Ron ne comprenait rien à ce qui se tramait, tout comme Drago et Harry qui n'étaient pas plus avancés. En effet depuis une semaine le comportement de la préfète des Gryffondor était devenu encore plus singulier qu'il y a peu.

Ceux-ci avaient remarqué que la demoiselle passait son temps entre la bibliothèque, ce qui en l'occurrence n'avait rien de bien extraordinaire, et les cachots. Or cela était vraiment curieux. Le reste de son temps, lorsqu'elle ne suivait pas les cours, elle le passait en compagnie de Ginny Weasley, isolée dans un coin de la salle commune. Même lorsqu'elle prenait ses repas, son amie ne la quittait pas et on les trouvait installées en bout de table des rouges et or, parmi les dernières années. Les deux garçons avaient tenté à plusieurs reprises de soutirer des informations à la jeune rousse mais sans succès, et ce même en procédant de manière détournée.

De son côté Drago n'avait pas obtenu davantage de résultat que ce soit en l'espionnant directement ou par le biais de ses deux gorilles, Vincent Crabbe et Gregory Goyle. Lui aussi avait constaté le drôle de comportement de la jeune femme sans parvenir à en trouver les raisons. Ne pas comprendre l'énervait au plus haut point, surtout qu'il ne s'était toujours pas remis du fait qu'Hermione ne serait jamais à lui, ou en tous les cas pas dans son lit puisqu'elle aimait les plaisirs saphiques. Il en était venu à se demander si elle ne lui avait pas dit ça pour qu'il la laisse tranquillement batifoler avec un autre Serpentard. Non, cela ne se pouvait pas. Elle était bien trop fière d'être une saleté de Gryffondor, et puis aucun vert et argent ne s'abaisserait à s'amouracher d'une Sang-de-Bourbe.

Il l'ignorait mais il se trompait. Lourdement.

Hermione ne soupçonnait rien de ce qui se tramait dans son dos. Elle continuait de vaquer à ses occupations qui étaient devenues sa routine. Tous les jours elle allait en classe, elle mangeait avec sa meilleure amie Ginny, aussi loin que possible des Gryffondor de sa promotion pour parler à loisir, mais toujours à mots couverts, du ténébreux mais séduisant et charismatique Severus Rogue. Et puisque cela était possible elle se rendait en catimini dans les appartements de ce dernier, afin de passer de délicieux, quoique chastes, moments en sa compagnie. Là ils discutaient d'elle, de lui, d'eux, de magie et de toutes ces choses qui font la vie. Cependant bien qu'ils se voyaient souvent ils continuaient à échanger des lettres et trouvaient toujours autant de plaisir à le faire.

Mais si la jeune femme devait mettre un bémol sur tout cela ce serait pour les cours de potions. Il lui était difficile de s'empêcher de l'observer en train d'exercer son art et son enseignement lorsqu'elle n'était pas occupée à autre chose. De plus, le cours suivant son agression par son binôme elle avait eu peur de se retrouver à côté de lui. Cependant, avant de commencer la séance, le professeur avait annoncé un changement de groupe en inversant Seamus Finnegan et Hermione, prenant tout le monde au dépourvu.

C'est alors qu'une idée germa dans l'esprit du préfet des Serpentard : pourquoi un tel changement et surtout comment se faisait-il qu'il s'opère juste après ce que je lui ai fait ? Puis il comprit. Rogue savait mais la question qui se posait en conséquence était de savoir pourquoi il cherchait à la protéger. Après tout Rogue faisait partie des rangs des Mangemorts, alors certes il se devait de maintenir l'apparence d'un sorcier au service de Dumbledore et de l'Ordre du Phénix, mais quand-même il y avait des limites à ne pas franchir !

C'est avec toutes ses préoccupations en tête que le jeune homme tenta de faire bonne figure et de réussir la mixture mise à l'ordre du jour, mais sans succès.

A la fin des deux heures de cours la tension de la salle redescendit de façon palpable, tout le monde rangea ses affaires avec empressement pour arriver plus vite au week-end. Puisque dès lors qu'ils seraient sortis ils disposeraient de deux longues journées pour se détendre et se réapprovisionner en confiseries et autres farces et attrapes dans le village sorcier de Pré-au-Lard.

Hermione quant à elle remballait les siennes avec tout autant d'énergie bien que ce n'était pas pour les mêmes raisons. En effet elle voulait pouvoir arriver au plus vite à la bibliothèque afin de se débarrasser de ses devoirs. Ainsi elle espérait qu'elle pourrait passer tout ce temps libre en compagnie d'un certain professeur, bien qu'il ne lui ait rien dit à ce sujet.

Ce dernier, dans la même optique, s'affairait de son côté. Il escomptait achever dans un court délai la correction des dernières copies ainsi que la préparation des cours qu'il aurait à dispenser le lundi suivant. Il se félicitait d'ailleurs de sa méthode de travail qui consistait en un travail journalier qui ne lui demandait, au final, que peu de temps. Il s'en félicitait d'autant plus que depuis quelques temps il préférait vaquer à d'autres occupations hautement plus intéressantes.

C'est donc plein de joyeuses pensées que, chacun de leur côté, ils s'attelèrent à leur tâche.

Cependant s'il y en avait un qui ne partageait pas l'enthousiasme général c'était bien le préfet des Serpentard, Drago Malefoy, qui voulait tirer au clair l'étrange comportement du Maître des Potions. Ce faisant il suivit de loin son homologue féminine jusqu'à la bibliothèque et, après y avoir effectué un rapide tour de reconnaissance, il se dirigea vers la section traitant d'Histoire de la Magie où il était sûr de la trouver. C'était l'endroit le plus tranquille de la pièce car nul n'y venait jamais, aussi la jeune femme y passait son temps pour pouvoir travailler en paix.

— Tiens, tiens, tiens. Mais qui voilà, fit une voix trainante reconnaissable entre toutes.

— Qu'est-ce que tu veux ? lui répondit-elle sur la défensive alors qu'il émergeait de derrière un rayonnage.

— Ai-je vraiment besoin d'une raison pour passer du temps en ta charmante compagnie ?

— Vas t'en ou...

— Ou quoi ? Tu vas envoyer Rogue me tirer les oreilles ? Il ne me fera pas de mal puisqu'il est...

Drago s'interrompit juste à temps.

— Non. Je n'ai besoin de personne, et encore moins d'un serpent, pour prendre ma défense.

— Méfies-toi. Je n'ai pas oublié ce que tu m'as fait l'autre jour. Ni ce que Rogue a fait.

— Faire ? Je ne vois pas en quoi ses faits et gestes me concernent. Et si tu fais allusion à la petite scène de tout à l'heure, eh bien si tu veux mon avis il a perdu son temps. Je n'ai besoin de personne pour prendre ma défense. Maintenant je te serai gré de cesser de polluer mon espace vital et mon oxygène avec tes paroles malveillantes et déplacées.

Ravie, Hermione se replongea dans ses livres, bien décidée à l'ignorer.

— Je découvrirai ce qui se cache derrière cette histoire. Fais-moi confiance. » Lui dit-il en partant.