Hello!:) Ravie de vous retrouver!

Dans ce chapitre, il y aura un nouveau petit bond dans le temps, et l'introduction d'un nouveau personnage que j'ai toujours trouvé particulièrement intéressant. Le petit indice (pas très compliqué^^) que je vous donne est le suivant: il est aussi dévoué et loyal que notre héroïne. Il y aura aussi le retour de Narcissa. Et... je ne vous en dis pas plus:)

Bonne lecture!

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26. Les attributs de la loyauté (deuxième partie)

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Quatre ans plus tard...

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Août 1979 – Sa conscience s'effaça... ses paupières s'agitèrent... ses draps lui pesèrent... et sa respiration se contracta. Le rêve allait de nouveau surgir. Bellatrix le savait. En attendant, elle patientait dans l'obscurité de son lit, avide de revivre un instant de sa vie qui n'existait déjà plus, qui appartenait à un passé désuète. Malgré les quatre années qui la séparait de ce souvenir, tout demeurait clair dans son esprit jusque dans les moindres détails : Lord Voldemort qui se tenait tout près d'elle, Lord Voldemort qui l'embrassait, puis Lord Voldemort qui lui décuplait son plaisir... Tout était clair. Cependant, le rêve se finissait toujours sur la même affreuse note : son maître se détournait d'elle avec un geste plein de mépris. Puis il disparaissait.

Des larmes incontrôlables inondaient ensuite ses joues et elle murmurait fébrilement :

- Non, maître... Non ! Revenez !... Maître !

Ce dernier cri puissant avait surgi de sa bouche alors qu'elle s'était réveillée en sursaut. La gorge en sueur et le corps entier fiévreux, Bellatrix émergea de sa couverture en ne percevant plus que le bruit tranquille des grillons et en observant d'un mouvement alerte le décor sobre de sa chambre et la petite fenêtre sans rideaux qui venait déposer un fin filtre de lumière sur le lit conjugal. Cette scène ne s'était fort heureusement reproduit que deux fois : la maîtrise de l'occlumancie lui permettait de faire taire son esprit la plupart du temps, mais quand elle était fatiguée comme aujourd'hui, l'exercice devenait périlleux.

Assise, elle rabattit sa robe de chambre sur ses jambes, le regard rivé sur le croissant de lune opaque visible depuis la fenêtre. Elle songea qu'elle était bien chanceuse que Rodolphus, qui dormait toujours à côté d'elle, ait le sommeil si lourd. L'entendre appeler leur maître avec désespoir deux nuits d'affilées l'aurait assurément poussé à l'interroger, et devoir faire l'effort de fournir une explication à son mari aurait été pour Bellatrix quelque chose de vraiment insupportable ; elle ne voulait ni lui mentir, ni lui dire la vérité. Après tout, ils n'avaient jamais été un véritable couple, alors il était tout naturel qu'ils aient des secrets l'un pour l'autre. « Si lui-même en avait, je m'en moquerais complètement », pensa Bellatrix.

Une minute plus tard, elle éprouva un impérieux besoin de prendre l'air. En se levant, elle se dirigea vers son placard et enfila machinalement sa robe de promenade. Au moment où elle s'apprêtait à s'éclipser de la chambre, la voix de Rodolphus la fit tressaillir :

- Où est-ce que tu vas ?

Il s'était à moitié redressé pour pouvoir la regarder. Ses yeux bruns qui n'étaient pas brouillés indiquèrent à Bellatrix qu'il était sorti de son sommeil depuis un bout de temps.

- Rendors-toi, répondit-elle, non sans un brin d'autorité dans la voix. Je vais simplement marcher.

Puis elle se retourna, la main sur la poignée de la porte.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, dit alors Rodolphus.

- À quel sujet ?

- Le Seigneur des ténèbres ne te disgraciera pas. Nous sommes ses plus fidèles... Alors, ne te tourmente plus.

« Il a été spectateur de mes rêves à deux reprises ? songea Bellatrix, surprise. Il n'a donc pas le sommeil si lourd ! ». Elle l'aurait réprimandé si un apaisement ne s'était pas propagé en elle lorsqu'il avait parlé du Seigneur des ténèbres ; comme de coutume, grâce à son jugement objectif, il avait su se servir des mots justes pour la calmer et éliminer son anxiété. Il disait vrai : bien que le Seigneur des ténèbres ne lui ai jamais offert son amour, il l'estimait beaucoup en tant que fidèle depuis maintenant neuf ans. Et jusque-là, son estime n'avait jamais failli. Néanmoins, Bellatrix ne pouvait plus se contenter de ses grâces depuis qu'il lui avait accordé un baiser. Elle voulait une relation exclusive qu'il ne partagerait avec nul autre qu'elle.

En éclatant de rire, elle répliqua d'un ton railleur à l'attention de son mari :

- Je sais que je suis belle quand je sombre dans l'inconscience, mais cela ne veut pas dire que je tolère que tu m'épies toute la nuit, Rodolf ! Tu ferais mieux de t'occuper de tes propres tourments.

Sur ces mots, elle quitta la chambre.

Elle transplana lorsqu'elle se trouva à l'extérieur de la maison, près du potager, une fois qu'elle eut en tête la première destination qui lui parut attrayante : ce fut au Chaudron baveur, le pub le plus rustique et le plus animé de Londres qu'elle se rendit en se réjouissant à l'avance à l'idée que sa présence ferait sûrement beaucoup d'effet sur les clients du pub. Partout où elle allait, elle était de toute manière reconnu, étant devenue un personnage public. Personne ne s'aventurait à l'aborder, bien que certains hommes audacieux se risquassent parfois à lui lancer quelques œillades (ces hommes-là finissaient généralement morts avant même qu'ils n'aient le temps de se régaler de ce qu'ils voyaient). L'ambiance frénétique de la ruelle où se trouvait le pub procura bien du plaisir à Bellatrix qui avait de plus en plus de mal à supporter la campagne.

Quand elle entra dans le pub, Bellatrix constata qu'à l'exception d'une table rectiligne, le lieu était désert. Seule une sorcière était installée près du mur en pierre, mais elle engloutit hâtivement son jus d'œillet tandis que ses yeux apeurés oscillaient entre sa propre table, et la table centrale où une bonne quinzaine de sorciers riaient aux éclats. Ensuite, elle se leva sans attendre et se pressa vers la sortie du pub à toute allure, si bien qu'elle passa tout près de Bellatrix sans la voir. Bellatrix, quant à elle, se dirigea justement vers la table rectiligne qui avait tant effrayée la sorcière, certaine que les sorciers attroupés ici soutenaient le Seigneur des ténèbres. Il se dégageait d'eux une aura qui lui plaisait. Seul le garçon pâle et frêle installé en bout de table lui parut sans intérêt.

- Eh ! S'écria rudement un homme au torse particulièrement massif. Je ne me trompe pas, c'est bien Bellatrix Lestrange !

- Oui, c'est bien elle, confirma un autre homme à la tête encapuchonné. On a décroché le gros lot, mes vieux !

- De quel gros lot est-ce que tu parles, toi ? L'attaqua immédiatement Bellatrix en lui enfonçant sa baguette dans la nuque. Baisse tes yeux si tu ne veux pas que je t'arrache tes globes oculaires !

Il blêmit et adopta une allure plus modeste cependant qu'elle s'asseyait sur un tabouret sans y avoir été invitée, le menton levé comme une reine. Ensuite, elle se tourna vers un sorcier blond qui était son voisin en lui ordonnant de lui donner son verre plein à ras-bol de wisky pur malt ; il obtempéra sans se faire prier. Après, il lui dit courtoisement :

- Je vous présente mes respects, Mrs Lestrange.

- Comment est-ce que tu t'appelles ? L'interrogea-t-elle.

- John Leroy... Et voici Carlus Mason (il indiqua l'homme trapu), Eddy Flint (il montra l'homme encapuchonné), Daniel Robson, Lonux Gribbin, Polis Thimphin, et Feamus Bulstrode.

Puis, comme si la mémoire lui revenait, il désigna le garçon frêle :

- Ah, et lui, c'est Barty.

Ce dernier s'empourpra légèrement en gardant les yeux rivés sur ses mains crispées. Il reçut une brusque tape espiègle sur l'épaule de John Leroy qui lui lança :

- Allez, Barty ! Regarde au moins Mrs Lestrange dans les yeux !... Excusez-le, ce garnement, il est d'une timidité maladive, ajouta-t-il à l'attention de Bellatrix. On l'a repêché dans la rue, comprenez ! Il était complètement paumé, on a eu pitié de lui !

Soudain, le dénommé Barty redressa la tête. Bellatrix réalisa alors, une fois qu'il ne fut plus tassé, qu'il n'était pas le garçon de douze ans qu'elle avait cru apercevoir sous ses abords. Il s'agissait en fait d'un jeune homme de dix-huit ou dix-neuf ans, certes gauche et maigre, et possédant certes un visage insipide légèrement efféminé, mais il avait surtout un regard bleu profond contrastant avec sa peau claire où se reflétait tout sauf de l'idiotie. Un regard très vif et plein de détermination.

- Autour de cette table, personne ne vous admire plus que moi, Mrs Lestrange, déclara-t-il avec ardeur en rivant ses yeux sur Bellatrix.

Un sourire naquit sur les lèvres de Bellatrix : ainsi, ce jeune Barty l'admirait ? Comme c'était intéressant. « Finalement, il est le personnage qui a le plus de potentiel, ici, se dit-elle. Il en a bien plus que tous les balourds qui l'entourent... Il faut que j'en apprenne davantage sur lui. » Avide de décrypter l'identité de ce jeune homme qui semblait n'avoir de yeux que pour elle depuis sa venue dans le pub, elle déplaça son tabouret jusqu'à lui.

- Tu as de la chance que Mrs Lestrange ai été sensible à ta déclaration d'amour, Barty, poursuivit Leroy qui était hilare.

Ce dernier rougit de nouveau. Bellatrix l'encouragea à parler en lui demandant d'une voix doucereuse :

- Tu as dû connaître mon cousin Regulus quand tu étais à Poudlard, n'est-ce pas ?

- Oui, Mrs Lestrange. Regulus Black a deux ans de plus que moi... J'ai entendu dire qu'il est désormais un fidèle du Seigneur des ténèbres, ajouta Barty avec une singulière fébrilité.

L'expression extatique qui s'était peinte sur les traits du jeune homme à l'évocation de Lord Voldemort fut une deuxième agréable surprise pour Bellatrix ; elle formait et s'entretenait avec des jeunes fraîchement débarqués dans les rangs du mage noir depuis maintenant quatre ans, mais parmi eux, aucun n'avait jamais manifesté un pareil degré de vénération pour le Seigneur des ténèbres. Même Regulus, qui avait pourtant une foi inébranlable en les idées de son maître, n'avait pas une telle passion pour lui. Amusée, Bellatrix fit alors remarquer :

- Tu as l'air d'envier mon cousin.

- Oui, c'est vrai, admit Barty avec une fougue presque brutale qui étonna tout le monde autour de la table. Servir le plus grand maître de la magie noire est un honneur! Et c'est la seule chose à laquelle j'aspire ! (il se leva d'un bond en hissant son verre au sommet de sa tête) Servir Lord Voldemort !

Interloqués, ses compagnons l'observèrent en silence. Quant à Bellatrix, elle s'esclaffa bruyamment, incapable de se contenir plus longtemps. Un véritable filon d'or lui était tombé entre les mains. Elle le savait. En faisant en sorte d'ouvrir à Barty les portes de L'Ordre des ténèbres, elle fera de lui son allié : ils uniront leurs forces et se comprendront mutuellement. Il la suivra et se soumettra à ses ordres sans qu'elle craigne de sa part une trahison. « Je vais le prendre sous mon aile dès maintenant », se dit Bellatrix, très heureuse que le hasard l'ait guidé jusqu'au Chaudron baveur cette nuit.

La table entière se mit également à hurler de rire à sa suite, après quoi Carlus Mason s'écria narquoisement à l'adresse de Barty :

- Tu es en train de faire le paon ou quoi ? Repose tes fesses sur ta chaise, triple idiot !

- Le Seigneur des ténèbres ne voudrait pas s'embarrasser d'un gamin comme toi, mon garçon, lui dit ensuite Leroy. Tu n'as pas du tout le profil pour être combattant !

- Ben oui, sérieusement ! Reprit Mason. Qui voudrait d'un poltron comme toi ?

Bellatrix frappa du poing sur la table en aboyant pour les faire taire :

- Fermez-la !

Tous se calèrent aussitôt contre leurs sièges, tandis que Barty, tout sourire, continuait de fixer Bellatrix avec un regard flamboyant ; il n'avait de toute évidence guère l'habitude que quiconque prenne son parti. Un court instant, John Leroy se gratta la barbe avant de dire :

- Il ne faut pas perdre votre temps avec Barty, Mrs Lestrange. Je vous assure qu'il n'en vaut pas la peine.

- Vous n'avez pas la moitié de son ambition ! Contre-attaqua-t-elle. Toi, toi et toi ! (elle fit défiler son index le long des visages livides qui l'entouraient) Votre seule manière de glorifier le Seigneur des ténèbres, c'est de vous engrosser ici tous les soirs avec des chopes de bière ! Bande d'incapables !

Sur ce, elle se leva en tirant Barty par le bras. Il ne résista pas et se laissa conduire hors du pub, sans même un dernier salut pour ses compagnons. Une fois dehors, il rayonnait comme s'il vivait l'un des instants les plus merveilleux de sa vie – des cheveux fous tombaient devant son visage rouge d'excitation et sa cape était de travers. En se tournant vers Bellatrix, il parut à deux doigts de lui donner une accolade pour la remercier.

- Allez-vous m'aider à devenir un fidèle, Mrs Lestrange ? L'interrogea-t-il dans un murmure.

- Oui, je vais t'aider, dit-elle tranquillement. Mais avant, je veux en apprendre plus sur toi. Je voudrais d'abord connaître ton nom.

Il hésita et lâcha d'une voix à peine audible :

- Croupton.

- Croupton ? S'écria-t-elle sans y croire. Tu es son fils ? Le fils de ce sale fayot ?

Directeur du département de la justice magique au ministère, Barty Croupton travaillait en équipe avec Alastor Maugrey pour capturer les mangemorts depuis plus de dix ans. Bellatrix avait assisté au procès d'un ancien mangemort, Edgar Russel, et savait que Croupton se montrait impitoyable et abusait constamment de son pouvoir, paraissant se réjouir d'enchaîner les fidèles de Lord Voldemort à des chaises devant la cour de justice et de prononcer la sentence de sa voix claire depuis son trône de juge. « Il se prend pour le souverain du ministère, ce bouseux », songea Bellatrix.

Suite à cette pensée, elle reporta son attention sur Barty qui paraissait très tendu ; ses mâchoires étaient crispées, et de la hargne brillait dans ses iris bleus. Sans regarder Bellatrix, il finit par avouer sombrement alors qu'ils marchaient dans l'allée des embrumes :

- J'ai honte de lui... d'être son fils. Il n'est qu'un tortionnaire comme un autre ; un homme avide d'argent. Sous son lit, il y a une bonne centaine de bourses pleines d'argent enfermées dans des coffres-fort – il a trop peur de les ramener à Gringotts, ajouta-t-il avec mépris. Il y a aussi une collection de chaînes et de menottes, celles qui sont utilisées pour torturer les accusés... Avant que je n'entre à Poudlard, mon père m'obligeait à assister à tous les procès et il m'emmenait de temps à autre dans la salle de torture, là où Alastor Maugrey fait souffrir les accusés avant même qu'ils ne soient jugés. Mon père adorait y aller, c'était l'un de ses passe-temps favori.

- Et pour quelle raison aspires-tu à rejoindre le Seigneur des ténèbres ?

- Le Seigneur des ténèbres est l'opposé de mon père : il est noble, grand, et ambitieux. Je ne l'ai encore jamais vu, mais les portraits que ses fidèles emprisonnés dressaient de lui au sein du département de la justice magique étaient plus que suffisant. Lord Voldemort veut rendre service au monde des sorciers en le débarrassant des gens comme mon père et il maîtrise la forme de magie la plus fascinante qui existe. Je partage ses idéaux, et je les aime.

Le large sourire qui illumina son visage convainquit définitivement Bellatrix du bien-fondé de l'ambition de son nouveau protégé. Il parut d'ailleurs en avoir conscience (preuve qu'il était loin d'être sot. Il semblait même particulièrement vif d'esprit) et jubila sans retenue. Tout frémissant, il se laissa tomber à genoux devant elle et lui embrassa la main gauche à plusieurs reprises. En l'observant, Bellatrix contint un rire victorieux. « À partir de ce soir, tout va changer », pensa-t-elle.

...

- Dobby ! Dobby !

Les appels de Narcissa furent amplifiés par les colonnes en marbres qui encadraient chaque recoin de son boudoir argenté. Sa robe de chambre en satin s'étalait sous son fauteuil cependant que l'une de ses mains lasses aux ongles impeccablement manucurés pendait le long de l'accoudoir ; elle poussa un gémissement en fermant les yeux, incapable de supporter plus longtemps la vision de Bellatrix qui arpentait la pièce aux dimensions gargantuesques depuis une bonne minute.

- Tiens-toi tranquille, Bella, arrête de bouger comme ça, protesta-t-elle faiblement.

Soudainement exaspérée par ses geignements, Bellatrix s'énerva :

- Oh, ça va, Cissy ! C'est toi qui te l'ai planté toute seule dans le ventre, ce marmot ! Alors, ne te plains pas, maintenant !

Face à l'état de sa sœur qui était plus que pathétique et misérable, Bellatrix s'estima bien heureuse de ne pas être à sa place : qu'y avait-il de pire que perdre sa rigueur physique et son autonomie dans le seul but de donner la vie à une créature pleurnicharde ? C'était vraiment neuf mois de gâchés dans un but vain ! De toute manière, Narcissa n'avait jamais été une grande ambitieuse. Même Lucius s'en était rendu compte ; la preuve en était qu'il abandonnait sans scrupules sa femme dans son manoir vide pendant des semaines entières. Et pour une fois, Bellatrix le comprenait.

- Je ne me plains pas, rétorqua sèchement Narcissa en se redressant avec peine de son fauteuil. Je te trouve seulement très irrespectueuse, à t'agiter partout autour de moi depuis tout à l'heure. On dirait que tu veux à tout prix me rendre malade !

- Mais tu es déjà malade, Cissy, lâcha ironiquement Bellatrix. Comment pourrait-on appeler autrement ton état ?

Au même moment, un elfe aux yeux bleus globuleux entra dans le boudoir et ramena précipitamment un plateau où fumait un pudding jusqu'à sa maîtresse. À la vue de la succulente assiette, Narcissa manqua pourtant d'avoir un haut-le-cœur. Elle gronda immédiatement l'elfe en l'accusant d'avoir confectionné un repas bien trop copieux exprès pour faire souffrir son estomac.

- Dobby n'avait pas l'intention de nuire à sa maîtresse, protesta l'elfe de sa voix aiguë.

- File d'ici, impertinent ! Hurla Bellatrix en tendant la main vers la porte.

Avec un couinement effrayé, il obtempéra. Lorsque tante Walburga avait failli mourir en 1975, elle avait averti les Malefoy que leur elfe avait un goût un peu trop prononcé pour l'indépendance. Mais ni Lucius, ni Narcissa, n'avait encore décidé de se débarrasser de lui.

Narcissa soupira ensuite avant de se servir de sa baguette pour éloigner le plus loin possible d'elle le plateau. Puis, après cinq minutes de silence, elle demanda à Bellatrix :

- Est-ce que tu n'as vraiment pas envie d'avoir d'enfants ? Es-tu sûre que tu ne le regretteras pas ?

- Je ne vois pas ce qu'il pourrait y avoir à regretter, répondit-elle en grimaçant.

- Pourtant, tu as...

- Je n'ai pas envie de parler de ce sujet !

Promptement, Bellatrix se planta devant l'une des fenêtres en tournant le dos à sa sœur. Durant ces dernières années, tomber à nouveau enceinte avait été l'une de ses pires craintes, jusqu'à ce qu'elle réalise il y a un an, après une troisième fausse-couche, que son corps était inapte à mener une grossesse à terme. C'était exactement comme si son refus inconscient de l'état de mère s'était répercuté sur son organisme ; elle n'avait même pas eu besoin d'utiliser la magie pour empêcher une autre créature de grandir dans son corps ou de renoncer à sa vie conjugale (ce qui ne l'aurait pas tant attristé que ça). Rodolphus n'avait aucune fibre paternelle, mais avoir un fils ne lui aurait certainement pas déplu. Cela dit, elle lui avait bien fait comprendre que jamais elle n'éprouverait le besoin d'avoir des enfants et il n'avait pas d'autre choix que de l'accepter.

La voix de Narcissa retentit derechef dans son dos :

- Et qu'est-ce que tu feras si tu attends un enfant par accident ?

- Je le ferai sortir de mon ventre par la force.

Alors qu'elle se représentait l'expression indignée de sa sœur, Bellatrix sentit sa marque des ténèbres s'animer : c'était l'heure de la réunion des fidèles. Sans attendre, elle avertit Narcissa, quitta le manoir à la vitesse de l'éclair, et transplana. Elle réapparut dans la forêt de Smootoff. Le campement était situé quelques mètres plus loin. Aujourd'hui était un jour particulier, puisque deux nouveaux recrus allaient faire leur entrée dans l'armée de Lord Voldemort. Et cette fois-ci, il y aurait une femme, car il s'agissait d'un frère et d'une sœur nommés Carrow. Et le simple fait d'imaginer le Seigneur des ténèbres effleurer de ses doigts sveltes la peau d'une autre femme pour lui graver la marque des ténèbres suffisait à lui faire monter la nausée au bord des lèvres.

« Il ne manquerait plus que cette Alecto Carrow soit belle ! » craignit-elle en marchant d'un pas pressé, le cœur battant. Elle sentit la hargne monter en elle en imaginant un beau visage débordant de féminité et un corps aux courbes flatteuses. Non, elle ne pourrait pas le supporter... si sa beauté était trop dangereuse, elle la tuera. Et peu lui importait l'approbation du maître.

Une fois qu'elle eut rejoint le cercle des mangemorts (Lord Voldemort n'était pas encore là), son regard parcourut frénétiquement les silhouettes qui l'entouraient. Jusqu'à ce qu'elle avise une petite femme ronde et brune près d'un homme plus mince qu'elle. Et là, son soulagement fut tel qu'elle rit aux éclats. Tous les fidèles la considérèrent avec perplexité, tandis qu'elle continuait de rire à gorge déployée. Quand Rabastan lui demanda ce qu'elle avait à rire comme un macaque, elle déclara avoir remporté une victoire écrasante, puis rit encore plus fort. Avec Alecto Carrow, une chose était certaine : elle n'aurait absolument rien à craindre.

...

Merci à tous ceux qui lisent cette histoire et la suivent avec assiduité (oui, je pense à vous, mes chers lecteurs de l'ombre^^). A la semaine prochaine!