La scène passe sur les vikings qui se préparent au raide. Les guerriers chargent les armes sur les bateaux. Il est bientôt évident que presque tout le village se tient prêt à partir pour l'île des dragons. En effet, plus d'une vingtaine de navires sont déjà prêts au départ.

La tension dans la salle augmenta encore. Ils savaient tous, vikings et dragons, dans quoi ils se lançaient. Ils savaient, aussi, qu'isolé, aucun de leur deux peuples ne pouvaient être libéré de la guerre… du dragon mère.

Les diverses armes sont lancées, pèles mêles sur le pont, dans leur hâte de larguer les amarres.

La scène montre, ensuite, Krokmou solidement harnaché sur les quais. Le corps et tête efficacement immobilisés à l'aide d'un équipement de bois et de chaines.

Harold caressa distraitement Krokmou, autant pour rassurer sur ami que pour se rassurer lui-même. Krokmou laissa échapper un ronronnement et donna un coup de tête amical au jeune viking, lui renvoyant son réconfort.

Personne ne prit la parole, encore une fois. Il n'y avait rien à dire.

Comme les villageois qui restent se rassemblent pour dire au revoir à ceux qui partent, on soulève Krokmou sur l'un des navires.

Les images montrent, alors, Harold qui regarde toute la scène depuis le sommet de la falaise, désespéré.

Stoïck se hisse dans le même bateau de Krokmou et ordonne le départ d'un « Hissez les voiles ! Cap sur Helheim's Gate»

Sur ses mots (dont le ton montre que le chef est toujours furieux), le chef lève les yeux et repère, tout de suite, son fils. Il se détourne, toutefois, rapidement et, en passant devant Krokmou, déclare :

« Conduis-nous chez toi, démon. »

Harold serra les dents pour s'empêcher de riposter. Il devait se rappeler que ces gestes, ces mots n'avaient pas encore dis ou fais. De plus, en cet instant, son père ne pensait pas cela de Krokmou… Comme la plupart des vikings, il avait vu au-delà des apparences durant le visionnage des images divines.

Harold regarde, les poings serrés, plus de la moitié du village partir, avec son père et son meilleur ami, vers une mort certaine.

Il reste à la même place, même lorsque les navires ont disparu à l'horizon. Il est alors rejoint par Astrid qui arbore une expression inhabituellement douce.

« C'est un désastre ! T'es sûrement mal dans ta peau. T'as vraiment tout perdu. Ton père, plus ton village, plus ton meilleur ami. »

Tous les regards, y compris celui d'Harold, se tournèrent vers la future émettrice de ces paroles, estomaqués par sa dureté. Elle était censée être une amie d'Harold à ce stade de l'histoire. Or, une amie n'était pas censée enfoncer le moral déjà bas d'un camarade.

Astrid rougit… Bien qu'elle devine les plans de son futur soi. En effet, elle devinait qu'elle tentait de pousser Harold à passer à l'action.

« Merci pour ce très bon résumé. »

« Pourquoi est-ce que je n'ai pas pu tuer ce dragon qu'en je suis tombé sur lui. » Reprend Harold après un instant de silence.

Tout le monde fut surpris par ses paroles mais ne prirent pas le risque de commenter lorsqu'ils remarquèrent la culpabilité du garçon et les gémissements de la furie.

« Chut, Krokmou. Je ne le pense pas vraiment. »

« Cela aurait été bien mieux. Pour tout le monde ! »

« Ouai ! Nous l'aurions fait. Nous tous. Alors pourquoi tu ne l'as pas fait ? »

Astrid se tourne vers Harold et répète sa question lorsqu'il devient évident que celui-ci ne briserait pas le silence qui l'a suivi.

« J'en sais rien… Je ne pouvais pas. » Maugrée l'adolescent en se détournant.

« C'est pas une réponse. »

« Pourquoi est ce que c'est si important, tout d'un coup, pour toi ? »

« Parce que je veux essayer de me rappeler ce que tu vas dire, maintenant ! »

« Oh, pour l'amour du… J'avais la trouille ! J'étais un dégonflé ! Je me refusais à tuer un dragon. »

Des murmures s'élevèrent aussitôt. Le changement de verbe, non sans importance, n'avait échappé à personne.

Il n'échappa pas, non plus, à la future Astrid.

« T'as dit ''je me refusais'' cette fois. »

« Ok, peu importe ! Je me refusais. Trois cents ans et je suis le premier viking qui se refusait à tuer un dragon. » Déclare, finalement, Harold en se détournant encore.

« Le premier à en chevaucher un, toutefois. » Réplique la blonde.

Astrid sourit et opina, en accord avec son future elle… Et d'accord avec sa façon de procédé. Elle croisa le regard d'Harold qui lui donna un sourire de remerciement pour ses actions futures.

Les adolescents sentirent la jalousie les envahir. C'était vrai ! Harold serait toujours le premier… Et, sans doute, le meilleur chevaucheur de dragon.

« Alors… »

« J'ai refusé de le tuer parce qu'il avait l'air d'avoir aussi effrayé que moi. J'ai regardé cette bête et c'est moi que j'ai vu. »

Les vikings et les dragons se tendirent à ces mots. Si l'on acceptait d'essayer de changer de point de vue… De voir au-delà des apparences, c'est fou ce que les choses changeaient… Et, en trois cents ans, les premiers à le faire avaient été ce jeune viking et cette furie nocturne. En trois cents ans, seuls deux êtres s'étaient arrêtés sur les ressemblances plutôt que sur les différences. Et, cet acte changeait tout.

« J'imagine qu'il a vraiment peur à l'heure qu'il est. Qu'est-ce que tu vas faire pour ça ? » Demande Astrid, un brin provocante.

« Probablement une bêtise. » Répond Harold avec un soupire et un haussement d'épaule.

« Bon… Mais tu as déjà fait ça. »

Les rires retentirent parmi les deux espèces. Mais, cette fois, Harold n'en prit pas ombrage. Ce n'était pas des rires malveillants. C'était des rires joyeux et émus qui le faisait sentir comme faisant parti du village.

« Alors peut-être une folie ! » Se corrige Harold en courant loin d'Astrid.

« Ca s'est mieux, déjà. » Déclare Astrid avec un sourire avant de courir à sa suite.

Les visions du futur montrent, alors, les navires vikings passant le mur de brume qui symbolise l'entrée du territoire des dragons.

La tension revint dans la salle. Les vikings se firent plus sérieux et les dragons se recroquevillèrent sur eux-mêmes de peur. Même en image, le dragon mère les terrifiait.

Harold caressa son ami écailleux pour le rassurer et vit, du coin de l'œil, les autres adolescents faire de même avec les dragons qui s'étaient installés, d'eux-mêmes à leur côté.

Harold espéra que tout allait bien se passer. Il voulait perdre, ni son père, ni Krokmou… ni Gueulfor.

« Signalez vos positions. Restez à porter de voix. » Ordonne Stoïck en tentant de percer la brume.

« Ecoutes, Stoïck… Je viens d'entendre parler quelques hommes, y'a un p'tit moment… »

Les vikings coulèrent un regard vers le forgeron qui rougit un peu. Le mensonge était évident, c'est sûr. Même certains enfants l'avaient décelé.

« …Et, il y en a qui aimerait savoir ce qu'on est venu manigancer ici. Pas moi, bien sûr. Je sais que tu as toujours été un homme avec un plan… Mais il y a des hommes – pas moi ! – qui se demande si, en fait, il y a vraiment un plan. »

Harold, les autres adolescents et les enfants rirent ouvertement tandis que les adultes tâchaient de se faire plus discrets.

« La prochaine fois, n'insistes pas autant sur ta non-implication si tu veux que je te crois. » Déclara Stoïck avec un sourire à son meilleur ami.

Le forgeron eut un sourire penaud et reporta son attention sur les images des dieux.

« Et ce que ça peut bien être… »

« Trouver leur nid et le détruire. » Répond Stoïck toujours aussi furieux.

« Ahhh ! Bien sûr ! Les disperser, la vieille technique de replis viking… Oui, faisons ça. »

Stoïck qui s'est tourné vers Krokmou ordonne le silence à son ami lorsqu'il remarque l'attitude étrange de la furie. Krokmou pousse de petit cri et bouge les oreilles, interpellé par des sons encore inaudible pour les hommes.

Harold grimaça et jeta un coup d'œil à Krokmou qui se cacha le museau derrière sa queue… Puis il tourna son regard sur son père qui s'était tendu depuis que les navires étaient entrés dans la brume. Harold comprenait que c'était surtout parce que qu'il avait conscience qu'il allait mener plus de la moitié du village à sa perte.

Stoïck s'avance rapidement à l'arrière du navire pour prendre la barre.

Krokmou se redresse et se tourne vers la droite. Stoïck barre, immédiatement, dans cette direction. Il reproduit, ainsi, à quelques reprises le mouvement, suivant la direction qu'indique, sans le vouloir, Krokmou.

« Barre à bâbord. » Ordonne le chef.

Son ordre est répété, à plusieurs reprises, et immédiatement suivi.

Les images revienne sur Harold qui se tienne devant la porte de l'enclos des dragons, dans l'arène. La voix d'un adolescent l'interpelle, soudain.

« Si tu as envie de te faire dévorer, c'est encore le Gronk le meilleur choix. »

Le groupe d'adolescent est au complet, à la grande surprise d'Harold. Astrid les a clairement rassemblés après son entrevue avec Harold.

Kranedur s'avance vivement en avant, bousculant durement sa sœur au passage.

La jeune fille le fusilla du regard et fit son possible pour ne pas le frapper.

« T'as bien fait de venir demander l'aide de l'arme la plus mortelle au monde. C'est moi ! » Déclare Kranedur en parlant, évidement de lui.

Rustik frappe son ami pour prendre sa place et se poste devant Harold en déclarant :

« Il est génial ton plan ! »

Harold haussa un sourcil de surprise mais il se sentit ému de découvrir que les adolescents seraient prêts à l'aider… même après tout ce qui s'était passé… Et même si leur relation n'était pas très profonde.

L'ensemble de spectateurs attendaient, avec une certaine impatience, de découvrir quel était le plan pour provoquer un tel enthousiasme chez le groupe. £

C'est au tour de Kognedur de bousculer son prédécesseur. Elle le fait, d'ailleurs, de façon à ce que Rustik se donne, lui-même, un coup de poing en visage.

Elle accoste, ensuite, Harold de façon assez abrupte.

« T'es cinglé… J'adore ça. »

Harold écarquilla les yeux à ces mots. Il lança un rapide regard vers l'adolescente et à son rougissement sut que son interprétation était juste. C'était un début de flirt !

Harold détourna bien vite son regard lorsqu'il croisa celui du jumeau qui, apparemment, n'appréciait pas l'attention.

Astrid souffla mais ne dit rien. Elle se doutait que l'attention de Kognedur n'était pas sérieuse. Harold n'était pas le genre de garçon susceptible d'attirer son amie. C'était certainement le plan (sans doute dangereusement fou) d'Harold qui l'attirait plus que le garçon.

Astrid tire, alors, son amie en arrière par le casque pour se placer près d'Harold.

« Alors, c'est quoi ce plan ? »

Harold regarde par-dessus l'épaule d'Astrid et sourit, reconnaissant de l'aide et de la marque d'appartenance que le groupe lui donne.

De retour dans la brume, territoire des dragons, les navigateurs passent devant les restes de bateaux chavirés.

« Ben… Ce n'est pas très encourageant. » Murmure un viking.

« Oh ! Je me demandais où il était passé. » Déclare Gueulfor.

Krokmou penche la tête vers la droite et les navires reproduisent son mouvement.

Les vikings déglutirent en voyant le dragon d'Harold s'agiter à l'écran. Sur place, les reptiles volants se firent aussi plus nerveux. Ce fut évident pour tout le monde dans la salle. Les navires étaient proches de l'île. L'heure de vérité allait sonner.

« Protégez-vous ! Et préparez vos armes ! »

Alors que Stoïck dit ces mots, le navire touche terre. Ils sont arrivés sur l'île. Stoïck s'avance à l'avant du bateau, regardant le bout de la queue d'un dragon le sur la falaise.

« On y est ! » Statue Stoïck en sautant hors du vaisseau.

Les murmures caractéristiques des dragons s'interrompent sitôt qu'il eut touché le sol mais cela n'arrête pas le chef.

Les regards des dieux reviennent sur Harold et les adolescents en montrant la main tendue d'Harold à main d'un centimètre du museau d'un dragon. L'adolescent recule en douceur, poussant le dragon à le suivre. Et ça marchait ! Le grand cauchemar monstrueux le suit à l'émerveillement et à l'enthousiasme des autres adolescents. Seul Rustik semble craintif. Il cède à sa crainte et se penche pour ramasser une arme.

« Non ! » S'exclama Harold, renfrogné.

Il ne voulait pas qu'un évènement tel que celui du concours se reproduise, merci bien !

Rustik eut l'air penaud mais toujours aussi apeuré d'être en présence d'un cauchemar monstrueux sans arme.

Astrid lui donne une tape sur le bras pour le reprendre à l'ordre et, heureusement, il repose l'arme.

Harold qui marche toujours à reculons avec le dragon qui le suit, s'arrête, enfin. Sans quitter le cauchemar monstrueux des yeux, il tend son autre main en arrière et s'empare de celle de Rustik.

Harold rit presque en voyant son cousin grimacer d'inquiétude mais il était d'accord avec le choix de son futur lui. Le cauchemar monstrueux était le meilleur choix pour Rustik. Ils se correspondaient autant que Krokmou et lui se correspondaient.

« Attends… mais qu'est ce que… » Proteste l'adolescent en tirant sa main.

« Relax. Ne t'en fait pas… Tout va bien. »

La voix est calme, rassurante tandis qu'il pousse Rustik à poser la main sur le museau du dragon rouge orangée.

Tout d'abord tendu, Rustik prend de courtes respirations… Puis, il se passe la même chose qu'entre Harold et Krokmou. Un lien se forme entre Rustik et le cauchemar monstrueux. Rustik relâche sa respiration et laisse un rire heureux et émerveillé.

Harold, rassuré que les choses se passe bien, s'éloigne.

« Eh, où tu vas comme ça ? »

Harold fouille dans une caisse d'arme et en tire une corde.

« Il va falloir quelque chose sur quoi t'accrocher. »

Les adolescents écarquillèrent les yeux. Ce fut Astrid qui prit la parole avec de l'émerveillement dans la voix.

« On va voler ! On va voler sur nos propres dragons jusqu'à leur île ! »

Harold haussa une épaule et déclara que cela semblait être son plan.

Les adolescents qui l'ont suivi du regard se retournent, brusquement, vers la porte de l'enclos aux grognements distinctifs des dragons. Ils sont tous sortis d'eux-mêmes et s'avancent sans plus de crainte vers les vikings.

Astrid ne put s'en empêcher. Elle claqua des mains, enthousiaste et heureuse. Tout ce qu'elle espérait, c'était qu'elle formerait encore le lien avec le dragon vipère !

Rustik regarda avec encore de l'hésitation le puissant dragon qui serrait le sien dans le futur. Et, il était prêt à croire que ce serait la meilleure chose survenue dans sa vie.

Les jumeaux et Varek qui avaient leur préférence espéraient bien que leur espoir se réaliserait.

Les adultes, eux, étaient à la fois fiers et inquiets des exploits qu'allaient accomplir les adolescents. Gueulfor et Stoïck se montraient plus inquiets que les autres, en se demandant jusqu'où irait Harold, avec l'entêtement qu'il avait, pour sauver ses proches et le reste du village.