Bonjour à tous. 2 semaines pour publier... le prochain chapitre se sera pareil, je m'excuse !

Publication rapide d'un chapitre que je me suis amusée à écrire. J'espère que vous vous plairez à le lire. Un peu de sérieux, un peu d'humour.

Petite dédicace à ma Hanna qui m'a reviewée :D Suivez son exemple !

Bonne lecture !

Chapitre 26 : Des excuses et facéties de TPE.

Emma marchait à travers les rues, vers chez Leonia. Il lui avait fallu plus d'une semaine pour faire le tri dans son esprit, comprendre quel Doxy l'avait mordue, et intégrer l'information afin de pouvoir revenir voir son amie. Non, ça n'avait pas été facile. En 8 jours, elle avait dû ingérer plus de tasses de thé qu'en 1 an, et il était très probable que son lit se souvienne des coups de poings nerveux qu'elle lui avait infligés dans le but de tenter de soulager ses nerfs. Son propre comportement l'avait laissée pantoise : ce n'était pas son genre, des réactions de ce type. Emma était une jeune femme assez impulsive, c'était vraie, qui s'exclamait et s'enthousiasmait à la moindre occasion… cependant, elle ne se montrait jamais emportée aussi désagréablement. Des sentiments forts de ce type là la prenaient rarement, et il fallait qu'elle s'en démêle.

Et puis finalement, un soir, en regardant une photo où les trois jeunes filles riaient ensemble en fixant l'appareil, elle avait compris. Mais qu'est-ce que c'était bête… Elle avait compris que c'était une sorte de jalousie. Non, qu'on ne s'y trompe pas… elle n'était pas jalouse au sens qu'aurait eu ce mot si elle avait été éprise du professeur de potion. Ce n'était pas une jalousie d'amante, et elle ne lui en voulait pas, en soi, d'avoir couché avec Rogue. Pourquoi aurait-elle pu véritablement lui en vouloir ? Il n'y avait aucune raison valable, puisque quelque part ça ne la concernait pas. Et c'était cela. Ce qui l'avait rendue folle, c'était une sorte de jalousie de la confiance qu'elle ne leur avait pas accordée. Pourquoi ne pas le leur avoir dit ? Elles étaient ses meilleures amies…

Oui, elle savait pertinemment que Leonia avait vu sa mémoire effacée ; mais elle n'avait pu s'empêcher d'avoir un pincement au cœur et de lui en tenir rigueur. Alors que, de cela, elle n'était pas responsable ! Et, parce qu'elle s'était sentie injustement trahie, tout ce qu'avait pu dire Leonia l'avait énervée au plus haut point : les plaintes la rendaient folle, les pleurs l'importunaient, les accusations lui semblaient encore trop peu fortes… Elle se rendait maintenant compte que c'était un comportement assez cruel de sa part, mais elle n'avait pas pu l'empêcher. Les plaintes surtout l'avaient rendue folle : après tout, elle l'avait fait d'elle-même, on ne l'y avait pas forcée ! Bien sûr c'était une réaction exagérée, et son énervement n'avait fait qu'exacerber cette sensation, mais il n'en restait pas moins –et cela elle la considérait toujours un peu comme tel, même si plus calmement- qu'elle était responsable. Qu'elle regrette était hautement concevable, et c'était même un point important. Elle ne l'aurait pas fait qu'Emma n'aurait pu s'empêcher de la considérer un peu comme une fille (trop) facile…

En tout cas, s'étant sentie mise à part, elle s'était braquée et plus rien n'était passé. Elle ne pouvait pas. Elle ne pouvait plus l'entendre se lamenter comme une Vestale arrachée de force à sa réclusion et sa virginité approuvée par les Dieux… parce que oui, c'était de cette manière qu'elle avait ressenti les manières et les mots de son amie. Et voilà. En s'en rendant compte, elle s'était sentie bête : s'il y avait un peu de vrai dans ce qu'elle avait pensé, ses réactions avaient été si fortes qu'elle s'en sentait désormais ridicule. Il fallait qu'elle aille parler avec Leonia. D'ailleurs, avant que de décider de le faire, elle avait hésité à en parler à Jessica. Elle avait décidé contre : il valait mieux qu'elle s'explique seule avec Leonia avant que les trois amies se retrouvent. Elle ne doutait pas que le rendez-vous qui se préparait allait être éprouvant, et c'est pourquoi elle marchait en se perdant dans ses réflexions. Elle repensait à ce qu'elle allait lui dire, ce qu'il faudrait lui dire, et comment le présenter. Etre claire, s'excuser, mais tout de même lui faire part de ce qui l'avait touchée. Elle ne mentirait pas, et elle savait que cela permettrait sans doute de prendre un nouveau départ bien meilleur : laisser des incertitudes et des non-dits ne ferait jamais que miner la relation encore plus en profondeur. Or, cela était hors de question.

Arrivant devant chez son amie, elle inspira largement et ferma les yeux. Il fallait rassembler son courage, et se préparer aux crises de larmes comme aux confessions. Ce serait dur. Elle finit par monter les marches qui menaient à l'étage de Leonia aussi rapidement que possible puis se calma un instant avant de sonner. Elle entendait de la musique à l'intérieur de l'appartement, le morceau préféré du trio d'amies : 'Every Breath you Take'. Leonia était forcément seule, comme elle l'avait prévu ; sinon, c'aurait été une autre musique, ou rien du tout. Anthony n'était pas fou de fond sonore. Emma inspira fortement en entendant des pas se rapprocher. Le cliquetis d'une porte qui s'ouvre lui sembla le son le plus lent et le plus porteur d'anxiété qu'il existât, et le visage de Leonia en face d'elle lui parut terriblement triste. Merlin, était-ce vraiment sa faute ? Elle ne savait pas : par-dessus la tristesse, un voile d'étonnement était passé en la reconnaissant, puis la jeune femme s'était écartée pour la laisser entrer. Sans un mot, sans un geste engageant. Non, ce ne serait pas facile.

Elle se dirigea directement vers le canapé et s'y assit, tandis que Leonia revenait lentement vers son salon. Le silence paraissait incroyablement pesant à la jeune invitée, et elle ne se doutait pas à quelle point son hôte craignait actuellement son jugement, ses paroles. Elle était trop anxieuse pour en prendre conscience. Après ce qui lui sembla une éternité, elle suivit des yeux Leonia qui se dirigea vers l'appareil à musique, appuya sur un bouton pour l'éteindre, et vint s'asseoir en face d'elle. C'était à présent totalement silencieux, et il semblait à Emma que l'on entendait le bruit muet de son genou qu'elle secouait compulsivement, marque de son stress. Il fallait qu'elle commence à parler : c'était elle qui était venue, et, au vu des circonstances, c'était à elle d'entamer la conversation.

« - Je… je suis venue à cause de la dernière fois.

- Je m'en doutais un peu, lui répondit Leonia en avalant difficilement.

- Oui. »

Il y eut un silence. Leonia tentait de rester stoïque pour ne pas fondre en larme : ce n'était pas le moment, il ne fallait surtout pas, elle le sentait.

« - D'abord, commença Emma en inspirant profondément, je m'excuse. »

Il y eut un silence, puis elle continua.

« - Et puis, je voulais t'expliquer pourquoi j'ai réagi aussi vite, et de manière si… disproportionnée. »

Leonia hocha la tête, et préféra ne rien dire. Elle craignait, en interrompant le flot déjà entrecoupé des paroles de son amie, d'en modifier la teneur. De fait, un nouveau silence s'installa, et les deux amies fixèrent la table basse le regard vide, comme s'il s'était agi d'un ange passant devant elles.

« - Je te l'avoue, j'ai été submergée par une crise de colère. Et… c'était ridicule… commença la jeune femme. »

Puis, elle continua, elle lui expliqua, comme elle pouvait, qu'elle s'était sentie spoliée et trahie. Elle tenta de montrer qu'elle savait bien que c'était exagéré, mais ne put cacher qu'il lui semblait tout de même qu'il y avait une part de raison dans ce sentiment. Qu'il restait vrai qu'elle avait fait ce qu'elle avait fait, et qu'elle ne pouvait s'en lamenter comme si elle n'y était pour rien. Quand elle s'était tue, elle avait cru en avoir trop dit, et après avoir balancé un instant savoir si elle ajoutait quelque chose, elle avait décidé pour. Cependant, alors qu'elle ouvrait la bouche pour reprendre la parole, elle fut coupée par Leonia qui lui répondait. La tête baissée, en signe de soumission, elle ressemblait à ces condamnés qui tentent d'obtenir grâce par de triste suppliques, et se savent pourtant déjà sur l'échafaud.

« - Je comprends… Tu… tu… » Elle inspira profondément avant de reprendre. « Pour ce qui est de ne pas vous l'avoir dit, je pense que tu comprends que je n'y pouvais rien. Et je… je m'excuse d'avoir trainé tant de temps, c'est que… »

Emma acquiesça rapidement, lui faisant savoir que c'était sans importance. Elle savait bien que sur ce point sa réaction était profondément irrationnelle. Elle n'avait pas pu la combattre sur l'instant, mais ne voulait plus en entendre parler. Balayant ces excuses d'un regard et d'un sourire frêle, elle encouragea Leonia à continuer, parce qu'elle ne pouvait supporter le silence. Il lui pesait trop tant qu'elle n'avait pas de réponse, tant que les choses n'étaient pas remises à plat, pour le meilleur comme pour le pire… Elle pria intérieurement pour que les choses s'arrangeassent au mieux, et attendit la suite de la réponse.

« - Pour ce qui est de ma… bêtise, je suis totalement d'accord. Ca ne doit pas être l'impression que j'ai donnée, mais le fait est que la décision que j'ai prise de vous en parler, c'est pour assumer mes actes. Je tiens à la dire à Anthon pour être claire avec moi-même, accepter ce que j'ai fait, et y mettre un terme. »

Timidement, elle leva les yeux vers son amie comme si elle avait affaire à un tribunal suprême. Rencontrant un regard presque souriant, elle esquissa elle-même un sourire, et se redressa. Emma, quant à elle, ne se sentait plus du tout énervée, surnageant dans un sentiment de plénitude. Fermant les yeux, elle hocha la tête.

« - J'ai compris. Moi aussi, je suis désolée.

- Non, non…

- Si, insista Emma. Mais c'est fini. »

Sur ce, Emma se leva et pour détendre l'atmosphère encore nuageuse, se jeta sur son amie tout en brandissant sa baguette et la pointant sur l'appareil à musique, réenclencha le morceau à distance. Ainsi, alors qu'elle atterrissait lourdement en écrasant à demi son amie, ce qui provoqua une crise de rire inespérée quelques instants auparavant, The Police respirait à nouveau(*)…

« - Bon… et bien pour fêter le retour à l'ordre normal et pour concocter un plan comme il se doit, je propose d'aller chercher Jessica ! s'exclama Emma en riant.

- Oh ! non… Tout pour que tu n'invoque pas les jupons de Merlin !

- Et d'où crois-tu que je tire ma surpuissance ?

- Pas des jupons de Merlin en tout cas…

- Et bien si ! »

Et, entre quelques rires étouffés et en tentant de continuer sa conversation, Emma se saisit de Poudre de Cheminette et entrant dans la cheminée prononça haut et fort l'adresse de leur amie. Il y avait des mandragores à rempoter !

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Deux semaines plus tard, soit la semaine où débutaient les TPE en eux-mêmes, ils avaient finalement mis au point leur projet. Ca n'avait pas été sans difficulté, mais c'était fait et personne au sein du corps professoral n'avait encore perdu la vie dans une querelle mémorable. Sans doute cela viendrait-il plus tard… Dans le fond, ils étaient profondément satisfaits, et en oubliaient que les élèves ne s'y intéresseraient très certainement pas. Cet envoyé de Morgane(*), à première vue, avait fini par avoir de nombreux effets bénéfiques insoupçonnés. Et, au final, ceux qui croyaient y avoir échappé se voyaient exclus de beaucoup de conversations dans la salle des professeurs : impossible de faire changer de sujet les 4 concernés. Même Severus se passionnait pour le concept et s'intégrait dans les conversations naturellement. C'était professionnel et intéressant : pourquoi se refuserait-il à dialoguer un peu si une occasion, qu'il aurait cru hypothétique il y a peu, se présentait ? Il n'y voyait aucune raison valable.

N'hésitant pas à se moquer des nouveaux passionnés, toujours à échanger sur leur sujet et promenant avec eux, d'un bout à l'autre du château, des ouvrages spécialisés et des parchemins griffonnés, Aurora, Septima et Bathsheba, plus connu dans l'établissement sous les noms de professeur Sinistra, Vector et Babbling, enseignant avec sérieux l'Astronomie, l'Arithmancie et les Runes, avaient un jour préparé la salle des professeurs à l'intention de leurs collègues. Ceux-ci, en entrant, avaient trouvé dans un coin anciennement occupé par un vieux sofa et une table basse que Binns disait avoir utilisé de son temps et dont on préférait ne pas connaître l'ancienneté, quatre fauteuils autour d'une table basse. La plaisanterie était douteuse, mais il fallait admettre que la préparation les avait beaucoup amusés, et même si Aurora savait par avance qu'ils allaient se faire haïr pour quelques jours, elle n'avait pas hésité à ajouter une petite surprise supplémentaire. Ainsi, en effet, le regard perçant et les lèvres serrées de la directrice adjointe valait son pesant de galions lorsqu'elle avait découvert (après un moment d'hésitation où elle avait été tentée de les remercier pour cette attention) que chaque fauteuil portait une inscription : 'Minerva McGonagall, TPE-mate 1', 'Filius Flitwick, TPE-mate 2', 'Pomona Chourave, TPE-mate 3' et enfin 'Severus Rogue, TPE-mate 4'. Le professeur de Potions ne s'était même pas offensé d'être le dernier : ce n'était qu'un moindre détail.

Le point d'orgue de leur désagrément avait été atteint grâce à Aurora qui, avec un sourire largement hypocrite qui s'assumait, leur avait lancé :

« - C'était pour être certains de ne plus vous déranger dans vos conciliabules au sommet. »

Après cela, les elfes de maison avait étrangement amené du café froid aux trois concernés qui ne parvenaient cependant pas à se repentir de leur blague purement adolescente. Ils en avaient d'ailleurs été bien punis, car finalement, loin de dédaigner l'endroit banni, on n'avait plus trouvé les 4 enseignants que là, à disserter sur les mêmes sujets. Les fauteuils étaient confortables, et de là ils n'entendaient pas les conversations futiles qui avaient lieu à côté. Autant dire que cela leur convenait parfaitement, au final, et ils auraient très certainement remercié les auteurs des méfaits avec sincérité s'ils ne s'étaient pas vu appeler par leur numéro de matricule de TPE à chaque repas, sous le regard amusé et loin d'être réprobateur du directeur. Seul Severus avait été exonéré de ces attentions, sans doute parce qu'ils ne le connaissaient pas assez.

Il avait beau se moquer de sa collègue avec cela, il en ressentait comme un sentiment de mise à part qu'il aurait voulu oublier. Pour la première fois de sa vie, sans doute, il aurait inconsciemment voulu être sujet de railleries, pour obtenir cette extraordinaire sensation d'appartenir à un groupe. Il avait connu et ressenti cette exclusion si fortement dans sa jeunesse qu'il en conservait des séquelles. Il savait que c'était une des raisons qui l'avaient poussé à rejoindre Ses rangs : le besoin d'être vraiment au sein d'un groupe. Ajouté à ce besoin tout aussi dévorant de reconnaissance, il n'avait pas cru trouver son compte autre part. Aujourd'hui, il savait, et il comprenait parfaitement que c'avait été une fausse-bonne solution : la reconnaissance dans l'horreur, l'appartenance à l'horrible. Non, non, jamais plus. Aujourd'hui, il espérait, sans trop y croire, appartenir à quelque chose, être reconnu… mais ici. Honnêtement. Alors ce rejet involontaire l'aurait presque attristé, s'il s'était laissé conduire par ses pensées.

Quoiqu'il ait pu en être, et malgré cette ligue des ennuyés du TPE qui n'étaient pas concernés, leur intérêt était allé grandissant comme la liberté de parler. Entre les professeurs de Botanique et de Sortilège, qui se connaissaient déjà d'assez longue date, il n'avait jamais été question de retenir l'expression de sa joie ou de sa déception face à une nouvelle ou une autre ! Minerva, cependant, avait toujours conservé de la réserve même face à ses connaissances, et Severus non plus n'était pas connu pour une expression exacerbée des sentiments. Ce premier mois semblait les avoir décoincés l'un face à l'autre. Toujours pas d'effusions, d'exclamations, de rires, d'éclats… Non. Mais après tout, on ne leur en demandait pas tant. Personne ne leur en demanderait tant.

Rien de tout cela, et pourtant. Pourtant ni l'un ni l'autre n'hésitait à interpeller son coéquipier en pleine salle des professeurs pour lui communiquer une information. Il n'y avait plus de bataille à savoir qui allait parler en premier et dans quel bureau ils se verraient la fois suivante. Ils avaient inconsciemment intégré le fait que ces comportements étaient puérils… mais, surtout, ils n'en ressentaient plus le besoin. Plus besoin de se cacher plus que d'habitude. C'en était même arrivé au point où ils se cachaient moins de d'habitude. Masques fiers et puissants, toujours en place, pouvaient se reposer et cesser d'appliquer de si stricts traits à leur visage… ils pouvaient parler sans froideur obligatoire. Dignes, mais pas si lointains. Ils faisaient de l'humour. De l'humour comme jamais, en fait. Comme s'ils avaient trouvé, après moult difficultés, cet interlocuteur possible : parce qu'il n'y avait pas de risques à montrer un peu plus de soi. Ou, plutôt, parce que le risque était le même pour l'un comme l'autre. Et si l'équilibre était précaire, une fois trouvé, il semblait paradoxalement inébranlable. Les mêmes masques, mais aussi les mêmes failles. Si semblables dans le fond… ils ne le voyaient pas.

Dumbledore avait fait réhabiliter une grande salle de classe, anciennement désaffectée, et y avait fait installer des tables pour 4 élèves. Tandis que les élèves entraient, préférant se taire pour ne pas commettre l'impair de faire un esclandre ou lancer des hostilités ouvertes trop tôt, les deux professeurs se tenaient parfaitement droit, chacun d'un côté du bureau. Sur celui-ci, un tas de feuilles et de parchemins qu'ils savaient déjà qu'ils n'utiliseraient pas mais qui étaient là pour davantage de sécurité. Une fois assis par affinités, le groupe dans son entier attendit que leurs enseignants se décident à parler. S'ils évitaient de discuter, il était clair que l'idée générale était la même : pourquoi avait-il si peu de chance à se retrouver ainsi avec les deux professeurs les plus exigeants, stricts et froids de Poudlard.

Non, les élèves n'ont jamais véritablement et totalement considéré leurs professeurs comme des hommes : ils sont à leurs yeux comme une sorte d'être humain à part entière, au-dessus, quelque part. Pas qu'ils soient idéalisés, et encore moins adorés la plupart du temps… non. C'est autre chose. Plutôt comme s'ils n'étaient pas atteignables, dans une autre dimension à laquelle les élèves n'ont pas accès : un enseignant est un enseignant. Ainsi, ils restaient effarés devant leurs airs sévères, persuadés, sans doute, qu'il n'y avait pas de faille à exploiter pour avoir la paix. Il y en avait des milliers, ils ne savaient et ne pouvaient simplement pas les voir.

« - Vous êtes ici pour mettre sur pied un projet, que vous présenterez sous forme de dossier et qui aboutira sur une présentation orale. Vous serez notés, et nous tenons à ce que vous produisiez un travail de qualité, commença Rogue.

- Comme vous vous en doutez, les matières qui vous concernent sont les Métamorphoses et les Potions, et vous devrez mélanger ces arts tout comme il vous sera demandé de collaborer entre maisons. Il n'y aura ni favoritisme ni divisions au sein d'un clan, je tiens à ce que cela soit clair dès à présent. »

Tous hochèrent la tête avec plus ou moins de bonne volonté. Quelques regards profondément mauvais furent échangés, mais tous veillèrent à en rester là. Ils n'osaient imaginer ce que cela pouvait être d'avoir contre eux Minerva McGonagall et Severus Rogue, en colère. Ils préféraient ne pas le savoir.

« - Pour éviter de transformer cette salle en un champ de ruines, continua Rogue en affichant un rictus moqueur et désagréable, nous avons déjà formé le groupes.

- Inutile de protester, nous ne les changerons pas. Ils sont faits de manière à respecter vos niveaux.

- Donc, reprit-il… »

Et tandis qu'il énonçait les groupes d'un air totalement intransigeant, l'un comme l'autre repensa au grand moment qu'avait été la prise de décision. Pendant au moins 2 heures, ils avaient débattu du cas de chaque élève, voulant épargner à leurs meilleurs élèves la mauvaise volonté du camp adversaire, et vice et versa. Finalement, les quatre meilleurs, deux Gryffondors, deux Serpentards, avaient été mis ensemble, et cela fait, les choses étaient allées plus facilement. Il y avait, en moyenne, deux élèves de bon niveau et deux plus médiocres dans chaque groupe, afin d'équilibrer. La liste arrivée à son terme, elle continua l'explication :

« - Pour aujourd'hui, vous allez vous mettre par groupe à une même table, et commencer à chercher un thème précis qui découlera de celui-ci, en en étant une déclinaison plus précise. »

Elle pointa sa baguette au tableau et fit apparaître : 'Les changements d'apparence chez l'être humain.' Il y eut quelques murmures de mécontentement poussés par des élèves soupirant devant la complexité apparente de la tâche, mais ceux-ci se turent immédiatement sous l'effet combiné du regard noir qui ne contenait pas autre chose que la menace de leur professeur de Potions, et celui, vous perçant jusqu'au os et montrant clairement son désagrément, de leur professeur de Métamorphoses.

« - Naturellement, nous sommes ici pour vous aider. Donc posez vos questions, ajouta Rogue avec une expression neutre qui n'engageait pas à suivre son conseil. »

Minerva s'approcha de lui pendant qu'un brouhaha de quelques instants s'installait, accompagnant les changements de tables et précédant les silences : étonné, il la regarda en levant à peine les sourcils, et le fixant d'un regard vide de sens qu'elle savait pourtant être dans le fond inquisiteur.

« - Severus, ne comptez pas m'attribuer toutes les missions de communications avec les élèves…

- Je n'ai jamais dit ça, lui dit-il parfaitement hypocrite.

- Non, et vous ne le direz pas, tout simplement parce que vous ne le ferez pas. »

Elle lui adressa un regard et se tut, le laissant à ses réflexions. Cependant, elle n'eut pas le temps de s'écarter qu'il avait repris la parole.

« - Je hais les Gryffondors.

- Je vous remercie, lui dit-elle comme si elle l'avait pris au premier degré. »

S'éloignant résolument cette fois, elle commença à faire le tour des groupes, et poussa un soupir discret de satisfaction en constatant que son collègue faisait preuve de suffisamment de bonne volonté pour slalomer entre les tables et répondre par quelques sporadiques remarques à ce qu'on lui demandait. S'il était fin connaisseur, ce n'était certes pas un grand communicateur : il semblait ne pas savoir s'intéresser à ce qu'on lui demandait. Il fallait bien avouer que ce n'était pas des informations pointues que les élèves leur demandaient, mais tout de même.

S'approchant d'une table, elle y fut retenue, malgré les rumeurs de conversations qui s'épandaient en chuchotements dans son dos, par un doigt levé.

« - Oui ? demanda-t-elle.

- Professeur, lui dit une des deux Gryffondors du groupe, est-ce qu'il serait possible de travailler sur le Polynectar et les Métamorphoses humaines complètes ?

- Cela vous demandera énormément de travail, et beaucoup de temps, mais vous pouvez prendre le risque, dit-elle d'une voix aussi neutre que possible afin de cacher son étonnement face à l'ambition de ces élèves. Ils étaient bons… mais tout de même !

- Et, euh… enchaina l'autre Gryffondor, pensez-vous qu'il nous sera possible de faire… un Polynectar ?

- Vous demanderez au professeur Rogue, mais a priori je n'y vois pas d'inconvénient. »

Sur ce, elle s'éloigna, partagée entre une inquiétude devant la tâche titanesque qu'ils se fixaient, et le soulagement de constater qu'il y aurait au moins un groupe qui ferait quelque chose d'intéressant. Derrière elle, le papillonnement des bavardages n'avait pas cessé et elle se rapprocha rapidement. Le groupe semblait rire à l'unisson sans s'entretuer et se lancer des regards meurtriers. C'était déjà ça. Sa satisfaction décrut cependant rapidement lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était le sujet de leur conversation.

« - T'as raison, disait un des Serpentards visiblement en réponse à ce que venait de dire un Gryffondors, ils font un duo d'enfer. Tu les imagines en couple ?

- Mais tellement ! avait répondu l'autre Gryffondor. »

Il fallait qu'ils se mettent d'accord dans la moquerie ! Avant même que quiconque parmi le petit groupe n'ai eu le temps d'en rajouter une couche, elle intervint :

« - Je vous prierais de trouver un terrain d'entente plus approprié : j'enlève 10 points à Gryffondor et 10 à Serpentard ; et je vous prierais de vous mettre à travailler sans faire d'hypothétiques suppositions sur ma personne… »

Elle avait terminé sa phrase dans un murmure, et s'éloigna vivement de la table où un silence de mort pesait à nouveau. Rejoignant son collègue près du bureau, elle garda les lèvres pincées et se refusa à faire une remarque. Elle considérait cela comme totalement inadmissible, et attendait que sa colère froide baisse en intensité pour parler à nouveau. A côté, Severus laissa son regard aller du groupe d'élèves qui semblait aplati l'air contrit contre sa table à sa collègue qui restait purement impassible : cette sensation d'admiration qu'il tentait d'oublier revint. Qu'un homme, comme lui, sache se faire respecter, ne l'impressionnait guère. Adolescent, il n'avait jamais voulu le reconnaître… mais cette poigne dont elle faisait preuve, cette capacité à maîtriser une classe d'imbéciles hormonaux, était assez incroyable pour une femme. Elle avait, décidément, cet aura et cette manière qui en imposent ; et cela le laissait étrangement dubitatif.

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« - Anthony… J'ai quelque chose à t'avouer. »

Voilà, elle l'avait fait. Elle avait cru que le dire à ses amies serait la chose la plus dure au monde… Le dire à son fiancé l'était mille fois plus encore. Elle se rendait même compte que sans leur soutien, elle n'aurait jamais osé. Elle n'aurait pas trouvé le courage et serait restée silencieuse à jamais, faisant diversion en lançant un autre sujet, tentant elle-même d'oublier, de tout oublier, entre autre sa profonde culpabilité.

« - Oui chérie ?

- D'abord, sache que je t'aime, que je le considère comme une erreur et que je te le dis pour balayer tous les non-dits de notre couple…

- Tu me fais peur, dit-il, les yeux écarquillés.

- Je me fais peur aussi, souffla-t-elle. »

Elle inspira profondément, fixa résolument ses chaussures, et lui raconta en se forçant à prendre une voix intelligible, toute son histoire avec Rogue, du début à la fin. Elle se faisait violence pour ne pas placer des excuses et des larmes à chaque mot, pour ne pas s'exclamer qu'elle l'aimait à chaque phrase, pour ne pas se stopper net à chaque mouvement qu'il faisait, pour ne pas le supplier de ne pas la quitter, tout simplement. En fait, le plus dur fut la fin. Se taire, et surtout relever les yeux, affronter la vérité de son regard, l'intransigeance de son jugement.

« - Je me doutais…

- Tu te… quoi ? s'étrangla-t-elle à moitié.

- Je n'aurais pas cru que c'était allé si loin, lui dit-il avec une once de tristesse dans le regard, mais j'avais bien senti que tu t'éloignais, à un moment, et que tu… t'intéressais, en potions.

- Désolée. »

Il ne lui répondit pas. Elle eut peur qu'il lui en veuille et qu'il ne lui parle jamais plus. Elle aurait voulu se précipiter dans ses bras pour y trouver du réconfort, mais la source même de son réconfort était son juge. Ne pas se jeter dans ses bras, ne pas enfouir son visage dans son cou, ne pas laisser couler ses pleurs sur sa peau. Elle se mordit nerveusement la lèvre, cherchant à savoir si elle pouvait dire quelque chose : quoi dire, et comment. Il reprit la parole, et elle eut la sensation qu'elle respirait à nouveau.

« - Merci.

- De quoi ? sa voix était agressive alors qu'elle l'aurait voulue douce, parce qu'elle n'y croyait pas.

- De me l'avoir dit. Merci.

-Je… euh… je n'avais pas le choix de toute manière.

- Si…

- Peut être. »

Sa voix s'éteint dans un murmure, et elle se tut. Tout ce passait mieux que dans ses rêves les plus optimistes, mais elle n'en avait même pas conscience. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'il parlait ou qu'il se taisait. Elle se sentait perdue, comme une enfant dans un monde de grands. Elle était perdue. Et dans le fond, c'était si ridicule. Il vint poser ses lèvres un instant sur les siennes et, comme par réflexe, elle lui sauta dans les bras, s'agrippant à lui. Oui, c'était ridicule et exagéré, mais tant pis. Elle ne voulait pas pleurer, et faisait un effort surhumain et inutile tandis que quelques larmes mêlées de soulagement et de tristesse résiduelle coulaient sans qu'elle n'y puisse rien faire.

« - Enfin… dans le fond, c'est grâce à Rogue et surtout à McGonagall que je t'ai ici avec moi.

- Non… dit-elle en ravalant de nouvelles larmes. Enfin… ça a peut être accéléré le processus mais… J'aurais dit oui quand même.

- Je sais… »

Sa voix était douce, elle se tut et se mit à respirer plus tranquillement tandis qu'il reprenait la parole :

« - Je leur dois des remerciements, dit-il avant d'ajouter en s'écartant un peu et en la fixant. Il faut les inviter à notre mariage !

- Mais je… non, lui dit-elle horrifiée rien qu'à l'idée de voir son professeur à nouveau, mais pourtant ravie qu'il mette leur mariage à l'ordre du jour. Enfin, oui, marions-nous vite mais… pas Rogue.

- Au moins McGonagall alors ! »

Elle n'avait pas envie. Ca lui paraissait si puéril. Mais elle ne pouvait pas se plaindre de puérilité de sa part en sachant ce qu'elle avait fait elle-même. Et puis, après tout, c'était vrai qu'elle devait son acquiescement en partie à son enseignante. Mais surtout, et de tout son cœur, elle voulait lui faire plaisir. Et puis, sûrement ne viendrait-elle pas. Alors, doucement, elle souffla puis répondit :

« - Si tu veux…

- Et bien voilà ! ça nous fait au moins une invitée… »

Il se mit à rire, déposa un baiser sur son front et l'attira sur le canapé.

« - Quand donc nous marions-nous, chérie ?

- En hiver… »

Elle ne savait pas pourquoi. Elle aimait l'hiver. Elle avait envie de cet hiver. Elle n'aimait plus l'été, peut être parce qu'elle y avait remâché trop de questionnements. Et puis l'hiver était plus proche : elle voulait être liée, elle voulait que plus rien ne les brisent, ne les séparent. Elle voulait la sécurité.

(*) Pour ceux qui ne connaitrait pas : Every Breath you Take : morceau de The Police ^^ Un conseil : à écouter ! :D

(*) Alors… cela désigne bien évidemment le TPE. Et, je précise, je n'ai rien contre les Morganes (j'en suis une ^^) : c'est juste en opposition à Merlin et Arthur