Quand James descendit les escaliers du dortoir ce matin là, il fut surpris de ne pas trouver Lily en bas. Elle l'attendait, la plupart du temps. C'était leur habitude. Il fit quelques pas à l'intérieur de la salle commune pour voir si elle ne se trouvait pas sur le canapé ou à une table, en train de lire ou de faire une partie de cartes avec ses copines avant le début des cours, mais ce n'était pas le cas.
Il fronça les sourcils, réajusta son sac sur son épaule, et émergea de la salle commune pour rejoindre la grande salle afin de prendre son petit déjeuner. Il aurait pu se consoler en attendant Sirius, mais il doutait que son meilleur ami arrive à l'heure en cours et il n'avait pas envie de se retrouver en retenue le soir même.
Rémus et Peter, eux, avaient déjà presque fini de manger. Les restes d'un toast gisaient dans l'assiette du plus petit, tandis que l'autre essayait de venir à bout d'une grosse part de tarte à la mélasse. Les yeux de James se posèrent instantanément sur la tignasse rousse, en face de Rémus, et il avança rapidement dans sa direction.
Son regard dévia brièvement pour tomber sur celui de Rogue qui semblait le suivre, inexpressif, puis il retourna se poser sur Lily qui avait éclaté de rire quand Rémus s'était adressé à elle. James n'avait pas entendu la blague, et quand il se laissa tomber à côté de la jeune femme, ses rires cessèrent aussitôt.
« Salut, marmonna t-il en tendant le bras pour attraper le pichet de jus de citrouille.
- Hé, salut, lui répondit Lily, redevenue soudainement très sérieuse. »
Hésitante, elle passa sa main sur son épaule puis lui caressa brièvement la nuque avant de la reposer sur la table pour donner un toast à Mary. C'était exactement ce que James redoutait. Elle était tendue. Il l'était aussi. Il avait envie d'entendre des explications sans même vouloir les lui demander. Elle ne lui devait rien, mais Rogue le mettait dans un état de jalousie incroyable qu'il s'efforçait tant bien que mal de masquer.
« Pourquoi est-ce qu'Amy Lloyd n'arrête pas de me regarder ? Demanda Lily. »
D'un seul mouvement, Peter, Rémus, et Mary jetèrent un coup d'oeil en direction de la jeune femme en question qui détourna aussitôt les yeux avant de chuchoter quelque chose à sa meilleure amie qui haussa les épaules pour toute réponse.
« Elle se demande si vous êtes ensemble. Je l'ai entendu en parler avec Ashley hier. Je lui ai dit que oui, mais elle ne m'a pas cru, expliqua Mary.
- Visiblement, les choses ne sont pas assez claires pour tout le monde, déclara James sur un ton glacial. »
C'était la première fois qu'il prenait vraiment part à la discussion et son intervention ne passa pas inaperçue. Elle jeta un léger froid sur les cinq adolescents mais fort heureusement, Marlène et son exubérance habituelle parvinrent à le dissiper quand elle débarqua.
« Qu'est-ce qu'elle a, la Lloyd ? Hé, tu veux ma photo ou quoi ? L'interpella t-elle après s'être assise à côté de James. »
La jeune femme ne répondit pas mais elle se dégagea du banc sur lequel elle était assise, attrapa son sac et quitta la grande salle pendant que Mary McDonald gloussait.
« Tu es d'une délicatesse, dit-elle à son amie.
- Qu'est-ce qu'elle a, aussi, à nous regarder comme ça ? Elle est toujours en train de raconter des ragots sur tout le monde, celle-ci. Je m'en méfie comme de l'éclabouille. »
Rémus, Peter et Mary, amusés, se lancèrent un sourire complice tout en continuant leur petit déjeuner. Lily, elle, avait les yeux rivés sur James qui mourrait d'envie de la regarder mais qui savait que dès qu'il le ferait, elle verrait la contrariété dans ses yeux. Ils seraient obligés de parler. Il ne souhaitait pas vraiment parler. Il n'avait aucune idée de la direction vers laquelle cette discussion les mènerait.
Parler de Severus Rogue s'était toujours avéré très délicat en présence de Lily. Il ne savait jamais quel mot prononcer sans qu'elle ne le lui reproche. Il ne savait jamais s'il avait le droit de l'évoquer. C'était compliqué. Il ne comprenait rien à la relation qu'ils avaient tous les deux. Il espérait qu'il n'y en avait plus, mais il savait que quelque chose persistait, persisterait, et cela malgré les mots que Severus avait lancés au visage de Lily.
Elle ne lui avait pas pardonné, et elle ne lui pardonnerait pas, mais elle restait cette adorable personne, incapable de tourner le dos à qui que ce soit, alors aussi longtemps qu'il aurait besoin d'aide, James savait que Lily se montrerait raisonnablement présente pour Severus Rogue.
C'était la raison pour laquelle elle était si populaire. Les gens savaient qu'ils pouvaient compter sur elle. C'était de cette façon, qu'elle avait gagné leur estime et réussi à se faire respecter en tant que préfète, puis en tant que préfète en chef, et James aimait cela, chez elle. Il aimait le fait qu'elle soit loyale avant tout, mais cela le rendait parfois dingue.
Il avait envie de lui hurler aux oreilles que Severus l'avait traité de sang-de-bourbe, il avait envie de le lui rappeler, de lui répéter qu'il n'aurait jamais fait ça, mais c'était mal. Il le savait. Il l'aurait blessée et il se serait blessé lui même par la même occasion.
« Tu as fait ton devoir de Métamorphose ? L'interrogea Peter. Le mien craint un peu... Je peux te piquer des idées ? »
James dégaina de son sac un parchemin presque entièrement vierge qui dépita son ami, puis, sous les yeux éberlués des autres, il trempa sa plume dans son encrier et remplit intégralement la feuille en une dizaine de minutes. C'était comme s'il n'avait même pas besoin de réfléchir à ce qu'il écrivait. C'était facile, trop facile parfois à son goût, mais quand il jeta un coup d'oeil à la grande horloge il réalisa que son ami venait de lui éviter une retenue certaine. Il ne pensait plus du tout à rendre son parchemin, trop focalisé sur Rogue et Lily.
Quand l'heure du cours de Métamorphose arriva, il se précipita à sa place habituelle, à côté de Sirius qui avait sauté le petit déjeuner, probablement trop en retard pour s'autoriser une pause dans la grande salle. Pourtant, son sac semblait rempli de denrées. Il avait dû passer par les cuisines.
« Pourquoi est-ce qu'Evans a l'air toute triste ? Elle n'a pas eu son bisou du matin ? Le taquina Sirius en désignant du menton la jeune femme qui s'était assise au premier rang.
- La question, c'est plutôt si elle a eu son bisou du soir. Elle était avec Rogue hier.
- Servilus ? Pourquoi est-ce qu'elle ferait une chose pareille ?
- Parce qu'il a dit qu'il avait besoin d'elle.
- … Tu veux que je lui jette un sort ? Je peux ensorceler la bouteille de shampooing de Queudver pour qu'elle le poursuive dans tout le château à l'heure du déjeuner.
- C'est tentant, commenta James avec un sourire, mais elle saurait que ça vient de nous, et ça empirerait les choses. »
Ses yeux se posèrent sur la nuque de Lily, à quelques tables devant lui, et comme si elle l'avait senti, elle tourna la tête vers lui et esquissa un demi-sourire qu'il ne lui rendit pas. Le professeur McGonagall pénétra dans la pièce à ce moment là et il oublia un peu tout ce qui n'avait rien à voir avec la Métamorphose.
C'était le cours où il brillait le plus. Il avait beau n'avoir fait son devoir qu'en dix minutes, il savait déjà qu'il aurait un O. Rien ne lui semblait compliqué, tout coulait de source, c'était comme s'il avait déjà tout étudié dans une autre vie. Il buvait les paroles de son professeur, il était dans son élément. Sirius aussi, et l'exercice pratique ne fut pas compliqué pour l'un comme pour l'autre.
A peine avaient-ils touché leur pupitre du bout de leur baguette qu'il se transforma en crabe de feu, puis en boite d'allumettes, et enfin, en un énorme potiron avant de retrouver sa forme initiale. D'autres étaient restés bloqués au crabe de feu quand la sonnerie de fin de cours retentit. C'était plus difficile de transformer un objet inanimé en créature magique, mais Sirius et James n'avaient jamais réellement compris comment l'on pouvait échouer.
Comme d'habitude, leur exceptionnelle prouesse fit gagner une vingtaine de points à Gryffondors mais personne ne s'en réjouit trop. Les élèves de la maison savaient bien comment fonctionnaient Sirius et James. Ils étaient capable de leur faire gagner cent points en une journée de cours et de leur en faire perdre le double juste pour se payer une bonne tranche de rire.
« Evans et McKinnon, est-ce que la correspondance peut cesser ou est-ce que je dois lire à voix haute chaque petit mot qui circule ? Les réprimanda le professeur de sortilèges au bout d'une petite dizaine de minutes de cours.
- Ce ne sera pas nécessaire professeur, déclara Lily les joues roses avant de fourrer tous les morceaux de parchemin dans son sac pendant que Marlène soupirait lourdement. »
James avait pris sa place habituelle à côté de Lily, mais il n'avait jamais été aussi concentré sur le cours que ce jour là. Lily, elle, n'en avait pas vraiment besoin. Elle était aussi douée en sortilèges qu'il l'était en métamorphose, mais elle prenait quand même la peine de noter son cours, ce qu'il ne comprenait guère.
« Psst ! »
James tourna la tête vers Peter qui l'appelait, et qui esquissa un léger signe vers Amy Lloyd qui avait toujours les yeux rivés sur eux.
« Tu crois que c'est moi qu'elle regarde ? Lui demanda Queudver.
- Je crois que c'est Lily, répondit simplement James avant de regarder suspicieusement son meilleur ami. Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?
- Pour rien, répondit précipitamment Peter.
- Queudver... Est-ce que tu veux sortir avec Lloyd ? L'interrogea t-il avec un sourire malin.
- Ne le dis pas si fort ! S'exclama t-il en gesticulant.
- Vraiment ? Hé, tu as besoin d'un coup de main ?
- Tu ferais ça ?
- POTTER ET PETTIGROW ! EST-CE QUE C'EST BIENTOT FINI ?! leur hurla le professeur en s'interposant entre leurs tables.
- Affirmatif, répondit simplement James avant d'adresser un clin d'oeil à son ami. »
Dès que le professeur eut le dos tourné, il dégaina un parchemin de son sac et trempa sa plume dans l'encrier. « Comment sortir avec Amy Lloyd en 10 leçons, par James Potter. ». Les mots s'étalèrent rapidement sur le morceau de papier, et son attention se détourna du cours pendant le reste de l'heure, sans pour autant se poser sur Lily, ce qui était un sacré exploit.
Il était certainement meilleur pour donner des conseils à Peter sur les filles que pour les sortilèges, et il avait besoin de se conforter là dedans pendant quelques minutes, de se sentir encore en toute puissance, en total contrôle de lui même, parce qu'au fond, il savait très bien que ce n'était pas le cas.
« Qu'est-ce que tu fais ? L'interrogea Lily en tentant de lui arracher son parchemin. »
Fort heureusement, ses réflexes étaient meilleurs et il le maintint hors de sa portée en lui lançant un regard hostile qui la frappa en plein cœur. Il le vit sur son visage, et cela le déstabilisa un peu.
« Rien, répondit-il simplement en déglutissant.
- Comment sortir avec Amy Lloyd en 10 leçons, vraiment ? Souffla t-elle en lui lançant un regard appuyé. »
Elle avait réussi à lire par dessus son bras, et il se trouvait comme un idiot maintenant. Elle faisait une tête de six pieds de long, il aurait juste aimé éviter de devoir se justifier alors que selon lui, elle était celle qui lui devait une explication, mais il céda à son regard triste et perdu. Il ne pouvait pas la laisser croire qu'il pensait à Amy de cette manière.
« C'est pour Peter.
- C'est lamentable, lui dit-elle malgré tout.
- Quoi ? »
Elle ne répondit pas tout de suite. Agacée, elle inspira profondément et se pencha légèrement vers lui.
« Je n'en sais rien, c'est dérangeant. Tu fais un plan pour qu'il sorte avec elle, comme vous faites des plans pour vos sales coups. C'est dégradant. Est-ce qu'il a au moins des sentiments pour elle ?
- Depuis quand est-ce que tu prends la défense de Lloyd ? S'enquit James en arquant un sourcil.
- S'il y avait eu un autre nom sur cette feuille, j'aurais réagi exactement de la même façon.
- Elle est assez grande pour lui dire non si elle ne veut pas de lui, de toutes façons.
- Ce n'est pas à propos de ça, James, c'est juste que... On ne fait pas de notice pour les femmes. Ça ne se fait pas, c'est tout. Nous ne sommes pas des objets. »
Cette fois, il ouvrit grand les yeux. Ses doigts se crispèrent sur le parchemin, commençant à le déchirer par endroit, et il dut contenir sa colère de toutes ses forces quand le regard du professeur de sortilèges tomba sur eux, sévère. Il s'attarda quelques secondes, et quand il se fut enfin retourné, James répliqua.
« Tu crois que je ne sais pas ça ? Merlin, tu penses vraiment que je suis horrible ! Je te traite si mal que ça ?
- Non, s'empressa t-elle de répondre en essayant d'attraper sa main qu'il dégagea rapidement sous la table.
- Alors où est le problème ? J'essaie juste d'aider un ami dans le besoin. Il articula les derniers mots en la regardant droit dans les yeux, sachant qu'elle comprendrait très bien où il voulait en venir. »
Elle cligna des yeux plusieurs fois, et James crut voir une larme rouler sur sa joue, mais elle tourna la tête si rapidement qu'il n'en fut pas certain. Il s'en voulut aussitôt en constatant qu'elle avait besoin d'une longue minute pour réussir à reprendre ses esprits et pour reprendre la parole.
« Si tu veux qu'on aborde le sujet qui fâche, on va l'aborder.
- Ce n'est pas la peine.
- Si. Merlin, tu es si jaloux ! »
Elle avait levé les yeux au ciel après avoir prononcé cette phrase, et cela avait un peu irrité le maraudeur qui devait pourtant se contenir s'il ne voulait pas se faire renvoyer du cours. Le professeur leur jetait toujours des coups d'oeil soupçonneux et il sentait qu'ils étaient à deux doigts de se faire sermonner.
« Je n'ai rien fait ! Je n'ai rien dit ! Je n'ai pas touché à un seul de ses cheveux gras, se défendit-il.
- Et voilà. On y est, soupira t-elle. Tu tires une tête de six pieds de long depuis que tu t'es levé.
- Comment est-ce que tu pourrais le savoir ? Tu n'étais même pas dans la salle commune quand je suis descendu du dortoir.
- Je pensais que tu serais déjà dans la grande salle, que tu ne m'aurais pas attendu ! Répliqua t-elle en l'observant avec incompréhension.
- Spécialement aujourd'hui ?
- Oui, spécialement aujourd'hui, confirma t-elle sur un ton acerbe. Parce que je me disais, à juste titre, que tu devais être énervé contre moi après ce qu'il s'est passé hier soir.
- Et qu'est-ce qu'il s'est passé exactement hier soir ? »
Le parchemin qui était destiné à Peter était maintenant complètement froissé, comprimé dans son poing gauche pendant qu'il dévisageait Lily en essayant de dissimuler la peur qu'il ressentait jusqu'au plus profond de lui même, la maquillant en ressentiment.
« Rien, Merlin, absolument rien ! Répondit-elle le plus honnêtement du monde. Il avait besoin de moi et...
- Il a des amis, la coupa James.
- Pas comme ça. Pas comme moi. Il ne parle pas avec eux de ses problèmes. Ils ne peuvent pas comprendre.
- Mais toi, tu peux ?
- James, sa mère est morte pendant les vacances, lui avoua t-elle finalement. »
Quelque chose se coinça dans la gorge de James. Soudain, il ne pouvait plus parler, et Lily non plus. Elle se racla légèrement la gorge quand un morceau de parchemin atterri sur sa table, probablement de la part de Marlène, et elle le rangea dans son sac sans même l'avoir lu.
Ils ne s'adressèrent plus la parole pendant le reste du cours, ni pendant le reste de la journée. James ne ressentait aucune colère, juste une espèce de contrariété bizarre et un sentiment d'abandon qu'il n'avait jamais connu jusque là. Lily ne l'avait pourtant pas laissé, mais le simple fait qu'elle soit la seule qui puisse aider Severus Rogue lui avait donné ce sentiment, car elle était également la seule à pouvoir l'aider lui.
Ou peut-être pas. Peut-être que, contrairement à Rogue, il avait la chance d'avoir un meilleur ami digne de ce nom, un de ceux sur qui l'ont peut compter quoi qu'il arrive. Il avait Sirius. Cela faisait toute la différence tout en n'en faisant aucune. Lily était la personne spéciale de Rogue, et elle était aussi la sienne. Alors comment pouvait-il accepter de la partager ?
Il savait que ce n'était pas exactement ce qu'il aurait à faire, car Lily et Rogue n'étaient plus des amis depuis longtemps, mais dans ses jours les plus sombres, il ferait appel à elle, et elle serait là pour lui. Cette simple réalité faisait l'effet d'une douche froide à James. Il se répéta toute la journée qu'il aurait voulu qu'elle soit un peu plus rancunière, un peu moins compatissante, mais quand il en toucha un mot à Sirius, son ami lui rit au nez.
« Tu dis ça juste parce que tu es énervé que Servilus et elle aient partagé un moment ensemble. Tu ne la changerais pour rien au monde. »
Il avait raison, mais James ronchonna quand même. Il avait décidé d'esquiver le dîner dans la grande salle pour venir étudier avec son meilleur ami. Ils avaient terminé leurs devoirs en avance, pour une fois. Il se découvrit extrêmement productif. Il y avait peut-être un point positif à se disputer avec Lily.
Ils se glissèrent dans les cuisines, affamés, peu avant l'heure du couvre feu, et des dizaines de petits elfes se penchèrent devant eux avant de leur apporter tous leurs gâteaux les plus délicieux. Ils ne firent pas long feu.
« Je suis jaloux, admit James entre deux bouchées de tarte au chocolat.
- Ah ? S'étonna faussement Sirius, un sourire narquois gravé sur son visage.
- C'est grave, continua James. Je ne peux pas supporter qu'elle parle avec lui. Je... Je pète un câble là dedans. »
Il désigna sa tête du doigt, faisant pouffer Sirius qui acquiesça tout de même d'un air compréhensif.
« Vieux, il y a deux solutions pour que tu ne finisses pas complètement cinglé d'ici la fin de l'année. Soit tu l'épouses, soit on tue Rogue. On cachera le corps dans le lac. Bien au fond. Personne ne le trouvera. Parole de maraudeur.
- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que tu préférerais que je choisisse la deuxième alternative à la première ?
- Parce que c'est l'option la plus simple. On a déjà pensé à des centaines de façons de le tuer, il n'y a plus qu'à en mettre une à exécution, plaisanta t-il.
- Je me demande lequel de nous deux est le plus cinglé, maintenant...
- Oh, c'est moi, c'est certain, mais j'ai la chance d'être aussi le plus beau, ça contre-balance. »
James manqua de s'étouffer avec sa part de tarte alors qu'il éclatait de rire, suivit de près par son meilleur continuèrent à discuter un moment avant que James ne se rende compte de l'heure. Ils avaient largement dépassé le couvre-feu, et Lily devait même avoir terminé sa ronde. Elle n'avait pas dû l'attendre, il était beaucoup trop tard, et il était presque sûr qu'elle allait lui en vouloir.
Cependant, quand ils pénétrèrent dans la salle commune et qu'il la vit au milieu des marches, il constata qu'elle n'était pas du tout en colère contre lui. Elle avait simplement l'air soulagé de le voir réapparaître. Sirius passa à côté d'elle et lui souhaita sobrement une bonne nuit avant de disparaître discrètement, ce qui ne lui ressemblait pas des masses, mais James reconnut l'effort.
Lily descendit l'escalier qu'elle avait commencé à monter, et le silence s'installa entre eux alors qu'elle était appuyée sur la rambarde et qu'elle le regardait, ses yeux plein d'hésitation, de doutes, de peur. Il n'avait qu'une envie : la prendre dans ses bras, et oublier la tension qui s'était dressée entre eux comme un lourd mur de pierres dès que Severus Rogue avait fait irruption dans leur relation.
« C'est notre première dispute de couple, pointa Lily. »
James, qui ne s'attendait pas à une telle remarque, ne put que laisser apparaître un sourire amusé. Il n'y avait pourtant rien de drôle là dedans, mais la façon dont Lily avait prononcé les mots et la façon dont elle le regardait avaient allégé l'atmosphère. Elle semblait juste heureuse de le retrouver maintenant qu'il avait cessé d'essayer de l'éviter.
« Est-ce que tu es toujours furieux ? Lui demanda t-elle. »
Elle avait osé faire quelques pas vers lui, mais elle avait prononcé la question d'une voix presque inaudible, signe qu'elle était inquiète. James, lui, ne l'était plus vraiment. L'angoisse que Lily ressentait était la même que la sienne, celle qui l'avait pris au ventre la veille quand il l'avait laissée avec Severus Rogue. Elle avait au moins autant peur de le perdre qu'il avait peur de la perdre.
Il secoua la tête de droite à gauche, et elle lâcha un long soupir de soulagement avant de se ruer vers lui pour aller se caler dans ses bras. Ils restèrent immobiles pendant quelques secondes, se réjouissant du fait qu'ils soient seuls dans la salle commune, et James en profita pour l'embrasser.
C'était chaud et réconfortant. Il doutait pouvoir s'arrêter. Il doutait même pouvoir l'arrêter, quand elle répondit à son baiser. S'ils savaient se disputer, il était heureux de constater qu'ils savaient aussi vraiment se réconcilier. Le problème n'était pas clos, mais ce n'était pas ce qui importait ce soir là. Il voulait juste la retrouver.
