Chapitre 26 : Le miroir du Riséd.

À Poudlard, Harry n'avait montré sa cape d'invisibilité qu'à Ron. Les deux garçons avaient rapidement décidé de s'en servir pour leur enquête : être invisible pouvait s'avérer très intéressant dans leurs tentatives d'espionnages. Leur seul regret, c'était de ne pas pouvoir s'en servir pour aller dans la salle au cerbère : même s'ils avaient trouvé le moyen d'y entrer, être invisibles ne leur aurait servi à rien puisque le chien aurait pu les sentir malgré tout.

Les principales cibles étaient Rogue et Hagrid ; Rogue car il était leur suspect, Hagrid car il savait des choses.

Leur première tentative, armés de la cape, était l'idée stupide d'aller fouiller dans le bureau de Rogue pour y trouver la moindre information. Ils avaient eu la chance de trouver dans la semaine une période de deux heures pendant laquelle ils n'avaient aucun cours, mais pendant laquelle Rogue donnait un double cours à des élèves de quatrième année.

La cape étant faite pour un adulte, Harry et Ron n'eurent aucun mal à s'y envelopper tous les deux ; même pour un adulte, d'ailleurs, elle devait être ample. Ils sortirent dans les couloirs du château, et avancèrent péniblement jusqu'au bureau de Rogue ; ils avaient en effet du mal à marche, coller l'un à l'autre, car ils devaient être un minimum synchrones. Ils rencontrèrent quelques élèves en chemin, mais aucun ne sembla remarquer leur présence.

Évidemment, la porte du bureau de Rogue était verrouillée. Ils s'y attendaient, et avait passé la semaine à apprendre un sortilège capable de déverrouiller les serrures, qu'ils avaient trouvé dans un livre. Au final, seul Harry s'était révéler capable de le lancer correctement : en seulement quelques jours, Ron n'avait pas réussi à le maîtriser suffisamment, et la seule chose qu'il avait pu ouvrir était le pauvre loquet d'une porte de toilettes.

Rogue ne s'était pas amusé à enchanter sa serrure pour qu'elle résiste à un sortilège, alors un cliquetis se fit entendre, et les deux garçons purent entrer dans la pièce.

Harry et Ron ne savaient pas par où commencer. Il y avait un bureau à tiroir, un scriban, une commode, des étagères, des bibliothèques, des malles, des coffres. La tâche s'annonçait ardue, mais ils avaient deux heures devant eux.

Malheureusement pour eux, une alarme retentit dès l'instant où ils enlevèrent la cape.

Imbéciles qu'ils étaient ! Rogue, prudent, avaient lancé dans son bureau un enchantement de détection d'intrus. Il fallait s'y attendre, ils n'étaient certainement pas les premiers élèves à tenter d'entrer dans un bureau de professeur, pour quelque raison que ce soit. La cape d'invisibilité les dissimulait aux yeux des êtres vivants, mais aussi de toute forme de magie, alors l'enlever leur avait été fatal.

Ils restèrent un moment pétrifié, ne sachant pas quoi faire, puis ils entendirent des pas qui couraient dans leur direction. C'était Rusard, qui avait entendu l'alarme et qui se précipitait vers la pièce et jurant, et en maudissant les élèves et leurs « couillonneries ».

Alors ils remirent la cape en hâte, et se plaquèrent contre un mur. Rusard entra, haletant, et chercha les intrus en scrutant la pièce. Ne les trouvant pas, il alla ouvrir les malles et les coffres, au cas où ils seraient cachés dedans.

Harry et Ron en profitèrent pour sortir discrètement de la pièce, mais ils firent du bruit et Rusard fonça vers la porte.

Ils couraient maintenant dans le couloir, en tentant tant bien que mal de rester sous la cape, et Rusard les poursuivaient.

« Ah ! criait-il. Vous êtes invisibles, hein ? On s'amuse à se jeter des sortilèges pour devenir invisibles, et après on croit pouvoir faire toutes les bêtises qu'on veut sans se faire prendre ? Mais je vous aurai, moi ! »

Mais ils réussirent à le semer dans les couloirs : puisqu'il ne pouvait les suivre qu'en se fiant au bruit de leurs pas, il avait du mal à déterminer précisément leur position et leur direction (d'autant plus que les sons résonnaient, et qu'ils semblaient ainsi venir de partout à la fois).

À bout de souffle, les deux garçons décidèrent d'entrer dans la première salle qu'ils trouveraient. Celle sur laquelle ils tombèrent était verrouillée, elle aussi, mais il n'y en avait pas d'autre proche, et Rusard se rapprochait dangereusement.

Alors Harry lança à nouveau le sort, et ils entrèrent, refermant la porte derrière eux. À l'extérieur de la salle, ils entendirent Rusard pester contre eux ; il passa devant la porte en courant, puis s'éloigna.

Harry et Ron poussèrent un soupir de soulagement.

La salle dans laquelle ils s'étaient réfugiés était complétement vide, à l'exception d'un immense miroir qui trônait en son centre.

Ils s'en approchèrent. Le miroir lui-même avait une forme d'ogive, haut de deux mètres et large d'un il semblait usé et crasseux, et on ne pouvait y voir que le reflet brumeux d'un des murs de la salle. Il était entouré d'un cadre fait de bois massif, et des motifs végétaux gravés en bas-relief couraient sur les bords latéraux et le sommet.

Tout en haut du cadre, il y avait une inscription en arc de cercle ; c'était un texte d'une langue inconnu : « Riséd elrue ocnot edsi amega siv notsap ert nomen ej ».

« Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire ? demanda Harry à voix basse. »

Ron réfléchit un moment : quelque chose le chiffonnait, mais il n'arrivait pas à savoir ce que c'était.

Et puis soudain il comprit.

« Mais oui ! s'écria-t-il, faisant sursauter Harry. C'est un texte écris à l'envers ! Je me disais bien qu'il y avait un truc bizarre là-dedans. »

Alors ils déchiffrèrent le texte. Il disait ceci : « Je ne montre pas ton visage mais de ton cœur le désir ».

En fait, cela ne les avançait pas beaucoup. Une indication aussi sibylline était bien l'œuvre d'un sorcier, à n'en pas douter ; mais son interprétation échappait à Harry et Ron.

« Peut-être, tenta Ron avec hésitation, peut-être que le miroir est enchanté pour ne pas réfléchir les choses, mais pour montrer le désir des gens.
- Ah oui, comme le miroir de la méchante reine dans Blanche-Neige. »

Ron regarda Harry d'un air ahuri. Manifestement, il ne connaissait pas ce conte.

« Laisse tomber, lâcha Harry avec dépit.
- Enfin si je comprends bien, reprit Ron, ce miroir montre ce que l'on désir le plus.
- Ah ! s'exclama Harry. Ce que je désir le plus au monde, en ce moment précis, c'est de savoir ce qui est caché dans les sous-sols du château, et qui attire tant les convoitises. »

Alors Harry s'approcha du miroir, et tenta d'y trouver une réponse.

Dans le miroir, il ne vit tout d'abord que son reflet, et celui de Ron un peu en retrait. Mais soudain, alors que Harry n'avait pas bougé, son reflet avait plongé sa main dans sa poche d'un air goguenard, et en avait sorti un petit objet qu'il tendit au vrai Harry.

Le petit objet était une pierre, une simple pierre de la taille d'un abricot. À la surface de cette pierre, un symbole cabalistique était gravé ; le fond de chaque rainure avait aussi été peint en rouge.