Enfin de l'action!


Le cerveau de Leo n'eut pas le temps d'envoyer à ses jambes le message de courir qu'il le faisait déjà, courant comme si sa vie en dépendait car c'était probablement le cas.

Il savait qu'au bout du corridor, noyé dans l'obscurité à cause de la panne électrique, il tomberait sur Slash, mais l'horrible tortue bleue lui semblait infiniment moins effrayant que son propre petit frère à l'heure actuelle. Puis, il ne pensait qu'à mettre le plus de distance entre lui et le cadavre flottant sur l'étang. Il avait souvent côtoyé la mort durant sa jeune existence, mais jamais elle n'avait pris les traits d'un corps dont il avait caressé les formes exquises avec amour, peu de temps auparavant. Le corps de nymphe de Satoko était maintenant gonflé et verdâtre et sa fraiche odeur de lotus avait été remplacé par l'odeur pestilentielle de la viande en décomposition.

Satoko était morte et l'identité de son assassin était évidente et ce, même sans la marque de chaine d'un décimètre de long.

Mikey, son petit frère, dont, 4 mois plus tôt, il aurait dit que son pire péché était la gourmandise avait tué de sang-froid cette jeune fille innocente, plus jeune que lui-même.

Leo n'avait aucun mal à déduire le « crime » de la geisha aux yeux de Michelangelo.

Leo en était tombé amoureux, en plus d'avoir une relation sexuelle avec elle. Mikey, d'une manière ou d'une autre, avait dû les espionner tout le long de son supposé voyage et donc, l'avait su. Avait-il seulement quitté l'immeuble durant ce mois d'absence? Leonardo en doutait. Mikey n'avait installé qu'un piège, attendant immobile, comme une dionée, pour refermer sa trappe sur sa malheureuse proie.

Mais pourquoi, pourquoi? Pourquoi l'induire en tentation?

L'ancien leader n'avait pas de temps à perdre en conjonctures, anticipant déjà de devoir mener un combat ardu pour sa liberté et sa vie avec Slash, mais arrivé à l'ascenseur, il eut la brève surprise de ne voir personne montant la garde.

Il ne prit pas le temps de s'étonner plus longtemps et couru au Dojo, pour trouver une arme quelconque lui permettant de faire ouvrir les portes métalliques de l'ascenseur. Malheureusement, Mikey avait fait un bon travail à s'assurer qu'aucune arme n'y trainait. Comme un forcené alors, il courut dans la direction opposée, rentra dans l'appartement, afin de prendre dans le tiroir de l'ilot de cuisine un couteau à beurre, l'arme la plus létale que Mikey laissait entre les mains de son grand frère.

Retournant à l'ascenseur, toujours non surveillé, il appuya sur la fente, afin de l'agrandir et de pouvoir passer sa main à l'intérieur et ouvrir la porte. Il n'était pas stupide. Il savait bien que, sans courant, l'ascenseur ne pouvait fonctionner, mais il pourrait descendre à l'aide du cordage. Bien entendu, il y avait le risque que, le courant revenant, l'ascenseur se remette en marche et l'écrase, mais c'était un risque qu'il préférait prendre à l'optique d'affronter à nouveau Michelangelo.

Il n'hésita donc pas un instant et sauta pour agripper la corde. Par chance, l'ascenseur semblait tout en bas, lui laissant la latitude de descendre le plus possible vers le rez-de-chaussée ou le sous-sol et donc, la sortie. Il se doutait que, probablement, il rencontrerait des obstacles à sa fuite, comme les amis de Mikey ou ses propres frères. Si c'était le cas, il ne perdrait pas une précieuse minute à essayer de les raisonner ou les apitoyer. Pour lui, il était désormais clair que Donatello et Raphael jouaient pour l'équipe orange.

Alors qu'il se laissant descendre, en se tenant à la corde, il se demanda ce que signifiait cette soudaine panne de courant. C'était trop opportun. Était-ce un autre piège? Mikey voulait offrir à Leo la possibilité de fuir pour ensuite justifier un redoublement de violence et de coercition? Pourtant, l'autre tortue avait semblé assez malléable dans les dernières semaines. Mais cela ne voulait rien dire car, sous sa façade d'amant doux et épris, Mikey avait caché le rictus sadique d'un meurtrier.

Il se refusa à penser à Satoko. Qu'elle l'ait aimé ou qu'elle n'ait que fait semblant, la jeune geisha ne méritait pas la mort. Elle n'était qu'une fleur fragile, qui ne pouvait opposer aucune résistance à son maitre. Elle ne s'était sans doute même pas débattue. Il songea brièvement aux grues d'origami qui avaient parsemées l'appartement et regretta de ne pas avoir pris le temps de déchiffrer leurs messages. Peu-être y avait-il une mise en garde?

Il toucha enfin des pieds le haut de la cage d'ascenseur, ses mains endolories par la friction du cordage. Il réussit à entrer à l'intérieur en soulevant la trappe du armé de son couteau à beurre, il élargit la fente de l'ouverture des portes afin d'y glisser les mains pour sortir.

Quand il y réussit, il pénétra dans une pièce à l'obscurité la plus totale et où régnait l'odeur ferreux caractéristique du sang. Il ne voyait d'issue nulle part mais, sur ses gardes, il avança malgré tout. Rebrousser chemin était la mort ou l'esclavage de toute façon.

Mais plus, il s'approcha, plus il lui semblait ressentir quelque chose, comme un appel. Sauf qu'il n'entendait pas l'appel avec son ouïe, mais avec…son esprit.

Soudain, il comprit la sensation qu'il éprouvait, qu'il avait oublié depuis le temps. Quelque part, caché dans l'obscurité, Splinter, son père spirituel, l'appelait et à chaque pas, la connexion avec son esprit devenait plus forte, Leo entendant distinctement son maitre l'appeler.

Puis, à un moment où la voix se fit plus forte dans sa tête, les lumières se rallumèrent et bien que l'éclairage fût tamisé, comme il se doit dans les oubliettes, Leo poussa une exclamation étouffée de terreur devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux.

Le rat n'avait presque plus de fourrure sur lui et celle qui lui restait était poissée de sang, mais ce n'était pas le pire : Splinter n'avait plus ni mains, ni pieds et des orbites vides fixaient Leonardo. Et pourtant, son Sensei était vivant, baignant dans ses immondices.

« Sensei! » s'écria-t-il, éperdu, secouant les barreaux de la cage minuscule, au point que, même amputé, Maitre Splinter ne puisse se mettre debout. « Que vous est-il arrivé? Qui vous a fait cela? ».

Le vieux rat secoua la tête et ouvrit la bouche et, avec un frisson d'horreur et d'indignation, le porteur de katana découvrit que la langue du rat avait été tranchée également.

Mais la voix de Splinter résonna dans son esprit.

« Leonardo, mon fils. Ne te préoccupe pas de moi, vieux et mourant. Nous devons te sauver. »

Leo secoua la tête et soudain, malgré son dégoût de ses frères, se rappela leur existence, trop en état de choc pour avoir un esprit critique. Ils étaient malgré tout une famille. Sans doute que Mikey ignorait que le rat était ici. Avec l'aide de Michelangelo et de ses amis, il pourrait vaincre quiconque détenait Splinter et l'avait ainsi torturé.

« Maitre, je ne suis pas seul. Vos autres fils sont là, nous vous sortirons d'ici! Michelangelo a beaucoup de relations. Nous sortions tous d'ici. » promit-il, frénétique.

« Mon pauvre fils. As-tu regardé autour de toi? »

C'est alors que Leonardo remarqua la présence de d'autres cellules. Un coup d'œil à celle de droite lui suffit. Malgré son visage tuméfié et sanglant, une chevelure rousse, aisément reconnaissable, l'auréolait toujours.

Et alors, il comprit.

April, c'est-à-dire une photo d'April enchainée, avait été offerte à Donatello en présent de Noel. Donnie avait pu ainsi déverser toute sa frustration sur la jeune fille qui l'avait repoussé tout son content. Il n'avait pas besoin de regarder dans l'autre cellule. Il savait : Casey, le cadeau de Raphael.

« Il est mort, cela fait plusieurs jours. Cela n'empêche pas Raphael de descendre ici. Ton frère Donatello est plus soigneux. Il sait comment étirer des souffrances, sans que sa victime en meure » confirma Splinter.

« Je vais vous sauver! Mikey doit être contrôlé par votre ennemi, Shredder. Je peux peut-être lui faire entendre raison…Il prétend avoir des sentiments pour moi! » avoua Leo, le temps n'étant pas à la pudeur. Si Mikey les aidait…peut-être, peut-être il pourrait oublier ce qui s'était passé avec Satoko.

Il entendit le rire, pour vrai, un gargouillis horrible, sortir de Splinter :

« Shredder est mort, juste après ma m'a capturé alors que je revenais de mon pèlerinage, au milieu de l'été dernier. Karai a pris le relais. Elle voulait m'échanger contre toi. J'étais son arme, son appât pour t'avoir à ses côtés.»

Leonardo eut un mouvement de joie. Karai serait beaucoup plus facile à circonvenir que son redoutable père. Mais Splinter coupa court son espoir :

« Retourne-toi. »

Leo, malgré la peur comprimant sa poitrine, se retourna lentement, pour voir, sur un piédestal, un bocal dans lequel flottait la tête parfaitement conservée de la kunoichi. Ce fut trop. Le souvenir de ses lèvres qu'ils avaient passionnément baisées, fermées pour toujours, mais exhibé aussi indécemment, le fit vomir sur le sol.

« Leonardo. Il s'approche. Cette panne de courant que j'ai réussi à provoquer à épuiser mes dernières réserves, écoute-moi…tu ne peux te sauver que d'une façon… »

Leo n'écoutait pas, trop submergé par les vagues successives de trauma. Il éclata soudain, hystérique :

« Mais qui alors contrôle Michelangelo? Si ce n'est pas Shredder ni Karai…Qui est à la tête des Foots? »

« Qui d'autre que ton frère Michelangelo? Le soir même de sa disparition, il me l'a dit : il a tué Karai publiquement et les Foots, le voyant si féroce et déterminé l'ont pris pour chef, tel que le veut leurs traditions. Il est le nouveau Shredder. Presque quotidiennement, il s'est vanté à moi de ses prouesses, tout en me torturant. »

« Mais…ses blessures? Ses viols? » protesta Leo, refusant d'y croire, se sentant glisser vers la folie.

« Mise en scène, pour toucher ton âme généreuse, mon fils. Il s'est blessé lui-même ou à ordonner ses propres sévices. Mais ce n'est pas ce qui compte. Tu portes sans doute une micropuce sous-cutanée pour te localiser. Tu ne peux t'enfuir ainsi…Ton frère a réussi à t'amener jusqu'ici car il connait tes faiblesses et ta façon de penser. Fais le contraire de… »

Soudain, le signal de l'ascenseur retentit et Leo, paniqué chercha des yeux un moyen de défense. Il n'eut pas le temps qu'il fut aussitôt projeté sur le plancher. Michelangelo, les yeux brillants de colère, sous son casque, le plaquait au sol. Et Leo, comprit que son père n'avait dit que la plus exacte vérité. Son frère portait l'attirail du chef du clan des Foots.

« Tu ne te rappelles pas de Barbe Bleue, Leo? Il avait bien averti sa jolie petite épouse de ne pas ouvrir la porte du cabinet secret. Il la couvrait d'or de pierreries, de fêtes…Mais cette petite garce ne pouvait s'en contenter. » postillona-t-il dans le visage de la tortue au bandana bleu.

Une rage comme Leo, si calme, n'avait jamais ressenti, l'envahit et avec une force herculéenne, causée par l'adrénaline, il réussit à repousser son frère.

« Je ne suis pas ta jolie épouse » écuma-t-il, trop emporté par tous les reproches qu'ils voulaient crier à la tête de Mikey. Il ne savait pas lequel commencer : Splinter, Karai, Satoko…et même Casey et April, à la limite. Mikey avait voulu s'assurer l'appui de ses frères, pour isoler le leader et aussi, les mouiller. Raph et Don avaient eux aussi, les mains souillées.

Justement ses deux autres frères surgirent de nulle part et le saisirent chacun par un bras pour l'immobiliser.

« Oh? C'est la raison de ta colère? Tu veux une bague? C'est bien la seule chose que je ne t'ai pas donné encore! Mais si c'est ce que tu veux… » se moqua Mikey et soudain, Leo le vit pour ce qu'il était vraiment. Quelque part, son petit frère était mort, sa joie de vivre complètement aspirée par une blessure émotionnelle quelconque, ne laissant qu'obscurité dans cette âme juvénile. Leo, désormais, ne laisserait plus le souvenir de leur fraternité passé retenir ses gestes ou ses paroles. Mikey l'avait berné, manipulé, joué, car Mikey n'était plus. Lui-même le savait, d'où son insistance pour changer de nom : il était Mike, un monstre, terrifiant, imprévisible et dangereux.

« Je ne serai jamais à toi, Mike. Plus jamais. Comment as-tu pu faire cela à Maitre Splinter? Tu me répugnes » et Leo, impuissant car trop solidement maintenu par Donnie et Raph, impassibles, ne put exprimer sa fureur que par un crachat à la figure du nouveau Shredder.

Mike s'essuya le visage, sa mauvaise humeur flagrante.

« Tu me peines, Leo, vraiment. Mais tu ne peux pas avoir deux Maitres. » et d'un geste sec, il projeta un éclair argenté dans la direction de Splinter. Horrifié, Leo vit le shuriken trancher la carotide et Splinter s'affaissa, alors que le sang s'écoulait de sa blessure en un lent bouillon.

Il hurla et se débattit comme un forcené, crachant les pires injures de son répertoire, riche grâce à près de 20 ans aux côtés de Raphael.

« Foutez-le avec lui, dans la cellule, puisqu'il aimait tant le vieux. Après un certain temps avec son cadavre qui pourrit, dans ce cachot, il me trouvera peut-être moins répugnant » jeta le nouveau Shredder, sarcastique.

Leo hurla que jamais et qu'il préférait mourir, vouant ses frères aux gémonies et plus particulièrement Michelangelo, meutrier et parricide.

Mikey s'approcha et referma sa main gantée de noir autour de la gorge de jade, la serrant, enfonçant ses doigts

« Tu préfères mourir? C'est ce qu'on va voir »


Mptoux : 20?

Effaraiz : Est-ce encore ton histoire préférée?

Leonett : Donc, que prédit ton inner-Nostradamus?