Le chapitre suivant est déjà bien avancé, donc je pense que je n'aurais pas de retard pour la semaine prochaine ^^ Merci pour vos reviews. Le plus souvent, soit je ris, soit je me dis "hey, chut, c'est mon idée ça !". Sinon, chapitre un peu particulier, je vous laisse le lire... Moi, je vais me replonger dans l'écriture de la prochaine épreuve de Master Chef ! Bonne lecture !


Chapitre 26 :

« Bonne nuit, Potter... » Ces trois mots défilent en boucle dans ma tête. Trois mots, c'est ce qu'il a fallu à Malefoy pour me faire passer une nuit blanche… Bravo Harry ! Il y a vraiment de quoi être fier : montrer un tel détachement face à ton vieil ennemi, voilà qui force le respect ! Je me déteste. Je me maudis. Si on pouvait mourir de honte, je serais déjà six pieds sous terre. Je ressasse en boucle cette soirée passée en sa compagnie et je frémis en me rappelant ce que j'ai dit… et ce que j'ai failli faire. Par Salazar, que m'arrive-t-il ?! Quand je suis avec lui, je perds la raison. Je ne vois pas d'autre explication. Et, maintenant que je suis tranquillement chez moi, il me paraît bien plus simple de « garder mes distances » ou de « ne pas dépasser les limites ».

D'un geste rageur, je me sers un verre d'eau que je bois d'une traite. Alors que je le dépose dans l'évier, je me demande dans quoi je me suis fourré. Je ne vois qu'une seule solution à mes problèmes : fuir Malefoy comme un Magyar à pointes. Mais avec Master Chef, c'est impossible. Et puis… Et puis je manque de courage. Car, même si ça ne fait qu'alimenter la colère que je nourris contre moi-même, je dois bien avouer que j'attends avec impatience notre prochaine rencontre… Pire que ça : je cherche activement le moindre prétexte qui pourrait me conduire à sa porte. Rhaaaaaaa ! Par les plus grands mages noirs de tous les temps, que m'as-tu fait, Malefoy ?!

Sur un coup de tête, je transplane au Ministère. Je salue distraitement les quelques collègues que je croise en rejoignant le deuxième étage au pas de course. En ce début de week-end, il n'y a pas foule, mais j'espère dénicher des affaires susceptibles de me changer les idées... et de tenir Malefoy loin de mon esprit. Je file vers le bureau des Aurors de garde et, en ouvrant la porte à la volée, je surprends deux jeunes recrues entrain de faire une bataille explosive. Harvey Met et Lupus Bones virent à l'écarlate et rangent précipitamment les cartes en bégayant :

- Maisnonmaispasdutoutmaiscen'estpascequevouscroyez. ..

Je souris en secouant la tête :

- Si vous pensez que je n'ai jamais passé un week-end de garde à attendre qu'on vienne me confier une affaire, vous vous trompez.

J'omets de préciser qu'avec Dean, nous avions un faible pour les échecs sorciers - j'ai une réputation à tenir. Pour ma défense, Dawlish nous laissait moisir tous les week-ends, à attendre qu'un pseudo mage noir se réveille, ce qui arrivait plutôt rarement. Il fallait au moins une urgence magique de niveau 3 pour le ramener au travail un samedi ou un dimanche. Je suppose qu'après Voldemort, les petites histoires de tous les jours devaient lui paraître terriblement insipides... Il a fini par sauter sur la première occasion de partir à la retraite et j'ai hérité du poste de chef du département des Aurors, à ma grande surprise.

- Vous n'avez donc rien à vous mettre sous la dent ?

Ma voix doit avoir des accents désespérés car Harvey s'empresse d'extirper un dossier de son sac.

- C'est le rapport de Fiertalon sur l'affaire Davison. Il est arrivé ce matin, mais ça peut parfaitement attendre lundi.

Je m'en empare avec empressement. Le dossier peut sûrement attendre lundi. Moi non. Je le parcours en diagonale. Adalbert Davison est accusé d'avoir empoisonné son vieux père pour profiter plus tôt que prévu de son héritage. Le Magenmagot n'aura aucun mal à la condamner car les preuves parlent d'elles-mêmes. Le sorcier a été formellement identifié par trois témoins qui l'ont vu sortir d'une échoppe mal famée de l'Allée des Embrumes. Interrogée, la propriétaire a reconnu lui avoir vendu un soi-disant anti-niffleur. En réalité, du venin d'Acromentula coupée avec de l'Aconit. Le pauvre homme n'avait aucune chance. Si on ajoute à cela que les relations pères fils étaient notoirement exécrables, on est en droit de se demander si Davison a pris le temps de réfléchir avant d'agir. Si oui, il n'a pas une once de jugeote... Sans compter qu'il a juré par tous les enchanteurs avoir immédiatement conduit son père à Ste Mangouste, dès les premiers signes de « malaise ». Le Médicomage affirme à l'inverse que le poison avait été administré depuis au moins deux heures et que la victime était déjà morte lors de son arrivée à l'hôpital.

- Fiertalon a fait du beau boulot, commenté-je. Vous avez lu son rapport ?

Si Lupus fait mine de ne pas avoir entendu, Harvey acquiesce avec ferveur, comme pour m'assurer qu'il ne fait pas que jouer aux cartes pendant ses gardes. Je suis étonné que ces deux là s'entendent si bien. Ils n'ont pas grand chose en commun, à part leur inexpérience. Harvey est un né-moldu, ancien Poufsouffle, qui maîtrise la théorie à la perfection. Il connaît la réglementation sur le bout des doigts et aurait pu écrire le manuel du parfait Auror. Son honnêteté à toute épreuve fait malheureusement de lui un très mauvais menteur. Lupus, à l'inverse, est un Serpentard qui a raté deux fois l'examen d'entrée à l'école des Aurors. Loin de se décourager, il a fini par être admis, bon dernier sur la liste des retenus. J'ai entendu dire qu'il avait complètement déstabilisé un certain nombre autres candidats avant l'une des épreuves les plus importantes, en assurant à tout bout de champ que les examinateurs souhaitaient voir des « héros ». Le pire écueil à éviter lors de l'épreuve de dissimulation et de filature... Si la rumeur est vraie, je dois reconnaître que c'est intelligent.

- Il n'a rien laissé au hasard. Tous les témoignages qui devaient être recueillis ont été recueillis. De la vendeuse au médicomage, personne n'a été oublié. Cependant, il me semble qu'il y a une chose que nous pourrions encore faire.

Harvey hausse un sourcil, surpris, mais Lupus reste impassible.

- Une idée ? lui demandé-je.

- La sorcière de l'Allée des Embrumes prétend qu'elle pensait vendre de l'anti-niffleur. Personnellement, ça m'étonnerait. Le venin d'Acromentula vaut une petite fortune, ce n'est pas quelque chose qu'on a sans le savoir...

Le visage de Harvey s'éclaire et j'acquiesce.

- Si vous être libres, je vous propose de lui rendre une petite visite.

Et moins de cinq minutes plus tard, nous avons transplané dans l'Allée des Embrumes. La rue miteuse et étouffante est quasi déserte. Malgré le soleil brillant de ce tout début de mois d'août, elle reste lugubre. Sans hésitation, je me dirige vers une boutique à la devanture délabrée dont l'enseigne déglinguée indique « Au sang noir ». Lorsque nous y pénétrons, une clochette sinistre résonne. Nous sommes accueillis par un grand miroir sur pied qui a l'air d'avoir des siècles et qui nous hurle des insultes. Je le fais taire d'un coup de baguette tandis qu'une petite sorcière bossue accourt en criant :

- Fermé ! C'est fermé !

Son regard se pose sur l'uniforme d'Auror impeccable de Harvey, puis sur celui, plus froissé, de Lupus. Il s'arrête ensuite sur moi. Je suis vêtu d'une simple robe de sorcier noir, mais ses yeux se figent un long moment sur ma cicatrice et elle ouvre la bouche à plusieurs reprises, sans parvenir à dire le moindre mot. Je me lance donc le premier :

- Aurors, Département de la justice magique. Nous enquêtons sur l'affaire Davison.

Elle secoue violemment la tête, faisant voleter ses longs cheveux gris et crasseux.

- J'ai déjà dit tout ce que je savais. Ma boutique a été contrôlée, il n'y a plus rien pour vous ici !

Je me tourne vers Harvey et lui fait signe de prendre le relais.

- Outre le poison que vous avez vendu à Adalbert Davison, dit-il d'un ton très professionnel, une seule autre substance interdite à la vente a été trouvée dans votre boutique. Un poison également. Toujours à base de venin d'Acromentula.

La sorcière s'obstine et grommelle :

- De l'anti-niffleur ! Je croyais que c'était de l'anti-niffleur !

Je regarde autour de moi. Des livres aux couvertures fanées et peu avenantes s'entassent sur des étagères poussiéreuses. Chaque pan de mur disponible est occupé par un tableau hideux et les personnages aux allures de criminels nous fixent, menaçants. Des boules de cristal, dont la plupart sont fissurées, attendent sagement un improbable acheteur. Derrière le vieux comptoir en bois, des ingrédients pour les potions sont suspendus, visiblement depuis des lustres : les serres de rapaces sont racornies, les crochets de serpent grisâtres et d'autres ne sont même pas reconnaissables. A même le sol, des hiboux empaillées déploient à jamais leurs ailes sombres, par endroit déplumées. Charmant... et étonnant ! Je peine à croire que cette sorcière qui vend de tout et de rien – surtout de rien – ait pu se procurer du venin d'Acromentula. L'endroit me fait plus penser à un dépôt-vente qu'à une boutique de magie noire. Alors que je m'apprête à la cuisiner moi-même -argh ! cuisiner... et dire que je ne pensais presque plus à Malefoy ! - Harvey est pris d'une inspiration soudaine :

- Serait-il imaginable, Madame, que quelqu'un soit venu dans votre boutique pour se débarrasser de ces deux poisons ?

Je dis souvent que le métier d'Auror ne s'apprend pas dans les livres et il semblerait que Harvey ait des ressources que je n'avais pas soupçonnées. La sorcière laisse échapper un cri outré, dévoilant ses dents gâtées, et le regarde avec méfiance. Lupus susurre à son tour :

- La possession de ces poisons n'est que votre première infraction. Vous pourriez nous donner le nom de votre vendeur et... disons que si vous ne recommencez pas, le département des Aurors vous sera reconnaissant de votre aide.

Harvey précise, laissant parler son honnêteté à toute épreuve :

- Le département des Aurors pourrait vous être reconnaissant de votre aide...

Alors que la sorcière réfléchit à la proposition, je songe que ces deux là forment une belle équipe. Ce qu'il faut de connaissances théoriques et de ruse, un sens de l'observation certain, un soupçon d'ingéniosité et une droiture d'esprit indispensable. Finalement, la sorcière lâche :

- Je pensais que c'était de l'anti-niffleur, je veux que ce soit bien clair...

Sentant le nom venir, nous acquiesçons tous les trois d'un même mouvement. Elle poursuit, faisant bondir mon cœur :

- C'est Narcissa Malefoy. C'est Narcissa Malefoy qui m'a vendu ces deux fioles.


Aller au travail pour oublier un peu Malefoy… Décidément, en ce moment, je regorge de bonnes idées ! J'en suis à un stade où je m'épate moi-même. Si si, vraiment, bravo Harry ! De mieux en mieux !

Tout en pestant contre moi-même, j'essaie de réfléchir à ce que je dois faire. L'image de Malefoy ne me quitte plus et je me rends à l'évidence : je dois le voir, aujourd'hui. En soupirant, je relis le rapport que j'ai demandé à Lupus. Je crois reconnaître à plusieurs endroits la plume de Harvey, mais je ne relève pas. J'ai bien plus grave à l'esprit : les Malefoy me poursuivent. Ou plutôt, je poursuis les Malefoy. Car, sans Drago - je finis par oublier qu'il a un prénom et y penser me procure un sentiment étrange - je n'aurais pas passé mon samedi au travail, je ne me serais pas rendu dans l'Allée des Embrumes et je n'aurais pas entendu le nom de Narcissa Malefoy. Peut être que Fiertalon s'en serait chargé lui-même et que l'histoire me serait parvenue aux oreilles… Mais je n'aurais eu aucune raison d'intervenir. J'aurais simplement sourcillé, puis me serais conforté dans l'idée que cette famille est « pourrie jusqu'à la moelle ».

Je range le rapport dans mon bureau et jette un regard autour de moi. Tout semble en ordre. Le scrutoscope est à sa place, immobile et silencieux. Il sert seulement à la décoration, à présent. Je ne vais pas m'en plaindre. Je soupire longuement en ouvrant mon armoire. Les rayonnages sont remplis de dossiers soigneusement rangés. Je me dresse sur la pointe des pieds pour atteindre le dernier étage. A côté de mes livres de Défense contre les forces du mal préférés, je garde toujours une malle pleine de vêtements moldus. D'un coup de baguette, je la fais léviter jusqu'à mon bureau. J'écarte rapidement les habits d'hiver et opte pour un T-shirt noir et un jean tout simple. La panoplie du parfait londonien…

Alors que je m'apprête à ranger une veste à l'intérieur de la malle, je me souviens que c'est celle que je portais le soir où je suis allé demander un autographe à Malefoy. La main légèrement tremblante, je fouille les poches. Je retiens mon souffle lorsque mes doigts se referment sur un petit bout de papier. Je l'ouvre d'un geste mal assuré.

« Pour Harry Potter,

Thomas »

Je lis et relis l'inscription. A ce moment là, je ne savais pas encore ce qui m'attendait. Est-ce que je regrette d'y être allé ? La réponse s'impose à moi, avec une force impressionnante. Non.


Est-ce que je regrette d'y être allé ? Oui. Malefoy était d'une humeur exécrable. Je l'ai su dès que j'ai frappé à sa porte. Il a mis un temps fou pour venir m'ouvrir. Puis, lorsqu'il s'est enfin décidé, il m'a accueilli par un « quoi ? » furieux et glacial. Je n'ai pas su quoi dire. J'ai bien essayé d'entamer une conversation, mais je me suis heurté à un mur. Il a délibérément ignoré toutes mes questions, pourtant anodines, vaquant à ses occupations sans se préoccuper de moi. Ce changement subit d'attitude m'a laissé sans mot et j'ai fini par me taire, en l'observant sans cacher ma surprise.

- Qu'est-ce que tu veux, Potter ? a-t-il fini par demander, avec froideur.

J'ai bien essayé de répondre quelque chose, mais je n'ai pas réussi. Ma phrase, tout préparée, restait coincée dans ma gorge. « C'est à propos de ta mère… ». Je me sens soudain ridicule. Impossible de dire quoi que ce soit. Il m'a laissé quelques secondes puis m'a désigné la porte d'un geste sec en articulant lentement :

- De-hors !

J'ai refermé la bouche en serrant les dents. Je me suis levé comme un automate et j'ai obéi. Tu ne veux pas me voir, Malefoy ? Et bien reste seul. Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ?

Mais ça me fait quelque chose et je suis furieux. Je passe une soirée affreuse. Une nuit affreuse. Un dimanche affreux. Heureusement que Ron et Hermione m'accueillent chez eux. Je ne suis pas d'une humeur réjouissante, mais au moins je me sens entouré.


Le lundi, je suis content de retourner au travail et je me lance à corps perdu dans les dossiers. Lorsque Fiertalon vient frapper à ma porte, je connais la raison de sa présence et mon cœur se serre douloureusement. Le matin même, j'ai déposé le rapport de Lupus-Harvey sur son bureau.

- C'est du beau boulot ! me sourit-il en agitant le rapport. Les bleus ont l'air de faire leur preuve.

J'acquiesce. J'aime bien Fiertalon. C'est un bon Auror, pas envieux pour une noise. Le genre de collègue discret qui fait bien son travail.

- Ils s'en sont très bien sortis, affirmé-je.

Après Fiertalon, j'ai le droit à la visite de Dean. Il s'assoit en face de moi, l'air préoccupé.

- Qu'est-ce que tu vas faire, Harry ? me demande-t-il à brûle pourpoint.

Qu'il soit déjà au courant pour Narcissa Malefoy ne m'étonne pas. Je hausse les épaules en soupirant :

- Mon travail, je suppose.

Je le vois qui hésite puis, presque malgré lui, il me pose la question qui le démange :

- Tu es ami avec Malefoy, maintenant ?

Je sais qu'il pense à mon « invité surprise » lors de ma fête d'anniversaire. Qu'il se rassure, je n'avais pas prévu tout ça. Je secoue lentement la tête, en signe de dénégation, et j'ajoute :

- C'est personnel. Rien à voir avec le travail.

Il reste silencieux quelques instants, mais n'insiste pas. Il finit par dire :

- Si tu as besoin de moi, Harry...

Je complète en souriant :

- Je sais que je peux compter sur toi.


Lorsque le jeudi arrive enfin, je me demande comment j'ai fait pour survivre à ces jours interminables. Malefoy n'a pas quitté mon esprit et j'ai dû me faire violence pour ne pas retourner à l'hôtel demander des explications. Même si je l'ai foulé du pied ces derniers temps, j'ai ma fierté ! Plus le temps passe, moins j'arrive à me concentrer. Après m'être jeté corps et âme sur toutes les affaires qui me tombaient sur la main, je ne parviens plus à rester en place, ne serait-ce que cinq minutes, pour lire un dossier. Lorsque Dean m'invite à déjeuner, j'accepte avec plaisir. Nous nous installons sur une table de la cafétéria du Ministère, un peu à l'écart. Je songe encore à Malefoy. Un long après-midi à tuer avant de le revoir... sur le tournage.

- N'est-ce pas, Harry ?

Je m'arrache à la contemplation de mon sandwich. Dean m'a parlé, mais je n'ai rien suivi. Se rendant compte de mon trouble, dont il croit deviner la raison, il soupire :

- Si ça te gêne d'interroger Narcissa Malefoy, je peux y aller à ta place...

Je pourrais accepter. Ce serait peut être plus simple. Croiser le regard de Lucius Malefoy ? Non merci. Je ne le connais que trop bien, avec ou sans masque. Sa ressemblance avec Drago - Drago encore - me fait peur. Peut être que certaines choses doivent rester enfouies ? Peut être que je dois me protéger avant de protéger... les autres ? Je tranche :

- J'irai. Cet après-midi.

A son visage, je vois qu'il est inquiet et je précise :

- Fiertalon viendra avec moi. C'est son affaire après tout.

Nous finissons le déjeuner en discutant de choses plus légères : de Quidditch, de Seamus, de mon nouveau balai. Comme si tout était parfaitement normal...


A quatorze heures, je transplane devant le Manoir Malefoy. Un frisson désagréable me parcourt à la vue de la vieille bâtisse. Elle a perdu de sa superbe depuis la dernière fois que je l'au vue. Aucun paon albinos à l'horizon... Le parc est laissé à l'abandon. Les mauvaises herbes ont envahi le chemin qui mène au Manoir. Est-ce ce symbole de déchéance que Malefoy a voulu fuir ? Un "ploc" sonore me tire de mes pensées. Fiertalon vient de transplaner à mes côtés. Nous remontons ensemble et en silence la longue allée, jusqu'à la porte d'entrée du manoir. Fiertalon actionne le heurtoir et des bruits de pas précipités se font entendre.

- Qui est là ?

La voix qui résonne est féminine, mais pas seulement. Elle a des accents désespérés qui me vrillent les entrailles. Face à mon silence, Fiertalon nous présente :

- Aurors, département de la justice magique.

Il me semble entendre un sanglot et, aussitôt, la porte s'ouvre. Narcissa Malefoy... Vêtue d'une longue robe noire, elle se tient devant nous, le visage inquiet. Ses yeux bleus s'arrêtent d'abord sur Fiertalon, puis sur moi. Ils s'agrandissent lorsqu'elle me reconnaît, mais elle n'esquisse pas le moindre geste.

- Que voulez-vous ?

Comme je ne dis toujours rien, Fiertalon demande si nous pouvons rentrer. Elle acquiesce en s'écartant et alors que je passe près d'elle, dans le sillage de mon collègue, il me semble la sentir. Sa peur...

- Que voulez-vous ? répète-t-elle.

Sa voix se fait stridente et Fiertalon s'agite, mal à l'aise. Il ne s'explique pas mon silence. Je ne me l'explique pas non plus. Peut être est-ce le fait de me retrouver là, à nouveau… Narcissa Malefoy n'est pas si différente d'autrefois. Un peu moins hautaine peut être. Ses cheveux blonds sont noués en un chignon bas et ses yeux bleus sont rivés sur moi. C'est à moi qu'elle pose la question et c'est de moi qu'elle attend une réponse... qui ne vient pas.

- Nous savons que vous avez vendu deux potions à base de venin d'Acromentula dans l'allée des Embrumes..., commence Fiertalon.

Il s'interrompt, surpris. Narcissa Malefoy a pris appui sur le dossier d'une chaise et laisse échapper un long soupir soulagé. Puis, les traits plus détendus, elle inspire profondément, à plusieurs reprises.

- Vous venez me déranger pour deux malheureuses potions ? demande-t-elle enfin, en se redressant.

Elle rit en nous toisant de toute sa hauteur. Moins hautaine, disais-je ? Elle répète, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles :

- Deux malheureuses potions...

- Vous attendiez notre visite pour autre chose ? réplique Fiertalon. Pour quelque chose de plus grave ?

J'ai l'étrange impression que, dans ma tête, quelques pièces de puzzle se mettent en place. Oui, elle attendait notre visite pour quelque chose de plus grave. Pour lui annoncer la mort de son fils unique dont elle n'a plus de nouvelle par exemple... Fiertalon insiste :

- Avez-vous des choses à cacher, Madame Malefoy ?

Elle secoue la tête et se désintéresse de nous. Encore une fois, j'ai la curieuse impression de la comprendre : si nous ne venons pas pour Drago, alors à quoi bon ? J'ouvre la bouche pour parler - enfin, mais elle m'interrompt d'un geste. Elle qui était prête à boire mes paroles quelques secondes plus tôt se moque de ce que j'ai à dire à présent. Si ça ne concerne pas son fils, ça ne la concerne pas. Et je comprends que depuis deux ans, plus rien ne concerne cette femme. Que fait-elle de ses journées, à part attendre désespérément ?

- Fouillez tant qu'il vous plaira. Je n'ai rien à cacher. Ni moi, ni mon mari.

- Mais les potions..., s'entête Fiertalon.

Elle ne répond pas et, alors qu'il s'apprête à l'interroger, je lui coupe l'herbe sous le pied :

- Je te laisse le rez-de-chaussée. Je m'occupe de l'étage.

Il acquiesce et nous nous séparons. Je monte un bel escalier recouvert d'un tapis pourpre. A l'inverse de l'extérieur, l'intérieur du Manoir est bien entretenu. Sur les murs, les portraits des ancêtres Malefoy me regardent d'un air sévère en maugréant des paroles que je ne comprends pas. J'ouvre la première porte à l'étage et la referme aussitôt. Une vaste salle de bain luxueuse, avec une baignoire de la taille d'une petite piscine. Ce n'est pas ce qui m'intéresse. La deuxième pièce doit être la suite parentale. Je ne m'attarde pas plus et je referme la porte sur le vaste lit à baldaquin. A la troisième, je n'ai pas plus de chance. C'est un cabinet de travail avec de grandes bibliothèques qui montent jusqu'au plafond. Hermione serait folle dans une pièce pareille, même si je ne suis pas sûr que les lectures soient à son goût. Je m'engage dans un corridor qui débouche sur une porte claire. Deux lettres sombres se détachent sur le panneau : "DM". Le cœur battant, j'entre dans la pièce. C'est une grande chambre, richement meublée. Aussi étonnant que ça puisse paraître, si j'avais dû décrire la chambre de Malefoy, j'aurais exactement décrit ce que j'ai sous les yeux. Le couvre-lit, les rideaux, les tentures... Tous les tissus sont vert et argent, aux couleurs de Serpentard. Un large bureau, un fauteuil de président... Visiblement, on ne se refuse rien. Je m'avance un peu, sur la pointe des pieds. La pièce sent le renfermé, mais elle est parfaitement propre. Je passe mon doigt sur le bureau, puis sur le dossier du grand fauteuil en cuir. Pas un grain de poussière...

Je me dirige vers la grande armoire, à l'angle de la pièce. Sa porte est pourvue d'un miroir et mon reflet me paraît presque étranger, comme si je me voyais pour la première fois. Sûrement un effet du décor... Je tourne lentement la grosse clef de cuivre dans la serrure et je tire la porte. Dans l'armoire, des dizaines de robes de sorcier sont soigneusement alignées. J'en touche quelques unes et un frisson désagréable me traverse, bien que le tissu soit d'excellente qualité. J'ai l'impression d'être dans la chambre d'un mort. Je referme la porte et me dirige vers le lit, toujours sur la pointe des pieds, comme quelqu'un qui se trouve dans une pièce dont l'entrée lui est interdite. Je passe ma main sur le couvre-lit de soie. Puis je l'aperçois. Posée juste à côté de son oreiller. La baguette de Malefoy. Je m'en saisis et je la sens... frémir. C'est la baguette qui choisit son sorcier, disait Ollivander. Mais ce n'est Malefoy que cette baguette a choisi. Sa mère l'a achetée pour lui, pendant qu'il essayait son uniforme de Poudlard, chez Madame Guipure. Je suis étonné de me souvenir d'un tel détail... Je la repose avec précaution, en veillant bien à la remettre au même emplacement. J'ai la sinistre impression que Narcissa Malefoy s'en rendrait compte si je l'avais déplacée ne serait-ce que d'un millimètre.

Je m'intéresse ensuite au bureau. Un parchemin vierge y est posé, bien droit, avec une plume juste à côté, comme si Malefoy allait subitement apparaître pour écrire une lettre. Mon regard s'attarde sur la plume et je serre les dents. Sans que je puisse m'en empêcher, je caresse doucement le dos de ma main droite, là où les mots d'Ombrage sont encore gravés. "Je ne dois pas dire de mensonges". Il faut que je sois à la pleine lumière pour que les fines cicatrices blanchâtres soient visibles, mais on déchiffre toujours les mots, même après toutes ces années. Je regarde à nouveau la plume et son extrémité anormalement pointue. C'est cette particularité qui a rappelé à mon souvenir les douloureuses punitions d'Ombrage... Des yeux, je cherche l'encrier. Puis, j'ai l'impression que mon sang se fige. Les battements de mon cœur se font douloureux. Pas d'encrier. Un parchemin, une plume mais pas d'encrier.

J'ai l'impression que quelqu'un d'autre a pris possession de mon corps. J'ouvre les tiroirs à la volée. J'en tire des dizaines de parchemins... Non, des centaines ! Les tiroirs en sont pleins. Je les arrache par paquets, je les froisse sans le vouloir. Mes gestes sont brutaux, désespérés. Je dépose les parchemins en vrac sur le bureau. J'en fais des piles désordonnées, qui menacent de s'effondrer. Je ne parviens plus à respirer. Ils sont recouverts d'une fine écriture, rouge sang. Du sang de Malefoy. Bientôt, il n'y a plus de place sur le bureau. Alors j'arrête. Les noms me sautent au visage. Cédric Diggory. Albus Dumbledore. Charity Burbage. Sur des pages et des pages, à n'en plus finir. Fred Weasley. Colin Crivey. Remus Lupin. Nymphador...

- Que faites-vous ici ?

La voix de Narcissa Malefoy me fait sursauter. Je me retourne et je l'aperçois, à quelques mètres de moi, le visage livide de rage... et d'autre chose. Je ne trouve pas de réponse appropriée. Je regarde à nouveau les parchemins et les lignes rouges qui me narguent. Malefoy ne m'a pas tout dit. Il ne m'a pas dit ce qu'il faisait de ses journées au Manoir. Il ne m'a pas parlé de tous ces noms qu'il a écrit avec son sang. Quelle folie !

- Je vous ai demandé ce que vous faisiez ici, répète Narcissa d'une voix menaçante.

Comme je ne réponds, elle franchit d'un pas vif la distance qui nous sépare et me saisit par l'épaule pour me forcer à la regarder. Elle me secoue violemment, mais je ne dis rien. Un cri de rage lui échappe pendant qu'elle fixe mon visage et je comprends qu'elle devine. Elle devine que je sais quelque chose. Comment ? Aucune idée. Peut être qu'elle le lit sur mon visage. Je suis trop choqué pour cacher mes émotions. Elle remonte ses mains jusqu'à mon cou et j'ai l'impression idiote qu'elle va m'étrangler. En réalité, elle m'attrape par le col de ma robe et me secoue à nouveau, comme un prunier.

- Où est mon fils ? hurle-t-elle d'une voix sifflante. Où est mon fils ?

Comme je ne réponds pas, elle me gifle, à plusieurs reprises. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je n'ai pas mal. Pas physiquement en tout cas. Je ne ressens rien. J'attrape ses mains pour l'immobiliser. Je fais au bas mot une tête de plus qu'elle et je suis bien plus fort. Elle sait, mais ne se calme pas pour autant.

- Est-ce que vous savez ce que c'est de se lever chaque matin, sans savoir ? me demande-t-elle d'une voix tranchante. De l'attendre toute la journée ? De passer des nuits blanches à espérer et désespérer ? De douter à chaque hibou ? A chaque personne qui frappe à votre porte ? De vous demander sans cesse s'il est mort ou vivant ?

- Vivant.

Son visage pâlit encore. Je ne pensais pas que c'était possible. Elle me lâche et s'effondre dans mes bras. Je répète, d'une voix douce :

- Il est vivant, bien vivant.

Elle répète, comme si elle n'en croyait pas ses oreilles :

- Vivant... Vivant...

D'un revers de main, elle essuie ses joues trempées de larmes et se redresse. Ses mains se referment sur mes bras et je sens ses ongles qui entrent dans ma peau, malgré le tissu qui me protège.

- Ramenez-moi mon fils, Potter !

Je ne savais pas qu'on pouvait supplier et ordonner en même temps. Narcissa Malefoy vient de me prouver le contraire. Elle récidive.

- Ramenez-moi mon fils !