûr de penser clairement mais un espoir germa en lui et il n'en fallut pas plus.
- Vous… vous promettez ? demanda-t-il, plus lucide que jamais.
- Je te le promets, Harry.
La baguette se mit à crépiter férocement et il la lâcha brusquement avec un cri de douleur car sa main venait d'être gravement brûlée. L'objet maléfique s'en alla voler quelques mètres plus loin, tombant dans les eaux profondes du lac, qui produisirent instantanément de grands remous.
Severus prit sa fille dans ses bras, agrippa Harry par l'épaule et courut pour rejoindre la lisière de la forêt d'où il savait que le transplanage était possible.
Merlin, il ignorait comment il allait réussir à effectuer un transplanage d'escorte dans son état, mais il le fallait.
Autour d'eux, des rafales de vent s'étaient levées, comme si la forêt était en colère de n'avoir pas pris son dû. Et dès lors sur le lac, se formèrent d'immenses vagues, tempêtant à grands bruits. Le grognement de mille créatures tapies dans l'ombre raisonnait à leurs oreilles, et le Gryffondor était si terrifié qu'il ne parvenait plus à avancer. Mais Severus le poussa, le tira, le traîna pour qu'il le suive et sur les derniers mètres, il n'eut d'autre choix que de le porter lui aussi. Le maître des potions avait rarement eu aussi peur de toute sa vie et quand enfin il transplana, les ramenant à bon port, il crut mourir d'épuisement.
Mais il l'avait fait, il allait soigner sa fille et tous seraient sains et saufs. C'était tout ce qui comptait.
