LIVRE II
The Goblet of Fire
Chapitre XII – Ready, Steady…
Il ne fallut que peu de temps après l'épreuve pour que Rogue comprenne comment Harry était entré en possession de la Branchiflore, tant et si bien qu'il l'interrompit au beau milieu d'une séance de remise à niveau des première années les plus en difficulté, le visage rouge de fureur. Elle laissa partir ses élèves avant d'adresser la parole à son collègue préféré. Elle connaissait déjà plus ou moins la teneur de leur future conversation – ce n'était pas comme si elle ne l'avait pas prévue au moment même où elle avait mis la main sur la plante. Les adolescents ne demandèrent pas leur reste et s'enfuirent rapidement. Elle attendit que la porte ait claqué pour se tourner vers Severus. Il n'avait pas cessé de la fixer et ne s'était apparemment retenu de hurler qu'au prix de grands efforts. Bravo, Servilus, tu progresses.
« Que me vaut le plaisir, cher…
- Ne te moque pas de moi, Vega, » éructa-t-il sans la laisser finir. « Pour qui te prends-tu, exactement ? Tu crois que tu as le droit de voler dans la réserve, sous prétexte que tu es une pseudo-professeure ?!
- Pseudo ? Il me semblait plutôt que de nous deux c'était moi qui rencontrais le plus de succès.
- Oh, oui, bien sûr, parce que tu as toujours recueilli tous les suffrages. Il n'est plus question de ça, professeur Orgall. »
Sa voix était rauque, menaçante. Elle croisa les bras et lâcha un soupir. Elle était habituée à ses crises. Il allait bientôt la menacer de la dévoiler, de dire à tous qui elle était et ce qu'elle faisait. Mais il ne le ferait pas, évidemment, à cause de Dumbledore et de tout ce que ça pourrait engendrer. Et quand bien même il oserait, elle était presque habituée aux interrogatoires, maintenant. Elle s'appuya sur le bureau et suivit du regard ses errements dans la salle de cours.
« Epargne-moi tes menaces. J'ai fait ce qui était nécessaire pour Harry.
- Je pourrais le faire exclure du Tournoi. Il a triché !
- Fais donc. Il ne s'en plaindra pas et moi non plus, » lâcha-t-elle. « J'ai déjà commandé d'autres Branchiflores. Tu survivras sans.
- Il n'est pas question que des Branchiflores. Tu as volé de la peau de serpent d'arbre, avec ça. Qu'est ce que tu en fais, hein ? Tu dissimules Black dans le château ?
- Je n'ai pas volé…
- NE MENS PAS ! »
Elle cilla. Il n'était pas question que d'elle et des vols. Quelque chose mettait Rogue sur les nerfs et il n'était pas difficile de savoir quoi. La présence de Maugrey était à peu similaire à celle d'un oiseau de malheur qui tourbillonnerait autour de sa tête pour lui rappeler la chance qu'il avait d'être toujours en vie et libre. Elle ne connaissait que peu de choses sur les accusations qui avaient porté sur lui. On l'avait dit Mangemort, mais le directeur s'était placé en garant de son innocence et avait fait barrière de son corps et de son honneur pour que rien ne puisse lui être reproché. Depuis la petite discussion qu'il avait eu avec Fol Œil, elle s'était mise à douter du bien fondé de cette confiance… Si tant est qu'elle put douter plus qu'elle ne doutait déjà.
« Je ne mens pas, Severus. Et je ne dissimule pas Black dans le château, ce serait absurde.
- Ce ne serait pas la première chose absurde que tu ferais. » Il s'approcha, l'air plus sombre encore, sa main près de sa baguette. « Fréquenter un loup-garou est en bonne place parmi les stupidités que tu as pu commettre.
- Je te remercie de ton inquiétude, mais je me débrouille très bien toute seule. Ce qui n'a pas l'air d'être votre cas, à toi et Karkaroff. On aurait peur de quelque chose ? Ou de quelqu'un, peut-être ? »
Elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle saisit son poignet et releva de force la manche de son bras gauche. Il parut ne pas comprendre immédiatement, tant son geste avait été brusque et inattendu. Ce n'est qu'après une poignée de secondes qu'il s'arracha à sa prise. Elle le laissa faire. Elle en avait assez vu. Elle déglutit, surprise de ne pas l'être. Elle fit un pas en arrière, sans quitter des yeux son collègue. Il semblait ne pas totalement saisir la portée de son geste, comme s'il était encore en train d'y réfléchir. La Marque des Ténèbres, sur son bras gauche, n'avait pas besoin de beaucoup de réflexion pour être comprise. Elle comprenait mieux son trouble. Elle était bien plus foncée qu'elle n'aurait dû l'être. Et sans doute en allait-il de même pour le directeur de Dumstrang.
« Je vois. Je crois que Dumbledore et moi ne nous comprendrons jamais, sur certains points. Déjà que je saisissais mal la raison qui avait pu le motiver à désigner un homme comme toi à un poste aussi important, mais avec ce genre de petit secret…
- Ne joue pas avec moi. J'ai des armes…
- Et j'en ai aussi. Va donc jouer avec ton petit copain bulgare, et laisse moi tranquille, » l'interrompit-elle d'un air volontairement cruel. « Autre chose ? »
Il ne répondit pas. Son regard était assez parlant. Il la haïssait. De toute façon, elle ne l'appréciait pas beaucoup plus. Elle réunit ses affaires et le laissa là, planté au milieu de la pièce. Plus le temps avançait – et, grand dieu, qu'est ce qu'il avançait, plus les choses se précisaient pour le pire. Si la Marque des Ténèbres des anciens Mangemorts se précisaient, ça signifiait que quelque chose les rappelait. Quelque chose ou quelqu'un. Maugrey était sans doute la clé de cette énigme, et elle n'allait plus pouvoir reporter sa petite enquête longtemps. Ce serait prendre le risque de voir la panique de Karkaroff et de Rogue se propager à leurs anciens camarades et ce qui s'était passé pendant la Coupe du Monde était une preuve largement suffisante qu'il n'était pas souhaitable qu'ils reprennent du service.
Sauf qu'encore une fois elle fut interrompue par les nombreuses réunions qui prévoyaient la mise en place de la dernière épreuve. Pour une raison qu'elle ignorait mais qu'elle attribuait très majoritairement au directeur, elle y était conviée et se devait s'y assister. En réalité, il ne s'y passait rien et elle n'ouvrait jamais la bouche pour dire autre chose que des banalités. Le seul point positif qu'elle en retirait était le fait qu'elle savait ce qui se passerait. Un labyrinthe rempli de créatures plus ou moins recommandables et, en son centre, le trophée du vainqueur. Les petits secrets de l'épreuve était cependant jalousement conservés par ceux qui les connaissaient et elle n'en su pas plus. Elle ne s'y attarda pas non plus beaucoup, préoccupée par Maugrey qui se faisait de plus en plus fébrile.
Une après-midi, alors que la plupart des élèves étaient en cours et les champions en pleine visite du labyrinthe, elle avait entrepris de se rapprocher du bureau de Fol Œil, ne serait-ce que pour y effectuer un premier repérage. L'homme n'était pas là et la porte, à sa plus grande surprise, ne résista pas à un simple sort de déverrouillage. Un désordre certain régnait dans la pièce, désordre bien différent de l'ordre presque rigide que Remus y maintenait l'année passée. Une vague de nausée la happa, sans qu'elle ne sache vraiment si elle était due aux différentes potions débouchées ou à son état de fatigue. Elle peinait de plus en plus à trouver le sommeil et il lui semblait avoir quelque peu maigri, dans les dernières semaines. L'inquiétude ne lui allait pas du tout et elle bénissait le ciel que ni son frère ni Lupin n'aient été là pour se rendre compte qu'elle leur avait menti. Vous comprendrez plus tard, songea-t-elle en parcourant les lieux du regard. Quoiqu'elle puisse chercher, il allait lui falloir un certain temps pour le trouver et il lui faudrait pour cela s'assurer de ne pas risquer d'être surprise. Ce qui n'était pas le cas. Elle se contenta de vérifier que la fenêtre s'ouvrait avant de ressortir. Elle n'aurait qu'à prétexter une quelconque maladie pour ne pas avoir à participer à une énième réunion. Pour une fois que j'ai un plan presque précis… Elle se dirigeait vers sa chambre d'un pas lent, perdue dans ses pensées, quand une rumeur persistante attira son attention. Des bruits de pas précipités tendaient à s'approcher. Elle se figea. Consciente d'être de toute façon repérée, elle s'approcha du groupe qui s'avançait rapidement vers la grande entrée de l'école. Enfin, groupe. Il n'était composé que de Dumbledore et Harry. Le premier la remarqua presque instantanément et lui fit signe de les rejoindre. Contrainte et forcée, elle obtempéra.
« Professeur, que se passe-t-il ?
- Harry est venu me trouver. Barty Croupton serait dans la forêt.
- Barty Croup… » Elle écarquilla les yeux. « Comment le sais-tu, Harry ?
- Je l'ai vu, il était comme perdu dans la forêt. Il s'est approché et il était… Incohérent.
- Qu'est ce qu'il disait ?
- Il a dit qu'il voulait vous avertir qu'il avait fait quelque chose de terrible... Il a parlé de son fils... Et de Bertha Jorkins, de Voldemort... En disant qu'il était devenu plus puissant... » Elle échangea un regard alarmé avec le directeur. Il ne laissa rien paraître. « Son comportement n'est pas normal. Il a l'air de ne plus savoir où il est. Il parle comme s'il s'adressait à Percy Weasley et puis tout d'un coup, il dit qu'il a besoin de vous... Je l'ai laissé avec Viktor Krum.
- Avec Krum ? »
Elle fronça les sourcils et fit de son mieux pour suivre le rythme que leur imposait Dumbledore. Ils finirent par atteindre l'auré du bois, à l'endroit même où son filleul était sensé avoir laissé Croupton. Sauf qu'il n'y avait plus personne. Krum non plus n'était pas là. Elle sortit sa baguette et, à l'instar de son collègue et directeur, éclaira les environs. Harry appelait le champion de Dumstrang, sans obtenir de réponse. Elle allait se proposer pour partir à sa recherche dans la baguette de Dumbledore éclaira ce qui ressemblait à une paire de jambes. Elle retint son souffle. C'était lui, étendu sur le sol, visiblement inconscient.
« Stupéfixé.
- Vous voulez que j'aille chercher quelqu'un ? Madame Pomfresh ?
- Inutile, Harry, reste-ici. » Il dirigea sa baguette vers la cabane d'Hagrid et un patronus s'en échappa. « Enervatum. »
Elle suivit du regard l'oiseau argenté qui s'envola à travers les arbres et s'éloigna quelque peu. Elle ne prêta que peu d'attention aux explications de Krum – elle interrogerait de toute façon son filleul quand elle le raccompagnerait. Non, ce qui l'intéressait plus c'était la présence de Croupton père à Poudlard. Peut-être que c'était lui, qu'elle avait vu sur la carte, finalement. Peut-être que tout ce qu'elle avait échafaudé de plans et d'interprétations bancales n'étaient rien d'autre qu'un produit de son imagination de sa paranoïa. Concentrée sur la lumière qui l'entourait, elle ne fit tout d'abord pas attention à ce qui passait autour d'elle et s'éloigna plus que prévu du duo vite rejoint par Hagrid lui-même et Karkaroff. Elle entendait leur voix de loin. Pour l'instant, il y avait plus important.
Elle pila net en surprenant un mouvement dans les fourrés. Elle baissa l'intensité de son sort et s'approcha lentement, prenant garde à ne pas faire craquer de branches ou de feuilles sous ses pieds. En pure perte. Une silhouette parut se redresser. STUPEFIX ! cria-t-elle alors… En pure perte. Elle s'était enfuie. Elle lâcha un juron et s'apprêtait à la suivre quand elle sentit une lourde main se poser sur son épaule. Elle se défit promptement de cette prise et fit volte-face. C'était Fol Œil, son œil magique pivotant dans tous les sens comme pour tenter de repérer l'intrus.
« Professeur Maugrey, vous m'avez fait peur, » grinça-t-elle. « Vous recherchez Croupton, vous aussi ?
- Vous n'êtes pas sensée le chercher, Eva. Que faites-vous donc ici ?
- Je vous apporte mon aide. Vous n'étiez pas là, jusqu'à il y a peu de temps.
- J'ai la situation en main, » déclara-t-il sur un ton autoritaire. « Dumbledore vous demande d'escorter Potter jusqu'au château. Vous devriez y retourner.
- Bien sûr, puisque Dumbledore le désire.
- Un conseil, Eva, » continua Maugrey. « Restez à votre place. La curiosité est un vilain défaut et je déteste les vilains défauts. »
Un tic agita son visage tandis qu'elle le contournait, décidée à le fuir plutôt qu'à le confronter. Faire profil bas, c'est tout ce qu'elle devait faire tant qu'elle n'avait pas eu l'occasion de s'infiltrer dans son bureau. Elle le sentit se tourner vers elle, la suivre du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans l'obscurité. Elle avançait à tâtons, sans oser utiliser sa baguette de peur que Fol Œil ne la suive. Allait-il vraiment… Tuer son père ? C'était possible. Mais que faisait-il là, dans tous les cas ? Pire encore, que faisait Harry dans ce bois, seul avec Krum ? Elle fronça les sourcils en rejoignant l'endroit où elle avait laissé Dumbledore. Entre temps, Hagrid et Karkaroff étaient arrivés et le ton était monté. Elle se fit discrète, dans un premier temps. Il était question de complot contre son champion, de coup monté, d'absence de sécurité, bref, la rengaine habituelle. Il ne se calma que lorsqu'elle entra dans son champ de vision. Le directeur ne semblait pas s'en préoccuper outre mesure, mais ses yeux luisaient avec fureur. Quoiqu'il puisse penser en cet instant, il le pensait véritablement et hésitait sans doute à l'exprimer à haute voix. Heureusement qu'il était suffisamment vieux et calme pour faire preuve de diplomatie.
« Professeur Dumbledore, le professeur Maugrey m'a dit que vous aviez besoin de moi.
- En effet, » dit-il d'une voix qui ne laissait pas transpercer l'agacement qu'il éprouvait. A son égard ou à celui de son homologue bulgare, d'ailleurs. « Veuillez raccompagner Harry au château. Emmenez le directement à la tour de Gryffondor. Et je veux qu'il y reste.
- Bien. Désirez-vous que je revienne une fois…
- Non, je ne le désire pas. »
Elle accusa le coup et se fendit d'un sourire froid. Visiblement, son cher collègue n'était pas le seul à voir clair dans son petit jeu, il fallait que le directeur aussi soit lucide. Elle n'en attendait pas moins de lui, cela dit. Elle se donnait à peu près une dizaine d'heures avant de voir Minerva alertée et de recevoir cette dernière dans la journée qui suivrait. Elle aurait alors à écouter son sermon, à hocher la tête, oui, bien sûr Minerva, ce n'était pas une bonne idée, j'en suis consciente, à se soumettre à son autorité, à la faire sortir et, finalement, à faire exactement ce qu'elle avait prévu de faire avec une lueur de culpabilité supplémentaire. Elle posa une main sur l'épaule du garçon et l'entraîna avec elle jusqu'à l'école. Il resta muet, visiblement aussi conscient qu'elle qu'il avait dépassé les bornes. Elle attendit qu'ils soient plus proches des bâtiments que de la forêt pour resserrer sa prise et s'arrêter. Elle n'aimait pas jouer le rôle du méchant flic, mais il y avait visiblement un problème avec l'instinct de survie d'Harry et elle ne pouvait pas le laisser se mettre en danger à ce point.
« Est-ce que je peux savoir ce qui t'as pris de te balader main dans la main avec Krum ? A quel moment ça t'a semblé être une bonne idée, exactement ?
- Krum ne m'a rien fait de mal, il voulait simplement me parler d'Hermione !
- Qu'importe, » rétorqua-t-elle. « Quelqu'un a stupéfixé cet imbécile et ce quelqu'un ne voulait pas que Croupton voit Dumbledore. Autrement dit, quelqu'un de dangereux et tu te trouvais à quelques mètres à peine de lui. Tu aurais pu te faire tuer, Harry !
- J'étais dans l'enceinte de l'école, je ne pouvais pas me douter que quelqu'un pouvait en vouloir à monsieur Croupton !
- Effectivement, mais ton nom n'est pas sorti de la Coupe par hasard. Je te rappelle que quelqu'un te veut du mal et que s'il doit s'y prendre, c'est maintenant. Je t'interdis de sortir de la tour de Gryffondor la nuit. C'est compris ?
- Après tout ce que toi et Sirius avez pu faire dans l'école, » grogna-t-il. « Tu es mal placée pour me confiner à l'intérieur. »
Elle fronça les sourcils plus encore. Se serait-elle pleinement écoutée qu'elle aurait sans doute gifflé ce gamin, aussi proche d'elle soit-il… Un peu comme elle avait souvent rêvé de giffler James en des occasions assez similaires. Elle se contenta de déglutir, de retrouver un calme apparent et de secouer la tête d'un air réprobateur. Son air crâne ne disparut pas pour autant. Si tu avais pu t'abstenir de passer ça à ton fils, Cornedrue, ça m'aurait arrangée. Elle relâcha sa prise sur son bras et s'écarta, bras croisés. Elle avait beau être habituée à fréquenter des adolescents, elle n'en avait jamais élevée et elle ne pouvait pas vraiment considérée avoir été élevée, si ce n'est par les Potter… Mais le plus gros du travail avait déjà été fait par son frère, ce qui n'était pas une excellente chose dans l'absolu.
Elle ne pouvait pas nier un fond de vérité dans les paroles de son filleul. Elle était effectivement très mal placée pour lui ordonner de se tenir tranquille et immobile, elle qui, actuellement, n'était même pas sensée s'intéresser à la moitié de ce à quoi elle passait ses journées. Sauf qu'elle le faisait pour lui, ainsi que pour ses amis et ses élèves en général. Elle vit son visage se fermer quelque peu.
« Sauf que ce que nous faisions à l'époque n'avait aucune conséquence pire qu'une retenue. Tu risques ta vie, Harry, et il serait bon que tu t'en rendes compte une fois pour toute.
- Parce que tu crois que je n'ai pas compris ? C'est moi qui aie affronté les dragons et les sirènes, que je sache !
- En effet. » Elle luttait pour garder son calme. « Et c'est Sirius et moi, ainsi que Dumbledore et le professeur McGonagall qui tentons d'assurer ta sécurité. C'est bien peu nous remercier que de te mettre dans de telles situations.
- Je ne t'aie jamais demandé de revenir à Poudlard.
- Tes parents l'ont fait pour toi quand ils m'ont désignée comme ta marraine. »
Elle se remit alors en marche, peu encline à continuer sur ce terrain plus que glissant. Elle n'avait absolument pas envie de se disputer avec lui, quand bien même n'aurait-elle pas dit non à quelques mises au point. Elle avait trop à faire pour se préoccuper des états d'âmes du garçon et, de toute façon, il n'avait pas non plus le temps de passer sa soirée à argumenter sur sa propension formidable à se mettre dans des situations ubuesques et dangereuses. Il se renfrogna d'autant plus et ils terminèrent le trajet jusqu'à la salle commune dans un silence pesant. Elle n'arrivait pas vraiment à s'apaiser et il lui semblait impossible, à cet instant, de le laisser partir sans en avoir remis une couche. Elle se ravisa cependant en repensant à ses propres réactions, à l'époque où elle avait son âge. Ça ne servait à rien de l'assommer sous des ordres, des réprimandes et des conseils. Il n'appliquerait pas les premiers, n'entendrait pas les deuxièmes et n'écouterait pas les troisièmes. On n'est pas fils de Maraudeur pour rien.
Elle lâcha le mot de passe devant le portrait de la Grosse Dame qui pivota pour laisser la voie libre au jeune homme. Il lui lança un regard hésitant, comme s'il ne savait pas s'il devait s'éclipser théâtralement ou s'excuser. La seconde option lui plaisait assez mais il n'en fit rien. Il se contenta de passer d'elle au portrait, du portrait à elle. Elle ne lui simplifiait pas la vie mais la réciproque était si vrai qu'elle n'allait pas lui mâcher le travail, n'est-ce pas ? Elle pencha la tête et vérifia que personne ne les écoutait. De toute façon, ce ne serait rien de plus que l'avis formel d'un professeur à son élève.
« Vous avez entendu le directeur. Vous ne sortez pas avant demain.
- Oui, professeur.
- Et préparez-vous bien à votre troisième épreuve. Désarmement, Stupéfixion au minimum. »
Il acquiesça lentement et souffla un « bonne nuit » à peine audible. Elle le regarda entrer et fit signe au tableau de se refermer. Elle soupira et se dirigea vers ses appartements – ce qu'elle faisait avant que n'intervienne l'accident de Croupton. Quoi qui ait pu arriver au vieil homme, elle était presque certaine qu'on ne le reverrait pas de sitôt… En tout cas vivant. En laissant Maugrey derrière elle, dans la forêt, elle avait accepté l'idée même de le voir mort d'ici peu de temps.
Mais que pouvait-elle faire ? S'interposer ? Il l'aurait sans doute assommée, comme il avait assommé Krum d'une manière ou d'une autre. Si elle avait tenté une approche plus frontale, peut-être même se serait-il lassé de l'avoir dans les jambes et peut-être l'aurait-il tout simplement mise hors course – définitivement. Croupton junior en aurait été capable, plus jeune. Sa version adulte et travestie l'était au moins tout autant. Si elle voulait prouver le mensonge dont il était drapé, elle devait recueillir des preuves et ce serait impossible s'il venait à devenir plus paranoïaque encore. La seule certitude qu'elle avait, c'est qu'il avait les mains aussi liées qu'elle et qu'il ne pouvait pas approcher Harry de trop près sans risquer d'attirer l'attention. Il n'y avait donc plus, dans l'histoire, qu'elle et lui. Et c'était déjà beaucoup.
Faussement prudente mais véritablement patiente, elle passa son temps entre ses cours et la surveillance des entraînements des deux champions de Poudlard. Elle se serait volontiers passée de ceux de Diggory, mais elle n'était pas sensée être partiale et devait soutenir les deux jeunes hommes de la même manière… Et ce même si elle n'éprouvait qu'un intérêt limité pour ce dernier. Après tout, sa vision était biaisée. Sirius, mis au courant par Harry de son escapade nocturne, réagit à peu près de la même manière qu'elle en lui ordonnant de ne jamais refaire une chose pareille. Sans nul doute le garçon avait dû mal réagir, en voyant que même son irrévérencieux de parrain ne le soutenait pas. Il ne lui restait plus que Remus et il aurait eu tout ce qui restait des Maraudeurs sur son dos. Ce serait oublié Peter… Mais dans son esprit, Peter n'existait plus. Il était mort, en tout cas le souvenir qu'elle avait de lui. Et c'était bien moins douloureux à supporter.
Elle mesurait le temps qui passait par la pousse accélérée des haies constituant le labyrinthe de la troisième épreuve et à la fréquence de ses discussions nocturnes avec son frère. Il voulait s'assurer que tout allait pour le mieux, sans jamais comprendre qu'elle lui cachait quelque chose. Mais pouvait-elle seulement lui en vouloir ? Elle faisait tout pour qu'il ne comprenne pas. Remus lui-même ne réagissait pas plus, dans ses lettres. Tout juste exprimait-il la hâte de la retrouver pendant les vacances et lui réitérait-il ses conseils. Peut-être saisissait-il un peu mieux l'incongruité de la situation de Vega Black décidant de ne rien faire face à un mystère menaçant potentiellement son filleul et toute l'école. La confiance que les deux hommes de sa vie avait en elle les perdrait – ou la perdrait, elle n'était pas encore certaine.
La seule certitude qu'elle avait résidait en l'imminence de la troisième épreuve et en l'absence totale de tâche qui lui aurait été confiée. Tout résidait entre les mains de Dumbledore, Madame Maxime, Karkaroff et, plus surprenant et plus inquiétant, entre celles de Maugrey. Entre celles de l'homme qui se faisait passer pour lui. Et elle eut beau se proposer, rien n'y fit. Elle devait veiller à la bonne conduite des examens, sans se préoccuper du Tournoi, tandis que son collègue se chargerait de placer la Coupe au centre du labyrinthe la veille de la dernière étape. Elle n'en retira qu'une satisfaction : elle était sure et certaine qu'à cet instant précis il ne serait pas en train de la surveiller ou de travailler. A vos marques, prêt…
