* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux.
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Chapitre 26
Son nez avait arrêté de saigner. Elle finit de s'essuyer précautionneusement le visage et se lava les mains. Elle dévisagea son reflet dans le miroir et ajusta ses cheveux. Elle ne comprenait pas exactement ce qui venait de se passer. Sauf quand elle avait commencé à avoir du mal à respirer, elle n'avait même pas eu le temps d'avoir complètement peur. Est-ce qu'elle avait vraiment eu des raisons d'avoir peur ?
Ses pensées étaient un peu diluées. Elle laissa ses yeux flotter sur la salle de bains de Goten dans laquelle elle se trouvait. Elle sentait vaguement l'humidité, mélangée aux parfums de Goten. Rien n'avait changé en quatre ans. Tout était exactement comme dans ses souvenirs. Un peu plus ordonné peut-être. A peine.
Elle ne put s'empêcher de ramasser du linge sale qui traînait sur le sol pour le mettre dans le coffre où il était censé atterrir. Elle remarqua, avec une irrépressible satisfaction, qu'il n'y avait aucun objet susceptible d'appartenir à Evana.
Elle quitta la salle de bains et se dirigea vers le frigo. Goten l'avait laissée seule pour évacuer la carcasse de la voiture qui faisait un peu désordre au milieu de la route. Evidemment, pas un voisin n'était apparu pour poser des questions. Le quartier était même plus désert encore que d'habitude et c'était tant mieux.
Le frigo était à peu près rempli, pour l'essentiel de choses douteuses et peu ragoutantes, mais apparemment consommables, en tout cas si on était au bord de l'inanition. Ça, c'était plutôt nouveau. Elle saisit une canette de jus de fruits et l'ouvrit.
Elle fit distraitement le tour de la pièce unique sur laquelle la cuisine était ouverte, en commençant à boire. Le canapé-lit était replié, pour une fois, et Bra conclut tristement qu'il n'avait pas dormi ici, comme elle s'y attendait. Il régnait, ce qu'on aurait pu appeler un désordre ordonné. Chaque chose semblait avoir une place mais son choix restait totalement inexplicable pour le commun des mortels.
Elle avait conscience d'explorer l'intimité de Goten sans qu'il ne l'y ait invitée mais elle ne pouvait s'en empêcher. Cet endroit la rassurait. Ici, elle avait peut-être passé les jours les plus heureux de sa vie, à bien y réfléchir.
Son regard baladeur tomba sur le magazine, l'abominable tabloïd, corné, jeté dans un coin sur une pile d'autres journaux en tout genre. Elle fronça légèrement les sourcils. Elle avait oublié.
Goten avait donc vu ce torchon et il en avait même un exemplaire.
Elle sursauta en entendant la porte s'ouvrir. Elle revint précipitamment vers le bar avec l'air le plus naturel possible. Goten la regarda d'un air inquiet.
- Tu vas mieux ?
- Ça va, confirma Bra.
Ils restèrent un instant silencieux, à se scruter. Pour la première fois depuis plus de trois ans, ils étaient seuls. Pour la première fois, aussi, ils arrivaient à se parler sans tension, sans reproche. Bra lut dans ses yeux la peur qu'il avait dû ressentir, quand il avait trouvé le type en train d'essayer de la mettre dans la voiture. Elle la trouvait très exagérée mais elle lui réchauffait le cœur.
- Tu sais qui était ce type ? interrogea Goten en se servant une canette à son tour.
- J'en ai aucune idée.
- Aucune idée ? insista Goten.
Elle écarquilla les yeux et haussa les épaules avec une moue pour marquer son ignorance. Qui aurait pu vouloir l'enlever ? Un kidnappeur appâté par une rançon ?
- Ce serait pas Néro Shark ? suggéra Goten avec suspicion.
Elle crut qu'elle allait recracher son jus de fruits.
- Qui t'as parlé de Néro Shark ? Tu m'espionnes ? s'écria-t-elle avec indignation.
- Ta copine sur la photo est venue me voir. C'est elle qui m'en a parlé. Elle a l'air convaincue que toi et lui, c'est pas une bonne idée.
- Laurelei ? Elle est venue te voir ? s'étonna Bra, comment pouvait-elle te connaître ?
- Je croyais que c'était toi qui lui avais parlé de moi…
Bra ne répondit pas. Elle essayait de combler les satanés trous de mémoires de sa soirée avec elle. Est-ce que dans son ivresse, elle s'était laissé aller à des confidences ? C'était pas son genre en temps normal. Elle pouvait faire des choses étranges sous l'effet de l'alcool mais elle n'était pas si bavarde.
- Alors ? C'est Néro Shark qui t'a envoyé ce type ? répéta Goten, la sortant de sa méditation.
- Certainement pas ! Il n'est pas comme ça. Il est bizarre mais c'est pas son style, tu le prends pour un bandit ou quoi?
Goten hocha la tête, un peu désappointé qu'elle prenne la défense de Shark d'une manière si déterminée. Il avait envie de lui demander comment un type comme avait pu la séduire.
Evidemment, il ne formula pas sa pensée, mais, écarter l'hypothèse Néro Shark, le ramena à l'idée du Pixie Club et sa collection d'ADN. Pourtant, il y aurait eu plus simple pour obtenir l'ADN de Bra. Et pourquoi venir la chercher devant chez lui ?
Goten se demanda subitement ce qu'elle faisait là. Il n'eut pas le temps de poser la question, son portable sonna agressivement. Le nom de Trunks s'afficha.
- On va au moins en parler à ton frère, conclut-il.
Bra eut un geste d'agacement. Son frère et elle ne s'étaient pas reparlé depuis leur dispute au téléphone, où elle n'avait pas pu tout à fait exprimer sa propre colère. Et elle n'avait aucune envie de remettre le nez dans ces sordides affaires de la Capsule. Pour finir, le ton paternaliste et protecteur de Goten et Trunks, dissertant sur la meilleure façon de la mettre à l'abri de tout danger, l'insupportait d'avance.
Mieux que ça, Goten était sorti sur le perron, pour parler à son frère sans qu'elle entende la conversation. Elle eut l'impression d'avoir encore cinq ans. Elle détestait quand ils faisaient ça.
- Il arrive, annonça Goten en revenant dans la maison.
- Et qu'est-ce qu'il compte faire ? railla-t-elle, il va faire parler le macabé du chauffeur ?
- J'ai la plaque de la voiture, expliqua calmement Goten. Je ne comprends pas que tu n'aies pas pu, juste… l'expédier d'un coup de poing. Il était fort, mais toi…
- Je ne sais pas. Je ne me suis pas sentie bien tout à coup. La chaleur, peut-être.
Il la dévisagea avec scepticisme. Elle le regardait en retour et se souvenait de la raison pour laquelle elle était venue le voir. Elle avait voulu lui demander de lui pardonner, essayer de comprendre s'il y avait la moindre chance d'effacer tout ça. Maintenant, ce n'était plus possible. L'idée que son frère allait arriver d'un instant à l'autre, cette agression bizarre qui avait totalement affolé Goten, ne laissait plus le temps à cette petite discussion.
- Pourquoi tu es venue ici, Bra ? demanda Goten subitement, comme si il lisait en elle.
Elle rougit légèrement, prise au dépourvu, un peu paniquée qu'il pointe si précisément l'objet de sa réflexion.
- Je…
En un instant, l'air lui manqua. Au propre comme au figuré. Sa vision se voila à nouveau et elle perdit conscience instantanément. Sans que Goten ne puisse la retenir, elle s'effondra sur le sol.
Goten attendait patiemment, adossé au mur du couloir, les mains dans les poches, fixant le sol et ses chaussures avec minutie. Il entendait, de l'autre côté de la cloison le ronronnement de la machine dans laquelle on était en train de passer le corps de Bra.
Elle n'était pas restée inconsciente très longtemps et s'était réveillée quand Trunks arrivait. En revanche, son nez s'était remis à saigner et elle avait eu du mal à rétablir son équilibre. Ses pensées avaient l'air embrouillées aussi et elle n'arrivait pas à se concentrer pour répondre aux questions pressantes des garçons.
Son frère avait aussitôt résolu de l'amener à l'hôpital où exerçait le médecin de sa mère. L'un des services étaient intégralement financé par la Capsule et c'était l'unique endroit où Bulma envoyait les membres de sa famille, les quelques rares fois où ça avait été nécessaire. Le médecin qui supervisait tout ça était un vieil ami de Bulma. Trunks n'avait jamais su s'il connaissait leurs « particularités » ou s'il prenait juste les exigences de sa mère pour un caprice de millionnaire.
Mais dès qu'ils étaient arrivés avec Bra, il était apparu, comme par magie, et avait tout pris en main en un clin d'œil. Elle était passée par plusieurs médecins et infirmières qui avaient pratiqué une batterie de prélèvements et examens. Goten l'avait accompagnée de services en services. Elle paraissait dans un état second et le suivait docilement, sans un mot, ni une question.
Trunks avait disparu, assuré que son ami restait avec sa sœur. Il réapparut subitement devant Goten et interrompit sa méditation patiente.
- J'ai récupéré les informations sur la voiture, annonça-t-il.
Goten leva la tête avec intérêt. Trunks tenait une note griffonnée qu'il lui lut.
- La voiture est au nom d'une société qui s'appelle Spiderbox et, devine, elle est domiciliée dans un état tout à fait merdique du Centre…
Il regarda Goten.
- Et si ça te dit rien, c'est la même boite qui a loué le manoir de la fête de l'autre soir et qui a engagé le traiteur, ajouta-t-il.
- Pixie Club, hein ? marmonna Goten.
- Faut qu'on voie Skrin, soupira Trunks, t'as vérifié tes mails ?
- Pas encore…
- Fais-le. Je vais rester avec Bra. Je… J'ai pas prévenu ma mère pour l'instant…
- Elle va te tuer, énonça froidement Goten.
Trunks fronça les sourcils avec ennui. Goten comprenait bien que Trunks n'avait aucune envie d'expliquer à Bulma à quel point il avait déconné dans cette affaire. Mais il lui en voulait encore un peu de l'avoir lui-même tenu dans l'ignorance. Il se contenta de l'abandonner à son dilemme pour se mettre en quête d'un accès à sa boîte mail.
- Tiens-moi au courant, lâcha-t-il seulement en s'éloignant.
Il voulut consulter son portable mais la batterie était déchargée depuis cette nuit. Il décida de se rendre dans un cyber-café qu'il connaissait à quelques pâtés de maison et où il savait qu'il trouverait un chargeur pour son téléphone. Il avait faim aussi.
Il s'installa derrière l'ordinateur avec une assiette de frites géantes. Comme Trunks le lui avait demandé, il avait répondu au premier mail de Skrin en lui promettant ce qu'il voulait. Il se demandait comment ils allaient négocier le fait d'arriver les mains vides. Même si ils arrivaient à lui mettre la main dessus, le geek ne dirait rien si on ne cédait pas à son caprice monomaniaque.
Et si Trunks s'avisait de lui faire peur, ou de toucher un seul de ses cheveux, il ferait juste une de ses crises de taré qui le mettait dans des états désespérants. D'ailleurs Goten n'avait pas envie que Trunks lui fasse du mal, d'aucune façon. L'incendie avait déjà dû être une rude épreuve pour lui.
Goten découvrit une réponse dans sa boite et il ouvrit le mail avec excitation en grignotant ses frites frénétiquement.
Viens donc te balader dans mon quartier en fin d'après-midi. Je veux pas voir ton pote.
Goten soupira. Il n'était pas très étonné que Skrin ne veuille pas voir Trunks. Il détestait rencontrer des gens qu'il ne connaissait pas. Rien de bien étonnant pour un agoraphobe. Goten, lui-même, avait mis des mois à l'apprivoiser, et, finalement, il n'y était parvenu tout à fait que quand Skrin avait découvert qu'il connaissait Marron.
Goten scruta sa montre. Il était déjà presque trois heures de l'après-midi. Il récupéra son téléphone, branché derrière le comptoir de l'établissement, pour appeler Trunks.
- J'ai un mail, annonça Goten dès que son ami décrocha.
- Un rendez-vous ?
- Ouais, mais sans toi.
Il y eut un blanc à l'autre bout de la ligne.
- Quand ? reprit Trunks.
- En fin d'après-midi, y a pas d'heure précise. T'inquète pas, je vais me débrouiller comme un grand, mais…Comment je fais, sans… monnaie d'échange ?
- T'auras une monnaie d'échange, déclara Trunks.
Goten déglutit en fronçant les sourcils.
- Tu iras avec Marron directement, précisa Trunks.
- Quoi ? Même pas en rêve, je sais même pas où on va exactement !
- Marron sait se débrouiller en cas de pépin, tu sais. Et puis t'es avec elle. Je peux te faire confiance, non ?
Goten s'agitait, embarrassé par l'idée de Trunks.
- Qu'est-ce qu'elle sait ? siffla Goten pour finir.
- Tout. Presque tout.
Goten passa nerveusement sa main dans les cheveux en essayant de deviner le sens exact de ce que lui disait Trunks.
- Je ne lui ai rien dit sur ton trafic de photos, je te laisse le soin de lui expliquer, hein? ajouta finalement Trunks avec sadisme.
Goten se laissa tomber sur une chaise d'un air accablé.
- T'as encore un peu de temps, reprit Trunks qui se délectait à imaginer la tête de Goten à l'autre bout du fil, va la chercher et allez-y.
- D'accord, d'accord… De toute façon, on a pas trop le choix…
- C'est ce que tu as dit la dernière fois.
- Et Bra ?
- Ça va… Elle reprend un peu ses esprits mais ils veulent encore faire des examens. Je vais la ramener chez moi ce soir. On se retrouve là-bas.
Goten raccrocha avec dépit. Il s'aperçut qu'il avait une série de messages en attente. Il pianota sur le clavier. Evana avait mis un texto. « Faut qu'on se voie ».
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