Altair-Ezio-Two-Assassins : Si tu te mords déjà les doigts de la séparation de Bilbon et Thorin tu vas souffrir ! Lol Et non, Thorin ne s'est pas miraculeusement téléporté en Mordor... Désolée^^ La suite mercredi, donc maintenant !
Noooo Aime : Tu sais que j'ai deviné que la review venait de toi rien qu'en voyant l'heure ? En ouvrant mes mails lundi matin, je vois une alerte review datée de 1:48 et je me suis dit "A tous les coups, c'est elle." :p Azog et Bolg en train de nous faire une chorégraphie Pokémon ? Tu viens de violer mon enfance là. Bofur a très bien trouvé les mots pour réconforter Dernwyn... Tu as tout à fait raison pour Bilbon, c'est à la fois un soulagement et une aggravation... Et c'est pas fini !
Sabrinabella : Oui, ça va commencer. Dans quelques lignes, en fait xD Décidément tout le monde déteste Ecthelion^^ Vous n'avez pas fini... Et Bilbon n'est pas au bout de ses peines.
elinska : Merci pour ta review – tellement longue qu'elle ne tenait pas en entier dans ma boîte mail xD. Mais comment vous faites toutes pour lire cette traduction en deux jours ? Vous dormez pas de la nuit ou quoi ? Pour ce qui est du résumé, pas de mérite : j'ai traduit celui de la fic d'origine, tout simplement. Et encore il ne tient pas entièrement dans le cadre de résumé du site... Pour les fautes, j'ai toujours été bonne en orthographe, et j'ai une beta qui corrige mes éventuelles étourderies (dernièrement j'avais accidentellement changé Kili en fille, par exemple) : on ne dira jamais assez l'importance d'avoir un ou une beta.
Tu es la première à trouver dommage que la fic reprenne tellement les scènes du livre, d'habitude les lectrices y voient un bonus^^ Je trouve personnellement que les reprises sont bien équilibrées avec les scènes originales. Pour ce qui est de Thorin et Bilbon... Je suis tenue au devoir de réserve :p
'Derwynin' s'appelle Dernwyn, mais j'avoue que son nom est compliqué. Le couple qu'elle forme avec Fili a beaucoup de succès ! Pour la fin, je ne peux faire aucune promesse dans un sens ou dans l'autre.
Julindy : Ils te plaisent, décidément, Legolas et Kili ! Oui un bel adieu de la part de Thengel. Bilbon n'a pas fini de t'émouvoir. Et je suis d'accord avec toi, Denethor mérite qu'on le défende de son c*nnard de père.
/!\ Note : Ce chapitre est LONG. Plus long que tous les chapitres jusqu'ici. 24 pages sur Open Office – car j'utilise Open Office. Ne le lisez pas entre deux activités, attendez d'être tranquillement chez vous, c'est un conseil.
Et, hum. Avertissement pour scènes de violence (duh) et... préparez les mouchoirs. On se retrouve à la fin.
La Bataille pour le Gondor
« Le mur tombe ! Mon seigneur, le mur-
- Tenir, vous allez tenir ! cria Denethor. »
Deux étages plus bas, il put voir le nombre gigantesque d'orques à l'extérieur de Minas Tirith. Ils s'étendaient presque d'Osgiliath à la cité blanche où il se tenait maintenant, et leur volume le laissa sans voix et silencieux. Ils n'avaient pas assez d'hommes pour les combattre. Il eut soudain l'envie insensée d'aller ouvrir les portes et de les laisser entrer à leur guise. Ce serait plus facile que de regarder tomber les gens de sa cité.
Une main sur son dos le stabilisa, et quand il se retourna, Gandalf était là.
« Les hommes s'alignent pour défendre la cité, dit-il. Vous feriez mieux de mettre votre armure.
- Et mon père ? ne put-il s'empêcher de demander. Où est-il ?
- En sécurité, dit vaguement Gandalf. »
Denethor sentit ses épaules s'affaisser avec désespoir quand il regarda à nouveau dehors. Le rugissement des orques était assourdissant de cette hauteur : il n'avait aucune idée d'à quel point il devait être fort au sol. Il y avait des orques, il y avait des orques qui semblaient aussi grands qu'un homme, et il y avait des trolls. Depuis la cité encore fumante d'Osgiliath, il put voir ce qui semblait être une compagnie d'hommes marcher avec les orques. Les Corsaires d'Umbar. Les pirates.
Il repensa à l'homme qui avait demandé de l'aide à son père contre les mêmes pirates qui marchaient maintenant sur Minas Tirith.
« Adrahil et ses filles, où sont-ils ?
- En sécurité, lui assura Gandalf, mais cette fois il lui donna plus de détails. Ils sont cachés très haut dans le huitième étage, avec le reste des femmes, des enfants et des blessés. »
Il se retourna vers le champ de bataille et dit d'un ton détaché :
« Le Prince Adrahil a demandé une armure à emprunter.
- Demande refusée, dit fermementDenethor. Il restera avec ses filles. Je ne les verrai pas séparés.
- Je lui ai dit que votre réponse serait ainsi, dit Gandalf. »
Si Denethor ne le connaissait pas, il aurait dit que c'était de l'approbation dans les yeux du magicien. D'un autre côté, il n'avait pas vu d'approbation depuis si longtemps, qu'il ne l'aurait pas reconnue si elle était venue le mordre.
Ou le gifler. Il pensa à la marque sur sa joue, à la rage dans les yeux de son père, à la déception que Denethor n'avait jamais voulu voir si ouvertement chez son père. Son cœur se durcit et il serra les poings.
« Finduilas semblait particulièrement s'inquiéter que vous ne soyez pas seul, cependant, dit Gandalf. »
Denethor pensa à l'enfant, à l'amitié qu'elle semblait déterminée à former avec lui, à la façon dont elle s'était dressée contre son père. À la façon dont elle semblait si éprise de l'idée qu'elle devait le protéger, elle, cette petitefille qui n'avait pas plus de dix ans. D'une façon ou d'une autre, elle avait trouvé en lui un esprit frère.
Il prendrait son amitié : bien qu'enfant, elle semblait plus sage et gentille que la plupart des adultes qu'il connaissait. Et trouver quelqu'un qui croyait en lui... il serait toujours reconnaissant que quelqu'un se tienne à ses côtés. Tout comme Gandalf le faisait maintenant, et jamais il n'avait été aussi reconnaissant envers le magicien.
« Comment guérissent vos blessures ? demanda Gandalf. De la bataille dans le Plateau.
- Assez bien pour défendre mon peuple, dit Denethor. Je ne laisserai pas mes hommes en bas se battre seuls. Je suis du Gondor : je suis équipé pour me battre.
- Legolas et Kili seront reconnaissants de votre présence, cela je le sais. Ils ont tous deux un grand respect pour vous. Kili parce que vous lui avez sauvé la vie. Legolas...
- Parce que j'ai sauvé la vie de Kili ? devina Denethor. »
Il sourit pour la première fois depuis ce qui lui semblait des années. Gandalf renifla et secoua la tête.
« Ce qu'ils feront quand leur famille les découvriront, je l'ignore. La subtilité n'a jamais été le point fort de Kili, comme vous avez pu le voir dans la salle du trône.
- Dire honnêtement ce qu'on pense est un pouvoir en soi, dit Denethor. Il fera un bon conseiller pour son roi. Espérons qu'il apprendra à garder ses pensées honnêtes uniquement pour son roi, cela dit. »
Ce serait sur son lit de mort que Denethor admettrait à quel point ça lui avait du bien de voir le nain et l'elfe se dresser contre son père pour lui. Peut-être avait-il plus d'amis qu'il ne le pensait.
Et il fallait qu'il cesse de penser en termes de 'père', car Finduilas avait raison : Ecthelion n'était pas plus son père que n'importe quel autre homme. Denethor n'avait plus de famille. Il servirait son pè... Ecthelion. Son honneur le lui imposait. Mais continuer d'avoir une famille serait une folie.
Il aurait des amis. Mais Denethor du Gondor serait orphelin par choix.
Pour une raison quelconque, alors même que l'enfant en lui pleurait cette perte, son cœur adulte se sentit plus léger après cette admission. Cela l'aiderait au combat, aussi.
« Où est le roi Thengel ? demanda-t-il. N'avez-vous rien entendu ?
- Quand j'ai embarqué pour le Gondor, Thengel préparait ses troupes et rassemblait ses hommes à lui pour vous, lui dit Gandalf. »
Il tapota de son bâton sur le sol et porta son regard au-delà de l'armée orque, loin au Mordor.
« Aussi horrible que soit cette journée, il y a une vie que cette bataille épargnera. »
Denethor pensa au petit être qui était plus grand que lui en termes de bravoure et de sagesse.
« Bilbon, murmura-t-il, et Gandalf acquiesça.
- Cette vaste armée a tiré une grande partie des forces des terres de Sauron. Cela permettra à Bilbon de continuer d'avancer.
- Est-il encore... ? »
Gandalf sourit, alors même que les orques ne rugissaient que plus fort sous leurs pieds.
« Il continue d'avancer, mais le nuage noir du Mordor a commencé à troubler ma vision. Bientôt, je crains qu'il ne soit avalé par les ténèbres, et je ne le verrai plus. »
Denethor pensa à l'Anneau, cet Anneau terrible et magnifique qui l'avait appelé, et il frissonna.
« Jamais je ne voudrais avoir une telle chose, dit-il. Je ne peux imaginer comment il le porte, jour après jour.
- Moi non plus, dit Gandalf tandis que le capitaine approchait. Mais je suis heureux qu'il le puisse. »
Le capitaine vint s'arrêter devant Denethor, et il y avait une expression sombre, presque embarrassée sur son visage.
« Parlez, dit Denethor.
- Mon seigneur, j'ai reçu l'ordre de... de vous escorter loin du mur. »
Denethor se raidit.
« De qui ?
- Votre père, mon seigneur. Il voudrait que vous soyez en sécurité. »
Les rugissements augmentèrent. Tout autour de lui se trouvait la mer de l'armée du Mordor. Denethor pinça les lèvres.
« Mon seigneur ?
- Je n'ai pas de père, alors je ne sais point de qui vous parlez, dit-il durement. Si vous faites références à Ecthelion, vous pouvez lui dire que je me battrai comme un soldat du Gondor. Peut-être aurait-je alors de la valeur pour lui, quand je reviendrai. Bien que je sois certain que cela dépende de la façon dont je reviendrai, murmura-t-il. »
Quelque part, là-dehors, il était certain qu'il y avait une épée, une hache, une masse, ou une flèche avec son nom dessus. Peut-être qu'il mourrait là-dehors, seul, dans les champs de Pelennor. Ou peut-être qu'il serait tué ici, dans la cité, en la défendant jusqu'à son dernier souffle.
Il pensa à ceux qu'il appelait ses amis qui étaient ici dans la cité, ceux qui l'avaient sauvé dans le Plateau parce que c'était la bonne chose à faire. Il avait des alliés, des gens qui allaient le garder et le protéger.
« Capitaine, à votre poste, ordonna-t-il. »
Le capitaine hocha la tête au bout d'un moment, puis partit.
« Ecthelion donnera l'ordre de se battre, lui rappela Gandalf.
- Et quand il le fera, j'irai. »
Il se tourna vers Gandalf.
« Voulez-vous vous assurer que mon armure est solide ? »
Gandalf le regarda un long moment, puis hocha enfin la tête et tira sur les sangles, maintenant l'armure en place. L'arbre blanc brillait dans le peu de lumière du soleil au-dessus d'eux, comme pour illuminer davantage Minas Tirith pour leurs ennemis. Ils hurlèrent et cognèrent leurs boucliers, et Denethor pouvait maintenant voir les tours de sièges qui étaient assez larges pour transporter toute une armée d'orques à l'intérieur. Il y en avait tellement, et Denethor craignit que même s'ils se battaient jusqu'au dernier, les orques traverseraient tous les étages et laisseraient Minas Tirith pleine de morts.
Il pensa à Ivriniel, à sa sœur Finduilas, et serra les dents.
« Visez les tours de siège, ordonna-t-il aux hommes en-dessous. Je veux qu'elles soient éliminées avant de nous atteindre. »
Cela aurait au moins le mérite de les occuper, pour un temps.
« Attention ! »
D'une façon ou d'une autre, les tours de siège avaient caché les catapultes. Denethor se baissa à temps pour éviter le large rocher qui fit craquer le mur derrière lui, détruisant deux arcades. D'autres pierres étaient en route, et Denethor cria :
« Feu ! Catapultes, lancez ! »
La bataille avait commencé.
(-)
Quand ils atteignirent le haut de la colline, Fili ne put s'empêcher de s'arrêter pour regarder fixement la scène. Ils avaient chevauché dur toute la journée d'hier et le jour avant cela, et maintenant ils étaient là, à Minas Tirith, au Gondor, et devant eux il n'y avait rien que des orques.
« Mahal nous protège, murmura Bofur. »
A ses côtés, les yeux de Dernwyn étaient larges comme des soucoupes, fixant l'armée devant eux avec une horreur stupéfaite.
C'était un siège, et il semblait qu'ils aient déjà atteint les murs de la ville. Des tours de siège étaient partout, et des rochers étaient en train de raser Minas Tirith, et est-ce que c'était un troll ?
Thengel chevaucha devant eux, l'épée brandie.
« Je n'ai pas besoin de vous demander pourquoi il y a de la peur dans vos yeux, appela-t-il. Mais qu'elle reste dans vos yeux, et non votre cœur ! Je ne nous verrai pas périr tandis que les forces du mal cherchent à détruire nos terres, détruire nos maisons, détruire ceux que nous aimons ! »
Le rugissement des orques s'entendait facilement de leur distance. Le cheval de Fili piétina sur place avec agitation.
« Tout doux, murmura Fili. »
Mais en vérité, son propre cœur commençait à accélérer. Il s'était attendu à une armée. Il ne s'était pas attendu à... eh bien, à cela.
Il n'y avait pas de Kili à ses côtés. Thorin était on ne savait où. C'était juste lui et Bofur et Ori et Dernwyn et le Seigneur Elrond et quatre cent de ses meilleurs elfes et une armée d'hommes et les Cavaliers Rohirrim.
La pensée était réconfortante et effrayante en même temps. Il se surprit à tendre la main vers Dernwyn, prenant sa main dans la sienne. Elle regarda vers lui, les sourcils froncés.
« Restez avec moi, demanda-t-il. Restez à mes côtés. Nous protégerons Thengel. Mais ne me quittez pas. »
Dernwyn serra sa main à travers son gantelet.
« Vous ne pouvez pas me quitter, non plus, dit-elle. Veillez à esquiver. »
Il eut un sourire inattendu, qu'elle lui rendit. Cette belle femme, courageuse et folle. Mahal comme il l'aimait.
« Voici le jour où nous montrons au monde que si les ténèbres nous envahissent, nous nous dresserons toujours contre elles ! En ce jour, nous nous battrons pour les vies innocentes et le futur de la Terre du Milieu ! rugit Thengel. Ce jour est à nous ! »
L'armée plus bas mugit, mais le rugissement de ceux qui marchaient pour Thengel fut encore plus fort. Fili ajouta sa voix dans un cri et entendit Bofur et Dernwyn pousser un cri de guerre à ses côtés. Ça y était, réalisa-t-il. C'était la bataille qui déciderait de leur sort, du sort de la Terre du Milieu, du sort de Bilbon. Ilsentit ce poids se poser sur ses épaules et lui serrer le cœur jusqu'à être au bord de l'explosion.
Il regarda Dernwyn une fois, juste une fois, avant que Thengel ne les mène au combat. Son heaume recouvrait son visage, mais ses yeux étaient encore visibles, et il ne les avait jamais vus si brillants. Ses cheveux étaient rentrés sous l'arrière du heaume, mais quelques mèches ne cessaient de s'échapper du bas. Elle serrait son épée dans la main droite, et elle avait l'air terrible et obsédante et si belle que Fili n'était pas certain de pouvoir respirer.
Elle croisa son regard, comme si elle le sentait la fixer, et fronça les sourcils.
« Je vous aime, dit-il soudain. »
Il cligna des yeux, surpris lui-même, et la regarda devenir bouche bée de surprise.
Puis ils partaient au galop, et Fili fixa son regard sur Thengel, conscient que les autres en faisaient autant. Ils n'allaient pas le perdre. Juste, non. Il savait que le Seigneur Elrond était derrière eux, ses elfes tirant déjà des flèches loin dans l'armée orque. Devant eux, juste là où l'armée les attendait, Fili put voir des lances qui attendaient de les faire trébucher. Il poussa un cri et fit tourner son épée au-dessus de sa tête. Il ne les craindrait pas. Elles étaient entre lui et le Gondor, entre lui et son frère quelque part devant lui, et cela n'était pas quelque chose à craindre. Il pressa son cheval et observa les orques commencer à trembler.
Elrond poussa un cri, et soudain des flèches volèrent au-dessus de Fili, si près que ses cheveux volèrent au-dessus de son visage. La ligne de lances tomba, et les quelques orques qui restaient commencèrent à courir. Fili prépara son épée et attendit.
Juste un instant. Pas plus.
Il inspira.
Ils plongèrent parmi les orques, et Fili en saisit deux dès le début, puis il fonçait avec Bofur à sa gauche, la pioche du fabriquant de jouets perçant rapidement les lignes ennemies. Mais ils avaient seulement fait une brèche dans les lignes ils étaient encore loin du Gondor, là où les orques se dirigeaient vers le mur avec des tours de siège. Les catapultes continuaient de tirer, et le Gondor continuait de s'écrouler.
« Il faut faire tomber ces catapultes ! cria Bofur. »
Fili hocha la tête et appela Dernwyn. Devant eux, Thengel était flanqué de deux Cavaliers loyaux qui restèrent avec lui tandis qu'il slalomait et esquivait entre les orques. Un groupe d'elfes se détacha, Arwen soigneusement protégée au milieu, et se dirigea vers les portes, où se trouvaient les orques.
« Venez ! cria Fili. »
Ils les suivirent. Ils trouvèrent une catapulte assez proche, et Fili et Dernwyn suffirent à tuer les orques qui s'en occupaient tandis que la pioche de Bofur trouvait sa place dans le bois. Il la libéra dans un cri, et la catapulte commença à tomber. Une en moins, il en restait plusieurs. Davantage de rochers volèrent vers le Gondor, mais le Gondor ne répliquait plus : pas avec leurs alliés sur le terrain.
« Qu'est-ce que c'est ? cria Ori. »
Fili suivit son doigt pointé vers les portes, où se dirigeait Arwen. Il y avait quelque chose d'énorme qui allait dans cette direction, essayant de les atteindre en premier, et Fili le fixa avec une horreur stupéfaite. Était-ce du feu ?
« Ori ! cria Fili. »
Mais la chose cessa soudain de bouger vers le mur. Une petite pluie de flèches éliminait rapidement chaque créature qui poussait l'engin vers le mur, et même les trolls étaient en train de tomber. Fili sourit et essaya de distinguer l'archer. Il était certain que le Gondor avait beaucoup d'archers, et des bons.
Mais personne n'était meilleur que Kili. C'était son frère au-dessus des portes, et il le savait.
Ils détruisirent une autre catapulte, suivant le contingent des elfes et repoussant les orques. Fili tendit une épée de chaque côté et traversa six orques avec la puissance de l'élan de son cheval. À ses côtés, un orque fit soudain mine de le tirer à terre, mais une épée acérée lui traversa le dos et le laissa tomber au sol. Il leva les yeux vers Dernwyn qui lui adressa un signe de tête féroce, son épée allant déjà en frapper un autre.
Les elfes étaient déjà aux portes. Fili fit faire volte-face à son cheval et, avec l'aide des autres, forma une barricade pour qu'Arwen rentre à l'intérieur sans danger. Minas Tirith n'était pas encore flammes, mais elle fumait quand même ici et là, et ses connaissances sur l'art de la guérison seraient nécessaires pour sauver des vies à l'intérieur. Le moins que Fili pouvait lui offrir était un passage sûr.
Les portes commencèrent à s'ouvrir en grinçant. Les orques coururent vers elles, mais Ori les attendait. Il lança deux petits couteaux dans les orques en approche, et en fit tomber plusieurs tandis que les orques se faisaient mutuellement trébucher. Des flèches volèrent au-dessus d'eux, en arrêtant davantage, et Fili transperça de ses épées deux orques qui osèrent s'approcher de trop près. Une lame saisit un orque à la poitrine, et Fili utilisa les deux mains pour la déloger. Un autre orque, enragé par le massacre, fonça sur eux avec un hurlement, mais Bofur l'abattit d'un coup rapide de sa pioche. Il s'effondra sous le coup, faisant reculer les chevaux qui hennirent nerveusement.
D'autres orques essayèrent d'attaquer, mais des Cavaliers et des elfes les avaient rejoints aux portes à ce stade, et ils réussirent à former un petit mur, protégeant le point le plus faible du Gondor. Ils délivrèrent des coups rapides et un par un, les orques commencèrent à tomber. Alors même qu'il arrachait la tête d'un autre orque, Fili put voir une petite partie de l'armée courir à l'est, là où les nuages de tempête s'accumulaient dans l'air avec menace. Retraite, ils faisaient retraite.
« Sur eux ! cria Bofur. »
Avec des cris de guerre, les Cavaliers commencèrent à poursuivre les déserteurs.
Mais il restait tellement d'orques. Fili donna un coup à un autre orque, mais celui juste derrière lui fut soudain là avec une lourde masse plantée d'épines, et ce fut un pur hasard que Fili se retire à la dernière minute. La masse saisit son cheval au flanc, et Fili se retrouva à tomber pour toucher le sol, durement. Il réussit à retirer sa jambe avant que le cheval ne puisse l'écraser, mais quand il roula pour s'éloigner, il n'était pas très stable. Il trébucha pour se remettre sur pieds, entendant son oncle dans sa tête. Garde toujours tes pieds sous toi, ou tu ne trouveras plus ta tête sur tes épaules. Dès qu'il eut repris son équilibre, il esquiva et se retourna. Le sifflement d'une arme au-dessus de lui l'informa qu'il avait bien deviné, et il plongea son épée dans le ventre de l'orque. Il gargouilla et tomba au sol.
Un cheval approcha vite, et Fili leva les yeux à temps pour trouver une main tendue vers lui, une armure brillante de Rohirrim reflétant la lumière du soleil. Il saisit la main et sauta sur le cheval, et une paire d'yeux très familière l'incendia du regard.
« Êtes-vous blessé ? demanda Dernwyn.
- Je vais bien, insista-t-il. »
Ils laissaient la porte derrière eux, réalisa-t-il, et il essaya de tendre la main vers les rênes.
« Dernwyn, vous allez dans le mauvais sens !
- Les elfes ontla porte ! cria-t-elle par-dessusla bataille autour d'eux. »
Lechevalse faufilaà travers les masses d'orques, et Dernwyn comme Fili esquivèrent quand une lance épaisse essaya de leur arracher la tête.
« Je ne vois pas Thengel ! »
Fili leva son épée dans les airs, attirant l'attention de tout le monde autour d'eux tandis qu'ils avançaient.
« Vers le Roi ! cria-t-il. »
Plusieurs Cavaliers répondirent à l'appel et commencèrent à chevaucher à leurs côtés.
« Vers le Roi ! »
Il pouvait sentir la tension chez Dernwyn tandis qu'elle pressait davantage le cheval. Fili posa les yeux partout, cherchant le Roi. Il avait été juste là, auparavant, et soudain il n'y était plus. L'idée que Thengel soit abattu, soit tué, laissa une boule de peur dans son ventre. Mahal, je vous en prie, épargnez-le.
« Mon Oncle ! »
Fili leva les yeux, n'osant presque pas espérer. Thengel était là, se battant seul au milieu d'un grand groupe d'orques et d'Uruk-haï. Les Cavaliers avec lui n'étaient plus là, et il se dressait seul contre les orques sur le champ de bataille.
« Mon Oncle ! cria Dernwyn. »
Ori commença désespérément à lancer des couteaux, abattant quelques orques. Ils étaient trop loin, alors même que les Cavaliers jetaient des lances, et quand un Uruk-haï tendit le bras vers Thengel, Fili sentit le temps ralentir. Le cri de peur et de rage de Dernwyn sembla résonner dans ses oreilles, le seul son qu'il pouvait entendre à part les battements deson cœur. Fili se sentit tomber, tomber sur le côté, mais ses émotions rattrapèrent son cerveau et il brandit son épée au-dessus de sa tête tandis qu'il se redressait sur la selle pour rester de travers. Sa lame sembla flotter dans l'air tandis que tout bougeait si lentement, trop lentement.
Puis tout accéléra de nouveau, et l'épée atteignit sa cible. L'Uruk-haï trébucha, libérant le cheval de Thengel, et Thengel réussit à sortir du piège. Puis ils étaient là, à faucher et découper tous les orques, qui avaient été si concentrés sur Thengel qu'ils ne s'attendaient pas à l'attaque par-derrière. Ils ne s'attendaient certainement pas à la rage et la fureur de l'attaque, et furent exécutés en une succession rapide. Le cheval essaya de trouver un terrain plat parmi les corps qui s'empilaient, et sous les orques, Fili put voir les chevaux des Rohirrim, les membres ensanglantés des Cavaliers morts qui étaient restés près du Roi.
« Mon Oncle ! cria Dernwyn. »
Elle glissa de son cheval et courut le rejoindre. Thengel eut un sourire las et saisit sa main dans la sienne, ensanglantée.
« Je vais bien, Dernwyn. Merci. »
Fili regarda autour de lui, prêt à presser Dernwyn de remonter en selle, mais quand ses yeux n'aperçurent aucun orque dans leur zone, il regarda encore plus loin. Ce qui était autrefois une énorme masse d'orques, n'était plus que de petites poches éparpillées dans le champ, laissant l'herbe rouge entre elles. Une armée séparée était une armée faible.
Il était encore possible qu'ils fassent fuir les orques.
« Finissons-en, dit Fili. »
Cependant, alors que Dernwyn se retournait, alors que les mots franchissaient ses lèvres, il entendit le son de trompe le plus fort qu'il ait entendu de sa vie. Il était profond et venait presque de la gorge, et n'avait pas un son de métal comme une trompe aurait dû avoir. Il semblait presque vivant.
« Je ne suis pas certain de ce qu'on est censés faire de ça, dit Bofur. »
Quand Fili le regarda, il semblait plus pâle qu'avant. Il hocha la tête en direction de Thengel et Dernwyn, et la trompe sonna à nouveau. Fili leva les yeux.
Et se figea. L'animal le plus large qu'il ait jamais vu, à part Smaug, venait droit sur eux. Il avait un membre long et indépendant là où aurait dû se trouver son nez, et deux longues dents – des défenses, l'informa son esprit, un savoir enfoui en lui – ressortaient. Ils étaient couverts de piques et d'un métal épais et acéré qui allait d'une défense à l'autre. Ils étaient grands, impossiblement grands, et tandis qu'il regardait avec horreur, plusieurs approchèrent. Il y en avait au moins cinq, et ils ne devenaient que plus grands en approchant. Sur leur dos se trouvaient de petites tentes, et il voyait des gens en haut de la bête.
« C'est quoi, ça ? demanda Dernwyn, éberluée.
- Des Mûmakil, dit Ori, bouche bée. On les appelle Oliphants, parfois. Ils sont réels, ils sont vraiment réels-
- Cavaliers, à moi ! rugit Thengel. »
Une nouvelle ligne de Cavaliers se forma tandis que les Mûmakil approchaient. Ils avançaient vite pour la masse qu'ils portaient, Fili devait leur accorder ça. Il saisit rapidement la main de Dernwyn et la hissa sur le cheval.
« Cavaliers, et tous ceux qui peuvent venir ! »
Des elfes à proximité les rejoignirent rapidement, Elrond les menant en avant, une sombre détermination sur leur visage. Fili voulut leur demander s'ils avaient déjà affronté l'un d'eux, s'ils avaient un conseil à donner contre ça, mais alors Thengel poussa un grand cri de guerre, repris par Elrond, et ils volaient de nouveau vers les champs. Fili observa tandis que les Mûmakil commençaient à secouer la tête, mais alors que son esprit essayait de comprendre pourquoi, le premier Mûmak leva la tête et fit un mouvement de balancier vers le bas avec ses défenses, piques et compagnie, contre un rang de Cavaliers.
« Non ! cria Fili, mais il était trop tard. »
Les Cavaliers volèrent dans les airs, des cris de douleur et d'agonie retombant en même temps que leurs corps. La ligne se brisa rapidement, la peur faisant bouger les chevaux au hasard tandis qu'ils essayaient d'éviter les défenses et les pattes. Dernwyn haleta quand une défense passa trop près, et Fili fit faire volte-face à son cheval face au danger en approche, plaçantDernwyn sur le côté au cas où il ne pourrait pas slalomer à temps. Mais le cheval retourna en sécurité, puis ils redescendaient le champ pour faire demi-tour et venir les prendre par-derrière.
« S'ils atteignent le Gondor, le mur est perdu ! cria Ori. Le mur ne saurait tenir contre les Mûmakil ! »
Fili n'était pas certain que quoi que ce soit puisse tenir contre eux. D'autres Cavaliers et elfes volèrent, et un Cavalier infortuné fut éventré par une défense. Fili eut un mouvement de recul en voyant le sang couler sur la défense blanche.
Une flèche vola près de lui, le faisant sursauter, et il leva les yeux vers l'un des Mûmak en approche. Ses passagers envoyaient volée sur volée de flèches vers le bas, et Fili sentit quand l'une des flèches lui égratigna le bras.
« Fili ! cria Dernwyn. »
Elle essaya de se retourner pour le voir. Il la saisit par la taille et la força à regarder devant elle.
« Je vais bien, continuez ! cria-t-il., puis ses yeux s'écarquillèrent. Je ne voulais pas dire 'continuez' comme ça !
- J'ai besoin de vos épées ! appela-t-elle. »
D'une façon ou d'une autre, le cheval continua d'avancer, droit vers le Mûmak. Il dansa dans le champ, évitant orques et larges pattes, puis ils furent presque en-dessous.
« Maintenant ! cria-t-elle. »
Fili tira son épée de son bras qui ne saignait pas, et frappa fort dans la patte la plus proche. Dernwyn saisit l'autre côté avec sa propre épée, et ensemble ils frappèrent les deux dernières pattes. Le cheval partit au galop, afin de sortir de sous le Mûmak qui trompeta de douleur. Celui-ci trébucha, ses pattes trop blessées pour le porter, et il frappa le sort assez fort pour que leur cheval perde l'équilibre un instant. Quand Fili regarda en arrière, le Mûmak était à terre, et pour de bon, car des Cavaliers passaient près de lui et jetaient des lances dans son crâne tandis que les elfes attaquaient avec des flèches.
« Faites-les tomber ! cria Thengel, pas loin d'eux. Faites-les tomber ! »
Un cri résonna dans le ciel, un cri que Fili ne connaissait que trop bien. Cependant, il leva les yeux vers les cieux, l'estomac se tordant jusqu'à ce qu'il manque de vomir.
Ce fut lui qui cria pour alerter les Cavaliers, lui qui ne put que regarder fixement tandis qu'il volait et encerclait le champ, plongeant vers eux avec un regard de mort.
« Nazgûl ! Nazgûl ! »
(-)
Dès que les Nazgûl apparurent, Kili courut sur le haut du mur. Il glissa et s'arrêta devant Denethor, ses mots brièvement interrompus par un autre rocher qui frappa deux niveaux sous eux, envoyant des fragments de la cité vers les étages inférieurs. Il ne parla que quand le bruit fut retombé.
« Il faut que je sorte là-dehors.
- Dehors, dit Denethor en secouant la tête. Impossible. Il y assez d'orques qui essayent d'escalader les murs, si vous voulez vous battre.
- Vous ne comprenez pas, dit Kili tandis que Legolas se ruait vers frère est là-bas. Fili est sur le champ de bataille, je sais que je l'ai vu, je ne peux pas le laisser seul là-bas ! »
Le Nazgûl cria au-dessus d'eux, et cela envoya un frisson à travers l'âme même de Kili. Là où le son lui avait autrefois porté sur les nerfs, maintenant c'était comme un assaut qui ne rendait que plus présent le souvenir de quand il avait touché l'orbe.
« Je ne crois pas qu'il soit sage pour vous d'y aller, commença Denethor. »
Un cri derrière eux, cependant, les fit tous sursauter. Mais ce n'était pas un Nazgûl : c'était Ecthelion.
« Je t'ai dit de retourner en sécurité ! cria-t-il à Denethor. Que fais-tu ici sur les murs ? »
L'Intendant lui-même portait une armure complète, comme Denethor. Il ne portait pas de heaume, cependant, ce qui laissait la vision de sa furie ouverte à tous.
« Je suis un soldat et un homme du Gondor, lui dit fermement Denethor. Ma place est ici, parmi mon peuple.
- Je suis ton père, et je t'ordonne de retourner en sécurité ! cria Ecthelion. Gardes, saisissez-le !
- Vous éloigneriez les gardes de défendre le Gondor juste pour satisfaire vos caprices ? demanda Legolas avec incrédulité.
- Ce n'est pas un caprice-
- Ce qui est sûr, c'est que ça y ressemble, dit Kili en incendiant l'Intendant du regard. »
Parmi eux, plusieurs gardes s'étaient interrompus dans leur défense de la ville, incertains de ce qu'ils devaient faire ensuite.
Par chance pour eux, Denethor résolut ce problème.
« Retournez à vos postes ! Défendez le Gondor à tout prix ! cria-t-il. »
Ils se retournèrent vers le mur, lâchant des rochers et tirant des flèches sur les orques en approche.
Ecthelion sembla sur le point d'exploser.
« Vous osez me défier ? Vous êtes tous des traîtres ! »
Il dégaina son épée, et Legolas saisit Kili pour le tirer en arrière. Les yeux de Denethor s'élargirent tandis qu'il commençait à reculer devant son père.
« J'ai ordonné à mes gardes de te saisir, et tu seras- »
Soudain Ecthelion s'effondra quand un bâton blanc familier le cogna en plein visage. Avec une agilité que Kili n'avait jamais vue, Gandalf retourna son bâton et infligea un dernier coup à la tête d'Ecthelion, le plongeant dans l'inconscience. Il arrangea ses robes froissées, puis se tourna vers les hommes, qui les fixaient.
« Retournez à vos postes ! cria-t-il. Nous devons préserver le mur !
- Gandalf, il faut que j'aille là-bas, insista Kili. »
A ses côtés, Denethor fixait son père avec choc.
« Il faut que je trouve Fili, j'ai juste... Je le sais, c'est tout.
- Alors vous rejoindrez la bataille, dit Gandalf. Emmenez Gripoil avec vous : il vous portera rapidement jusqu'à votre frère. »
Kili hocha la tête et se retourna pour partir.
« Vous venez avec moi ? demanda-t-il à Legolas. »
L'elfe sourit.
« Je ne vous laisserais pas partir sans moi. »
Les mots donnèrent à Kili l'audace de tendre la main et prendre celle de Legolas. Ensemble ils coururent le long du mur et descendirent jusqu'aux portes.
Des elfes de la bataille étaient là quand ils atteignirent les portes, et l'ordre fut donné de les ouvrir à nouveau. Kili monta sur Gripoil, Legolas derrière lui.
« Prêt ? demanda Legolas.
- Je parie que je peux en tuer plus que vous, se vanta Kili. Vous ou Gimli. »
Legolas rit doucement.
« Nous verrons cela.
- Legolas ! »
Une voix claire et féminine résonna à travers le chahut tandis que les portes commençaient à s'ouvrir.
« Arwen ! appela Legolas. »
Une jeune elfe les rejoignit près du cheval.
« Qu'est-ce que vous faites là ?
- Père a rejoint le Roi Thengel pour l'aider, dit Arwen. Je m'occupe des blessés. »
Quand ses yeux se posèrent sur Kili, ils étaient amicaux, mais il y avait quelque chose de profond et de sombre en eux qui lui donna soudain envie de détourner le regard.
Elle tendit la main vers lui, pas vers Legolas, et avec réticence il la prit dans la sienne.
« J'ai peur pour le Roi du Rohan, dit-elle. Et pour votre famille. »
Le cœur de Kili manqua un battement.
« Fili ? »
Arwen ne dit rien, mais il savait qu'il avait raison.
« Est-ce que mon oncle est là-bas ? demanda-t-il. Je n'ai pas pu le voir.
- Allez ! appela un garde. »
Au même moment, les portes s'ouvraient assez pour les laisser passer, et la main d'Arwen glissa de la sienne tandis qu'ils partaient. Il eut à peine le temps de fixer sa main tremblante sur son arc avant qu'ils soient au milieu de la bataille. Les orques étaient partout, et Kili les descendit, l'un après l'autre, essayant de percer deux orques avec une flèche pour économiser ses tirs. Son carquois était plein, presque au point de déborder, mais quand il vit une flèche facile à déloger, il se pencha et la saisit. Legolas en fit autant, saisissant une flèche sur un orque et la libérant, avant de viser à nouveau et de tirer avec la même flèche. Des orques tombèrent autour d'eux.
Un Nazgûl vola au-dessus d'eux, et sa seule présence rendit la peau de Kili brûlante et trop froide à la fois. Ses yeux suivirent la silhouette, et elle semblait presque le fixer. Il trembla, et manqua de perdre sa prise sur l'arc.
Des bras s'enroulèrent autour de lui tandis que Legolas tirait une autre flèche de devant Kili.
« Je suis là. »
Legolas murmurait dans son oreille, assez fort pour le reste de la bataille disparaisse, l'espace d'un moment.
« Je ne laisserai pas vous faire de mal. Ni maintenant, ni jamais. »
Kili hocha la tête une fois, puis deux, et la deuxième fois il fut plus sûr de lui. Legolas était là. Fili était... quelque part. Quelque part tout près. Près de l'Oliphant à terre, paria-t-il, et Mahal, ils étaient réels.
« Allez, dit Kili. »
Et déjà Gripoil allait plus vite dans le champ trempé de sang. Des orques disparaissaient à l'ouest, vers la fumante Osgiliath, et Kili ne savait pas s'ils battaient en retraite ou partaient simplement chercher d'autres réserves. Il espérait vraiment que c'était le premier.
Il ne savait pas s'ils pourraient survivre à un autre assaut. Des Cavaliers étaient morts tout autour d'eux, mais d'une façon ou d'une autre Gripoil se débrouillait pour sauter par-dessus ou slalomer entre les corps. Les orques reposaient aux côtés des hommes comme des elfes, et l'herbe sèche était rouge et noire de leur sang.
Il devait trouver Fili. Il le devait.
« Kili ! cria Legolas. »
Kili leva les yeux tandis que Gripoil tournait droit dans le chemin d'un Oliphant. Kili essaya d'éloigner le cheval, mais il était déterminé, et Kili se surprit à se recroqueviller. OhMahal, ils allaient être écrasés, et attendez, que faisait Legolas ?
« Qu'est-ce que vous faites ? cria Kili. »
Mais Legolas bondissait déjà de Gripoil. Kili haleta et fixa avec autant d'horreur que d'admiration tandis que Legolas saisissait l'une des cordes menant au sommet de la bête et commençait à grimper facilement. Il atteignit la tente sur la selle où se tenaient plusieurs personnes, et avant qu'ils ne puissent faire quoi que ce soit, Legolas les avait abattus avec ses couteaux. Il ne lui fallut pas une minute de plus pour se débarrasser du cavalier principal de l'Oliphant, puis Legolas sortit des flèches de son carquois. Kili pressa Gripoil pour rester à la même vitesse que l'Oliphant, surveillant soigneusement les endroits d'où Legolas pouvait sauter. Legolas prépara ses flèches, les trois, et les enfonça soigneusement dans la base du crâne de l'Oliphant. Celui-ci trébucha avec un cri tremblant, et Kili fixa Legolas qui ne sauta pas sur le côté, mais fit un pas en avant et se laissa glisser sur sa trompe. Il sauta facilement de la trompe à Gripoil, et atterrit juste derrière Kili.
« Je crois que ça a bien marché, dit Legolas, impassible. »
Puis il se mit à sourire. Kili laissa échapper un rire.
« Je dois vous dire, que c'était très joliment fait. Je ne sais pas si quelqu'un d'autre aurait pu le faire aussi bien.
- Je vis pour vous faire sourire, dit-il. »
Et si les mots étaient légers, il y avait en eux quelque chose de très sérieux. Les joues de Kili se firent rouges et chaudes.
« Attention ! »
L'avertissement du Cavalier fut tout ce qu'ils eurent avant que quelque chose ne plonge très bas et ne manque de les arracher tous deux du cheval. Mais Gripoil était plus rapide, et ils furent hors d'atteinte. Le Nazgûl trouva encore des chevaux et des Cavaliers et des elfes à expulser du champ de bataille, et Kili frissonna devant les longues griffes de la créature... Ce n'était pas un sort qu'il souhaitait.
« Il faut qu'on trouve Fili, dit-il. »
Alors qu'il parlait, cependant, quelque chose craqua, et fort. Kili baissa les yeux vers le sol et le fixa avec une horreur abjecte.
Le Nazgûl et sa créature avaient saisi un large rocher à côté d'une catapulte et l'avaient soulevé dans les airs sans difficultés, avant de le lancer, dans les airs, droit vers les portes. Il ne brisa pas complètement les portes, mais les gardes au-dessus furent incapables d'arrêter la destruction soudaine des portes. Kili pensa aux elfes, à la jeune Arwen à l'intérieur, à Finduilas et Ivriniel, et ferma étroitement les yeux.
« Denethor défendra le Gondor jusqu'à son dernier souffle, lui dit Legolas. Si nous voulons les aider, nous devons trouver votre frère. Et vite. Les paroles d'Arwen me troublent. »
J'ai peur pour le Roi du Rohan, et pour votre famille.
Elles troublaient Kili, aussi.
« Allez, dit Kili. »
Gripoil n'eut pas besoin de plus d'encouragements. Ils galopèrent dans la bataille, faisant tomber des orques où ils pouvaient, et évitant délibérément de regarder en arrière, où le Gondor commençait à brûler.
(-)
« Je sauterai en premier.
- Tu ne feras rien de tel ! Ils ne te remarqueraient même pas.
- Vous n'êtes pas beaucoup plus grand !
- Je n'arrive pas à croire que j'écoute cette dispute, marmonna Thorin. »
Aragorn sourit et leva son épée. Il n'arrivait toujours pas à croire que cette lame était à lui. Ça semblait tellement irréel.
Mais en même temps, il était bien en train de descendre la rivière sur un vaisseau pirate en direction d'Osgiliath, une armée de Morts entièrement à ses ordres, la grâce d'Arwen pendant à son cou. Il lui faudrait un moment pour s'y maintenant, laprésencedes morts sur le vaisseau semblait si oppressante qu'il ne pensait pas pouvoir respirer. Comment ils avaient tous réussi à rentrer dans un unique vaisseau, il ne le comprenait pas.
Tandis qu'ils approchaient des restes d'une cité, cependant, Aragorn put voir Minas Tirith au loin, et il fut reconnaissant qu'ils soient avec eux. La cité envoyait de la fumée dans le ciel, bien qu'elle tienne encore debout. Même à distance, il entendait le rugissement de la bataille, uniquement assourdi par le fait qu'elle soit loin.
« Nous débarquons ici, dit Aragorn à voix basse. »
Les Morts commencèrent à tirer le vaisseau pour l'ancrer. Thorin appuya ses yeux contre l'un des trous du vaisseau, et il poussa un grondement. Aragorn regarda à travers un autre espace entre les planches de bois et découvrit la source de son déplaisir. Une multitude d'orques les attendait.
« Sautez le premier, dit Gimli à Dwalin, et Aragorn fronça les sourcils devant sa peur soudaine. Ensuite je sauterai, et ils cesseront d'être amusés pour commencer à avoir peur. »
Dwalin tourna de grands yeux vers Gimli, stupéfait, avant d'éclater de rire.
« Ah, Gimli. T'es un bon nain, mon gars. Tu fais honneur à ton père. »
Gimli sembla extrêmement content. Thorin sembla à deux doigts de rouler des yeux.
« Aragorn, attirez leur attention, marmonna-t-il. J'ai une mer d'orques entre mes fils-sœurs et moi, et il faut l'ouvrir en deux. »
Il avait encore plus d'orques entre Bilbon et lui, mais il n'y avait rien qu'Aragorn puisse faire à ce sujet. Cette bataille devait d'abord avoir lieu, et s'ils gagnaient, alors ils pourraient essayer d'aider Bilbon. Mais cette bataille devait d'abord être gagnée.
« Allez, rats des mers ! Quittez vos navires ! Vos lames ont fort à faire ici.
- Si ce n'est pas une invitation, je ne sais pas ce que c'est, dit Dwalin. »
Il haussa les sourcils en direction d'Aragorn. Thorin lui fit un signe de tête, et Aragorn sauta avec agilité par-dessus le bord du vaisseau, atterrissant devant la horde d'orques. Ils clignèrent des yeux, surpris de son apparition soudaine. Aragorn se dressa fermement devant eux, son épée levée. Un instant plus tard il sentit Thorin, Dwalin, et Gimli le rejoindre.
Les orques commencèrent à rire.
« On nous livre un bon repas, dit le premier orque. »
Il se lécha les babines avec une langue dont Aragorn aurait juré qu'elle était fourchue. L'orque lui sourit, révélant des dents taillées.
« Venez à nous sans faire d'histoires, et on vous tuera avant de vous manger.
- Trop aimable, dit Dwalin en tordant sa hache. Nous sommes touchés. »
Rejoignez-moi, pensa Aragorn, et il sentit l'Armée des Morts s'élever du vaisseau. Aragorn commença à courir vers les orques, les nains à ses côtés, et il observa les orques passer d'amusés à horrifiés. Aragorn faucha fortement de son épée et commença à se frayer un chemin à travers le groupe. Vraiment, il n'y avait pas grand-chose à faire, cela dit. L'Armée des Morts était terriblement rapide. Il ne put que regarder tandis qu'un par un, les orques rencontraient leur fin et étaient rapidement réduits à néants.
« Content qu'ils soient de notre côté, dit Gimli en tirant sa hache d'une poitrine orque. Ils arriveront au Gondor avant nous si on ne se dépêche pas !
- Allez ! cria Thorin. »
Ils se mirent tous à sortir en courant de la cité rasée en direction des champs.
(-)
Une minute ils étaient sur leur cheval, et la suivante, Dernwyn se retrouva à voler à travers les airs, son bras se prenant dans quelque chose avant de brûler comme s'il était en feu. Elle le tapa de la main, essayant d'éteindre les flammes, avant de réaliser que ça saignait juste. Mais oh, ça brûlait. L'armure avait dévié une partie du coup, mais elle sentait la peau déchirée et le sang couler le long de son bras. Elle réussit à se mettre sur pieds et fixa avec terreur la scène devant elle.
Fili était aussi allongé au sol, mais prenait son temps pour se relever. Et en train d'avancer vers lui, le Nazgûl. La créature siffla et claqua des mâchoires, et Dernwyn connaissait son cavalier, elle le connaissait bien. C'était le même cavalier couronné qu'en Isengard. Et il se dirigeait droit vers Fili, Fili qui ne se relevait pas. Il ne cessait d'essayer de pousser sur ses bras pour se relever, mais ne semblait pas y arriver, et il avait l'air aussi faible qu'un chaton nouveau-né.
Ce fut seulement quand elle s'approcha qu'elle put voir le sang sur sa tête. Il secoua la tête, clignant des yeux troubles, et essaya de tendre la main vers ses épées. Elle courut l'aider, mais la créature poussa un cri et faillit lui mordre le côté. Elle réussit à esquiver mais trébucha sur un cadavre d'orque et atterrit au sol. La bête commença à se diriger vers elle, lentement, comme si elle avait tout le temps du monde. La jeune femme réussit à tirer son épée et à donner un grand coup. Il la saisit sur le côté de la bouche et fit couler du sang, du sang noir et épais. La créature hurla et donna un coup de tête si brusque qu'elle ne réalisa pas qu'elle l'avait lancée avant d'atterrir. Elle haleta, essayant de trouver son épée. Où était son épée, où était-elle, où... ?
Elle l'atteignit juste quand la bête se jetait sur elle. La jeune femme fit volte-face mais il était trop tard.
Soudain la créature recula, claquant des mâchoires en criant, et Thengel était juste devant elle.
« Il faudra me passer sur le corps pour la prendre, gronda-t-il. »
Les yeux de Dernwyn se portèrent vers le Gondor. Les portes étaient ouvertes, et les orques se déversaient à l'intérieur. La cité était tombée. Non, non, non...
La créature réussit à éviter l'épée de Thengel et saisit le roi entre ses dents, et du sang coula dans sa bouche. Thengel poussa un hurlement étranglé, puis il volait dans les airs, se cognant sur un rocher, assez fort pour le casser.
« Non ! hurla-t-elle. »
Non, c'était impossible, non...
Il s'effondra et ne bougea plus.
Dernwyn ne put que le fixer.
« Thengel, murmura-t-elle d'une voix brisée. »
Ce n'était pas possible. Elle n'était pas en train de perdre le seul homme qu'elle ait considéré comme un père, pas maintenant, pas maintenant...
Mais la créature passait déjà à sa prochaine cible : Fili. Le nain ne s'était pas encore complètement relevé, et tandis qu'il essayait de se mettre debout, la créature baissa la têt et l'assomma.
« NON ! cria-t-elle. »
Elle tira son épée vers elle et courut, ne se souciant même plus que la bête enroule son long cou autour d'elle et l'étrangle. Si elle pouvait sauver Fili, si elle pouvait juste sauver Fili.
Une flèche vola de nulle part et perça la créature dans l'œil. Elle hurla et trembla, son grand cou s'agitant de droite à gauche avec agonie. Avant que Dernwyn ne puisse faire quoi que ce soit, la silhouette de quelqu'un qui leur avait beaucoup manqué se dressa entre Fili et la créature, et sur son visage se trouvait une fureur que Dernwyn n'avait jamais vue chez lui.
« Tu ne toucheras pas à mon frère, dit Kili, fou de rage. »
Il prépara une nouvelle flèche, bandant son arc au maximum. À ses côtés se trouvait Legolas, une flèche presque prête. La créature cria mais fit mine de les frapper.
Avec un grand cri Dernwyn leva l'épée de son père et l'abattit sur le cou de la créature. La tête tomba avec le coup, et le corps trembla dans son agonie. Le cavalier noir perdit l'équilibre, tombant derrière les ailes encore battantes. Dernwyn se concentra sur inspirer assez d'air pour mieux tenir son épée.
« Dernwyn-
-Sortez-le d'ici, ordonna Dernwyn en regardant ses yeux. »
Il la regardait avec de la peur dans les yeux, de la peur pour elle, manifestement, et Dernwyn essaya de parler, de dire quelque chose pour le réconforter, mais rien ne sortit.
Par chance, lui pouvait encore parler.
« Esquive, dit-il. »
Du sang coulait presque dans sa bouche, et elle ne put même pas rire avant que le cavalier ne se dresse devant elle. Dans sa main se tenait une grosse boule au bout d'une chaîne, large et couverte d'épines. Elle se prépara, l'épée levée.
Il fit tournoyer son arme au-dessus de sa tête en une seconde, la surprenant par sa vitesse avant qu'elle ne se jette hors de son chemin. Kili et Legolas éloignaient déjà Fili de la bataille tandis que Dernwyn gardait la concentration du cavalier sur elle.
« Ne vous battrez-vous pas avec moi ? le nargua-t-elle. Je vous ai vaincu une fois, et je vous vaincrai encore.
- Tu ne peux pas me tuer, siffla le cavalier. »
Du coin de l'œil, elle vit Kili vaciller et frissonner, ses mains montant à ses oreilles pour bloquer le son. Il continua d'avancer avec résolution, mais la douleur sur son visage la fit resserrer sa prise sur son épée.
« Aucun homme ne peut me tuer. »
Il fit de nouveau tournoyer la masse et elle se baissa, esquivant le coup. Il la hissa haut au-dessus de sa tête, mais elle roulait déjà pour s'éloigner avant que l'arme ne touche le sol. Enhardie, elle s'avança avec un cri, l'épée levée, mais son autre main la frappa durement au bras. La douleur remonta dans son épaule et elle hurla, tombant au sol.
Elle lutta pour se relever. Mais ses yeux la trahirent et se fixèrent sur la forme inerte du roi, son roi, son Oncle et son chef et sa famille. Du sang trempait son armure percée, et sa peau sembla pâlir davantage sous ses yeux. Elle lui avait fait défaut.
Et elle avait fait défaut à son nouveau roi, l'homme qui l'avait insultée et lui avait demandé d'être sienne et l'aimait, et il avait choisi le pire moment pour lui avouer les désirs de son cœur. Elle porta son regard vers l'endroit où Kili et Legolas avaient déposé Fili sur un cheval d'un blanc étincelant. Tous deux semblaient très inquiets, et Fili ne semblait pas bouger.
Leur avait-elle fait défaut à tous les deux ? Avait-elle échoué dans la seule tâche qu'elle s'étaitdonnée ?
Le cliquetis de la chaîne l'enragea soudain, et elle se remit debout dans un rugissement. Le Nazgûl s'arrêta net, et la peur qu'elle ressentit quand il regarda à travers elle ne fit qu'alimenter sa furie.
« Aucun homme ne peut me tuer, répéta-t-il en levant sa masse. »
Elle arracha son heaume de sa tête et laissa ses cheveux cascader sur ses épaules. Le cavalier marqua une pause, et ce fut tout ce dont Dernwyn eut besoin.
« Je ne suis pas un homme, dit-elle lentement. »
Puis dans un cri, elle plongea son épée dans son visage. Ses mains commencèrent à brûler tandis que le cavalier commençait à trembler, et son heaume se mit à se tordre. Un pic de quelque chose traversa son bras blessé, et dans un cri elle retomba, ramenant son bras à elle. La douleur, la douleur, c'était tout ce qu'elle pouvait voir, entendre, ressentir, elle n'était que de l'agonie entourée d'une peau, et elle se tordit sur le sol tandis que quelque chose de sombre commençait à brûler en elle.
Avec un hurlement le Nazgûl explosa en une boule de lumière brûlante. La douleur diminua, mais s'attarda comme une courbature. Ce fut suffisant, cependant, pour lui permettre de serelever et de regarder autour d'elle. Son épée n'était pas loin, et elle réussit à la tirer vers elle.
Ses yeux se posèrent sur Thengel, et elle ne se le refusa pas cette fois. Elle trébucha mais atterrit finalement à côté de sa forme inerte. Elle tendit sa main valide, tremblante.
Sa poitrine était secouée de respirations humides, et elle en fut si stupéfaite qu'elle faillit tomber. Était-il... était-il vivant ?
« Mon Oncle ? réussit-elle à dire malgré ses lèvres tremblantes. Mon Oncle ? »
Lentement il leva la tête. Ses yeux furent lents à la trouver, et du sang coulait de ses lèvres. Mais il sourit quand il la vit, et bien qu'enrouée, sa voix lui répondit.
« Dernwyn, murmura-t-il. Ma belle Dernwyn. »
Elle eut un rire qui ressemblait plus à un sanglot, mais sourit quand même.
« Tout ira bien, lui dit-elle. Tout ira bien, juste, respirez. Je vais vous trouver de l'aide...
- Laissez-moi m'en aller, Dernwyn, dit-il doucement. »
Son sourire se figea et commença à vaciller.
« J'ai... j'ai fait mon temps sur cette terre. »
Elle le regarda tousser, sa respiration se faisant de plus en plus lente.
« Vous ne pouvez pas partir, dit-elle désespérément, sa main valide s'agrippant à lui. Thengel, mon Oncle, vous ne pouvez pas...
- J'ai juré à votre père que je vous protégerais, souffla-t-il. Et je l'ai fait. Jamais je n'aurais pu donner ma vie d'une meilleure façon. »
Il y avait trop de sang, et son esprit le savait, mais son cœur refusait d'accepter ce qui se passait.
« Vous ne pouvez pas partir, murmura-t-elle à nouveau, et un sanglot lui échappa. Th-Thengel, s'il vous plaît, juste, accrochez-vous...
- Dernwyn, dit-il doucement. »
Et ce n'était pas juste, que ce soit lui qui la réconforte à la fin de sa vie. Elle devrait le réconforter tandis qu'il mourait, elle devrait être plus forte que cela. Elle était venue le défendre, et elle lui faisait défaut en tous elle ne put retenir ses larmes tandis que l'homme qu'elle en était venue à considérer comme son père, son roi loyal, commençait à s'éteindre.
« Dernwyn, dit-il à nouveau. »
Elle lutta pour se contrôler. Il était encore vivant, et elle n'allait pas le pleurer pendant qu'il respirait encore.
« F-Fili et... et vous...
- Nous vivrons, jura-t-elle. »
Et elle ne promettait rien qu'elle puisse vraiment offrir. Autour d'elle, la bataille faisait rage, mais d'une façon ou d'une autre on les laissait en paix, au moins pour le moment. Peut-être parce que les portes étaient tombées. Le Gondor était tombé.
« Nous vivrons, je le jure.
- Dites à Morwen, murmura-t-il. Dites à mes enfants. »
Il n'avait pas besoin de préciser quoi leur dire. Elle savait.
« D-dites leur que je rejoins, mes ancêtres, avec fierté. Dites-leur comme je vous... vous l'ai dit... »
Elle attendit longtemps les mots suivants, mais ses yeux se fermèrent soudain, et elle sut que les salles de ses ancêtres l'avaient appelé. Elle tendit une main tremblante pour entourer son visage, et sa peau était déjà froide, si froide...
Elle savait qu'elle avait besoin de son épée. Elle savait qu'elle devait de nouveau rejoindre la bataille. Elle savait tout cela et plus. Mais elle ne put s'arracher du corps de Thengel.
Elle s'enroula autour de lui pour le protéger dans la mort comme elle n'avait pu le faire dans la vie, et elle pleura et pleura et pleura.
(-)
Tout était douloureux. Il ne savait pas où étaient ses épées. Mais la douleur, Mahal, elle était partout, elle le traversait, Dernwyn, il ne savait pas où était Dernwyn, pas depuis... depuis que quelque chose s'était produit.
La seule chose qu'il savait, c'était que son frère était là.
« Kee ? marmonna-t-il.
- Je suis là, jura Kili. »
Il était accroupi devant lui, l'air sale et égratigné mais juste devant lui, entier et vivant.
« Je suis là, Fee. »
A quelqu'un à ses côtés, il dit :
« Allez chercher Dernwyn. »
La silhouette hocha la tête, faisant voler des cheveux blonds et sales dans le vent. Legolas.
« Je reviens tout de suite, dit l'elfe. »
Il disparut en un instant. Sa perte fut ressentie, et Fili lutta pour s'asseoir, essayant d'agripper le bras de Kili.
« Ne pars pas, dit-il d'une voix rauque. Mes épées, je ne sais pas où, Dernwyn, ne pars pas. »
Kili avait l'air d'avoir avalé quelque chose de vil, mais il s'agenouilla encore plus près, essuyant quelque chose sur le front de Fili. Sa main revint tachée de rouge.
« Je ne pars pas, jura Kili. Je vais te protéger, Fee, jete le jure. Je ne vais nulle part. »
Puis il disparut. Les yeux de Fili se posèrent partout, cherchant Kili, mais ce fut un cri de douleur qui attira son attention à sa gauche. Kili essayait de se remettre debout, et une grande silhouette blanche commença à combler l'espace entre eux.
Orque Pâle.
Azog.
« Non ! cria Fili. »
Du moins, il essaya sa voix lui fit défaut, et il commença à tousser. Azog se retourna en entendant son gémissement et commença à rire.
« Reste où tu es, petit Durin, dit Azog, se tordant la langue avec le langage commun. Je serai avec toi dans un instant. »
Il commença à se rapprocher de Kili, qui était debout et tirait la lame que Fili lui avait donnée. Il n'était pas aussi doué que Fili avec l'épée, cependant, et Fili commença à pousser pour se lever. Une douleur lui traversa la tête et rendit tout flou pendant un instant, et le temps qu'il s'éclaircisse les idées, Azog avait refait tomber Kili, qui agrippait son bras, essayant de ramper vers son épée. Azog jouait avec lui maintenant, se rapprochant lentement, et Kili le savait. D'une minute à l'autre, le coup fatal pouvait être porté, mais Azog voulait jouer avec Kili. Il voulait que ça fasse mal.
Avec un cri étranglé Fili se mit debout et faillit retomber. Tout tournait autour de lui, mais il réussit à se maintenir debout. Épées, où étaient ses épées ? Il avait besoin de ses épées, il devait tuer Azog avant qu'il ne fasse de mal à Kili...
Il trébucha et tomba, presque assez près pour atteindre Kili s'il tendait le bras.
« Kee, murmura-t-il. »
Kili le regarda avec des yeux pleins de terreur. Ça y était. Ils étaient finis. La lignée de Durin allait être interrompue, et il n'avait aucune parole de réconfort à offrir à Kili. La seule chose qu'il pouvait faire était d'être là avec son petit frère tandis que tout se terminait. Si Kili devait mourir, il ne mourrait pas seul. Azog eut un rire de gorge, un rire profond, et Fili tendit la main vers son frère une dernière fois.
Un rugissement plein de douleur et de rage emplit l'air, et soudain Azog fut repoussé, sévèrement, par-
« Mon Oncle, souffla Fili, en laissant échapper un sourire. »
Kili rampa vers lui et le remit debout, puis Legolas et Dernwyn furent là, pour les éloigner de la bataille. Les orques les avaient ignorés, passant au large du combat qui revenait à leur chef, et cela les protégeait pour l'instant. Thorin était comme possédé, faisant reculer Azog comme si sa vie en dépendait. Orcrist semblait voler dans les airs, un instant devant Thorin, le suivant sur le côté après une défense rapide, puis poussée en avant, essayant de trancher dans Azog. Azog semblait presque surpris de la férocité avec laquelle se battait Thorin, mais pas pour longtemps. La fureur et la haine commencèrent à bouillir à la surface, et Azog commença à trancher et attaquer furieusement.
« C'est quoi, ça ? »
L'exclamation de Kili attira l'attention de Fili vers le Gondor. Il y avait quelque chose de vert qui courait vers la cité, et bientôt ça se déversa dans les portes ouvertes. Ça ressemblait presque à des gens, mais Fili n'avait jamais vu de gens verts de sa vie. Il était blessé à la tête, et tout était encore confus, mais il n'était pas si confus que ça.
Soudain Gimli apparut, sa hache sanglante devant lui.
« L'Armée des Morts, dit-il fièrement. Ils ont proprement balayé les orques près de la rivière, je vous le dis ! Pas au point que je puisse pas en assommer quelques-uns, remarquez.
- Et combien en avez-vous assommés ? demanda Legolas, un sourire joyeux sur le visage. »
Fili ne put retenir son propre sourire : un elfe qui était bon ami avec des nains. Qui l'eût cru ?
« Trente-six, dit fièrement Gimli. »
Legolas hocha longuement la tête avec considération, mais Fili voyait Kili sourire malgré la douleur.
« Trente-sept, moi-même, dit Legolas au bout d'un moment. »
Le visage de Gimli se renfrogna si vite que Fili dut imaginer que c'était douloureux à faire.
« C'était bien trente-sept, Kili ?
- J'ai perdu le compte au bout d'un moment, pour être honnête, répondit Kili. »
Il s'assit en grimaçant, ce qui faillit arracher le sourire de Legolas de son visage. Kili secoua la tête et fit un clin d'œil.
« Je croyais que vous étiez dans les soixante-dix, mais c'est difficile à dire.
- Soixante-dix ? balbutia Gimli. »
Il n'eut pas le temps de donner voix au reste de son indignation, car Dwalin les dépassa en courant.
« Garde les orques loin d'eux ! ordonna Dwalin à Gimli avec un signe de tête vers Fili et Kili. On est encore loin d'avoir fini ! »
C'était vrai, et Fili voyait maintenant que les orques se regroupaient, encouragés par la vue de leur chef en train de battre Thorin. Thorin scintillait de sueur, sa poitrine se soulevait à la recherche d'air, et Fili savait que ce n'était qu'une question de temps avant que l'épuisement ne prenne le dessus.
« Où sont les Cavaliers ? demanda-t-il. »
Sa tête était tellement embrouillée, pourquoi était-elle embrouillée ?
« Ils sont allés défendre la cité, mais... »
Legolas fut coupé par un grand rugissement. En tête des orques se trouvait un orque plus grand avec une crinière en bataille et une peau plus pâle. Il ressemblait... il ressemblait presque à Azog. Fili le fixa avec horreur et incrédulité. Même Thorin sembla déconcerté tandis que l'orque menait le reste de l'armée vers l'avant. Ce qui aurait dû être un groupe de déserteurs, face aux Cavaliers et aux elfes et à l'Armée Morte, se ralliait maintenant derrière le grand orque et revenait vers eux.
« Mon fils, dit Azog, souriant à Thorin de ses dents pointues. Bolg va adorer découper tes fils en cadavres sans peau. »
Thorin fit tournoyer Orcrist si haut qu'Azog faillit ne pas s'en apercevoir, et ils reprirent le combat. Mais ça n'allait pas suffire. Legolas tirait déjà dans l'armée, et Kili essayait d'en faire autant, mais son bras blessé l'handicapait. Ils devaient se lever, ils devaient partir.
« Aidez-moi à me lever, murmura Fili. »
Dernwyn commença à le mettre debout, et ce fut seulement alors que Fili put bien voir son visage.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Dernwyn secoua la tête, et Fili sentit le sang se retirer de son visage. Le Gondor était tombé, et avec lui...
« Pas maintenant, insista Dernwyn d'une voix étranglée par les larmes. »
Mais malgré ses yeux rouges et ses joues tachées par les larmes, elle le fusilla du regard, colérique et déterminée, et il retira tout ce qu'il avait pensé avant la bataille : jamais avant cet instant elle n'avait été si belle.
« Pas maintenant. Il faut que je vous sorte d'ici, tout de suite.
- Allez ! cria Kili. »
Des mains saisirent alors Fili par les épaules et le tirèrent vers l'arrière. C'était Aragorn, qui plaçait Dernwyn et Fili derrière lui, les poussant vers un cheval blanc.
« Sortez de là, partez ! ordonna Aragorn.
- Où est l'Armée des Morts ? cria Dwalin tandis que Bofur et Ori couraient les rejoindre. Où sont-ils passés ?
- Ils reprennent encore le Gondor ! »
Aragorn regarda en arrière et leva son épée.
« Cavaliers du Rohan ! Elfes loyaux à Elrond ! Je demande votre aide ! Je demande votre aide ! »
Cela n'allait pas suffire. Bofur commença à éloigner Fili et Dernwyn, les emmenant vers le cheval, et Fili voulut crier que c'était inutile : jusqu'où pouvaient-ils aller quand il ne leur restait rien ? Jusqu'où étaient-ils censés aller quand tous ceux qu'ils aimaient étaient morts sur le champ de bataille ?
« Kili, appela désespérément Fili. »
Mais il savait que la dernière image qu'il aurait de son frère serait ses longs cheveux noirs, collés par la saleté etle sang, dressé aux côtés de Legolas, tirant des flèches malgré la douleur de son bras blessé. Plus loin se trouvait son oncle, qui combattait l'épuisement et la douleur pour maintenir Azog à distance, pour les sauver d'Azog. Il donnait sa vie à chaque coup, chaque parade, chaque mouvement de l'épée, pour les maintenir en vie.
Fili n'avait même pas la force de combattre Bofur, et des larmes de frustration lui montèrent aux yeux.
« Partez ! rugit Dwalin. »
Dernwyn saisit le bras de Fili tandis que l'armée d'orques s'approchait davantage. Bolg courait devant eux, plus rapide que les autres, et dans sa main se trouvait une terrible massue en os. Elle allait finir dans la tête de quelqu'un, quelqu'un qu'il aimait, et Fili ne pouvait pas partir. S'il devait mourir, il voulait que ce soit à leurs côtés, en protégeant Kili, en protégeant Dernwyn. Quelque chose, n'importe quoi.
Mahal, aidez-nous, je vous en prie.
Un long coup de trompe résonna, mais ce n'était pas un Oliphant. Surpris, tout le monde se tourna vers le nord, vers la colline dont Fili lui-même était descendu au début de la bataille. Une longue rangée de chevaux commencèrent à s'aligner sur la crête, et tandis que Fili les fixait avec stupéfaction, Legolas cria un nom avec joie.
« Tauriel ! »
L'elfe de la Forêt Noire, la camarade de Legolas. Mais alors même que Fili s'émerveillait du fait que la famille de Legolas était venue, qu'ils avaient une armée fraîche prête à livrer bataille, une autre armée apparut, bien plus petite que les elfes. Même à distance, Fili reconnutleur chef aux cheveux blancs, qu'il connaissait bien.
« Balin ! rugit Dwalin. »
Il laissa alors échapper un grand rire. D'autres nains étaient avec lui, et à leurs côtés arriva un autre groupe de chevaux, mais ce n'étaient ni des elfes ni des nains. Celui à l'avant était un visage que Fili ne se serait jamais attendu à revoir.
« Bard ? murmura Kili avec stupéfaction. »
Mais c'était bien Bard de Lacville, se tenant aux côtés de Balin et Tauriel et d'une armée d'hommes, d'elfes et de nains. Avec un grand cri ils descendirent, et leurs nombres étaient grands. Si grands que les orques se figèrent sur place, et même Bolg s'arrêta, fixant la soudaine masse de guerriers devant eux. Azog se retourna pour regarder brièvement, juste brièvement, mais ce fut tout ce dont Thorin eut besoin.
Avec un cri de rage, Thorin fit tournoyer Orcrist et la lame atterrit tout contre le cou d'Azog. Un coup rapide, et la tête de l'Orque Pâle tomba de ses épaules pour atterrir dans l'herbe. Son corps tomba à sa suite. Thorin se dressa là, haletant, mais Orcrist demeura ferme dans ses mains. Il leva la tête vers l'armée orque, attendant, comme pour les défier.
« Au suivant, gronda-t-il. »
Bolg poussa un cri d'agonie, mais son chagrin ne dura pas longtemps. Il hurla, furieux, mais deux Uruk-haï le saisirent et le tirèrent en arrière, le ramenant parmi le groupe. Les Cavaliers et les elfes, enhardis par les nouveaux alliés, rejoignirent les rangs des nouveaux arrivants et donnèrent la chasse vers l'est. Fili laissa ses yeux se promener à la recherche d'orques restants, mais il n'y en avait pas. C'était fini. La bataille était finie.
« On a gagné ? demanda Kili, stupéfait. »
Thorin ne bougea pas, les yeux fixés sur la tête d'Azog. Fili ne pouvait pas imaginer ce que ressentait son oncle. Son ennemi tant recherché était mort, enfin tué de sa propre main.
« On a gagné, dit Dwalin. »
Ses mots semblèrent ramener Ori à la vie, et le nain courut vers lui, le jetant presque à terre en le serrant fort et longuement contre lui. Dwalin lâcha son marteau et prit Ori dans ses bras, et tous deux appuyèrent leurs fronts l'un contre l'autre et respirèrent profondément, sans rien dire.
Fili saisit Dernwyn par les épaules et l'attira à lui, assez près pour sentir ses cheveux sur son visage.
« Vous êtes là, murmura-t-il. »
Elle hocha la tête, mais il n'y avait pas de joie sur son visage. Du soulagement, ça il y en avait beaucoup, mais il n'y avait pas de joie. Il savait qu'il n'y en aurait pas. Pas maintenant, pas quand Thengel...
« Vous allez bien, tous les deux ? demanda Aragorn en s'avançant. Fili, vous êtes blessé-
- Ça... Ça va, dit doucement Fili. »
Thorin s'était retourné en entendant Aragorn, et maintenant toute la compagnie les regardait avec inquiétude.
« Retournons juste au Gondor.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? dit Bofur. »
Mais un cri perçant monta un instant plus tard, et la compagnie entière s'immobilisa.
« Le Roi est tombé ! »
Dernwyn enfonça son visage dans l'épaule de Fili et pleura silencieusement. Ses larmes chaudes contre sa peau ne servirent qu'à lui faire fermer les yeux à son tour, pensant à l'homme qui les avait sauvés, qui les avait dirigés, qui avait été si gentil et si bon, pas seulement pour eux, mais pour Bilbon, pour tout son peuple et ceux qui n'en faisaient pas partie. L'homme qui avait donné à Fili sa bénédiction pour demander sa main à Dernwyn.
Quand il ouvrit les yeux, la compagnie semblait tout aussi dévastée. Kili essayait de ne pas s'appuyer sur Legolas, mais l'elfe avait la main sur l'épaule de Kili, et il était clair que Kili en tirait de la force. Les yeux de son frère étaient rouges, et des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues. Bofur ôta soigneusement son chapeau lacéré de ses cheveux et baissa la tête. Thorin et Aragorn semblaient avoir été détruits, regardant là où le Cavalier avait poussé le cri. Personne ne dit un mot.
Ils restèrent debout entre eux, pleurant silencieusement l'un des plus grands hommes qu'ils aient jamais connus. La bataille avait été gagnée, mais à un terrible prix. Un prix dont Fili ne savait pas s'ils pourraient se permettre de l'avoir payé, dans les temps à venir.
Il ferma les yeux une fois de plus, et attira Dernwyn plus près, et ne prit pas la peine de cacher ses propres larmes.
(-)
Hum... Les mouchoirs sont à votre gauche. Les couvertures à votre droite. Le chocolat devant vous. Et j'offre des câlins à qui en a besoin...
Chocolat je veux bien !
