Chapitre 25 : La Morgue du Gondor (J)
Le voyage entre les Éothéodes et le Gondor fut…sans incident. John ne pouvait pas dire calme, parce que Sherlock n'avait cessé de palabrer avec enthousiasme depuis qu'ils avaient quitté le campement Humain. Sherlock raconta à John toute l'histoire des Elfes, depuis Manwë jusqu'à Arwen. John pensa que cela avait pu être sa tentative d'excuse pour avoir simplement balancé l'histoire du peuple de John sans avoir pensé à le prévenir d'abord. John fut content d'entendre l'histoire, alors il ne prit pas la peine de corriger Sherlock à propos du besoin de s'excuser.
Cependant, il y avait également une vraie possibilité pour que Sherlock ne déblatère pas des anecdotes peu connues de l'histoire des Elfes à John pour s'excuser, mais pour essayer de se divertir sur la route du Gondor. Cela semblait probable considérant que chaque fois que Faun le laissait faire, Sherlock pressait le cheval, de plus en plus vite.
Les derniers jours la vitesse régulière du cheval avait cessé d'être suffisante pour Sherlock. Lorsqu'ils s'arrêtaient pour la nuit, Sherlock faisait descendre John du dos de Faun, l'enveloppait dans la couverture de voyage, puis le replaçait sur le cheval. Alors que Lestrade objectait que les quatre créatures mortelles de cette troupe (le Hobbit, l'Homme, et les chevaux) avaient besoin de se reposer, Sherlock enroulait les bords de son manteau autour de John afin que lui, au moins, puisse dormir, puis il incitait Faun à accélérer. John essayait de protester, insistant que l'Elfe avait besoin de dormir aussi, mais Sherlock se contentait de hausser un sourcil. Entre sa chaleur et le bercement du cheval, John s'endormait avant de pouvoir persuader Sherlock de se reposer.
Au terme d'une de ces courtes nuits passées en selle, John se réveilla à l'arrêt soudain de Faun. John passa d'endormi à éveillé avec l'aisance rapide née de la compagnie de Sherlock. John inclina la tête en arrière pour demander à Sherlock pourquoi il s'était arrêté, mais l'Elfe ne lui portait pas attention. Il suivit la ligne de mire de Sherlock jusqu'à quelque chose s'élevant au loin au fond de la vallée. John remua pour s'avancer sur son siège et fixa son regard, certain que ses yeux devaient le tromper avant qu'il ne bredouille :
« -Est-ce une ville ?
-Minas Arnor, répondit Sherlock, bien trop content de lui à l'incrédulité de John qu'il n'ait le droit de l'être. La Cité Blanche du Gondor.
-Elle est taillée dans la montagne !
-Bien sûr qu'elle l'est, souffla Sherlock. Où d'autre la mettraient-ils ? »
John essaya d'être frustré par l'autosatisfaction de Sherlock, mais c'était terriblement dur de l'être lorsqu'il était aussi sidéré par ce qu'il voyait. Bien qu'honnêtement, le ton gentiment amusé sous-jacent de la déclaration de Sherlock empêcha toute vexation potentielle. Sherlock était si fier de lui de montrer tout ça à John que le Hobbit ne pouvait invoquer la volonté de prétendre être indifférent afin de couper court à son ego.
Sherlock donna un petit coup de pied à son cheval et soudainement ils dévalaient de nouveau la colline, Sherlock disant à John pourquoi ils s'étaient donné tout ce mal pour construire quelque chose qui ressemblait à un gâteau à sept étages. Sherlock déblatéra sur les Hommes comme il l'avait fait avec les Elfes durant le reste de leur chevauchée, tout du long jusqu'aux portes ouvertes de la cité. Les soldats surveillant le portail massif avaient l'air d'avoir probablement des ordres pour arrêter tous ceux qui entraient dans la cité, mais au signe de tête de Lestrade ils laissèrent passer l'Elfe sans poser de question.
Lestrade tira fort sur les rênes de son cheval, faisant s'arrêter l'animal. Des soldats Humains variés sortirent des charpentes, mais Lestrade les ignora tous pour coincer Sherlock avec cet appel :
« -Je ne suppose pas que tu serais prêt à venir avec moi voir le Roi pour expliquer ce qu'il se passe ? »
John supposa que c'était une marque du respect de Sherlock envers Lestrade qu'il ait pris dans les faits le temps de rouler des yeux avant de remonter le chemin. John entendit de vagues échos de Lestrade criant à la Garde de faire passer le mot comme quoi l'Elfe ne devait pas être maltraité, mais les mots furent perdus dans le son des sabots de Faun contre les pierres. Sherlock se pencha en avant pendant leur galop, murmurant à l'oreille de John la fonction de chaque niveau de la ville alors qu'ils traversaient successivement chacune des portes plus petites.
Lorsqu'ils atteignirent le sixième niveau, Sherlock fit abruptement tourner Faun à gauche, coupant à travers de larges jardins qui entouraient le bord extérieur du niveau. Il arrêta brusquement le cheval juste devant une large porte de métal renfoncée dans le coin le plus sombre à côté de la montagne servant de base à la cité. Sherlock bondit de Faun et fit la moitié du chemin vers l'entrée du bâtiment avant de tourner les talons pour revenir poser John au sol. Le Hobbit s'était entraîné à monter et descendre du cheval de Sherlock, mais il n'en était pas encore au point où il pouvait facilement suivre Sherlock en pleine accélération.
La pièce était petite et basse, pratiquement à la taille d'un Hobbit dans sa profondeur. Il y avait un bureau filiforme inconfortablement proche de la porte d'entrée, et la jeune femme derrière n'avait pas l'air de pouvoir garder grand-chose, ce qui était bien car il n'y avait pas grand-chose dans la pièce. En fait, au-delà du bureau excentré, la seule chose à protéger ici était une paire de portes de métal dans le mur du fond. Le mur qui n'en était pas tellement un vu qu'il s'agissait de la montagne. La pièce était fraîche comparée au chaud soleil de printemps dehors. Le reste de l'espace enfoncé profondément dans la montagne était probablement glacé.
Sherlock bondit droit vers le bureau de réception et demanda à la pauvre fille triant des papiers :
« -Où sont vos corps ? »
Elle béat à Sherlock, la bouche s'agitant, s'ouvrant et se fermant bien qu'aucun mot n'en sortait. Sherlock roula des yeux avant de contourner le bureau pour aller observer divers corps tout seul. John l'attrapa par l'arrière de sa tunique avant qu'il ne puisse aller interrompre peu importe ce qui se passait de l'autre côté de cette porte. Sherlock souffla d'agacement mais positionna quand même une chaise de façon adéquate afin que John puisse monter dessus et regarder par-dessus le comptoir du secrétariat.
John avait eu l'intention d'apaiser la fille avec la pensée de parler avec n'importe qui n'étant pas Sherlock en train de rôder dans son manteau virevoltant, mais la vue d'un Hobbit surgissant par-dessus le comptoir fut apparemment trop pour elle. Elle commença à balbutier de façon incontrôlable, passant de l'un à l'autre comme si elle hallucinait. John tendit une de ses petites mains et la posa sur la sienne, apaisant les balbutiements.
« -Ce qu'il veut dire est, 'Hello, c'est Sherlock, je suis John, et nous avons besoin de la liste des gens qui sont morts lors des dernières semaines et la cause de leur mort'. »
Sherlock renifla mais John lui donna simplement un coup de pied dans la jambe, touchant l'Elfe dans le genou et le faisant taire plutôt efficacement.
« -Sherlock apprécierait également l'opportunité d'examiner les corps que vous avez présentement ici, en tant que faisant partie de notre investigation.
-Concernant les morts récentes ? béat-elle. Pourquoi ? »
John était sur le point de lui dire la vérité lorsque Sherlock intervint, toutes traces d'intimidation parties lorsqu'il répondit :
« -J'ai eu vent qu'un de mes amis était mort, mais j'ai été incapable de le localiser jusqu'à maintenant. J'espérais que vous pourriez aider. »
Sherlock rendit son sourire innocent et suppliant et John dut lutter pour ne pas rouler des yeux face au vif rougissement qui embrasa les joues de la fille.
« -Bien sûr monsieur. Venez, par ici. »
Sherlock gratifia John d'un sourire auto-satisfait mais le Hobbit était plus préoccupé par la petite Humaine qui trébuchait sur elle-même pour interroger Sherlock à propos de son camarade tombé. L'Elfe s'en sortit en mentant par une histoire d'amitié vieille de plusieurs générations et une promesse à la mère de l'homme de découvrir ce qui était arrivé à son fils. La fille avait l'air émue alors que John se sentait un peu malade de la voir déjà à moitié amoureuse de Sherlock. Après être entrés dans la morgue, Sherlock ignora complètement la fille en rejoignant quelques corps allongés sur des tables, laissant John s'occuper de ses questions.
« -Qu-que fait-il ? »
John était avocat du mensonge lorsque c'était nécessaire, mais n'avait jamais aimé mentir pour mentir. Il ne voyait pas l'intérêt de concocter une histoire élaborée pour obtenir l'aide de la fille. Elle était une jolie petite chose et John n'aimait pas l'idée de la reléguer à un vulgaire outil.
John tendit la main.
« -Je ne pense pas que nous ayons été correctement présentés, Miss. Je suis John Watson. »
John dut accorder au moins cela à la fille, elle se calmait rapidement. Elle avait Sherlock en train de fouiller parmi ses corps et une créature inconnue échangeant des politesses et elle traitait ça comme une occurrence quotidienne. Elle rendit son sourire à John, plus qu'un peu reconnaissante de voir la consistance des bonnes manières revenir en présence de l'étranger.
« -Un plaisir de vous rencontrer, Mr. Watson. Je suis Molly Hooper. »
Sherlock s'arrêta au milieu de son investigation et fit volte-face pour fixer Molly. Il inclina la tête sur le côté et murmura :
« -Vous seriez la fille.
-Ou-oui ? »
Sherlock roula des yeux mais garda son ton moins qu'interrogateur lorsque John le gratifia d'un regard noir.
« -Votre père n'était pas incompétent dans son travail. Je m'attendais à ce qu'il soit là.
-Pas incompétent ? cria Molly. »
John tendit la main et toucha son poignet.
« -Pour Sherlock c'est dans les faits un compliment. »
Sherlock émit un son qui sonnait presque comme une affirmation.
« -Il n'entravait jamais mes investigations, ce qui était bien considérant le temps que j'ai passé dans cette morgue.
-Ai-je envie de savoir ce qu'il veut dire par-là ? demanda Molly pendant que Sherlock soulevait la couverture d'un des corps, exposant l'intégralité du cadavre nu à son regard au lieu de simplement son visage.
-Probablement pas, non, répondit John.
-Puis-je supposer que si vous avez des « investigations », vous n'êtes pas vraiment là à la recherche d'un ami ?
-Nous cherchons un meurtrier, expliqua John.
-Pour être spécifique nous cherchons la victime d'un meurtre. Un homme avec de faibles traces de Númenor dans sa lignée. La victime aura très certainement l'air d'avoir eu la gorge tranchée, mais en réalité la mort aura été causée par retirer tout son sang et la coupure post-mortem afin de dissimuler la cause de la mort. »
Molly portait un fin pardessus blanc, un petit quelque chose pour protéger ses vêtements du sang et la tenir au chaud dans le froid de la morgue. Elle fourra ses mains dans ses poches et se mordit la lèvre inférieure, débattant avec elle-même un instant sur la sagesse de prendre la parole. Bientôt elle balbutia :
« -Nous n'avons pas de ça. »
Sherlock releva les yeux de son étude de la plaie béante dans la tempe d'un des corps.
« -En êtes-vous sûre ?
-Affirmative. La seule mort violente que nous avons eue est celui que vous êtes en train de regarder en ce moment. Il a pris une épée d'Orc à la tête lorsqu'il était en patrouille. »
Sherlock désigna le corps qu'il était juste en train d'examiner.
« -Celui-là. »
Elle pinça les lèvres.
« -Qu'est-ce que—
-Comment est-il mort.
-Vieillesse.
-Preuve, aboya Sherlock.
-Eh bien, il avait quatre-vingt-quinze ans. Il a attrapé un rhume l'hiver dernier qui s'est installé dans ses poumons. Les guérisseurs l'ont suivi et il est presque allé mieux. Je suppose que cela aurait pu être une rechute de la maladie, mais il n'y a pas assez de dysfonctionnement avec ses poumons pour le tuer dans les faits. Le rapport dira qu'il est mort de complications à cause de sa maladie, mais pour être parfaitement honnête je pense qu'il était juste fatigué. Il ne voulait pas continuer dans son état, alors il a cessé de lutter.
-C'est une vision romancée de la mort.
-Pas toutes les morts, juste la sienne en particulier. Que pensiez-vous que c'était ? »
Sherlock ne répondit pas à la question, ce qui voulait dire qu'il était d'accord avec son diagnostic, ou si non l'émotion derrière. Il fit volte-face vers le seul autre corps de la pièce.
« -Et celui-là ?
-Il a glissé et est tombé d'un toit. Il réparait les trous dans le chaume à cause de toute la neige que nous avons eue cet hiver, mais il n'a pas pensé avoir besoin de s'attacher pour éviter de tomber. Il a marché sur une partie pourrie du toit et est tombé. Il s'est cogné la tête lors de la chute et était mort avant de toucher le sol.
-Preuve ? »
Sherlock devait encore examiner ce corps lui-même, donc Molly le rejoignit pour lui donner les détails. Au contraire de Sherlock, dont le respect pour les morts avait très peu à voir avec la personne qu'ils avaient été avant et davantage avec la preuve qui pourrait être contenue sur leur personne, Molly retira gentiment le drap pour montrer seulement le visage de l'homme au lieu d'arracher le tissu pour l'exposer entièrement.
« -D'après ses compagnons de travail il a refusé le besoin d'une corde de sécurité. La plupart des ouvriers conduisent des réparations sans, donc ils n'étaient pas inquiets. Son partenaire était au sol à côté de la maison, en train de fumer la pipe lorsque l'accident est survenu. Il a dit avoir entendu le mort crier, puis atterrir au sol sur le dos, à plat. L'homme a crié à l'aide, mais le mort avait déjà cessé de respirer. »
Molly tira le drap, exposant le flanc de l'homme.
« -Vous pouvez voir les bleus le long de son poignet et avant-bras, et ce jusqu'à son menton. Le toit a cédé sous lui et il a essayé de se rattraper. Il y a des bleus et des égratignures variés le long de son dos et de l'autre côté de son corps, indiquant qu'après avoir essayé de se rattraper il a vrillé. Le toit sur lequel il travaillait était entouré de petites aiguilles, l'une d'entre elles était couverte de sang. D'après ce sang, et l'état de son crâne –que John essayait désespérément de ne pas regarder-, je crois qu'il a eu la malchance de se heurter la tête sur une de ces aiguilles avant de tomber du toit. Un complet accident. »
John pouvait voir les yeux de Sherlock passer sur les détails quand Molly les désignait, et en remarquer probablement une douzaine de plus qui soutenait sa théorie. Peu importe ce que Sherlock récolta, il semblait penser qu'il ne valait pas la peine de le faire remarquer. A la place, il posa des questions sur les morts survenues lors des derniers mois.
« -Je peux aller chercher les archives si vous voulez, mais personne n'a manqué de sang. Nous avons perdu plusieurs hommes à cause des Orcs, et quelques personnes âgées en raison de maladies hivernales, rien de suspect ou d'anémique à leur sujet. »
Elle attendit un instant que Sherlock réponde, puis marmonna :
« -Mais bien sûr, vous voudriez le vérifier vous-même. »
Molly les gratifia tous deux d'un sourire amusé avant de repasser par la porte principale pour récupérer les archives aux Maisons de Guérison qui prenaient le reste de ce niveau de la cité. A l'instant où Molly passa la porte, John se tourna vers Sherlock et demanda :
« -Y a-t-il une raison pour laquelle tu ne lui as pas demandé ça dès le départ ?
-Lui demander quoi ? »
John se contenta de rouler des yeux.
« -S'ils avaient un mort correspondant à ta description au lieu de lui mentir. »
Cette fois ce fut Sherlock qui roula des yeux.
« -Tout le monde ment.
-Et cela te donne une excuse pour mentir et juste être comme tous les autres ? »
Sherlock eut un mouvement de recul outré face à une telle accusation de normalité.
« -Tu supposes que nous devrions lui demander des informations cruciales sur l'affaire alors que nous n'avions aucune idée de sa véritable allégeance.
-Véritable allégeance ? C'est une femme du Gondor !
-Et la créature qui a assassiné Dimmock était une Elfe de Imladris. Le réseau de Moriarty surpasse les exigences des royaumes et du sang. »
John fit un pas tremblant en avant.
« -Tu pensais que Molly travaillait pour Moriarty ?
-Elle n'était pas l'examinateur que j'attendais, pas un examinateur à qui je fais confiance.
-Mais tu lui fais confiance maintenant ? »
Sherlock fit une pause, et choisit ses mots suivants très délibérément.
« -Je ne crois pas qu'elle ferait intentionnellement du mal à une autre personne.
-Donc ça veut dire qu'elle pourrait le faire sans le vouloir, dans ce cas ? »
Molly choisit cet instant pour entrer de nouveau dans la pièce, une pile de rouleaux dans les bras.
« -Voilà, messieurs. »
Sherlock se tourna vers John avec un sourcil haussé éloquent, et John dut admettre que Sherlock devait avoir raison à propos de la bonne nature de Molly.
