-Expelliarmus !
Je m'abaisse à temps afin d'éviter le sort de Parvati, qui était à la base destiné à Lavande, et non à moi.
-Désolée, Charlie… J'ai du mal avec celui-là…
-C'est rien. Il n'y a pas eu de mal…
Quelqu'un m'attrape le bras, et en me retournant, je découvre Ginny, un sourire légèrement forcé sur son visage.
-Oh, Ginny… ? Tu… Tu veux quelque chose ?
-… Je peux te parler, s'il te plaît ?
-Bien sûr… Neville, je reviens dans deux minutes, entraîne-toi seul pendant ce temps-là…
Je le laisse et suis mon amie, sans pour autant le quitter du regard, espérant qu'il parviendra à s'en sortir aussi bien que certains.
Ginny et moi nous dirigeons vers le sapin qui se situe dans l'un des coins de la pièce (un sapin qui est apparu tout seul, probablement l'un des tours de la Salle-Sur-Demande…), et nous nous calons contre le mur. Elle reste silencieuse durant quelques instants, les bras croisés contre sa poitrine.
-… J'avais une question…
-Je t'écoute.
-Est-ce que… Mh… Est-ce qu'Harry a parlé de moi, durant les vacances de Noël ?
-Comment ça ?
Elle jette un regard discret en direction d'Harry, puis elle le repose sur moi.
-A vrai dire, je m'en veux un peu pour la réaction que j'ai eue dans le train.
-C'était normal.
-Peut-être mais… Je comprends qu'il veuille protéger tout le monde. Mais n'est-ce pas lui qui nous apprend à nous défendre, en ce moment-même ?
-Ecoute, je vais t'avouer un truc. La plupart des personnes présentes dans cette pièce ont vécu des événements troublants par le passé. Voir même monstrueux. Regarde les jumelles par exemple… Leur tante travaillait au Ministère, et elle a été gravement blessée en tentant de protéger les dossiers de certaines personnes menacées des Mangemorts. Alors je pense que ce qu'Harry veut, c'est que tu n'aies pas à connaitre des choses pareilles. Je sais que tu te défends de manière admirable. Je t'ai vue réduire en cendres le mannequin de fer qui nous servait de cible, avant Noël, quand tu as lancé le sortilège Reducto…
-C'est… Juste à cause de ça ?
-… Et aussi, même s'il ne l'avoue pas de vive voix, parce qu'il a peur de te perdre. Il ne veut pas qu'un autre de ses amis soit tué. Et ça se comprend...
Ginny remarque alors mon air mélancolique.
-… Charlie ?
-Mh ?
-Il y a… quelque chose qui ne va pas ?
-… Je n'en ai jamais vraiment parlé… Seul Sam est au courant, parce qu'il était avec moi, ce jour-là…
-Que s'est-il passé ? Oh, c'est peut-être indiscret, je…
-Non, c'est bon, ne t'inquiète pas… Il vaut mieux que je me confie à quelqu'un ici… »
Nous nous asseyons sur deux chaises à notre portée et je lui raconte ce qui ne va pas.
-Cela a commencé il y a environ deux ans. Je quittais peu à peu la chasse, et je suivais pas mal de cours. Mais de temps à autre, il m'arrivait de venir en aide à mon père et à Sam, s'ils avaient besoin d'une paire de mains supplémentaires.
Un jour, au beau milieu d'une chasse, on est tombé sur une fille qui devait avoir à peu près mon âge. Elle connaissait pratiquement tout ce qu'il y avait à savoir sur les créatures surnaturelles. Elle vivait seule, puisqu'elle avait perdu ses parents. Elle vagabondait dans tout le pays en bus, et elle dormait dans des auberges de jeunesse, quand il y en avait.
Elle s'appelait Jess.
On a traqué quelques vampires ensemble, et lorsqu'on a eu terminé le travail, mon père a insisté pour qu'elle se rende dans une famille d'accueil, et qu'elle agisse comme la plupart des autres jeunes.
On l'a recroisée quelques mois plus tard, mon frère et moi. Elle avait essayé de s'intégrer. Mais ça n'avait pas marché. Alors on n'a rien dit à notre père, et on l'a aidée à finir ce qu'elle avait entrepris éliminer les démons qui avaient assassinés ses parents.
Au fil des semaines, on avait fini par se lier d'amitié, toutes les deux. Et même lorsqu'on était séparées, Jess m'envoyait un texto de temps en temps, pour donner des nouvelles, ou pour indiquer un nouveau lieu de chasse…
-… Texto ?
-Ah oui… Chez les Moldus, on utilise un téléphone. Et on s'envoie des textos, des messages. C'est comme les hiboux, mais plus rapide.
-Mon père m'avait rapporté un téléphone pour mes huit ans… Je n'ai jamais trop compris son fonctionnement. Mais passons… Que s'est-il passé, ensuite ?
-… Jess m'a envoyé un message. Elle avait enfin retrouvé le Démon. On l'a rejoint le plus rapidement possible, mais… Quand on est arrivés sur place, il était déjà là. Il la tenait en enroulant son bras autour de son cou. Elle n'a rien dit. Elle ne bougeait pas. Elle se montrait courageuse, même dans un moment pareil.
J'ai essayé de marchander avec lui. Je voulais qu'il la laisse partir. Alors il nous a fait jurer de ne plus le poursuivre. Et j'ai accepté. Il l'a relâchée. Mais au moment où elle s'apprêtait à nous rejoindre, il…
Je marque une pause.
-… Je… J'avais pas vu qu'il avait ce maudit couteau, et le temps qu'on réagisse… Il était trop tard. Ensuite, il s'est volatilisé et on a plus entendu parler de lui avant deux mois. Au moment où je l'ai coincé, je lui ai fait regretter ses actes.
-Et… Pour Jess…
-Sa blessure était trop grave. Le temps que les secours n'arrivent… Elle était en trop mauvais état. Mais je suis restée avec elle jusqu'au bout.
Lorsque l'un des médecins nous a demandé si elle avait de la famille, j'ai répondu oui. Je nous ai fait passer, Sam et moi, pour ses cousin et cousine. Il l'a cru. Il n'a pas insisté, et pas posé la moindre question. Ensuite on a… On a récupéré son corps, et on l'a enterrée. Elle n'avait plus personne. Je pense que tous les deux, on devait être ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour elle depuis longtemps…
Ginny prend ma main dans les siennes.
-Ce n'était pas de ta faute, Charlie.
-Elle était plus jeune, on aurait dû la protéger, au moins le temps qu'on ait coincé ce démon. Alors quand je dis que je comprends ce qu'Harry ressent lorsqu'il affirme qu'il ne veut mettre personne en danger, au risque de ne pas être capable de protéger ses amis… Je le comprends parfaitement.
-Alors… Ce n'est... pas vraiment moi qui… qui pose problème ?
-Non, pas du tout. Harry se sent obligé de toujours protéger tout le monde, que ce soit toi, Hermione, Ron, moi, et tous les autres. Je ne sais pas trop si tout ce que je t'ai dit t'a aidée, mais…
-Plus que tu ne le crois, Charlie.
Elle me serre dans ses bras puis elle quitte sa chaise.
-Merci pour tous tes conseils. Même si je pense que je vais attendre un peu avant d'aller lui parler, je crois que tu m'as mise sur la bonne voie… Je ferai peut-être mieux de retourner m'entraîner, à présent, et…
Elle s'interrompt en remarquant que Luna, avec qui elle était censée pratiquer ses sortilèges, s'est mise en duo avec Neville, et qu'une bonne entente semble s'instaurer entre eux.
-Hum… Tu t'entraînes avec moi ? Je crois que ma binôme… s'est trouvé un autre binôme…
-Avec plaisir, Ginny. Montre-moi un peu comment tu te débrouilles avec le sortilège de stupéfixion…
. . . . . . . .
-Charlie, on peut te parler une minute ?
Je me retourne et découvre Hermione, bras croisées, le visage sombre. Elle a l'air en colère, d'après ce que j'en déduis. Ron et Harry se trouvent derrière elle, et la même expression se lit sur leur visage.
Je referme mon livre, quelque peu étonnée.
-Heu… Bien sûr… Qu'est-ce qu'il y a ?
-Tu sais, cette lettre, que tu as reçue à notre retour de vacances de Noël…
-… Oui ? Il y a un problème avec ça ?
-J'ai eu une intuition et j'ai fait quelques recherches. Et j'ai trouvé une réponse qui m'a parue claire. Est-ce que c'était signé ?
-… Pourquoi, il y a un problème ?
-Le « M » calligraphiée, c'est le symbole de la famille Malefoy. Alors avec Harry et Ron, on pense qu'ils essayent de s'en prendre à toi. Et surtout, on pense que tu devrais redoubler de prudence…
-Heu, les gars…
Je me lève lentement du fauteuil dans lequel j'étais installée depuis une bonne demi-heure au moins, et me mets à les regarder tout à tour.
-… La lettre venait de Drago. Drago Malefoy. Et c'est compliqué à expliquer.
-De cette espèce d'abruti, sérieusement, s'exclame Ron. Qu'est-ce qu'il voulait ? Est-ce qu'il t'a menacée ? Parce qu'on ne s'en prend pas à mes amis, ça, non !
-Je te rassure, il ne m'a pas menacée. C'est même… Tout le contraire.
-Attends… Quoi ?
Je soupire durant quelques instants.
-Cela risque d'être long…
. . . . . . . .
Il m'aura fallu au moins dix minutes pour tout leur expliquer en détail… A partir de ce moment après le match de Quidditch, jusqu'à ce que nous nous soyons revus hier, dans la forêt. Ni Ron, ni Harry, ni Hermione n'a prononcé le moindre mot pendant que je leur contais mon récit. Aucun d'eux n'a protesté. Aucun d'eux n'a réagi. Du moins, pas avant que je n'aie terminé…
-Je n'y crois pas.
Hermione a décidé de réagir la première…
-Je suis persuadée qu'il m'a dit la vérité.
-C'est… quand même assez difficile de se dire que cette crapule de Drago ait un cœur si tendre, après toutes ces années qu'il a passées à nous jouer de mauvais tours, poursuit Ron, pensif.
-Exactement. Et c'est un Malefoy. Quelle preuve a-t-il sur ce qu'il insinue ?
-J'ai lu dans son passé.
-Tu as… Quoi ?
-J'ai réussi à déterminer un moment précis dans le passé de Drago. Même si je le croyais déjà avant, cela n'a fait qu'augmenter ma motivation à prouver qu'au fond, il n'est pas celui que tout le monde voit en lui. Oui, Hermione, tu avais raison en affirmant que son père et Voldemort prévoient de le « convertir » en Mangemort.
-Je le sav…
-Mais il n'en a aucune envie. Et d'après ce que j'ai pu voir, sa mère non plus. Drago a surpris une conversation entre ses parents et le Seigneur des Ténèbres. Sa mère avait pour tâche de l'en informer. Lui avouer que son destin était déjà scellé. Mais elle a gardé le silence, parce qu'elle veut que son fils se bâtisse son propre avenir. Et c'est tout à fait compréhensible.
-Mais, c'est Drago…
-Justement. Tu sais, il m'a avoué quelque chose. Il m'a confié qu'il nous enviait, nous tous. Parce que nous sommes tous unis, quoi qu'il arrive, et nous nous serrons les coudes, nous nous protégeons mutuellement, et ça, quelle que soit la situation.
-Il nous… envie ?
-Tu voudrais vraiment, toi, avoir Crabbe et Goyle en guise d'amis ?
-… En y réfléchissant bien… Il est vrai que depuis quelques temps, il semble vraiment différent, reprend Ron.
-Je vous rappelle qu'il a volontairement blessé Harry pendant le match Gryffondor-Serpentard, s'exclame alors Hermione, plus déterminée que jamais à ne pas lâcher le morceau.
-Ce n'était pas lui, c'était Crabbe. Tu te souviens, lorsque Drago s'est emporté contre lui après qu'Harry ait été emmené à l'infirmerie ? Il lui en a voulu, parce que même si ce n'est pas le grand amour entre vous deux, je poursuis en visant Harry, il n'a pas accepté le fait que cet abruti te mette hors-jeu par le biais de la tricherie.
-Il m'a… défendu ? Sérieusement ?
Je hoche la tête.
-Je suis allée le voir, hier, comme il me le demandait dans sa lettre. Et il m'a avoué certaines choses qui m'auraient parues impensables s'il n'en avait pas parlé. Et je lui ai dit que je vous en parlerai. La seule chose qu'il veut, c'est vous présenter des excuses. Même si vous ne les acceptez pas.
-… J'ai quand même du mal à assimiler tout ça, moi.
-Je comprends, Hermione. Dis-toi que j'ai eu la même réaction que toi, au début. Tu as bien vu après le match, quand je l'ai empoigné par le col et projeté contre le mur…
-Harry, tu n'as encore rien dit à propos de tout ça, fait soudainement remarquer Ron.
Il est vrai que depuis le début de la conversation, il n'a pas vraiment dit grand-chose.
-On devrait peut-être réfléchir à ça avant d'aller voir Malefoy. J'ai moi aussi du mal à me faire à l'idée qu'il ait pu changer aussi radicalement de vie, de comportement… Et d'avis sur nous, bien sûr. On en reparlera demain, d'accord ?
Nous acquiesçons en même temps et nous séparons, allant tout droit vers nos dortoirs respectifs. Harry et Ron à gauche, Hermione et moi à droite. Lorsque nous rejoignons notre chambre, nous y découvrons Ginny, nous tournant le dos, assise en tailleur sur on lit.
-Oh, vous voilà, toutes les deux… Je me demandais justement quand est-ce que vous alliez vous décider à monter…
-Oui, eh bien…Disons qu'on a eu un problème à régler, dit Hermione en dirigeant son regard vers moi durant l'espace d'une demi-seconde.
Tandis que Ginny retourne à son livre, je mime un bref « merci » avec mes lèvres, reconnaissante qu'elle n'ait pas élargi ce débat au dortoir tout entier.
Nous nous changeons et nous glissons sous nos draps.
-Tu es prête pour demain ? Je demande à Hermione.
-Pour le cours de Sortilèges ? Normalement, ça devrait bien se passer ? C'est quand même hallucinant qu'Ombrage ne l'ait pas supprimé, d'ailleurs…
-Bah, on n'apprend pas vraiment des sorts dangereux… Quoique, demain apparemment, on fera des sortes de « duels », d'après ce que j'ai cru comprendre…
-Imagine, si Neville se retrouve face à Goyle… Il va avoir un choc quand il va découvrir que notre très cher botaniste préféré est incroyablement doué lorsqu'il est question de se défendre…
-J'imagine déjà sa tête…
-Quoi qu'il en soit… Pour ce que tu nous as dit tout à l'heure… Je vais essayer. Mais je ne te promets rien.
-Il ne demande rien non plus.
Hermione éteint sa lampe de chevet, et la pièce est plongée dans l'obscurité. Seul l'éclat de la pleine lune se reflétant sur le lac traverse notre fenêtre. Je soupire et enfonce ma tête dans mes oreillers, me laissant bercer par les ronronnements réguliers de nos deux chats respectifs –Pattenrond et Ginger- tout en songeant à ce qui pourrait se passer demain.
