DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.
Rating : M+
Genre : romance / slash / Yaoi
Bonne lecture !
Chapitre 24
28 janvier 1913 – Godric-s Hollow
Harry contemplait le petit carnet noir posé sur son bureau, un objet si anodin et pourtant source de tant de problèmes. Deux semaines s'étaient pratiquement écoulées depuis que Lucius Malfoy était venu le lui remettre et il n'avait encore reçu aucune nouvelle des Dursley. Il ne savait pas s'il devait s'en réjouir ou s'en inquiéter.
Il entendit la sonnerie du téléphone dans le hall et Spratt qui décrochait. Il tendit l'oreille, aux aguets. Peut-être était-ce Ron ou Lucius, ou peut-être même Dursley en personne.
La porte de son bureau s'ouvrit et Spratt apparut.
- Un appel international pour vous, Monsieur le Comte.
- Un appel international ?
- Oui, Monsieur le Comte. De Malte.
Harry bondit presque hors de son fauteuil pour se précipiter dans le hall.
- Harry Black à l'appareil, dit-il à l'opératrice. Je prends l'appel.
- Un instant, Monsieur.
Un bourdonnement se fit entendre puis une voix.
- Harry ?
- Draco ? C'est bien toi ?
- Oui, c'est moi. Je t'appelle depuis l'hôtel.
- Ça me fait plaisir de t'entendre ! Bon sang, ce que tu...
Il allait lui dire qu'il lui manquait mais se reprit à temps, se rappelant que l'opératrice pouvait entendre toute leur conversation.
- Comment vas-tu ? demanda-t-il à la place.
- Très bien. L'île est magnifique. Il y fait aussi doux qu'au printemps. Et toi ? Comment vas-tu ?
- Bien. J'ai récemment reçu de bonnes nouvelles... A propos de... mon oncle.
- Je suis au courant. Je viens d'appeler mon père. Il m'a tout raconté.
- Tu y es pour beaucoup.
- Oh, je n'ai fait que tirer quelques ficelles...
- Tu as fait bien plus que cela, tu le sais. Et je t'en serai toujours reconnaissant.
- Je l'ai fait parce que cela en valait la peine.
Il y eut un moment de flottement. Tous les deux avaient envie de se dire autre chose que des banalités mais ils n'en avaient pas le droit.
- Alors, tu as vu Ginny ? demanda Harry pour changer de sujet.
- Oui, Pansy, les sœurs Greengrass et elle, sont restées cinq jours à Malte. Elles sont parties hier pour la Grèce.
- Comment allait-elle ? Cela fait longtemps que je n'ai plus eu de ses nouvelles.
- Plutôt bien, je pense.
- Tu penses ?
- Je ne l'ai pas beaucoup vue. Ariana s'est prise d'amitié pour elle et elles ont passé des heures à discuter entre elles. J'ai passé presque tout mon temps en compagnie de Pansy et à écouter Daphné Greengrass faire l'éloge de ton ex-intendant.
- Daphné Greengrass t'a parlé de Ron ?
- Et comment ! Elle était intarissable. J'en avais la nausée.
- C'est une bonne nouvelle ! Ça veut dire que Ron a peut-être des chances de...
- Ne te fais pas d'illusion, Potter. Jamais le vicomte Greengrass n'acceptera de marier sa fille aînée à un nobliau sans titre, sans fortune et maintenant sans emploi ! ricana Draco.
Le cœur de Harry se serra de culpabilité. En renvoyant Ron de son poste d'intendant, il l'avait privé d'un revenu et d'une situation qui lui auraient permis de faire un mariage honorable. Sa culpabilité fut cependant vite étouffée. Ron l'avait trahi et il ne pouvait plus lui faire confiance. C'était aussi simple que cela.
- Harry ?
- Oui. Désolé. Je... peu importe.
Il soupira.
- Je suis content que tu m'aies appelé.
- Harry... je t'appelle pour une bonne raison.
- Laquelle ? murmura Harry, s'attendant au pire.
La ligne grésilla.
- Je v... r... er ... Ang... terre.
- Quoi ? Que dis-tu ?
- Je vais rentrer en Angleterre.
- Oh, mon Dieu ! Que se passe-t-il ? Tu es blessé ? Tu es souffrant ? Il est arrivé quelque chose ? C'est Ariana ?
- Tout va bien, rigola Draco. Je vais très bien et Ariana aussi.
- Mais alors... pourquoi ?
Il y eu silence au bout du fil.
-Tu sais très bien pourquoi, dit finalement Draco.
Le cœur de Harry battait la chamade.
- Quand ?
- Dans deux semaines.
- Tu rentres seul ?
- Oui.
- Que va dire ton père ?
- C'est pour cela que je t'appelle... je ne compte pas rentrer immédiatement au Manoir.
- Que vas-tu faire alors ?
- Je me disais que je pourrais passer quelques jours sur la côte... A Brighton, par exemple. Tu crois que c'est possible ?
- Je... je... oui, c'est possible. Absolument.
- Est-ce tu peux organiser cela ?
- Bien sûr. Je m'occuperai de tout. Tu n'auras qu'à me donner ton jour et ton heure d'arrivée et je... hum... quelqu'un... viendra te chercher à la descente du bateau pour te conduire à Brighton.
- Ça semble parfait.
Harry pouvait deviner le sourire dans la voix de Draco.
- Je te rappelle bientôt, Harry.
- A bientôt, Draco. Prends soin de toi.
- Toi aussi.
La communication fut coupée.
Harry resta hébété quelques instants, comme s'il ne parvenait pas à croire à ce qu'il venait d'entendre. Draco allait rentrer en Angleterre. Seul. Pour être avec lui.
Une vague d'euphorie déferla dans ses veines au moment où il réalisa pleinement ce que cela impliquait.
Il souriait toujours au moment où il reposa le combiné du téléphone sur son socle et où Ron entra en trombe dans la maison.
-Harry ! dit-il, les joues rouges et la respiration haletante, comme s'il avait couru pour venir jusque-là.
Il tenait dans sa main une enveloppe. Harry sut immédiatement ce qu'elle contenait.
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- C'est Dursley ? demanda Harry quand il eut introduit Ron dans le bureau.
- Oui. Nous l'avons reçue ce matin. Par porteur.
- Hm. Il est pressé. Combien veut-il ?
- 500 livres.
Harry haussa les sourcils. Son oncle devenait gourmand.
- Appelle-le.
- Quoi ? Dursley ?
- Dis-lui de venir ici dans deux jours.
- Tu crois qu'il acceptera ? Cela va lui sembler suspect.
- Dis-lui que tu n'as pas l'argent mais que tu as trouvé des objets de valeur qui serviront d'acompte. Dis-lui aussi que je suis absent.
- D'accord.
- Bien. Quand ce sera fait, j'appellerai Lucius Malfoy.
Ron hocha la tête et fit ce que Harry lui demandait.
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29 janvier 1913 – St James Park, Londres
- Hermione ? Est-ce que tu m'écoutes ? demanda Gregory Goyle.
Il était midi et ils profitaient de la pause déjeuner d'Hermione pour se promener dans le parc.
- Excuse-moi. Tu disais ?
- Je disais que le Vice-Roi des Indes a été victime d'un attentat manqué juste avant Noël. Il s'agirait une nouvelle fois des indépendantistes. Leur mouvement est en train de... Hermione ?
La jeune femme soupira.
- Je suis désolée.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'es plus toi-même depuis que tu es revenue à Londres. C'est la formation d'infirmière militaire ? Ça ne te plaît pas ?
- Si, au contraire. Je suis ravie. C'est vraiment passionnant !
- Alors, de quoi s'agit-il ?
Hermione tritura ses mains gantées.
-C'est Severus, finit-elle par dire. Il...
Elle prit une profonde inspiration avant de continuer.
- Il m'a embrassée.
- Quoi ?
- Il m'a embrassée.
- Et... et tu étais... consentante ?
- Non... enfin... je n'ai pas réagi.
- Tu veux dire qu'il t'a molestée ? s'emporta Gregory.
- Non ! s'exclama Hermione. Pas du tout ! Je... j'étais surprise, c'est tout. Et je ne l'ai pas repoussé.
- Tu aurais voulu le faire ?
- Non, répondit Hermione en baissant la tête. Non.
- Je vois.
Comme Gregory ne disait plus rien, Hermione poursuivit.
-Il m'a demandé de l'épouser.
Cette fois, Gregory s'arrêta de marcher.
- Que lui as-tu répondu ?
- J'ai décliné sa demande.
- Evidemment ! A quoi s'attendait-il ? Il a le double de ton âge !
- Son âge n'a rien est à voir ! Severus est un homme... complexe mais très séduisant, et très attachant quand on prend la peine de le connaître ! Il est intelligent, attentionné et...
- Pourquoi l'as-tu repoussé s'il est aussi parfait ? coupa Gregory avec une certaine hargne.
- Parce qu'il... je ne crois pas qu'il m'aime pour moi. Il m'aime simplement parce que je lui rappelle quelqu'un d'autre. Et je ne veux pas qu'il m'épouse pour cette raison-là.
Hermione se remit à marcher avant de remarquer que Gregory était toujours immobile.
- Gregory ?
- Est-ce que tu l'aimes ? demanda-t-il d'une voix blanche.
- Je... je tiens beaucoup à lui.
- Ce n'est pas ce que je te demande. Es-tu amoureuse de lui ?
Elle baissa les yeux avec embarras.
-Il se peut que je le sois, murmura-t-elle.
Gregory eut l'impression que son cœur se fissurait de tous les côtés. Il ne laissa pourtant rien paraître et sourit crânement.
- Laisse-toi un peu de temps pour y réfléchir, dit-il. Tu vas le revoir de toute façon, non ?
- Oui. Il doit régulièrement venir à l'hôpital pour des visites de contrôle.
- Dans ce cas, vous pourrez peut-être en reparler.
- Je ne crois pas. Il est venu hier mais il m'a à peine adressé la parole.
- Comprends-le. Son orgueil a été malmené. Moi aussi, je réagirais comme lui si tu déclinais ma demande en mariage.
Hermione écarquilla les yeux.
- Je plaisante, s'empressa d'ajouter Gregory. Allez, n'y pense plus pour le moment. Tout cela finira par s'arranger.
- Merci, dit Hermione en posant la main sur son bras. J'ai tellement de chance d'avoir un ami comme toi.
- Et comment ! Allez, viens. Il est temps de rentrer si tu ne veux pas que le caporal-chef te tape sur les doigts !
- Arrête de l'appeler comme ça, le tança Hermione. Madame Pomfrey a parfaitement raison d'être stricte !
Ils reprirent leur route vers l'hôpital St Thomas. Hermione avait retrouvé le sourire et c'était tout ce qui comptait aux yeux de Gregory.
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30 janvier 1913 – Godric's Hollow
- Ron, arrête de faire les cent pas. Tu me donnes le tournis, soupira Harry.
- Il ne viendra jamais, maugréa Ron.
- Il viendra, affirma tranquillement Lucius.
Cela faisait une demi-heure qu'ils patientaient dans la pièce adjacente au salon de réception. Dursley était en retard.
Ron consultait sa montre pour la vingtième fois quand ils entendirent la cloche de l'entrée. Il sursauta tellement qu'il faillit renverser un vase posé sur un meuble.
-Tout va bien se passer, lui murmura Lucius. Vous savez quoi faire.
Quelques instants plus tard, Spratt apparut.
- Monsieur Weasley. Le Baron Dursley vous attend.
- J'arrive, Spratt.
Ron inspira un grand coup tout en tirant sur les revers de sa veste pour la réajuster et entra dans le salon.
-Dursley, le salua-t-il sommairement.
L'homme était en train de lorgner sans vergogne autour de lui.
- Eh bien ! Il s'en sort plutôt bien le petit orphelin... regardez-moi ça ! Quel luxe ! Quand je pense que nous l'avons nourri pendant des années et qu'il n'a jamais eu la décence de nous dédommager !
- Je ne pense pas que traiter un petit garçon comme vous l'avez fait appelle un quelconque dédommagement.
Dursley jeta à Ron un regard mauvais.
- De toute façon, dit-il, je me dédommagerai d'une manière ou d'une autre. Maintenant que j'ai vu tout ça, je peux vous assurer que votre ami le Comte n'a pas encore fini de cracher au bassinet !
- Je crois au contraire que c'en est fini, Dursley.
- Ah oui ? grogna le Baron. C'est ce qu'on verra !
- C'est tout vu, Oncle Vernon.
Harry entra dans la pièce sous le regard médusé de son oncle. Dursley se reprit cependant bien vite.
- Alors, tu es au courant, mon garçon.
- Je suis au courant de tout.
- Dans ce cas, tu dois bien te rendre compte que ça ne change absolument rien à l'affaire. Ou bien Weasley et toi me donnez ce que je demande, ou bien je me rends à la police.
- Oh, pour ce qui me concerne, tu peux te rendre à la police quand tu veux...
- Au risque d'envoyer ton ami et toute sa famille en prison ? demanda Dursley en plissant ses petits yeux porcins.
- Les Weasley n'iront pas en prison.
- Ah oui ? Je te garantis qu'ils seront pendus quand j'aurai montré ceci à Scotland Yard ! dit le baron en exhibant un petit carnet noir qu'il venait de sortir de la poche de sa veste.
Harry sourit placidement.
- Je doute que Scotland Yard s'intéresse à un cahier de dictées d'une écolière de village.
- Qu... quoi ?
Dursley ouvrit le carnet et le feuilleta rapidement. Au fur à mesure que les pages défilaient, son visage palissait.
-Un problème, mon cher Baron ?
Lucius venait d'entrer à son tour, sa canne à pommeau d'argent dans une main, un petit carnet en cuir dans l'autre.
- Qu'est-ce ça veut dire ? tonna Dursley en apercevant le Comte.
- Ça veut dire que l'odieux chantage auquel vous soumettez ma famille est terminé, Dursley ! s'exclama Ron.
Les yeux du Baron s'écarquillèrent quand il remarqua ce que Lucius tenait en main.
- Eh oui, Dursley, dit ce dernier en agitant le carnet sous son nez. La partie est finie.
- C'est... c'est... vous m'avez dupé ! éructa-t-il.
- Cela me semble assez évident. Et vous êtes lamentablement tombé dans le panneau.
- Ça ne se passera pas comme ça !
Lucius haussa les épaules et jeta négligemment le carnet dans la cheminée. Aussitôt, les flammes léchèrent le cuir, le racornissant avant de consumer le papier.
-Vous disiez ?
Le visage de Dursley vira au rouge soutenu. Il pointa un doigt vengeur et boudiné en direction de Lucius.
- Vous allez me le payer ! souffla-t-il comme un bœuf. Vous et votre sale nègre, vous allez me le payer !
Un éclat de rage à l'état pur traversa les prunelles de Lucius. Il tira sur le pommeau de sa canne d'un coup sec. Il y eut un bruit, une sorte de sifflement, et l'instant d'après, Lucius tenait Dursley en respect au bout d'une lame fine et pointue.
Harry eut un mouvement de recul. Les épées dissimulées dans des cannes étaient normalement interdites depuis qu'on avait mis fin à la pratique du duel, mais il ne s'étonnait pas que quelqu'un comme Malfoy en détienne une.
Lucius fit un pas en avant et appuya la pointe de son épée contre le cou de Dursley, faisant légèrement trembler le gras de son double menton.
- C'est la dernière fois que vous utilisez ce mot, Dursley, siffla-t-il. Vous traitez encore une fois mon... pupille... de nègre, et je vous assure que je vous arrache la langue pour la donner à manger à mes chiens ! Est-ce bien compris ?
- Vous êtes complètement fou ! Je vais...
- EST-CE BIEN COMPRIS ? cria Lucius.
Il accentua la pression de la lame si bien qu'une goutte de sang perla et dégoulina, imbibant le col amidonné.
Dursley opina de la tête. Lucius se recula, sans toutefois ranger sa lame dans son fourreau.
- Je vais déposer plainte ! couina Dursley en portant la main à son cou. Vous allez être arrêtés, tous autant que vous êtes !
- Vous ne ferez rien du tout.
- Ah oui ? Vous pensez pouvoir m'en empêcher ?
- Oui. Exactement comme j'ai empêché votre fils de nuire.
Le visage de Dursley se décomposa.
- Qu'est-ce que vous pensiez ? ricana Lucius en faisant glisser l'épée dans la canne. Que tout ce qui est arrivé à votre fils est le fruit du hasard ?
- Vous... je... c'est impossible, balbutia Dursley.
- Votre précieuse progéniture est en prison pour un bon bout de temps. Rien de fâcheux ne lui est arrivé jusqu'à présent, mais... cela pourrait bien ne pas durer... Alors, je serais vous, Dursley, je me tiendrais très éloigné de Harry Black, des Weasley et de moi par la même occasion.
Harry vit son oncle déglutir difficilement. Il semblait prendre la menace de Lord Malfoy avec le plus grand sérieux. Or, rien n'était plus cher à ses yeux que son précieux rejeton.
- Vous êtes abject, Malfoy ! jeta-t-il avec dégoût.
- Si tu veux voir quelqu'un d'abject, regarde-toi dans le miroir, Oncle Vernon, répondit Harry. Et maintenant, sors d'ici.
Dursley ne prit pas la peine de répondre. Il tourna les talons et sortit de la pièce en claquant la porte.
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- Est-ce... est-ce que c'est fini ? demanda Ron d'une voix blanche.
- C'est terminé, Monsieur Weasley. Ce mécréant n'osera jamais tenter quoi que ce soit maintenant qu'il n'a plus aucune preuve de la forfaiture de votre frère, et surtout, maintenant qu'il sait que nous tenons son fils.
Ron exhala un long soupir tremblant.
- Il ne sait encore rien à propos du tableau, observa Harry.
- Non, confirma Lucius. Et quand il le découvrira, il ne pourra que s'en prendre à lui-même. Ce qu'il croit être un certificat d'authenticité est une attestation que le tableau est une copie de l'œuvre originale... Il ne s'en est pas aperçu car il était trop pressé de repartir avec son dû.
- Je n'arrive pas à croire que tout cela est terminé, murmura Ron.
Lord Malfoy lui adressa un petit sourire froid.
- Si vous le permettez, je vais prendre congé Harry.
- Bien sûr. Merci Lucius. Merci pour tout.
Ron s'avança.
- Merci, Lord Malfoy, dit-il. J'ai conscience que ma famille et moi-même, nous vous devons beaucoup. Ainsi qu'à votre fils.
Lucius le considéra un instant, avant de répondre.
- Monsieur Weasley, ce que nous avons fait, Draco et moi, nous l'avons fait pour venir en aide à Lord Black, qui ne méritait pas de subir les conséquences du désastreux manque d'honneur de votre frère et de son idiotie.
- Je le sais, répondit Ron, les dents serrées. Mais je vous remercie tout de même.
- Fort bien. Passez une bonne journée, Monsieur Weasley. Harry, j'espère vous revoir bientôt.
- Certainement, Lucius.
Lord Malfoy quitta le salon et la demeure de Harry. Quand il fut installé à l'arrière de sa voiture, il sortit de la poche intérieure de son manteau un petit carnet noir en cuir souple qu'il examina avec un sourire, avant de le remettre en place.
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- Bien, dit Ron. Maintenant que tout est terminé, je suppose que nous allons regagner Loutry-Ste-Chaspoule.
- C'est ce qui était convenu, observa sommairement Harry.
Ron hocha doucement la tête.
- Harry... je ne saurais te dire combien je suis désolé pour tout ce qui s'est passé. Désolé d'avoir aussi lamentablement gâché notre amitié.
- Ce qui est fait, est fait, Ron. Je ne dis pas que je ne te pardonnerai pas un jour mais... pas aujourd'hui. Ni demain.
- Je te comprends et je ne te le demande pas. Je te suis simplement reconnaissant d'avoir pardonné à Ginny et d'avoir continué à prendre soin d'elle.
- Elle n'était responsable de rien. Elle ne méritait pas d'être utilisée comme un vulgaire morceau de viande, comme vous l'avez fait, dit Harry avec de la colère dans la voix.
- Je sais. Ça aussi, c'est quelque chose que je ne me pardonnerai jamais.
Harry soupira lourdement.
- Ecoute... cela ne sert à rien de ressasser tout cela. Il faut que tu reprennes ta vie en main et que tu avances. Si Bill et toi avez besoin d'une recommandation quelconque, je veux bien vous en fournir une. Elle ne sera peut-être pas outrancièrement élogieuse, mais elle sera suffisamment positive pour vous garantir un bon emploi.
- Je te remercie mais ce ne sera pas nécessaire. Bill a obtenu de réintégrer l'armée à un poste administratif. Il va s'établir à Greenwich, dans un logement de fonction.
- Et toi ?
- Je... je ne sais pas encore.
- Ron, je peux très bien...
- Je sais, coupa-t-il. Mais je dois m'en sortir seul. J'ai besoin de m'en sortir seul. Tu comprends ?
- Oui. Je comprends.
Ron fourra les mains dans ses poches et contempla la pointe de ses chaussures.
- Percy nous a dit qu'il était muté dans une paroisse à Dublin...
- Oui, confirma Harry.
- C'est... c'est que le conflit indépendantiste est assez... violent là-bas...
- Je n'ai pas choisi sa destination, Ron. L'archevêque de Canterbury a pris sa décision tout seul, sur base des agissements de ton frère et de ceux de l'évêque de Guilford. L'évêque est muté dans le Saskatchewan... ça me semble bien pire, comme situation !
- C'est juste que... Percy n'est pas très... tolérant... J'ai peur que la cohabitation avec les catholiques soit... compliquée.
- Possible. Mais je t'avoue que je n'en ai strictement rien à faire.
- Oui... je comprends.
Il n'insista pas. Il avait prévenu sa mère que jamais Harry n'accepterait d'intervenir en faveur de Percy pour qu'il soit muté dans une paroisse en Angleterre, au Pays de Galle, voire même en Ecosse.
- Est-ce que tu as trouvé un nouvel intendant ?
- Oui, dit Harry. Lucius Malfoy m'en a recommandé un.
- Hm. Dommage que Draco Malfoy ne soit pas une vraie fille, rigola Ron. Vous auriez pu vous marier et fusionner vos deux comtés !
Harry se raidit considérablement.
- Je ne suis pas certain de goûter la plaisanterie, dit-il.
- Oh Harry... allez...
- Et je te trouve bien mal avisé d'insulter Draco après ce qu'il a fait pour toi.
- Tu as entendu son père, répliqua Ron. Il l'a fait pour toi, pas pour moi.
- Il n'empêche que c'est grâce à lui que tu es tiré d'affaire.
Ron soupira.
- Tu as changé, Harry.
Harry ne répondit pas. Il se contenta de regarder partir celui qu'il considérait, jusqu'il y a peu, comme son meilleur ami.
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11 février 1913 – Brighton
Trois jours après l'épilogue de l'affaire Dursley, Harry reçut un appel de Draco, lui donnant les détails de son voyage de retour. Il prendrait le bateau jusqu'à Marseille et remonterait ensuite en train jusque Dieppe où il prendrait un bateau pour Newhaven.
A partir de ce moment, chaque jour qui passa lui sembla durer une éternité.
Pourtant, il avait été occupé. Entre le départ des Weasley et l'arrivée du nouvel intendant, il avait eu à faire. Le nouvel intendant se nommait Terrence Higgs. C'était un homme d'une trentaine d'années, grand et large, et qui dégageait une assurance tranquille.
Harry lui confia les registres du domaine et fit avec lui le tour des métairies. Ils visitèrent ainsi Yew Tree Farm et proposèrent à Timothy Drew de signer un bail sans pour autant augmenter le loyer qu'il payait à Ron. Drew accepta immédiatement. Par contre, Driscoll, l'exploitant de Willow Farm déclina la proposition. Il se faisait trop vieux pour continuer le travail de la ferme et n'avait pas de fils pour reprendre l'exploitation. Harry et Higgs convinrent donc avec lui qu'il quitterait Willow Farm au début du printemps.
Contrairement à Ron, Higgs était un fervent partisan de l'agriculture automatisée. Harry ne dut pas argumenter longtemps pour le convaincre de ne pas relouer la parcelle et d'investir dans une machine agricole pour l'exploiter.
Satisfait que le contact avec son nouvel intendant se soit bien passé, Harry fut plus serein quant à la perspective de s'absenter du comté durant plusieurs semaines. Il avertit Spratt qui ne fit aucun commentaire particulier, sinon de s'étonner qu'il veuille – à nouveau – partir sans valet de chambre.
Harry faillit se perdre dans des explications laborieuses avant de se rappeler qu'il n'avait au contraire, aucune explication à donner. Il le fit savoir à Spratt qui se confondit en excuses. Le majordome était tellement embarrassé d'avoir déplu à son maître qu'il ne sourcilla même pas quand Harry lui annonça qu'il allait se rendre à Brighton dans une des voitures qu'il conduirait lui-même.
Le 11 février, de bon matin, Harry prit donc la route de sa résidence secondaire, une jolie villa de style victorien, toute blanche, et située sur une petite colline en dehors de la ville. A l'arrière de la propriété, un petit sentier descendait directement sur la plage.
Arrivé sur place, il fut accueilli par Madame Foster. C'était une petite femme énergique qui habitait le village voisin de Kemptown et venait régulièrement entretenir la maison depuis que Sirius l'avait achetée en 1900.
-Bonjour, Monsieur Potter... oh, je... excusez-moi... Monsieur le Comte.
Elle l'avait connu avant qu'il ne devienne officiellement Comte de Gryffindor et n'était pas encore accoutumée à l'appeler par son titre.
- Ce n'est rien, Madame Foster. Vous pouvez continuer à m'appeler Monsieur Potter, ça ne me dérange pas. Au contraire... Ça fait du bien de redevenir celui que j'étais avant.
- Comme vous voulez, sourit-elle.
Elle ouvrit grand la porte de la maison pour laisser Harry entrer.
- J'ai fait comme vous m'avez demandé, dit-elle avec son parler familier. Tout est nettoyé, j'ai mis des draps frais dans la grande chambre et le garde-manger est rempli pour la semaine.
- Parfait. Merci, Madame Foster.
- Vous êtes sûr de pas vouloir que je vienne vous faire à manger ?
- Certain. Je pourrai parfaitement me débrouiller.
Elle croisa les bras sur sa poitrine en fronçant les sourcils.
- Un lord qui fait sa soupe tout seul, c'est pas banal !
- Je vous l'accorde, rigola Harry. Mais je ne suis pas né lord... cela fait toute la différence.
Madame Foster rit de bon cœur.
- Sérieusement, reprit Harry. J'ai... j'ai besoin d'être seul.
- Bien sûr, Monsieur. Mais n'hésitez pas à me faire appeler s'il vous faut quoi que ce soit.
- Je le ferai. Merci, Madame Forster.
La petite dame lui fit un signe de tête et s'en alla.
Harry referma la porte et s'adossa au battant. Demain, Draco serait ici. Avec lui.
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12 février 1913 – Port de Newhaven
Le port de Newhaven était beaucoup plus petit que celui de Portsmouth ou Southampton, mais il était néanmoins bondé.
Le bateau en provenance de Dieppe était à quai depuis un quart d'heure et les passagers commençaient à descendre.
De loin, Harry aperçut la haute silhouette de Draco qui s'engageait sur la passerelle. Il se fraya tant bien que mal un chemin dans la foule.
-Pardon, dit-il. Excusez-moi... pardon... je... pardon...
Arrivé à quelques mètres du bateau, il agita le bras.
-DRACO ! cria-t-il. DRACO !
Draco l'aperçut à son tour et pressa le pas, un grand sourire sur le visage. Harry marcha le plus vite qu'il pouvait, se faufilant entre les gens sans plus prendre la peine de s'excuser quand il les bousculait.
Quelques secondes plus tard, ils étaient dans les bras l'un de l'autre, se moquant bien qu'on puisse les voir. De toute façon, cela n'avait rien d'exceptionnel sur un quai. Ils pouvaient très bien être frères, ou cousins, ou simplement amis et être heureux de se revoir après une longue absence.
- Je suis tellement content que tu sois là, murmura Harry.
- J'ai cru que ce voyage ne terminerait jamais, répondit Draco.
Ils s'écartèrent l'un de l'autre avant de se mettre en recherche des bagages de Draco.
- Dobby est resté à Malte ? demanda Harry.
- Oui. Il est prévu qu'il rentre le 28 février à Southampton avec le reste de mes bagages. Je le rejoindrai là-bas et nous regagnerons le Manoir ensemble.
- Comment expliqueras-tu à ton père que tu rentres sans ta femme ?
- Oh, très simplement. Je lui dirai que je m'ennuyais à Malte mais que je ne voulais pas empêcher Ariana de profiter du reste du séjour.
Harry le regarda avec des yeux ronds.
- Il va accepter cette explication ?
- Bien sûr. Tu parles d'un homme qui a eu des maîtresses avant et après son mariage, et qui a écourté son voyage de noces après seulement une semaine. Moi, j'aurai tenu un mois et demi !
Harry secoua la tête, incrédule. Il avait décidément bien du mal à comprendre certains comportements de l'aristocratie. Pour autant, il balaya rapidement toute objection, trop heureux que cela lui permette d'avoir Draco à ses côtés.
Ils récupérèrent les deux valises de Draco auprès d'un manutentionnaire puis regagnèrent la voiture de Harry. Ce dernier s'amusait de la gaucherie de Draco qui semblait avoir du mal à avancer tout en portant sa valise. Et cela ne faisait que commencer. Quinze jours sans valet, ni domestique quelconque... Le séjour promettait d'être drôle.
Le début du voyage se fit dans un silence un peu étrange. L'un et l'autre semblaient à la fois fébriles et gênés. Ce fut finalement Harry qui se lança :
- Comment va Ariana ?
- Elle va bien. Encore mieux depuis que Blaise est arrivé.
- Oh. Ça devait être embarrassant.
Draco rigola.
- Pas plus que ma femme qui me dit de rentrer en Angleterre retrouver mon amant !
- Oui, admit Harry en riant à son tour.
Le reste du trajet se fit dans une ambiance beaucoup plus détendue. Draco raconta à Harry le voyage aller et sa découverte de l'île de Malte, tandis que Harry lui relata en détails l'issue de l'affaire Dursley.
Quand ils arrivèrent à destination, Draco sortit de la voiture et resta quelques instants à regarder la maison. Harry se méprit sur son attitude car il se dépêcha de dire :
- C'est bien moins grand et bien moins luxueux que ce dont tu as l'habitude mais...
- C'est parfait, Harry, coupa Draco. Absolument parfait.
Rasséréné, Harry lui fit un grand sourire avant de décrocher les valises du porte-bagages et de l'entrainer à l'intérieur.
- Nous serons sans domestique, dit-il en montant l'escalier qui menait aux chambres. Tu survivras ?
- Nous avons survécu à notre séjour à Manchester, non ?
- Oui, mais il y avait le personnel de l'hôtel. Ici, il n'y a personne, excepté Madame Foster et elle ne viendra pas si je ne le lui demande pas.
- Arrête de t'inquiéter, Harry. Je ne suis pas...
Draco s'interrompit. Il venait d'entrer dans la chambre à la suite de Harry et se dirigea immédiatement vers la porte-fenêtre qui lui faisait face. Il l'ouvrit, faisant fi de l'air frais du mois de février, et avança sur un large balcon.
-C'est... c'est magnifique, souffla-t-il.
Devant lui, les eaux gris-vert de la Manche s'étendaient à perte de vue. Le ciel était pâle mais lumineux, tout comme le soleil de cette fin de matinée.
-C'est vrai, dit Harry en se plaçant à ses côtés. Je pourrais regarder ce paysage à longueur de journée.
Ils restèrent silencieux un long moment, à contempler la mer, puis Draco se tourna vers Harry et prit son visage entre ses mains. Sans un mot, il se pencha et l'embrassa. Il ferma les yeux, savourant la sensation de plénitude qui se répandait en lui. C'était comme de rentrer à la maison après une longue absence. Il se sentait enfin lui-même. Enfin complet.
- Tu m'as manqué, dit-il en prenant Harry dans ses bras. J'ai pensé à toi chaque minute de chaque jour.
- Moi aussi. Je n'ai pas cru en ma chance quand tu m'as annoncé que tu revenais.
- Tu peux remercier Sergio et Ariana.
- Qui est Sergio ?
- Un serveur de l'hôtel. Il m'a fait prendre conscience que j'avais laissé la meilleure partie de moi-même en Angleterre. Et Ariana m'a convaincu de te rejoindre.
- Dois-je... m'inquiéter à propos de ce... Sergio ?
Draco sourit tendrement.
-Mon Dieu, Harry... non. Il ne peut y en avoir un autre que toi.
Harry soupira, bien plus soulagé qu'il ne voulait bien l'admettre.
- Donc, nous sommes seuls ici ? demanda Draco.
- Totalement seuls, confirma Harry. Il n'y a personne à des miles à la ronde.
- Et cette maison, là-bas ? dit Draco en montrant une villa située à une centaine de mètres de là.
- Oh, ne t'inquiète pas. La propriétaire ne vient qu'à la belle saison.
- Qui est-ce ?
- Je ne sais pas trop... Une vieille fille qui s'habille en rose toute l'année et vit avec une ribambelle de chats...
- Alors si je te déshabille, que je t'allonge sur ce lit et que je te fais l'amour toute l'après-midi, personne n'y trouvera à redire ?
- Absolument personne, souffla Harry.
Draco rigola et souleva Harry dans ses bras pour le ramener à l'intérieur de la chambre.
Ils s'embrassèrent, doucement d'abord, puis avec plus de ferveur. Bien vite, les vestes, les gilets, les cravates, les chemises volèrent dans tous les sens. Ils déboutonnèrent leurs pantalons et leurs sous-vêtements aussi vite que leurs mains tremblantes le permettaient. Quand ils furent nus tous les deux, ils restèrent un instant à se regarder avec émerveillement, comme s'ils ne parvenaient pas à croire à ce qu'ils étaient en train de vivre. Puis, ils se retrouvèrent à nouveau dans les bras l'un de l'autre, peau contre peau, à s'embrasser comme des affamés.
Draco souleva Harry pour l'allonger sur le lit et commença à parsemer de baisers chaque pouce de peau à sa portée. Il descendit lentement, léchant ses tétons, le creux de son estomac, son nombril, jusqu'à parvenir à son pubis. Du bout du nez, il caressa sa toison sombre, le pli de l'aine, l'intérieur de la cuisse, sans jamais toucher son sexe.
- Draco..., gémit Harry.
- Oui ? Qu'y a-t-il ? demanda Draco d'un air innocent, tout en poursuivant son exploration.
- S'il te plait, Draco...
- Que veux-tu ?
Harry prit appui sur les coudes et fixa Draco droit dans les yeux.
-Suce-moi.
Draco eut un sourire carnassier. Il aimait savoir que Harry était suffisamment à l'aise avec lui pour exprimer crument ses désirs. C'était ce qu'il aimait chez les hommes en général et chez Harry en particulier : le naturel et la désinhibition.
Plus que ravi d'accéder à sa demande, il prit le sexe de Harry dans sa bouche et le suça avec vigueur, se repaissant des gémissements et des râles de plaisir de son amant. Après quelques minutes, il releva la tête pour constater que Harry le regardait toujours. Ses joues étaient rouges, sa respiration haletante et ses yeux brillaient de luxure.
-Approche, commanda Harry.
Draco se redressa sur les genoux, et avança vers Harry. Ce dernier, toujours à moitié allongé, leva les yeux vers lui.
- Baise-moi la bouche.
- Oh, bordel de Dieu, jura Draco entre ses dents.
Il empoigna son sexe qu'il approcha de la bouche de Harry et le glissa entre ses lèvres entrouvertes. Harry ne fit aucun mouvement, se contentant de détendre sa gorge afin d'accueillir la verge de son amant. Draco commença par de lents allers et retours, mais l'excitation était trop forte et ses mouvements se firent plus profonds et plus rapides. Harry le prenait et le suçait avec un tel enthousiasme qu'il faillit jouir à plus d'une reprise. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait.
Alors qu'il atteignait la limite une fois de plus, il se recula et força Harry à s'allonger complètement sur le dos. Il se tourna dans le sens opposé à lui et l'enjamba pour surplomber son entrejambe. Il se pencha et prit le bout du sexe de Harry en bouche, le suçant très doucement.
Avec bonheur, il sentit les lèvres de Harry se refermer également sur son gland.
C'était la première fois qu'ils s'offraient une fellation mutuelle, et c'était une sensation incomparable. Ils prirent leur temps, ne cherchant pas la délivrance, mais seulement un plaisir lent et profond.
Quand Harry prit l'initiative de délaisser sa verge pour son anus, Draco émit un long râle de plaisir. Il le laissa faire quelques minutes avant de le supplier d'arrêter.
-Tes doigts, Harry. Je veux que tu me baises avec tes doigts...
Harry ne se fit pas prier. Il prépara Draco longuement, le torturant jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus. A bout de patience, Draco se retourna pour lui faire face.
Avec une lenteur délibérée, il descendit le bassin et s'empala très doucement sur le sexe de Harry, prenant quelques centimètres, avant de remonter et de redescendre à nouveau, en prendre davantage.
Harry le regardait faire, les yeux écarquillés, son orgasme prêt à exploser, tellement ce qu'il voyait l'excitait. Draco était l'image-même de la débauche et de la luxure. A contre-jour, les cheveux défaits, les jambes écartées de part et d'autre de ses hanches, son sexe gonflé qui se dressait sans pudeur, ses ondulations lascives... Harry était au bord du gouffre.
-Mon Dieu, tu es tellement beau, murmura-t-il.
A ce moment, Draco se figea. Un voile de douleur passa sur son visage. Harry se souvint qu'il n'aimait pas qu'on lui dise qu'il était beau car ces mots lui rappelaient ceux de ce monstre de Voldemort. Pourtant, il voulait que Draco les entende et surtout qu'il le croie.
Il se redressa en position assise, serrant le corps fin de Draco entre ses bras.
- Tu es beau, répéta-t-il. Incroyablement beau. Beau à l'extérieur, mais encore plus à l'intérieur. Et je te le répéterai autant de fois qu'il le faut pour que tu me croies... Mon Dieu, Draco... tu devrais te voir... si les anges existent, alors ils te ressemblent...
- Je ne suis pas un ange, murmura Draco.
- Non... tu es un homme. Un homme magnifique que je n'aurais jamais espéré avoir dans ma vie, même dans mes rêves les plus fous...
- Et pourtant, je suis là...
- Tu es là.
Harry resserra sa prise autour de la taille de Draco, l'amenant tout contre lui, et l'embrassa. Le baiser était brûlant, saturé de désir et d'amour. Draco ramena ses jambes derrière Harry et se remit à onduler langoureusement. Harry accompagna son mouvement et bientôt, ils se mirent à bouger en parfaite osmose. Il y avait une telle communion entre eux qu'ils ne formaient plus qu'un.
Draco entoura le cou de Harry de ses bras et tout contre son oreille, il murmura :
-Je suis beau, parce que tu me rends beau, Harry...
Il augmenta la cadence de son mouvement, chevauchant son amant avec passion. Une passion que Harry lui rendait bien.
- Je vais jouir, Draco, souffla-t-il. Il le faut...
- Alors, jouis, Harry.
- Oh Seigneur... Draco...
- Jouis en moi... Nourris-moi de ta semence...
- Oh mon Dieu !
L'orgasme de Harry fut délirant. Il n'explosa pas mais se propagea dans tout son corps à la façon d'un séisme. Harry tremblait de la tête aux pieds, des points blancs dansaient devant ses yeux. La sensation dura tellement longtemps qu'il eut l'impression qu'elle ne cesserait jamais. Quand il reprit ses esprits, il vit Draco en proie au même bouleversement. On aurait dit qu'il convulsait alors qu'il se vidait de sa semence tout contre le ventre de Harry.
Quand ce fut terminé, ils roulèrent sur le côté et restèrent allongés un long moment à se regarder.
- Toi aussi, murmura finalement Harry... toi aussi, ça t'a fait... pareil ?
- Pareil ? sourit Draco. Dans le sens... avoir l'impression que ton cerveau est en train de se liquéfier tellement tu jouis fort ?
- Non... enfin, oui, rigola Harry. Mais pas seulement...
- Je sais, dit Draco soudain beaucoup plus sérieux. Et oui, ça m'a fait pareil. Quand... quand tu étais en moi... je me sentais... complet, tellement... lié à toi... c'était...
- Magique ?
- Oui. Oui, magique. C'est exactement ça.
Harry posa sa main sur la joue de Draco et la caressa tendrement.
- Tu me fais ressentir tellement de choses... je n'imaginais pas cela possible.
- Toi aussi. Avec... avec les... autres, le sexe... c'était seulement répondre à... une pulsion, un besoin physique. Avec toi... c'est de l'amour. Rien d'autre que de l'amour. Et je n'avais jamais ressenti cela.
- Même pas avec...
- Non, coupa Draco en se penchant pour l'embrasser.
Il ne voulait pas que Harry finisse encore par parler de Thomas.
Ils s'embrassèrent avec paresse, laissant leurs mains errer sur leurs corps moites de leurs ébats précédents. Il ne fallut pas longtemps pour que le désir les submerge à nouveau.
- Harry, souffla Draco. J'ai encore envie de toi.
- N'est-ce pas ce que tu m'avais promis ? Me faire l'amour tout l'après-midi ?
Draco lui fit un sourire en coin et reprit possession de ses lèvres.
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Allongés dans le grand lit, le souffle encore un peu un court, ils se laissaient aller à un repos bien mérité. Draco avait posé sa tête sur la poitrine de Harry et un bras autour de sa taille.
Dehors, le vent s'était levé et ils pouvaient l'entendre souffler, entrecoupé par le cri perçant des mouettes.
-Promets-moi de ne pas me quitter.
Draco avait parlé tellement bas que Harry faillit ne pas l'entendre.
-Tu me l'as déjà demandé plusieurs fois, répondit Harry. Et tu connais ma réponse. Jamais je ne te laisserai.
Draco hocha simplement la tête, resserrant plus fort sa prise autour de la taille de son amant.
- Qu'y a-t-il, Draco ? demanda doucement Harry en caressant ses cheveux. Doutes-tu de moi ? Je t'aime, jamais je ne pourrais...
- Mes parents m'aiment aussi, coupa Draco. Ça ne les a pas empêchés de m'abandonner dans cet épouvantable endroit.
Harry ferma les yeux, le cœur serré. Plus le temps passait, plus il découvrait les blessures que son séjour à Azkaban avait laissées sur Draco. Et plus il avait du mal de ne pas en vouloir à Lucius.
- Je ne sais pas quoi dire pour te rassurer, Draco. Je ne peux pas te promettre que nous ne serons jamais séparés... je peux seulement te donner ma parole que ce ne sera pas de ma propre volonté. Et que je ferai toujours tout pour revenir vers toi.
- Merci, Harry. Je sais bien que ce que je te demande est irrationnel, mais ça me fait du bien de l'entendre.
Ils se réinstallèrent tous les deux dans le silence, un silence comblé et heureux.
- Est-ce que... est-ce que les choses ont... avancé avec Ariana ? demanda Harry après un temps.
- On n'a pas couché ensemble, si c'est ce que tu demandes.
- Ah.
- Mais... les choses ont avancé.
- Hm. Et... comment ?
- Tu veux vraiment qu'on parle de ce que je fais avec ma femme ?
- Eh bien, pourquoi pas ? Tu n'as pas de secret pour elle, je ne veux que tu en aies pour moi !
Draco soupira.
- Je l'ai touchée. Et... elle a pu me toucher aussi sans que je réagisse comme la dernière fois.
- Oh. C'est un bon début, je suppose.
- Oui.
- Tu... hum... tu as apprécié... ce qu'elle a fait ?
- C'était mécanique, Harry. Donc, oui, j'ai apprécié. Dans une certaine mesure.
- D'accord.
- Est-ce qu'on peut parler d'autre chose, maintenant ?
- De quoi ?
- Je ne sais pas... du fait que je meurs de faim ?
Harry rigola. Il devait avouer que lui aussi avait faim. Il fit bouger Draco afin de sortir du lit et enfila son sous-vêtement, puis son pantalon.
- Qu'est-ce que tu fais ? demanda Draco.
- Au cas où cela t'aurait échappé, il n'y a pas de domestique. Si nous voulons manger, il nous faudra préparer le repas nous-même.
Le visage de Draco se décomposa. Il n'avait manifestement pas pensé à ça.
-Allez, habille-toi, dit Harry en lui jetant son pantalon à la figure. Les pommes de terre ne vont pas se peler toutes seules.
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Draco regarda la pomme de terre posée devant lui, un air éminemment circonspect sur le visage.
- Tu n'as jamais pelé une pomme de terre ? demanda Harry.
- Pourquoi aurais-je dû un jour peler une pomme de terre ?
- Tu as raison, soupira Harry. Question idiote. Mais il n'est pas trop tard pour apprendre.
Il prit un petit couteau et le tubercule, et commença à le peler.
-Tu vois, c'est facile. A ton tour, dit-il en tendant le couteau à Draco. Moi, je m'occupe du poulet.
Il prit une cocotte en fonte dans lequel il déposa le poulet et l'assaisonna avant de le glisser dans le four.
-AAAAAH !
Harry se retourna d'un bond pour voir Draco tenir son index qui dégoulinait de sang. En soupirant, il poussa Draco jusqu'à l'évier et passa son doigt blessé sous l'eau froide.
- Je n'arrive pas à croire que tu sois incapable de peler une patate, maugréa-t-il.
- Je ne vois pas l'intérêt de peler une patate alors que j'ai toujours eu quelqu'un pour le faire à ma place !
Harry prit un torchon propre et en enveloppa le doigt de Draco.
-Assieds-toi quelque part et ne touche plus à rien, d'accord. Je n'ai pas envie de devoir t'emmener à l'hôpital.
Draco bougonna quelque chose mais se contenta de regarder Harry aller et venir dans la cuisine.
- Comment se fait-il que tu sois aussi à l'aise dans une cuisine ? demanda-t-il finalement.
- Nous n'avions pas de domestiques en Colombie. Sirius et moi préparions les repas ensemble. Il m'a même appris à dépecer le petit gibier.
- Très peu pour moi, dit Draco avec une grimace de dégoût. Et à Boston ?
- J'ai vécu au pensionnat de la faculté la plupart du temps. Ensuite... Sirius est mort. Je me suis débrouillé tout seul.
- Tu étais vraiment... tout seul ?
Harry haussa les épaules alors qu'il coupait les carottes en morceaux.
-Remus, l'associé de Sirius, venait me rendre visite de temps en temps. Et puis j'avais des amis à l'université. Je m'en sortais plutôt bien.
Pour la première fois depuis qu'il l'avait rencontré, Draco prit la mesure de ce que Harry avait laissé derrière lui pour revenir en Angleterre, de combien sa vie avait dû en être bouleversée. Et pourtant, il avait fait face à ses responsabilités. Il s'était attelé à la gestion de son domaine avec obstination et détermination.
Et avec la même obstination, il a décrété qu'il m'aimait, songea Draco. Malgré mon égocentrisme, malgré mes traumatismes, il a décidé qu'il m'aimait et rien ni personne ne pourrait l'empêcher de continuer à m'aimer.
- Pourquoi souris-tu comme ça ? demanda Harry, le sortant de ses pensées.
- Je me disais que j'ai été bien sot de te résister aussi longtemps.
- C'est certain, dit Harry d'un air dégagé. C'est bien que tu t'en rendes compte.
Draco délaissa le torchon qui entourait son doigt. Le saignement avait cessé. Il se leva et se plaça derrière Harry, entourant sa taille de ses bras.
- Est-ce que tu es heureux ici ? demanda-t-il tout doucement.
- Je t'ai pour moi tout seul pendant deux semaines ! Bien sûr que je suis heureux ! s'exclama Harry. Pourquoi poses-tu cette question ?
- Je ne parle pas de ça... Je parle de l'Angleterre. Tu as abandonné tant de choses pour revenir ici... Peut-être que tu regrettes ta vie à Boston.
Harry soupira.
- Je te mentirais si je te disais que Boston ne me manque pas. Ou mes amis. Mes études. Quand je suis arrivé ici, je n'avais qu'une seule envie. Repartir... Surtout après que tu aies découvert qui j'étais vraiment. Mais ton père m'a fait prendre conscience de mes responsabilités...
- Oui, c'est un art dans lequel il excelle, marmonna Draco.
- Il a eu raison. Car en m'accrochant à mon domaine, je me suis aussi accroché à toi. A l'idée que nous pouvions être autre chose que des ennemis... et aujourd'hui, je ne peux même plus imaginer une vie dont tu ne ferais pas partie.
Il se retourna pour faire face à Draco. Il prit son visage entre ses mains et posa son front contre le sien.
Et à cet instant, Draco comprit une chose essentielle. Tout ce qu'il avait vécu dans sa vie, les joies comme les souffrances, n'avaient eu qu'une seule vocation : celle de l'amener à ce moment précis, dans cette pièce, dans les bras de cet homme qui serait à jamais sa seule raison d'être.
A suivre...
