Débauche d'écriture estivale, phase trois (une auteure de fanfic lessivée ? où ça? !).

Un chapitre qui contient pas mal de trucs que je comptais écrire depuis fort longtemps et qui me travaillaient pas mal, si bien que j'ai commencé à l'écrire en avance, mais c'est pas plus mal vu qu'il est massif !

Avertissement pour les personnes qui se sentent fragiles : cette fanfic n'est pas exactement semblable à un Disney, on est d'accord, mais voici de possibles déclencheurs : violence physique, homophobie (liée au thème précédent), instabilité psychologique.

Mais ne vous inquiétez pas, y a aussi de la romance et de l'érotisme, et aussi des trucs fun, parce que hein, bon, on se refait pas.

J'ai une toute petite communauté sur cette fic et je vous connais tous plus ou moins. Je vous remercie vraiment, beaucoup, de suivre cette histoire. Elle est pour moi, et elle est pour vous. À tous : je vous embrasse fort.

PS : Eh oui, le titre de ce chapitre est une référence de « midinette ». Même pas honte :D


CHAPITRE VINGT-CINQ : The End of this Chapter

Across darkened skies, I travelled without a light
I sank in the well of my mind
Too deep, never to be found

I'm sorry, I am here
I'm not sure if it should bring you fear
I whisper in your ear
Why is he here?

They said I won't find you, but now I'm beside you
I'm not all that stable
You should know by now that you are mine...

Sonata Arctica, The End of This Chapter

I

Hay muchas razones por las cuales respirar
Hay muchas razones por las cuales matar
Siempre encontraras un deseo en ellas
Para habitar las calles de esta ciudad

Perros del mal, estatuas de sal
Sonrisas de concreto, un destino fatal
Te han violado y se han reído de ti
Te han confinado a vivir aquí

Bienvenido a esta ciudad llamada maldad
Aniquilando toda muestra de felicidad
Donde ya no importa mas lo que esta bien o lo que esta mal
Bienvenido... ja ja ja! que risa me da!

Hocico, Bienvenido a la maldad

Une fois n'était pas coutume, Noctis était resté plus longtemps au lycée pour étudier – chez lui, c'était presque impossible : il n'arrivait pas à se concentrer avec toutes ces distractions, et comme il avait déjà dû redoubler une fois, il n'avait aucune envie de foirer cette année-là aussi. Quoi qu'il arrive, il fallait absolument qu'il passe en terminale. Autrement, il avait l'impression qu'il ne s'en sortirait jamais. Il devait se tirer du lycée, et peut-être alors qu'il pourrait commencer une vie qui lui était propre, héritier du trône ou non. En tout cas, il se raccrochait à cette idée, parce que c'était celle qui lui permettait de se lever le matin et d'affronter chaque journée une par une.

Alors, il faisait des efforts et travaillait de son mieux.

Et ce soir-là, il ne vit même pas le temps passer.

Il franchit les grilles du lycée alors que la nuit était tombée. Comme à son habitude, il brancha ses écouteurs sur son smartphone et se noya dans la musique le temps de rentrer chez lui. Il n'avait pas pris la voiture aujourd'hui – trop la flemme de conduire.

Le bitume défilait sous ses pieds en une suite ininterrompue. Il savait instinctivement le chemin à prendre et avait à peine besoin de lever la tête pour voir où il se trouvait. Aussi, il était entièrement absorbé dans son propre univers quand quelqu'un se planta devant lui, l'agrippa par le col et le projeta contre le mur le plus proche.

Il resta immobile, le souffle coupé par le choc, cherchant à toute vitesse à analyser la situation. Il vit un type à peine plus grand que lui, le visage dissimulé par une cagoule, qui agrippait sa cravate en la tirant vers lui sans se soucier de l'asphyxier au passage, et quelques autres gars autour de lui, tous pareils, le visage dissimulé. Ses écouteurs s'éjectèrent de ses oreilles quand le type le tira en avant puis le cogna contre le mur de béton. Il ouvrit la bouche pour parler, peut-être pour demander ce qui se passait, pourquoi est-ce qu'on l'agressait, qu'est-ce qu'on lui voulait. Une autre rencontre brutale entre son crâne et le béton interrompit la phrase qu'il avait commencé à prononcer.

Ses écouteurs tombés, il entendit le silence bourdonnant de la rue déserte, puis un crachat qui s'écrase sur le bitume, et enfin, la voix sourde, gonflée de fiel, de son agresseur.

« Tu crois vraiment pouvoir t'en tirer comme ça, sale pédé ? Tu crois que les gens vont vouloir de toi comme roi ? »

Le mec lui cracha dessus, mais ça, il ne le réalisa que quelques secondes plus tard, quand le mollard glissa en une masse gluante le long de sa joue et sur le coin de ses lèvres.

« Tu me dégoûtes, lança le type cagoulé. Les mecs comme toi, on devrait leur couper les couilles. J'suis pas le seul à le penser, pas vrai, les gars ? Plutôt crever que d'avoir une pédale pour roi ! »

Noctis hurla à son corps amorphe de bouger. Comme dans l'un de ces cauchemars où l'on cherche à éviter un coup, fuir une menace, ou bien quand on enrage tellement que les bras refusent de fonctionner et qu'on est obligé de dévisager le connard ou la connasse responsable de son état et d'entendre chacun des putain de mots qui vous foutent au fond du trou.

Noctis ne pouvait pas bouger.

Il pouvait à peine respirer.

Et il regarda le poing fermé fondre sur son visage. Il sentit sa lèvre supérieure exploser et son nez craquer. La violence du choc l'étourdit et il perdit l'usage de ses membres. Il eut la nette sensation de se voir de l'extérieur quand il s'effondra comme un pantin.

Quand il tomba sur le bitume comme une merde.

Et la douleur qui vrillait son visage et pulsait à l'arrière de ses orbites ne suffit pas à masquer celle qui hurla dans son coude quand il heurta le trottoir en faisant pratiquement peser tout son poids sur son articulation. De nouveau, il entendit quelque chose craquer.

Au beau milieu du brouillard noir et asphyxiant de la douleur, sa conscience enregistra d'autres coups. La moitié portée dans sa cage thoracique, l'autre dans le ventre. Il ouvrit la bouche comme un poisson hors de l'eau, mais ses muscles ne répondaient pas et il ne pouvait pas aspirer la moindre bouffée d'air. Le déluge de météorites chauffées à blanc cessa par un ultime coup à la mâchoire. Il se mordit la langue et le sang afflua aussitôt dans sa bouche. Il eut tout juste la lucidité de tourner la tête de côté pour ne pas s'étouffer avec son propre sang.

Les types cagoulés avaient déjà disparu. Ou bien est-ce qu'ils étaient partis depuis des heures ? Il n'en avait pas la moindre idée. Le choc l'empêchait de sentir correctement son corps. Il n'avait conscience que d'une douleur vibrante, hurlante, mais qui envahirait une masse confuse et non un corps reconnaissable. Il sentit aussi l'amertume au goût de rouille du sang et ça lui donna la nausée. Il voulut se redresser, ne parvint qu'à se mettre à quatre pattes, et vomit un mélange de bile et de sang tandis que son cœur battait avec une telle violence qu'il était à peu près persuadé qu'il allait s'arrêter dans les prochaines secondes.

Mais son cœur tint bon. Au bout de ce qui lui parut une éternité, ses sens revinrent à un semblant de normalité. Il nota qu'il s'était pissé dessus, et qu'il n'avait pas la moindre foutue idée de l'endroit où se trouvaient son sac, son smartphone, et le reste.

Le reste ?

Ses clefs ! La panique le submergea à l'idée de ne pas les retrouver. Il n'y avait pas la moindre chose qui pouvait compter autant que ça. Il devait rentrer chez lui. Il ne pouvait penser à rien d'autre.

Il lâcha un rire exténué semblable à un sanglot en posant la main sur sa poche, à travers laquelle il palpa la forme familière du jeu de clefs.

Sauvé ! Je suis sauvé !

Comme si tu ne venais pas de te faire casser la gueule et humilier en pleine rue... Sauvé, c'est ça...

Ta gueule !

L'appart... L'appart, putain de merde ! C'est par où ?!

Y a un autre problème. Tu vas faire comment pour y aller ?

D'une, il ne trouvait pas son téléphone, de deux, il ne pouvait pas demander de l'aide maintenant. Et cette fois-ci, son corps obéit à l'injonction en dépit de la douleur hurlante qui lui donnait l'impression d'avoir fait un séjour dans le tambour d'une machine à laver.

C'est bien le moment de faire preuve de bravoure ! Pourquoi t'as pas réagi avant, espèce de connard ?!

Quoi qu'il en soit, son corps semblait bien vouloir réagir pour le transporter jusqu'à un endroit où il se sentirait en sécurité. Peut-être.

En clopinant et sans enregistrer le moindre détail, il parvint jusqu'à son immeuble. Poser le badge pour ouvrir la porte, c'était facile. Trouver la bonne clef et réussir à l'introduire dans la serrure, ce fut une autre paire de manche.

Quand il entra enfin dans son appartement, il se laissa tomber contre la porte, et au même moment, s'aperçut que son portable était resté à sa place, dans sa poche. Il fit un gros effort pour l'extraire et plissa ses paupières gonflées de larmes pour y voir plus clair, puis aventura des doigts tremblants sur l'écran tactile.

NOCTIS : J'ai besoin de toi. Maintenant. Je suis chez moi.

...

...

IGNIS : J'arrive tout de suite.

III

Ravus n'étant pas exactement du genre à passer inaperçu, ce fut dissimulé par un large sweat à capuche qu'il arriva à la gare d'Insomnia. Sa haute silhouette attirait déjà l'attention, alors il valait mieux qu'on n'aperçoive pas son visage dont, en général, les gens se souvenaient.

L'automne commençait à s'installer et ce soir-là, une fine brume enveloppait les quais d'un halo de mystère. Ravus rabattit sa capuche sur sa chevelure blanche, remonta son sac sur son épaule et se dépêcha vers la sortie, dans l'intention de disparaître le plus tôt possible dans un taxi.

Il ne pensait pas qu'il serait un jour revenu dans cette ville pour une autre raison que pour la mettre à feu et à sang, mais il était bel et bien là, sans autre arme qu'un wakizashi dissimulé sous ses vêtements. Qu'est-ce qu'il faisait ici ? Il n'en était pas certain. Ou plutôt, il avait du mal à se l'expliquer. Il était là à cause de cette pulsion qui le hantait jour et nuit. Il ne pourrait plus dissimuler à Nyx ce qu'il ne devait pas voir, mais il s'en fichait. Et il n'aurait pas dû. Ça ne lui ressemblait pas d'agir de manière aussi imprudente. Les marques noires s'étendaient maintenant du poignet à l'omoplate. Ça lui faisait un mal de chien. Mais tout ça importait peu. Rien n'importait.

Nyx n'était pas le seul à savoir jouer les espions... Ravus avait les siens, et il l'avait fait suivre. Et entendu parler de quelqu'un qui vivait avec Nyx... C'était un homme, et pas un membre de sa famille. Il n'en savait pas davantage, mais cette seule information avait suffi à faire déborder le désir déjà dévorant de venir le voir. Il devait savoir de qui il s'agissait, maintenant. Ou bien il allait devenir fou.

Il ne s'était pas rendu à Insomnia depuis l'enfance, et la ville n'avait guère changé. Elle était aussi vaste, étouffante et agressive que dans ses souvenirs. Là où la capitale de Tenebrae consistait en des bâtiments élancés et élégants, figés dans le temps, ornementés de fer forgé et de sculptures fantasmagoriques, Insomnia apparaissait comme un bloc d'acier, de béton et de verre, une multitude de gratte-ciels pressés les uns contre les autres comme dans une lutte pour atteindre la lumière du soleil. Ce soir, la brume et la nuit dissimulaient leur véritable hauteur, accentuant encore sa sensation de claustrophobie. Il se faufila dans la foule des voyageurs fatigués et fit signe à l'un des nombreux taxis qui attendaient devant la gare. Le chauffeur lui jeta un regard curieux, mais il détourna la tête et marmonna l'adresse à laquelle il voulait se rendre. Sans doute habitué à l'impolitesse de ses passagers, le conducteur acquiesça et s'inséra dans la circulation dense sans émettre de commentaires.

Ravus n'avait aucune idée de la durée que prendrait le trajet, et il fut bien obligé de prendre son mal en patience. Le problème, c'était qu'il ne possédait la patience qu'en ressource très limitée, et encore davantage ces temps-ci. En plus de lui donner des hallucinations et de renforcer sa force physique, les particules daemoniques qui saturaient son système lui causaient des douleurs atroces et semblaient accentuer ce qu'Ignis appelait son « instabilité ». Ravus n'avait jamais été d'accord avec ce terme... jusqu'à maintenant. On lui avait assuré que ce serait seulement temporaire, et il avait promis au médecin qu'il viendrait lui-même lui arracher les tripes si tel n'était pas le cas. Il commençait à perdre le contrôle et il n'avait pas consenti à de tels sacrifices avec pour toute récompense le fait de se retrouver confronté à sa pire crainte. Ça ne pouvait pas durer.

Mais il y avait autre chose qui ne pouvait pas durer : son ignorance à propos de cette personne qui vivait avec Nyx. Et tandis que son taxi roulait dans Insomnia la vibrante, il sentait la rage s'accumuler dans sa poitrine, pure et vivifiante, et incroyablement dangereuse parce qu'elle était semblable à une catastrophe naturelle : elle frappait sans discrimination.

Le taxi s'arrêta devant une grande maison entourée d'un vaste jardin, dans un quartier résidentiel plutôt huppé et éloigné du chaos urbain. Il paya le taxi, prit son sac et sortit du véhicule. La voiture s'éloigna, laissant la rue baignée dans un calme étrange. Chez Nyx, les lumières étaient allumées au rez-de-chaussée. Il s'approcha d'une fenêtre et vit le garde royal en compagnie de cet homme qu'on lui avait décrit. Un brun plutôt quelconque d'une trentaine d'années, présentement en train de cuisiner. Nyx se tenait près de lui, une main posée sur son épaule.

La fureur monta brusquement en lui, aveuglante. Il se rendit devant la porte d'entrée, tourna la poignée. C'était ouvert.

IV

Quand Ignis arriva chez Noctis, l'appartement était plongé dans l'obscurité, à l'exception de la salle de bain dont la porte ouverte laissait passer la lumière dans le couloir.

« Noct ? » appela Ignis.

Il n'obtint pas de réponse, et le mauvais pressentiment qu'il avait eu en recevant le texto du prince ne fit que s'accentuer. Il remonta le couloir et poussa la porte de la salle de bain.

Son sang se figea dans ses veines.

Noctis était recroquevillé sur lui-même, appuyé contre la baignoire. Il avait le visage en sang, les lèvres éclatées, et le nez probablement brisé. Son coude saignait également.

« Je... j'arrive p-pas à enlever mes fringues... » murmura-t-il d'une petite voix qui lui brisa le cœur.

Ignis s'accroupit près de lui.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il le plus doucement possible, sans laisser filtrer la panique dans sa voix.

— Ils... je me suis laissé surprendre... j'ai rien vu venir... rien pu faire...

— Il faut que je t'emmène à l'hôpital.

— Non... je t'en supplie, non... »

Ignis se mordit la lèvre. Que devait-il faire ? Il fallait au moins qu'il estime la gravité des blessures.

« Ok... murmura-t-il. Je vais te faire couler un bain. Tu peux te lever ? »

Noctis secoua la tête.

« Je sais pas...

— Essaie au moins de te redresser. Je vais t'aider à te déshabiller. »

Le prince acquiesça et Ignis serra les mâchoires quand il poussa un gémissement de douleur alors qu'il lui enlevait sa chemise.

« Par les Divins... » chuchota-t-il, horrifié, en découvrant les hématomes qui lui couvraient le torse et le ventre.

Le bas de son corps, au moins, semblait intact. Dès que le bain fut prêt, il souleva le prince dans ses bras et le déposa dans l'eau chaude. Il écarta les mèches de cheveux poisseuses de sang qui lui tombaient sur les yeux et lui caressa la joue.

« Qu'est-ce qui s'est passé, Noct ? C'était pour te voler ? »

Noctis eut un semblant de sourire, qui ressemblait surtout à une grimace.

« Ils étaient cagoulés. Ils voulaient juste casser du pédé. Enfin, pas n'importe lequel... Ils savaient qui j'étais. Je serais pas surpris que ce soit des gars du lycée...

— Bon sang... »

Il observa Noctis, qui fermait les yeux et pleurait sans un bruit, et la colère l'envahit.

« Ils étaient peut-être cagoulés, mais je te promets qu'ils ne s'en tireront pas comme ça.

— Non... Ça n'a pas d'importance. La vengeance ne m'intéresse pas.

— Ça n'a pas d'importance ?! Comment tu peux dire ça ?

— Laisse tomber, Ignis... Je... je veux juste dormir. »

Ignis cligna des paupières.

« Je... bien sûr. »

Il fit de son mieux pour nettoyer le visage du prince sans lui arracher des cris de douleur, puis l'aida à sortir du bain et à se sécher. Puis, il le transporta dans son lit et pansa ses blessures. Il lui posa une série de questions pour vérifier qu'il n'avait pas de commotion, et au terme d'un examen rapide, estima qu'il n'avait pas de blessures graves.

« Je reste avec toi, dit-il en s'asseyant au bord du lit.

— Merci... murmura Noctis d'une voix épuisée. Il faut... Je dois te demander quelque chose.

— Bien sûr. Dis-moi.

— Promets-moi de n'en parler à personne. Strictement personne.

— Noct, je ne peux p-...

— Promets-le-moi ! »

Il poussa un long soupir.

« Très bien... Essaie de dormir. » Il se pencha et posa un baiser sur son front. « Je suis... »

Sa voix se brisa et il fit un gros effort pour se reprendre.

« Je suis désolé que tu aies dû subir ça... »

Noctis ne répondit pas. Ignis s'allongea sur les draps près de lui, et le prince se blottit contre lui. Il l'entoura de ses bras et attendit qu'il s'endorme pour laisser ses larmes couler.

V

Ravus se dirigea sur sa droite. Il entra dans la cuisine et fondit sur l'homme que Nyx touchait. Il l'attrapa par le col et le jeta contre le mur. Puis, il sortit son wakizashi et appuya la lame contre sa gorge.

« Qui es-tu ? » demanda-t-il.

L'homme le fixa, les yeux écarquillés, les mains levées, tremblantes. Puis, une perplexité totale se peignit sur son visage.

« Mais... mais vous êtes...

— QUI ES-TU ? cria Ravus en appuyant la lame contre sa trachée.

— Wow, wow, on se calme ! » fit Nyx en s'approchant, maintenant une distance respectueuse entre lui et Ravus. « Lâche-le, c'est un ami. Un collègue. Il n'y a rien entre nous.

— C'est la vérité ! cria l'homme qu'il coinçait. Je... je suis hétéro, moi... Y a... une photo de ma copine dans mon portefeuille... Vous... pouvez l'appelez pour vérifier... S'il vous plaît... laissez-moi partir... »

Ravus s'aperçut que la main qui tenait son sabre tremblait. La fureur reflua un peu en lui, juste assez pour qu'il lâche sa proie. Il se tourna vers Nyx, et quand il vit que l'homme faisait mine de s'enfuir, il leva la main et l'avertit :

« Toi, tu ne bouges pas.

— Ok... Je bouge pas... »

Ravus se rapprocha de Nyx et pointa son arme sur sa poitrine.

« Pourquoi est-ce que tu le touches comme ça ? Pourquoi est-ce que tu vis avec lui ? »

Derrière lui, l'homme émit un petit rire étranglé.

« Nyx, l'est comme ça avec tout le monde... Faut toujours qu'il essaie de flirter.

— Putain, mec, c'est pas vraiment le moment de dire ce genre de trucs ! protesta Nyx. Je te signale que je connais ce type que depuis quelques semaines et c'est déjà la deuxième fois qu'il envisage sérieusement de me tuer !

— Normal, t'aimes que les mecs qui t'attirent des ennuis... Sûrement pour ça que tu me kiffes pas, d'ailleurs...

— Nan, ça, c'est parce que t'es moche.

— Enfoiré ! »

Ravus baissa son arme et envoya son poing dans la figure de Nyx. Celui-ci s'effondra sur le carrelage de la cuisine en se tenant la mâchoire, une expression choquée sur le visage. Ravus se rappela soudain qu'il ne maîtrisait pas sa nouvelle force et se demanda s'il lui avait brisé la mâchoire. Apparemment, non, vu la réaction instantanée de Nyx :

« Putain de merde, ça fait mal ! J'ai rien fait, Ravus ! Absolument rien ! C'est Jay, mon coloc. Jay, je te présente Ravus.

— Mais... Ravus... Ravus de Tenebrae ?! Le haut-commandant de l'armée impériale ?!

— Ouais...

— Putain, Nyx, mais t'es complètement dingue ?! »

Ravus se retourna vers le dénommé Jay et lui lança un regard glacial.

« Dégage. Et si tu dis un seul mot de ce que tu as vu ou entendu ici, je te fais la peau.

— Il ne plaisante pas, l'informa platement Nyx, toujours à terre.

— C'est bon... je dirai rien. Je tiens à la vie, moi... Désolé pour... euh... Désolé pour le malentendu.

— Fous le camp !

— Je suis plus là ! »

Et le coloc de Nyx fila sans demander son reste.

Ravus posa son sabre sur le comptoir et se laissa tomber sur une chaise. Il fallait qu'il se calme. Mais la colère persistait, brûlant tout sur son passage.

« Merde ! » s'écria-t-il, avant de foutre son poing dans la cible la plus proche. Le mur s'écailla et se fendilla au contact de ses articulations. Quand il avait frappé Nyx, il n'avait rien senti, mais ce coup-ci, la douleur explosa dans ses phalanges, l'aidant un peu à retrouver sa lucidité.

Nyx se releva, mais resta là où il était.

« On peut dire que tu sais comment faire des entrées dramatiques...

— Ferme-la.

— Tu permets au moins que je m'explique ? »

Ravus hocha la tête.

« Mon frère et moi, on habitait ensemble. Après sa mort, j'ai pas pu supporter de vivre seul. Jay cherchait un coloc alors on a emménagé ensemble. Ce qu'il t'a dit est vrai, il est hétéro et il a une copine. Et en plus de ça, il ne m'intéresse pas.

— Et il a dit vrai aussi à propos du fait que tu dragues tout le monde ? »

Nyx se frotta l'arrière du crâne d'un air embarrassé.

« Bah...

— Ok, je ne veux pas le savoir. Sers-moi un verre.

— Ça arrive tout de suite ! »

Ravus avala son verre cul sec.

« C'est bon. Je ne vais pas te frapper. Enfin, pas pour l'instant. »

Nyx acquiesça et s'assit en face de lui.

« Donc... Tu étais venu pour me voir... ou pour m'espionner ? »

Ravus esquissa un sourire.

« Les deux.

— Je vois... J'ai putain de mal à la mâchoire mais je suis quand même content que tu sois venu.

— Mets de la glace.

— Ouais, bonne idée... »

VI

Inside everybody fights
Inside everybody burns
The time hangs from the ceiling
Inside everybody drowns
Inside no one ever feels
Inside no one ever knows
The ice melts while we call out
Inside no one ever hears us
Inside everybody cries
Inside everybody melts
Who's that looking for meaning?
Inside everybody's dead
So where's the grace? Where do we find it?
Inside the thorns? Inside the frames?
So why the pain? And why the suffering?
Is there a reason? Will we ever know?
It's what you bleed
It's what you've done
It's all the pain behind the tears
These words that lie under my tongue
Just let it go
Just go

Hocico, Drowning

Noctis se réveilla parce que son crâne vibrait et sonnait comme si on y avait logé toutes les cloches de la ville. Il ouvrit les yeux et vit le plafond gris. Puis, il regarda vers la fenêtre et la lumière agressa ses pupilles fatiguées.

Tout son corps lui faisait mal. Mais ce n'était rien par rapport à la fureur rentrée, un mélange incandescent de honte et de rage qui le consumait jusqu'à la moelle. Il essaya de bouger, et quand il se redressa, la nausée paniqua dans son estomac. Il regarda au pied du lit et fut surpris d'y trouver un seau. Il le prit avec reconnaissance et y évacua le contenu de son estomac vide.

Le sang pulsait dans ses tempes, dans son front, dans sa gorge, son cœur lui paraissait avoir remonté à la surface pour s'écraser contre ses côtes.

« Putain... » murmura-t-il comme pour conjurer le mauvais sort.

Il reposa le seau souillé au bord du lit. Il se sentait à peine mieux, couvert de sueur, mais libéré d'une partie de la pression dans ses tripes.

Il se leva en titubant. Ses côtes lui faisaient un mal de chien, ses tripes semblaient s'être contorsionnées dans une position anormale, le tout atrocement noué à un tel point qu'il eu la nette sensation qu'il allait se chier dessus.

Heuresement, il parvint à la salle de bain avant de subir une nouvelle humiliation.

Après quoi, il débarqua dans le salon comme un zombie.

Ignis s'y trouvait. Le petit-déjeuner était prêt, le café fumant.

Noctis attrapa une tasse et se laissa tomber dans le canapé.

« Je suis vraiment désolé, murmura-t-il.

— Noct. Non. Tu n'as pas le moindre début de raison d'être désolé.Je suis là, et je serai là autant de temps que tu en as besoin. Sans condition. »

Noctis ferma les yeux, les mains resserrées sur le mug fumant.

« Désolé quand même. J'espérais ne plus poser de problèmes. »

Ignis quitta la cuisine et alla s'asseoir à côté de lui sur le canapé.

« Je t'interdis de penser comme ça. Tu n'es absolument pas responsable de ce qui t'est arrivé. Je resterai avec toi autant de temps que nécessaire, et ça me va comme ça. D'accord ? C'est moi que tu as appelé, personne d'autre. Et je pense qu'on sait tous les deux pourquoi.

— Probablement... Ignis.. Ok, j'essaie de pas trop m'excuser, mais... Tu peux rester avec moi ? Aujourd'hui ? Je crois pas que je vais y arriver...

— Noct, tu n'as pas à me le demander. C'est ce que j'allais faire de toute façon.

— Je te mérite pas...

— Tu ne mérites rien du tout, et surtout pas ce qui t'est arrivé. Arrête ça, Noct. Laisse-moi juste prendre soin de toi.

— Est-ce que quelqu'un prend soin de toi ? »

Ignis marqua un temps d'arrêt, sourit, et déclara :

« Bien sûr que oui... Ne t'inquiète pas pour moi. »

À ces mots, Noctis se rapprocha de lui et enfouit son front dans le creux de son épaule. Ignis le prit dans ses bras et le serra contre lui.

« Ne pense à rien, Noct. À rien du tout. Je m'occupe de tout. »

Noctis avait tellement besoin de l'entendre et tellement envie d'y croire qu'il céda presque aussitôt. Il s'allongea sur le canapé et posa la tête sur les cuisses d'Ignis.

« Ok... murmura-t-il. Mais... s'il te plaît, reste avec moi.

— Je te l'ai dit : je reste. Tout va bien. Je ne vais pas te laisser. »

Noctis se blottit davantage contre lui et frémit en sentant ses doigts parcourir sa chevelure en bataille. Il eut envie de parler, mais n'y arriva pas. Il se contenta de serrer les jambes de son ami contre son visage. Il ne voulait pas qu'il parte. Il ne supporterait pas qu'il parte.

« Ignis ?

— Oui ?

— Je... J'ai la sensation que je vais crever... le plus ironique c'est que c'était ce que je voulais y a quelques mois mais là j'ai juste peur... »

Ignis resserra son étreinte sur le prince.

« Tu ne vas pas mourir. Pas tant que je vivrai. »

Il se raidit en sentent les larmes silencieuses de Noctis mouiller le tissu de son pantalon. Par les dieux, il aurait fait n'importe quoi pour qu'il arrête de pleurer.

Plusieurs heures plus tard, Ignis consentit enfin à partir après que Noctis l'ait convaincu qu'il allait bien. C'était exactement l'inverse et c'était pour ça qu'il avait besoin d'être seul. Il ne pouvait plus être exposé ainsi. Il avait même la sensation qu'il ne le pourrait plus jamais, même s'il avait déjà ressenti ça et savait que c'était probablement faux. Pour l'heure, ses mains tremblaient, son estomac lui faisait mal et sa tête pulsait comme si elle s'apprêtait à exploser. Il battit en retraite dans sa chambre, mit ses écouteurs et poussa le volume de la musique à fond. Le rythme brutal de la musique, les cris murmurés de la voix du chanteur, les plages planantes de synthé, tout ça, c'était son garde-fou, sa dernière barrière avant l'abîme. Ça lui permettait de conserver sa santé mentale, en agissant comme un catalyseur pour ses émotions les plus ingérables. Il les déversait dans la musique, et il laissait la musique les emporter, les piétiner, les dévorer. Il aida le processus avec l'alcool qu'il cachait à Ignis, dans un tiroir verrouillé de sa table de nuit. Au bout d'un moment, il commença à planer. Il savait que ce serait bref, et que s'il buvait trop, il obtiendrait l'inverse de ce qu'il recherchait. Cela ne l'empêcha pas de boire avec conviction, jusqu'à ce que sa respiration ralentisse, jusqu'à ce que la douleur physique et morale s'adoucisse dans les brumes voluptueuses de l'alcool. Il se servit de la force qu'elles lui accordaient temporairement, comme un buff dans un jeu vidéo, pour rédiger un message qu'il faudrait qu'il envoie. Ce soir-là, il se contenta de le sauvegarder en brouillon, en se disant qu'il l'enverrait quand il serait sûr. Et sobre.

Puis, il se rallongea sur son lit et attendit que la musique et l'alcool emportent sa conscience sous des cieux meilleurs.

VII

Quand Jay rentra le lendemain matin, il trouva Nyx et Ravus en train de s'engueuler dans le salon.

« Sérieusement ? Vous avez pas arrêté depuis hier soir ?! »

Nyx s'interrompit et se tourna vers lui.

« Si, on a dormi entre temps.

— Ah... »

Puis, il remarqua les marques noires sur le bras de Ravus.

« Wow, tu devrais faire examiner ça... »

Le regard que lui lança Ravus le figea sur place.

« Bien entendu, ça ne me regarde pas. Et j'ai bien compris : si j'en parle, tu m'arraches les tripes.

— Tu comprends vite. »

Puis, Ravus se désintéressa de lui et l'engueulade reprit de plus belle. Jay alla se chercher des chips, et s'appuya au chambranle de la porte pour profiter du spectacle.

« Comment tu peux te faire ça à toi-même ? C'est EUX qui ont buté ton père !

— Tu ne sais pas de quoi tu parles !

— Visiblement, toi non plus ! Et quand je pense que t'as débarqué ici tout feu tout flammes pour me faire la morale... Je parie que t'as continué à voir tes gars, d'ailleurs ! »

Ravus frémit de rage, et Jay, sur le seuil, faillit battre en retraite. Ça allait mal finir, cette histoire.

« Non, je ne les ai pas vus. Pour toi. Parce que tu me l'as demandé. Résultat, je suis encore plus sur les nerfs, ce n'est pas vraiment le moment d'essayer de me pousser à bout.

— T'as qu'à le faire avec moi !

— Je t'ai dit que je ne pouvais pas !

— Et je sais toujours pas pourquoi !

— Je ne peux pas, pas avec quelqu'un que j'ai-...

— Que quoi ?

— Que j'aime. »

Le silence tomba brusquement. Ravus baissa les yeux.

Jay n'osa pas mordre dans sa chips et chuchota un « Woah... » la bouche pleine. Même s'il n'avait aucune idée de quoi ils parlaient.

Mais si Ravus avait cru que ça calmerait Nyx, ce fut tout l'inverse qui se produisit.

« Si c'est vraiment ce que tu ressens, alors arrête de te détruire ! Tu crois que j'ai envie de sortir avec un dameon ?!

— Nyx, je te jure que si tu la fermes pas...

— Quoi ? » lança Nyx, provocateur.

Ravus essaya de le tuer du regard, sans succès. Alors il s'approcha et pressa ses lèvres contre les siennes. La situation dégénéra en deux secondes.

Jay soupira.

« Nyx ! geignit-il. On avait dit 'pas dans les parties communes' ! »

Son coloc l'ignora superbement, aussi Jay décida de battre en retraite pour aller prendre sa douche.

« Foutu coloc », marmonna-t-il en chemin, poursuivi par les gémissements enfiévrés de son ami et de... du prince de Tenebrae ?! Sérieusement ?!

Il soupira une nouvelle fois et s'enfuit dans les escaliers.

VIII

Quelques jours plus tard

Quand Prompto arriva chez Ignis, il y trouva Gladio, qui... tentait de préparer le dîner ? Dans d'autres circonstances, ça l'aurait fait marrer, mais aujourd'hui, il n'y avait probablement rien qui aurait pu lui arracher ne serait-ce qu'un sourire.

« Hey, Prompto ! » le salua Gladio en reposant sa cuillère en bois. Il jeta un œil suspicieux à sa préparation, haussa les épaules et y posa un couvercle avant de se retourner vers le nouveau venu.

« Quoi de neuf ? » lança-t-il.

Puis, en voyant la tête que tirait Prompto, il l'invita à s'asseoir.

« Y a un truc qui va pas ? demanda-t-il.

Prompto déglutit, puis déclara d'une voix étouffée :

« Noctis m'a quitté.

— Sérieux ?!

— Par texto, en plus... Pas une explication, rien du tout. Ça faisait quelques jours qu'il venait pas au lycée mais il voulait pas que je vienne le voir, il disait qu'il était contagieux ou des conneries du genre.

— Quelques jours qu'il n'était pas au lycée ? Et pourquoi je suis pas au courant ?!

— J'en sais rien... J'espérais qu'Ignis saurait quelque chose. »

Gladio réfléchit un instant.

« C'est vrai que je le vois pas beaucoup, ces temps-ci... Il a dû se passer un truc. »

Au même moment, ils entendirent les clefs dans la serrure, et un instant plus tard, Ignis fit son entrée dans la cuisine. Il avait l'air excessivement fatigué, pensa Prompto.

« Iggy, commença Gladio, t'es au courant que Noct est pas allé au lycée depuis plusieurs jours ? »

Ignis se figea et les observa tous les deux avant de répondre lentement :

« Oui.

— Qu'est-ce qui se passe ? » voulut savoir Gladio.

Ignis hésita.

« Je... Je ne peux pas vous le dire. Il m'a fait promettre de ne pas en parler. »

Prompto se leva et se planta devant lui.

« S'il te plaît, Ignis. Il m'a quitté. Par texto. J'ai besoin de comprendre. »

Ignis écarquilla les yeux. Puis, il soupira et alla s'asseoir. Il ôta ses lunettes et se frotta les paupières.

« C'est pas vrai... murmura-t-il.

— Iggy...

— Ok. Je vais essayer une dernière fois de le faire changer d'avis. »

Il sortit son portable et appela Noctis. Qui décrocha à la première sonnerie, alors que ça faisait des jours que Prompto essayait sans succès de le joindre.

« Noct, Prompto aimerait bien te parler... »

Ignis secoua la tête en entendant la réponse du prince.

« Noct... » dit-il doucement. Puis, après un silence : « Non, je ne vais pas te dire ce que tu as à faire. Tu sais juste aussi bien que moi qu'il va falloir que tu affrontes la situation à un moment ou à un autre. »

Ignis se massa l'arête du nez, la main crispée sur le téléphone.

« Ok... murmura-t-il finalement. Je passerai demain matin. Appelle-moi si tu as besoin de quelque chose entre temps. »

Il raccrocha et posa son portable sur la table.

« Prompto, assieds-toi. Je vais vous dire ce qui se passe, parce que ça m'inquiète sérieusement. Je pense qu'on devrait aussi prévenir son père, mais je n'ai pas osé le faire dans son dos... Alors... pour l'instant, je vais juste vous dire ce qui s'est passé. »

Le photographe se tendit. Merde, ça avait vraiment l'air grave. Il alla s'asseoir avec ses amis à la table de la cuisine et se prépara à entendre ce qu'Ignis avait à dire.

Le conseiller du roi leur raconta tout ce qu'il savait. Un long silence succéda à son récit. Prompto s'essuya les yeux et se leva, le cœur au bord des lèvres.

« Ok, dit-il d'une voix tremblante. Je vais le voir.

— Je t'emmène, ça ira plus vite, proposa Ignis. Et je te passerai mes clefs, parce que je ne crois pas qu'il voudra te laisser entrer.

— Non, attends, intervint Gladio. T'as l'air crevé, je m'en charge. Et puis... » Il se frotta la tête d'un air embarrassé. « Je crois que j'ai foiré le dîner... »

Ignis sourit.

« Très bien...

— À tout de suite. », dit Gladio en se levant. Il posa un baiser sur les lèvres d'Ignis et fit signe à Prompto de le suivre. « T'inquiète, je suis sûr que tu sauras lui faire entendre raison. Il ne l'a pas encore compris, mais il ne peut pas se passer de toi ! »

Prompto parvint à sourire.

« Si tu le dis... »

Comme Ignis l'avait prévu, Noctis ne voulut pas les laisser entrer. Prompto utilisa sa clef et traversa le couloir et se planta sur le seuil de la chambre du prince.

« Noct, il faut qu'on parle.

— Je crois que j'ai déjà été assez clair », répondit Noctis sans le regarder, en faisant semblant de lire un manga.

Prompto déglutit. Il faisait sombre dans la chambre, mais il pouvait voir que le visage du prince avait été sacrément amoché.

« Ignis nous a raconté », murmura-t-il.

Le prince soupira, posa son manga et enfin, regarda Prompto.

« Je n'ai rien à te dire », déclara-t-il avec une froideur qui figea le cœur du blond dans sa poitrine.

Cependant, il refusa de se décourager et entra dans la pièce.

« Ce n'est pas juste, Noct. Je n'y suis pour rien, moi.

— Je n'ai pas dit que tu y étais pour quelque chose.

— Alors pourquoi tu m'en veux ?

— Je ne t'en veux pas. C'est terminé entre nous, c'est tout. J'en suis désolé, mais c'est comme ça.

— Je ne te crois pas », protesta Prompto d'une voix sourde.

Noctis serra les mâchoires, se leva, prit Prompto par les épaules et le força à reculer jusqu'à ce qu'il sorte de sa chambre. Puis, il lui claqua la porte au nez.

Dans le couloir, Prompto jeta un coup d'œil à Gladio, qui attendait à la porte d'entrée.

« Je ne bougerai pas d'ici », dit-il à son intention et à celle de Noctis.

Le prince ne répondit pas et Gladio hocha la tête, et fit signe à Prompto de l'appeler pour le tenir au courant, puis il s'en alla en refermant la porte derrière lui.

Prompto s'appuya contre le battant et se laissa glisser jusqu'au sol.

« Je ne partirai pas d'ici, insista-t-il. Tu peux pas me virer de ta vie comme ça. C'est pas juste, et tu le sais. »

Après un silence, il entendit du bruit de l'autre côté de la porte, et devina au léger choc contre ses épaules que Noctis s'était assis dans son dos.

« Je dis pas que je comprends ce que tu ressens, reprit-il, et te connaissant... Je sais que tu supportes pas l'humiliation et que c'est probablement ça le plus dur. Ça, je comprends. Mais ça te donne pas le droit de te débarrasser de moi parce que quelques connards t'ont fait du mal. »

Même depuis l'autre côté de la porte, ce fut comme s'il sentait la colère et le chagrin du prince épaissir l'atmosphère.

« Cette fois, dit Noctis d'une voix qu'il peinait à entendre, tu n'as rien compris.

— Alors explique-moi, putain !

— Prompto, tu as le choix ! Pas moi !

— C-Comment ça ? fit-il, perdu.

— Pourquoi est-ce que t'irais t'imposer des trucs du genre que je viens de vivre alors que tu peux facilement les éviter juste en sortant avec une fille ?!

— Mais Noct, c'est complètement débile ! Je sors avec toi parce que je t'aime ! Toi, et pas une fille !

— Ouais, et c'est pour ça que je t'ai largué. Tu t'en remettras, et tu referas ta vie avec quelqu'un d'autre. C'est mieux comme ça.

— Pour qui ? explosa Prompto. De quel droit t'ose prendre ce genre de décision pour moi ? Arrête de dire des conneries, c'est pas pour moi que tu l'as fait ! C'est pour toi ! Parce que t'assume pas ! »

Il entendit le prince sangloter et il sut qu'il avait touché juste. Ça lui fit mal, mais au moins, il ne serait plus obligé d'écouter ses excuses de merde.

« Noct... Je suis désolé que ce soit aussi dur pour toi. Vraiment. Mais j'ai pas l'intention de te laisser faire tout foirer entre nous. Je ne partirai pas. Je t'abandonnerai pas.

— Prompto, je t'en supplie. Fous-moi la paix. Juste... laisse-moi.

— Non. »

Promtpo, à court de mots et d'arguments, s'accrocha à son obstination. Il ne partirait pas. Ni maintenant, ni plus tard.

Noctis non plus ne semblait plus rien avoir à dire. Le silence s'éternisa.

Rien ne bougeait dans l'appartement, on entendait seulement le bourdonnement de la circulation à l'extérieure, tandis que la nuit tombait à toute vitesse. Même si Noct n'ouvrait pas cette porte de la nuit, il serait bien obligé de le faire quand il voudrait aller pisser ou manger un bout. Alors Prompto resta là. Et finit par s'assoupir.

Quand il se réveilla, il était par terre, et la nuit était tombée. Il se redressa, un peu confus, et finit par réaliser que Noctis avait ouvert la porte. Il se retourna et vit que le prince était dans son lit, sans savoir s'il dormait ou non.

Il s'approcha et s'allongea à côté de lui, incertain de ce qu'il devait faire.

« Apparemment, t'es comme moi, dit Noctis avec un léger sourire dans la voix. Tu t'endors littéralement n'importe où.

— Ouais... Je suppose que c'est vrai. » Il se tourna vers le prince et se redressa sur un coude. « Pourquoi tu m'as laissé entrer, Noct ? »

L'intéressé haussa les épaules.

« J'allais pas te laisser toute la nuit dans le couloir, si ? Alors vu que tu veux pas partir... »

Noctis fixait obstinément le plafond tout en parlant. Prompto eut presque envie de rire. À quoi est-ce qu'il s'était attendu ? Noct n'était pas exactement du genre à se jeter dans les bras des gens pour leur demander pardon. En tout cas, ce n'était certainement pas sa façon d'agir avec lui. Mais ce n'était pas grave. Il lui avait ouvert la porte.

Il se pencha vers lui et l'embrassa sur les lèvres. Noctis fit mine de se dérober, mais il insista. Au bout de quelques tentatives, Noctis céda. Prompto se rapprocha et posa une main sur sa poitrine, puis le caressa du bout des doigts pour ne pas relancer la douleur dans ses côtes. Puis, il l'embrassa à nouveau, et Noctis entrouvrit les lèvres. Prompto en profita pour approfondir le baiser, et Noctis y répondit avec hésitation. Puis, le prince se tourna sur le côté et remonta les genoux vers sa poitrine. Prompto se colla dans son dos, et il le laissa faire.

« On trouvera une solution pour arranger ça, dit le blond. Mais moi, je ne vais nulle part.

— Comme tu veux... » marmonna le prince en enfonçant son visage dans l'oreiller.

Prompto sourit : ça, dans le langage de Noctis, ça équivalait à une annulation de demande de rupture. Ce n'était pas grand-chose, et certainement pas la fin de leurs problèmes. Mais c'était assez pour ce soir. Il enfouit son nez dans les cheveux de son amant, et refusa de penser à tout ce qu'ils affronteraient le lendemain. À ce qui arriverait, et à ce qu'il devrait faire, si Noctis changeait de nouveau d'avis. Il n'était pas rassuré, très loin de là. Seulement content, pour l'instant, que Noctis l'ait laissé entrer.

Demain est un autre jour, aurait dit Ignis.

À ce stade, c'est tout ce que je veux et j'espère. Que demain soit juste différent d'aujourd'hui.