Chapitre 27 :


La jeune femme se posta à l'écart du corps, blême. Elle sortit de la pièce et s'assied sur les marches de l'escalier ignorant le regard de Mathieu qui fronçait les sourcils de surprise.

Il ne la rejoignit pas. Ne lui fit pas non plus de remarque. Il resta avec le doc à discuter de la mort de la victime.

Fred n'en n'était pas à son premier crime, ni à son premier tueur un peu sérieux. La peur, l'angoisse, l'effroi, le dégout…elle y était sans cesse confronter. Devenir flic à la brigade criminelle c'était un peu comme devenir médecin légiste. Il fallait apprendre à mettre nos sentiments de côtés et être plus fort. Il fallait se faire une raison et trouver quelque chose qui nous rappelle que la vie continuait et que malgré toutes ces violences, elle offrait des moments de bonheur et de rêves.

A chacun sa méthode. Beaucoup se muraient derrière une apparence dure, détachés, blasés comme si cela ne les touchaient pas. D'autres avaient un hobby. D'autres encore avaient choisis de se marier…

Fred elle, s'était réfugiée dans l'alcool dans un premier temps. Le soutient de ses amis et de son équipe l'avait aidé à se sortir de ce piège vicieux et elle avait vu là SA raison de tenir face à toutes cette violence. Ses amis et son engagement dans les réunions pour alcooliques anonymes.

En temps normal, Fred n'aimait pas montrer lorsqu'elle était vulnérable.
En temps normal, elle n'aurait pas peur…
Car elle n'avait aucune raison d'avoir peur. Ses amis étaient tous sains et sauf, Mathieu était bien vivant devant elle, Chloé était au commissariat, Hyppolyte, Grégoire … tous se portaient pour le mieux. Et Monsieur Armand ne se trouvait pas devant elle à la menacer sans qu'elle puisse se défendre …

Alors pour quelle raison ressentait-elle soudain cette angoisse qui la prenait à la gorge ? Pour quelle raison se sentait-elle désespérée et devait faire un effort considérable pour ne pas penser qu'ils ne pourraient arrêter Monsieur Armand ? Elle avait la sensation d'être une enfant dans sa chambre, avançant dans le noir et craignant sans cesse que le tueur ne vienne la poignarder dans le dos. Elle avait la sensation qu'Armand se jouait d'eux et que tous ici n'étaient que des pions.
Et Fred ne supportait pas cette sensation.

Cette sensation qu'Armand avait sans cesse un coup d'avance, cette sensation d'être un vulgaire pion, cette soudaine peur d'impuissance…Mathieu la partageait silencieusement alors que le doc lui exposait ses premiers avis.
Fred avait été formel. La victime était le major d'homme de monsieur Armand. Mise à part les affaires qui s'étaient volatilisées, rien dans l'appartement ne clochait.
Le meurtre était facile a deviner : une balle dans la poitrine et une autre dans le crane…

Quelque chose tracassait Mathieu. Quelque chose n'était pas normale. Pourquoi Monsieur Armand s'était il débarrassé de son major d'homme ? Pourquoi avait il le sentiment que le major d'homme n'était pas un élément anodin mais très significatif dans leurs enquête ?

- Je dirais qu'il est mort il y a un peu moins de dix heures, mais comme je te l'ai déjà dit, je dois procéder à d'autres analyses pour légitimer ce diagnostic

Ce constat n'étonnait pas Mathieu. Elle concordait avec ce que leur avaient dit les voisins. Hier au soir, deux hommes étaient montés dans l'appartement. La gardienne connaissait bien Monsieur Armand et avait clairement reconnu son major d'homme. Ils discutaient comme à leurs habitudes. Un peu plus tard dans la soirée, Monsieur Armand lui avait rendu ses clefs…seul.

Diane ne s'était pas inquiétée. Elle savait que le major d'homme avait le double des clés et François Armand, bien qu'un peu secret était un homme des plus charmants
qu'elle ait connu. Son Major d'homme et lui étaient très liés. Elle les avait toujours connus ensemble. Sans doute garde t il la maison en l'absence de Monsieur Armand.

- Toutefois, j'ai été un peu surprise lorsqu'il m'a dit qu'il n'en n'aurait plus besoin…admit la concierge

Les autres voisins admirent qu'ils n'avaient rien entendus. Ce fut seulement lorsque un petit garçon remarqua une marre de sang qui s'étendait en dessous de la porte, qu'alarmés, ils avaient appelés la police.

C'était étrange. On aurait presque dit qu'Armand avait tout mis en place pour qu'on ne découvre pas le meurtre et …paradoxalement pour qu'on le découvre. Mathieu ne ferait pas l'erreur de sous estimer son adversaire. Armand était un homme intelligent et méticuleux. Et pourtant rien dans ce crime ne lui ressemblait. L'erreur du crime prés de la porte, l'erreur de se faire apercevoir par la concierge avec le major d'homme… il n'avait même pas cherché à dissimuler le corps.

II savait ce qu'en penserait Chloé. Ce genre de crime laisse penser à un acte soit désespéré, soit de colère ou d'urgence. Le major d'homme s'était soudainement révolté contre Armand, en s'apercevant des horreurs de ce dernier, pourquoi ne l'avait il pas fait avant ? Mathieu savait qu'il était au courant des actes de son employeur, voir qu'il en était complice…

Armand aurait choisis de se débarrasser de lui ? Pourquoi ? Rien n'indiquait une trace de lutte d'après les constatations du doc. Le visage était même, incroyablement serein comme si il s'était laissé abattre de son plein gré…
Et quand bien même, Armand ne semblait pas avoir paniqué.

Non, tout était préparé. Soigneusement. Armand voulait qu'on découvre le corps de son major d'homme. Mais il ne voulait pas qu'on le découvre trop tôt…
Preuve évidente de ce scénario la pièce manquante ! Le major d'homme et Armand étaient seuls hier soir ; Où était Claire ? Où avaient ils cachés la jeune fille ? Car Mathieu sentait qu'elle n'était pas morte. Non il avait besoin d'elle pour une raison…
Un otage peut être. Une monnaie d'échange. Et dans ce cas….le major d'homme était un message. Un message qui leur était destiné…Raison pour laquelle il avait tué celui-ci dans son appartement alors qu'il aurait tout aussi bien pus l'abattre n'importe où.
Son équipe travaillait sur son cas. Chloé …Chloé était dans son équipe. Il était donc évident que la moindre information le touchant de prés ou de loin leur serait transmise !

Sa découverte lui parut si évidente que Mathieu aurait souhaité la confronté à l'avis de Chloé. D'ordinaire il avait toujours une intuition, une idée en observant la scène et particulièrement lorsqu'il était sur la trace d'un tueur en particulier. Mais Chloé, il le reconnaissait, avait le don pour flairer un indice qu'il n'avait pas vu et qu'il n'aurait probablement jamais découvert de lui-même.

Ces indices pouvaient parfois êtres capitales et orientaient l'enquête dans un sens ou dans l'autre. Elle l'agaçait lorsqu'il devait reconnaitre qu'elle avait raison et tournait sa propre théorie au ridicule. Il avait dans ces moments l'impression d'être un débutant. Amusé ou désespéré, il ne savait pas quel terme le définissait le mieux lorsqu'il l'observait se plongé physiquement dans la tête du tueur se coupant ainsi totalement du monde et se donnant en spectacle. N'empêche, à force de la côtoyer, il avait appris à comprendre le sens de ses mimiques et parfois, ses représentations l'aidaient lui-même à comprendre le tueur et donc la logique de l'enquête…Mais cela il ne lui aurait avoué pour rien au monde !

Mathieu hésitait à appeler la psychologue. Après les événements de la veille… il savait que ca n'était pas très professionnel. D'ailleurs il avait tenté à plusieurs reprises de l'appeler et de prendre son courage à deux mains. Chaque fois il raccrochait. C'était une chose de subir le courroux de son collègue, et s'en était une autre que d'affronter la psychologue…

Son comportement le désarçonnait. Il ne parvenait pas à…en fait si. Il n'arrivait que trop à l'expliquer. N'avait il pas fui Delphine lorsqu'il avait découvert sa tromperie ? Chaque fois, c'était elle qui provoquait le face à face et lui qui faisait tout pour l'éviter, préférant se terrer dans son travail et l'alcool. Certes il avait de bonnes raisons mais…le résultat était le même.
Il fuyait la douleur. IL fuyait ses sentiments, car c'était là qu'il était le plus faible, le plus vulnérable. Et il n'aimait pas du tout ce sentiment de vulnérabilité. Chloé avait raison dans un sens, il était un peu protecteur envers ses proches.
La voix de Fred, alarmée, l'extirpa de ses pensées

- On a coincé la taupe d'Armand dans l'équipe. Hyppolyte est à l'hôpital.

Pas besoin d'ajouter quoi que ce soit de plus. Mathieu avait parfaitement saisie ce que cela signifiait. Ils rentraient en quatrième vitesse au commiçariat interroger, un complice de Monsieur Armand vivant et tenterai de lui extirper des informations quant au lieu où se situait Claire.


To be continued...

Voilà je me suis un peu perdue...du coup je ne sais plus combien j'en ai rajouté ^^

A demain pour de nouvelles aventures ;)

En attendant un petit encas

" - Ben voyons, s'empressa t'il s'ajouter en se rendant compte de la situation
- D'un autre côté, on ne peut pas vraiment lui en vouloir, continua Fred sourcils légèrement froncés et un sourire léger au bout des lèvres

Avant que Mathieu n'ajoute quoi que ce soit, la jeune commandante avait déjà compris la situation. Mais elle n'en dit pas un mot attendant de voir comment son ami allait expliquer l'histoire. Elle trouvait décidément ses réactions très comiques.

- C'est ridicule ! Tu me vois avec Chloé ? Sérieusement !
- Chez pas à toi de me dire

Il tourna la tête et regarda à nouveau la vitre en soupirant malgré lui. Il savait, au fond de lui, qu'il regretterait ce dernier geste.

- Je me demandais si Chloé rentrerait chez elle ou chez Hyppolyte hier soir. Puis je me suis dit qu'Hyppolyte se faisait du souci pour rien…Dis moi Mathieu tu as craquée sur elle n'est ce pas ?
- Je l'ai embrassée ca te vas ? lâcha-t-il agacé par l'amusement de Fred "