Salut tout le monde !

BWAAAH ! C'était super dur à boucler, ce chapitre ! Une fois de plus, sans Elerina et Cloudy-L, j'en serais jamais arrivée à bout, aussi... T-T Mais cette fois, je suis fière. Genre, vraiment contente de ce que j'ai réussi à produire là.

Alors j'espère vraiment que vous aimerez. ^^ Je ne vous dis pas ce qu'il y aura, tenez-vous juste prêts à être peut-être un peu... Surpris ? XD

Allez, j'en dis pas plus. Bonne lecture à tous (toutes) ! =D JE VOUS AIIMEUUH x3

(J'avoue, je suis fatiguée. Crevée. Mais je suis guérie sinon. Et vivante. J'crois que c'est l'important. xD)


Chapitre 26 : Il paraît que la fin du monde est plus proche qu'on ne le croit

Un soupir s'échappa de ses lèvres et son souffle se mua en vapeur au contact de l'air froid.
Il leva les yeux au ciel et sentit plonger directement sur son visage une goutte d'eau, mouillée-glacée.

Mouvement d'humeur au rendez-vous, Vanitas chassa rapidement cette saloperie de pluie de sa joue droite, rougie par la température trop basse à son goût, et ne put retenir un nouveau soupir. Bordel, pour un temps de merde, c'était un temps de merde. Un vrai temps pourri, à vrai dire. Le ciel gris, les nuages noirs, et les gouttelettes d'eau polluée annonçant l'orage. Pas de parapluie dans sa main, pas de capuche à son blouson en cuir, à peine un jeans sur ses jambes et un t-shirt blanc contre son torse. Et surtout, par-dessus tout, plus que tout, cette saleté d'incapacité à se casser d'ici, de cet endroit tout aussi pourri que le temps.

Sans trop savoir quoi faire, il passa une large paume dans ses cheveux sombres et dérangea ses foutues mèches dérangées, et à vrai dire il se demandait pourquoi. Pourquoi il restait là. Pourquoi il attendait. Pourquoi ses yeux cherchaient vaguement au-delà de l'enceinte du parc le crâne blond d'un type qu'à force, il ne connaissait que trop bien. Pourquoi il prenait bêtement la pluie dans la gueule au lieu d'aller se mettre à l'abri.

Nouveau soupir et mains dans les poches – ouais, décidément, pour un temps de merde, c'était un temps à pleurer, et il ne savait pas trop s'il devait encore ou non retenir les larmes aux contours de ses yeux jaunes. Bordel.
Pourvu qu'il revienne vite, qu'ils se cassent ensemble, que l'autre tordu ne soit pas si tordu que ça et ne s'emmêle pas – pourvu qu'il ne leur arrive rien, pourvu qu'il ne lui arrive rien, pourvu que tout se passe bien.


A coup sûr l'ouragan dans sa tête était pire que tous les cyclones s'étant jamais abattus sur la ville.

Y'avait comme une chiée d'informations à avaler, à absorber, à accepter mais bordel, il y arrivait juste pas ; surcharge, surchauffe, overdose et si ça continuait comme ça, il allait finir par s'écrouler par terre et juste crever là comme un chien. Ça n'allait pas, ça n'allait plus ; d'une seconde à l'autre il passait de la haine à la peur et du courage soudain, de sentiments nobles, à la colère, aux pires de tous, sans cesse, sans trouver moyen de s'arrêter, sans rien à quoi se raccrocher non plus.

Alors, il avait frappé.
Comme d'hab'. Un poing levé, balancé dans le ventre, le torse, l'abdomen, là où ça faisait mal, si possible – juste pour qu'il se taise. Qu'il se la coince. Qu'il se la coince, bordel. Comme d'hab'. Un pas en arrière, un regard noir meurtrier venu d'en bas parce que putain, il était trop petit pour le prendre de haut, et les insultes qui bientôt couleraient à flots d'entre ses lèvres fines et douces au toucher – ça allait faire mal, ça aussi. Tant mieux ; c'était le but. Comme d'hab'.
Marre de lui, marre de l'entendre débiter ses conneries, et la douleur au cœur qui se resserre encore et encore et encore et encore.

Roxas avait envie de chialer.
Et puis, putain, il y comprenait plus rien, de toute façon – ni à ce qu'Axel disait, ni à ce qu'il faisait, ni à ce que lui-même faisait d'ailleurs, ni à ce qu'il pensait et encore moins à ce qu'il ressentait, là, quelque part dans un coin paumé mal protégé entre deux poumons qu'il allait finir par cracher s'il trouvait pas le moyen de se remettre à respirer correctement.

« 'tain, Roxas..., fit bientôt la voix d'un certain roux, mais il avait pas envie de l'écouter, pas même envie de l'entendre, et il secoua violemment la tête. Roxas, écoute-moi !
– Ta gueule ! Explosa le blond – c'en était trop. Ta gueule, putain, mais ta gueule, t'es complètement con ! »

Le travelo tendit une main dans sa direction, comme pour la poser sur son épaule ; mais il se prit une immense claque dans le bras et il parut piger que, non, décidément, là, fallait pas qu'il s'approche – genre, vraiment pas du tout. L'adolescent le voulait pas, le voulait plus, et le voudrait plus, même, parce que là, ça allait trop loin ; alors oui, il avait fait l'effort de lire ses SMS, oui, il avait répondu, et oui, il avait repris espoir en ce qui le concernait, et merde à la fin, oui, il était revenu le voir, et peut-être pas seulement par curiosité mais là c'était juste pas pensable, et puis c'était trop – trop, trop, trop !

« S'il te plaît, écoute-moi, demanda Axel, et le ton suppliant de sa voix manqua de peu de faire craquer Roxas – mais non, bordel, non, il avait décidé qu'il l'écouterait pas, et il l'écouterait pas, point barre ! C'est important, je te dis...
– J'en ai rien à foutre ! J'm'en fous, j'te dis, j'm'en bats la race, j'm'en bats les couilles, ferme ta gueule, enfoiré ! T'as pas à obéir à ta mère comme ça, t'façon, t'es quoi, putain, un putain d'soumis ou quoi ? J'te déteste, bordel ! »

Et face à lui le roux travestit prenait tout dans la gueule, dans les dents, au corps et dans la tête, sans rien dire sans rien faire, sans bouger sans protester, alors qu'il aurait eu toutes les raisons du monde de le détester, de l'envoyer chier pour de bon – mais c'était flou, de toute façon, trop flou pour Roxas qui n'était même pas sûr d'avoir tout bien capté, mais qu'avait de toute manière pas le temps de le faire, et soudain sans qu'il ne comprenne rien deux paumes fortes se placèrent sur ses épaules.
Il ne put réagir, ne put bouger, ne put trembler, ne put parler, releva les yeux, voulut hurler, et soudain Axel parla.

« Contrairement à toi, j'aime ma mère. Et elle est malade, et... Ecoute, j'sais pas comment t'expliquer. Je pensais que tu comprendrais, tu comprends pas, bah voilà, tu veux que j'te dise quoi ? Ma mère a besoin d'une fille, j'ai pas vraiment de père pour me dire que je suis bien comme ça, et de toute façon, même s'il le disait, je le croirais pas. J'aime pas ce corps, j'aime pas cette tête, je suis plus à l'aise comme ça qu'habillé comme toi et de toute manière, je préfère les hommes. »

Sale gay.
Ça aurait dû être la première réponse à lui venir à l'esprit – ça aurait dû. Pourtant, ça ne vint pas. Sale gay. Et rien ne vint à la place ; il ouvrit la bouche mais ne parla pas, releva les yeux mais on n'y put lire que la surprise, fit un pas en arrière mais n'osa pas s'enfuir, et ce fut le silence. Le silence. Fort, puissant, dévastateur – et pourtant le silence, brisé par à-coups, à chaque battement de son cœur, à chaque goutte de pluie sur le sol, et les deux frappaient maintenant à la même cadence, avec la même intensité, la même fréquence. La même douleur.

On dirait pas, comme ça. On a pas l'habitude, aussi. De tout ça. Aux yeux de quelqu'un de normal c'était justement pas normal – cette discussion, sous la pluie, sans s'abriter, et ces sujets, ces phrases qui ne mènent nulle part, cette dispute sans queue ni tête à propos d'un truc que Roxas était même plus certain de bien comprendre.

Ou certain de plus comprendre, en fait. Les cloches dans sa tête, les tambours dans son esprit et la batterie dans sa poitrine, un vrai concerto accompagné de la pluie qui allait plus vite, plus vite, plus vite, entraînant son cœur et ses poumons avec, tandis qu'Axel avait détourné la tête ; et il ne regardait pas, cet enfoiré, il ne regardait plus, comme s'il avait honte, ou peur, ou s'il était déçu – mais déçu par quoi, enfin ? C'était plutôt au blond d'être fâché ! A lui de péter un câble ! A lui de tout défoncer autour de lui ! A lui de l'agonir d'injures, de l'insulter jusqu'à ce qu'il en crève, de lui faire comprendre à quel point c'était juste-

A dire vrai, Roxas aurait voulu que ce soit la fin du monde juste maintenant.

Pourquoi ? Plus facile. Pourquoi ? Moins douloureux. Pourquoi ? Moins long, plus rapide. Pourquoi, pourquoi, mais pourquoi ? Plus clair, plus logique, plus normal, dans le genre qui laisse moins de traces et qui fait mieux le boulot – et surtout, qui l'emporte avec, lui aussi.

Et si soudain la pluie enlevait l'oxygène au loin, et si soudain l'eau recouvrait le sol jusqu'au vingtième étage des bâtiments, et si soudain son souffle se coupait, si soudain son cœur s'arrêtait de battre la chamade, est-ce qu'il mourrait, est-ce qu'ils mourraient tous, est-ce que ce serait la fin pour de bon, enfin ?

Non.
Non. Axel à lui seul n'avait pas le droit de tout bousiller, d'arrêter les souffles et les cœurs et le monde, juste avec la sincérité dans ses yeux et dans ses paroles ; et soudain les mots revinrent, les phrases se formèrent, maladroites et imprécises, quelque part dans son esprit, avant de remonter à la surface – et il voulut les crier, les hurler, les lui cracher à la gueule, juste parce que soudain il réalisait que non, décidément, non, ça allait pas, même Axel n'avait pas le droit de dire ça, et même ce putain de travelo n'avait pas le droit de parler comme ça.

« T'es un mec, bordel ! Balança-t-il, haut et fort, hors de lui, au point tel qu'il était même plus sûr de ce qu'il voulait vraiment dire. Un travelo, un putain de travelo de merde, mais un mec quand même ! T'as aucun respect pour toi-même ou quoi, putain ? Et ta mère, mais elle a rien à dire, c'est juste ta mère, bord-
– Mais arrête, putain ! »

Axel avait crié et instantanément, Roxas se souvint des mains fortes du roux sur ses épaules – une douleur aiguë naquit à hauteur de ses omoplates et il voulut crier, ne le fit pas, ferma les yeux, serra les dents – fort. Jamais, jamais depuis qu'il le connaissait il n'avait entendu le roux lui parler comme ça ; parce que toujours, toujours il avait les mots les plus doux du monde, et il gueulait pas, il se fâchait pas, il disait jamais d'insultes, pas comme lui quoi.

Sur le coup, il eut envie de partir – de partir très loin. De prendre ses jambes à son cou, encore une fois, de hurler quelque chose, n'importe quoi, et de quitter le parc, le plus vite possible, de s'enfuir, à nouveau, encore et toujours. Mais cette fois, y'avait quelque chose en lui, quelque chose comme un parasite, implanté dans son estomac qu'il nouait en casse-tête chinois, quelque chose qui répandait son putain de venin directement dans ses veines, et ce même venin qui infectait chacun de ses membres, l'un après l'autre, sans en oublier aucun ; et ça l'immobilisait, ça le paralysait, bientôt ça atteindrait le cou et il ne pourrait plus bouger.

Et puis, soudain, il sentit un frisson – au creux de son dos, le long de ses vertèbres, finir contre sa nuque.
Axel s'était penché et Roxas ne pouvait plus baisser les yeux, maintenant ; c'était trop. Trop. Beaucoup trop pour son esprit qui déconnait un peu plus à chaque seconde, beaucoup trop pour son cœur qui n'en pouvait plus de battre si fort – et puis la marée des cheveux roux du travesti sur ses épaules minces contrastait avec le vert de ses yeux juste comme leur froideur contrastait avec son sourire, ce sourire qu'il avait paumé on savait pas trop où et qu'il avait pas l'air d'avoir envie de retrouver, et sa peau pâle à son front s'était crispée, ses doigts contre le blond resserrés et-

« Roxas, finit par dire le roux, mais sa voix semblait loin et si proche à la fois, et ses mots résonnèrent, résonnèrent dans l'esprit de l'adolescent jusqu'à ce qu'il en ait mal à la tête. J'suis désolé, mais... Ma mère, c'est la seule famille que j'ai. Et actuellement, c'est la seule personne qui m'aime vraiment, alors je veux pas la décevoir, tu comprends ? Je... Je sais pas si c'est bien, si ça vaut vraiment l'coup, si c'est vraiment ça que j'veux, mais là, faut que je change, ce sera mieux pour tout le monde. »

Les doigts d'Axel tremblaient, il le sentait – mais son regard plus fort que jamais ne fléchissait pas et bordel, bordel, la détermination de celui du blond pouvait juste que dalle face à ça, et à leur affrontement tête-à-tête sous la pluie dont la violence ne cessait d'augmenter il allait vraiment finir par paumer – paumer. Il allait paumer. Juste baisser les yeux et paumer face à toutes les émotions différentes et pourtant à peine différentiables, face à ce tourbillon d'émotions de merde qui s'abattait sur lui juste dans l'instant ; colère, jalousie, peut-être, tristesse, et puis quoi d'autre, il ne savait pas, il ne trouvait pas, son cœur battait plus fort et que faire, que faire, pourquoi tout ça, pourquoi maintenant, pourquoi dans les yeux d'Axel, il ne savait rien ne savait plus rien et-

Et d'un seul coup, il plaça ses deux mains sur le torse du roux – rien qu'une seconde, juste une petite seconde –, et il le repoussa de toutes ses forces.


Que le ciel pleure toute sa tristesse infinie, il s'en foutait.

Ça allait bien avec son humeur du moment, de toute façon, et comme c'était pas un rayon de soleil qu'allait pouvoir lui rendre un bon coup le sourire, autant qu'il pleuve. Qu'il pleuve des cordes. Et si possible des vraies, histoire qu'elles assomment au passage un certain connard qui tardait décidément à laisser Roxas se casser.

Vanitas soupira mais il avait pas au cœur l'envie de savoir à combien de soupirs il en était déjà, et il jeta un énième regard à ce putain de ciel au-dessus de sa tête. Il pleuvait carrément, maintenant – mais pas encore des cordes, toutefois. A vrai dire, il avait juste envie de rentrer à la maison, d'allumer une console de jeu au pif, de faire du thé ou du café et de passer la nuit affalé sur son canapé, une couverture négligemment tirées sur ses deux jambes, pour pas qu'il choppe froid parce qu'il aurait enfilé qu'un long short et un t-shirt, mais-

Mais. Mais, mais, mais. Mais, y'avait Roxas. Et mais, y'avait ce putain de sentiment étrange, en lui, quelque part entre son cœur et ses tripes, ou bien à chacun de ces deux endroits, cette torsade de douleurs diverses, comme de toutes petites coupures bien promptes à s'infecter – et au fond il le savait, qu'il fallait qu'il attende. Même si son blond ne lui avait rien demandé, en fait.

Son blond.
Vani ne put réprimer un léger sourire, un peu amer – franchement, ça faisait bizarre de l'appeler comme ça. Mais si d'un côté, c'était pas déplaisant, d'un autre, il savait bien que Roxas ne voudrait jamais de la vie un surnom pareil ; alors, une fois de plus, il garderait tout ça pour lui, et ça irait mieux. Mais là, abrité à peine sous le balcon d'un immeuble ou quelque chose du genre, les yeux rivés sur la pluie qui s'effondrait sur le sol, devant lui, comme un million de parasites sur une télé endommagée, il ne pouvait s'empêcher de ressasser, de repenser, encore et encore, à ce qu'il avait vécu et vu, vu et vécu – et il connaissait le jeune homme depuis si longtemps, et il vivait avec lui maintenant aussi, et il se sentait inquiet parce qu'il le savait entre de mauvaises mains, et toute cette flotte qui ne cessait de tomber d'un ciel de plus en plus sombre ne faisait que lui rappeler toutes ces fois, toutes ces fois où il s'était trouvé aux côtés de Roxas ces derniers temps.

Roxas à côté de qui il s'asseyait toujours, à tous les cours. Roxas à qui il avait annoncé que Zack était en taule, aussi. Roxas qu'il avait invité à venir s'installer chez lui, Roxas qu'il avait emmené voir un concert à l'autre bout du pays, Roxas avec qui il avait passé une nuit à l'hôtel, dans la même chambre, juste comme deux- Comme deux quoi ? Frères ?

Lassé, Vanitas soupira, encore, toujours, à nouveau, et c'était reparti, puis il inspira profondément l'air humide de la fin d'après-midi et rejeta en arrière tous les cheveux sombres qui lui barraient encore la vue. Allez, fallait qu'il se reprenne, maintenant, bordel – finie la rigolade, finies toutes ces conneries de pensées qui le mèneraient nulle part, et surtout finis ces sentiments à la con. Ils avaient pas leur place, de toute manière ; pas dans sa vie, pas maintenant, pas au vu des conditions, et fallait qu'il aille à l'essentiel.

A savoir, Roxas ne lui avait pas dit de l'attendre – mais il ne lui avait pas dit de s'en aller non plus, et il commençait à pleuvoir sacrément fort. Alors, décidant que son pote en aurait encore pour un bout de temps, Vanitas ne s'attarda pas plus et prit la direction de l'appartement qu'ils partageaient dorénavant ; et merde, à la fin, que son blond se débrouille un peu tout seul, pour une fois.

Et pour une fois, pour une fois, oui, pour une fois, ses fausses convictions auraient pu sembler vraies s'il n'y avait pas eu ce foutu cœur dans sa poitrine, fou à lier plus que jamais.


Roxas se sentait mal.

Sous son corps, ses jambes flanchaient. Sous ses jambes, ses pieds faisaient mal. Et sous ses pieds, la terre semblait tourner. Le monde se cassait la gueule tout autour et là au milieu ne restait que lui, loin d'Axel loin de Vani, loin de savoir quoi faire surtout ; en face, le travelo, la tafiole, la tapette, et tous ces surnoms n'avaient même plus de sens tant il semblait sérieux dans l'instant. Il venait de s'en éloigner, il venait de le repousser, de le pousser en arrière, et sans savoir pourquoi il le regrettait déjà ; parce que les deux paumes larges laissaient une marque chaude sensible au froid de la pluie sur ses épaules et voilà que maintenant, il frissonnait.

« Je comprends pas pourquoi tu t'énerves, en fait, dit alors Axel, parfaitement sérieux, et il dressa son parapluie rose horrible au-dessus de sa tête pour se protéger de l'eau qui tombait du ciel ébréché de longs nuages noirs. T'avais pas dit que de moi, t'en avais rien à foutre ? Et puis, je suis gay, et t'aimes pas les gays, alors...
– Ta gueule ! Hurla soudain Roxas, sans même piger pourquoi il venait de l'interrompre comme ça. J'aime pas les trans non plus, putain ! Mais va te faire foutre, bordel ! Quitte à être pote avec un mec, mais putain, autant que ce soit un vrai mec ! T'es vraiment trop con ! »

Aussitôt, le blond regretta.
Il fit un pas en arrière, puis un autre, et il regretta – il regretta tout ce qu'il venait de dire. A commencer par la seule vraie phrase pas trop injurieuse qu'il avait prononcée. Putain. Putain. Putain. Mais ça lui venait d'où enfin, ce ramassis de conneries ? Être pote avec un mec, et un vrai de vrai, mais bordel, il pensait à quoi, pour dire un truc pareil, pour ne pas hurler sur la mère d'Axel et le traiter de tous les noms parce que décidément non, qu'il se fasse opérer, qu'il devienne une saloperie de meuf pour de vrai, juste comme sa mère le voulait et juste parce qu'il assumait qu'il aimait les mecs et pas les filles, c'était complètement impensable et-

Impensable. Impensable, à ses yeux. Et pourtant, Axel y pensait. Et pourtant, Roxas était fondamentalement contre. Mais pourquoi, en fin de compte ? Pourquoi Axel y pensait si fort ? Pourquoi il pouvait pas simplement envoyer chier maman ? Et surtout, pourquoi est-ce que lui, il y réfléchissait encore ? Pourquoi est-ce qu'il décidait pas que c'était pas ses affaires, pourquoi est-ce qu'il laissait pas tout tomber, et pourquoi est-ce qu'il continuait à s'énerver, encore et encore, à chaque fois que ce travelo de merde continuait, répétait, le disait et le redisait, qu'il ne voulait plus être un gars, qu'il voulait rien assumer du tout ?

Roxas baissa les yeux – ça lui donnait envie de pleurer, de mourir et de disparaître. Pourquoi – une question sans réponse, quel que soit le sens dans lequel il la tourne. Il savait pas. Il savait pas et c'était tout. Quelque chose en lui le dominait dans ces moments-là, le surpassait et le contrôlait fort, lui dictant au creux de l'oreille qu'Axel avait pas le droit de faire ça – qu'Axel avait pas le droit de lui faire ça.

Mais ça quoi, et pourquoi pas, hein ? Pourquoi pas à lui précisément ? Pourquoi ?

La réponse était simple, en fait. Et au moment où les doigts forts du rouquin empoignèrent à nouveau sa peau, cette fois-ci son poignet, comme pour le retenir, comme pour le forcer une fois de plus à le regarder, il se sentit bouillir, brûler à l'intérieur, de colère comme de rage ou d'autre chose, et la réponse le frappa en pleine gueule, avec toute la force de la connerie humaine.

Il n'arrivait pas à s'imaginer Axel en fille.

C'était un travelo, okay. C'était le gars le plus efféminé de la terre, okay. Mais Roxas l'avait vue, la colère dans ses yeux, et il l'avait sentie, la force dans ses bras, même si ceux-ci étaient fins, trop fins et peu musclés ; et puis, il l'avait ressentie, cette fierté, avec cet attachement à sa mère, et cette envie qu'il avait de jamais laisser personne, même pas le blond, dépasser une certaine limite dans les mots, dans les paroles et dans le ton.
Et force était d'avouer que non, Roxas n'avait pas envie de voir Axel en vraie fille.

Bordel, c'était complètement égoïste, et pourtant, il pouvait pas s'en empêcher.

Alors, tant pis.
Il s'en empêcherait pas.
Et il continuerait à refuser avec force qu'Axel la fasse, cette opération, et ce, même si son putain d'avis à lui ne comptait pas – parce qu'au fond, il avait quand même le secret espoir que ça compterait un peu.

Sauf qu'au moment où il ouvrit la bouche, et au moment où il voulut dire enfin tout ce qu'il avait vraiment sur le coeur, et hurler son putain de désir égoïste de merde de garder cette saloperie de travelo juste comme il était pour de vrai, au naturel même sous son accoutrement ridicule, sa voix se bloqua et il perdit ses moyens.

« Axel, je... »

Stop. Blocage. Que dire que faire que dire que faire que dire – et putain, son cœur allait exploser, bordel de bordel de merde.

« Si tu fais cette putain d'opération, bordel, j'te parle plus jamais ! T'as pas à faire ça, connard ! J'te hais, sérieux ! J'te déteste bordel, je te déteste, tu piges, je te hais plus que tout au monde ! Tu vaux vraiment rien, putain, pour parler d'toi et d'ta mère comme ça, mais bordel, va crever ! Dis-le encore une fois, que tu veux devenir une saloperie de fille de merde, dis-le encore une fois, et va te faire foutre, putain ! Tout juste bon à t'fringuer comme une sale meuf alors que t'es un mec ! Fils de pute ! »

Immédiatement, il eut un mouvement de recul – mais au lieu de le retenir, Axel le laissa filer, et il baissa les yeux. Et merde. Roxas détourna la tête, violemment, d'un seul coup. Et merde. Merde, merde, et re-merde. Il releva les yeux, mais le rouquin ne le regardait pas, il le regardait plus, il avait décidément dit un truc de trop et-

Il la sentit pas venir.
La baffe dans sa gueule.
Et la réplique d'après non plus.

« Franchement, entre se travestir pour ne pas blesser ceux qu'on aime et se planquer sous vingt tonnes de maquillage pour ne pas avoir l'air de ce qu'on est vraiment, je sais pas ce qui est pire. »

Et soudain, le monde s'écroula.
Déconnexion – d'un seul coup, comme en un clic, en un push, en un power. Les pas précipités sur le sol trempé et la pluie qui s'infiltrait dans ses vêtements, froide, glaciale comme jamais.

Roxas eut l'impression de perdre connaissance et de ne reprendre ses esprits que bien plus tard – sans Axel. Il était parti. Loin. Peut-être. Sûrement. Il ne le reverrait plus. Jamais. C'était la fin du monde et la pluie bordel, la pluie, partout, l'eau, dans ses chaussures, sur sa peau, sur ses joues, chaude et froide, froide et chaude, comme ce qui bouillonnait-tourbillonnait sans cesse, sans interruption à l'intérieur de lui ; et puis, soudain, l'accalmie.

Un parapluie levé au-dessus de sa tête mais il ne ressentait plus ni le froid ni la chaleur et il était même pas sûr de bien savoir qui se tenait exactement devant lui, sans un mot sans un bruit.
Juste une silhouette découpée entre les trombes de flotte qui s'écrasaient sur la terre et détruisaient l'univers encore plus qu'il ne l'était déjà.

Un nouveau soupir à l'appui, Vanitas passa un bras ferme autour des épaules de Roxas, et l'attira doucement contre lui – prêt à recueillir ses larmes, accepter ses sanglots, réparer les pots cassés et sauver le monde, une bonne fois pour toutes.
Et même s'il ne comprenait pas, même s'il ne comprenait pas pourquoi il serrait contre lui le corps secoué de pleurs d'un Roxas qu'il ne reconnaissait plus, il ne pouvait rien y faire – doucement, il déposa un baiser au milieu de ses cheveux blonds et ferma les yeux.

Il ne pouvait rien y faire, non.
Il n'arrivait pas à s'enlever de l'esprit l'image du regard infiniment triste et déçu de cet homme, quittant le parc à son arrivée.

Encore un soupir – un peu de buée, au sortir d'entre ses lèvres.
Décidément, quel temps à pleurer.


C'est fait. C'est fait. Bwaaah. *meurt*

Vous savez, je suis vraiment très nulle avec les dialogues. J'ai eu énormément de peine à les écrire... Alors, j'espère qu'ils sont pas trop foireux... J'ai même pas le courage de le relire encore une fois... J'espère vraiment que ça vous a plu, sérieux. ;_;

Merci à mes bêtas chéries, à mes lecteurs chéris et à mon papa qui m'a fait du thé chaud pour que je survivre jusqu'à maintenant. Et j'ose le dire : à la prochaine pour la suite !