Hey ! Désolé pour les trois semaines d'attente, j'étais en vacances à l'étranger, donc je n'ai pas vraiment eu accès à mon ordinateur.

Encore pas mal de Henry dans ce chapitre, mais rassurez vous, Fye ne sera pas absent. ;)

Réponse aux reviews :

Taqasim : Non en effet. xD Loin de là même !
Oui, mais Kuro aime bien les défis. Et puis, avouons le, il est un peu buté sur les bords.
Je suis cruelle, je sais...
Dilemme, dilemme, quand tu nous tiens. Le pire dans tout ça, c'est que malgré les apparences, j'aime beaucoup le personnage d'Henry ! ^^' (Oui, je le cache bien, je sais.)

Bleunta : Mais non, ne te blâme pas, c'est de ma faute, pas de la tienne.
C'est vrai que cette histoire c'est un peu le couteau qu'on enfonce dans la plaie. Faut croire que j'aime bien quand ça fait mal ! x)
Elle arrive bientôt, rassure toi ! ;)
(Hihi, oups, désolé pour la parano !)

Sur ce, bonne lecture.


Comme promis, Henry arriva à la salle de sport à midi tapantes. En le voyant passer la porte, Primera vint lui faire la bise, attirant l'attention de ses collègues. Ils connaissaient tous le Français au moins de vue, et aussi par Kurogane qui avait parfois passé des heures à les bassiner avec. Heureux d'être la distraction du jour, il répondit avec plaisir à leurs questions.

-Hé, les glandeurs, j'vous paye pas à rien foutre, alors au boulot, et que ça saute ! Lança Seishiro en se frayant un passage au milieu du groupe.

Sachant qu'il disait ça sur le ton de la rigolade, mais un peu sérieusement également, ils retournèrent à leur poste en râlant.

-Alors, monsieur le globe trotteur daigne enfin m'honorer de sa visite ?

-Tu dis ça comme si ça faisait trois semaines que j'étais rentré ! Protesta Henry.

-Ça fait cinq jours aujourd'hui, je te signale.

-Le décalage horaire m'a cloué au lit.

-Mouai, excuses acceptées, mais c'est juste pour cette fois ! Capitula le borgne, hilare.

Étonnement, même s'ils avaient un caractère très opposé, Seishiro et Henry s'étaient toujours bien entendus. Enfin, à partir du moment où Henry avait été certain que l'autre ne comptait se faire son petit-ami, s'il se retrouvait sans personne dans son lit un soir. Le Français connaissait sa vision des choses sur le couple et l'amour, et il respectait ça. La seule chose qui le dérangeait, c'était de laisser Kurogane sortir tard avec lui. Il craignait toujours que Seishiro ne finisse pas le convaincre qu'une aventure d'un soir ce n'était pas tromper.

C'est pour ça que Kurogane avait beaucoup profité de l'absence de son fiancé pour se faire des soirées avec son meilleur ami. Et au final, si ce qu'Henry craignait était bel et bien arrivé, ce n'était même pas de sa faute. Non, il s'était convaincu tout seul comme un grand !

-Chéri, tu nous écoutes ? Si on y va pas maintenant, on ne trouverait jamais de place chez Ty'.

-J'arrive, j'arrive !

La plus grande partie de la conversation durant le repas tourna encore autour du voyage de l'avocat. Cela faisait maintenant plus de trois fois qu'il l'entendait répéter encore et encore la même chose et les mêmes anecdotes, alors Kurogane laissa son cerveau déconnecter. Il se contenta de hocher la tête en souriant lorsque son petit-ami se tournait vers lui. Henry parut s'en rendre compte, ou tout du moins il décida qu'il avait assez fait tourner la discussion autour de lui, puisqu'il changea brusquement de sujet.

-Alors comme ça, tu vois quelqu'un ? Toi, le grand loup solitaire, qui ne couche jamais deux fois avec la même personne ! Se moqua le Français, dans ce qui se voulait une pointe d'humour.

Son fiancé manqua de s'étrangler et se mis à tousser comme un dingue. Il ne s'attendait pas du tout à ce que cette histoire vienne sur le tapis, et encore moins à ce que ce soit Henry qui l'y mette. Seishiro parut aussi surpris que lui. Avant de répondre, il ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil en coin.

-Tu es bien renseigné, se contenta t-il de confirmer.

-J'ai un très bon informateur, gloussa Henry en posant une main sur le bras de de son voisin.

Celui-ci sous le coup de la colère eut presque envie de la retirer. Ça l'énervait de l'entendre parler de ça comme si c'était drôle. C'était tout sauf drôle. On parlait de son meilleur ami qui se tapait son ex, putain !

-C'est Fye, si j'ai tout suivi, non ?

Et vas y qu'il en remettait une couche ! Mais qu'est-ce que ça pouvait lui foutre ? D'habitude ça ne l'intéressait pas de savoir qui Seishiro se tapait. Il se renseignait parce que cette fois ça durait plus que la normale, ou juste parce c'était son ex ? Il n'arrivait pas à se décider, et ça le mettait encore plus en rogne.

Pourquoi était-il incapable de simplement passer au dessus de cette histoire ? C'était dingue d'être jaloux à ce point quand même !

-Lui même. C'est quelqu'un de très gentil et de très drôle. Il sait vraiment comment égayer une soirée, tu verras si tu le rencontre.

Kurogane dut se retenir de rire. Fye, drôle et gai ? C'était la meilleure blague qu'il ait entendu ! Seishiro le connaissait si mal que ça ? Était-il le seul dans cette ville à être au courant de qui était réellement l'Anglais ? C'était flatteur dans un sens. Ça prouvait qu'il lui faisait assez confiance pour lui parler d'une chose qu'il n'avait confié à personne d'autre. Quoi que, sur le moment, il n'avait pas trop eu le choix...

-Ne t'inquiète pas, je compte bien faire la connaissance de l'homme qui a réussi à modifier le point de vue de Seishiro Sakurazuka sur le couple ! Déclara l'avocat, amusé.

-Changé de point de vue, je n'irais pas jusque là. Ma notion de fidélité est toujours aussi inexistante. Disons plutôt qu'il m'a montré qu'après tout, pourquoi toujours chercher une nouvelle personne avec qui s'amuser, quand on trouve quelqu'un qui partage les mêmes idées que nous ? J'ai tout les avantage du couple, mais sans les inconvénients et les disputes. C'est ce dont j'ai toujours rêvé !

La façon dont il disait ça laissait penser qu'entre ce n'était que du cul. Comme si Fye était uniquement là pour assouvir ses pulsions sexuelles. Cette pensée lui donnait envie de frapper dans quelque chose.

Il savait que sa colère avait atteint un point trop important pour qu'il puisse continuer à jouer correctement la comédie, mais il ne parvenait pas à se calmer. Fye était un sujet tellement sensible qu'on ne pouvait pas en parler sans qu'il réagisse. Il s'était déjà inquiété pour lui tout le week-end, et ça, c'était la goûte d'eau qui faisait déborder le vase.

Par chance, les deux autres ne faisaient pas attention à lui, trop occupés qu'ils étaient par la discussion.

-En parlant de ça, j'avais pensé qu'on pourrait se faire un repas tout les quatre un de ces jours.

-C'est dingue, j'ai proposé exactement la même chose à Kurogane l'autre jour ! Pas vrai, mon amour ?

-Hunhun, grogna t-il, incapable de répondre autre chose sans devenir agressif.

Son petit-ami le regarda avec un air surpris, mais laissa tomber. Le brun n'aimait pas être dérangé pendant son repas, il dut croire que sa mauvaise humeur venait de là.

-Je sais, et si vous veniez manger à la maison vendredi soir ?! Suggéra fièrement Henry.

-Quoi ?! S'exclama Kurogane, trop surpris pour se contenir.

-Ça te pose un problème, chéri ?

Ça lui posait même deux problèmes. Le premier était qu'il aurait au moins pu lui demander son avis avant de proposer un truc pareil. Ce n'était parce qu'ils en avaient déjà parlé une fois qu'il était d'accord pour autant. Le second, c'était qu'il était incapable d'imaginer Seishiro, Henry, Fye et lui dans la même pièce.

-Non, non, aucun, mentit-il éhontément. C'est juste que, je croyais que tu travaillais vendredi ?

-Oui, comme tout le monde ici, mais ça ne change pas grand chose, si ?

Seishiro acquiesça et son meilleur ami fut bien obligé de faire de même. Il avait des raisons valable pour empêcher ce repas, comme le fait que Fye était son ex, mais il préférait les dire à Henry lorsqu'ils ne seraient que tout les deux. Il dut donc les supporter encore plusieurs minutes en train de tout organiser pour vendredi. L'heure du repas, qui amenait quoi, qui venait comment, et d'autres questions qui ne l'intéressaient pas plus.

La scène qui se passait devait lui était complètement surréaliste. Son fiancé et son meilleur ami étaient en train de planifier de se faire une soirée entre couple à laquelle ils comptaient inviter son ex. D'accord, il avait des raisons personnelles de ne pas vouloir que ça se concrétise, comme le fait qu'il avait couché avec ledit ex, mais même si n'avait pas été le cas, franchement ce n'était pas juste... étrange comme idée ?

-Écoute, je vais en parler à Fye tout à l'heure, et je donnerais sa réponse à Kuro demain, ok ? Finit par conclure le borgne.

-Faisons comme ça.

L'Anglais allait probablement lui tomber dessus à bras raccourcis dès que Seishiro lui aurait apprit la nouvelle. Après tout, c'était lui qui avait le plus insisté pour le convaincre d'empêcher la soirée. Kurogane comptait essayer, bien entendu, mais plus il y pensait, plus il avait l'impression que ses arguments allaient se retourner contre lui. Henry avait accepté qu'il fasse le shooting et la pub en déclarant que depuis le temps, c'était comme si le blond n'était plus son ex. Donc si il donnait cette explication pour empêcher le repas de se produire, son fiancé comprendrait qu'il y avait quelque chose de bizarre.

De toute façon, ce n'était pas le moment de réfléchir à ça. Pour l'instant, le plus important était de parvenir à détourner la conversation avant qu'il n'explose. S'il entendait une fois de plus le mot « Fye », il allait se mettre à crier.

-Ça fait combien de temps qu'on s'est pas retrouvés tout les trois ? Au moins deux mois, non ? Lança t-il innocemment.

Les deux autres se mirent à compter, et arrivèrent à la conclusion que cela faisait exactement 7 semaines et 4 jours. Ils tentèrent ensuite de se rappeler dans quelles circonstances cela s'était passé. Très vite ils dérivèrent sur leurs dernières sorties ensemble, et le brun rejoint avec soulagement le dialogue.

Il était nettement plus zen lorsqu'ils revinrent sur son lieu de travail une petite demi-heure plus tard. Il embrassa rapidement Henry en guise d'au revoir, et, bien qu'il soit toujours fâché à cause de l'histoire du dîner, se força à s'enquérir :

-Tu comptes faire quoi cet après-midi ?

-Je pensais aller voir Kenda. Si j'attends plus longtemps, elle va finir par me tuer !

-Bonne idée. Ça évitera qu'elle ne débarque en hurlant chez nous.

-Comme si c'était son genre !

-Avec elle, je suis préparé à tout.

L'avocat éclata de rire et leva les yeux au ciel, manifestement pas conscient du fait que Kurogane était on ne peut plus sérieux.

Kendappa, ou Kenda pour les intimes, était la meilleur amie d'Henry depuis la petite enfance. Ils avaient été dans la même école de la maternelle au lycée et se considéraient comme frère et sœur. Kenda était une musicienne de renom, connue dans tout le pays. Henry et elle s'étaient un peu perdu de vue quand il était entré à la fac de droit et qu'elle était devenue concertiste. Quelques années plus tard, lorsqu'ils avaient repris contact, ils s'étaient rendu compte que bien qu'ils aient tout deux déménagé, ils habitaient à 20 minutes l'un de l'autre. Ils avaient recommencés à se revoir et avaient tout de suite retrouvé leur vieille amitié.

Henry allait souvent rendre visite à Kendappa, mais l'inverse était moins vrai. En effet, les relations entre la jeune femme et Kurogane étaient pour le moins houleuses. Ils avaient tout les deux un très fort caractère, mais rien en commun, ce qui faisait qu'ils étaient tout bonnement incapable de s'entendre, pour le plus grand malheur du Français. Lorsqu'ils se retrouvaient dans la même pièce, ils se contentaient de la politesse minimum puis s'ignoraient royalement.

Cependant, Kurogane avait découvert à ses dépends que Kenda était également très protectrice envers son meilleur ami. Un jour alors qu'ils s'étaient violemment disputés, Henry s'était réfugié chez elle. Quelques heures plus tard, elle était en furie en train de tambouriner à sa porte. Alors, quand il disait qu'elle pourrait parfaitement finir par se pointer chez eux en vociférant s'il ne lui envoyait pas un signe de vie au plus vite, il ne rigolait pas.

-Bon j'y vais. À tout à l'heure chéri !

-À ce soir.

Il le quitta sur un signe de main et un sourire un peu forcé. La perspective de retourner au travail était loin de lui paraître aussi séduisante que celle d'aller se vautrer dans son lit, mais son patron verrait sûrement les choses d'un autre œil. Tentant de ne plus penser à la discussion qu'ils avaient eu au déjeuner, il entra dans le club de fitness. Ce n'était que quelques heures après tout, il pouvait survivre.

L'après-midi lui parut moins interminable que ce à quoi il s'attendait, à cela prêt qu'au moins trois personnes lui firent une remarque sur sa bague de fiançailles. Ses collègues lui en avaient parlé le premier jour où il était arrivé avec, mais depuis ils étaient passés à autre chose. Tous savaient déjà que Henry et Kurogane étaient fiancés, ça n'avait donc pas été une grande surprise. Pour les clients en revanche, c'était tout autre chose. De nombreux habitués avaient remarqué l'apparition soudaine de l'anneau et il s'était retrouvé obligé d'expliquer plusieurs fois par jours que non, ce n'était pas une alliance, qu'il était simplement fiancé. Il passait toute sa journée à se faire féliciter, et à s'entendre demander quand était prévu le mariage.

Le principe même que tout le monde soit au courant pour son couple ne le dérangeait pas outre mesure, c'était même le but de la bague, mais il commençait à en avoir marre qu'on lui rabatte constamment les oreilles avec son mariage imminent. Cela ne faisait que 3 jours qu'il portait l'anneau, et il avait déjà envisagé de l'enlever pour aller travailler. Il s'était abstenu, parce que Henry l'aurait mal pris, mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait.

Pourquoi est-ce que tout le monde n'avait que ce mot à la bouche ces derniers temps ? Mariage, mariage, mariage. Sa famille, ses amis, tous voulaient une date pour l'heureux événement. Mais lui, la seule chose qu'il voulait pour le moment, c'était qu'on le laisse respirer. Certes, s'il s'était fiancé, c'est parce qu'il était d'accord pour épouser Henry et passer le restant de ses jours avec lui, sauf que le contexte n'était plus le même. Il n'était plus tout à fait certain de vouloir se marier, surtout après ce qu'il avait fait. Avait-il été infidèle parce qu'il n'aimait pas assez Henry, ou bien parce qu'il était un gros connard ? Quelle que soit la réponse, l'un d'entre eux allait souffrir s'ils s'unissaient pour la vie. C'est pour ça qu'il voulait prendre le temps d'être certain que son incartade resterait un incident isolé avant de commencer à prévoir l'avenir. Il se voyait mal laisser sa tante prévoir les invitations, la salle, la nourriture, alors qu'il n'était plus sûr de vouloir se marier. Il avait la quasi-certitude que c'était bien ce qu'il désirait, mais à ses yeux ce n'était pas suffisant. Il lui fallait en être convaincu à cent pour cent avant de commencer les préparatifs.

Heureusement, la seule personne qui ne le harcelait pas avec des histoires de mariage dernièrement, c'était Henry. Il lui avait offert la bague, mais ça s'arrêtait là. Même après la conversation chez sa tante, il n'avait pas lancé le sujet et proposé qu'ils fixent un date. Ça allait très bien à Kurogane, car ça lui donnait le temps dont il avait besoin pour réfléchir. Néanmoins, il était conscient que ça ne durerait pas éternellement. Son fiancé leur laissait le temps de se retrouver en tant que couple avant de penser à l'avenir, mais ça viendrait très bientôt.

Chez eux, tout se passait pour le mieux. Le Français n'avait pas encore repris le travail, donc Kurogane le trouvait en train de l'attendre chaque soir. Ils mangeaient un plat à emporter -Henry aimait autant cuisiner que son petit ami- devant un des films de la collection de l'avocat, puis prenaient un bain ensemble. C'était le genre de choses qu'ils ne pouvaient pas faire quand ils travaillaient tout les deux, les horaires d'Henry étant très variable. Ils en profitaient un maximum tant qu'ils le pouvaient, et cependant, le brun sentait l'euphorie des premiers jours déjà commencer à se dissiper.

Il était toujours heureux du retour de son fiancé, mais il commençait à réaliser que les choses n'allaient pas être aussi facile que ce qu'il pensait. Survolté par leur première soirée ensemble, Kurogane était parvenu à se convaincre que son petit-ami était le seul vers lequel penchait son cœur. C'était malheureusement faux. Au départ, lorsqu'il avait commencé à penser à Fye, c'était par culpabilité ou jalousie. Il s'en voulait de ne pas s'être contrôlé assez, et en voulait à Seishiro de coucher avec lui. Pendant le week-end, d'autres sentiments étaient apparu. L'Anglais lui manquait. Il avait envie de voir son visage, d'entendre sa voix, de le toucher, de lui parler, de l'embrasser... Il le voulait, mais il ne pouvait pas l'avoir, et ça le mettait en colère.

Pour ne rien arranger, il commençait à avoir peur pour lui. Il n'avait plus de nouvelles depuis une semaine, c'était beaucoup. La dernière fois qu'il l'avait vu avant cette soirée fatidique, il était en larmes devant la tombe de son frère, il avait donc toutes les raisons du monde de s'inquiéter. Kimihiro lui avait dit que ses efforts n'étaient pas vains, qu'il devait persévérer s'il voulait aider le blond, mais là ils étaient en pleine régression. Il aurait au moins pu lui envoyer un message pour lui dire qu'il allait bien. Il pourrait demander à Seishiro, mais son ami n'était pas au courant de l'état réel du jeune homme, sa réponse ne serait donc pas fiable.

Il voulait, non, il devait voir Fye. En partie pour se rassurer sur sa santé psychique actuelle, mais aussi parce qu'il n'en pouvait plus de rester loin de lui. Son désir était d'une telle force qu'il avait commencé à en devenir ridicule. Il faisait exprès de sortir en même temps que Seishiro, dans l'espoir que l'Anglais soit venu l'attendre devant. Une partie de lui s'était réjouie de l'organisation du dîner entre couple, parce que ça donnait à l'autre une bonne raison de lui envoyer un message.

Le lendemain du déjeuner avec Henry et le borgne, il passa la journée à bondir sur son portable dès que celui-ci vibrait, dans l'espoir que ce soit Fye. Le jeune homme ne montra pas plus de signe de vie que les jours précédents. Il en fut déçu à un point tel, que même le Français se rendit compte que quelque chose clochait. Devant son absence totale d'enthousiasme et de conversation durant le dîner, son fiancé s'inquiéta de sa santé et voulu prendre sa température. Kurogane prétexta qu'il était fatigué, mais en réalité il était dépité. Il avait espéré si fort toute la journée, que maintenant qu'il réalisait que le blond n'enverrait pas de message, il se sentait lamentable.

Après s'être torturé l'esprit la moitié de la matinée du lendemain, il se résigna à envoyer un message le premier. C'était clairement un signe de faiblesse, et l'autre ne serait pas dupe de son excuse, mais il n'en pouvait plus. S'il ne le faisait pas, il débarquait directement à son hôtel. Il hésita même à l'appeler pour le plaisir d'entendre le son de sa voix, mais il ne pouvait pas faire ça au travail, et il ne voulait plus attendre.

« À Fye : Me laisse pas sans nouvelles aussi longtemps. Je m'inquiète. »

Le cœur battant, il resta cinq bonnes minutes à fixer son écran dans l'attente d'une réponse. Lorsqu'il remarqua que Shogo le regardait avec un air perplexe, il rangea le téléphone et repris ses activités. La seule chose qu'il avait néanmoins en tête était la réponse qu'il finirait tôt ou tard par recevoir. De colère et de frustration, il manqua de balancer son portable lorsque son opérateur lui envoya un sms pour lui indiquer que son crédit était renouvelé. Il était tellement dans l'expectative qu'un rien le faisait sursauter. Au moindre bruit qui ressemblait à une vibration, il se précipitait sur son téléphone, toujours en vain.

Soudain, le miracle arriva. Le nom tant attendu s'afficha sur l'écran. Un feu d'artifice explosa au creux de son ventre. Les doigts tremblants, il ouvrit le message.

« De Fye : Je vois Seishiro tout les jours. Demande lui. »

Il aurait du grimacer devant ce rappel, ô combien subtil, de la relation du jeune homme avec son meilleur ami, mais ce ne fut même pas le cas. Il était tellement heureux d'avoir enfin un signe de vie de sa part, qu'il s'en fichait. Fye ne l'avait ignoré, il lui avait répondu, et en moins d'une heure en plus ! Tout n'était peut être pas perdu.

Une fois qu'il eut réussi à se calmer et à arrêter de sourire, il pu se concentrer sur la conversation. Le blond avait beau lui avoir répondu, il l'avait surtout royalement renvoyé chier. S'il croyait que ça suffirait à le décourager, il se fourrait le doigt dans l'œil.

«À Fye : Sei croit que tu es quelqu'un de ''joyeux''. Désolé si je ne me fie pas à son jugement en ce qui te concerne.

De Fye : Tu n'as pas tord, mais je t'ai déjà dis d'arrêter de t'inquiéter.

À Fye : Je ne peux pas.

De Fye : Arrêtes...

À Fye : Je ne fais que dire la vérité.

De Fye : Occupes toi de ton fiancé au lieu de te préoccuper de moi. »

Une chose était sûre, il savait frapper là où ça faisait mal. À la première occasion, il lui balançait le rappel de son couple en pleine figure, histoire de bien le faire culpabiliser.

Cette fois, il ne l'aurait pas aussi facilement. Leur conversation était parfaitement innocente, et son inquiétude légitime. Ce n'était pas tout à fait vrai, mais c'est ce qu'il se disait pour se donner bonne conscience. De toute façon il était tellement heureux de pouvoir discuter avec Fye, même par message interposé, qu'il ne comptait pas arrêter avant que l'autre ne le décide.

« À Fye : Je n'ai pas besoin de veiller sur lui. Il va bien, contrairement à toi.

De Fye : À t'entendre je suis au 36e dessous...

À Fye : C'est loin d'être ce que j'ai dit.

De Fye : Non, mais c'est que tu VOULAIS dire. C'est pareil.

À Fye : Si tu le dis. »

Il regretta très rapidement le contenu de son dernier texto, lorsqu'il réalisa que c'était le genre de message qui n'appelait pas de réponse. S'il envoyait quelque chose pour relancer la conversation, il passerait définitivement pour le mec désespéré, ou super lourd, et ça, c'était hors de question. Il se contenta donc d'attendre en priant pour que l'Anglais renvoie quelque chose, n'importe quoi, un point, un smiley, un « ok ». Ça lui permettrait de trouver un nouveau sujet de discussion, sans envoyer deux messages à la suite.

Son vœu fut exhaussé, et même de façon plus importante que ce qu'il avait espéré.

« De Fye : Au fait, qu'est-ce qui t'as échappé dans ''Il est hors de question que ce dîner ait lieu !'' ? »

Le sujet avait atterrit sur le tapis finalement. En même temps, il valait sûrement mieux qu'ils en parlent avant, histoire de se mettre d'accord sur certains points.

« À Fye : Désolé. Je n'ai pas pu les convaincre d'abandonner l'idée.

De Fye : Trouve quelque chose. »

Il en avait de bonnes lui. Comment était-il sensé expliquer sa réticence sans que ça soit louche ? Et puis, pourquoi ce devrait être à lui de trouver une solution ? Après tout, c'était Fye qui insistait le plus pour empêcher le repas.

« À Fye : Tu n'as qu'à dire que tu ne peux pas venir.

De Fye : Je n'ai aucune raison de ne pas pouvoir. Je ne fais plus rien de mes journées, et Seishiro le sait très bien. J'en suis rendu à chercher un job de modèle dans le coin pour passer le temps. Ça ne serait pas crédible.

À Fye : Oh... Dans ce cas, je ne vois pas de solutions. »

Plus il y réfléchissait et moins ça le dérangeait. Ça n'allait probablement pas être une partie de plaisir de devoir jongler entre son fiancé et son ex avec qui il l'avait trompé, mais au moins il pourrait voir Fye. C'était pathétique, mais il en était arrivé au point où il trouvait que mettre l'Anglais et Henry dans la même pièce était une bonne idée si ça leur permettait de passer du temps ensemble.

Il se rendait compte qu'il n'aurait pas du ressentir ce genre de chose, mais qu'est-ce qu'il y pouvait ? Fye lui manquait, il ne pensait plus qu'à ça. Le fait qu'ils se parlent le remplissait de joie, mais il voulait plus. Alors oui, plus il y pensait, plus il avait hâte d'être vendredi.

«De Fye : Super...»

Il sourit en lisant le message, imaginant très bien la moue exaspéré du jeune homme et le sarcasme dans sa voix.

«À Fye : C'est bon, ce n'est qu'une soirée.

De Fye : Oui, tu as raison. J'ai tellement hâte de me retrouver à table avec ton fiancé ! »

Jusqu'à présent Kurogane ne l'avait pas envisagé, mais il était vrai que Fye se sentait peut être coupable vis à vis d'Henry. Il avait couché avec une personne déjà en couple, et il n'était pas inconcevable que ça le dérange.

De toute façon, que ça le gêne ou pas, le dîner était prévu et organisé. S'il tenait tant que ça à y échapper, il n'avait qu'à prétendre être malade le soir même. L'idée aurait pu marcher, et pour cette raison, il décida de ne pas la lui soumettre, au cas où il déciderait de l'utiliser.

« À Fye : Ça va bien se passer. Henry est très gentil, tu verras.

De Fye : Tu sais que ce n'est pas le problème... »

En effet, le problème c'était qu'ils avaient couchés ensemble. Cependant, le fait que l'avocat soit quelqu'un de sympathique contribuerait à rendre la soirée plus facile à supporter pour tout le monde.

«De Fye : Et en parlant de problème. Il va falloir qu'on fasse attention à se comporter normalement tout les deux.

À Fye : Évidemment. Ça ne posera pas de problème. »

Il mentait, mais il savait que s'il disait la vérité, l'autre ne viendrait pas. Il n'avait pas la moindre idée de comment il était sensé être avec Fye après ce qui s'était passé. L'idée était de faire comme si rien ne s'était passé, sauf que même avant qu'ils ne couchent ensemble, c'était déjà étrange entre eux. Pour ne rien arranger, il ne l'avait pas revu depuis la soirée fatidique. Devrait-il lui faire la bise ou lui serrer la main ? Et surtout, serait-il capable de rester stoïque alors qu'ils se trouvaient tout les deux dans la même pièce ? Ça paraissait ridicule comme question, mais il se la posait réellement. Bien entendu, il était apte à s'empêcher de lui sauter dessus lorsqu'il passerait la porte, par contre il doutait fortement de sa capacité à ne pas le dévorer du regard.

«De Fye : D'accord.»

Il avait envie de répondre quelque chose, mais il ne voyait pas quoi. Changer complètement de sujet serait très malvenu, et ils n'avaient plus grand chose à se dire sur le sujet actuel. À contre cœur, il se résolu à en rester là pour aujourd'hui.

« À Fye : À vendredi dans ce cas.

De Fye : Ouais, à vendredi... »

Hier encore, il était foncièrement contre le principe même de ce dîner entre couple, mais le fait de réaliser que ce serait peut être sa seule occasion de voir Fye avant très longtemps l'avait fait changer d'avis.

Il allait ranger son portable dans sa poche, mais il se ravisa au dernier moment. Peut être ferait-il mieux d'effacer les messages qu'il avait échangé avec Fye. Certes ils ne contenaient rien de compromettant, mais ils étaient néanmoins suspects. Henry n'était pas du genre à fouiller dans ses affaires. Néanmoins, on était jamais trop prudent. Avec le sentiment d'être un hors la loi, il appuya sur le bouton ''effacer''. Pour un peu, il aurait pu avoir l'impression que Fye était son amant.

Décidément, la soirée de vendredi promettait d'être grandiose.


Kuro a enfin arrêté de se voiler la face, ça change non ? ;)