Bonjour

Voici le 26ème chapitre.

Comme toujours, merci à toutes les personnes qui me lisent. Vous m'aidez à trouver l'inspiration quand parfois j'en manque un peu (la motivation aussi d'ailleurs). Et bien sûr un immense merci à Elyrine qui relit et corrige chaque chapitre depuis le début de cette histoire.

Bonne lecture et à jeudi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Before the lobotomy de Green Day

Chapitre 26 : Visite

« J'ai un regret dans la vie. Quelque chose que j'aurais dû faire mais que je ne pensais pas nécessaire. Quelque chose que je n'aurais sans doute plus l'occasion de faire, à présent. C'est bizarre comme parfois, on ne comprends que trop tard combien il aurait été important de faire les choses. Combien le regret est plus fort une fois qu'on en perd l'occasion que la peur qu'on ressentait à l'idée de le faire. Je m'en veux de ne pas avoir été voir Maman. Je pense que c'est en partie parce que Papa ne voulait jamais nous y emmener. Parce qu'il ne voyait pas une visite au cimetière pour nous recueillir sur sa tombe comme un moyen de soulager notre peine. Il ne fallait jamais parler d'elle. Il ne fallait pas pleurer sa mort. Il fallait se montrer fort. Et probablement que j'aurais dû aller la voir une fois devenu adulte. Une fois libéré de l'emprise que Papa avait sur moi. Mais je n'en ai jamais eu le courage. Et je sais que je ne pourrais plus le faire à présent. J'espère qu'elle ne m'en veut pas trop. »

Journal de Sam Winchester. 10 juin 2016.

Castiel fut surpris de la vitesse à laquelle Dean prit sa décision. Il s'était attendu à ce que le jeune homme demande un moment afin de peser le pour et le contre. Mais à peine deux jours après qu'il lui ait suggéré qu'il était temps pour lui de quitter la Californie, Dean lui dit qu'il était d'accord. Et si Castiel était heureux de sa décision, il n'en était pas moins déstabilisé par la vitesse à laquelle elle avait été prise. Et par la détermination évidente de Dean de s'y tenir. De ne pas reculer.

Castiel ne savait pas si c'était dû à ce qu'il lui avait dit, à ce qu'ils avaient fait ou si le jeune homme avait juste attendu qu'on lui dise de le faire pour accepter qu'il était effectivement temps. Dean ne lui donna aucune explication. Il se contenta de lui signifier qu'il était prêt. Et qu'il avait vu juste.

Ces deux jours avaient permis au jeune homme et à Red de récupérer de leurs blessures. Ils étaient à présent suffisamment guéris pour repartir sur la route. Dean ne pourrait pas conduire mais il ne semblait pas s'en soucier. Il voulait juste quitter le motel dans lequel ils avaient été coincés jusque-là.

Ces deux jours avaient été rythmés par les longues siestes que Dean s'accordait, les rondes que Castiel faisait pour soulager un peu Gabriel et Rufus et quelques discussions avec le jeune homme sur la vie d'avant. Sur ce qui leur manquait le plus. Sur ce qu'ils feraient s'il était possible de revenir en arrière.

Ils ne refirent pas l'amour. Castiel en avait terriblement envie et il aurait menti s'il avait dit qu'il n'y pensait pas presque constamment. Mais après leur première fois, Dean s'était réveillé courbatu et agacé. Il avait assuré à Castiel que tout allait bien mais son dos le faisait souffrir. Leurs activités avaient visiblement tiré sur les sutures de Rufus et il avait du mal à se tenir droit. Il avait dû rester coucher toute la journée et avait semblé particulièrement énervé de ne rien pouvoir faire d'autre. Il était évident que son dos n'était pas le seul endroit à le faire souffrir. Sa façon de se tortiller sur le matelas pour trouver une position confortable le trahissait sur ce point. Castiel ne le lui avait toutefois pas fait remarquer. Il était inutile de jeter de l'huile sur le feu.

Dean ne semblait toutefois pas regretter une seule seconde d'avoir couché avec lui. Castiel s'était inquiété à son réveil de le voir paniquer mais le jeune homme lui avait assuré qu'il avait pris énormément de plaisir, qu'il avait bien l'intention de recommencer et qu'il n'avait jamais rien connu d'aussi fort.

C'était également le cas pour Castiel. Il n'avait pas menti en le disant à Dean. Il avait bien plus d'expérience que le jeune homme. Il avait connu d'autres partenaires, fait l'amour avec des hommes qui comptaient et d'autres qui n'étaient rien de plus que des coups d'un soir. Il avait toujours pris du plaisir. Physiquement parlant, toutes ses expériences avaient été satisfaisantes. Mais elles l'avaient toutes laissé vide ensuite. Encore plus seul et malheureux. Il avait fini par croire qu'il ne réussirait jamais à trouver la personne avec qui le sexe ne serait pas uniquement du sexe. Avec qui il parviendrait à établir une connexion aussi bien émotionnelle que physique. Il avait fallu l'apocalypse et sa rencontre avec un homme prétendument hétérosexuel pour trouver enfin ce qu'il avait fini par cesser de chercher.

Faire l'amour avec Dean avait été une révélation. Physiquement, il avait pris un plaisir immense. Le corps du jeune homme semblait avoir été conçu pour accueillir le sien. Il était parfait en tout point. Musclé et finement dessiné. Il avait tout ce que Castiel aimait chez un homme. Une force évidente, une solidité qu'il n'aurait jamais trouver chez une femme et une douceur insoupçonnée pour un homme de sa carrure. Castiel aimait plus que tout la musculature de son torse couplée à la légère souplesse de son ventre. Dean était l'homme idéal, pour lui.

Émotionnellement, il avait eu la sensation de créer un lien avec le jeune homme. Pas uniquement parce qu'il était joint intimement à lui mais parce qu'il avait eu l'impression que son âme avait trouvé sa moitié. C'était difficile à expliquer. Castiel n'était pas sûr qu'il existait des mots suffisamment fort pour décrire ce qu'il avait ressenti. C'était fort et puissant, sans doute trop pour deux hommes qui se connaissaient à peine. Mais c'était tout de même parfait. Castiel n'en doutait plus à présent. Il était amoureux de Dean. Et il était presque sûr que le jeune homme partageait ses sentiments. Le voir s'abandonner ainsi au plaisir, offrir quelque chose de précieux à Castiel parce qu'il lui faisait confiance en lui avait été une révélation. Une épiphanie.

Et Castiel avait désespérément envie de recommencer. Il aurait voulu pouvoir passer des heures à explorer le corps de Dean. A découvrir tous les endroits qui étaient particulièrement sensibles. L'embrasser sur chaque centimètre carré de sa peau. Apprendre chacune des expressions sur son visage quand il s'abandonnait à l'orgasme. Il espérait en avoir l'occasion.

Mais pour le moment, Dean n'avait certainement pas la tête à ça. Après avoir expliqué qu'il était enfin prêt à quitter la Californie, il avait demandé à ce qu'ils rejoignent Fresno avant. Il lui avait fallu quelques minutes pour réussir à expliquer qu'il souhaitait se rendre sur la tombe de son frère. Castiel l'avait compris à la seconde où il l'avait dit. Mais Gabriel et Rufus avaient posé des questions. Dean leur avait répondu sans craquer. Mais il était évident que ce n'était pas facile pour lui. Ce serait pire encore quand ils seraient arrivés.

Ils n'avaient pas beaucoup de route à faire. Trois heures tout au plus en empruntant des routes secondaires. Ils firent le chemin en silence. Gabriel était au volant, Red assis fièrement sur le siège passager. Dean avait pris place à l'arrière avec Castiel pendant que Rufus les suivait dans sa voiture.

Castiel ne savait pas trop comment se comporter avec le jeune homme. Il était évident qu'il était particulièrement angoissé. Évident aussi qu'il ne voulait surtout pas parler. Mais il avait besoin de réconfort, besoin de sentir qu'il n'était pas seul. Castiel lui prit donc la main pour la serrer dans la sienne. Et le fait que Dean se laisse faire tendait à prouver qu'il avait eu raison.

Ce ne fut que lorsqu'ils furent arrivés aux abords de Fresno que le jeune homme sortit de son mutisme. Il indiqua à Gabriel la route à prendre avant de lui dire de s'arrêter sur le bord du chemin, non loin d'une petite clairière.

L'endroit était désert et calme, magnifique. Comme rarement en Californie en dehors des grandes villes, l'herbe était verte et les arbres feuillus et vivants. C'était visiblement un lieu où les gens venaient pique-niquer pour profiter du soleil. Il y avait quelques tables et une aire de jeux pour les enfants. Castiel aurait parfaitement pu y venir s'il en avait eu connaissance. Il aurait aimé s'installer à l'ombre d'un arbre pour lire au calme et apprécier de voir les familles partager un moment ensemble. Il pouvait comprendre pourquoi Dean avait choisi cet endroit. C'était parfait. Pour quelqu'un comme Sam, c'était sans nul doute l'idéal.

Il fallut quelques secondes au jeune homme pour réussir à quitter la voiture. Castiel ne savait pas s'il voulait qu'il l'accompagne ou s'il avait besoin d'être seul. Gabriel semblait lui aussi indécis puisqu'il coupa le moteur mais attendit de voir si le jeune homme réclamait leur présence.

Dean contourna la voiture pour faire descendre Red. Il se pencha ensuite par la fenêtre passager.

- Venez, j'ai quelqu'un à vous présenter.

Castiel hocha la tête avant de descendre de la voiture. Gabriel en fit autant avec quelques hésitations. Il semblait particulièrement mal à l'aise. Castiel le comprenait. Il devait reconnaître que lui-même n'était pas forcément très à l'aise.

Ils suivirent Dean dans la clairière. Red marchait devant, la tête levée et les oreilles dressées. Castiel était presque sûr qu'il venait ici pour la première fois lui aussi. Mais il semblait savoir ce qu'ils étaient venus faire. Ce chien ne cessait définitivement pas de le surprendre et de l'épater.

Dean les conduisit jusqu'à un coin de la clairière à côté d'un arbre qui semblait centenaire. Ses branches s'étiraient en direction du ciel, certaines retombant avec grâce et leur offrant un peu d'ombre. Juste au pied de l'arbre, Castiel aperçut une croix en bois. Red s'arrêter juste devant et se coucha aussitôt, sa tête entre les pattes.

Dean s'assit à côté de lui en silence. Castiel resta derrière le jeune homme, Gabriel à sa droite. Rufus était, quant à lui, toujours dans sa voiture. Il semblait avoir compris qu'ils avaient besoin d'un moment seuls.

Pendant de longues secondes, Dean se contenta d'observer la croix avec attention. Castiel ne fit de même. Le jeune homme avait gravé le nom de son frère dessus. Il avait également noté ses dates de naissance et de sa mort. Sam Winchester avait disparu juste avant ses vingt-cinq ans. La vie était définitivement cruelle et injuste.

- Hey Sammy, souffla finalement Dean après s'être raclé la gorge.

Castiel pouvait deviner la tension évidente dans les épaules du jeune homme. Il savait qu'il devait être difficile pour lui de s'adresser ainsi à son frère avec deux personnes pour le voir faire.

- Ça fait cinq mois que tu es parti. Cinq mois que je ne t'ai plus entendu rire à une de mes plaisanteries stupides ou critiquer mes choix musicaux ou ma façon de manger. Cinq mois que je pense à toi à chaque seconde de chaque journée. Cinq mois... c'est long et trop court à la fois.

Castiel jeta un coup d'œil à Gabriel et ne fut pas surpris de voir les yeux de son frères brillants de larmes contenues. Il était lui aussi touché par ce que Dean était en train de faire. Touché surtout par le fait qu'il avait choisi de partager ce moment avec eux.

- J'étais prêt à te rejoindre. Je sais que tu le sais et je sais ce que tu en penses. Mais tu sais aussi que c'était trop dur d'envisager une vie sans toi quand j'avais construit toute mon existence autour de la tienne. Tu étais mon point d'ancrage. Mon seul repère. Te perdre était comme voir ma vie perdre tout son sens. Mais tu voulais que je m'accroche. Tu voulais que je me batte et je ne pouvais pas te décevoir. Je ne pouvais pas ne pas tenir cette promesse.

Castiel finit par s'agenouiller pour être plus proche physiquement de Dean. Il sentit Gabriel en faire de même quelques secondes plus tard.

- Alors j'ai continué à rouler. J'ai continué à exister. Je ne pouvais pas vivre sans toi mais je pouvais survivre pour te donner ce que tu attendais de moi. Alors j'ai repris ma voiture et j'ai continué. Sans toi. Mais avec ton journal et mes souvenirs et... j'avais conscience de tourner en rond. Conscience de ne pas pouvoir tenir à ce rythme éternellement, que ce n'était que temporaire et que j'attendais uniquement le moment où je finirais par te rejoindre. Et puis tout a changé. Et quelque chose me dit que tu l'avais vu venir si je m'en tiens à ce que tu as écrit dans ton journal et ce que tu m'as dit dans mes rêves.

Castiel aimait l'idée que Dean pense que leur rencontre était un signe du destin. Que c'était quelque chose qui devait se passer, que c'était ce dont il avait besoin pour enfin redonner un sens à sa vie. Il aimait le rôle que cela lui donnait.

- Il y a d'abord eu Red que je suis sûr que tu aurais adoré. Tu as toujours voulu un chien. Je traînais des pieds parce que je savais que je finirais par m'y attacher et que ce serait trop dur quand il partirait. Mais Red ne m'a pas laissé le choix. Et je crois que d'une certaine façon, c'est toi qui l'a mis en travers de mon chemin. Il ne peut pas te remplacer mais il a pris ta place dans la voiture. Et il m'a aidé à surmonter mon chagrin et à me sentir moins seul.

Red aboya alors une fois comme pour signaler sa présence et s'adresser à Sam lui aussi. Castiel sentit son cœur se serrer en voyant le sourire que Dean adressait aussitôt à son chien.

- Si je suis venu aujourd'hui, c'est parce que je suis enfin prêt, Sammy. Je veux aller de l'avant. Je n'ai pas l'intention de tirer un trait sur toi ou de t'oublier. Mais je ne peux pas continuer à tourner en rond pour fuir quelque chose qui me poursuivra toujours. Je dois faire face à mon chagrin et accepter ta mort. Je dois vivre. Parce que je sais que c'est ce que tu attends de moi. Et si je l'ai enfin compris, c'est avant tout parce que j'ai eu la chance de rencontrer deux personnes extraordinaires qui m'ont forcé à ouvrir les yeux sur tout ce que je cherchais à ignorer jusque-là. Deux personnes que j'aurais voulu que tu rencontres parce que je sais que tu les aurais adoré, toi aussi. Et... je voulais juste te les présenter.

Dean tourna ensuite le visage vers Castiel. Ce dernier lui adressa un petit sourire avant de se racler la gorge à son tour.

- Bonjour, Sam. Je m'appelle Castiel. Dean m'a beaucoup parlé de toi et je peux te jurer que je suis déterminé à veiller sur lui. Je vais faire en sorte qu'il soit en sécurité à partir d'aujourd'hui, parce qu'il compte beaucoup pour moi, lança-t-il ensuite en regardant fixement la petite croix en bois devant lui.

Il ne voyait pas quoi dire d'autre. Il était difficile de s'adresser ainsi à quelqu'un qui n'était plus là, surtout quand on n'avait pas eu la chance de le connaître avant sa mort. Mais il voulait faire un effort. Il savait que Dean en avait besoin.

- Moi c'est Gabriel, le frère de Castiel. Dean compte aussi beaucoup pour moi même s'il m'arrive de le trouver particulièrement agaçant. Je suppose que tu vois très bien ce que je veux dire par là. Il devait sans doute te taper sur les nerfs aussi. Mais je me suis attaché à lui et je ferais en sorte qu'il ne lui arrive rien. S'il le veut bien, je serai un peu comme un grand frère pour lui. Histoire qu'il puisse se reposer sur quelqu'un maintenant qu'il ne t'a plus pour l'aider.

Dean se tourna vers Gabriel et Castiel lut la gratitude sur son visage. C'était un moment important pour eux trois. Un peu comme celui qu'ils avaient partagé quelques jours plus tôt quand Red luttait encore pour vivre. Il scellait un peu plus encore le lien qui les unissait à présent. Et si Sam n'était physiquement pas là, il n'en était pas moins pour autant un membre de la famille qu'ils formaient. Il était important que Gabriel et Castiel s'adressent ainsi à lui pour que Dean le comprenne.

- Il vous aurait adoré. Je veux dire... je sais qu'il vous aurait adoré. C'est évident. Et je pense que vous l'auriez aimé aussi. Il était... nettement plus facile à vivre que moi.

Castiel savait combien il était difficile de convaincre Dean qu'il était quelqu'un de bien et qu'il méritait d'être aimé. Le jeune homme se dévalorisait constamment. Sans doute était-ce dû à ce qu'il avait vécu durant son enfance. Et il était douloureux pour Castiel de l'entendre le faire à la moindre occasion. Il aurait aimé pouvoir le convaincre du contraire. Mais il savait que cela allait lui demander du temps. Il était toutefois prêt à se montrer patient.

- Moi, je ne te trouve pas si difficile à vivre que ça. Et puis, personne n'est parfait. Je veux dire, certains se rapprochent clairement de la perfection... moi, par exemple. Mais on a tous nos défauts et franchement, tu es loin d'en avoir beaucoup, expliqua Gabriel en souriant.

Dean secoua alors la tête, visiblement amusé par ce qu'il entendait. Il ne prenait clairement pas les propos de Gabriel au sérieux. Mais Castiel savait que son frère pensait réellement ce qu'il disait. Il l'avait tourné en plaisanterie parce que c'était ce qu'il faisait toujours. Mais il était sincère. Et il ferait en sorte que Dean finisse par le comprendre.

- Ce que je veux dire par là, c'est que selon moi, tu es plutôt quelqu'un de bien. Et je ne suis pas le seul à le penser. Et je suis convaincu que ton frère est fier de toi, qu'il l'a toujours été et qu'il le sera toujours, où qu'il soit maintenant.

- Il était particulièrement brillant. Parfois... parfois, je me dis qu'il était probablement trop bon pour ce monde. Qu'il est mieux là où il est. Parce qu'il est évident qu'il méritait bien mieux que ce que le monde est devenu à présent.

- Et à qui le devait-il, à ton avis ? Demanda alors Gabriel.

Dean ne répondit pas et Castiel sut alors qu'il ne réalisait pas combien ce que Sam était devenu était en grande partie dû à la façon qu'il avait eu de l'élever. A tout ce qu'il avait sacrifié pour lui. A tout ce qu'il lui avait offert alors qu'il n'était lui-même qu'un enfant.

- Tu sais Dean-o, je sais exactement ce que c'est de devoir élever un enfant quand on en est un soi-même. Je sais les sacrifices que ça demande. Je sais combien c'est difficile de devoir abandonner son enfance pour faire en sorte que notre frère ou sœur en ait une de son côté. De ce point de vue-là, nous avons vécu la même chose.

Castiel avait parfois tendance à oublier que Gabriel avait du assumer le rôle de père et de mère pour Anna et lui à la mort de leurs parents. Il avait fait en sorte qu'ils ne soient pas séparés. Il avait veillé sur eux. Leur avait raconté des histoires et chanté des chansons pour les endormir. Les avait soigné quand ils étaient malades. Avait répondu à leurs questions. Dean et lui étaient semblables. Ils avaient vécu des expériences similaires. Mais ils ne les avaient pas vécu de la même façon : là où Gabriel était conscient de ce qu'il avait fait, Dean continuait à penser qu'il n'avait rien accompli de significatif.

- Quand nos parents sont morts, j'avais tout juste quatorze ans. J'étais un gamin insouciant et un peu stupide. J'adorais embêter ma mère et j'entraînais Cassie et Anna dans mes bêtises. J'avais conscience qu'en tant qu'aîné, je devais montrer l'exemple. Mais j'étais un adolescent qui pensait que rien ne pouvait nous arriver. Qu'on serait toujours heureux et qu'il était inutile que je me montrer responsable puisque mes parents étaient là pour ça. Je les croyais immortels, intouchables. Comme tous les enfants, sans doute... je veux dire... on pense toujours que ça n'arrive qu'aux autres, non ?

Dean hocha la tête. A cet instant précis, Castiel réalisa qu'une connexion particulière s'était établie entre son frère et le jeune homme. Un peu comme entre deux soldats qui ont vécu la même guerre et qui en portent encore les cicatrices. Il se sentait presque de trop dans cette conversation. Mais il choisit tout de même de rester.

- Après l'accident, on nous a conduit dans un foyer. On était trop grands pour être adoptés et je refusais qu'on soit séparés. On avait perdu nos parents et... enfin, j'avais besoin d'être là pour Cassie et Anna. On a fait en sorte qu'aucune famille ne se porte volontaire pour nous héberger. Le foyer n'était pas parfait mais il nous permettait d'être ensemble et c'est la seule chose dont on avait besoin. Durant quatre années, j'ai fait en sorte d'être à la fois un père et une mère pour eux. Je n'avais aucune idée de ce que je faisais... j'agissais dans l'instant. Et quand j'ai été majeur, je suis devenu leur tuteur légal. J'ai trouvé un travail et nous sommes rentrés à la maison. J'ai tout fait pour leur offrir une certaine stabilité. J'étais prêt à tout sacrifier pour eux. Parce que c'était mon rôle. Parce que j'étais leur grand frère et que je me devais de remplir le rôle que nos parents ne pouvaient malheureusement plus tenir. Et tu sais quoi, Dean ? Je ne regrette rien. Je ne regrette pas de ne pas avoir pu être insouciant plus longtemps. Je ne regrette pas de ne pas avoir eu une adolescence normale. De ne pas avoir pu faire la fête avec mes camarades de classe. Je ne regrette rien parce que j'ai eu la fierté de les voir grandir et devenir des gens biens et même si je sais qu'ils le doivent avant tout à eux-mêmes, je sais aussi que j'ai joué mon rôle. Je sais que j'ai aidé. Et je sais qu'ils le savent eux aussi.

Castiel hocha la tête. Anna et lui avaient eu énormément de chance. Gabriel avait mis son chagrin de côté pour gérer le leur. Il avait fait en sorte que leur enfance soit la moins difficile possible. Et ils lui devaient tout ce qu'ils avaient vécu de bien ensuite.

- Le problème avec toi, Dean-o, c'est que tu refuses de voir que tout ce que ton frère est devenu est en partie grâce à toi. Et sans doute que tu ne peux pas le croire quand les gens qui n'ont pas vécu la même chose te le dise. Mais venant de quelqu'un qui a traversé des épreuves similaires, c'est différent. Si ton frère est devenu quelqu'un de bien, c'est parce que tu as veillé à ce qu'il le soit.

Dean ne semblait toujours pas convaincu. Mais il ne protestait pas et ne cherchait pas à nier ce que Gabriel disait. C'était un premier pas. Ils restèrent ainsi en silence durant quelques secondes avant que le jeune homme ne reprenne finalement la parole.

- Notre père n'était plus le même après la mort de notre mère. Je crois qu'il n'était pas capable de surmonter cette épreuve. Il s'est réfugié dans l'alcool et... il n'était pas violent. Il nous aimait. C'était évident. Il avait juste abandonné son rôle de père. Parce que sans ma mère, c'était probablement trop difficile pour lui. Et Sam n'avait que quelques mois. Il avait besoin que quelqu'un veille sur lui. Il avait besoin de ses parents. Je n'avais pas d'autre choix que de tenir le rôle que mon père refusait de tenir. J'ai commis des erreurs... sans doute trop et...

- Tu avais quel âge quand elle est morte ? Demanda alors Castiel en inclinant la tête sur le côté.

- Quatre ans, mais ce n'est pas une excuse pour...

- Tu étais un enfant, Dean. Un bébé. Tu avais autant besoin de tes parents que ton frère. Sauf que toi, tu n'avais personne. Sam, lui, t'avait toi, le coupa Gabriel.

Dean prit alors une grande inspiration avant de hausser les épaules.

- J'ai fait de mon mieux. Il méritait sans doute bien plus. Mais j'ai fait de mon mieux.

Castiel n'en revenait pas qu'un garçon de quatre ans ait eu le courage d'assumer seul le rôle de ses parents. Dean n'avait pas idée d'à quel point il était admirable, d'à quel point il était fort. Personne n'avait sans doute pris le temps de le lui dire. Et c'était regrettable, triste et injuste.

- Eh bien moi, je crois que tu as fait ce qu'il fallait, assura Gabriel.

- Ce n'était pas suffisant. Je n'ai pas pu le sauver. Si j'avais fait ce qu'il fallait, il serait toujours en vie.

Castiel avait espéré que leur dernière conversation à ce sujet aurait aidé Dean à réaliser qu'il n'était pas responsable de la mort de son frère. Mais de tout évidence, rien n'avait changé sur ce point. Il continuait à se sentir coupable. Il continuait à penser qu'il aurait pu faire différemment. Et cette fois, il ne savait pas quoi dire pou le convaincre du contraire. Il était à court d'idées. Heureusement pour lui, Gabriel semblait avoir encore suffisamment d'énergie pour combattre Dean sur ce point.

- Est-ce que tu crois que la mort d'Anna est de ma faute ?

- Quoi ?

Gabriel se racla la gorge puis croisa ses bras sur sa poitrine.

- Elle a été attaquée en revenant chez nous. J'étais en train de l'attendre et je n'ai rien pu faire. Je n'ai pas pu la protéger alors que toute évidence, c'était mon rôle. Alors est-ce que tu estimes que je suis coupable de sa mort ?

- C'est différent, protesta Dean d'une voix faible.

Castiel se passa une main sur le visage. Il avait confiance en Gabriel pour trouver les bons mots. Mais il n'était pas sûr que Dean soit prêt à les entendre.

- Non, ce n'est pas différent, protesta son frère.

- Bien sûr que si, ça l'est. Tu n'étais pas avec elle. Tu n'étais pas là et tu... tu ne savais pas ce que je savais moi. Tu n'as pas été entraîné par un père qui était plus un sergent instructeur qu'autre chose ! Tu ne pouvais rien faire.

- Oui, mais j'étais son grand frère et je me devais de veiller sur elle. J'aurais dû savoir qu'elle aurait besoin de moi. J'aurais dû le sentir. J'aurais dû être là pour la protéger. Mais pourtant, je ne me sens pas coupable. Je suis furieux, triste et je déteste ce monde pour m'avoir privé d'elle mais je ne me sens pas responsable de sa mort.

- Parce que tu n'es pas coupable, déclara Dean avec certitude.

Gabriel hocha la tête. Il posa ensuite une main sur l'épaule du jeune homme.

- Et tu ne l'es pas non plus. Ce n'est pas toi qui a tué Sam. Ce n'est pas toi qui l'a contaminé.

- Mais j'étais là ! Le coupa Dean avec force. J'étais là et je n'ai rien fait.

- Tu n'as rien pu faire, c'est différent. Tu n'as pas choisi de le laisser se faire mordre. Tu ne l'as pas abandonné. Tu n'es pas un super-héros, Dean. Peu importe comment tu as été élevé et peu importe l'entraînement que tu as reçu, tu es un homme ordinaire. Un homme qui malheureusement ne peut pas sauver tout le monde. Et ça ne te rend pas coupable pour autant. Parce que si tu l'es, alors je le suis aussi... et Cassie également. Mais il n'y a que toi à qui tu fais des reproches. Il n'y a que toi que tu juges responsable. Tu dois arrêter ! Ce n'est pas sain et ce n'est pas vrai. Et je continuerai à te le dire encore et encore jusqu'à ce que tu finisses par me croire. Tu peux demander à Cassie si tu en doutes... je n'abandonne jamais quand j'ai une idée en tête.

Dean se mordilla la lèvre inférieure une seconde avant de baisser les yeux sur le sol entre Gabriel et lui. Castiel réalisa qu'il pleurait au moment où ses épaules se mirent à trembler. Il le faisait silencieusement. Et c'était pire encore que de l'entendre sangloter. Il avait envie de le prendre dans ses bras pour tenter de le consoler. Mais il savait que ce n'était pas de lui dont il avait besoin à cet instant précis. Ce qu'il cherchait avant tout – sans doute sans le savoir – c'était l'approbation de la personne qu'il voyait à présent comme son grand frère. De celle qu'il voulait également considérer comme une sorte de figure paternelle. Il avait besoin de Gabriel et Castiel savait que son frère était parfaitement capable de lui donner ce qu'il recherchait.

- Dean, écoute-moi, murmura alors Gabriel en posant sa deuxième main sur l'épaule du jeune homme.

Ce dernier ne dit rien et ne releva pas la tête. Mais il était évident qu'il écoutait ce que Gabriel disait. Qu'il était attentif.

- Chaque jour, des gens meurent. Et chaque jour, d'autres se sentent coupables de ce qui leur arrive. Et c'était déjà valable avant que le monde ne prenne fin. Ce que tu ressens est normal. Mais ça ne veut pas pour autant dire que c'est juste. Mes parents sont mort dans un accident de voiture parce qu'ils refusaient de passer la nuit à l'hôtel et de nous laisser seuls. Ils ont pris le risque de rouler de nuit sur une route dangereuse. Ils en sont morts. Est-ce que je me suis senti coupable, à l'époque ? Oui, bien sûr que oui. J'ai pensé qu'ils étaient morts parce qu'ils m'avaient cru incapable de m'occuper de mon frère et de ma sœur. Est-ce que ça signifie que je suis coupable ? Non. C'était leur choix. Ma sœur a été mordu alors qu'elle était seule. Je me suis senti responsable. Mais j'ai compris que je ne l'étais pas parce que j'ai accepté que je n'aurais rien pu faire. Et parce que j'ai également compris qu'il était inutile de se demander ce que les choses auraient été si on avait fait des choix différents. Je sais pourquoi tu cherches à te culpabiliser de la sorte. C'est uniquement parce qu'il est difficile d'admettre que parfois... ce qui arrive échappe à notre contrôle. Qu'on ne peut pas changer les choses. Qu'on ne peut pas tout maîtriser et qu'on est le plus souvent impuissant. La mort de Sam est cruelle. Elle est terrible. Et il serait sans doute plus simple pour toi de continuer à penser qu'elle s'explique par ton manque de vigilance, par une erreur ou un choix que tu as fait avant. Mais ce n'est pas le cas. Elle ne s'explique pas. Il est mort parce que c'est ainsi que ça devait se passer. Point final. Et plus vite tu l'accepteras, plus vite tu seras capable d'apprendre à vivre avec.

Castiel s'attendait à ce que Dean proteste. A ce qu'il tente de convaincre Gabriel que c'était lui qui avait raison. Mais il n'en fit rien. A la place, il se pencha en avant jusqu'à ce que son visage soit appuyé contre l'épaule de Gabriel. Ce dernier entoura aussitôt sa taille de ses bras pour le garder contre lui.

- Tu ne pouvais pas sauver Sam, Dean. Tu ne pouvais rien pour lui. Et je sais qu'il ne t'en veut pas. Je sais qu'il ne te reproche rien comme je sais qu'Anna n'est pas en colère contre moi.

- Il me manque tellement...

- Je sais, mon grand. Je sais.

Dean laissa alors échapper un premier sanglot, puis un second. Castiel détourna alors les yeux pour laisser à son frère et leur ami un petit moment d'intimité. Il était à la fois incroyable triste et incroyablement heureux. C'était étrange et paradoxal. Il souffrait pour Dean. Il détestait le voir ainsi. Mais il avait conscience également qu'il venait de franchir une étape importante sur le chemin de sa reconstruction. Et il avait trouvé en Gabriel la personne parfaite pour le guider. Il était optimiste. Il savait que le jeune homme allait s'en sortir.

- Il continuera à te manquer... il te manquera probablement jusqu'à la fin. Mais tu n'as rien à te reprocher. Tu n'as rien fait de mal. Et tu n'as pas à t'en vouloir de vivre. Tu n'as pas à t'en vouloir d'être heureux à nouveau. Et si tu nous en laisses l'opportunité, Cassie et moi feront en sorte que tu le sois. D'accord ?

- D'accord, accepta finalement Dean.

- Je suis fier de toi, conclut alors Gabriel.

Et c'était sans doute ce que le jeune homme avait eu besoin d'entendre depuis tous ces mois. Ce qu'il aurait voulu que Sam dise. Ou peut-être même son père avant que le monde ne prenne fin. Gabriel avait trouvé les mots justes, une nouvelle fois. Ils firent redoubler les sanglots de Dean d'intensité. Mais ils le libérèrent également d'un poids qu'il portait depuis trop longtemps sur ses épaules.

Le jeune homme pleura durant ce qui semblait être une éternité. Ce ne fut que lorsqu'il fut enfin calme que Castiel reporta son attention sur Gabriel et sur lui. Ils étaient séparés, à présent.

- J'en ai assez de pleurer, constata Dean en s'essuyant le visage du revers de la main. Je n'avais jamais autant pleuré que depuis que je vous connais.

- Et tu n'as pas à en avoir honte. Il m'arrive de pleurer aussi. C'est normal. Ça ne fait pas de toi quelqu'un de faible et ça n'enlève rien à ta masculinité, si c'est ce qui t'inquiète.

- C'est pourtant ce que mon père disait.

- Ton père était un idiot.

Dean ricana une seconde puis hocha la tête. Gabriel déposa alors un baiser sur son front avant de reculer pour de bon. Il s'essuya également le visage, chassant les quelques larmes qui avaient débordé de ses paupières avant de reprendre la parole.

- Mais tu as raison sur au moins un point. On a suffisamment pleuré. Il est temps pour nous d'avancer.

Dean lui sourit alors avant de se passer une main dans les cheveux. Il se tourna ensuite vers la tombe de Sam.

- Je crois que tu peux te reposer, maintenant, Sammy. Il est évident que je ne suis plus seul. Et si tu y es pour quelque chose, alors je crois que je ne pourrai jamais te remercier suffisamment de les avoir mis sur mon chemin.

Castiel sentit son cœur se serrer en l'entendant. Il ne dit toutefois rien. Dean n'en avait visiblement pas fini avec ce qu'il avait à dire à son frère.

- Rassure-toi, personne ne pourra jamais prendre ta place. Mais ça ne veut pas dire pour autant que je ne peux pas leur faire un peu de place, hein ? Tes mots. Pas les miens.

Il semblait bien plus à l'aise, à présent, visiblement soulagé du poids qui reposait sur lui à leur arrivée.

- Je croyais que tu ne voulais plus nous faire pleurer, commenta alors Gabriel.

- Ce n'est pas ma faute si tu es trop sensible, répliqua aussitôt Dean.

- Oh, je t'en prie, c'est clairement Cassie le plus émotif de nous deux. Il pleure à chaque fois qu'il voit E.T. Et je ne te parle pas de quelques larmes silencieuses. Je te parle de gros sanglots bruyants, de nez qui coule et tout ce qui avec.

- Gabe ! Protesta alors Castiel en lui donnant un coup sur l'épaule.

Ce dernier rit aussitôt.

- OK, OK, j'exagère sans doute un peu.

- Ne te moque pas. Tout le monde pleure quand E.T. rentre chez lui à la fin du film, assura Dean en souriant.

- Peut-être, mais tous les adultes ne pleurent pas quand le chasseur tue la mère de Bambi.

- Bien sûr que si ! C'est triste et il se retrouve seul et... tu n'as pas de cœur, j'espère que tu le sais, au moins, lança Castiel en prenant un air faussement indigné.

Gabriel haussa les épaules.

- Oh, je le sais, oui, et je l'assume. Je suis un être sans cœur qui aime qu'on tue les animaux dans les films et qui est content de voir un extraterrestre fictif quitter notre Terre pour rentrer chez lui !

- Tu es un monstre, commenta Dean.

- Sans doute, oui. Et encore, tu ne sais pas tout...

Dean secoua alors la tête. Il semblait clairement amusé par cet échange avec Gabriel. Et Castiel savait que c'était exactement ce que son frère avait voulu obtenir en choisissant de changer de sujet. C'était quelque chose qu'il avait toujours fait pour Anna et lui quand ils n'allaient pas bien. Il se chargeait de détendre l'atmosphère. Il faisait une plaisanterie ou deux jusqu'à réussir à les faire sourire. Et ça fonctionnait à merveille à chaque fois.

- Je crois que je préfère rester dans l'ignorance, pour une fois. J'aurais peur de finir par regretter tout ce que je t'ai dit jusque-là.

- Oh, Dean, tu ne pourrais pas. Je suis aujourd'hui essentiel à ton existence. Tu finiras par le comprendre.

- Je le sais déjà, assura le jeune homme avec sérieux.

Gabriel lui adressa un petit sourire avant de se tourner vers Castiel.

- Maintenant, laisse-moi te raconter le jour où Cassie ici présent a pleuré toutes les larmes de son corps parce que l'abeille qu'il avait capturé dans un verre a fini par mourir dans la nuit parce qu'elle manquait d'oxygène. Je te jure, il lui avait même trouvé un nom. Il a été inconsolable pendant des semaines entières.

- J'avais cinq ans ! Rappela Castiel.

- Et tu aurais dû savoir qu'en enfermant un animal dans un verre, tu finirais par la tuer. Mais tu pensais qu'elle parviendrait à reconstruire une ruche dans les quelques centimètres carrés dont elle disposait. Tu parlais déjà de récolter son miel.

Dean éclata alors de rire et Castiel sentit son cœur s'accélérer. Il n'y avait pas de son plus agréable à ses oreilles. Il aurait pu écouter le jeune homme rire durant des heures sans se lasser et le simple fait qu'il en soit capable après le dur moment qu'ils venaient de vivre le remplissait de joie. Peu importait que Dean rie à ses dépens.

- Je te signale que tu m'as laissé faire. Ce qui fait clairement de toi un meurtrier.

- Oh, je t'en prie, c'était juste une abeille. Je savais que le monde ne s'effondrerait pas si elle venait à mourir et j'étais convaincu que tu avais besoin d'une bonne leçon. Ça a fonctionné d'ailleurs. Tu n'as jamais recommencé.

- J'avais le cœur brisé !

- Pour une abeille, Cassie. Pour une abeille.

- Pour un être vivant, oui.

- OK, ça suffit tous les deux, les coupa alors Dean qui avait réussi à retrouver son calme.

Gabriel leva ses mains devant lui en signe d'apaisement. Castiel, quant à lui, se contenta de hocher la tête.

- De toute évidence, cette dispute ne vous mène à rien et il est temps pour nous de reprendre la route. Rufus va finir par s'impatienter.

Le jeune homme se releva ensuite et épousseta longuement son pantalon. Il tendit ensuite sa main à Castiel pour l'aider à se remettre debout avant d'en faire de même avec Gabriel. Red se redressa à son tour.

- Merci d'être venu avec moi. C'était important de... je pense que j'avais besoin de ça pour clore ce chapitre.

- Content d'avoir pu t'aider Dean-o.

- Tu sais que je déteste ce surnom ?

Gabriel haussa les épaules.

- Eh bien il va falloir t'y habituer parce que moi je l'aime bien. Je trouve que ça sonne bien et que ça te va parfaitement.

Dean secoua la tête avant de passer un bras autour des épaules de Gabriel et de prendre la direction de la sortie de la clairière.

- Tu sais... je commence vraiment à me demander comment Castiel a pu te supporter toutes ces années sans te tuer.

- Oh, ne crois pas qu'il n'en a pas eu envie !

- Je confirme, lança Castiel en les suivant.

- J'ai passé la moitié de mon enfance à avoir peur qu'il m'assassine la nuit. Parfois, il m'arrive de penser qu'il finira par le faire un jour.

- J'avoue que l'idée n'est pas pour me déplaire, confirma Castiel en souriant.

Dean rit à nouveau et le cœur de Castiel s'emballa dans sa poitrine. S'il n'avait pas déjà compris avant cela qu'il était amoureux du jeune homme, il l'aurait sans doute réalisé à ce moment là. Il était encore trop tôt pour le lui dire. Mais ça n'en était pas moins vrai.

- Cassie, tu ne pourrais pas vivre sans moi.

- Ça, c'est toi qui le dis. Des fois, je pense vraiment que ma vie serait bien plus agréable sans quelqu'un pour me rappeler sans cesse tous les moments les plus humiliants de mon enfance.

- Hé, c'est mon rôle de grand frère. C'est un privilège dont je dispose et dont je profite à juste titre.

- Dont tu abuses, plutôt, rectifia Castiel.

- Désolé, Cas, mais sur ce point, je dois me ranger du côté de Gabriel. Un grand frère se doit de charrier constamment son petit frère. C'est dans la logique des choses.

Castiel secoua la tête avant de les dépasser pour rejoindre la voiture.

- OK, j'abandonne. Pensez ce que vous voulez. Vous n'êtes rien de plus que des tyrans.

- Tout de suite les grands mots, plaisanta Gabriel.

- Tu avais raison. Il est définitivement le plus émotif de vous deux, ajouta Dean après quelques secondes.

Cette remarqua arracha un rire à Gabriel. Castiel ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il aimait la facilité avec laquelle Dean plaisantait avec son frère. Le soulagement évident qu'il ressentait maintenant qu'il avait franchi cette étape importante. Il les laissa continuer à se moquer gentiment de lui et se contenta de prendre un air faussement furieux. Il n'était pas vexé ni en colère. Il était tout simplement heureux. Entouré des deux personnes qui comptaient à présent le plus au monde pour lui et de Red, il se sentait bien. Il se sentait à sa place. Et il priait pour que cela dure jusqu'à la fin.