Couple HP/DM
Rating : M
Note : Yaoï, homophobes s'abstenir.
Lexique : L'horizon oriental : L'horizon oriental est aussi le lieu de combat de Rê contre l'ennemi de toujours, Apophis, qui, sous la forme de nuages ou de brumes insidieuses, s'oppose à la marche du souverain céleste.
Osiris : dieu funéraire et juge des âmes.
Soif de sang : Le mythe dit comment Sekhmet est devenue sanguinaire et a abattu des milliers et des milliers d'humains. Il semblait que sa soif de sang ne pouvait pas être étanchée.
Sistre : est un petit bâton égyptien fabriqué à l'aide de papyrus au bout duquel est accroché une boule de feu.
Seth :est une divinité guerrière de la mythologie égyptienne. Par Seth grondent les orages il s'oppose toujours à l'harmonie des choses et des arrangements, il est la force brutale, capable de détruire toute forme de vie.
Akh : est l'un des éléments qui entre dans la composition de l'être. Il s'agit d'un principe spirituel immortel, la clarté qui vit au ciel après la mort.
Bâ : Le mot est généralement traduit en français par âme.
Maât : est une entité symbolisant la norme universelle : l'équilibre établi par le Créateur, la justice qui permet d'agir selon le droit, l'ordre qui fait conformer les actes de chacun aux lois, la vérité, la droiture et la confiance.
Chapitre 26 : L'horizon oriental
La vie était sur le point de déserter les corps de Drago et Harry, l'ombre d'Osiris planait au dessus d'eux.
Mais soudain, un intense éclair lumineux aveugla la cité toute entière et ses environs. Instantanément les ombres semblèrent se dissiper. Osiris se retira, son heure n'était finalement pas encore venue. Les maléfices d'Apophis disparurent également, laissant les deux garçons à bout de forces mais bel et bien vivants.
Devant eux se tenaient l'imposante, la majestueuse, la redoutable déesse Sekhmet. Une lionne aussi grande qu'un petit cheval, au pelage doré comme le sable en plein soleil, toisait le dieu serpent de son regard le plus torve. Et si sa taille ne renseignait pas suffisamment sur son origine divine, ses yeux rouges étaient la preuve irréfutable de la célèbre soif de sang qui animait si souvent la Déesse lionne.
A ses côtés, non moins importante, se trouvait la déesse Bastet. Comme Apophis elle n'avait pas revêtue sa forme animale. Ainsi une magnifique femme à la peau brune, aux longs cheveux noirs ébène, vêtue d'un simple voile sombre, défiait tout aussi férocement de ses pupilles dorés de chat, son ennemi. Ses autres arguments se tenaient en une queue tout aussi noire se balançant lentement derrière elle et surtout dix magnifiques griffes à ses mains, acérées et luisantes comme l'onyx.
Sekhmet tourna légèrement sa tête vers sa compagne et poussa un bref grognement. Celle-ci acquiesça et s'accroupit auprès des garçons auxquels elle entreprit de redonner des forces.
« -Alors comme ça, après m'avoir envoyé ses martyrs, Râ m'envoie ses larbins ? Il a peur de venir m'affronter face à face ? cingla Apophis qui ne semblait pourtant pas se réjouir de leur arrivée.
Pour tout commentaire, la Déesse lionne gronda sourdement. Bastet releva la tête et lança :
-Le grand Dieu du disque solaire n'a pas à s'abaisser à venir punir un être inférieur !
Le corps de Lucius se crispa un instant.
-Un être inférieur, ricana t'il doucement, c'est donc ce que nous verrons… »
Au bas des murs de la cité, les combats s'étaient ralentis pour finalement s'arrêter à l'arrivée des deux Déesses. Si les Dieux commençaient à se mêler des histoires des hommes, devaient ils continuer à se battre ? Car leur présence n'avait plus guère de signification. Ils pouvaient bien se battre jusqu'au dernier, si les dieux déclenchaient leur colère sur l'un des camps, il n'en resterait plus grand-chose. Pourtant ils avaient des ordres et défier les Dieux…
Les deux armées étaient donc dans l'indécision. Le temps semblait suspendu, les ennemis se regardaient en chien de faïence tout en reprenant leur souffle. Mais les regards se tournaient régulièrement vers le haut des murailles, attendant de voir ce qui allait se produire.
Profitant de ce cours laps de temps de répit, Adjib s'empressa de faire passer entre ses rangs les porteurs d'eau et par la même occasion, il leur fit distribuer de la viande séchée pour redonner des forces à ses troupes. C'était le moment où jamais, il se doutait bien que ce 'cessez le feu' ne durerait pas éternellement. Il comptait bien repartir au combat au moment où les fidèles du dieu serpent s'y attendaient le moins, peu importait ce que faisait les Dieux sur les remparts. C'était à eux de gagner leur liberté.
Au même moment, il y eut comme un changement d'atmosphère en haut de la cité. Si jusqu'à présent les dieux se contentaient de regards en chien de faïence, le moment n'était dorénavant plus aux vains mots.
Sekhmet s'élança sur Lucius, elle fut sur lui en quelques bonds et voulu le prendre à la gorge. Cependant celui-ci, non sans ressources, riposta par un souffle méphitique qui projeta la lionne plusieurs mètres plus loin. Bastet en profita pour l'attaquer aussi, mais alors que l'homme allait reproduire son assaut, la déesse dévia sa trajectoire.
Au lieu de charger de front, elle sauta des créneaux, se raccrochant à eux d'une main elle bondit de nouveau par-dessus pour atterrir aux côtés d'Apophis. Tout cela si vite que ce dernier n'eut pas le temps de se protéger contre les griffes qui lui lacérèrent le flanc. Elle retourna ensuite prestement à son point de départ.
Le premier point était donc pour les gardiennes de Râ car Sekhmet se remis aussitôt sur pieds et sans attendre la lutte continua de plus bel. La lionne rétracta son ventre et expulsa un énorme brasier dont les flammes semblaient rouler sur elles même comme une marée furieuse le tout formant un écran brûlant entre les deux parties.
Pendant que Lucius repoussait l'attaque, les deux déesses, une de chaque côté, se ruèrent sur lui. Après avoir faire mûrir le fruit, il fallait le cueillir. Bastet et Sekhmet étaient toutes griffes dehors pour attraper leur proie mais celle-ci leur fit soudain défaut, derrière les volutes de fumée il n'y avait plus personne. Elles essayèrent de stopper leur élan mais furent tout de même emportées sur quelques mètres.
La lionne eut passée par-dessus bord si une extension soudaine du mur ne l'avait pas retenue. Elle remonta rapidement sur le rempart, avisant du coin de l'œil Drago qui faisait évanouir sa plateforme de sable. Les deux garçons avaient survécu au pire mais restaient encore faibles. Ils étaient prostrés dans un coin, récupérant lentement leurs forces. Le blond avait utilisé le peu qu'il avait regagné et semblait plus pâle que jamais. Si pâle et si frêle qu'il ne pouvait se défendre contre l'homme qui se tenait derrière lui.
Avec un sourire cruel destiné aux déesses gardiennes, il lui prit la tête entre ses mains pour lui briser la nuque. Bastet avec une vitesse fulgurante, lui lança son sistre droit au cœur. Cette fois Lucius ne put l'éviter et l'arme toucha pleinement sa cible et sa force d'inertie le projeta au bord des créneaux, le faisant passer par-dessus et s'écraser tout en bas.
Drago, infiniment soulagé, se souleva jusqu'à la bordure et pu admirer le corps désarticulé de son père, une auréole rouge se déployant autour de son crâne, quant à ses membres ils formaient à présent des angles bizarres.
Malgré le constat terrible de la mort de son géniteur, il ne pouvait s'empêcher de ressentir du soulagement. Ils étaient passés si près de la mort, avaient ils été arrogant de croire qu'ils pourraient se confronter à un Dieu ? Abandonnant la vision du corps sans vie, il se tourna vers Harry, ce dernier lui tendit une main qu'il serra avec ferveur.
« -Nous avons survécu, chuchota le brun avec un ahurissement béat.
-Incroyable, répondit il sur le même ton.
-Et nous avons gagné !
-Incroyable.
-Tu te répètes.
-Et je me répèterai toute ma vie : nous avons affronté Apophis, non sans panache Râ nous a jugé suffisamment digne de la protection de ses filles Bubastis et la pharaon sont sauvés. Je pourrai presque mourir en paix mais j'ai trop envie de tester cette nouvelle vie à tes côtés. »
Le fils de Sekhmet lui sourit amoureusement, ils avaient traversé tant d'épreuves que cette liberté inattendue semblait à la fois déstabilisante et tellement attrayante. Les déesses laissèrent un peu d'intimité aux jeunes amoureux et descendirent vers la dépouille de leur ennemi.
Les combats n'avaient pas eu le temps de reprendre que l'on pouvait déjà sonner le glas de la défaite pour les serviteurs du dieu serpent. Pour Adjib, ce retournement de situation était une aubaine, il avait été prêt à relancer un assaut coûte que coûte mais s'il pouvait épargner la vie de ses hommes s'était d'autant mieux. Il prit la tête de ses troupes afin de désarmer les premières lignes adverses qui se laissèrent faire relativement facilement face au cadavre de leur maître.
A l'arrière, les soldats étaient plus confus et ne comprenaient pas pourquoi leurs frères ne passaient pas à l'attaque. Des dissensions commencèrent à se faire entendre dans les rangs et ce n'est que lorsque Adjib força les premières lignes à s'agenouiller qu'il y eu une première vague de prise de conscience.
L'armée d'Apophis sembla se figer tout d'un coup, le général apprécia cette capitulation et entreprit de regrouper tout ce petit monde par groupes afin de mieux surveiller les prisonniers. Seulement, il se rendit rapidement compte que personne ne l'écoutait, tous étaient tournés vers la dépouille du dieu serpent.
Bastet et Sekhmet étaient tout près lorsque le buste de Lucius se redressa brusquement comme tirés par des ficelles. La lionne s'accroupit en crachant, cette mascarade n'était décidément pas terminée. Le corps de l'homme fut prit de convulsions, sa peau semblait se mouvoir toute seule et l'on pouvait entendre des craquements et des crissements à donne des hauts le cœur.
Tout cessa brusquement.
L'enveloppe charnelle du défunt explosa littéralement, envoyant des gerbes et chairs et de sang aux alentours. Les soldats tentèrent de reculer mais certains furent touchés tout de même. Au milieu des restes, se tenait un petit serpent, un cobra royal d'environ un mètre d'envergure. Il ne resta cependant pas petit bien longtemps. Il doubla sa taille en une seconde et ainsi de suite.
Alors qu'elle réalisait qu'elle ne pouvait se permettre d'attendre, Bastet se lança sur lui. Hélas le monstre était déjà énorme et sans qu'elle s'y attende, d'un revers de la queue, il la jeta à terre sans ménagement. Ce laps de temps suffit pour qu'il atteigne sa taille finale : rien que le haut de son corps et sa tête qui se dressaient à la verticales étaient grands comme cinq hommes. Le reste en faisait largement le double.
Collerette ouverte, il tourna sa tête d'un noir brillant vers les deux déesses. Sa langue fourchue testa l'air, les frôlant comme pour les narguer. Sekhmet gronda, elle qui paraissait si imposante n'était qu'un gros chat devant cette incarnation. Soudain, dans tous les esprits résonnèrent ces paroles :
« - Je suis Apophis, votre Dieu ! Agenouillez vous tous et priez pour ma clémence ! »
Ces mots n'étaient pas seulement un avertissement, ils contenaient de la magie. D'un même mouvement, l'armée du dieu serpent obéit et la plupart des soldats de Râ firent de même. Quelques uns combattirent plus longtemps mais en vinrent à plier sous la pression. Seuls ceux possédant un tant soit peu de pouvoir résistèrent.
Cependant toutes les armées étaient à présent figées. Le cobra sa tourna vers les deux déesses, la bouche légèrement entrouverte comme s'il souriait :
« -Me voilà enfin devant vous mes chères, voyons lequel de nous mérite le panthéon.
-Tu as toujours été trop arrogant, répliqua Bastet, nous sommes deux contre toi. Nous t'avons déjà battu, qu'est ce qui nous empêche de recommencer ?
-Je suis sous ma vraie forme et je ne suis pas si seul que cela : Seth me soutient et je me nourris de son akh ! »
La mauvaise nouvelle fut accueillie sans broncher. A l'ordinaire puissant, Apophis pouvait presque être invincible avec ce surplus d'énergie, il allait cependant falloir compter avec. Ce que le dieu serpent n'avait pas jugé bon de mentionner c'était que la fin du jeu arrivait : il jouait quitte ou double.
S'il battait Râ et ses filles, il s'élèverait en temps que Dieu majeur et en manœuvrant bien : Dieu unique. Mais s'il échouait, non seulement il perdrait sa place mais toutes les autres divinités se ligueraient contre lui et le dépouilleraient de tout. La défaite n'était pas une option. Aussi s'engagea-t-il dans le combat à pleine puissance.
Ses écailles émirent une sorte de reflet comme si l'air autour de lui annihilait toute lumière. Il lança alors sa queue pour faucher les deux félins. Bastet parvint à l'esquiver mais il toucha la patte postérieure de Sekhmet. Elle rugit férocement en trébuchant au sol. Le sort qu'avait mis en place Apophis lui avait paralysé le membre.
Il recommença son manège plusieurs fois avec moins de succès néanmoins : la déesse chatte l'évitait habilement alors que la lionne s'était reculée suffisamment pour être hors de portée. Mais était-elle vraiment à l'abri ? Rien n'était moins sûr. Tout en continuant son va et viens, il lança un jet de venin dans sa direction.
Malheureusement sa patte arrière l'handicapait et elle s'en reçue quelques gouttes sur les épaules est le haut de la tête. Ce venin brûlait comme de l'acide et il pénétra lentement dans sa chair. Sekhmet pourra un rugissement déchirant sous la douleur. Elle tenta de se rouler dans la poussière de la cours pour un faire partir les traces mais c'était peine perdue.
Pendant ce temps, Bastet, qui ne pouvait attaquer au corps à corps, s'était concentrée pour lancer son attaque. Lorsqu'il pivota vers elle de nouveau, elle miaula, fort, comme si des milliers de chats miaulaient avec elle et parmi cette cacophonie des ultrasons déstabilisèrent le serpent. Elle en profita pour viser les yeux avec son sistre. Nouvelle tentative qui échoua elle aussi. Il répliqua par un souffle méphitique que la déesse évita mais elle ne vit pas venir la queue du cobra derrière elle et qui la frappa à la tête. Bastet s'effondra.
La souffrance conjuguée à l'évanouissement de sa sœur enflamma Sekhmet qui entra dans sa célèbre et dévastatrice soif de sang. A ceci près qu'elle n'était plus vraiment seule : répondant à la peine de sa protectrice, Harry entra en résonance avec elle et fut contaminé par la soif de sang. Le garçon, débout sur les remparts, fixait le dieu serpent de ses yeux complètement rouges, identiques à ceux de la lionne.
« -Un chat estropié et un enfant déjà vaincu, vous croyez me faire peur ? se moqua Apophis, c'est pathétique ! »
Comme ils puisaient leur force l'un de l'autre, la déesse put se remettre sur ses pattes, le petit brun ayant prit sur lui d'endurer sa douleur.
Et la colère des Dieux se déchaîna.
Une tornade de feu jaillit au milieu de la cours et le cobra aurait été immédiatement incinéré s'il n'avait pas érigé autour de lui un mur d'ombre tournoyant. Détournée mais pas battue, la tornade sembla se dérouler sur elle-même pour entourer le dieu, ne lui laissant aucune chance de repli. Sa protection tenait bon mais pour combien de temps au cœur d'un tel brasier ?
Ce que les enfants de Râ ne pouvaient voir étaient certaines des ombres se détachant de leur socle, tentant de traverser les flammes, sans succès. Elles remontèrent donc le long de la colonne afin de passer par-dessus. Puis elles foncèrent vers leurs cibles. Ce fut comme si un vent froid les caressait de l'intérieur, ces fantômes absorbèrent toute notion de chaleur et Harry se rendit vite compte que sa volonté faiblissait. Au fond de lui il était persuadé que si ces formes noires restaient trop longtemps autour de lui, il en perdrait son bâ.
Alors dans un dernier élan, il étendit les bras et une lumière blanche tellement intense qu'elle en aveugla la ville, émana de lui. Il dirigea la lumière vers Sekhmet et ce fut comme si elle avait été dédoublée. Un reflet de la lionne, brillant, encore plus imposant et aux yeux incandescents se tenait à côté d'elle. Les deux félins se regardèrent et la déesse sut.
Son homologue s'élança alors sur leur ennemi, traversant lumière et ombre sans aucune distinction. La copie sauta sur le serpent, le prenant à la gorge et à l'aide de ses dents et ses griffes, qui n'avaient rien d'irréel, perça la chair. Apophis siffla de souffrance, cette force était implacable et d'une puissance incommensurable. Il sut, alors que sang et vie s'écoulaient de lui, qu'il n'avait jamais fait le poids. Et c'est finalement en silence que le serpent succomba.
Le bâ noir d'Apophis quitta son corps et le survola quelques instants. Une porte finement ouvragée avec des lambris d'or et surmontée de deux têtes de chien apparut à ses côtés : la voie d'Anubis vers le monde souterrain. Le bâ fut aspiré à l'intérieur où il serait jugé par Maat et tous les Dieux qu'il avait offensés. Dans une autre lumière aveuglante, Bastet et Sekhmet disparurent également, ainsi que tous les enchantements qu'avaient subis les mortels.
Harry s'écroula, inconscient, heureusement toujours vivant après vérification d'un Drago soulagé. Ne restait à présent qu'une cité à moitié en ruine, deux armées sans but et sans chef dont les dernières lignes se décimaient déjà et des vainqueurs encore déboussolés par cette improbable victoire.
