Disclaimer : Tout l'univers de Harry Potter appartient à JK Rowling, je vous fais confiance pour savoir ce qui est inventé et ce qui ne l'est pas ! ;) Par ailleurs, ce chapitre contient un passage directement extrait de Harry Potter et l'Ordre du Phénix, auquel j'ai apporté quelques modifications. La chanson, c'est Speeding Cars par le groupe Walking On Cars !
Note : Hello ! Bon, presque à l'heure cette fois mais pour ma défense je n'ai eu accès à mon ordinateur que très tard hier soir, donc plutôt que de publier à deux heures du mat', je préfère poster aujourd'hui x) Et voilà le chapitre 25, un chapitre qui va apporter quelques explications mais qui va amener encore plus de mystères ! Merci à Corentin et à Marion, pour leurs conseils et leurs corrections et un grand merci à tous les lecteurs qui suivent cette histoire, encore plus pour ceux qui me laissent régulièrement des reviews ;) Comme précisé dans le note du chapitre précédent, je commence à m'éloigner vraiment de l'histoire originale, désolée pour ceux qui ne sont pas fan des Univers Alternatif, n'hésitez pas à lire quand même ! Le prochain chapitre s'intitulera En demi teinte, il sera publié dimanche ou lundi prochain (je ne m'avance pas trop comme ça... x) et il sera un peu plus varié au niveau des points de vue des personnages puisque les chapitres étaient principalement centrés sur Harry et Sirius depuis un moment et on retrouvera Drago. Ce sera également un chapitre de transition, un peu plus calme (ou pas). Vous pouvez laisser une review pour faire part de vos hypothèses/théories ou ce que vous voulez ;) Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à donner votre avis !
CHAPITRE.25 : Ton pire souvenir (Speeding Cars – Walking On Cars)
Harry dévisagea Valya avec une panique grandissante, tentant de se persuader qu'il avait mal entendu.
- Regarder nos souvenirs…? bafouilla-t-il.
- Non mais vous êtes tombé sur la tête ! se révolta Sirius. Tout le monde sait qu'en utilisant la Legilimancie sur quelqu'un, on affaiblit son esprit ! En plus, les émotions associées au souvenir resurgissent ! Vous voulez les traumatiser définitivement ?! Ils ont quinze ans, Dumbledore, au cas où vous l'auriez oublié !
- Et même en admettant qu'on accepte, parce que j'ai pas l'impression de vous avoir entendu nous demander notre avis, on avait même pas un an et demi quand ça s'est passé, vous croyez vraiment qu'on se souvient de quoique ce soit ? contesta Valya.
- D'où l'intérêt de la Legilimancie justement ! persifla Rogue. Vous êtes sûre que vous savez en quoi consiste cette technique ?! Les souvenirs, même les plus anciens, sont enfouis en chacun de nous et il est simple de les faire émerger grâce à la Legilimancie. Ensuite, vous aurez juste à les mettre dans une Pensine pour que tout le monde puisse les visionner.
- Parce que c'est vous qui allez vous en charger, bien entendu, cracha la jeune blonde. Monsieur Severus Rogue, super espion auprès de Voldy, grand expert de l'Occlumancie et de la Legilimancie…
Rogue devint blanc de rage et Harry réussit enfin à reprendre ses esprits.
- QUOI ? se rebiffa-t-il. C'est vous qui… Hors de question ! Je refuse que quelqu'un lise dans mon esprit et encore moins lui ! grogna-t-il à l'adresse de Dumbledore alors que Valya renchérissait au même moment par un virulent « Pas moyen qu'un guignol pareil vienne fouiller dans ma tête ! ».
- Surveillez votre ton, Potter, et vous aussi Black ! vitupéra Rogue. Je suis votre professeur et…
- Là tout de suite, tu es surtout l'invité de Sirius, coupa Lupin d'un ton froid. Et il te tolère déjà à peine dans sa maison, alors je te conseille de ne pas l'énerver davantage et d'éviter de t'en prendre à Valya et Harry, Severus…
En effet, le loup-garou avait une main serrée autour de l'épaule de Sirius et il usait visiblement de toute sa force pour le maintenir assis sur sa chaise. Il lui chuchota quelques mots à voix basse pour l'inciter au calme.
- Pourquoi on devrait vous laisser faire ça ?! protesta encore Harry. Qu'est-ce qui nous garantit que vous n'allez pas en profiter pour regarder d'autres souvenirs, des souvenirs privés ?
- Des choses à cacher, Potter ? ricana à nouveau Rogue.
- À vous oui ! rétorqua le Gryffondor avec fureur. Je pense que c'est clair pour tout le monde ici qu'aucun de nous deux ne vous fait confiance. Et c'est valable pour vous aussi ! lança-t-il au directeur.
- Voyons Harry, répliqua celui-ci avec sa voix de grand-père bienveillant qui commençait sérieusement à taper sur les nerfs du jeune homme, tu n'as pas envie de savoir ce qui s'est passé le soir où Voldemort vous a attaqués…? Je comprends que tu n'aimes pas l'idée que nous voyons vos souvenirs, il est évident que cela ne regarde que vous, mais c'est la seule solution que nous ayons. Si tu ne veux vraiment pas, peut-être que Valyana serait d'accord…? proposa-t-il à la jeune fille. Après tout, vous nous avez bien dit que vous étiez capable de vous défendre un peu, alors si le professeur Rogue aperçoit des images qu'il n'est pas censé voir, vous pourrez toujours le repousser, n'est-ce pas ? Est-ce que cela te tranquilliserait, Harry ?
Le Survivant fronça les sourcils, flairant le piège. Valya scrutait Dumbledore, l'hésitation clairement lisible sur son visage. Elle mordilla sa lèvre inférieure, les poings serrés, et Harry eut juste le temps de capter le regard que le directeur échangea avec Rogue. Son expression se durcit encore davantage.
- Je veux parler à Valya, annonça-t-il d'une voix polaire. En privé.
Le vieil homme lui renvoya un sourire qu'il jugea hypocrite.
- Bien sûr, prenez votre temps, les enfants…
Sans un mot, Harry se leva, attrapa la jeune blonde par le bras et l'entraîna hors de la pièce. Sirius allait probablement exploser de rage dès qu'ils seraient hors de vue et il se surprit à espérer que Lupin ne parvienne pas à le retenir. Dumbledore et Rogue dépassaient les bornes, même lui était capable de s'en rendre compte. La colère de son parrain était parfaitement justifiée. Ils avaient à peine refermé la porte de la cuisine qu'ils tombaient nez à nez avec l'ensemble des Weasley, accompagnés de Gabriel et Hermione.
- Harry ? s'étonna cette dernière. Mais… qu'est-ce que vous faites là ?
- On pourrait vous poser la même question, grommela sombrement Valya.
Fred et Georges haussèrent les épaules d'un même mouvement.
- Comme d'habitude, expliqua Fred, on voulait écouter la réunion grâce aux Oreilles à rallonge mais j'ai l'impression qu'ils ont encore pris leurs précautions, acheva-t-il, dépité.
- Vous par contre, avança Georges d'un ton suspicieux, on dirait que vous avez réussi à faire encore mieux… Vous ne vous seriez pas introduits discrètement dans la cuisine, par hasard ? Grâce à ta cape d'Invisibilité ?
- En gros c'est ça, reconnut Harry. Mais on a pas trop le temps de vous en parler maintenant, se dépêcha-t-il d'ajouter avant que Hermione ne se lance dans l'une des tirades moralisatrices dont elle avait le secret.
- Pourquoi ?! s'insurgea Ginny. Qu'est-ce qui se passe ? Et c'est quoi ce truc sur ton front ? demanda-t-elle à Valya, l'air perplexe.
La concernée pâlit fortement, portant automatiquement la main vers sa cicatrice.
- On vous expliquera plus tard ! persista Harry un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.
Ginny eut un mouvement de recul, visiblement offensée par son ton, et le Gryffondor se passa une main dans les cheveux avec frustration.
- Désolé… C'est juste… compliqué et… On vous raconte tout dès qu'on peut ! promit-il finalement.
Il s'empressa de rejoindre le salon, suivi par Valya. La jeune fille verrouilla la porte avant de marmonner une autre incantation et Harry lui jeta un regard interrogateur.
- Sortilège d'Impassibilité. J'ai l'impression que tu as vexé Ginny, grimaça-t-elle, alors il vaut mieux prendre des précautions.
Harry acquiesça mollement. Pour le moment, les états d'âme de Ginny étaient bien le cadet de ses soucis. Il pourrait toujours aller s'excuser et se rattraper plus tard. Il s'adossa à la porte, les bras croisés, et vrilla ses yeux vert émeraude à ceux bleu gris de Valya. Elle se détourna, mal à l'aise.
- On devrait le faire, lâcha-t-elle finalement. Toi aussi tu veux comprendre non ?
- Et voilà, j'en étais sûr ! tempêta le Survivant. Et bien évidemment, c'est toi qui devrais leur montrer tes souvenirs, c'est ça ?! Elle lui renvoya une moue éloquente. Bordel Valya… gémit-il. Tu as vu comme moi le regard que Dumbledore a lancé Rogue ! Je suis pas stupide, j'ai bien compris que ce n'est pas moi qui les intéresse là ! C'est toi ! Tu leur caches des trucs et ça, ils ne le supportent pas ! Ok, ils veulent ce souvenir mais si Rogue arrive à collecter d'autres informations au passage, il ne va sûrement pas se gêner !
- Je pourrais me défendre, opposa-t-elle d'une voix basse.
- Tu plaisantes ?! se récria Harry, atterré. C'est exactement ce qu'ils veulent ! Ils pensent qu'ils nous ont coincés et qu'on va forcément accepter leur petit jeu parce que toi tu as quelques notions d'Occlumancie alors que moi non ! On pourrait demander à ce qu'ils regardent plutôt mes souvenirs et ils seront obligés d'accepter, sinon ils perdront toute crédibilité auprès des autres membres de l'Ordre !
- Mais toi aussi tu as des souvenirs qu'ils ne doivent surtout pas voir ! Les visions que nous envoie Voldy avec ses foutus couloirs pleins de portes pour ne citer qu'un exemple. On ne leur en a pas parlé de ça ! Et toi, tu n'as aucun moyen de te protéger !
Harry haussa un sourcil.
- Soyons réalistes : est-ce que toi, tu es sûre à cent pour cent de pouvoir te protéger contre Rogue ?
- Non, admit Valya après un temps de silence. Non, je n'y arriverais pas. Elle leva le menton avec détermination. Mais vous, vous serez là. Papa, Remus, toi… Si ça se passe mal, je pense être au moins capable de le repousser suffisamment longtemps pour que vous ayez le temps d'intervenir. Il ne verra rien d'important, assura-t-elle, les yeux brillants d'une lueur féroce.
Peu rassuré, Harry finit tout de même par accepter et ils retournèrent à la cuisine. Ginny et les autres avaient visiblement renoncé à découvrir ce qui se tramait et le hall d'entrée était désert. En revanche, les membres de l'Ordre du Phénix les attendaient de pied ferme.
- C'est bon, asséna la jeune blonde dès qu'ils eurent passé le seuil. Je suis d'accord.
- Tu n'es pas obligée… tenta Sirius, toujours aussi furieux.
- Laisse, l'apaisa-t-elle. Ça ira, vraiment.
- Tiens tiens, les Gryffondor ne seraient donc pas aussi courageux que veut le faire croire la légende…? railla Rogue.
Harry envisagea de se jeter sur le maître des potions pour pouvoir lui faire ravaler ses paroles, après tout, il se trouvait au beau milieu d'un groupe de Gryffondor, il ferait probablement des adeptes. Mais il se ressaisit rapidement, beaucoup plus préoccupé par le regard triomphant de Dumbledore et il n'était pas sûr que quelqu'un l'avait aperçu à part lui. Il plongea la main dans sa poche et la serra fermement autour de sa baguette magique tandis que Valya prenait place sur une chaise. S'il y avait le moindre problème…
- J'ai pris la liberté d'aller récupérer ma Pensine dans mon bureau, informa le directeur d'un ton prévenant. Vous pourrez y déposer votre souvenir.
- Vous êtes prête, Black ? questionna Rogue.
Il reçut pour toute réponse un signe de tête sec et il pointa sa baguette sur le front de la jeune fille. Sirius se leva soudainement et vint se tenir derrière Valya, une main posée sur son épaule. Il émit un léger grognement d'avertissement comme lorsqu'il était Patmol, alors qu'elle toisait le Serpentard avec défi.
- Je compte jusqu'à trois… prévint-il. Un, deux, trois, Legilimens !
Vu de l'extérieur, ça n'avait vraiment pas l'air très agréable, songea Harry. Rogue arborait une expression de concentration alors que le visage de Valya était crispé, le regard dans le vague. Elle fut parcourue de frissons et Sirius avança d'un pas mais Rogue s'était déjà détourné. Clignant des yeux, elle reprit contact avec la réalité et se dépêcha de sortir sa baguette, la levant vers sa tempe. Un long filament argenté s'étira de sa tête à l'extrémité de sa baguette, jusqu'à se détacher, et elle le laissa tomber dans la Pensine posée au milieu de la table. Elle sauta sur ses pieds et s'éloigna en tremblant.
- Ça va ? s'inquiéta Harry. Elle opina doucement. Alors, est-ce qu'il…
- Il n'a rien tenté, chuchota-t-elle, la voix cassée. Je l'aurais senti sinon…
- Bizarre… Mais on le surveillait, alors tu devrais quand même faire attention…
L'air fiévreux, Valya semblait complètement ailleurs. Elle se massa les tempes avec ses poignets, trahissant ainsi son malaise.
- Tu es sûre que tu te sens bien ? insista le Gryffondor.
- Ouais… c'est juste que… tu vas comprendre en regardant. Ça… ça va être dur pour toi aussi, l'avertit-elle.
Ils furent interrompus par un toussotement discret. Dumbledore s'impatientait. Harry le fusilla du regard puis les deux adolescents se rapprochèrent de la table. Valya jeta un coup d'œil accablé vers Sirius et Remus.
- Vous avez pas envie de voir ça, souffla-t-elle. Vous avez vraiment pas envie de voir ça…
- On supportera, déclara Sirius, la mine sombre, et Lupin renchérit immédiatement.
Un par un, les adultes se penchèrent sur la Pensine, disparaissant à l'intérieur. Le Survivant échangea un regard avec la jeune blonde.
- Tu es prêt ? murmura-t-elle.
- Oui, confirma Harry. C'est parti… souffla-t-il avant de plonger tête la première dans la Pensine.
Harry se sentit tomber dans l'obscurité. Puis le décor changea. Il se trouvait à présent dans un petit salon, éclairé par le feu ronflant dans une cheminée en pierre. Valya atterrit à ses côtés à peine quelques secondes plus tard et tressaillit en se tournant vers Sirius et les autres, qui étaient figés devant le canapé. L'adolescent contourna le groupe pour mieux voir et il eut l'impression de recevoir un coup de poignard en plein cœur.
James Potter se tenait là, vêtu d'un simple pull et d'un jean tout ce qu'il y avait de plus moldu, faisant jaillir des volutes de fumée colorée du bout de sa baguette magique. Harry détailla son père autant qu'il le put. Il était mince, de taille assez haute et plutôt musclé, surtout au niveau des épaules. Apparemment, même l'âge ne pouvait rien contre la chevelure indisciplinée de la lignée Potter, les cheveux bruns foncés de James, pourtant coupés plus courts que ceux de Harry, se dressant en épis sur son crâne. Ses yeux noisette brillaient et une barbe d'à peine trois jours s'épanouissait sur ses joues. L'homme remonta ses lunettes sur son nez, souriant aux deux enfants devant lui. Le petit garçon aux cheveux noirs et aux yeux vert émeraude était juché sur le canapé, se dressant de toute sa hauteur pour essayer d'attraper la fumée, de l'enfermer dans son poing. Assise par terre sur le tapis, la petite fille blonde aux yeux bleu gris les fixait en riant aux éclats. La nuit devait être tombée depuis longtemps et les bambins étaient en pyjama. Inconsciemment, Harry avança d'un pas.
- Papa… balbutia-t-il.
Une poigne de fer enserra son avant-bras, le prenant par surprise. Valya le dévisageait, une expression immensément tourmentée plaquée sur ses traits.
- C'est un souvenir, Harry. C'est juste un souvenir…
Le Survivant acquiesça douloureusement. Il évita de regarder en direction de son parrain et de Lupin, qui ne devaient pas être dans un meilleur état que le sien. Surtout qu'il avait bien conscience que le joli tableau familial allait très vite se gâter. Une porte, sûrement celle de la cuisine, s'ouvrit et Lily entra. Elle était vraiment très belle, ses longs cheveux roux foncé retombant sur son visage en plusieurs mèches lisses, encadrant ses yeux d'un vert lumineux. Rogue hoqueta mais Harry n'y prêta pas attention, concentré sur le visage de ses parents. Ils étaient si terriblement jeunes… Comment est-ce qu'ils avaient pu mourir de cette façon ? Il pensa un peu cyniquement qu'il n'allait pas tarder à avoir la réponse.
- James, soupira Lily. Tu ne devrais pas les énerver à cette heure-ci, ils doivent aller au lit…
Mais ses prunelles étincelaient d'une lueur d'amusement qui démentait son expression sévère. Pour toute réponse, James lui renvoya un sourire charmeur et il prit le petit garçon dans ses bras, le câlinant légèrement avant de lui tendre. Il s'abaissa pour être à la hauteur de la petite blonde qui leva les mains vers lui. Il s'empressa de la soulever également dans les airs pour la faire tournoyer, déposant au passage un bisou sur son front, puis la passa à Lily. Cette dernière portait maintenant les deux enfants… James jeta sa baguette sur le canapé d'un geste négligent puis s'étira en baillant, tandis qu'elle se dirigeait vers les escaliers. Un bruit sourd fit relever brusquement la tête à l'homme et il se précipita dans le hall, alors que Lily restait figée au bas des marches. Et la voix grave de James retentit pour la première fois :
- LILY ! hurla-t-il. Prends Harry et va t'en ! Prends les tous les deux ! C'est lui ! Va t'en ! Cours ! Je vais le retenir…
Dans un état second, Harry vit son père faire face à Voldemort, tentant de s'interposer. Mais sa baguette gisait toujours sur le canapé, inutile, et l'autre éclata d'un rire cruel. Il portait une capuche qui dissimulait ses traits mais le Gryffondor capta sans mal son état d'esprit. Ce salaud adorait ce qui était en train de se passer. Il prenait son pied. Voldemort leva sa propre baguette et la pointa sur James.
- Avada Kedavra !
Une lumière verte emplit le hall d'entrée et le maléfice l'atteignit en plein torse. Le Maraudeur bascula en arrière, les yeux clos, son corps heurtant rudement le plancher. Lily poussa un cri d'effroi en voyant son mari tomber et, sortant de sa léthargie, fonça vers l'étage. Dumbledore et les membres de l'Ordre s'engouffrèrent aussitôt à sa suite. Bouleversé, Harry se résolut à les suivre mais il s'aperçut que Valya ne bougeait pas, fixant intensément le corps de James, l'air perplexe et horrifiée à la fois. Il se demanda confusément ce qui justifiait une telle attention, surtout qu'elle restait toujours complètement immobile, et même Voldemort commençait à avancer. Il fallut que Sirius empoigne la jeune fille par le col de son sweat-shirt puis qu'il la remorque littéralement en direction des escaliers pour qu'elle se décide enfin à remuer.
Le mage noir semblait vouloir prendre son temps, certain que rien ne pourrait l'arrêter. En haut, Lily essayait visiblement de bloquer la porte et ils se retrouvaient coincés du mauvais côté. La vision de Harry se brouilla et il se retrouva transporté dans la petite chambre d'enfant. « Logique, c'est le souvenir de Valya, on doit forcément être au même endroit qu'elle », raisonna-t-il avec un accent de désespoir. Contrairement à ce qu'avait cru Harry, Lily était parfaitement calme malgré les larmes qui roulaient sur ses joues, aucune trace de panique ne venant assombrir son regard. Elle déposa les deux bambins dans le petit lit derrière elle, serrés l'un contre l'autre.
- Harry… Valya… murmura-t-elle. Mes minis Maraudeurs… Il va falloir être forts, d'accord ? Je t'aime Harry. Votre maman… vos parents à tous les deux vous aiment… On vous aimera toujours, où que l'on soit, peu importe ce qui s'est passé, n'oubliez pas.
Le petit brun et la petite blonde ne pleuraient pas, contemplant Lily avec des yeux écarquillés, comme s'ils se rendaient compte de la gravité de la situation. La rousse saisit la main droite de chacun des enfants, la retournant pour exposer l'intérieur.
- Que le sang soit révélé, prononça-t-elle.
Harry tressaillit quand une étrange marque rouge sang apparut sur les paumes des petits, comme gravée dans leur peau. Mais ils n'avaient pas l'air de souffrir, regardant simplement l'empreinte identique avec curiosité. Il sursauta en entendant les pas dans les escaliers. Voldemort approchait. Lily dut s'en apercevoir également puisqu'elle se dépêcha de se pencher une nouvelle fois vers le berceau.
- Par le sang et la magie, la protection est née, récita-t-elle encore. Que par le sang, le cœur, l'esprit et par la magie elle soit scellée.
Une lumière blanche éblouissante provenant des enfants eux-mêmes envahit la pièce et entoura les Harry et Valya miniatures. Elle brilla plus intensément avant de s'évanouir aussi soudainement qu'elle était apparue. Le Survivant remarqua que les marques sur leurs mains s'étaient aussi volatilisées. La scène n'avait pas duré plus d'une minute. Lily se recula en soufflant :
- C'est bien… Vous êtes vraiment tous les deux maintenant. A deux pour toujours.
Elle eut à peine le temps de finir sa phrase, la porte s'ouvrit en grand devant Voldemort. L'impassibilité de la jeune femme parut se fissurer et elle se campa devant le berceau, les bras en croix.
- Pas Harry, pas eux, je vous en supplie, pas eux !
- Pousse-toi, espèce d'idiote… Allez, pousse-toi…
- Non, pas eux, je vous en supplie, tuez-moi si vous voulez, tuez-moi à leur place…
- C'est mon dernier avertissement…
Lily sembla prendre conscience que ses supplications ne changeraient rien et elle se redressa de toute sa hauteur. Et son ton n'avait plus rien d'implorant lorsqu'elle affirma :
- Vous ne pourrez pas les tuer… Vous ne les tuerez pas ! Jamais.
- Pousse-toi, idiote, allez, pousse-toi…
Voldemort perdait patience. Il n'avait prêté aucune attention aux paroles de la rousse. Tétanisé, Harry le vit lever sa baguette et après un autre sortilège de Mort, Lily tomba à son tour, ses yeux encore grands ouverts dépourvus de toute étincelle de vie. Une plainte déchirante s'éleva dans la pièce et il vit que Rogue se retenait au mur pour ne pas tomber, contemplant le corps de Lily d'un air torturé. Harry voulut demander des explications sur ce comportement des plus étrange mais songea que ça pouvait attendre lorsque Voldemort porta les mains à son capuchon, l'abaissant lentement. Le Gryffondor déglutit difficilement. Le mage noir paraissait sans âge, sa peau blanchâtre étant lisse, sans aucune ride ou marque. Il n'avait pas encore ses deux fentes en guise de narines ou ses pupilles verticales mais son teint cireux était comme brouillé et ses yeux tellement injectés de sang qu'ils donnaient déjà l'impression d'être rouges. Il arborait encore une chevelure noire un peu trop longue et remplie de mèches blanches, le tout repoussé vers l'arrière.
- Deux, expira-t-il de sa voix sifflante. Je ne pensais pas que vous seriez deux… Il examina les enfants avec une sincère curiosité avant d'émettre une petite exclamation. Aaaaah… Potter et Black… Jamais l'un sans l'autre, c'est valable même pour les gamins… Peu importe. Vous mourrez à deux dans ce cas. Il sembla peser le pour et le contre puis pointa soigneusement sa baguette magique vers la tête du petit garçon. Toi d'abord, Potter. Autant ne prendre aucun risque, ajouta-t-il. Avada Kedavra !
Mais le sortilège n'atteignit jamais l'enfant. La lumière blanche était réapparue, formant un bouclier impénétrable autour des deux bambins toujours collés l'un à l'autre et elle absorba le rayon vert.
- Qu'est-ce que… s'étonna Voldemort. Cela ne se peut ! Aucune magie n'est capable d'arrêter ce sort ! Avada Kedavra ! Avada Kedavra ! s'acharna-t-il sans que cela ne brise la protection.
Interdit, il tenta d'approcher sa main mais elle fut comme repoussée sans lui laisser l'occasion de forcer davantage. Harry vit le moment exact où Tom Jedusor perdit le contrôle, la rage s'emparant de lui. Il brandit à nouveau sa baguette, sans viser l'un des enfants en particulier cette fois, mais visiblement bien décidé à mettre toute la puissance possible dans son maléfice.
- AVADA KEDAVRA ! rugit-t-il.
Et ce fut le chaos. A l'instant exact où le sortilège rencontra le bouclier, il rebondit avec force et tout explosa. Alors que la toiture était littéralement ouverte en deux, que des débris retombaient un peu partout, le rayon mortel toucha le mage noir en plein cœur. Voldemort hurla. Un long cri d'agonie, un hurlement de souffrance pure absolument atroce, même aux oreilles de Harry. Son corps sembla purement et simplement se désintégrer, ne laissant qu'un petit tas de poussière noire au sol. Les enfants pleuraient à présent, le petit lit couvert de gravats. Mais la protection tenait bon, la lumière blanche toujours aussi vive. Harry se demanda s'il n'était pas victime d'hallucinations lorsqu'il vit une partie de la poussière noire s'élever dans les airs, comme poussée par un vent invisible. Elle forma bientôt une sphère compacte de fumée, qui tourbillonna dans la pièce avant de venir s'écraser violemment sur le dôme protecteur. La sphère recommença une fois, deux fois, comme prise de folie et diminuant de volume au fur et à mesure de ses assauts. A la troisième fois, s'en fut trop pour le bouclier qui craquela, se fissura, avant de voler en éclats et de faire éclater ce qui restait de la sphère noire au passage. Les enfants crièrent de douleur alors que la protection s'effaçait et que deux minces cicatrices en forme d'éclair se gravaient profondément sur leurs fronts respectifs. Quelques fines particules de poussière noire retombèrent au-dessus du berceau avant de disparaître au contact des petits. Harry eut juste le temps d'apercevoir un morceau de poutre glisser sur le lit, séparant les deux enfants et cachant la petite fille à la vue. Tout devint flou devant lui puis ce fut le noir complet. Il eut l'impression de chuter, avant d'atterrir brutalement sur une surface dure, la cuisine du 12, Square Grimmaurd se dessinant sous ses yeux.
ooo
Remus tituba et s'effondra sur une chaise. Les autres paraissaient tout aussi secoués que lui, y compris Dumbledore, et ils tournaient en rond dans la pièce, l'air perdu. Molly Weasley pleurait dans les bras de son mari, plus pâle qu'un fantôme. Rogue se tenait la tête entre les mains, affaissé contre un mur, et Sirius, la mâchoire crispée à l'extrême, tentait de faire bonne figure pour soutenir Harry et Valya, mais son regard parlait pour lui. Quant aux deux adolescents… Harry tremblait violemment, le teint blême, et Valya était extrêmement agitée, son dos parcouru de frissons et elle semblait complètement à côté de la plaque. La jeune blonde avait eu raison. Regarder ce souvenir était une très mauvaise idée. Aucun d'eux n'aurait dû assister à ce spectacle macabre.
- Hum… eh bien au moins… c'était instructif, affirma Dumbledore.
- Instructif…? s'insurgea Sirius. INSTRUCTIF ?! Non mais vous vous fichez de nous ? Vous nous aviez dit que c'était le sacrifice de Lily qui avait protégé Harry ! Alors maintenant, faudrait songer à nous expliquer ce que c'est que ce bordel !
L'Animagus avait fait asseoir de force sa fille et son filleul avant de leur coller une tasse de thé brûlante entre les mains.
- Malheureusement, je ne comprends pas beaucoup plus que vous, reconnut le directeur. Cette situation dépasse de très loin tout ce que j'avais pu imaginer…
- Et… le truc noir, bredouilla Harry d'une voix sourde. Cette sphère… c'était quoi ?
- Ça en revanche, je pense avoir une réponse, hésita Dumbledore. Je crois… je crois qu'il s'agissait d'un morceau de l'âme de Lord Voldemort.
- Un QUOI ?! s'horrifia Remus. Mais… vous êtes sûr que c'est possible au moins ?
- Oui, confirma sombrement Dumbledore. C'est de la magie noire, la plus sombre qui existe. Des recherches ont montré que lorsque l'on commet un meurtre de sang-froid, lorsque l'on tue quelqu'un, on peut abîmer notre âme si profondément qu'elle peut aller jusqu'à se déchirer. C'est probablement ce qui s'est passé lorsque Voldemort a décidé de s'en prendre à deux enfants innocents. Et lorsque leur protection a arrêté son sortilège de Mort, elle l'a retourné contre lui tellement puissamment qu'un morceau d'âme s'est détaché de son corps, avant d'être détruit.
- Merlin, souffla Minerva McGonagall, consternée, c'est la chose la plus abjecte que j'ai jamais entendue…
- Mais… vous voulez dire que c'est notre faute si Voldemort a perdu un morceau d'âme ? s'affola Harry.
- Non, l'arrêta fermement le directeur. Vous n'y êtes pour rien Harry. Je suis persuadé que l'âme de Tom Jedusor était déjà abimée, ce qui la rendait extrêmement instable. Lord Voldemort a été détruit par son propre maléfice.
- Dites, vous croyez vraiment que le plus important c'est la façon dont ce cinglé s'est fait réduire en bouillie il y a quatorze ans ? grommela Sirius. Les paroles de Lily… vous savez bien ce que ça signifie !
Dumbledore soupira d'un air ennuyé.
- Oui Sirius, j'ai entendu, comme toi… Mais je dois avouer que je ne m'y connais pas vraiment en magie du Sang. Severus, peut-être que…?
Mais le maître des potions secoua la tête.
- Non, désolé. Ce n'est vraiment pas ma spécialité.
- De la magie du Sang ? intervint Harry. Qu'est-ce que c'est ?
- C'est de la magie noire, Potter, asséna Rogue. La plume de Sang de votre chère Ombrage, vous vous souvenez ?!
- C'est pas vraiment de la magie noire, démentit Valya, la voix lasse, alors que le Gryffondor blêmissait considérablement. Ça dépend pour quoi on s'en sert… C'est une forme de magie qui se base sur les incantations et les rituels plutôt que sur les formules classiques.
- Les rituels… Mais alors c'est comme…
- Exactement ce à quoi tu penses, confirma sinistrement la jeune blonde.
- Que les ossements du père, donnés en toute ignorance, fassent renaître son fils… Que la chair du serviteur, donnée volontairement, fasse revivre son maître… Que le sang de l'ennemi, pris par la force, ressuscite celui qui le combat… énonça Harry. Ne viens pas me dire que ce n'est pas de la magie noire ! C'est le rituel que Voldemort a utilisé pour retrouver son corps !
- Ce n'est pas QUE de la magie noire, si tu préfères. La magie du Sang est employée pour passer des contrats, des pactes et des serments, pour les adoptions, les baptêmes, quelque fois pour les mariages même si c'est rare. Ce que ta mère a utilisé, c'est la branche la moins sombre de cette magie. « Par le sang, le cœur, l'esprit et par la magie » est une incantation caractéristique qu'on retrouve dans de nombreux rituels. Sauf que ça n'aurait jamais dû marcher. Je ne suis pas très calée en magie du Sang mais pour le peu que j'en sais, ça ne fonctionne pas du tout comme ça. Il aurait fallu au minimum un échange de sang, vu que c'est la base même de cette magie, et il y a sûrement pleins d'autres trucs nécessaires pour créer une protection aussi puissante. Je ne comprends pas du tout comment cette espèce de bouclier a pu apparaître…
- Est-ce que Lily n'aurait pas pu échanger votre sang justement ? suggéra Remus. Il me semble qu'il suffit d'une goutte, non ? Ça aurait permis de mettre en place la protection et ça expliquerait la connexion que vous semblez avoir.
- C'est possible, concéda la jeune fille en haussant les épaules. Mais logiquement, il faut l'accord des deux parties pour conclure un véritable échange de sang, ce qui n'est clairement pas possible avec des gosses d'un an. Sinon, c'est là qu'on tombe dans la magie noire et ça m'étonnerait que Lily se soit amusée à ça, encore moins sur nous.
- Les marques sur leurs mains ! déclara Sirius. Ça, ça pourrait être la preuve d'un lien de Sang !
- D'ailleurs, commença Dumbledore, est-ce que quelqu'un a vu ce que ces marques représentaient exactement ? Je me suis davantage concentré sur les mots de Lily…
Remus déglutit difficilement.
- Moi j'ai vu. Mais ça n'a pas de sens, vraiment… Il eut un temps de silence et le loup-garou prit une grande inspiration. Un éclair. Ça avait la forme d'un éclair…
Tous les regards se portèrent sur les cicatrices qui ornaient le front des adolescents.
- C'est insensé ! protesta le professeur McGonagall.
Dumbledore se plongea dans une profonde réflexion.
- Il y a un autre détail qui m'a interpellé : lorsque Voldemort a lancé son premier sortilège, il a pointé sa baguette sur Harry en particulier. C'est seulement lorsqu'il n'a plus cherché à viser que la protection a agit avec un effet de retour à l'envoyeur. C'est étrange, on dirait un phénomène d'épée et de bouclier. Mais quant à savoir qui est qui… On pourrait même se demander s'ils ne sont pas les deux à la fois, énonça-t-il mystérieusement en posant ses yeux bleus sur Harry et Valya.
Alors que les autres membres de l'Ordre semblaient plutôt perplexe, Remus échangea un coup d'œil agacé avec Sirius. Et voilà, Dumbledore recommençait à les abreuver de paroles sibyllines et il était clair qu'il voulait éviter de leur faire part de ses déductions.
- L'Épée et le Bouclier… commenta distraitement la jeune blonde. C'est marrant, ça me rappelle un vieux poème Vaerian.
- Et il disait quoi ce poème ? questionna Sirius, les sourcils froncés.
- J'me rappelle pas, grimaça Valya. Je sais même plus où j'ai entendu ça, j'ai juste retenu le titre. Et puis c'est pas très important, si ? C'est sûrement juste une coïncidence.
- Parce que vous croyez encore aux coïncidences, Black ?! ironisa Rogue. Rien n'a de sens là-dedans, nous ne sommes plus à ça près ! Mais bien sûr, c'est trop compliqué pour vous de faire un effort de mémoire !
- Ouais bah excusez-moi de ne pas avoir prêté attention aux délires d'une bande d'illuminés qui ont voulu assassiner ma mère parce qu'elle refusait d'intégrer leur communauté et qui me tolèrent tout juste sur leur territoire ! se rebiffa la jeune fille.
- Hein ?! s'ébahit Harry. C'est quoi cette histoire ?
- On t'en parlera plus tard, promit Sirius. Ça remonte à longtemps.
- D'accord… accepta le Gryffondor. Et pour le reste ? enchaîna-t-il en se tournant vers Dumbledore ? Vous devez bien avoir une idée ? Qu'est-ce que ça signifie…?
- Ça signifie que tout ce bordel autour du sacrifice de Lily c'était du vent, que tu n'es absolument pas protégé par son « amour » mais… que vous vous protégez lorsque vous êtes ensemble avec Valya. Et au passage, ça veut dire que toutes les années que tu as passées chez les Dursley étaient parfaitement inutiles puisque cette foutue protection n'a rien à voir avec ta mère, coupa l'Animagus avec humeur.
- Nous ne pouvons pas en être certains, tempéra le directeur, visiblement très mécontent à l'idée que ses décisions soient remises en question. Harry a toujours été parfaitement en sécurité lorsqu'il résidait dans la maison de sa tante et j'entends bien à ce que cela reste ainsi. Par contre, je pense qu'il est raisonnable d'affirmer que vous partagez un lien, ajouta-t-il à l'adresse de Harry. Voldemort a essayé de vous tuer tous les deux et vous l'avez détruit ensemble, alors… faute de meilleur terme, je dirais que vous êtes les Survivants tous les deux.
Un silence de mort s'abattit sur la pièce et Remus observa les deux adolescents blanchir de manière inquiétante. Lui-même n'arrivait pas complètement à saisir la portée de cette révélation. Deux Survivants là où tout le monde était persuadé qu'il n'y en avait qu'un… Ça pouvait changer tellement de choses.
- Valyana, vous devriez reprendre votre souvenir, ajouta Dumbledore sur un ton conciliant. Certes, il représente un moment des plus déplaisant mais je suis sûr qu'il finirait tout de même par vous manquer.
La jeune fille s'empressa d'obéir, encore sonnée par tout ce qu'ils venaient d'apprendre. Elle s'éloigna de quelque pas en tournant le dos au groupe et Remus songea que les ennuis ne faisaient probablement que commencer pour Harry et Valya.
ooo
Harry contemplait la cuisine d'un air hébété. Il avait l'impression qu'en l'espace de quelques minutes, le monde s'était mis à tourner à l'envers. Valya était dans le même état que lui et elle pivota brusquement avant de lancer :
- C'est du délire… Le Survivant c'est un mythe, un symbole, c'est juste impossible d'annoncer soudainement qu'on est deux ! C'est du grand n'importe quoi !
Elle leur tourna le dos une nouvelle fois, se passant une main dans les cheveux avec frustration. C'est à ce moment précis que la situation dérapa totalement. Alors qu'il ne s'y attendait plus du tout, le Gryffondor aperçut Dumbledore faire un signe de tête discret à Rogue et celui-ci leva sa baguette pour la pointer droit sur Valya. Et Harry se maudit pour ne pas avoir anticipé, pour avoir relâché sa garde au lieu de rester vigilant. C'était tellement évident. L'esprit de Valya était déjà affaibli par la première incursion du Serpentard, elle était bouleversée, à la fois par le souvenir de la mort de James et Lily et par la discussion qui avait suivie. Pour le directeur, c'était l'instant parfait. Comme dans le brouillard, Harry entendit Rogue crier « Legilimens ! », il vit la jeune blonde tomber à genoux en hurlant, la tête entre les mains, il vit Sirius et Lupin sauter sur leurs pieds, baguettes aux poings, dans l'intention de se jeter sur Rogue. Et il vit Dumbledore se dresser devant les deux hommes en le menaçant de sa propre baguette, avant d'asséner :
- Je suis désolée, messieurs, mais vous allez laisser Severus travailler. Cette jeune fille nous cache des choses, elle détient peut-être des informations importantes. C'est pour notre bien à tous.
Harry voulait crier, faire quelque chose, n'importe quoi, et plus que tout, il voulait aider son amie. C'est alors qu'il sentit la pression monter à l'intérieur de son crâne, comme si quelqu'un était en train de lui asséner des coups de marteau sur la tête et l'image floue d'un homme de dos, une guitare entre les mains s'imposa à lui. Il chantait, d'une voix grave et profonde et la mélodie résonnait dans l'esprit de Harry.
So if I stand in front of a speeding car,
Would you tell me who you are ?
What you like ?
What's on your mind, if I'd get it right ?
Et Harry comprit. C'était un souvenir. Valya se défendait tant bien que mal contre l'attaque de Rogue, refusant de céder, et elle imposait le souvenir de son choix, une image sans importance, pour faire barrage. Et le Survivant le sentait parce que c'était Sirius qui avait raison. Dumbledore pouvait répéter autant qu'il le voulait qu'ils étaient connectés à Voldemort, ils étaient avant tout connectés entre eux. Il était lié à Valya. Une sorte de gong retentit dans son esprit, son mal de crâne s'intensifia et il réalisa que c'était Rogue, qui tapait sur les boucliers d'Occlumancie de la jeune fille. La chanson retentissait encore, toujours plus fort, signe que Valya n'allait pas tarder à craquer.
How I love that no one knows.
And these secrets all that we've got so far
Harry sourit avec férocité. Dumbledore n'avait pensé à aucun moment qu'il pouvait être un danger pour son petit plan bien préparé. Sauf que c'était exactement le contraire. Cette fois, c'était lui qui avait le contrôle. Il pouvait faire quelque chose et il n'allait pas s'en priver.
The demons in the dark, lie again
Play pretends like it never ends
This way no one has to know
Sans prendre la peine de réfléchir, le Gryffondor fonça, boosté par sa haine intense contre Rogue. Il se heurta avec violence à son bouclier mental qui explosa sans même opposer de résistance, le maître des potions ne s'attendant pas le moins du monde à un tel déferlement de fureur. Il s'engouffra dans son esprit, balayant sur son passage tout ce qui restait des défenses de l'homme et bien décidé à le faire souffrir le plus possible. Tout bascula devant lui. Il entendit vaguement quelqu'un hurler « HARRY ! NON ! » mais il était trop tard. Déjà, la cuisine s'effaçait sous ses yeux lui laissant juste apercevoir Rogue, Sirius, Lupin et tous les autres s'effondrer dans un glapissement de douleur. Le souvenir de l'homme à la guitare de Valya fut balayé en une seconde et Harry eut l'impression de chuter comme lors de son voyage dans la Pensine. Il sentit une surface solide sous ses pieds, un nouveau décor se dessinant puis… Harry cligna des yeux, se demandant s'il n'était pas en train de rêver. Il était au milieu de la Grande Salle de Poudlard. Les longues tables des quatre maisons avaient disparues et à la place, il y avait une bonne centaine de tables beaucoup plus petites, tournées dans la même direction. Un élève était assis à chacune d'elles, la tête penchée, occupé à écrire sur un rouleau de parchemin. On n'entendait que le grattement des plumes et de temps en temps un froissement de papier lorsque quelqu'un remuait son parchemin. De toute évidence, c'était un jour d'examen. Tournant lentement sur lui-même, Harry se retrouva alors nez à nez avec un Rogue adolescent, maigre, noueux, blafard, et qui ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans. Hésitant et se demandant dans quelle situation insensée il venait encore de se fourrer, le Gryffondor se pencha par dessus l'épaule de Rogue pour lire l'intitulé de l'examen :
DÉFENSE CONTRE LES FORCES DU MAL
BREVET DE SORCELLERIE ÉLÉMENTAIRE
- Plus que cinq minutes !
La voix fit sursauter Harry. Il se retourna et vit le sommet du crâne de Flitwick qui avançait un peu plus loin entre les tables. Le professeur Flitwick passa devant un élève aux cheveux noirs ébouriffés… Très ébouriffés… Harry se déplaça aussi vite qu'il le put pour se retrouver devant la table de l'élève. Il s'arrêta et regarda son père, âgé de quinze ans, son portrait craché à quelques erreurs près. Les yeux noisette et non vert constituaient la plus grosse différence mais sinon, ils étaient presque identiques, avec le même visage mince, la même bouche et les mêmes cheveux décoiffés. James bâilla en ouvrant grand la bouche et se passa la main dans les cheveux en les ébouriffant encore un peu plus. Puis, après avoir jeté un regard au professeur Flitwick, il se tourna sur son siège et adressa un sourire à un autre élève assis quatre rangs derrière. Sirius à quinze ans, avec ses cheveux noirs qui retombaient sur ses yeux bleu gris. Et deux tables plus loin, il reconnut sans mal Remus Lupin, immense adolescent aux cheveux châtain clair et aux yeux ambrés. Queudver était là également, petit, le nez pointu, des cheveux blond foncé sans éclat. Il paraissait anxieux et se rongeait les ongles, jetant des regards en coin à la copie de son voisin. Curieux de voir sur qui Peter espérait tricher, il observa le visage de l'élève. Et il crut que sa mâchoire allait se fracasser à terre. Le garçon installé à côté de Peter Pettigrow était quasiment sa copie conforme. Ses cheveux blonds étaient seulement légèrement plus courts et il arborait un air renfermé. « Qu'est ce que c'est que ce bordel…? » songea Harry. « Et où est-ce que je suis tombé…? ». Il grimaça en comprenant qu'il était, selon toute vraisemblance, dans un souvenir de Rogue et qu'il ferait mieux d'en sortir au plus vite avant de tressaillir.
Even the half smile would help slow down the time
If I could call you half mine
Maybe this is the safest way to go
Le souvenir de Valya reprenait, même s'il ne percevait que la chanson. Apparemment, elle pouvait l'atteindre ici aussi. Harry balaya la salle du regard, jetant un nouveau coup d'œil vers son père et son parrain. L'examen était terminé, les deux adolescents s'étaient levés pour quitter la salle et Rogue les suivait à quelques pas de distance, sans leur prêter attention. Le Gryffondor sentit son cœur se serrer en voyant James et ses amis bavarder joyeusement. Sirius se mit à rire et James rabroua sèchement Queudver qui posait une question sur les loups-garous, le sujet de l'examen. Lupin rentra la tête dans les épaules, l'air inquiet, les priant de parler moins fort. Le petit groupe sortit dans le parc, prenant la direction du lac et Harry espéra de toutes ses forces que Rogue allait les suivre. Si c'était bien son souvenir et qu'il choisissait de partir de son côté, lui ne pourrait sûrement plus rester avec James. Heureusement, l'adolescent ne semblait pas avoir envie de se rendre à un endroit précis, le nez plongé dans son questionnaire d'examen et il continuait de marcher juste derrière les Maraudeurs. Le sosie de Peter avait lui disparu depuis bien longtemps. Le Survivant reporta son attention sur James et les autres. Sirius se vantait gentiment et James mit une main dans sa poche pour en retirer un Vif d'or qui se débattait.
- Où est-ce que tu as eu ça ?
- Je l'ai piqué, répliqua le jeune homme d'un ton désinvolte.
Il se mit à jouer avec le Vif d'or qu'il laissait s'envoler à une trentaine de centimètres avant de le rattraper. Ses réflexes étaient excellents et Queudver paraissait impressionné. Ils s'arrêtèrent au bord du lac, à l'ombre d'un hêtre et se laissèrent tomber dans l'herbe, Rogue également assis sur la pelouse, quelques mètres plus loin. Le soleil étincelait en cet après-midi et Harry aperçut même quelques filles assises sur la rive du lac qui riaient en trempant leurs pieds dans l'eau. Lupin avait sorti un livre qu'il s'était mis à lire. Sirius regardait les autres élèves se presser sur la pelouse. Il affichait un air hautain et ennuyé, mais avec beaucoup d'élégance. James, lui, continuait de jouer avec le Vif d'or qu'il laissait filer de plus en plus loin et rattrapait à la dernière seconde, au moment où il était presque parvenu à s'échapper. Queudver le regardait bouche bée. Chaque fois que James réussissait à saisir le Vif d'extrême justesse, Queudver étouffait une exclamation et applaudissait. Au bout de cinq minutes, Harry se demanda pourquoi il ne conseillait pas à Queudver de se contrôler un peu, mais James semblait prendre plaisir à être l'objet de son attention. Harry remarqua que son père avait la manie de s'ébouriffer les cheveux d'un geste de la main pour éviter qu'ils ne paraissent trop bien coiffés. Il remarqua également qu'il ne cessait de lancer des coups d'œil en direction des filles assises au bord du lac.
- Range ça, tu veux ? dit enfin Sirius – une fois de plus, James venait de rattraper le Vif d'or d'un geste virtuose et Queudver avait poussé un cri d'admiration –, sinon, Queudver va tellement s'exciter qu'il finira par s'oublier.
Queudver rosit légèrement et James eut un sourire.
- Si ça te gêne… dit-il en rangeant le Vif d'or dans sa poche.
Harry eut la très nette impression que Sirius était le seul qui pouvait décider James à cesser de jouer les m'as-tu-vu.
- Je m'ennuie, dit Sirius. J'aimerais bien que ce soit la pleine lune.
- Espère toujours, dit Lupin d'un ton grave derrière son livre. Si tu t'ennuies, on a encore l'épreuve de métamorphose, tu n'as qu'à me faire réviser. Tiens…
Il lui tendit son livre mais Sirius renifla d'un air méprisant.
- Je n'ai pas besoin de ces idioties, je sais déjà tout.
- Tiens, voilà de quoi t'amuser un peu, Patmol, dit James à voix basse. Regarde qui est là…
Sirius tourna la tête et s'immobilisa comme un chien qui vient de sentir la piste d'un lapin.
- Parfait, murmura-t-il. Servilus.
Harry se retourna pour suivre le regard de Sirius. Rogue s'était levé et lorsqu'il s'éloigna sur la pelouse, James et Sirius sautèrent sur leurs pieds. Lupin et Queudver étaient restés assis, le premier avec une expression inquiète plaquée sur son visage.
We're singing
Heya heya heya heya
Heya, heya heya
This is the safest way to go nobody gets hurt
La vision de Harry se brouilla légèrement et il crut entendre une voix lointaine crier son prénom. « Harry ! …. Harry ! ». C'est le moment que choisit James pour interpeller Rogue, la mélodie et la voix s'évanouissant immédiatement :
- Ça va, Servilus ?
Rogue réagit si vite qu'il semblait s'être attendu à cette attaque. Lâchant son sac, il plongea la main dans une poche de sa robe de sorcier et sa baguette était à moitié levée lorsque James cria :
- Expelliarmus !
La baguette magique de Rogue fit un bond de quatre mètres dans les airs et retomba derrière lui avec un petit bruit mat. Sirius éclata d'un grand rire qui ressemblait à un aboiement.
- Impedimenta ! dit-il en pointant sa propre baguette sur Rogue qui fut projeté à terre au moment où il plongeait pour ramasser la sienne.
Autour d'eux, les élèves s'étaient retournés et regardaient. Plusieurs d'entre eux se levèrent pour venir voir d'un peu plus près. Certains semblaient inquiets, d'autres avaient l'air de s'amuser. Rogue était allongé par terre, le souffle court. James et Sirius s'avancèrent vers lui, leurs baguettes brandies. En même temps, James lançait des regards par-dessus son épaule vers les filles assises au bord du lac. Queudver était également debout à présent. Il avait contourné Lupin pour mieux voir et contemplait le spectacle avec délectation. Glacé, Harry réalisa qu'il ferait mieux de se sortir de là au plus vite. Il ne s'était absolument pas attendu à ça. Il tenta de penser à la cuisine du Square Grimmaurd, de repousser le souvenir de Rogue loin de son esprit mais rien n'y faisait.
We're singing
Heya heya heya heya
Heya, heya heya
We're singing
Heya heya heya heya
Heya, heya heya
- HARRY !
Cette fois, il reconnut sans mal la voix de Valya, hurlant dans sa tête.
- HARRY ! Arrête ça !
« Mais j'essaye ! », songea de toutes ses forces le Gryffondor, désespéré. Impuissant, il ne put que regarder son père et son parrain continuer de malmener Rogue. Jusqu'à ce que…
- Laissez-le TRANQUILLE !
James et Sirius se retournèrent. James se passa aussitôt la main dans les cheveux en se redressant. À l'inverse, Sirius baissa la tête, le regard fuyant. Deux des filles assises au bord du lac s'étaient levées et s'approchaient d'eux. La première avait une épaisse chevelure roux foncé qui lui tombait sur les épaules et d'extraordinaires yeux verts en amande – les yeux de Harry. La mère de Harry. Elle s'avança d'un pas tandis que la deuxième fille restait en retrait, ses cheveux blonds ondulant sous l'effet du vent.
- Ça va, Evans ? demanda James.
Tout à coup, le ton de sa voix était devenu beaucoup plus agréable, plus grave, plus mûr.
- Laisse-le tranquille, répéta Lily. Elle regardait James avec la plus grande répugnance. Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
- Eh bien voilà, répondit James qui sembla réfléchir à la question, le plus gênant, chez lui, c'est le simple fait qu'il existe, si tu vois ce que je veux dire…
Un bon nombre d'élèves éclatèrent de rire, y compris Sirius et Queudver, mais Lupin resta impassible, tout comme Lily.
- Tu te crois très drôle, dit-elle d'un ton glacial, mais tu n'es qu'une abominable petite brute arrogante, Potter. Laisse-le tranquille !
- C'est d'accord, à condition que tu acceptes de sortir avec moi, Evans, répondit précipitamment James. Allez… Sors avec moi et je ne porterai plus jamais la main sur le vieux Servilo.
Derrière lui, Rogue rampait imperceptiblement vers sa baguette, que James lui avait enlevée au début de la confrontation.
- Je ne sortirai jamais avec toi, même si je n'avais plus le choix qu'entre toi et le calmar géant, répondit Lily.
- Pas de chance, Cornedrue, dit vivement Sirius, plus du tout troublé, et il se tourna à nouveau vers Rogue. Oh ! Attention !
Mais il était trop tard. Rogue avait pointé sa baguette droit sur James. Il y eut un éclair de lumière et une entaille apparut sur la joue de James, éclaboussant sa robe de sang. James fit volte-face. Un deuxième éclair de lumière plus tard, Rogue se retrouva suspendu dans le vide, les pieds en l'air. Le bas de sa robe était tombé sur sa tête, révélant deux jambes maigres et un caleçon grisâtre. Des acclamations s'élevèrent de la petite foule des élèves. Sirius, James et Queudver rugissaient de rire. Lily, dont le visage furieux avait un instant tressailli comme si elle allait sourire, lança :
- Fais-le descendre !
- Mais certainement, dit James.
Il donna un léger coup de baguette et Rogue retomba par terre comme un petit tas de chiffons. Se dépêtrant de sa robe, il se hâta de se relever, la baguette brandie, mais Sirius s'exclama :
- Petrificus Totalus ! et Rogue bascula à nouveau par terre, raide comme une planche.
- LAISSEZ-LE TRANQUILLE ! hurla Lily.
Elle avait sorti sa propre baguette, à présent, sous l'œil méfiant de James et de Sirius.
- Ah, Evans, ne m'oblige pas à te jeter un sort, dit James avec gravité.
- Alors, libère-le du maléfice ! James poussa un profond soupir puis se tourna vers Rogue et marmonna la formule de l'antisort. Et voilà, dit-il tandis que Rogue se relevait tant bien que mal. Tu as de la chance qu'Evans ait été là, Servilus.
- Je n'ai pas besoin de l'aide d'une sale petite Sang-de-Bourbe comme elle !
Lily cligna des yeux.
- Très bien, dit-elle froidement. Je ne m'en mêlerai plus, à l'avenir. Et, si j'étais toi, je laverais mon caleçon, Servilus.
- Fais des excuses à Evans ! rugit James d'une voix menaçante, sa baguette magique pointée sur Rogue.
- Je ne veux pas que tu l'obliges à s'excuser ! s'écria Lily en se tournant vers James. Tu es aussi mauvais que lui.
- Quoi ? protesta James. JAMAIS je ne t'aurais traitée de… tu-sais-quoi !
- Tu te mets les cheveux en bataille parce que tu crois que ça fait bien d'avoir toujours l'air de descendre de son balai, tu te pavanes avec ce stupide Vif d'or, tu jettes des maléfices à tous ceux que tu n'aimes pas simplement parce que tu sais le faire… Ça m'étonne que ton balai arrive encore à décoller avec une tête aussi enflée. Tu me fais VOMIR !
- Lily, intervint alors la jeune blonde qui se trouvait toujours à ses côtés. Allez, laisse tomber. On s'en va, viens…
Elle attrapa Lily par le bras et Harry déglutit difficilement, se demandant comment il avait pu ne pas la reconnaître immédiatement. Des cheveux blonds et ondulés aux reflets cuivrés, les yeux d'un bleu sombre, quelques taches de rousseur sur les joues et le nez…
- Sélène… souffla James. Pour la première fois, il paraissait réellement désolé. On ne voulait pas…
- Laisse tomber, James, coupa la jeune fille avec un haussement d'épaule. C'est plus mon problème maintenant.
Harry remarqua qu'elle évitait soigneusement de regarder en direction de son frère. Elle recula et Sirius parut sur le point de dire quelque chose mais ses yeux rencontrèrent ceux de Sélène. Cela dura à peine une seconde mais le Gryffondor ne put manquer l'expression dévastée de son parrain lorsque la jeune fille lui tourna ostensiblement le dos, entrainant Lily à sa suite. Il se reprit cependant très rapidement, son masque d'ennui arrogant se remettant en place presque instantanément.
- Evans, attends ! cria James lorsqu'il fut manifeste que les filles s'en allaient vraiment. EVANS ! Mais aucune des deux ne prit la peine de regarder en arrière. Qu'est-ce qui lui prend ? dit James en essayant sans succès de faire comme s'il s'agissait d'une question très secondaire à laquelle il n'attachait aucune importance.
- Si je lis entre les lignes, je dirais qu'elle te trouve un peu prétentieux, répondit Sirius en passant une main dans ses cheveux noirs.
- Ah, c'est ça ? Très bien, marmonna James qui paraissait furieux à présent. Il remonta ses lunettes sur son nez. Très bien… Il y eut un autre éclair de lumière et Rogue se retrouva à nouveau suspendu les pieds en l'air. Qui veut me voir enlever le caleçon de Servilo ? annonça James à la cantonade, toute trace de contrariété disparue de son visage et remplacée par un sourire méprisant.
Mais Harry ne sut jamais si son père était parvenu à ses fins. Dans un ultime effort de volonté, il parvint enfin à s'arracher au souvenir de Rogue. Il eut aussitôt l'impression de se retrouver au cœur d'un ouragan, balloté au beau milieu d'un tourbillon d'images éparses. Le Survivant soupira de soulagement lorsque sa vision se stabilisa enfin. Et il constata avec horreur qu'il n'avait absolument pas réintégré le monde réel. Il entendit Valya gémir dans sa tête.
- Oh non… Harry… Pas ça…
Il jeta un regard circulaire autour de lui. Il se trouvait dans une chambre éclairée par la lueur de la pleine lune. Un petit garçon d'environ cinq ans pleurait, en se recroquevillant le plus possible pour s'éloigner de la masse sombre au pied de son lit. La fenêtre était cassée et Harry se demanda quel genre d'animal avait bien pu s'introduire dans la chambre. Il frémit d'horreur en distinguant l'énorme loup gris, qui grognait en découvrant des crocs jaunâtres luisants de salive. Du bruit retentit dans le reste de la maison, probablement les parents de l'enfant, alertés par le vacarme. Mais il était déjà trop tard. Le loup se jeta sur le petit qui cria de douleur et le mordit sauvagement à l'épaule, une première fois puis une deuxième. Il sauta par la fenêtre et s'enfuit, juste au moment où la porte s'ouvrait à la volée pour laisser entrer un homme qui hurla un « NOOOOOONNNNNNNN ! » absolument déchirant. Tout se brouilla et Harry fut pris de nausées en réalisant qu'il venait d'assister à la transformation en loup-garou d'un Remus Lupin de cinq ans. Il tomba dans le noir pendant ce qui lui parut des heures, cette fois totalement incapable de faire un effort pour se sortir des souvenirs qui l'assaillaient, malgré les supplications de Valya qui résonnaient toujours dans sa tête. Trois hommes se disputaient à présent sous ses yeux, le plus jeune, châtain aux yeux bleus, tenant apparemment tête aux deux autres. L'un avait de longs cheveux auburn et portait des lunettes tandis que l'autre était blond, sa chevelure lisse repoussée vers l'arrière. Il fixait la scène de ses yeux gris glaciaux. Une toute jeune fille, blonde aux yeux bleus, tentait vainement de s'interposer. Les trois hommes dégainèrent leurs baguettes, la dispute augmentant encore d'un cran mais Harry était dans un tel état de choc qu'il était bien incapable de comprendre de quoi ils parlaient. Le chaos éclata dans la pièce, lorsque le roux lança le premier sort et bientôt, des rayons de lumière fusaient dans tous les sens. Lorsque le calme revint, la fille était étendue au sol entre les trois hommes hébétés. Morte.
Le souvenir changea à nouveau. Ainsi, Harry vit une professeure McGonagall plus jeune, se recueillant devant un cercueil pas encore mis en terre, il vit une Fleur Delacour se trouvant dans le labyrinthe du Tournoi des Trois Sorciers, convulsant presque sous l'effet du Doloris que lui infligeait Viktor Krum. Puis ce fut Kingsley Skacklebolt au beau milieu d'un champ de bataille, qui se tenait les bras ballants, ses yeux vides posés sur le corps d'un homme, alors que des rayons d'un vert mortel jaillissaient autour de lui. Les images défilaient sans s'arrêter. Ce n'est que lorsqu'il se retrouva face à une Molly Weasley en pleurs, deux hommes portant l'uniforme des Aurors lui annonçant que ses petits frères étaient morts, que la voix de plus en plus paniquée de Valya lui parvint à nouveau :
- HARRY ! TU ES EN TRAIN D'ATTAQUER TOUT LE MONDE MENTALEMENT AVEC DE LA LÉGILIMANCIE ! IL FAUT QUE T'ARRÊTES ÇA ! MAINTENANT !
ooo
Sirius gémit, les mains plaquées sur ses tempes. Il avait l'impression que son esprit allait se déchirer en deux. Il n'y avait pas besoin d'être Merlin pour comprendre ce qui était arrivé : quand ce salopard de Rogue avait agressé Valya par surprise, Harry avait pété les plombs et il s'était servi de la connexion mentale qu'il partageait avec la jeune fille pour l'aider. Il avait rendu la monnaie de sa pièce à Servilus en rentrant dans son esprit, grâce à la Legilimancie. Son filleul avait alors totalement perdu le contrôle, imposant le souvenir de Rogue à tout le monde puis attaquant sans le vouloir toutes les personnes présentes, les unes après les autres. Ainsi, ce que Harry voyait, tout le monde le voyait. L'Animagus serra les dents. Tous les souvenirs visionnés l'avaient laissé au bord de l'évanouissement et ça ne risquait pas de s'arranger. Il pouvait vaguement entendre sa fille, qui essayait désespérément de ramener Harry à la réalité, et une plainte passa ses lèvres lorsque la souffrance sous son crâne augmenta d'un cran. C'était son tour. L'image se stabilisa et Sirius ne fut pas surpris le moins du monde lorsqu'il reconnut la place couverte de neige de Godric's Hollow. Il savait très bien quel était son pire souvenir. Paralysé, il se vit, à l'âge de vingt ans, une petite fille de cinq mois calée contre un bras, sa baguette brandie de l'autre main. James était dos à lui, jetant sortilège sur sortilège pour le couvrir et la bataille faisait rage autour d'eux. Lily était là également, repliée sur le petit corps de Harry, Remus quelques pas devant elle, mettant toute sa force dans un Charme du Bouclier pour tenter de les protéger.
- JAMES ! hurla son jeune double. Où est Sélène ?!
De là où il était, Sirius pouvait voir la sueur couler sur le front de son meilleur ami. James fatiguait. Ils combattaient depuis un long moment déjà et pourtant, le nombre de Mangemorts ne diminuait pas. Ils étaient partout. Dumbledore, Maugrey, à cette époque le commandant des Aurors, et les autres membres de l'Ordre du phénix les gardaient à distance mais ils ne tiendraient pas éternellement. Sirius se rappelait encore avec une intensité rare la terreur qu'ils avaient tous ressenti face à cette attaque surprise. Son double stupéfixa le Mangemort le plus proche et tourna sur lui-même pour se rapprocher de Lily tout en veillant à ce que James ne se retrouve pas exposé.
- Sélène… commença-t-il.
- Je ne sais pas, Sirius, gémit Lily, aussi affolée que lui. Je ne sais pas…
Le Sirius jeune pivotait dans tous les sens, cherchant sa femme des yeux tout en maintenant sa fille contre lui. L'Animagus se crispa douloureusement. Lui, il savait exactement où est-ce qu'elle était. Il tourna la tête et son double la repéra en même temps que lui. Sélène se trouvait au milieu de la place, devant le monument aux morts, sa baguette gisant à ses pieds. Et face à elle, il y avait Voldemort. Voldemort qui pointait sa baguette droit sur elle. La jeune femme n'était pas blessée et fixait calmement le mage noir alors qu'elle était en danger de mort imminente. Lily, James, Remus et son double se mirent à courir, envoyant valser tous les ennemis sur leur passage et ils s'arrêtèrent à quelques pas derrière la blonde. Voldemort fixa son jeune lui avec un rictus mauvais.
- C'est comme si elle était déjà morte, Black. Tu ne pourras pas l'empêcher. Il se mit à rire. C'était tellement facile ! Elle n'a même pas essayé de se défendre !
- Non… nia son double. NON !
Sélène se tourna vers lui, un léger sourire ornant ses lèvres.
- C'est bon Sirius. Ça va aller, tu verras. Occupe toi de Valya, de Harry s'il le faut et… fais leur confiance surtout. Fais leur confiance et tout va s'arranger. Tout va bien se passer.
Son double écarquilla des yeux affolés et Sélène sourit davantage.
- Bonne année, Sirius, souffla-t-elle à l'instant même où le premier coup de minuit sonnait sur l'horloge de l'église.
Et le rayon vert de l'Avada Kedavra lancé par Voldemort l'atteignit en pleine poitrine.
« STOOOOOOOP ! ». Le hurlement résonna jusqu'au plus profond de son esprit et avant d'avoir pu comprendre quoique ce soit, Sirius fut arraché à son souvenir, retrouvant enfin la réalité. Il tituba jusqu'à buter contre la table de cuisine et cligna des yeux pour chasser les dernières images qui le hantait. Puis il réussit finalement à s'intéresser à l'état des autres. Étonnamment, il faisait partie de ceux qui étaient les plus en forme. Rogue était vraiment mal en point, étant celui qui avait essuyé le plus gros de la colère de Harry et il était encore effondré par terre. Remus, qui se trouvait juste à côté, semblait à deux doigts de sombrer dans l'inconscience. Les autres oscillaient entre les sanglots incontrôlés, les crises de tremblements et, pour les plus résistants, un profond hébétement. Harry était encore comme perdu dans un autre monde et Valya reprenait difficilement son souffle, pliée en deux, les mains sur les genoux. Elle leva les yeux vers le Gryffondor.
- Merci pour le coup de main, expira-t-elle d'une voix rauque. Jt'en demandais pas tant…
Rogue se releva tant bien que mal.
- Potter… souffla-t-il, la voix haineuse. Vous…
Il n'eut pas le temps d'en dire plus. Sirius le saisit par le col de sa robe de sorcier et lui décocha un coup de poing en pleine mâchoire. De l'autre main, il saisit sa baguette et envoya un puissant Expelliarmus en direction de Dumbledore. Kingsley, Bill Weasley et Remus se dressèrent également devant le directeur, la baguette brandie. Puis sa fille s'approcha de Rogue, qu'il maintenait collé au mur.
- Espèce de salaud, cracha-t-elle. Vous êtes un des plus gros enfoiré que j'ai jamais vu ! Lily… évidemment qu'elle a choisi James, elle aurait sûrement préféré mourir plutôt que de rester avec un sale type comme vous, une saloperie de Mangemort en puissance plongé jusqu'au cou dans la magie noire, une espèce de sale traître ! Et maman avait raison. Pour elle, vous étiez plus son frère. Vous êtes pas mon oncle ! Vous me faites vomir ! Elle se tourna vers Dumbledore. Et vous… ne croyez pas que vous êtes mieux. Vous vous prenez pour Merlin mais en vrai vous êtes une ordure ! Et vous êtes cinglé ! Avec toutes vos conneries sur le plus Grand Bien… Et maintenant, vous continuez avec ce truc de Survivant. Vous voulez faire de nous des symboles, des Légendes… désolée de vous décevoir, ça marchera pas avec moi. Peut-être que Harry se laisse avoir et qu'il accepte de jouer le rôle que vous voulez, c'est pas mon problème. Je refuse d'être votre jouet. Je ne me battrais pas pour satisfaire vos petites manigances. Plutôt crever. Je suis pas un symbole et encore moins « la Survivante ».
La jeune blonde passa le dos de sa main droite devant son front, laissant sortir quelques étincelles de magie. Lorsqu'elle la retira, sa cicatrice était de nouveau invisible. Elle tourna les talons et sortit de la cuisine, claquant la porte derrière elle avec force.
- Sirius, tenta le directeur, vous devriez aller la calmer, il est important que…
- Dehors, coupa l'Animagus d'un ton glacial.
- Je…
- J'ai dit : DEHORS ! VOUS ALLEZ DÉGAGER DE CHEZ MOI VOUS ET VOTRE SERVILUS DE MES DEUX ET JE VOUS INTERDIS DE REMETTRE UN PIED DANS CETTE MAISON ! JE ME FOUS COMPLÈTEMENT DE L'ORDRE DU PHÉNIX ET DE TOUT LE RESTE, CE QUI COMPTE C'EST QUE JE REFUSE DE VOIR VOS TÊTES DE SALOPARDS DE MANIPULATEURS PLUS LONGTEMPS !
- J'ai bien peur que ça ne soit pas possible, Sirius. Tu n'as pas le pouvoir de nous faire partir ainsi, tu oublies que je suis le chef de l'Ordre et que nous sommes au Quartier Général…
Mais Sirius n'avait pas dit son dernier mot. Dumbledore se croyait tout permis, il était persuadé qu'il était chez lui… Il allait lui prouver que c'était loin d'être le cas. Le directeur avait admis qu'il n'avait que quelques vagues connaissances en magie du Sang. Sirius, lui, était un sang-pur, élevé dans une maison remplie d'adeptes de la magie noire. Une maison défendue par des protections de Sang liées à la lignée des Black, parfaitement capables de repousser des intrus. Et Sirius avait beau détester son nom et tout ce qu'il représentait, le sang des Black continuait de couler dans ses veines. Il n'allait pas se gêner pour tirer parti de cet avantage. Il se concentra et sentit la magie des protections répondre immédiatement à son appel. Une vague de magie de couleur verte apparut et s'enroula autour de Rogue et Dumbledore, les bannissant purement et simplement de la maison. Les deux hommes disparurent et l'Animagus se laissa tomber lourdement sur une chaise, maudissant l'immense fiasco qu'était devenu cette journée.
Alors alors, un chapitre avec quelques explications, révélations... Qu'est-ce que vous en avez pensé ? :D Des commentaires sur le comportement de Rogue et Dumbledore ? Certains m'avaient posé la question en review sur le cas de Harry et Valya, alors à votre avis, horcruxe ou pas horcruxe ? Réponse dans le prochain chapitre !
Je reprécise que la chanson s'intitule Speeding Cars par le groupe Walking On Cars et je vous invite fortement à aller l'écouter d'ailleurs ! Pour ceux qui se poseraient la question, c'est un choix purement arbitraire, qui me paraît correspondre à l'état d'esprit de Valya à ce moment de l'histoire ;)
Réponse aux reviews :
- Pour adenoide : Haha, quand je dis des indices, c'est vraiment des allusions par ci par là, le cauchemar de Valya notamment, Gabriel qui demande s'il pourra voir la cicatrice de Harry AUSSI (sous-entendu : y'en avait une deuxième quelque part)... ;) J'aime bien tes hypothèses, je pense que ce chapitre t'as apporté des débuts de réponses. Un grand merci pour ta review en tout cas !
