Chapitre 26 : Métamorphomagie

Ce matin, je me suis levée plus tôt pour prendre un moment devant le miroir. Les paroles de mon père sur la métamorphomagie présente dans la famille, m'ont réveillée.

Voilà des heures que je suis devant ce fichu miroir et je n'ai pas vu de changements dans mon apparence. J'aimerais changer la couleur de mes cheveux en blond, presque blanc, comme ceux que mon père a décrits, mais c'est sans résultat. J'ai même pensé que j'y étais arrivé, mais c'était un reflet de la chandelle à côté de moi !

Je suis découragée… je retourne à mon lit, regardant ma poupée de chiffon assise sur mon lit Je ne m'attendais pas à réussir du premier coup, mais la frustration est trop forte. Je n'ai jamais eu à travailler aussi fort sans avoir un résultat. Myrline et Socrate ne seraient pas très fière de moi. Je peux les entendre dans ma tête, même s'ils ne sont pas présents avec moi. Je dois réussir !

J'attrape la photo que mon père m'a donnée hier. Je l'ai déposé sur ma table de chevet avec l'album. Je m'assois sur le lit pour y trouver une idée, mais je me relève aussitôt. Par accident, je me suis assise sur mon livre d'occlumancie.

« L'occlumancie, la force de l'esprit »

J'ai soudainement une idée ! Et si la métamorphomagie était comme l'occlumancie, une sorte de force de l'esprit ?

Je focus donc sur la photo des cinq enfants. Je regarde ma mère. Ses cheveux longs et raides. Je pousse mon esprit à imaginer la couleur de ses cheveux. J'imagine la texture et leurs reflets. Je me concentre tellement que je suis presque capable de les toucher. Je m'avance alors vers le miroir en gardant cette image de ma mère et de ses cheveux blonds, presque blanc. Je me regarde alors dans le miroir en imaginant mes cheveux identiques aux siens. Je ferme les yeux sans regarder le miroir pout mieux me concentrer. Je pense fort, fort, fort à ce que je désire obtenir. Je ne sens rien, je ne devine aucun changement. Tellement que lorsque j'ouvre les yeux, j'ai un sursaut en me voyant. Mes cheveux ont complètement changé. Ils sont blonds, presque blancs et ils ont perdu l'ondulation que j'aimais tant. Je referme les yeux pour changer également mes sourcils afin qu'ils ne soient pas dépareillés. C'est un choc de me voir ainsi, mais je crois que je vais laisser mes cheveux en blond pour m'y habituer d'ici ma mission. Ce serait bête d'être démasqué parce que je sursaute en me voyant devant le miroir…

Je descends à la cuisine. En marchant, je me mets à anticiper la réaction de la maisonnée. J'ai d'abord un sourire puis je souhaite de tout cœur que personne, en particulier Fred, ne sera pas fâché de ce changement.

J'entre dans la cuisine. Mme Weasley fait chauffer du pain à même la braise de la cheminée. Elle est donc dos à moi. Il y a aussi mon père dans la cuisine. Lui aussi est dos à moi et il boit son café du matin. Le bruit de la porte qui se referme attire son attention et il se retourne pour voir qui vient d'entrer.

Ses yeux s'agrandissent et deviennent ronds en me voyant. Il manque même d'échapper sa tasse.

- Euh, Molly…Ne te retourne pas tout de suite averti-t-il tandis que je m'assois à côté de lui.

- Quoi ? demande-t-elle soudainement inquiète.

- Dépose les toasts avant de te retourner, continue-t-il

Mme Weasley dépose donc les toasts puis elle se retourne. En me voyant, elle pousse un cri de surprise.

- Non d'un gobelin vert ! Mais qu'as-tu fait à tes cheveux ?! s'exclame-t-elle

- C'est pour ma mission, dis-je précipitamment. Il paraît que dans ma famille, le don de Métamorphe est assez présent. Alors, j'ai pris la couleur des cheveux de ma mère pour me confondre quand je serai avec eux.

Mme Weasley va chercher les toasts et reviens. Elle réfléchit à ma réponse et distraitement, elle dépose les toasts sur la table. Elle fixe le vide, même si elle s'est assise face à nous. Ses lèvres remuent légèrement comme si elle faisait un calcul mental. Puis d'un coup ses yeux deviennent ronds. Elle a compris quelque chose. Mon père sait de quoi si s'agit et il soupir.

- Sirius. Ce don n'est pas de ton côté. N'est-ce pas ? demande-t-elle avec le même ton autoritaire qu'elle prend avec ses enfants. Alors si je comprends bien sa mère est…

- Oui, tu as bien compris, Molly, l'interrompt-il sur un ton exaspéré.

Puis il se lève et quitte la pièce sans rien ajouter. J'échange un regard éloquent avec Mme Weasley. Nous n'avons pas le temps de continuer notre échange, car Fred et George font leur entrée.

- M'man, mais qu'est-ce que tu as encore dit à ce pauvre Sirius pour qu'…commence George avant de s'arrêter net en me remarquant.

Je suis assise, dos à eux de sorte qu'il y a de forte chance qu'ils ne m'aient pas reconnu.

- Nous avons de la visite, M'man ? demande Fred.

- Non, nous n'avons pas de visite, dit-elle sur un ton amer.

Elle débute son petit-déjeuner en prenant bien soin de ne pas me regarder. Je ne comprends pas bien sa réaction. Les jumeaux font le tour de la table pour voir mon visage et à leur tour leurs yeux s'agrandissent devenant aussi ronds que ceux de leur mère quelques minutes plus tôt.

- Hélène ! s'exclame Fred.

Je sens le rouge me monter aux joues. La surprise a effacé tout ce qui pouvait le distinguer de son frère. Ce regard tendre, ce regard d'amour qu'il pose sur moi a disparu. Je vois le dégout à travers la stupeur de son visage. C'est trop ! Je ne peux pas supporter qu'il me regarde ainsi. Je me lève à mon tour et sort de la cuisine.

Je lutte tant bien que mal pour retenir mes larmes et retrouver mon calme. Je prends mes livres et je m'assois dans le hall pour étudier.

Je fais tous les efforts du monde pour me concentrer et faire mes exercices. J'essaie même ceux pour me vider l'esprit, mais je l'entends prononcer mon nom et je revois ses yeux stupéfaits. Cette répulsion dans sa voix et dans ses yeux résonne en écho dans ma tête malgré tous mes efforts.

Si je ne peux pas me changer les idées avec mes livres, alors je vais le faire en m'attaquant à un autre problème !

- Kreattur, appelé-je doucement pour ne pas réveiller le tableau.

Celui-ci apparait dès que j'ai fini de prononcer son nom.

- Oui, maîtresse, qu'est-ce que Kreattur peut faire pour satisfaire sa maîtresse ? dit-il en s'inclinant si bas que son nez touche le sol. Un thé ? Oui, la maîtresse veut surement un thé, alors Kreattur…

- Non, Kreattur. Je ne veux pas de thé. Je veux parler avec elle, dis-je en lui pointant le tableau de ma grand-mère. Elle est ma famille. Je suis triste de devoir me chicaner avec elle. Dis-moi comment faire pour réussir à avoir une conversation et comment gagner son respect.

- La petite fille de ma maîtresse aimerait la connaître. Mais ma maîtresse a été tellement éprouvée par ce fils infidèle et ingrat qui laisse entrer des personnages méprisants, traîtres-à-leur-sang et même des Sang-de-Bourbe.

- Je sais, Kreattur, dis-je sur un ton compatissant. Comment puis-je l'aider à avoir moins mal et qu'elle m'accepte ?

- Il faudrait jeter tous ses pourceaux à la porte, me dit-il avec une lueur d'espoir dans les yeux. Faire le ménage et lui parler de vos origines pures, malgré que le fils de ma maîtresse, l'ingrat, soit votre père.

- Il faut donc que je mette tout le monde dehors, c'est bien ça ? demandé-je en réfléchissant.

- Oui, me répond l'elfe avec une certaine avidité dans la voix. Mettre la pourriture dehors. Garder la maison dans son état.

- Très bien. Merci Kreattur, dis-je

J'ai mon plan. Je dois mettre tout le monde à la porte et devenir la libératrice de cette maison. L'elfe retourne à la cuisine en sautillant. Fred et George en sortent alors qu'il y entre. Ils passent tous les deux devant moi, puis comme ils s'apprêtent à monter, Fred rebrousse chemin et se dirige vers moi.

- Est-ce que je peux te parler, un moment ? chuchote-t-il

- Oui, répondé-je le cœur battant à tout rompre tellement j'ai peur de ce qu'il veut me dire.

Nous montons l'escalier et nous entrons dans ma chambre. Je reste immobile en essayant de calmer la pulsation de mon cœur qui me bat dans les oreilles. Fred me regarde intensément, sous tous mes angles.

- Tes origines étaient moins frappantes que de voir tes cheveux. Ce blond. C'est percutant. Je te préfère en rousse, mais je comprends très bien pourquoi tu as fait ce changement. Laisse-moi le temps de m'habituer, mais ça ne change rien à ce que je ressens pour toi. J'espère que tu n'en as pas douté ?

- Un peu, avoué-je soulager.

- Je m'excuse, dit-il en collant son front contre le mien.

Il me caresse la joue en plongeant ses yeux dans les miens. Ses yeux ont retrouvé toute la tendresse et l'amour qui font battre mon cœur. Ses lèvres rencontrent à nouveau les miennes, enlevant le goût amer de sa réaction, puis je me laisse tirer vers la chambre des jumeaux.

- Attention, George, annonce-t-il en entrant dans la chambre. Voici notre nouvelle Hélène !

George est assis au bureau et pèse de la poudre sur une balance. Il lève les yeux et me sourit avant de retourner à sa balance.

Je m'installe sur le lit de Fred et celui-ci aligne plusieurs rouleaux en carton dans une boîte.

- Je crois que votre mère m'en veut…

- Oh que si, elle t'en veut, dit George en transvidant la poudre dans un bol.

- Mais qu'est-ce que j'ai fait ? demandé-je

- M'man est comme ça. Elle juge les gens par leur origine au lieu de réfléchir au fait qu'elle t'adorait avant de les connaître, me répond Fred.

- Combien de temps, va-t-elle me bouder ?

- Je dirais qu'après ta mission, tu n'en entendras plus parler, me répond George sur un ton détaché.

Son commentaire efface le sourire de Fred. Il ne s'en est pas rendu compte et Fred fait comme si de rien était, mais moi je l'ai vu. La culpabilité, comme un monstre dans mon ventre, me dévore par en dedans. Il me faut travailler fort dans mes exercices pour me vider l'esprit de l'inquiétude sur le visage de Fred et de cette honte que je visse par rapport à mon choix. Je finis par réussir et je travaille à renforcir mon esprit, créant de nouveaux souvenirs. Particulières ceux à l'orphelinat. Avec les lettres que j'échange avec Marco j'arrive mieux à définir le tout. Ce qui me donne d'excellence défense si Voldemort tente de pénétrer mon esprit.

Je travaille sans relâche, essayant de peaufiner ma rencontre avec Severus Rogue chez Fleury et Bott. Tout doit être tel que discuté.

On frappe à la porte, je l'entends vaguement à travers ma méditation. La porte s'ouvre et se referme quelque part là-bas, loin de la librairie. Une ombre assombrit le portrait de boutique puis les mains bien chaudes de Fred me ramènent doucement à la réalité.

- Tu sais que j'ai passé la journée à travailler alors que tu dormais assis, me dit-il avec un sourire moqueur.

- Je ne dors pas, j'exerce mon esprit, dis-je en ajoutant une grimace.

Fred rit et me prends par la main.

- Viens, on va souper.