Presque blanc.


Courrier - Love is a Fire

Les années passèrent. Ems parcourait le monde. Elle devenait connu dans le milieu de la photo où on commençait à l'appeler, « l'œil des oubliés ». Elle témoignait de la vie et de sa cruauté, tout simplement, en nous mettant face à nos responsabilités.

Katie obtint son diplôme avec mention. Elle collaborait régulièrement avec des journaux, faisait de l'illustration pour des livres et exposait ses tableaux dans une petite galerie du faubourg Saint Germain.

Je correspondais avec Panda qui réussissait plutôt très bien à Harvard. Elle avait décroché son diplôme et préparait une thèse sur la place des femmes dans les sociétés traditionnelles.

Tomo courrait dans les compétitions internationales, il devenait le coureur de demi-fond le plus prometteur de sa génération. Et ses performances laissaient espérer une grande médaille.

JJ travaillait dans un labo de recherche universitaire et venait d'avoir un deuxième enfant avec Lara.

Effy, sortit de ses ennuis judiciaires, travaillait dans l'organisation de manifestation mais je sais qu'elle voulait monter une boîte de coaching.

Quant à moi, je passais mon agrégation. 7e de la promo, allez ce n'était pas si mal au vu de mon agenda de ministre et de mon caractère toujours très conciliant, si vous voyez ce que je veux dire.

Je collaborais de façon très régulière avec la boîte d'édition. J'étais rentré dans l'équipe de rédaction des livres scolaires d'histoire, édités sous l'égide d'un grand professeur très installé mais avec qui je m'entendais très bien, même si nos méthodes pédagogiques divergeaient un peu parfois.

J'allais devenir professeur mais avant j'avais une chose à faire.

Je savais que ce matin-là, elle serait à la galerie. L'organisation fut un peu compliquée surtout pour les autorisations de circuler car trouver le véhicule, avec mes relations dans les musées fut facile, moins pour les bestioles quand même.

Elle reçut un énorme bouquet de fleurs avec des ballons multicolores, tellement grand que le livreur disparaissait derrière. Un seau en plastique l'accompagnait. Un petit mot lui disait : « je suis dehors, si tu le veux bien. »

Je n'oublierais jamais son visage quand devant la porte, elle découvrit un carrosse doré tirait par 4 chevaux blancs. Habillé en frac, chapeau haut de forme et gants blanc, je l'attendais devant le marchepied pour l'aider à monter. Un attroupement s'était formé, les gens souriaient même les conducteurs bloqués ne râlaient pas.

« Si Madame veut bien se donner la peine. » Je lui baisais la main et la laissais s'installer.

« Tu es fou ! » Elle était réellement émue. J'entendais les passants applaudir.

Je me mis à ses genoux. Le carrosse démarra dans un soubresaut et je me retrouvais le nez dans sa jupe, très classe la position.

Katie se mit à rire. « Si tu veux commencer par me caresser, je ne dis pas non mais pour ça tu n'as pas besoin d'un carrosse à moins que ce ne soit un fantasme. » Elle me regardait amusée.

« Alors je remonte ma jupe ? »

Tu parles d'un Don Juan. J'essayais de reprendre une certaine contenance.

« Mademoiselle Katie Fitch, j'ai l'honneur de vous demander d'accepter de devenir ma femme pour toute notre vie. » j'ouvris en tremblant une petite boite, mais je craquais, trop de cérémonial, trop d'émotion. Je cachais mon visage sur ses genoux.

« Mon amour, je t'aime, je veux être avec toi toute le temps. Je veux te garder, te chérir, te faire l'amour tous les jours de notre existence, je ne peux être heureux qu'avec toi. » Je l'avais dit d'un trait sans respirer. Au fond de de moi, j'avais cette crainte idiote qu'elle dise non. Un reste du temps où je pensais ne pas avoir droit au bonheur.

Elle a pris ma tête dans ses mains, ferma les yeux et me dit simplement. « Parle-moi toujours comme ça. Aime-moi comme ça, toujours. »

J'ai baissé les rideaux et remonté la jupe.

Pendant ce temps, le carrosse faisait le tour de Paris.


Billy Idol - White Wedding

A l'annonce de notre mariage, je ne suis pas loin de penser qu'Emily était la plus enthousiaste des trois.

Je chassais très vite, l'idée que j'avais eu un jour, de nous marier tous les quatre ensembles. Je ne devais pas être le seul.

Emily est venue à Paris. Les twins ont écumé les magasins pour tout organiser et surtout trouver la robe de mariée. Je vivais avec deux tornades. Mais je n'étais pas dupe, l'activité débordante d'Emily était proportionnelle à sa peur du silence et à l'état de son esprit qu'elle voulait maîtriser.

Les moments magiques et difficiles à la fois étaient ceux où le soir, Katie et Ems venaient se blottir contre moi au fond du divan. Nous nous sommes promis tacitement de faire front quoiqu'il arrive dans nos vies.

Charles m'informa qu'il s'occupait de mon enterrement de vie de garçon. Je me demandais à quoi je devais m'attendre de la part d'un écrivain, major de l'ENS, qui venait de sortir son premier roman salué par la critique et le public. Il était beaucoup de chose mais pas vraiment un organisateur de soirée. Je me prenais à regretter l'absence de Thomas. Mais ce dernier avait des compétitions tout le temps à travers le monde, shit.

J'essayais tout de même de lui glisser : « Charles, si tu as besoin de quoi que ce soit n'hésite pas à demander conseil à Thomas ou JJ. » Il était capable de monter un colloque universitaire.

Après, semble-t-il de grandes concertations, les noces furent prévues pour la fin du mois d'août, en Provence. Katie ne voulait pas se marier ailleurs.

Se posait la question de l'office religieux. La tradition familiale le souhaitait ainsi que mon oncle. Par ailleurs Katie bien que d'une famille non pratiquante le désirait également.

J'étais philosophiquement un agnostique voire un sceptique mais je reconnais qu'au fond de moi, j'avais très envie de déclarer notre amour à tous les dieux du ciel.

Par contre, allez concilier une cérémonie entre une anglicane et un catholique, juif.

Je pris conseil auprès du père André, l'aumônier de mon ancien lycée que je respectais profondément. Puis avec mon oncle, nous avons rencontré un rabbin de ses amis.

Surtout nous fîmes connaissance avec Katie, d'une prêtre anglicane qui officiait à Marseille. Cette femme était ouverte, spontanée. Elle compris que notre foi n'était pas absolue mais elle sut aussi déceler en nous le besoin d'un rituel sacré pour concrétiser notre union.

Elle prit contact avec un rabbin d'Aix qu'elle connaissait. Le père André fit de même avec le prêtre de la paroisse de la Campagne.

Finalement, c'est dans une chapelle que je connaissais bien, à quelques centaines de mètre de la maison que fut célébré notre union œcuménique non pas par un, deux ou trois hommes de dieu mais quatre, car le père André vint spécialement pour nous bénir.

J'ai compris ce jour-là, la force de l'unité entre les hommes que peuvent donner les religions rassemblées.


Thin Lizzy - Boys Are Back In Town

Nous devions aller à la chapelle à pieds. Tous les invités et surtout moi, attendions dans le hall, la mariée qui devait descendre par l'escalier.

J'étais en peine forme, pourtant la nuit précédente avait été mouvementée. L'enterrement s'était très bien déroulé au resto du vallon des Auffes, au bord de l'eau. Mes trois vieux amis étaient là, Thomas, JJ et Charles, plus des amis de la fac et certain de mon enfance de Marseille ou d'Aix. J'eu droit aux photos, vidéos et autres évocations de ma vie de jeune intellectuel dépravé et plein de témoignage d'amitié. Thomas se leva et pris la parole :

« Mes amis, je vous remercie tous pour cette soirée en l'honneur de notre ami mais, Charles tu m'excuseras, il manque quelque chose dont Ju est très consommateur. Nous connaissons tous son addiction donc nous allons la satisfaire. Comme dans ce restaurant c'est difficile je vous propose de nous déplacer dans un lieu plus approprié. »

Qu'est-ce qu'il raconte ? Je ne touchais plus à la dope, sauf un joint de temps à temps et souvent avec Ems car Katie n'en raffolait plus. Il parle des nanas ? Hé, Thomas soit sérieux, je ne vais pas déconner le jour de mon mariage. Il s'aperçut de mon trouble et m'envoya le sourire le plus blanc qu'il pouvait. Il se foutait de moi, ce con. Quant à JJ, je le voyais hilare, même Charles avait son air d'intellectuel sournois. Putain, je vous aurais.


Madonna - I'm addicted

Nous nous sommes retrouvés devant une boîte de nuit, visiblement une salle nous avait été réservée.

Ils me firent asseoir dans un sofa et on envoya la musique. Je vis débarquer 6 nanas à moitié à poil qui se déhanchaient et se trémoussaient au son de la Madonne. Elles se rapprochaient de moi dangereusement. Thomas me mit un spliff entre deux doigts. « Détends-toi man et profite, moi j'y ai plus droit.»

Une fille m'entraina sur la piste de danse, difficile de dire non, mais j'étais limite pas très à l'aise, elle me frôlait de trop près.

Puis d'un coup le noir total. Je sentis, dans mon dos, un corps contre le mien, elle voulait m'enfermer dans ses bras. Je posais ma main sur son poignet pour la repousser gentiment mais au contact de sa peau, il y eu un petit choc électrique presque imperceptible. Je me retournais à moitié, l'odeur un peu poivrée, la douceur de cet épiderme, ces cheveux qui volent dans mon visage. Je l'empoignais, la faisais venir devant moi et juste avant de l'embrasser, je lui susurrais : « Je vous aime Madame Isaac. »

Thomas avait bien vu, elle était mon addiction. Et je pouvais dire Madame Isaac puisque nous étions passés à la Marie, le matin même.

Quand, la lumière revint, nous croulèrent sous les applaudissements. Toutes les filles nous avaient rejoints. Mais comme je la tenais bien, je n'avais pas envie de m'arrêter de l'embrasser.

Katie riait, elle me chuchota : « je suis fière d'être Madame Isaac.»

Je me tournais vers le groupe. « Merci mes amies et amis, cela aurait pu être dangereux mais pas pour nous. You know, there's only a Queen and it's Katie Isaac-Fitch. »

Je fis un clin d'œil à Thomas, JJ et Charles, non sans leur faire comprendre que je me vengerai.


Mary Jane Fonda - I Think I Like It

La soirée fut de la folie comme aux plus beaux jours ou plutôt, belles nuits de Bristol, alcool, herbe, amphet.

Katie était sexy en diable mais celle qui me surprit ce fut Emily, j'avais l'impression d'être revenu 4 ans en arrière. Elle était resplendissante, sa beauté était une offense à toutes les déesses de l'Olympe. Sa tenue était tout simplement un appel à l'amour. Elle était plus désirable qu'Effy qui pourtant ce soir-là était particulièrement libre dans ses vêtements. D'ailleurs un de mes potes s'apprêtait à connaître les brulures qu'une Effy peut infliger.

Ems dansait, une bouteille de vodka pour seul partenaire. Des mecs la lorgnaient mais d'un regard elle avait su les impressionner et ils restaient tous sagement à distance.

Dans un mouvement, elle frôla une fille, une jolie brune un peu plus jeune que nous.

Elles commencèrent à s'apprivoiser, à tourner ensemble de plus en plus vite, à se toucher, à se séduire. Le sourire d'Emily était dévastateur. Elles étaient maintenant l'une contre l'autre et je vis Ems esquisser un baiser.

La gamine s'accrochait à elle, elle l'avait hypnotisée. Les mains d'Ems la tenaient fermement par les hanches. Leurs cuisses se mêlaient, se frottaient. Leurs corps serrés dégageaient une sensualité intense.

Je les vis glisser dans leurs bouches deux petites pilules. Elles se mirent à sauter et rire ensemble.

Je les montrais à Katie qui leurs envoya un bisou. Ma copine sortait du trou, la nuit serai belle.


Imagine Dragons - On Top Of The World

J'attendais donc au bas des escaliers dans mon costume bleu azur, choisi par les sœurs, car il s'accordait à mes yeux, disaient-elle.

Le silence se fit, tout le monde se figea.

Une vierge descendait vers moi, la dernière vestale revenue du forum romain. L'éclat de ses traits, la simplicité de sa robe longue immaculée qui lui prenait la taille, son décolleté recouvert d'une fine dentelle, la fleur bleue dans ses cheveux, sa démarche légère, tout inspirait la pureté. Elle était à cet instant l'incarnation de la beauté. Elle était une Vénus qui venait s'offrir à mon amour.

Je tremblais en lui prenant la main. Son regard s'amusa de mon trouble, mais je la connaissais elle était, elle-même, très tendue.

La cérémonie se déroula dans la joie et les rires. Elle fut bienveillante, respectueuse mais jamais guindée, bien au contraire. Nous avions 3 témoins chacun, Emily, Effy et Panda pour Katie, Charles, JJ et Thomas pour moi. Habillés tous en bleu et blanc, je fis remarquer qu'ils ne leur manquaient plus que l'écharpe de l'OM.

Les quatre officiants s'amusèrent beaucoup à comparer leurs bénédictions.

Mais lorsqu'ils se réunirent pour consacrer ensemble notre union et l'échange des anneaux, une réelle communion existât entre eux et elle parcourut l'assistance.

Le oui prononçait lors d'un mariage est certainement, pour un couple, le mot le plus émouvant de leur vie d'amants. Katie et moi en avions conscience, c'est pourquoi nous avons frissonné ensemble lorsque nous l'avons émis. Au-delà de notre amour, nous réalisions notre rêve de fonder un foyer.

A la sortie de la chapelle, le rabbin nous serra chaleureusement les mains. « Mes enfants, je suis fier de cette cérémonie, je vous remercie de m'avoir donné la chance d'y participer. Et quand vous aurez des enfants, élevez-les dans le même esprit de partage, de tolérance et d'amour. »

A l'évocation de nos enfants, je vis Emily sourire et prendre le bras de Katie. J'étais plus gêné, je savais qu'un jour peut-être proche, la question se poserai avec son cortège de difficultés pour ma femme. C'est vrai, Katie est ma femme, c'est extraordinaire !

Katie se tourna vers moi. « Tu aimerais que nous ayons des enfants ? »

« Bien sûr, Katie, tu le sais. Je t'ai promis que l'on ferait tout pour cela. Tu te souviens ? »

Elle parut totalement apaisée et jeta un regard entendu à Ems.

J'étais dans la brume la plus complète, mais je n'eus pas le temps de me poser des questions, nous fûmes happés par des tas de mains et de joues qui se tendaient.

La fin d'après-midi et le début de soirée furent très sages. Ems nous prit en photos sous toutes les coutures, dans la chapelle, devant la chapelle, sous le chêne, sous l'olivier, sur le banc, debout, assis, à genoux enfin moi seulement, devant les rosiers, à côté du puits, dans l'allée de platane, dans les vignes, au milieu des lavandes, avec les potes, la famille, l'oncle, ravi au demeurant, un chat qui passait par là.

« Ems, pitié, on a soif. »

« Attendez, une dernière. »

« Ok, mais alors avec nous. Ems, à la fin on n'aura pas une photo avec toi. Allez viens ! »

« Je prends le trépied. » Elle sautillait.

Un retardateur plus tard, j'étais immortalisé avec une sœur Fitch de chaque côté et l'air béat du mec heureux qui est le roi du monde.

Apéritif, repas provençal, rien que du très classique. Mais pour la musique, aux platines MC Tomo et ça va déménager.

L'ambiance qu'il arrive à mettre ce mec est dingue, il a ça dans le sang.

Un ami de la fac me demande si c'est son job. Je rigole. « Non, son job, c'est de courir comme un chien. »

En 2022, Thomas fut médaillé d'or aux JO de Tokyo sur 5000m et ainsi le premier Congolais de l'histoire, médaillé au JO.


zZz – ecstacy

Les rangs se clairsemèrent vers 2h du mat. Il ne restait plus que les fidèles grognards des soirées bristoliennes et quelques intellectuels perdus comme Charles déjà bien ébréché.

Effy qui avait mangé tout cru, mon pauvre condisciple de l'agrégation, me fit un signe qui signifiait, on peut y aller ?

« Tu peux sortir le matos, Effy, j'ai de quoi aussi. »

On se réunit en cercle, et comme à confesse, ceux qui étaient de bon pêcheur purent se rapprocher des étoiles.

Celui qui n'a jamais vu un ciel pur de Provence, peut difficilement s'imaginer la nuit, la clarté de la voute céleste, surtout si le Mistral a fait son œuvre. On peut toucher la voie lactée et quand on est un peu aidé, on tutoie Dieu. « Hé, JJ prêt pour décoller avec l'Enterprise ? » JJ leva le pouce. « Cap'tin Kirk au commande, enclenchez l'hyper espace.»


Je tenais Katie dans mes bras, allongé sur l'herbe. « Tu sais, je suis sûr que de là-haut, d'autres nous regardent. On ne les voit pas, mais eux, c'est certain ils nous voient et nous protègent.»

« Ils veillent tous sur nous, et ils sont heureux avec nous, ce soir. » Emily s'assit près de moi.

« J'en suis sûre aussi, Ju. Je les sens parfois, ils sont avec nous. » Effy se mit dans son dos.

Je levais les yeux et murmurais : « A vous, nos anges gardiens, nos amis. »

Et nous prîmes tous une pilule de plus.

Nous avons vu le soleil se lever. Il incendiait la Sainte Victoire.

Nous étions les rescapés d'un long voyage, restés unis malgré les coups de vents, les bourrasques et les tempêtes. Nous étions étonnés d'avoir survécu mais il faut croire que la vie a besoin de témoin.

Aucun de nous n'avait sommeil, alors on a trainé sur le chemin qui passait au bord des vignes, longeait la source et se dirigeait vers un petit bois. On l'a vu, sortir du ruisseau. Il devait avoir soif et venait de se désaltérer. Il était magnifique. Il avait une force sauvage en lui et une autorité naturelle que nul ne pouvait contester. C'était un vieux mâle solitaire, de plus de 10 ans au moins, son poil était gris presque blanc par endroit. Il devait peser 200kg et mesurer 1.20m. Les dents blanches de sa mâchoire inférieure sortaient de ses babines. La sècheresse l'avait poussé à descendre bien bas dans la vallée.

Il s'arrêta et nous fixa. Subjugués par cette apparition comme devant un dieu, nous restâmes immobiles.

Peut-être parce que nous étions toujours un peu parti, aucun de nous n'eut de crainte, nous ne ressentions aucune agressivité de sa part. Le sanglier grogna deux fois, et je vous jure qu'il nous a dit : « Vous n'allez pas passer pour des cons ! » Puis il nous quitta d'un petit trot tranquille vers le bois.

Nous nous sommes mis à rire et pendant plusieurs minutes la campagne résonna de ce rire de quatre amis. Oui nous étions vivants, putain vivants et debout.


General Ghost - Are You Living

Sur le lit, je lisais le journal ou plutôt je faisais semblant de croire que je savais lire. J'étais un peu décalqué.

Katie, suivi d'Ems, entra. « Ju, on voudrait te parler, ce n'est pas forcément le bon moment mais Ems repart demain et c'est mieux si elle est là. »

Mon cerveau avait besoin de se remettre en marche. « Oui ? Excuse-moi mais j'ai du mal à conceptualiser aujourd'hui. Je suis censé connaître le sujet de la discussion ? »

« Tu connais le sujet mais pas ce que je ou plutôt ce que nous voulons te dire. »

J'étais intrigué, face au twins je me méfis. « Heu, la dernière fois que vous êtes venu me parler ensemble, vous m'avez fait courir. Vous voulez encore me chatouiller c'est ça ? »

« Non, c'est plus sérieux, Ju. » Ems était tendue.

Je me levais et m'assis sur le bord du lit. « Ok, je vous écoute. »

« Voilà, tu m'as dit que tu voulais des enfants, enfin que cette idée te plaisait. » Katie n'allait pas au but donc, comme le faisait Ems, c'était important pour elle.

« Bien sûr, tu m'a posée la question hier à la chapelle et je t'ai répondu. »

« Est-ce que tu trouves que si c'était maintenant enfin, avec le temps de la grossesse, ce serait trop tôt ? » On aurait dit qu'elle avouait avoir mis le doigt dans la confiture. Je souris pour la rassurer.

« Non, au contraire, ce serait super. Kat, es-tu en train de me dire que tu es enceinte ? » Je me mis debout, un espoir fou m'a traversé l'esprit

« Non, Ju, malheureusement, mais voilà, … » Elle cherchât des yeux le soutien de sa sœur. « Emily est prête à me faire un don d'ovocytes et comme me l'a dit ton copain médecin que j'ai revu à Paris, même avec ma ménopause précoce, avec cette technique je peux avoir des enfants. » Elle reprit sa respiration. « Qu'est-ce que tu en penses ? »

Je les regardais toutes les deux, je fus pendant quelques secondes incapable de parler. Il fallait que je me reprenne, je voyais Katie se décomposer et Ems très mal à l'aise.

« Les filles, vous pensiez que je pouvais être contre ? Ems tu ferais ça ? Pour Katie, pour nous ? C'est formidable. » Je commençais à m'exalter. « Mon Dieu, mais vous vous rendez-compte toutes les deux du cadeau que vous me faîtes ? Les deux êtres que j'aime le plus au monde me donneraient un enfant qui serait d'elles. Il serait de vous deux. » Je n'arrivais pas à imaginer cela possible. « Katie, tu le voudrais vraiment, vous êtes d'accord ? » En fait je croyais rêver.

Ems vint vers moi. « Oui, Jules, nous le voulons vraiment et je suis la plus heureuse que Katie ait acceptée. »

« C'est Emily qui m'en a parlé la première à Paris. Puisque nous sommes mariés et que nous avons des revenus, on peut essayer. Et puis, à la vérité, j'en ai tellement envie, Jules. »

« Moi aussi, Katie, j'ai envie d'un enfant de toi. » Je caressais sa joue, elle posa sa main sur la mienne. Mon regard plongé dans le sien, je voulais lui exprimer toute ma joie.

« Mais il y a un problème. En France, les dons sont anonymes donc aucune chance que ce soit ceux d'Ems. Il faudrait que j'aille soit en Angleterre soit aux USA pour l'implantation. Ensuite ton copain assurerait le suivi sur Paris, cela ne pose pas de problème.»

Je savais ce qu'elle voulait dire, en fait mon premier poste de prof stagiaire était sur Nice. J'avais demandé la région parisienne mais vous connaissez l'administration. Donc cela signifiait une séparation pour la période d'examen et d'implantation des ovocytes, ce qu'elle redoutait par-dessus tout. Les séparations ne nous réussissent pas.

« Katie, ça ira. Cela ne sera pas long et puis je viendrai, Nice-Londres, il y a tout le temps des vols. Ne t'inquiète pas. » Je la prenais contre moi.

« Je peux vous embrasser toutes les deux, ensemble ? »

Les tenants par les épaules, je leur donnais des baisers à tour de rôle. J'étais comme un enfant à qui on vient d'offrir le jouet de ses rêves.

Elles rigolaient. « Il est fou. Ems, mon mari est fou. »

« Peut-être, mais heureux. On va élargir le cercle de la famille.»


Loudlike - Where You Live Now

Après un repas joyeux, je vis Emily s'échapper vers le maître et son banc. Je l'ai suivi, nous avions besoin d'être ensemble.

Assis à ses pieds, je regardais la cime. J'allumais deux cigarettes et lui en tendit une. « Cet arbre est magique, il nous attire et nous calme. Je comprends pourquoi les gaulois vénéraient les chênes. »

« Oui, Ju, on est bien ici. Je veux dire, c'est toute cette maison, elle est apaisante. »

Elle posa sa main sur mon épaule. « Comme toi, Ju. Je ressens toujours cette impression quand je suis prêt de toi. »

Je me tournai vers elle. « Merci Emily, pour Katie, pour moi. C'est si important pour nous deux. »

« Pas entre nous, Jules. Il ne faut pas me remercier, vous allez fonder une famille. C'est votre souhait, votre vœu le plus cher à Katie et toi. » Elle regarda vers l'horizon déjà noir.

« Je le fais aussi pour moi, pour me donner une raison de plus de vivre. Jules, tu l'as compris, je le sais. »

J'aspirais une goulée de fumée pour enlever une boule qui se formait dans ma gorge. « Malgré ce que l'on dit le temps ne change rien. C'est nous qui acceptons, nous sommes tant fatigués à force de combattre. »

J'écrasais la clope, me levais et me mis contre elle. « Mais j'ai toujours su que tu ne lâcherais pas, que tu ferais front. Tu étais si belle lorsque tu dansais ce week-end, pendant un instant, j'ai revu l'Emily du Collège. J'ai presque tout oublié. » Je réalisais que mes mots n'étaient pas forcément très futés. « Excuse-moi de te dire cela, je veux tellement te voir heureuse. »

Son sourire était empli d'amertume.

« C'est vrai, Ju, l'alcool, les amphets, avaient fait leur travail. J'étais légère, votre bonheur rejaillissait sur moi. J'ai eu envie de plaire à nouveau, juste un peu, juste pour continuer. »

« Il ne s'est rien passé avec cette fille, un jour peut-être mais pas aujourd'hui. Je ne suis pas encore prête à sentir un autre corps nu contre le mien. »

Nous sommes restés un long moment serrés, enveloppés par nos bras, à penser sans avoir à le dire à des cheveux blonds que nous étions sûrs d'avoir vu flotter près de la Lune.

Katie nous regardait de la terrasse, je savais qu'elle était avec moi pour aimer Emily.