Chapitre vingt-six : Il faut qu'on parle

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— Ils vont parler de ça pendant des années, j'en suis sûre, observa Lily tandis que nous étions assis autour du feu de la salle commune de Gryffondor, suite à la bagarre qui avait eu lieu sur le terrain de Quidditch.

Rose était à présent avec Scorpius à l'infirmerie. Hugo s'y trouvait également, inconscient et couvert de pustules d'un vert vif, signés Lyra Rinaldi. Elle était apparemment très douée pour les duels (j'aurais probablement dû m'en douter).

James et Al étaient introuvables. Je ne savais pas si cela voulait dire que James était occupé à crier sur Al, si Al essayait de calmer James, ou encore s'ils étaient tout simplement au même endroit. Je n'avais pas tellement envie d'y penser – cela me donnait mal à la tête. Tout ce que je savais, c'est que c'était James qui avait utilisé un Enervatum sur Fred, et ce dernier avait donc pu reprendre le combat. James avait ensuite quitté le terrain et avait disparu en direction de l'école.

Fred leva la main pour toucher son œil gauche, désormais au beurre noir, et il grimaça.

— Saletés de Serpentard. J'sais pas qui m'a mis son coude dans la figure, mais cette personne a les coudes les plus pointus de la Grande-Bretagne. Ça fait un mal de chien !

Suite à la bagarre, Fred avait fait perdre plein de points à Gryffondor, et il serait en retenue tous les samedis jusqu'à la fin du trimestre. Hugo, Rose, Rinaldi et quelques Serpentard avaient reçu la même sentence. En tout cas, la journée avait été un désastre total, à l'exception du moment où Rinaldi avait été stupéfixée. Il est possiblement que je me sois mise à rire (et à applaudir) lorsque c'était arrivé…

— J'arrive pas à croire le nombre de points que votre famille a fait perdre à Gryffondor en l'espace de dix minutes, gémit Christine entre ses mains, ses instincts de Préfète-en-Chef reprenant le dessus. Maintenant il va falloir qu'on redouble tous d'efforts pour rattraper notre retard. Serdaigle va gagner la Coupe des quatre maisons cette année, c'est sûr. Au moins, les professeurs ont réussi à garder tous les autres en dehors de ça. Merlin merci.

Les professeurs avaient sagement (et rapidement) créé un puissant bouclier pour empêcher ceux qui n'étaient pas déjà au cœur de la bataille de s'en mêler. Sans cela, les scores des Gryffondor et des Serpentard seraient certainement dans les négatifs.

— C'est Rinaldi qui a commencé, se défendit Fred, offusqué. C'est elle qui a sorti sa baguette et qui m'a lancé un sort avant que je ne dise quoi que ce soit.

— Et j'imagine que lorsque tu t'en es pris à Scorpius, c'était de la légitime défense ? lui demanda sèchement Lily.

— Je n'arrive pas à croire que tu aies lancé un sort à Scorpius, fis-je en tapant Fred à l'arrière de la tête avec un rouleau de parchemin que quelqu'un avait accidentellement laissé au sol, à l'endroit où j'étais assise. Non, je retire ce que j'ai dit. J'arrive à le croire. Tu n'es qu'un idiot.

— Je ne suis pas descendu sur le terrain avec l'intention de lui jeter un sort, protesta Fred, se massant théâtralement l'arrière du crâne. Je voulais simplement le menacer un peu. Rose est ma cousine. Je ne vais laisser un serpent la toucher comme ça. Les choses ont juste… un peu dégénéré.

— Ils s'embrassaient, il n'était pas en train de la peloter, fit logiquement observer Richard depuis le canapé, où il était assis à côté de Lily.

Ils étaient assez proches l'un de l'autre. Richard avait un bleu sur la joue, endroit où Fred lui avait donné un coup de coude involontaire alors que Richard et Gareth essayaient de l'écarter de Rinaldi. Juste avant que Scorpius ne se prenne un Stupefix et un Impedimenta au même moment. Rien que d'y penser, j'en grimaçai presque.

Fred ne sembla pas convaincu le moins du monde.

— Ouais, eh bien qui sait ce qu'il fait quand ils sont seuls !

— Avant le match, j'ai demandé à Lily d'aller à Pré-au-Lard avec moi, répliqua Richard avec défiance, le menton levé. Est-ce que tu vas me lancer un sort à moi aussi ?

J'eus à peine le temps de m'enthousiasmer de la nouvelle que Fred répondait :

— Ça dépend. Est-ce que tu as déjà pensé à l'embrasser ?

Richard rougit mais répondit quand même :

— Bien sûr que oui. Mais ça ne dérange pas James et Al.

Fred fronça les sourcils, l'air incrédule.

— Ça ne les dérange pas que tu embrasses leur petite sœur ? J'en doute !

— Au cas où quelqu'un s'en serait rendu compte, j'ai eu quinze ans en février, intervint Lily, un peu rudement. Je suis capable de prendre soin de moi. Tu devrais le savoir mieux que personne, Fred. Tu as déjà reçu un de mes maléfices de Chauve-Furie, il me semble.

Sans le vouloir, Fred tressaillit en réponse à ce souvenir. James m'avait un jour parlé du fait que sa mère était très douée avec ce maléfice. Un truc comme savoir se défendre contre six frères et un faux-jeton d'ex-petit ami. Apparemment, elle avait transmis son don à Lily.

— James et Al sont d'accord pour que j'aie un rendez-vous avec Lily, ils doivent donc savoir qu'un jour je l'embrasserai. Probablement, ajouta Richard, le visage rouge, sans pour autant changer de position.

J'avais envie de le prendre dans mes bras et de lui dire que j'étais fière de lui. Son esprit Gryffondor ressortait !

— Ça me semble rationnel, commenta simplement Gareth.

J'acquiesçai fermement.

— C'est différent, on te connaît, dit Fred, changeant rapidement de tactique tandis que son argument de départ s'effondrait. Tu es un Gryffondor et tu as un lien de parenté avec Éva Louise, alors ça va. Mais Malefoy… ce type ne peut apporter que des ennuis.

— Selon qui ? demanda Lily, un regard dur braqué sur son cousin.

Son expression me rappelait vivement James, et je fus traversée par une vague de culpabilité et d'agacement.

— D'après tous ceux qui ne sont pas à Serpentard, contre-attaqua Fred, ses doigts caressant de nouveau son œil au beurre noir.

Christine soupira et métamorphosa le rouleau de parchemin dont je m'étais servi pour frapper Fred en une poche de glace. Elle l'envoya sur ses genoux.

— Tiens, ça te fera du bien.

— Merci, marmonna-t-il, tout en attrapant le pack pour l'appuyer sur son œil avec précaution.

— Votre famille a une définition de la surprotection bien particulière, fis-je, tentant de comprendre tout ce que j'avais vu et entendu aujourd'hui.

Je savais que les membres masculins de leur famille ne seraient pas très contents que Rose sorte avec Scorpius, mais je ne m'étais pas attendue à ce qu'ils se battent sur le terrain de Quidditch.

— Vous êtes tous très soudés, et je le comprends, repris-je. Ce que je ne comprends pas, c'est de commencer une bagarre au milieu du stade de Quidditch juste parce que Rose sort avec un Serpentard. C'est sa vie, pas la vôtre.

— Nous sommes les enfants de héros de guerre, Éva, répondit Lily, faisant tourner pensivement une mèche de cheveux roux autour d'un de ses doigts. (Je remarquai que son autre main tenait maintenant fermement la main droite de Richard.) Les autres élèves veulent être associés à nous parce que nos parents sont connus, qu'ils ont de l'argent et de l'influence, continua-t-elle. On est vigilants les uns pour les autres. Mais pour Scorpius… ça ne me dérange pas. Je ne le connais même pas. Je ne peux pas vraiment émettre un jugement sur quelqu'un que je n'ai pas officiellement rencontré.

— Ça ne me dérangerait pas qu'Éva sorte avec un Serpentard, intervint tout à coup Richard. S'il n'y avait pas James, je veux dire.

Attendez… quoi ?!

— Oh que si, ça te dérangerait, fis-je d'un ton sec. Tu as presque eu une crise cardiaque quand j'ai commencé à sortir avec Jonathan.

— Ce n'était pas sans raison, se défendit Richard avec emphase.

— Ouais, renchérit Gareth. Il n'était pas pour toi, Éva. Tout le monde pensait que James arrivait enfin à quelque chose avec toi, et puis tu t'es mise à sortir avec ce Poufsouffle.

— Et c'est justement parce que c'était un Poufsouffle que vous ne l'appréciiez pas ! argumentai-je.

— Non, je ne l'appréciais pas parce qu'il était ennuyeux, rétorqua Gareth en levant les yeux au ciel. Il y a plein de Poufsouffle intéressants, mais ce n'est pas son cas.

— Le truc, dit Fred d'une voix ferme, nous ramenant à nos moutons, c'est qu'il n'est pas un simple Serpentard, vous voyez ? C'est un Malefoy. Nos familles se détestent depuis des années. Des siècles, en vrai. Sa famille fait partie des raisons pour lesquelles mon père a perdu son frère. Sa grand-tante a torturé ma tante Hermione. Cela aurait beaucoup plu à sa famille que toute notre famille meure.

— Sa famille. Pas lui !

Nous tournâmes tous la tête pour voir Rose plantée devant la porte d'entrée de la salle commune. Depuis combien de temps était-elle là ? Je n'en avais pas la moindre idée. Bizarrement, elle était calme. Alors qu'elle s'approchait, je vis que ses mains étaient serrées dans les poches de sa robe de sorcière, mais de l'extérieur, elle gardait son sang froid. Roxanne la suivait de près, un bandage blanc sur le front.

Fred ouvrit la bouche, mais la referma brusquement, remettant apparemment en question ce qu'il avait été sur le point de dire. Le regard de Rose était rivé sur lui.

— La famille de Scorpius ne le définit pas. Tu n'écoutais pas quand oncle Harry nous a raconté les paroles d'Albus Dumbledore ? Qu'on devrait juger une personne pour ce qu'elle devient plutôt que pour ce qu'elle est à sa naissance ?

— C'est juste que…, commença Fred, mais Rose l'interrompit.

— Non, tu vas m'écouter, Frederick George Weasley ! haussa-t-elle le ton, nous faisant tous sursauter. Tu ne connais pas Scorpius du tout. Et je sais qu'on a tous l'habitude de se protéger les uns les autres, mais il faut que tu me fasses confiance à son propos. Apprends à le connaître avant de le juger. Il n'était même pas né quand tout est arrivé. Nos parents ne se sont pas battus contre Voldemort pour que tu restes là à juger les gens d'après leur nom de famille.

Fred se faisait réprimander par Rose et il le savait. J'observai la jeune fille qui se tenait devant nous avec une sorte de fascination. Elle était bien plus forte qu'elle ne le paraissait. J'avais plus l'habitude de côtoyer Fred, Roxanne, James, leur force émotionnelle et leur nature extravertie, et, à cause de cela, je ne m'étais pas rendue compte des propres capacités de Rose, ni de sa force.

— Désolée, Rosie, lui dit Fred, sincère. C'est juste que… Je ne voulais pas te voir souffrir.

— Oh, Fred…

Et Rose se précipita dans ses bras, refermant les siens autour de lui. Fred sembla très surpris par la tournure des événements. Sa cousine lui passait un savon, pour l'instant d'après se jeter dans ses bras. Gêné, il lui tapota le dos deux ou trois fois.

— Mais cela ne veut pas dire que je l'apprécie, ni que j'approuve ! la prévint Fred alors qu'elle s'écartait. Il est à Serpentard. Et il fait partie de leur équipe de Quidditch. Sérieusement, qu'as-tu fait de ta fierté de Gryffondor, Rose ?

— Est-ce que Scorpius et Hugo vont bien ? s'enquit Christine, tandis que nous autres avions complètement oublié cette partie de l'affaire à cause du tournant dramatique de la situation.

Rose acquiesça.

— Scorpius a des courbatures, mais ça va s'arranger. Il a pu retourner à sa salle commune. En revanche, Hugo doit rester la nuit. Madame Pomfresh a fait éclater ses pustules et ses blessures ont maintenant besoin de guérir.

Tout le monde fit la grimace. Aïe. Rien que d'y penser, j'avais mal.

— On dirait qu'il a fait les frais d'une mauvaise expérience de Potions, ricana Roxanne. Attendez… Où sont James et Al ? demanda-t-elle en se rendant compte qu'il manquait deux personnes autour de la cheminée.

Tout le monde me jeta un regard, comme si j'avais, par hasard, la réponse à sa question, mais ce n'était absolument pas le cas.

— Ch'ais pas, finit par dire Fred alors que je ne répondais pas.

— Ça va aller, Éva. J'irai lui parler, tenta de me rassurer Rose.

Je savais qu'elle essayait de me faire me sentir mieux, mais cela ne m'aida pas du tout.

— Comment se fait-il qu'on n'ait pas encore parlé de ça ? se demanda Fred à voix haute. Cette dispute, c'était… euh… ouais, s'interrompit-il tandis que Lily lui lançait un regard d'avertissement qui signifiait clairement qu'il devait s'arrêter de parler immédiatement.

— C'était juste horrible, voilà ce que c'était, grognai-je en massant mes tempes endolories.

Un mal de tête était définitivement en train d'arriver. Sans surprise, vraiment.

— Je n'ai pas envie d'en parler, là.

— Eh bien, moi, reprit Rose, il faut que j'aille écrire une lettre terriblement gênante à mes parents avant qu'ils n'apprennent la nouvelle par quelqu'un d'autre.

Elle soupira bruyamment, mais se redressa et s'en alla vers son dortoir la tête haute.

Décidant qu'il était complètement inutile de me morfondre dans la salle commune, je me traînai jusque dans le dortoir des filles pour travailler sur mon devoir de Métamorphose. Si je ne voulais pas recevoir une note pathétique, il fallait sérieusement que je revoie mes paragraphes traitant de la métamorphose de grandes quantités d'insectes. Pas besoin d'un truc excellent, mais je n'avais pas envie d'avoir un T non plus.

Je venais de terminer de corriger ma conclusion lorsque Christine revint de sa ronde avec Jonathan.

— On est tombés sur James et Al à la Volière, après le couvre-feu, me dit-elle.

Elle hésitait légèrement, comme si elle ne savait pas si j'avais envie d'entendre parler de James. Je soupirai profondément et enfouis sans précaution mon devoir dans mon sac à dos.

— Ils se disputaient ?

— Oui, admit-elle en défaisant son nœud de cravate, avant de déboutonner sa robe de sorcière.

— Quel idiot, lâchai-je avec exaspération. Je sais que Rose est sa cousine, mais Fred, Hugo et lui ont réagi de manière complètement excessive. Il faut qu'ils la laissent tranquille.

Christine enfila son pyjama en silence, puis ajouta :

— C'était à propos de toi.

J'en restai bouche bée de surprise.

— À propos de moi ?

Par Merlin, qu'est-ce que James et Al fichaient à se disputer à mon sujet ?

Christine se mordit les lèvres.

— Je n'étais pas censée entendre cette conversation, mais… eh bien, James est vexé parce que tu étais au courant pour Rose et Scorpius et que tu ne le lui as rien dit. Mais surtout, Éva, il a l'air blessé que tu sois prête à accepter le fait que Scorpius est un type bien si facilement, quand il t'a fallu des lustres pour que tu penses la même chose de lui.

— C'est ce qu'il m'a dit après le match ! C'est stupide ! râlai-je. Ce n'est même pas comparable !

— Il est vexé et jaloux, il n'a pas les idées très claires, m'expliqua Christine d'une voix un peu dure. Et pour être honnête… Je crois qu'il a plus raison que toi.

Je fixai Christine, avant de cligner des yeux lentement.

— C'est vrai ?

Christine était ma meilleure amie, par Merlin – elle était censée être de mon côté ! Ce n'est pas à ça que ça servait, les meilleurs amis ?

— Pense à ce que ressent James en ce moment. Une seconde avec Rose et tu fais confiance à Scorpius, alors qu'il fait partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Tu as toujours été méfiante d'eux, jusqu'à un point ridicule, juste à cause de Rinaldi. Pourtant, pendant tout le trimestre, on était plusieurs à te demander d'y réfléchir à deux fois, en ce qui concernait James, car la perception que tu avais de lui était peut-être fausse.

— Il se disputait tout le temps avec moi ! Je devais en conclure quoi d'autre ? demandai-je, la mâchoire un peu serrée.

— Il n'y a pas que lui qui commençait ces disputes.

Un silence gênant s'ensuivit, durant lequel nous ne cessâmes de nous observer depuis nos lits respectifs. Je ne me souvenais pas de la dernière fois où nous nous étions disputées ainsi. C'était bizarre. Peu naturel.

Puis Christine reprit la parole.

— Éva, tu es ma meilleure amie… c'est pourquoi je me dois d'être honnête avec toi. Tu as dit que Al, Lily et Roxanne étaient au courant pour Rose et Scorpius sans te demander quelles en seraient les répercutions ! J'ai passé un certain temps dans cette pièce à t'écouter me dire que tu apprécies la compagnie de James, que tu aimes le fait qu'il te respecte et qu'il respecte tes capacités, qu'il sait toujours te faire rire, et aujourd'hui, tu lui as dit, devant toute l'équipe de Quidditch mais aussi devant sa famille, que tu ne savais pas pourquoi tu étais attirée par lui. Et je ne serais pas une bonne amie si je ne te disais pas que je suis complètement perdue ; je ne comprends pas pourquoi tu as été si horrible avec lui, alors que tu n'en pensais pas un mot et je le sais.

Je sentis une colère défensive monter en moi, menaçant de percer, sous la forme de mots énervés. Comment pouvait-elle insinuer que tout ceci était, d'une certaine manière, ma faute ? Elle n'était pas honnête, elle dépassait simplement les bornes ! J'inspirai et expirai plusieurs fois, les yeux momentanément fermés. Puis il m'apparut que si j'étais sur la défensive, c'est parce qu'au fond je savais que Christine avait raison. Elle était honnête. Et c'est moi qui avais dépassé les bornes.

Christine avait toujours été la voix de la raison dans notre amitié. Qu'aurais-je fait sans elle ? Je serais probablement devenue folle, voilà ce que j'aurais fait. Entendre ce qu'elle avait eu à me dire n'était pas agréable – évidemment – mais cela avait été nécessaire. Très nécessaire.

— Comment ça se fait que je n'ai jamais à te donner de conseils de couple, moi ? me demandai-je à haute voix.

Christine haussa les épaules, le visage encore froid.

— Kieran et moi, on ne se dispute pas vraiment. En fait, ce n'est jamais arrivé. Il préfère lancer des débats, en bon Serdaigle. C'est comme ça, mais cela ne veut pas dire que quelque chose ne tourne pas rond dans ta relation avec James. Tu veux toujours être avec lui, non ?

— Oui, bien sûr !

Je n'avais même pas eu besoin de réfléchir à ma réponse. Puis, une idée à laquelle je n'avais pas songé fit irruption dans mon esprit.

— Est-ce que tu… Est-ce que tu penses qu'il veut toujours être avec moi, lui ?

Est-ce que James avait encore envie d'être avec une fille qui lui avait crié dessus en public, lui disant qu'il était un idiot et qu'elle ne savait pas pourquoi il lui plaisait ? Par Merlin, pourquoi avais-je laissé cela sortir de ma bouche… Aucune excuse ne serait jamais assez bonne. Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez moi ?

Christine marqua un pause pour y réfléchir, mais me dit, sincère :

— Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est qu'il faut que tu ailles t'excuser auprès de lui.

J'acquiesçai, me sentant un peu engourdie par les événements de la journée. Tout à coup, de chaudes larmes se mirent à couler du coin de mes yeux, des larmes que j'avais inconsciemment refoulées.

— Oh, Éva…

Christine s'assit immédiatement à côté de moi pour me prendre dans ses bras.

— Et si… et s'il rompait avec moi ? lâchai-je d'une voix pleine de larmes.

— Je ne sais pas.

Et je ne savais pas non plus.

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Le fait qu'elle ait étalé du yaourt à la fraise sur sa tartine plutôt que de la confiture indiquait assez clairement l'état dans lequel se trouvait Rose ce matin-là. Je suppose que j'aurais moi aussi une petite mine si j'attendais une réponse de mes parents, après leur avoir expliqué que je sortais avec le fils de leur ancien ennemi.

Avec un regard méfiant vers sa cousine, Lily ôta gentiment le couteau à beurre de la poigne de Rose et le replaça sur le bord de son assiette.

Rose ne le remarqua même pas. Elle était trop occupée à attendre l'arrivée du courrier dans toute son anxiété. Puis, sortant de nulle part, Nick Quasi-Sans-Tête traversa le corps de Rose en chemin vers l'autre côté de la table des Gryffondor, la faisant sursauter et revenir à la réalité. Retournant à son petit-déjeuner, elle observa sa tartine au yaourt avec confusion.

Je parcourus la Grande Salle des yeux pour ce qui me semblait être la vingtième fois en moins de dix minutes, mais rien n'avait changé. James n'était toujours pas là. Fred et Christopher non plus. Non pas que je saurais quoi dire à James s'il se trouvait en face de moi, mais ne pas le voir m'inquiétait.

— J'ai parlé à James hier soir, et ça a eu l'air d'aider, me dit Al avec un faible sourire qui paraissait forcé. Il a juste besoin d'espace. Je l'ai vu avec Fred et Christopher quand ils sortaient de leur dortoir ce matin, mais… bon, je ne pense pas que tu le verras aujourd'hui.

— Je suis désolée, Éva, me dit Rose, affligée, sa tartine gâchée à la main.

— Pourquoi ?!

De quoi Rose Weasley pouvait bien être désolée ?! De mon point de vue, rien de ce qui était arrivé la veille n'était de sa faute !

— Rien de tout ceci ne serait arrivé si je n'avais pas laissé échapper que je sortais avec Scorpius. Je n'aurais pas dû réagir comme je l'ai fait.

— Ne sois pas stupide, Rose, l'interrompit sagement Roxanne en passant les jambes par-dessus le banc pour s'asseoir à côté de Lily. Les garçons l'auraient mal pris peu importe la façon dont ils l'auraient appris. Et, soyons honnêtes, James en aurait voulu à Malefoy pour l'avoir battu au Quidditch de toute manière.

Il fallait admettre que ce scénario était très plausible.

Et en parlant d'excuses…

— Écoutez, leur dis-je dans un soupir, tout en posant mes couverts sur la table et en repoussant mon assiette pleine. Je suis vraiment désolée d'avoir dit à James que vous étiez tous les trois au courant pour Scorpius. C'était un accident, je vous le jure. Il m'agaçait tellement que c'est sorti tout seul.

— Ouais… On a vu mieux, Éva, me fit remarquer Roxanne avec honnêteté, l'air agacée. Tu nous as donnés en pâture aux dragons.

Je grimaçai intérieurement, mais Roxanne avait raison.

— Ce n'est pas grave, Éva, répondit Lily avec un chaleureux sourire. J'espère simplement que les choses s'arrangeront entre vous.

Al hocha la tête, compréhensif.

— Tu es humaine. J'ai grandi avec James, donc je comprends qu'il puisse t'exaspérer.

J'étais sur le point de répondre, quand Richard et Gareth, en chemin vers la sortie de la Grande Salle, s'approchèrent de moi.

— On l'a eu, chuchota furtivement Richard à mon oreille.

Attendez… quoi ?!

— J'ai loupé quelque chose ? fis-je en observant mes frères avec confusion.

Avec tact, Al, Roxanne, Lily et Rose se mirent à discuter entre eux. C'était un comportement très respectueux de notre vie privée… Étrange.

— James, répliqua Richard, écarquillant ses yeux marron, me poussant à réagir. On l'a vu sortir de la salle commune en venant ici, alors on lui a lancé un maléfice du Croche-Pied.

Gareth sourit de toutes ses dents.

— Et bonne nouvelle, il a cru que c'était Fred qui lui avait fait un croche-patte accidentel.

Ah… ils m'avaient prise au sérieux quand je leur avais dit de lancer un petit sortilège à James au détour d'un couloir. Je les avais autorisés à mettre leur nez dans une histoire qui ne les concernait pas. En temps normal, je n'aurais pas apprécié ce type d'intervention, mais je le leur avais demandé, même si c'était pour rire. Malgré mes regrets qu'ils m'aient prises au mot, savoir que mes frères me soutenaient et me protégeaient sans que je ne le leur demande me procurait une sensation agréable.

Je forçai un petit rire à traverser mes lèvres.

— Merci à tous les deux.

— Tu veux qu'on le fasse tomber après son cours aussi ? me proposa Gareth avec sérieux, le regard d'acier, avant de mimer un mouvement de baguette.

Je secouai la tête.

— Non, une fois suffit. Il a réagi de manière excessive et il a dit des stupidités, mais moi aussi. J'en ai dit plus que lui.

Ils acquiescèrent tous les deux.

— Si tu changes d'avis, fais-nous signe.

— Ah ! m'écriai-je en me souvenant d'un détail. Richard ! Félicitations d'avoir demandé à Lily de t'accompagner à Pré-au-Lard !

Richard baissa légèrement la tête tandis qu'un sourire ravi étirait doucement son visage. Il jeta un rapide coup d'œil à Lily, qui, elle aussi, était justement en train de lui lancer un regard.

— Il s'est finalement lancé, n'est-ce pas ? sourit Gareth en donnant un gentil coup de coude à son jumeau.

Richard hocha timidement la tête, toujours les yeux tournés vers ses chaussures.

— Tu ne vas pas me donner plus de détails que ça ? m'enquis-je en haussant un sourcil. Après t'être tant immiscé dans ma vie, je crois qu'en tant que grande sœur je mérite plus de détails !

— Je te laisse raconter, intervint Lily en s'adressant à Richard avec un immense sourire.

Ah, je savais bien qu'ils nous écoutaient ! Les Potter et les Weasley étaient tout bonnement incapables de s'occuper de leurs oignons. Sans exagération.

Une légère rougeur apparut sur les joues de Richard.

— Eh bien, je sais pas… Il pleuvait et elle m'a proposé de partager son parapluie. Je l'ai entraînée un peu en retrait et je lui ai demandé si elle voulait bien m'accompagner à Pré-au-Lard lors de la prochaine visite.

— Je n'arrive pas à croire que tu lui aies enfin demandé ! fis-je avec un sourire affectueux. Je pensais que ce serait peut-être à elle de te le demander.

— Comme tout le monde, lança Roxanne, amusée.

Je croisai le regard de Al et, tandis que je me souvenais de leur plan (qui n'était pas franchement un plan) concernant Lily et Richard, nous nous sourîmes.

— Arrêtez de l'embêter, nous réprimanda gentiment Lily, avant de se tourner vers Richard. Je suis contente que tu m'aies invitée, même si je m'étais préparée à t'inviter moi-même.

— C'était une bonne opportunité, bredouilla Richard. Bon, il faut qu'on aille à… euh, à la volière, ajouta-t-il à la hâte, clairement embarrassé par la situation.

Je leur fis un geste de la main puis retournai à mon petit-déjeuner en souriant légèrement. Il y aurait au moins eu une bonne chose à tirer de la journée.

— Bonjour, Rose.

Toutes les têtes se tournèrent vers Scorpius Malefoy, qui se tenait près de la table. Après un moment, les regards se posèrent rapidement sur Rose. Je vis plusieurs élèves assis non loin, même ceux des autres tables, observer l'échange. Ils n'essayaient même pas d'être discrets. Merlin seul savait quelles rumeurs circuleraient dans le château avant même la fin du petit-déjeuner.

— Scorpius ! l'accueillit joyeusement Rose, avant de délicatement s'essuyer la bouche sur sa serviette. Ton bleu a disparu.

Scorpius haussa les épaules, posant une main blanche sur son front.

— Madame Pomfresh s'est occupée de ma bosse.

Il envoya un rapide coup d'œil à notre table, comme pour chercher Fred et Hugo. Je ne lui en voulais pas.

— Tu peux t'asseoir avec nous, tu sais, lui dit Roxanne en choisissant une tranche de jambon d'un des plats situés au centre de la table.

Elle fit un geste vers le siège libre à côté de Rose. Les yeux gris clair de Scorpius passèrent doucement sur tous ceux qui étaient autour de Rose, puis il s'assit lentement, comme s'il était en pleine réflexion. Rose lui sourit de toutes ses dents, et Albus et lui se saluèrent. Cela devait leur faire bizarre de se parler en public de cette manière.

— Comment va ton épaule ? lui demandai-je.

Après les problèmes que j'avais causés, me montrer chaleureuse envers lui me semblait être de séance. Rose me lança un regard reconnaissant, tandis que Scorpius parut un peu surpris.

— J'ai encore un peu mal, répondit-il simplement, mais ça va.

— Les coups directs font très mal, ajoutai-je avec un sourire entendu. Mais tu le sais déjà. J'ai eu de la chance pour l'instant, cette saison. Je n'ai été obligée d'aller à l'infirmerie que pour des incidents mineurs. Ça fait du bien, de ne pas endurer les gros soupirs de Madame Pomfresh à chaque fois que j'entre.

— Elle adore m'informer des dangers du Quidditch, comme si je n'étais pas déjà au courant, fit Scorpius avec l'ombre d'un sourire.

— Oui ! acquiesçai-je en riant. Elle fait ça avec moi aussi !

— Tu aurais dû voir son regard quand je suis allée la voir, à cause du Cognard que j'ai reçu à l'entraînement il y a quelques semaines, intervint Lily.

— Elle en fait tout un plat pour les visiteurs aussi, renchérit Roxanne. On a l'impression que rendre visite à ses cousins à l'infirmerie après le couvre-feu mériterait d'aller à Azkaban.

— On a essayé d'entrer sans se montrer pour voir James, une fois, après qu'il se soit cassé le bras, expliqua Al à Scorpius. On n'a pas été très discrets, et Madame Pomfresh nous a attrapés. Ce n'était pas beau à voir.

Cela se passait très bien. Scorpius semblait toujours peu sûr de lui et distant, mais c'était peut-être simplement sa personnalité. Il n'en restait pas moins que c'était une grande avancée pour Rose et lui. Qui eût cru qu'il serait d'accord pour s'asseoir à la table des Gryffondor ? Et le voilà qui discutait de Madame Pomfresh avec les cousins de Rose…

— Qu'est-ce que tu fais ici ?

Je levai les yeux le propriétaire de la voix glaciale était Hugo Weasley, fraîchement sorti de l'infirmerie, semblait-il. Le regard qu'il réservait actuellement à Scorpius n'était pas plaisant le moins du monde. Des étincelles paraissaient jaillir des profondeurs de ses yeux marron clair.

Scorpius abaissa lentement ses couverts et se tourna sur son siège pour faire face au jeune garçon dégingandé. Son expression resta relativement impassible.

— Je prends mon petit-déjeuner avec Rose, ses amis, et quelques membres de votre famille.

Le long nez de Hugo frémit légèrement et il continua de fixer Scorpius.

— Tu ne devrais pas plutôt manger à ta table ?

— Hugo, je sais que tu ne m'aimes pas, mais je m'en fiche. Le nombre de regards méchants ou de sortilèges que tu me lanceras n'aura aucune importance, car cela ne changera pas mes sentiments pour Rose. Je tiens à elle. J'espère que tu pourras l'accepter.

Euh… Puis-je dire que Scorpius Malefoy n'était en rien ce à quoi je m'attendais ? Je ne pensais pas que les Serpentard pouvaient se comporter comme il le faisait depuis deux jours. Je l'avais sérieusement sous-estimé.

Le regard explosif de Hugo s'adoucit quelque peu. Rose se leva et attrapa gentiment son frère par le coude.

— Je veux tout t'expliquer, Hugo. On va prendre notre petit-déjeuner dans les cuisines, tous les deux ?

Quelques secondes plus tard, Hugo hocha la tête, ses cheveux rouge vif (très vif) se vautrant sur son front.

— D'accord.

Nous les observâmes s'éloigner avec une sorte d'émerveillement. Ma foi, cette matinée s'avérait intéressante.

. . .

Je passai l'après-midi à faire la tonne de devoirs qu'on nous avait donnée pour le week-end. Roxanne, Gemma, Sorcha, Christine et moi étions en train de nous entraîner aux sorts utiles à l'examen pratique de Métamorphose que nous aurions le lendemain. Gemma ne me parlait pas franchement, mais cela ne me dérangeait pas. Elle m'envoyait cependant quelques regards extrêmement meurtriers lorsqu'elle pensait que je ne la voyais pas.

— C'était palpitant hier, après le match, hein ? fit remarquer Sorcha alors qu'on faisait une petite pause.

Grâce à l'aide de Christine, j'avais réussi à éviter ses questions la veille au soir, mais naturellement, c'était trop beau pour durer plus de vingt-quatre heures.

— C'était quelque chose, c'est sûr, répliquai-je en tâchant de ne pas grimacer ouvertement.

Palpitant ? Sérieusement ?

— Je veux dire, Rose Weasley et Scorpius Malefoy – qui l'eût cru ? continua-t-elle de commérer.

Je réalisai avec soulagement qu'elle n'avait pas parlé de James et moi.

— C'est un couple intéressant, concéda Gemma, pensive. Ils vont bien ensemble. Et la façon qu'il a eue de l'embrasser… tellement romantique ! J'aimerais tellement que quelqu'un m'embrasse comme ça.

Roxanne et Sorcha laissèrent échapper un soupir d'acquiescement. Je repensai à mon premier baiser avec James, à la manière dont il avait posé ses mains sur mon visage, à la soudaineté de l'événement.

Sorcha dut lire quelque chose dans mon expression, car elle se pencha pour me tapoter la main, compatissante.

— J'ai entendu parler de ta dispute avec James. Ne t'en fais pas, Éva. Vous êtes parfaits l'un pour l'autre. Ça ira.

Je retirai mes mains et les enfouis sous la table, sur mes genoux. « Parfaits » était une étiquette ridicule qui impliquait bien trop d'attentes. On était toujours à Poudlard, pour l'amour de Merlin !

— James et moi ne sommes pas parfaits, Sorcha, lui dis-je fermement. Nous sommes humains. On est têtus et on se dispute. On réglera ça quand on sera prêts.

Gemma se renfrogna dans son livre de Métamorphose. J'eus envie de lui dire d'aller voir là-bas si j'y étais et d'arrêter d'avoir un faible pour mon petit ami.

— C'est ça que je veux voir ! fit Sorcha, d'une voix joyeuse et pleine d'espoir.

Rien ne semblait pouvoir changer ses idées préconçues. Je venais de lui dire que James et moi n'étions pas parfaits, que c'était impossible pour un couple d'être parfait, mais c'était entré par une oreille et sorti par l'autre. Elle n'avait rien entendu de ce que je lui avais dit. Pourquoi n'agissait-elle pas comme quelqu'un de normal aujourd'hui aussi, comme elle l'avait fait l'autre fois ?

Avec un profond soupir, je me remis à travailler. Lentement, mais sûrement, je finis par terminer la majorité de mes devoirs. Tout ce qui me restait, c'était de la lecture pour le cours de Sortilèges, mais, lassée, je repoussai le gros manuel loin de moi.

— Je vais courir, annonçai-je soudain, avec un air de condamnée.

— Tu es déjà allée courir ce matin avant le petit-déjeuner, me fit remarquer Christine.

Elle observa mon expression déterminée avec circonspection. Je lui renvoyai un regard éloquent.

— J'ai besoin d'y retourner.

J'avais peut-être passé l'après-midi à faire mes devoirs, mais cela ne voulait pas dire que mon esprit avait été occupé par mes devoirs et rien d'autre. Je n'avais cessé de penser à James. Je ne l'avais pas vu de la journée, et cela me dérangeait. Je me demandais ce qu'il faisait… ce à quoi il pensait. Connaissant son esprit têtu, il devait être dans un état de frénésie absolu.

Je choisis de courir autour du lac, au cas où les Serdaigle ne m'espionnent. Je ne pouvais pas me permettre de tomber dans une routine prévisible, alors que le dernier match de la saison approchait.

Je trouvai un rythme régulier dans l'air frais du soir. Mes inspirations et expirations, longues et profondes, faisaient du bien à mes poumons. Le ciel était tacheté de jaune et d'orange. Cela me calmait. Cependant, je préférais courir tôt le matin, quand le soleil dépassait à peine le sommet des montagnes qui entouraient le château, avec les reflets de la lumière dans l'eau.

À peu près à mi-chemin autour du lac, j'aperçus une silhouette familière, près du bord, en train de faire des ricochets. Bon, peut-être pas des ricochets, mais plutôt en train de lancer des cailloux dans l'eau le plus fort possible. Quand je marchai jusqu'à lui, à bout de souffle, il tourna la tête pour me regarder.

— Il faut qu'on parle, lui dis-je en m'approchant.

James me fixa un instant, l'expression plus sérieuse que jamais.

— Oui, je crois bien.

Ma conversation de la veille avec Christine refit surface dans ma tête. Par Merlin… Il allait me quitter, n'est-ce pas ? Je ne pouvais pas lui en vouloir, mais m'en rendre compte m'enragea. Pas contre lui, pas du tout, mais envers moi-même. James s'était montré constant et (presque) patient avec moi. Il avait attendu que je lui donne sa chance pendant longtemps, et qu'est-ce que j'avais fait ? Je l'avais repoussé de manière odieuse.

Nous restâmes là à nous regarder. Aucun de nous ne semblait savoir quoi dire, ou même par où commencer. Les gens têtus ne sont pas très bons pour ce genre de choses.

Puis, tout à coup, je sentis une violente brûlure au fond de mon ventre. Je n'allais pas rester les bras croisés sans rien dire ou faire, et laisser James s'éloigner de moi.

— Je suis désolée ! lâchai-je sans vraiment contrôler les mots qui s'échappèrent de ma bouche.

On va dire que « désolée » était un bon début.

Il ne dit rien, ne détourna pas son regard sérieux.

Je relevai la tête dans l'espoir de paraître courageuse et j'avançai rapidement jusqu'à me tenir juste devant lui. Il avait les bras croisés sur sa poitrine et la posture rigide. Dans son regard, je plantai le mien, implorant. Ses yeux marron, d'habitude si espiègles, étaient plus glaciaux que je ne les avais jamais vus. Même lorsqu'on passait la plupart de notre temps à nous disputer, avant qu'il ne s'intéresse à moi de cette manière, il ne m'avait jamais regardée comme il le faisait là.

Mais au lieu de me faire hésiter, ses yeux durs me donnèrent la détermination d'arranger les choses. J'avais fait face à Lyra Rinaldi, pour l'amour de Merlin. Je pouvais faire face à cela. James m'en voulait, mais il ne me détestait pas.

Du moins je l'espérais.

— Rien ne peut justifier ce que je t'ai dit. C'était stupide. C'était injuste et épouvantable, et ce n'est pas ce que je ressens du tout. Absolument pas. James, je te promets que si tu ne me quittes pas comme tu devrais le faire, je ne te dirai plus jamais rien de tel. Quand j'ai dit que je ne savais pas pourquoi j'étais attirée par toi, je ne le pensais pas…

— Alors pourquoi tu l'as dit ?

Sa voix était dure et je sentis ma poitrine se serrer, mais je gardai mon courage de Gryffondor et refusai de détourner les yeux.

— Parce que je suis encore plus idiote que ce que j'ai pu t'accuser d'être par le passé. J'étais sur la défensive, j'étais énervée, et c'est la chose la plus blessante que j'ai trouvée.

Sa mâchoire se tendit au souvenir des événements de la veille.

— Tu n'as pas loupé ta cible.

— Je ne sais pas quoi dire de plus, James. Je suis désolée. Je ne sais pas quoi ajouter d'autre que j'ai été horrible avec toi et que je ne te mérite pas. Et je veux que tu saches que si tu romps avec moi, je ferai tout pour te récupérer.

— Ah oui ? Et comment est-ce que tu accomplirais une telle chose ?

Les lèvres de James se tournèrent faiblement vers le haut pendant une brève seconde, cachant l'ombre d'un sourire ironique. Cela me rappelait légèrement le sourire carnassier qu'il adoptait lorsqu'il cherchait à se disputer avec moi. Est-ce que c'était une bonne chose ? Je ne le savais pas.

Je haussai les épaules. Les Gryffondor ne réfléchissaient que très rarement à leurs plans à l'avance (sauf quand il s'agissait de Quidditch). J'inventais au fur et à mesure que mes paroles sortaient de ma bouche.

— Aucune idée, lui dis-je sincèrement. Mais tu devrais savoir mieux que personne que les Gryffondor ne baissent pas les bras si facilement.

S'ensuivit un autre silence tendu.

— Je suis désolé pour hier, marmonna-t-il finalement, passant une main dans ses cheveux bruns. Tu avais fait une promesse à Rose et tu n'avais pas à la rompre juste parce qu'on sortait ensemble. Ou qu'on s'en approchait. J'ai réagi de manière excessive pour Rose et Malefoy. Je le sais.

« Parce qu'on sortait »… Au passé ? Mon ventre sembla se tordre. La même impression de mouvement dans mes boyaux que celle que j'avais vécue lorsque j'avais sauté de l'arbre à la maison.

J'inspirai plusieurs fois, profondément. Je repoussai ma nausée soudaine et me concentrai sur ce qu'il disait. Je m'inquiéterais du reste une prochaine fois. Pour l'instant, nous avions des excuses à nous faire et des explications à donner.

— Je comprends pourquoi tu étais énervé, répondis-je, honnête.

James shoota dans un caillou qui dépassait du sol du bout de sa chaussure.

— Je… J'étais jaloux, d'accord ? Tu m'as sorti tout ton baratin sur Malefoy, tu étais là à le défendre… Vous vous croisez une ou deux fois dans les couloirs, Rose t'en touche deux mots, et tu n'as aucun problème avec un foutu Serpentard !

Je soupirai et fixai le lac d'un bleu profond.

— Je te l'ai déjà dit : c'est différent, lui assurai-je. Je n'avais jamais vraiment rencontré Malefoy avant cette année. Je ne faisais que le croiser avec Rinaldi.

— Comment est-ce qu'il peut sortir avec notre Rosie alors qu'il a toujours traîné avec Rinaldi ? se demanda James, l'expression incrédule.

Il grimaça en prononçant le nom de Rinaldi. Je ne lui en voulais pas. Chaque fois que j'entendais son nom, j'avais envie de retrousser mon nez de dégoût. Ou de vomir.

— C'est le contraire, lui expliquai-je. C'est elle qui traîne toujours avec lui. Rinaldi a pour but de sortir avec Scorpius, et lui ne la supporte pas. Il m'a laissée lui donner un coup de poing dans la figure, tu te souviens ? Je suis désolée si j'avais l'air de ne pas te faire confiance. Je te fais confiance. Simplement, je n'avais pas autant d'idées préconçues à propos de Scorpius que je n'en avais à propos de toi, car il ne faisait pas partie de l'équipe de Serpentard avant cette année. Toi et moi, on a passé six ans à être rivaux et à se détester.

Tu as passé six ans à me détester, me corrigea James – son sourire satisfait désormais plus prononcé. Moi, je n'en ai passé que cinq et demi. Aurais-tu oublié l'épisode du gui, d'il y a un an ?

Non, je n'avais clairement pas oublié cet incident. Il était inscrit dans mon cerveau de manière indélébile. Le souvenir de James, au milieu de la salle commune, le doigt pointé sur Al et moi avec une expression incrédule et perdue, était on ne peut plus vivace. Je faillis en rire, rien que d'y penser.

Au lieu de cela, je lui demandai :

— Tu vas parler à Rose, hein ?

— Oui, accepta-t-il.

— J'ai entendu dire que tu avais parlé avec Al ?

Il acquiesça, laconique.

— C'est lui qui m'a calmé. Bizarrement, il est très doué pour ça. Il m'a raconté comment il avait commencé à interagir avec Malefoy, il m'a dit que c'était un type bien. Je… Je n'aime toujours pas l'idée que Rose sorte avec un joueur de l'équipe de Serpentard, mais je ne peux rien y faire. Elle tient son entêtement de mon oncle Ron et de ma tante Hermione. Impossible de l'en dissuader, pour sûr.

— Elle est plus forte que je ne le pensais, observai-je en repensant au spectacle qui s'était joué au milieu du terrain.

Par Merlin, tant de choses s'étaient passées dans les dernières vingt-quatre heures ça me semblait dater d'il y a des années.

— Rosie ? fit James en pouffant de rire de manière inattendue. Ça, oui. Elle ne le montre pas, mais il ne faut jamais la sous-estimer. J'ai eu le malheur de le faire et je l'ai payé. L'année dernière, certains d'entre nous voulaient s'entraîner au duel entre cousins. Je pensais que Rose serait une cible facile. Godric, que j'avais tort !

Je me mis à rire à l'idée que James se soit fait battre par Rose dans un duel amateur. L'expression sur leurs deux visages avait dû valoir le coup. J'étais déçue de ne pas avoir assisté à cela.

— Tu crois qu'Hugo s'y fera rapidement ? Je veux dire, Rose lui a parlé ce matin pendant le petit-déjeuner. Il avait l'air énervé, méfiant, mais il n'avait pas l'intention de commettre un meurtre.

James éclata de rire.

— On verra bien. S'il y a bien une personne plus têtue que Rose, c'est Hugo. L'idée que sa sœur ait un petit ami est déjà affreuse, mais un Serpentard ? Mon oncle Ron a encore quelques préjugés contre les Malefoy (avec de bonnes raisons, en plus), et Hugo a un peu hérité de ça.

— Si on met l'entêtement et les tendances à se mêler des affaires des autres de côté, j'aime beaucoup ta famille, lui dis-je en toute honnêteté.

— Tu ne les as pas tous rencontrés, lâcha James avec un petit ricanement. Attends un peu que tu fasses leur connaissance à un repas de famille. C'est de la folie, mais c'est génial. Sauf pour mon oncle Percy et ma tante Audrey. Ils sont tarés. Et ma grand-tante Muriel est une vieille chouette, mais tous les autres sont normaux. En gros.

— Rencontrer ta famille ?

Les mots sortirent de ma bouche avant que je ne me rende compte de ce que je disais. James m'adressa un sourire satisfait.

— Bien entendu. Tu es ma petite amie, alors ils sont curieux. Ils ont beaucoup entendu parler de toi par ma mère et mon père.

Tu es ma petite amie.

J'étais sa petite amie. James n'allait pas rompre avec moi.

— Tu… Tu me pardonnes, alors ? m'enquis-je avec hésitation, n'osant pas trop espérer.

James eut un petit rire et sa posture se détendit complètement. Je faillis vaciller de soulagement.

— Est-ce que je serais toujours là à te parler et à vouloir t'embrasser si ce n'était pas le cas ?

Lentement, je me mis sur la pointe des pieds et m'approchai de lui pour déposer un baiser sur ses lèvres. Il n'hésita pas à me rendre mon baiser, avec chaleur et fermeté. Je fis courir mes mains sur ses épaules, jusqu'à l'arrière de sa tête, où j'emmêlai mes doigts dans ses cheveux – ses cheveux couleur ébène, doux comme la soie sous ma peau caleuse de joueuse de Quidditch. La sensation électrique de ses lèvres légèrement gercées contre les miennes me donna des frissons.

Je m'écartai lentement de James et lui souris. Au début, il sembla hautement étonné par ce changement, mais je le pris par surprise en le tirant vers le bas, de manière à ce que nous soyons assis sur le bord du lac. Je m'appuyai contre son torse, les bras autour de lui, ce qui parut lui plaire. Il enroula ses propres bras autour de moi et je retins un soupir de satisfaction.

— Tu es plutôt merveilleux, lui dis-je, pressant un baiser léger comme une plume sur le bout de peau juste au-dessus du col de sa chemise.

— J'ai entendu dire de source sûre que j'embrasse merveilleusement bien, m'embêta-t-il en déposant un baiser sur le haut de mon crâne.

Je levai les yeux au ciel.

— Ça n'a rien à voir avec ta capacité à embrasser.

— Mais ça aide.

Eh bien, pour être totalement honnête, c'était un avantage plutôt agréable.

— Tu me plais parce que tu es merveilleux, lui expliquai-je, vissant mon regard dans le sien.

— Éva, tu n'as pas à…, commença-t-il, mais je l'interrompis en mettant ma main sur sa bouche.

Il haussa un sourcil, mais je l'enjoignis de se taire par le regard, avant de retirer ma main.

— Tu me plais parce que tu es têtu. Parce que tu vois quelque chose en moi que je ne vois pas. Parce que tu es incorrigible. Parce que ton équipe préférée, c'est les Harpies. Parce que tu te balades avec ta cravate Gryffondor mal nouée la moitié du temps.

— Ce n'est pas vrai !

Je lui souris de toutes mes dents.

— Parce que tu prends cet air si indigné, parfois. Parce que tu es intelligent. Parce que tu me respectes. Parce que tu partages mon amour pour le Quidditch. Parce que, pour une raison que je ne peux m'expliquer, tu aimes le banoffee pie.

— Parce que c'est délicieux ? proposa James, l'air légèrement insulté que j'aie pu critiquer son dessert préféré.

— C'est ignoble, grimaçai-je. De la banane avec du caramel mou ? Horrible.

— C'est une excellente combinaison, je te ferais remarquer. Je me tiendrai à cette opinion jusqu'à la mort.

— Mais surtout, et malgré tes mauvais goûts en matière de desserts, tu me plais parce que tu sais toujours me faire rire, car tu me connais très bien. Je tiens à toi, et tu devrais arrêter d'en douter. Plus besoin d'être jaloux pour des raisons idiotes. Pour une quelconque raison.

Ses bras se resserrèrent autour de moi, presque imperceptiblement, et, d'instinct, je m'appuyai un peu plus sur lui.

— Bien sûr que je continuerai d'être jaloux.

Euh… Pourquoi, exactement ?

— Je te l'ai déjà dit, fit-il, répondant à ma question silencieuse. Tu es une brillante joueuse de Quidditch et tu es très jolie. C'est une combinaison imbattable.

Je ne savais pas trop comment répondre à cela, mais je sentis mon visage prendre feu sous la satisfaction que me procuraient ses paroles.

— Tu sais ce que je pense ? me demanda James après un moment d'heureux silence.

— Mmmh ? répondis-je, entièrement préparée à ce qu'il dise quelque chose d'intelligent et d'adorable, avec cette voix qu'il prenait parfois, un peu plus grave qu'habituellement.

Cette voix-là avait la capacité d'envoyer des picotements dans ma colonne vertébrale.

J'entendis pratiquement le sourire dans sa voix.

— On devrait aller aux cuisines et demander aux elfes s'ils ont du banoffee pie.

Argh. Je ne préférerais pas.

— Bon, okay, fis-je en soupirant d'une manière excessivement dramatique, tout en commençant à bouger pour m'écarter de lui. Mais je ne promets pas de manger un seul morceau de ce gâteau pourri.

James enroula ses bras plus fermement autour de moi et m'attira à lui, m'empêchant de me lever et de m'éloigner.

— Je rigolais, répondit-il, son souffle chaud contre ma nuque. Restons ici, comme ça. Juste un peu plus longtemps, jusqu'à ce qu'il fasse nuit.

Je hochai la tête, soulagée. Merlin merci, pas de banoffee pie.

— Merci.

— De quoi ? me demanda-t-il, me regardant de ses yeux bruns avec curiosité.

— De ne pas me forcer à manger de ce gâteau dégoûtant, bien entendu.

James se mit à rire. D'une main, il remit mes cheveux derrière mes épaules, puis il se pencha et déposa un doux baiser sur ma clavicule.

— Je préfère passer ce moment à faire bon usage de mon merveilleux talent pour t'embrasser.

— C'est une utilisation bien meilleure de ton temps, acquiesçai-je avec un grand sourire, avant de me pencher pour l'embrasser de nouveau.

. . .

Je sentis quelqu'un m'observer. J'ouvris difficilement un œil endormi et aperçus Fred qui me scrutait.

— Fred ! hurlai-je, m'asseyant brutalement. Qu'est-ce que tu fais ici ?!

Il m'envoya un regard curieux.

— J'ai le droit d'être dans la salle commune.

Un coup d'œil à mon entourage me prouva qu'il avait raison. Je me rendis également compte que James dormait sur le canapé à côté de moi. Il était toujours assis et sa tête tombait en arrière dans une position qui semblait peu confortable. Nous étions revenus à la salle commune, nous avions discuté un moment, et, apparemment, nous nous étions endormis sur le canapé.

— Il dort comme une souche, m'expliqua doucement Fred, me montrant le corps immobile de James. J'en conclus que vous vous êtes réconciliés ?

Je regardai James et sentis dans mon ventre la sensation que je commençais à reconnaître.

— Bien, fit Fred, avec une lumière espiègle dans le regard. Je veux que tu fasses partie de la famille, un jour.

En réponse, je lui lançai un coussin. Naturellement, et étant donné mes capacités de Poursuiveuse, il le reçut en pleine figure. Il émit un bruit étouffé, indigné, et se mit en chemin vers l'escalier des garçons, tout en marmonnant quelque chose à propos de filles dingues.

— Voilà ce que tu mérites ! lui criai-je. On est bien trop jeunes pour penser à ça !

— Hein ?

Je vis que James s'était finalement réveillé, suite à mes hurlements et à mes mouvements. Il se frottait les yeux avec la paume des mains.

— Pas toi ; ton abruti de cousin.

— Fred est un délice dès le matin, fit James avec sarcasme, avant de bâiller.

— Je vais aller me préparer, lui dis-je en me levant et m'étirant les bras au-dessus de la tête.

— On se retrouve ici avant le petit-déjeuner ?

Après avoir pris une douche et m'être habillée, j'aperçus James et Rose près de l'entrée de la salle commune.

— Je ne pourrai jamais être super ami avec lui, mais je ne lui lancerai pas de sorts, entendis-je James lui dire alors que je m'approchais.

— Tu me le promets ? Hugo lui a déjà déchiré son sac à dos hier, pour faire tomber ses livres, alors qu'on avait discuté le matin même.

James hésita, puis dit :

— Je te le promets, Rosie.

— Pour l'instant, je me contenterai de ça, commenta Rose avec un petit sourire. Mais je pense qu'il te plaira, ajouta-t-elle avant de se retourner pour sortir de la pièce.

Pour bien des raisons, Rose n'aurait pas pu faire pire que de sortir avec Scorpius Malefoy. Mais ils avaient l'air de vraiment s'apprécier (c'était encore un peu bizarre d'y penser), alors j'espérais qu'ils ne laisseraient pas leur famille et leurs amis se mettre en travers de leur relation.

Une fois près de James, j'enfouis ma main dans la sienne.

— Qui sait ? le taquinai-je. Peut-être que tu vas vraiment devenir le meilleur ami de Scorpius, un jour.

James laissa échapper un bruit traduisant son scepticisme, mais parut tout de même amusé par l'idée.

— C'est peu probable. Personne ne pourra remplacer Fred.

Je me mis à rire.

— Fred est unique en son genre, acquiesçai-je de tout cœur.

— Je savais que tu m'aimais en secret, Éva Louise, blagua Fred en apparaissant soudainement en bas de l'escalier des garçons, nous rattrapant dans la salle commune.

Ah, évidemment, c'est ce moment qu'il choisit pour faire son apparition. Comme c'était étrange.

— Je commence à t'apprécier, admis-je en haussant les épaules.

— Je l'aime bien, fit Fred à l'intention de James, d'un ton mi-amusé, mi-sérieux. Tu devrais la garder.

Je sentis mon visage s'embraser. Fred Weasley savait exactement sur quels boutons appuyer pour me mettre dans l'embarras. J'aimerais sincèrement qu'il arrête avec ses discours de « faire partie de la famille ». J'étais très, très loin d'être prête à ne serait-ce qu'y penser.

James me lança un regard et sourit de toutes ses dents en découvrant mes joues rouges.

— Ouais, je crois bien que je vais la garder.

Je ne sus trop que dire ensuite. Alors, au lieu de répondre, je me décidai pour un :

— Ton nœud de cravate est mal fait.

James baissa la tête, l'air légèrement renfrogné, et entreprit de vérifier son nœud, tandis que Fred éclatait de rire.


Note

Bonjour à toutes et à tous,

Voici la (longue) suite, avec un peu beaucoup de retard - mais les chapitres ont presque doublé de taille, et je n'avance plus aussi vite (enfin, vous voyez ce que je veux dire) dans la traduction. Le chapitre 27 est en cours de traduction mais ne sera probablement pas terminé avant fin septembre.

Un immense merci à Marie Lapiz, qui a pris le temps de corriger ce long chapitre malgré son emploi du temps éreintant !

En attendant, j'espère que ce nouveau chapitre vous aura plu !

-DNP