Harry était prostré sur le lit d'une chambre dans laquelle Rogue l'avait emmené après sa crise. L'ancien Mangemort était resté à ses côtés, dans un fauteuil près de la fenêtre. Il n'avait rien tenté pour le sortir de sa torpeur. Il savait trop bien qu'il devait en passer par-là avant de reprendre le dessus. Il avait vécu cette expérience après la mort de sa mère. Cela remontait à si loin à présent, mais la détresse de Potter avait fait ressurgir des souvenirs enfouis dans un coin reculé de sa mémoire. Il lui avait fallu une semaine avant de s'alimenter à nouveau et près de deux mois pour prononcer un mot. Il espérait néanmoins que le jeune homme se remettrait un peu plus vite, on était en guerre.
Ses pensées dévièrent tout naturellement vers Hermione. Illéa lui avait assuré qu'elle ne risquait rien, mais son mauvais pressentiment ne le quittait pas. Pensait-elle à lui ? L'appelait-elle à son secours ? Comme il voulait la serrer dans ses bras à cet instant ! Fatigué de sa nuit trop courte, il sombra dans le sommeil avec pour seule image le visage de son amante. Il ne se doutait pas de ce qui se passait dans la tête du jeune homme dans le lit, près de lui.
Harry était perdu dans un rêve. Trop choqué par la nouvelle de la mort de Ginny, il s'était réfugié dans des souvenirs heureux des moments passés avec elle : leur première rencontre au Terrier où elle avait rougit comme une pivoine, quand il l'avait sauvé des griffes de Tom Jédusor, leur premier baiser dans la salle commune après le match de Quiddich. Il ne savait plus exactement à qu'elle moment elle avait cessé d'être seulement la sœur de Ron pour devenir la fille qu'il aimait, mais il savait que ce baiser avait été une révélation. Durant l'été, il était venu passer le reste des vacances dans sa seconde famille, les Weasley. Lui et Ginny avaient passé de longues soirées à discuter et à s'embrasser. Souvent dérangés par Ron qui jouait les frères faussement protecteurs, ils avaient trouvé une cachette dans le grenier, loin des regards indiscrets. Ils n'avaient pas franchi le pas, elle n'était pas prête, mais n'avaient pas été avares de caresses et câlins. Quels merveilleux moments cela avait été !
Il se trouva soudain dans le parc de Poudlard, Ginny était au bord du Lac Noir. Sa chevelure flamboyante soulevée par une douce brise. Le jour couchant lui conférait une aura digne d'un ange. Merlin, qu'il pouvait l'aimer ! Elle se retourna vers lui, ses grands yeux emplis de larmes.
-Pardonne-moi Harry ! souffla-t'elle. J'aurais tant aimé vieillir à tes côtés.
-Mais nous pouvons le faire ! dit-il tendrement.
-Non, mon Amour ! C'est impossible à présent !
-Pourquoi ? Nous sommes ensembles. Dit-il en la prenant dans ses bras.
-Oui, c'est vrai. Mais tout cela n'est qu'une illusion, Harry. Nous sommes dans ton rêve. Tu dois te réveiller, le monde à besoin de toi.
-Je refuse ! Je ne veux pas te quitter !
-Pourtant il le faut, mon Amour ! Je ne suis pas réelle, tu dois l'accepter. Mais sache que je serais toujours à tes côtés. Retourne auprès des vivants, moi je ne suis plus qu'une ombre sur ton cœur. Ne m'oublie pas, sois fort et surtout, survis ! Promet-le moi !
-Je ne veux pas partir loin de toi. Pleura-t'il. Je me moque des vivants, tu n'en fais plus partie ! Si c'est ici le Paradis, ce n'est pas désagréable !
-Non, ce n'est qu'un rêve et tu dois te réveiller à présent. Adieu, je t'aime ! Réveille-toi !
Le paysage devint flou et la jeune fille commença à disparaître.
-NON ! Ginny, ne pars pas !
-Réveille-toi !
Il ne restait d'elle qu'une ombre. Harry cria vers elle :
-JE T'AIME !
Lorsqu'il ouvrit les yeux, se fut pour voir Rogue penché sur lui, l'air inquiet. Il se mit alors à pleurer.
-Je l'ai vu ! dit-il entre deux sanglots. J'ai vu ma Ginny !
Séverus le pris dans ses bras et le berça comme un enfant.
-Elle voulait te faire ses adieux, Harry. Dit-il doucement. C'est ce que font les anges.
De son côté, Drago était triste pour son ami. A cause de leur lien, il ressentait toute sa souffrance. Il ne connaissait pas vraiment la petite Weasley, mais il savait que s'était une fille douce et réfléchie. Elle était toujours souriante et à l'écoute de ses camarades.
-C'est injuste ! dit-il. Elle ne méritait pas de mourir !
Kara, qui jusque là s'était tenue en retrait, s'approcha et posa sa main sur le bras du jeune homme.
-Je sais. Dit-elle doucement. Personne ne devrait subir cela !
Drago se dégagea et la fusilla du regard.
-Qu'est ce que ça peut te faire ! Tu es immortelle !
Elle fut blessée par ces paroles.
-Nous ne sommes pas éternels, Drago ! Nous pouvons mourir ! Pas de vieillesse, mais au combat ! J'ai perdu mon frère dans la guerre contre les Ténébrions ! Crois-moi, je sais ce que c'est que de perdre quelqu'un que l'on aime !
Drago eu honte tout à coup ! Il se rapprocha de la jeune femme.
-Je suis désolé ! Je n'aurais pas du réagir ainsi, mais je suis si furieux. Mon ami a le cœur déchiré et je ne peux rien faire pour l'aider ! C'est tellement frustrant !
Kara pris son visage dans ses mains et le força à croiser son regard.
-Reste à ses côtés, pas besoin de parler. Il saura que tu es là pour l'épauler et t'en sera reconnaissant. Crois-moi, c'est déjà beaucoup pour un être qui souffre de savoir qu'il n'est pas seul.
-Merci ! dit-il avec un pauvre sourire. Merci, Kara !
Alors, elle approcha son visage et posa ses lèvres sur celles du Serpentard avec une infinie douceur. D'abord surpris par ce geste, il se laissa faire. Puis prenant conscience qu'elle avait posé ses mains sur sa nuque ; il l'a pris par la taille et approfondit le baiser. Il joua avec ses lèvres au goût de miel, demandant silencieusement la permission de franchir la barrière de ses dents. La langue de Kara caressa la sienne en un ballet enivrant. Le temps s'arrêta pour ces deux enfants pris dans la fièvre du désir. Leurs mains se cherchaient mutuellement, voulant sentir la peau de l'autre.
-Tu… tenta Drago en reprenant son souffle.
-Chuuuut ! souffla-t'elle en l'attirant à elle.
Ce fut leurs corps qui se dirent tout, en une danse sensuelle et passionnée. Chaque parcelle de peau était marquée par un baiser. En peu de temps, chacun décoda les réactions de l'autre à ses caresses. Leur union fut une véritable osmose.
Hermione était désemparée. Voilà une heure qu'elle tentait de rentrer en liaison télépathique avec Séverus, sans succès. Il devait se passer quelque chose. Si seulement elle l'avait écouté l'autre soir et qu'elle était restée avec lui. Son angoisse augmenta quand elle sentit une présence invisible dans la pièce.
-Qui est là ? demanda-t'elle anxieuse. Montrez-vous !
Un vent glacial se leva soudainement.
-Il avait raison ! dit une voix inhumaine. Ton pouvoir est puissant ! Je comprends qu'il veuille faire de toi une Déesse !
-Dites-moi qui vous êtes ! répliqua-t'elle, prête à attaquer.
-Je suis le démon Manock ! Je ne peux me montrer à toi, je ne suis pas encore matériel ! Mais très bientôt, grâce à ton aide, je ferais partie des vivants.
-Comment ça, grâce à mon aide ?
-C'est simple, tu me donneras la vie, tu seras ma mère mortelle !
-Dans tes rêves mon coco ! Ne compte pas sur moi ! Je ne veux pas d'enfant, pas comme ça !
-Désolé, ma Déesse, tu n'as plus le choix ! La conception est en route, je vais à présent prendre possession de l'embryon que tu porte !
-Comment ? Mais…
Soudain une impression de froid envahit la jeune femme. Une ombre s'approcha de son ventre et s'introduit en elle. Elle hurla de douleur et s'évanouit. Aïgon entra dans la chambre. Il la porta sur le lit et passant sa main sur ses cheveux, dit :
-Dors ma Princesse ! Sois fière, car tu va mettre au monde un Dieu !
Il déposa un baiser sur ses lèvres et sortit, un sourire triomphant sur le visage.
-Echec et Mat, Illéa !
Drago s'éveilla en sursaut. Il s'aperçut qu'il était seul, Kara avait disparu ne laissant que son parfum sur l'oreiller. Il ne se préoccupa nullement de ce détail, bien trop troublé par sa vision. Hermione était en danger. Elle se trouvait dans une salle immense, allongée sur une sorte d'autel. La souffrance marquait son visage. Des femmes voilées se pressaient autours d'elle. Soudain un cri retentit, celui d'un nouveau-né. Hermione hurla :
-NON ! Tuer-le ! C'est un monstre ! Tuer-le !
Cette vision faisait froid dans le dos. Il devait impérativement en parler à Rogue et Harry. Il s'habilla et se dirigea vers la chambre de ce dernier.
Kara était dans les jardins, songeuse. Urion, qui l'observait depuis quelques instants, la rejoignit.
-Qu'y a t'il, mon enfant ? Tu semble troublée ! Est-ce à cause de ce jeune mortel ?
-Comme toujours, Père, tu sais lire en moi comme en un livre ouvert ! dit-elle en se retournant vers lui.
-Ressentirais-tu des sentiments pour ce jeune homme ?
-Je le crains !
Urion soupira et pris sa fille dans ses bras.
-Est-ce réparable ?
-J'ai bien peur que non, Père !
-Mon enfant, je ne souhaite que ton bonheur, mais tu sais ce qu'il en coûte d'aimer un mortel. Pourras-tu l'affronter ?
La jeune Lumens releva un regard chargé d'émotions sur son père.
-Je l'aime ! Rien ne pourra défaire cela. Quoi qu'il advienne, je suis prête à tout subir pour lui !
-Si c'est ton choix, que Mère Nature t'accorde sa protection ! Tu as ma bénédiction.
-Merci, Père ! Elle enlaça fortement l'homme qui lui déposa un baiser sur le front.
Séverus et harry discutaient depuis un certain temps sur la situation et en particulier à propos du Démon.
-Si seulement nous savions de quelle façon il doit s'y prendre pour devenir matériel, nous pourrions intervenir avant ! s'exclama Séverus.
-Malheureusement, je n'en ai pas la moindre idée ! répliqua Harry.
-Moi je crois le savoir ! Drago venait d'entrer dans la chambre. Je viens d'avoir une vision. Ca ne va pas vous plaire !
