Bonjour à tous !
Semaine chargée donc on va pas faire trop de blabla ;) de toute façon vous aimez pas le blabla, avouez !
Merci pour tous vos commentaires les filles, comme toujours ça fait super plaisir ;)
Bonne lecture !
Chapitre 26 :
Assise sur ma valise, j'attends et je regarde les autres élèves rejoindre leurs familles. Leurs plus ou moins grandes familles, leurs familles plus ou moins joyeuses, leurs familles plus ou moins aimantes, riches, cultivées. De toutes les couleurs de peaux, des qui ne parlent même pas l'anglais mais dont les sourires dépassent les langages. A chacun sa famille. D'habitude, ce spectacle me fait sourire et me met de bonne humeur. Et d'habitude, je ne supporte pas que mon père soit en retard et me fasse poireauter comme une quiche. Mais, aujourd'hui, j'ai juste envie de rester dans cette gare, à la fameuse voie 9 ¾, et de continuer à attendre sur ma valise jusqu'à ce que le Poudlard Express s'en aille comme il est venue, avec un effroyable mais chaleureux raffut. Comme il vient toujours.
Le match d'avant-hier n'a de cesse de se rejouer dans ma tête. Quand le commentateur –je ne sais même pas qui c'était- a déclaré notre défaite, ça m'a anéanti, j'étais sûre qu'on allait gagner. On avait la tête, on était une presque une vraie équipe, on avait quasiment retrouvé ce sentiment d'unité de l'année dernière. On s'est battu comme des chefs, on a vraiment tout donné. Théo et moi, on enchainait les points, Connie nous faisait des passes plutôt respectables, et nos batteurs avaient nos arrières. Et Lana n'a pas bondi sur le vif d'or dés les premières minutes de jeu. On était impitoyable. On les avait. On leur fichait la raclée de leur vie ! Et cette harpie d'Iris a attrapé le vif d'or alors que Lana était vraiment à ça de l'avoir. Et ils ont gagné, on a perdu. Je suis restée près de dix minutes, sur mon balai, dans les airs et immobile. Théo a essayé de me faire descendre et je lui ai crié de me foutre la paix, et je crois qu'il a compris qu'en cet instant, j'avais juste envie de foncer au sol et d'aller enfoncer la grosse tête de Dean dans la boue. Du haut, je l'ai observé fanfaronner et accepter les compliments avec son arrogance habituelle, je l'ai regardé embrasser Gilbert comme si c'était la femme de sa vie, sous un tonnerre d'applaudissement et de sifflement. Je crois que j'ai pleuré un peu mais je ne m'en rappelle pas vraiment, et si oui, le vent réfrigérant a eu vite fait de les givrer contre mes joues. Un instant, ça m'a rappelé quand j'étais avec Michael et que j'avais froid continuellement. Et j'ai vu Jack, au sol, qui me gueulait de redescendre en me faisait de grands gestes alors, je suis redescendue. J'étais dans les bras de Jack quand j'ai croisé le regard de Dean, je crois que son sourire s'est figé un instant mais, de toute façon, il a eu vite fait de détourner les yeux sur sa foule d'admirateurs et sa petite-amie parfaite.
Et quelque chose a lâché en moi, je me suis arrachée des bras de Jack et je me suis dirigée droit sur Dean. Honnêtement, je ne sais même pas ce que je voulais faire, le taper , l'étrangler ou lui crier s'il pensait que tous ces lécheurs-de-cul valaient vraiment de renvoyer sa petite sœur, que je voulais qu'il perde pour qu'il comprenne ce que ça fasse, que je voulais qu'il ait mal, qu'il saigne, qu'il arrête d'être tellement heureux quand il nous blesse autant. Que je le détestais tellement que ça m'oppressait et m'empêchait de respirer, que ça me donnait envie de le tuer, que j'en tremblais. Et heureusement, Jack m'a rattrapé avant que je fasse même deux pas et que je me ridiculise encore d'avantage, et il m'a emmenée au bord du lac gelé pour que je me calme. Il n'a eu de cesse de me répéter qu'il y avait eu faute à un moment donné et qu'ils auraient dû perdre, et qu'on a perdu de seulement 10 points, que ce n'était même pas une défaite. Mais si, dix points ou milles, c'est la même chose pour moi. Ce match était important et j'ai perdu. Ce match signifiait plus que du Quidditch, des balais, des balles et des anneaux.
Je soupire, sachant que je me torture inutilement à y penser à chaque fois que Flo et les garçons ne sont plus autour. Mais je ne devais pas perdre, j'avais dit que je gagnerai. Je l'ai crié à toute l'équipe de Poufsouffle dans leur propre salle-commune, je l'ai juré en regardant Dean droit dans les yeux, je l'avais promis à Flo.
-Salut, mon bébé !
De bras costauds se referment alors autour de mes épaules par derrière et je baisse le menton pour distinguer les tatouages incroyables qui dépassent de ses manches, et serpentent sur les mains de mon père. Je pose ma main sur la sienne, retrouvant le sourire immédiatement, et bondis de mes valises pour me pendre au cou de mon père sitôt que je me suis retournée. Ma famille à moi, la vraie, celle qui correspond à la plus stricte des définitions, c'est juste lui et il m'a tellement manquée ! Les sorciers ne peuvent-ils pas mettre en place des infrastructures nous permettant de rentrer chez nous chaque soir, ou sinon, au moins chaque week-end ? Sérieusement…
-Oh Papaaa ! Tu m'as TROP manqué !
-Tu me l'as écrit dans chacune de tes lettres ! rit-il.
-Tu vas pas t'en plaindre quand même ?!
Je le relâche un peu et rencontre son sourire inimitable qui me réchauffe le cœur d'un coup, et efface tout le froid que j'ai pu ressentir dans toute ma vie en une seule seconde. Il m'embrasse le front et me resserre à nouveau contre lui.
-Toi aussi, tu m'as manquée, mon bébé.
xOxOxO
-Ta dinde était magique, Nini ! dis-je pour ce qui me parait être la millième fois. Sérieux, où tu caches ta baguette magique ?!
-Dans mon grimoire, à côté de mon balai !
J'éclate de rire si fort que je dois faire une pause dans mon frottage du fond de ma casserole et Denise pouffe à côté de moi, ses joues pâlottes rosissant à vu d'œil. J'aimerais bien lui expliquer que le plus drôle de la situation, c'est que c'est moi la sorcière des deux et que j'ai une baguette et balai, et que pourtant si je m'aventurais à cuisiner une dinde, ce serait une catastrophe culinaire de la pire espèce. Mais, bien sûr, j'ai quelques réticences à raconter cette histoire pourtant drôlissime à Denise, moldue scientifique de son état. J'ai peur qu'elle ait une attaque, et ce n'est franchement pas souhaitable pour un réveillon de Noël.
Je secoue donc la tête, toujours amusée, et continue de faire la vaisselle avec Denise à qui j'ai interdit de toucher à quoique ce soit de sale et dégoûtant, parce que je suis déjà certaine que mon père l'a laissée faire tout son ménage pendant que je n'étais pas là. Comme là, maintenant, il nous laisse faire tout le boulot tandis qu'il regarde une émission débile à la télé, dans le salon. Quelle feignasse ! Mais on l'aime tellement toutes les deux… rha, ça nous perdra ! On vient de finir de dîner et il est minuit et demie. On a déjà effectué le fameux échange des cadeaux ; Denise m'a offert une robe trop mignonne et je lui ai payé un nouveau sac, et elle a acheté à Papa... un livre. Epais comme l'Histoire de Poudlard. Autant vous dire qu'elle a vraiment une capacité d'espoir incroyable pour penser qu'il ne fera plus que de lire le résumé, et peut-être la dernière page pour savoir comment se finit l'histoire. Papa m'a achetée des boucles d'oreilles en argent et un nouveau balai, ce qui me fait hyper plaisir parce qu'il a réussi à faire équipe avec Tonton Angelo –ces deux-là s'aiment moyennement…-, qui lui a dit lequel choisir ! Le mien datait de ma Deuxième Année, alors, bon…
Je remarque le regard pensif de Denise qui est appuyée contre le four, après une ou deux minutes de silence. Je mordille la lèvre un instant, rinçant ma casserole sous le jet d'eau.
-Le vin redescend mal ? plaisanté-je.
-Oh ! fait-elle en riant légèrement. Ca va être demain, surtout ! J'ai mal à la tête même avec seulement deux verres !
-Petite nature…, commenté-je avec un sourire malicieux avant d'adopter un ton plus sérieux. Ta famille ne te manque pas ? Avec Noël et les pubs à la télé, la propagande commerciale des fêtes familiales et tout…
-Bien cruel avec les solitaires, approuve-t-elle doucement. Mais non, pas vraiment. Je préfère être avec vous qu'avec eux… tu sais, je n'ai jamais été très proche de mes parents et mon frère est marié, maintenant… trois enfants, une maison secondaire, un chien et un chat… ils m'ont invité, comme tous les ans, mais…
Elle soupire et baisse un instant les yeux, derrière ses épais verres de lunettes. Elle caresse la surface de son verre de vin rouge avant de sourire.
-Ce chat, il me regarde bizarrement ! Il me fait peur !
Je m'esclaffe et hoche de la tête, devinant ce qu'elle ne me dit pas. Qu'elle ne se sent pas de s'assoir le long d'une table où elle n'est que la petite sœur d'une trentaine d'année, célibataire endurcie, avec ses neveux mal éduqués qui lui monteraient sur les genoux seulement pour réclamer leurs cadeaux avant minuit. Et que aussi imbuvables que ces gosses peuvent être, ça ne l'empêcherait pas de vouloir en avoir elle-même et de fonder sa propre famille pour fêter Noël chez elle aussi. Et que les années, mine de rien, ça défile vite et qu'il n'y a pas de grande télécommande pour se redonner une chance et revenir en arrière. J'aimerais bien que Denise puisse devenir mère, elle en serait une formidable, adorable et si présente… j'aimerais bien qu'elle le devienne grâce à Papa. J'aurais un tout petit frère, ou une sœur… ou même des jumeaux, comme Jack et Crixus ! Je souris, et des triplés ?! Ce serait incroyable ! Scorpius Malfoy serait maladivement jaloux que Papa ait battu son record !
-Mais il n'y a aucun problème, ajoute-t-elle. je suis heureuse d'être avec toi et ton père.
-Et on est super content de t'avoir, Nini. Vraiment.
-Vous allez chez Katarina et Angelo, demain, pour fêter Noël avec eux, c'est ça ?
-Oui, répondis-je en souriant. Y'aura Tonton Louis, et les parents de ma marraine aussi, Papa les adore comme si c'étaient les siens, il a toujours fêté Noël avec eux.
Je suis la tradition de mon père, me créant une famille comme lui l'a fait avec Katarina et ses parents. Je serre la mâchoire un bref instant, me demandant si cette malédiction est vouée à se répéter le long des générations Bones. Non. Il est hors de question que je poursuive ça ! Si j'ai des enfants, ils auront une vraie famille avec un père aimant qui ne les quittera jamais et des frères et sœurs en veux-tu-en-voilà ! Tellement qu'ils n'auront qu'un rêve ; être enfant unique ! Et des parents si envahissants qu'ils voudront être orphelins ! Ouais, je la casserai, cette malédiction.
-Bah alors, mes beautés, vous me laissez tout seul, comme un malheureux ? s'apitoie Papa en entrant dans la cuisine.
-Ah tiens, Papa, tu tombes bien ! Finis la vaisselle ! fis-je en lui jetant l'éponge. Viens Nini, on va regarder la rediff de Gossip Girl !
-Fille ingrate !
J'attrape le bras de Denise qui rit à la tête que tire Papa, celle entre la tête de chien battu et une tête de clown estomaqué. Ce qui lui va à ravir ! On sort de la cuisine, alors que Papa s'indigne :
-Vous pouvez pas regarder Gossip Girl sans moi !
xOxOxO
-Un peu nunuche, prude et gentillette, liste-t-elle, allongée dans son fauteuil, en train de dessiner dans son calepin. Mais définitivement mieux que Gilbert. On ne dirait pas comme ça mais ton crétin de père va en s'arrangeant.
Je ris à la mine dédaigneuse de ma marraine adorée qui dessinent les méandres de son esprit sombre mais fascinant du bout de son fusain. Je balance doucement mes jambes, perchées au-dessus de l'accoudoir, dans le vide entre son fauteuil et le canapé dans lequel je suis installée, et l'observe en souriant. Ses longs cheveux noirs corbeau tombent sur son épaule droite, et son regard bleu tranchant est toujours aussi maquillé de noir. Elle porte l'une de ses magnifiques robes sombres qu'elle refuse de me prêter et je n'ai aucun mal à la visualiser gothique, à Poudlard, comme je l'ai vu dans les nombreuses photos de cette époque que les adultes nous montrent en nous racontant leurs aventures. Tonton Kyle et Papa se coupent toujours la parole, dans ces moments-là, refont des scènes où ils n'étaient même pas présents parfois et, selon Kat et Tata Ed, il paraitrait qu'ils déforment bien l'histoire à leur sauce… mais ça nous fait toujours rire avec Flo alors, on aime les croire quand ils nous disent qu'ils ont volé les barques pour emmener les Premières Années et ont fait des courses sur le Lac Noir.
-En plus, ajoute-t-elle en levant son regard vers moi. Elle est moche, ça m'inspire confiance.
-Marraine ! protesté-je. Nini n'est pas si moche !
-Kelly, chaton, soupire-t-elle avec agacement. Ta Nini est laide, c'est un fait, j'y peux rien, c'est pas moi qui l'ai faite. Blanchet m'a suffi, on ne peut pas m'accuser de tous les loupés de cette planète de merde.
Elle me lance un coup d'œil avec un léger sourire machiavélique et attrape son bol de chocolat chaud pour en boire une gorgée ou deux. Je sais qu'elle n'en pense pas un mot même si les côtés petite garce collégienne avide de commérages de Blanchet lui donnent des envies de meurtre, la plupart du temps. Je lance un coup d'œil à l'immense salon de la famille Rossi, au haut plafond, avec la grande cheminée dont le feu crépite devant nous. Il y a des tableaux un peu partout, des cadres de photos et c'est étrangement chaleureux quand l'on connait la personnalité spéciale de ma marraine. Mais s'il y a bien quelque chose qu'elle m'a apprise c'est qu'il ne faut jamais être trop prévisible ; jamais trop sombre ; jamais trop clair.
On attend que ses parents à elle arrivent avant de pouvoir passer à table. Papa fait un bonhomme de neige avec Blanchet et Tonton Louis, dehors, et je crois que Tonton Angelo s'occupe du dessert avec Scarlett, dans la cuisine Et j'en profite pour avoir un peu de temps avec ma marraine qui m'a vraiment manquée elle aussi. Je ne pourrais pas dire qu'elle a fait figure de mère, remplaçant celle qui est partie quasiment à ma naissance, parce que ce n'est pas le cas mais elle est comme la sœur de mon père. Elle a toujours été là, l'a aidé et à chaque étape et, même si elle jure Satan et Lucifer dés que je la prends dans mes bras, je sais qu'elle m'aime comme je l'aime.
-Tu crois que Papa laissera une chance à Denise, un jour ? demandé-je.
-Bien sûr, ricane-t-elle. Il faut juste lui botter le cul, ils sont tous comme ça. Si tu ne leur remues pas les tripes, ils sont bons à rien. Demande donc à ta tante Ed, elle t'expliquerait mieux que moi, elle a épousé le Roi des Boulets. J'ai la vidéo. Elvis vient se coller à la caméra la moitié du temps mais bon, c'est presque techniquement un zombi-curé-rockstar, alors, c'est plutôt classe.
-Je suis trop jalouse ! m'exclamé-je. C'est quand que vous m'emmenez à Las Vegas ?
-Quand tu m'auras ramené une langue ou un cœur. Humains, ça va de soi.
-J'ai des potentiels donneurs, plaisanté-je. Mais, sérieusement, comment je vais faire pour pousser mon père dans les bras de Denise ? Je suis pas là, les trois quarts de l'année !
-Et tu ferais pas mieux de t'occuper de ton propre petit cœur sanguinolent, chaton ?
Je baisse les yeux sur mes genoux, serrant la mâchoire. Je savais bien sûr que ma marraine était au courant de mes sentiments pour Dean parce que, dixit elle-même, Kataraina sait tout –souvent elle ajoute « faudrait-il donc vous le répéter sans fin, maudits mortels ?! ». Mais rien que la pensée de Dean me gonfle de colère et de ressentiment.
-Je vois, dit-elle devant mon silence. Et si tu veux tellement t'occuper des affaires de cœurs écœurantes des autres, colle donc Florence dans les bras de l'aîné des écossais.
Je lève des yeux écarquillés sur elle qui me sourit, diabolique. Comment elle peut savoir ?! Là, y'a forcément un truc !
-Au besoin, je peux te prêter mes poupées vaudou. J'ai toute la famille.
xOxOxO
-Bonne soirée, princesse ! me souhaite Justin, le contrôleur du magicobus avec un sourire enjôleur. Et bonne année en avance !
-Merci ! Toi aussi, Justin !
Je descends du transport en commun magique et je n'ai pas fait deux pas sur le trottoir de la petite ville de campagne qu'il redémarre à toute trombe, et disparais dans le noir de la nuit. Je me dirige droit vers la propriété des Quinn que je connais par cœur pour y avoir fait les quatre cent coups toute ma vie avec Flo, parfois Dean. Le vent froid s'engouffre dans mon chignon distendu et me chatouille la nuque tandis que mes escarpins noirs s'enfoncent dans l'épaisseur de neige qui recouvre la petite allée menant à la porte d'entrée, à travers le jardin. Mon regard coure le long des arbres dénudés et blancs de neige, et je nous revois y grimper et nous cacher derrière leurs troncs pour surprendre les adultes. A cette époque, il n'y avait pas encore Poudlard, pas encore la répartissions, les équipes de Quidditch ou les coups au cœur. Dean n'avait qu'un an de plus que nous, c'était comme si on était né tous les trois le même jour et qu'on avançait tous dans la même direction. Et ce soir, à minuit une, on sera en 2051 et tant aura changé déjà, depuis longtemps, sans que l'on ne comprenne vraiment comment. Pour le mieux, peut-être, d'ailleurs.
Je passe mes mains gelées contre ma jupe bleue marine qui serre mes jambes jusqu'à mi-cuisses, par-dessus le collant transparent, et me félicite d'avoir choisi un épais pull-over à grosse maille en laine, en-dessous de ma veste en daim.
Une fois devant la large porte en chêne, sous le porche éclairé, je presse mon index contre la sonnerie et écoute le son cristallin retentir à l'intérieur. Je sautille un peu sur mes escarpins pour me réchauffer et souffle sur mes doigts glacés, me flagellant mentalement de ne pas avoir pris les gants qui vont avec mon écharpe bordeaux qui réchauffe mon cou.
Puis, la porte s'ouvre et le visage souriant de Flo m'accueille. Elle se décale, m'ouvre la porte en grand et je ne perds pas un instant de plus pour quitter le froid qui règne à l'extérieur et embrasser avec bonheur la chaleur de sa maison. Je lui saute au cou en m'écriant :
-Coucou, Flo !
En ne remarquant aucun parfum envoutant tracer un chemin par mes narines, je la lâche en lui faisant la remarque :
-Pourquoi t'as pas mis ton parfum ?! Va le chercher vite avant qu'il arrive !
Je l'entends rire alors que je pose mon sac à main sur le guéridon de l'entrée et en sors ma trousse de maquillage que j'ouvre aussitôt, sortant un rouge-à-lèvre assez foncé que j'ai emmené rien que pour elle. Je ne mets que du rosé, plutôt clair, pour ma part car je ne trouve pas que le rouge est du plus bel effet sur moi. Je me retourne vers elle qui observe la couleur avec réticence mais j'ai l'œil, je sais que sur elle, ce sera magnifique. En plus, elle a une superbe bouche bien pulpeuse. Elle est de toute façon très jolie avec sa belle robe verte et je la rassure :
-Tu es super belle, Flo, c'est juste la touche finale !
Je lui colle le rouge-à-lèvre dans les mains et la pousse avec excitation devant le petit miroir mural pour qu'elle puisse se l'appliquer correctement. Je sais que j'avais dit que je n'allais pas la pousser à tenter sa chance auprès de Fin si elle ne s'en sentait pas prête mais je ne vois pas le mal à se faire belle pour qu'il voit combien elle est éblouissante, lui faire germer deux-trois idées amicalement inappropriée dans la tête. Tenter sa chance sans se brûler les ailes, en douceur, en contrôlant la chute. J'ôte ma veste et mon écharpe que je pose sur le porte manteau qui se plie pour m'aider à accéder son sommet, et je m'émerveille à la petite étoile de Noël qui y brille :
-OH, UN PORTE-MANTEAU DE NOEL !
-Je suppose que la blonde est là ! entendis-je en provenance de la cuisine.
-Cho est là ?! m'indigné-je en me retournant vers Flo.
Elle me sourit à travers le miroir et me propose :
-Un peu de tolérance de Noël, poussin ?
xOxOxO
-Vous êtes prêts pour faire péter la baraque des Quinns ?! clame Jack en débarquant dans la maison, écartant les bras comme un champion olympique en pleine marche de la gloire. Parce que ce soir, je suis de la DYNAMITE !
Il jette sa veste en cuir à la tronche de Fin qui parlait avec Cho et Théo près de l'entrée et m'attrape sur son passage jusqu'au salon. J'explose de rire en chœur avec Flo qui ferme la porte derrière Crixus, et on se retrouve tous dans le grand salon où le sapin de Noël de la famille Quinn y brille encore, décorée avec soin. Je m'assois dans le plus grand canapé avec Jack et Théo vient s'assoir à ma gauche, et je regarde avec malice Crixus nous rejoindre tranquillement en s'asseyant un peu trop près de Théo, selon les normes sociales entre deux mecs hétéros. Mais bien sûr, Théo ne remarque rien. Je ne sais si c'est un avantage pour nous ou pas, parce que le fait que Théo soit plus mentalement myope qu'une taupe nous arrange bien, dans le sens où il ne repère rien à nos combines, mais, d'un autre côté, il ne se rend compte de rien… et comment céder au charme de quelqu'un dont on n'a même pas conscience ? Une brève seconde, je me demande si c'est ce qui passé avec Dean puis je rejette très loin cette pensée.
On est le 31 décembre 2050 et dans 3 heures 46 minutes, on fêtera tous la nouvelle année ! S'il y a bien un moment où l'on ne doit plus penser aux vieilles blessures, c'est maintenant ! Ce soir, tout est à propos du neuf et du frais, du brillant et de l'inconnu ! Que 2051 soit de dix milles fois plus merveilleuse que 2050 et que les vieux rêves arrêtent de nous hanter comme des fantômes qui ne peuvent plus rien pour nous. Quitte à en créer d'autres pour chasser les anciens !
-Qui veut du vin des elfes pétillants ? nous offre Flo en arrivant avec des verres avec Cho et Fin.
-L'Highlander sert du vin, maintenant ? raille Jack. A quand la grenadine, Finoubichou ?
-Après la limonade ! offré-je en souriant au regard meurtrier que me jette Fin.
-Oh et l'eau pétillante !
-Et on veut le petit parasol !
-Rose de préférence, ma biche.
-Allez vous faire foutre, tous les deux !
Jack et moi explosons de rire à la tronche énervée que tire Fin, et Jack propulse ses pieds chaussées de bottes style militaire complètement délacée sur la table basse. Flo vient nous passer deux verres avec un grand sourire et je repère Crixus qui étire son bras le long du dossier du canapé, derrière la tête de Théo qui est toujours aussi aveugle. Je roule des yeux. C'est le pire obsédé sexuel de Poudlard et pourtant, c'est un vrai débutant. Je suis peut-être toujours vierge mais moi, je sais ce que ça veut dire quand un garçon passe son bras autour de moi ou me demande de me déshabiller pour me masser, en plein bal !
Mais bon, ce n'est pas bien grave parce que, moi, je suis là et je vais rendre tous ces jeux de cour de maternelle un peu plus sérieux ! Je pose mon verre de vin sur la table basse et me lève tandis que Flo nous annonce :
-J'ai retrouvé un twister dans les placards ! Ca pourrait être drôle d'en faire une partie !
-C'est quoi ça ? fait Jack avec dédain. Encore un truc moldu pourri ?
-C'est énorme comme jeu !
Je quitte le salon, laissant Flo expliquer les règles aux jumeaux Malefoy qui n'y connaissent bien sûr rien et Cho qui rajoute son grain de sel de Monsieur Je-sais-tout-sur-tout-et-vous-m'entendez-parler-même-quand-je-sais-rien. Quand je pense que Flo l'a invité alors qu'elle sait très bien que lui comme moi, on se serait bien passé de fêter le début d'une année ensemble. C'est quand même important comme évènement ! C'est sacré ! C'est le moment d'accumuler un max de points de karma et de convaincre Merlin que si, si, on est sage, bon et gentil, et qu'on mérite une année 2051 du tonnerre ! Et elle, elle me colle l'énorme tête de Cho juste sous le nez, ce qui me donne envie d'être méchante, violente et blasphématrice. Peut-être même bien meurtrière.
Je me rends dans le placard où j'ai laissé mon sac à main et fouille dedans jusqu'à trouver mon petit bijou. Je l'ai déniché à Pré-au-Lard alors que je faisais mon shopping de cadeaux de Noël, début décembre. C'est une branche de gui télécommandée ! Mais la branche de gui télécommandée de compét, hein, pas la petite maigrichonne qui fait un petit tour et c'est tout. Non, non. Mon gui, il vole ! J'ai une bague en argent avec une grosse pierre blanche que je peux tourner et hop, c'est comme un joy stick ! Je n'ai juste qu'à faire style de tripoter ma bague comme une sorte de tic et je peux diriger mon petit bébé où je veux, incognito. Il se téléporte même ! Faut penser bien fort et fixer l'endroit désiré avec intensité, un truc comme ça. Bon, je n'ai pas encore cette option très en main mais je me suis entrainée toute la semaine, et je sens que ça vient !
Je me poste donc à l'entrée du salon au moment où Jack déclare :
-On y jouera quand on sera bien torché ! Histoire que ce soit croustillant…
-C'était aussi mon idée ! rit Flo.
-J'savais que j'aurais pas dû venir, vous êtes des abrutis…, bougonne Fin.
-Bois ton vin, ma douce, qu'on puisse profiter de toi quand tu seras toute pompette sur le tapis de Twister !
Flo, Théo et Cho éclatent de rire tandis que j'imagine très bien Jack que je vois seulement de dos lancer un clin d'œil aguicheur à Fin qui le foudroie du regard de son fauteuil. Je m'appuie sur le chambranle de la porte et me mets à manipuler ma bague pour faire se déplacer le gui au-dessus de la tête blonde de Crixus et la houppette châtaigne de Théo.
-Y'a pas assez de nanas à votre fête quand même ! remarque Théo avec son ton arrogant. Kelly pourra vous le dire, aux miennes, y'a du nichon !
Je décide d'intervenir avant que Crixus décide de me tuer pour ne pas avoir encore converti Théo aux joies de la testicule et du pénis, et m'écrie alors en arrivant derrière eux :
-Oh THEO ! Crix ! Regardez-au-dessus de vous ! Du gui !
Les deux concernés lèvent le menton pour voir mon gui qui plane au-dessus d'eux. Tous les autres le fixent, tout aussi surpris qu'eux, et je fais mon innocente à la perfection. Par le regard de Crixus, je comprends qu'il a saisi et qu'il approuve mon initiative. Ah ! Tout de même !
-Quoi, du gui ? fait Théo. Qu'est-ce qu'il fout là ? C'est plus Noël !
Oh, ça va, il va pas chipoter ! Je le regarde, retenant mon agacement, se tourner vers Flo qui jure qu'elle n'y est pour rien et qu'elle ne sait absolument pas pourquoi il y a du gui qui se balade dans son salon. Bien sûr, elle me lance un coup d'œil oblique, se doutant que c'est moi qui suis derrière tout ça parce que je lui ai dit que j'avais un plan avec du gui.
Je m'avance d'un bon jusqu'au canapé et encourage Théo :
-Allez, Théo ! Embrasse Crix ! C'est la tradition !
-Euh, Kelly ? fait-il. C'est un mec, je peux pas l'embrasser ! Pas contre toi, hein, mec, lance-t-il à Crixus qui reste de marbre.
-C'est pas une raison ! Le gui est une tradition ancestrale, Théo ! appuyé-je, en décidant d'inventant des petits détails intéressants. Elle existe depuis la nuit des temps ! Tu peux pas juste décider de pas lui obéir, comme ça ! Ou alors, tu es voué à une vie toute entière de malheur !
-Tss… Kelly, tu es jolie mais qu'est-ce que tu es naïve…
Je roule des yeux devant l'air prétentieux de Théo et lâche :
-Mon père m'a même dit un jour qu'un ami à lui a refusé d'embrasser une fille très moche, sous le gui, comme toi tu t'apprêtes à le faire, Théophile Gilbert… et devine ce qui lui est arrivé ?
-Il l'a échappée belle ?
-Il est devenu impuissant !
Théo écarquille les yeux d'horreur tandis que Jack s'esclaffe bruyamment et que Flo rit sous cape mais je garde mon sérieux, tandis que je vois Cho qui lève les yeux au plafond avec consternation, et opine du menton pour assurer à mon ex que je ne plaisante pas. Et il est limite fébrile, désormais. Alors, qui est le plus naïf des deux, maintenant ? Ah, Théo…
-Bon, allez, les filles ! s'impatiente Jack. Un p'tit coup de langue et c'est fini !
-Bon, j'suppose que j'ai pas…
Mais Théo n'a pas le temps de conclure sa phrase sur son ton déprimé que Crixus lui attrape le visage et l'embrasse à pleine bouche. Je souris avec satisfaction et Jack mitraille la scène avec son appareil photo, encourageant son frère à « tout donner » et à « faire péter les talents Malefoyens ! ». Je compte d'ailleurs sur ces dits talents pour faire craquer Théo parce que je ne peux clairement pas le convaincre toute seule que l'homosexualité est ce qui lui faut.
Crixus libère enfin Théo qui est complètement sous le choc et hébété, donnant l'air de sortir de vingt minutes en apnée forcée, et le gui s'éclipse dans les airs avec un petit « flop ». Je referai appel à ses services plus tard, histoire d'amortir un peu mon investissement. Une ou deux fois, restons raisonnables.
Au pire, trois si l'on me pousse dans mes retranchements…
xOxOxO
-Oh, Flo ! essayé-je de me retenir de glousser, mimiquant la surprise. Ya que'que chooooose au-dessus de toiiii !
Je me tiens au bras de Jack pour ne pas trop perdre l'équilibre parce que Merlin, j'ai l'impression que mes talons n'ont cessé de grandir tout au long de la soirée ! Et il est quelle heure, déjà ? Oh, on s'en fout ! Je plaque ma main sur mes lèvres pour masquer mes rires tandis que Flo et Fin fixent le gui qui tourne sur lui-même au-dessus de leurs têtes, alors qu'ils papotaient dans leur coin du salon. Flo devient rouge tomate et mes rires s'accentuent, puis, elle pose son regard vert écarquillé sur moi et je me mords la lèvre pour garder mon calme en haussant une épaule. Bah quoi ? C'est pas ma faute, j'ai pas pu m'en empêcher ! J'ai l'impression que Guigui et moi, on apprend de plus en plus à se connaitre… il lit dans mes pensées, ou devine mes envies, ou quelque chose… et puis, c'est vrai, on essaye de la jouer discret et ça fait cinq fois que Cricri et Théo se font des bisous ! On s'en lasse un peu, faut du changement ! Guigui et moi, on est tombé d'accord là-dessus !
-Ahah, très drôle, grince Fin.
-C'est pas drôle, nuancé-je. C'est la traditioooooon ! Tu veux pas devenir impuissant, quand même ?!
-Quel gâchis ce serait, soupire Jack. On s'amuserait tout de suite moins dans notre dortoir, hein, mon chou ?
-Si tu t'arrêtes pas, Malefoy, tu vas pas connaître 2051 !
-BON ! m'exclamé-je. Ne dérivons pas du sujet, les enfants ! Fifi, embrasse Floflo !
-Et toi aussi, Kelly, arrête ! DE BOIRE !
Je l'ignore et pointe malicieusement Guigui qui reste sagement au-dessus d'eux, en dansant sur Heat Wave du groupe Alphabeat. Fin serre la mâchoire et Flo rit avec gêne. Ils peuvent faire toutes les manières qu'ils veulent, c'est Guigui et moi qui décidons ce soir ! On est les maîtres du destin, les porte-paroles de Merlin et de Cupidon ! C'est d'ailleurs ce que j'ai à peu près dit à Théo quand il s'écriait que c'était truqué, qu'il y avait quand même quelque chose de louche, que Guigui venait toujours au-dessus de leurs têtes à lui et Cricri ; alors, je lui ai dit : « mais enfin, Théo ! C'est normal ! C'est magique, il sait quels sont les vrais couples de la salle ! Il reconnaît les âmes-sœurs ! ». Bien sûr, il a trouvé quelque chose à redire : « mais nos âmes peuvent pas être sœurs ! ON EST DES MECS ! ». Sérieusement, il a réussi à m'embrouiller.
-Putain mais jouez pas les pucelles effrayées, tous les deux ! s'exaspère Jack. Faites un peu plaisir à Kell, vous voyez bien que sa tradition du gui lui tient à cœur !
-Absolument !
-Qui êtes-vous pour être aussi égoïstes ?!
-Absolument !
Rha, merde, ce mot est fourbe. Je jette un coup d'œil à Jack qui les fixe sévèrement et qui allait continuer sur sa lancée très sage des remontrances mais –je ne sais pas exactement comment…- Flo et Fin finissent par s'embrasser. Enfin, s'embrasser, je n'ai pas le temps de cligner des yeux que c'est déjà fini… quoi, DEJA ?!
-Tout ça pour CA ?! m'offusqué-je. C'est un SCANDALE !
-C'est toi le scandale ! s'énerve Fin.
Je lui fais une grimace et tourne des talons, lâchant le bras de Jack qui demande à Fin si c'est sa grand-mère qui lui a appris à emballer les filles. Puisque c'est comme ça, je m'en vais. Et puis, je m'en fous, si Flo et Fin le prennent comme ça, je leur renverrai Guigui et voilà. Si on la joue malhonnête, très bien ! Je vais voir Théo que je vois se servir à boire un peu plus loin –le plus loin possible de Crixus, je pense, pour éviter de se faire pécho par Guigui. Il est fourbe, lui aussi, en fait.
Je me poste à côté de lui et m'appuie contre la table où on a mis toutes les boissons et les petits trucs à manger. Pour la forme, je lance un regard noir à Cho qui est avec Crixus sur le canapé et reporte mon attention sur Théo qui me sourit.
-Tu me sers, s'il-te-plait ?
-Tu veux quoi, Kell ?
-Ce cocktail-là…, essayé-je de me rappeler en jouant avec les olives. Celui que tu m'as fait la dernière fois…
-Pas d'souci, chérie ! J'assure trop pour celui-là ! C'est ma recette secrète !
-Ah ouais…
Je le regarde attraper diverses bouteilles et lui demande :
-Il embrasse comment, Cricri ?
-Bah…, commence-t-il en lançant des regards autour de nous pour être sûr qu'il n'y a pas d'oreille qui traine. Il est doué ! Mais c'est trop bizarre, faut vraiment que ce putain de gui se calme !
-Tu vas t'y faire !
