[Note de l'auteure] Youpi ! Enfin quelques minutes pour poster un nouveau chapitre ! Je suis désolée pour le retard, mais à raison de 15 minutes de train par jour dont 10 minutes pour allumer ma tablette et relire les paragraphes précédents, j'ai un peu de mal dans ma nouvelle organisation... Pour me faire pardonner, voici un long chapitre ! Et le suivant est pas mal entamé aussi... Enfin normalement...
Merci à tous/toutes pour vos messages, vos encouragements, votre soutien, vos conseils. C'est pour vous que je m'efforce de poster régulièrement !
Dans tes rêves
Le rire clair et glacial de la femme au parfum d'épices résonnait dans la tête du guerrier tel des billes de verre contre des parois de métal : « Bien entendu que notre relation s'en tient là ! À quoi d'autre est-ce que tu t'attendais ? À ce que j'en veuille encore ? Que je me jette à tes pieds peut-être ? Pauvre type ! Laisse-moi te dire un truc. Tu as franchement des progrès à faire au lit ET tu n'es même pas capable d'être aimable ! En quoi est-ce que tu espérais m'intéresser ? Une princesse comme moi ne donne pas deux fois sa chance à un soldat dans ton genre ! »
Il ne parvenait pas à trouver le sommeil ce soir-là. Il tournait et retournait dans son lit comme les pensées tournaient dans sa tête. Cherchant à comprendre.
« Que j'en veuille encore ? Pauvre type ! Laisse-moi te dire un truc. Tu as franchement des progrès à faire au lit »
Tout ça n'avait pas de sens.
« Tu as franchement des progrès à faire. »
Pourquoi avait-elle réagi de la sorte ?
« Bon appétit. » Et une porte qui se claque.
« Oh mais non non noooooooon ! » Corrige celle qui parle trop et ne dit rien.
« Des progrès. »
« Si j'ai dit ça comme ça, c'est pour que ça sonne comme un défi. »
Pourquoi avait-elle fui ? Bulma était de ces gens qui assument ce qu'ils pensent.
« Pauvre type ! Laisse-moi te dire un truc. »
« J'ai dit que tu avais franchement des progrès à faire, c'est toooute une nuance ! Ça veut dire que là, tu vois, quand je déguste ton œuvre, je perçois tout le potentiel incroyable que tu as en toi. Et ça sous-entend aussi que j'ai envie de continuer à cuisiner avec toi. »
« Et mes droïdes ?
-Pas ce soir. Bon appétit. » Vlan !
Qu'est-ce qui avait donc bien pu la mettre si malalaise dans un simple débat ? Pourquoi n'avait-elle pas continué à soutenir son point de vue ? Pourquoi ne s'était-elle pas énervée avec cette férocité implacable qui lui allait si bien ?
Jusqu'où pouvait-il interpréter qu'elle n'assumait pas les paroles hargneuses qu'elle lui avit adressées le jour de son retour ? Y avait-il là une faille à exploiter dans la défense de Bulma ? Un point faible à utiliser ? Si oui, jusqu'où ?
Tout avantage était bon à prendre face à un adversaire. Surtout aussi imprévisible qu'elle. Surtout aussi spécial qu'elle.
Il devait savoir. Trouver. Exploiter la faille. Elle baissait enfin sa garde. Il ne fallait pas laisser passer cette occasion.
« Une princesse comme moi ne donne pas deux fois sa chance à un soldat dans ton genre ! »
« Ça sous-entend aussi que j'ai envie de recommencer avec toi. »
Et si cette sensation d'attraction étrange qu'il avait parfois en s'approchant d'elle était réciproque ? Dommage pour elle, lui, avait su étouffer ses envies futiles pour maintenir sa concentration sur ce qui était le plus important. C'était là le fruit d'une vie entière à progresser en attendant son heure, calculant le moindre détail pour le tourner à son avantage, tandis qu'elle, avait toujours eu tout ce qu'elle avait voulu immédiatement.
Maintenant, tester l'hypothèse. Ensuite, trouver comment exploiter le point faible de son adversaire et quels avantages il pourrait en retirer.
Un plan simple.
Sauf que c'était ce même type de plan dans lequel Bulma s'était elle-même prise au piège quelques mois auparavant...
ooooo
Ce soir-là ressemblait à un soir comme les autres.
Lorsque le « bip » mélodieux de son détecteur annonça à Bulma que Végéta s'apprêtait à manger, comme tous les soirs elle arrêta son travail après avoir terminé ce qu'elle avait à faire, et se dirigea vers la salle à manger pour y prendre son repas en compagnie de son hôte si particulier, et au service de qui elle avait mis son génie (par génie ou par folie, elle se posait encore parfois la question).
Comme tous les soirs elle le trouva attablé à dévorer le festin qui lui servait de collation du soir, fraîchement lavé et un T-shirt propre sur le dos.
Comme tous les soirs, elle se mordit la lèvre en envisageant de glisser ses doigts sur ces jolis muscles qu'elle voyait saillir au travers du tissu, ce que pourtant elle n'avait plus osé depuis longtemps.
Comme tous les soirs elle s'assit à côté de lui en lançant un « Salut Végéta ! » qui ne reçut pour réponse qu'un grognement.
Elle était rassurée de constater que le guerrier réagissait à sa présence aussi normalement qu'à son habitude. Elle avait craint des regards en coin suite à la conversation à double sens de la veille alors qu'elle cuisinait avec sa mère. Sans doute s'était-elle elle-même inventé des histoires sous le coup de la nervosité. Tout allait bien, tout était sous contrôle. Elle s'était juste stressée toute seule.
Il n'y eut pas de regards en coin. Il n'y eut qu'une discussion tout aussi brève et technique que d'habitude à propos de ses inventions. Toujours ses inventions. La seule chose qui intéressait Végéta chez elle…
Tant mieux...
Il avait à nouveau orienté la conversation sur le sujet de l'armure qu'elle tentait de concevoir pour lui et sur laquelle elle n'avançait pas puisqu'il attendait d'elle, basiquement, qu'elle invente un matériau qui n'existait pas. Mais pour ne pas décevoir les attentes du guerrier qui lui témoignait enfin un semblant de confiance en ses capacités, elle se retrouva (sans trop comprendre comment) à lui proposer de passer dans son laboratoire le soir-même pour donner son avis sur les différents matériaux et dessins qu'elle étudiait en ce moment.
Un rictus moqueur fut tout ce qu'elle obtint en guise d'assentiment, et le repas se termina sans autre événement majeur. À part peut-être que Bulma dut redoubler d'efforts pour faire comme si de rien n'était lorsque Végéta dévora les deux tartes aux pommes et à la cannelle qu'elle avait cuisinées la veille. Elle eut même l'impression que ce dernier lui lança un regard en coin, mais sans doute était-ce son imagination qui lui jouait des tours à cause des élucubrations de sa mère.
Au final, elle se retrouva dans son laboratoire en compagnie du saiyan sans même vraiment se souvenir de ce dont ils avaient discuté jusqu'alors. Elle mémorisa juste qu'il refermait la porte derrière lui et la dévisageait d'un œil mauvais.
...
Elle eut soudain le désagréable sentiment d'être une proie prise au piège.
« Alors ces prototypes ? Demanda-t-il d'un air impatient qui la fit reprendre pied dans la réalité.
-Je n'en suis pas encore aux prototypes. Répondit-elle en prenant un air désabusé et lui tournant le dos précipitamment pour aller chercher ses matériaux expérimentaux. Mais si tu peux m'aider à m'orienter sur les choix de matériaux et de dessin, on a une chance d'avancer plus vite.
-C'est bien mon objectif. » Répondit sa voix derrière elle, bien plus proche qu'elle n'aurait dû être. Bulma sursauta... et la boîte qu'elle venait de prendre se trouva arrachée de ses mains par un saiyan qui était à cet instant juste derrière elle et non plus près de la porte d'entrée.
Insensible au stress qu'il venait de lui causer, Végéta s'éloigna de quelques pas en ouvrant la boîte dont il retira une pièce de matériau semblable à du métal vert. Il le secoua devant lui comme s'il s'agissait d'un rectangle de caoutchouc, cogna dedans du bout des doigts en y laissant plusieurs traces d'impact, puis tenta de le plier en deux ce qui eut pour effet de le briser. « Pas mal. Commenta-t-il stoïquement. La résistance est insuffisante mais les propriétés sont bonnes.
-C'est bien ce qui me semblait. Soupira Bulma en croisant les bras. Actuellement, ce polymère est ma meilleure piste, mais il ne fera pas encore l'affaire.
-Tu veux dire que les autres sont pires ? Demanda-t-il avec une moue désappointée en regardant le reste du contenu de la boîte.
-Malheureusement oui.
-Ah. Eh bien on n'ira nulle part avec ça alors.
-Je trouverai bien, ne t'inquiète pas. Lui assura-t-elle. De toutes manières, il me semble que tu n'auras pas besoin de cette nouvelle armure pour tout de suite, non ? Comment avance ton entraînement ? »
Il ne répondit pas, mais se contenta de froncer les sourcils avant de demander : « Et pour le visuel de l'armure ? Tu as déjà des schémas ? »
Tous deux venaient délibérément de détourner les sujets de conversation pour éviter de faire face à leurs échecs personnels. Une sorte d'avertissement mutuel qui semblait dire « Oui, ça va, ne me questionne pas trop sur le sujet, et surtout n'envisage pas de mettre mes compétences en doute. J'y arriverai, tu verras, c'est certain. Et je saurai te faire part de mon succès le moment venu, compte là-dessus. »
Compte là-dessus, tu seras dans les premières personnes au courant...
Mais au lieu de cela, tous deux se regardaient en fronçant les sourcils.
Puis Bulma soupira à nouveau : « Oui, j'ai plusieurs idées de dessin, il faudrait que tu me dises ce que tu préfères. »
Elle se dirigea vers son bureau et retira une liasse de papier d'une pile de papier plus grande située au milieu de plusieurs autres piles de papier.
Elle commença à les étaler sur son bureau, et sursauta en sentant comme un souffle chaud dans son cou qui la fit frissonner de la tête aux pieds comme si elle avait reçu une décharge électrique. Végéta regardait par dessus son épaule.
« Eh ! Protesta-t-elle en s'éloignant d'un pas précipité. C'est bon, je vais te les montrer, attends deux minutes !
-Humaine, répondit-il stoïquement, j'ai autre chose à faire que d'attendre deux minutes que tu aies fini d'organiser tes parchemins. Qu'est-ce-qu'il y a d'intéressant à voir dans tes hiéroglyphes ? Ne me dis pas que c'est ça tes schémas ?
-Eh oh ! Un peu de respect pour mon travail je te prie ! Qu'est-ce qui te pose problème avec mes dessins ?
-Je croyais que tu savais créer des hologrammes. Constata-t-il froidement.
-Bien sûr que oui, mais quand on en est aux ébauches, c'est plus facile sur papier ! De toutes manières, je sais que tu vas me demander plein de modifications.
-Justement.
-Bon, on s'y met ou tu boudes ?
-Ne me provoque pas trop, humaine. Menaça-t-il.
-Sinon quoi ? Fit-elle en haussant les épaules. »
Une seconde... Deux secondes... Trois secondes. Rien.
Il croisa à nouveau les bras, elle s'appuya au dessus de ses schémas en souriant, et commença son explication en désignant l'une des feuilles : « Bon. Alors pour l'instant, ma trame principale c'est ce schéma-ci. Je me suis inspirée du design de ton armure que tu as rapportée ici, mais on peut modifier ça comme tu veux.
-Je ne comprends rien à tes gribouillages, humaine.
-Hein ? Se vexa la scientifique. Comment ça ? Je dessine mal c'est ça ?
-Qu'est ce que j'en sais ? Pour moi tu as fait des lignes grises sur une surface en deux dimensions.
-Évidemment ! S'agaça-t-elle. C'est toujours comme ça qu'on... Attends, tu es sérieux là ? Tu ne comprends pas mon schéma parce qu'il est en gris sur papier ?
-Parce que pour moi ce sont des hiéroglyphes et que j'ai autre chose à faire qu'à perdre mon temps en décryptage. Je te prenais pour une scientifique un peu plus sérieuse. »
Bulma resta un temps interdite à le regarder avec des yeux ronds. Elle avait deviné toute seule qu'il ne lirait pas son alphabet terrestre, mais elle n'avait pas envisagé que le fossé technologique puisse être si grand. Puis, pour la énième fois de la soirée, elle soupira.
« Bon, je te coderai un programme de conception holographique si tu veux, mais pour ce soir je vais devoir te demander un peu d'effort d'imagination. À moins que tu ne t'en sentes pas capable et que tu préfères revenir demain ? »
Il ne répondit pas, et resta à la regarder d'un air mécontent les bras croisés. Elle continua donc en désignant une des lignes de son croquis : « Imagine que cette image s'affiche sur un écran, comme sur ton détecteur. Là c'est le tronc, là les épaules, et là la tête. Là c'est les bras.
-Mhm. Et le dessin d'à côté ?
-C'est la vue de profil. Là c'est le bras, le ventre, le dos, la tête.
-Ok, et donc les traits par dessus c'est l'armure ?
-Oui. C'est une imitation du design de... du... de la... » Elle s'embrouilla. Elle avait la distincte impression que l'homme à côté d'elle, qui venait de s'appuyer d'un bras sur la table, empiétait dans son espace vital malgré la dizaine de centimètres qui les séparait.
« Quoi ? S'agaça le saiyan en lui jetant un regard agacé.
-Rien.
-Bref, tu as redessiné la même armure que j'avais, mais à plat, c'est ça ? Autant me dire tout de suite que tu n'as rien fait ! »
Une seconde. Bulma tentait de comprendre pourquoi elle se sentait si embrouillée.
Deux secondes. C'était lui qui la dérangeait. Le stress. Pour une raison inconnue, Végéta avait réussi à la faire sortir de sa zone de confort. Sa présence imposante l'intimidait et l'excitait à la fois. Son aura oppressante de puissance voilait sa concentration tout comme le goût de métal qu'elle avait en bouche voilait ses sens.
Trois secondes. Oh non, ça ne se passerait pas comme ça. Elle était plus forte que ça. Elle devait juste se ressaisir.
Aussi, à la fin de la troisième seconde, tout ce qu'il put faire fut hausser les sourcils, alors qu'elle se lançait dans une longue explication technique et très détaillée, point par point, du fonctionnement de l'armure, description de tous les calculs physiques et morphologiques de chacune des courbes. Tout en parlant, elle grossissait certains traits et en rajoutait d'autres sur son ébauche avec son crayon, les yeux rivés sur son dessin.
Il l'écoutait attentivement, son regard noir pesant sur elle comme si elle pouvait le sentir. Elle continua de plus belle :
« Je me demandais si tu aurais préféré quelque chose de plus proche de l'armure que tu portais la première fois que tu es venu sur Terre. Je pense surtout aux protections d'épaules et de hanches. Ça n'entravait pas tes mouvements ?
-Non. Répondit le guerrier en se penchant davantage sur les schémas. Le matériau était conçu pour être élastique dans un sens et résistant dans l'autre. Je pouvais bouger sans problème mais ça amortissait bien les coups.
-Ah.
-Mais ne t'emmerde pas avec ça. C'était trop de décoration pour pas beaucoup d'avantages. J'ai besoin d'une armure légère et avec le moins de prises possibles.
-Comment ça ?
-Des épaulières trop larges ça entrave les déplacements en milieu confiné, et ça peut servir de prises à un adversaire inventif.
-D'accord. Enregistra Bulma en reculant d'un petit pas discret (elle avait la dérangeante impression que Végéta était beaucoup trop proche d'elle). Et pour les protections de hanches ?
-Ça ne sert à rien.
-Ah bon ? Tu ne t'es jamais pris de coup dans... dans les régions basses ?
-Hum. Fit-il avec un sourire amusé qui lui donna l'air véritablement effrayant. Si bien sûr. Mais ce sont des frappes très risquées et généralement pas des coups fatals. C'est trop de failles dans une garde. Face à un amateur, c'est facile à parer. Face à un adversaire averti ce n'est pas une menace à craindre.
-Ah bon. D'accord. Donc on garde le design actuel ?
-Enlève complètement les protections d'épaules.
-Quelles protections d'épaules ?
-Ça là. Fit-il en désignant du doigt les larges bretelles du plastron. Enlève-les !
-Ah bon ? Pourquoi ?
-Parce que ça ne sert à rien.
-Mais tu disais que ça n'entravait pas tes mouvements...
-Non, par contre ça me rentre dans le cou quand je lève les bras. Ça ne fait pas mal mais c'est désagréable.
-Ah bon. Je vais te mettre des bretelles moins larges alors... » Elle commença à griffonner par dessus son dessin en tentant d'ignorer le souffle chaud qu'elle sentait sur son bras... Puis il lui arracha le crayon des mains.
« Plutôt comme ça. » Dit-il en tentant de rectifier le schéma.
Bulma sourit d'un sourire jusqu'aux oreilles et ne put retenir un petit rire. Végéta ne savait même pas tenir un crayon. Il le tenait à pleine main dans son poing fermé et semblait avoir des difficultés dans la précision de son tracé. La mine griffait si fort le papier qu'elle le déchira par endroits.
En retour, il lui jeta un regard agacé et un petit claquement sec dans l'air signala à Bulma que le crayon s'était brisé en deux. « Quoi ?
-Ton crayon. Indiqua-t-elle. On dirait un enfant qui apprend à écrire.
-Et tu aurais l'air de quoi si tu devais graver des dessins d'animaux sur le mur d'une grotte ? Répliqua-t-il.
-Hm. S'amusa-t-elle. Tu as raison, mais quand même, pour quelqu'un qui apprend vite, là tu t'es loupé. » Tout en parlant, elle avait saisi un autre crayon. Elle le fit habilement volter et tourner entre ses doigts, puis elle se pencha à nouveau vers le schéma pour poursuivre sa modification.
Sauf que Végéta ne recula pas.
Tentant de ne pas se laisser distraire par sa proximité, la scientifique reprit habilement son tracé.
« Non, pas comme ça. Par là. » Indiqua-t-il en poussant sa main avec la sienne.
Le contact fit à Bulma l'effet d'une décharge électrique, laissant sous son crayon une affreuse rature.
« Rrrha ! S'agaça-t-elle en saisissant sa gomme pour effacer au plus vite cette gênante preuve de son trouble. Tu m'as fait tout rater ! Pousse-toi, laisse-moi travailler !
-Tsss ! Siffla-t-il. Oui, je perds mon temps ici. Tu ne sers vraiment à rien aujourd'hui. »
Surprise, elle releva la tête pour constater que le saiyan était effectivement en train de partir. Et immédiatement, la gêne qu'elle ressentait quelques secondes auparavant fut remplacée par un affreux sentiment d'abandon, qui coula en elle comme une douche froide.
Elle envisagea même de lui courir après pour le retenir... Mais pourquoi aurait-elle fait une chose pareille ?
Ce qu'ignorait Bulma, c'était que dos à elle, le visage du guerrier se tordait en un affreux rictus.
Ce qu'ignorait Bulma, c'était que ce genre de situation allait désormais se renouveler presque tous les jours.
Ce qu'ignorait Végéta, c'était la vitesse avec laquelle elle comprendrait qu'il se jouait d'elle.
ooooo
« Ce mec, c'est un vrai sadique ! » S'écria Bulma deux semaines plus tard en remplissant à nouveau son verre. Elle s'interrompit pour boire une longue gorgée, puis s'affala à nouveau dans son fauteuil. « Aaah ! Qu'est ce que ça m'a fait du bien de ne pas le voir de la journée ! »
Les trois amies avec qui elle passait la soirée acquiescèrent d'un air compréhensif. Toutes quatre avaient passé la journée entière à préparer la décoration et la logistique du mariage de Maï qui aurait lieu le lendemain. Bulma, particulièrement sur les nerfs, avait couru à droite et à gauche comme si elle avait été branchée à un réservoir d'énergie infini, criant des ordres à tout-va, même sur les futurs mariés, et surtout sur les hommes. Enfin ce soir-là, alors que les hommes étaient partis entre eux fêter la veille du mariage ailleurs, elle s'était permis de souffler. Deux ou trois verres à peine avaient suffi pour qu'elle se mette enfin à répondre aux questions de July, avec affreusement plus de franchise qu'elle n'aurait voulu.
« Tous les jours ! S'écria-t-elle. Tous les jours il me fait un coup du genre ! Il regarde ce que je fais par dessus mon épaule, il passe tout près de moi, c'est presque s'il me souffle dans le cou. Il me regarde droit dans les yeux sans rien dire, juste comme ça, là ! Avec ses deux grands yeux noirs et perçants, comme s'il cherchait à lire mes pensées, j'ai l'impression qu'il s'apprête à me dévorer...
-C'est peut-être le cas, non ? Suggéra July d'un ton enjoué, à peu près aussi éméchée que Bulma.
-Mmmm. Marmonna celle-ci en inspectant le contenu de son verre. Quand je lui demande ce qu'il trafique il m'envoie balader en me disant qu'il ne voit de quoi je parle. Tsss ! Qu'il ne me fasse pas croire que sa queue me frôle la cheville par accident !
-Sa quoi ? Glapit April, qui était restée silencieuse jusque là.
-Il a une queue de singe. Expliqua Bulma d'un air maussade.
-Ah... C'est bizarre ça.
-Bah. C'est pas le premier gars que je croise qui a une queue de singe. Mais l'autre, il est gentil. L'autre, il est plus fort. L'autre, c'est un héros. Sauf que l'autre, il est marié. Et en plus l'autre, c'est vrai qu'il est super séduisant aussi, mais c'est un gamin dans sa tête, et puis il a pas ce... cette... tu sais... Cet air... mâle... sauvage... farouche... mystérieux... enfin pas autant...
-Dis-donc Bulma. On dirait bien que tu en pinces pour lui, un peu quand même, non ? Intervint Maï, la plus sobre du groupe mais jamais en reste pour parler et rire ouvertement.
-Non, mais non mais si mais non ! C'est un connard et un cinglé ! Vachement sexy, d'accord, mais c'est un méchant, et moi je suis une gentille !
-Bah tiens ! On se croirait dans un dessin animé !
-En plus, il m'envoie bouler ! S'écria Bulma. Moi ! Non mais vous vous rendez compte ?
-Bah ! Lui, il sait pas à côté de quoi il passe ! » Lança April en riant.
Bulma ne répondit pas et se contenta de remplir à nouveau son verre en un mouvement rageur.
« Non ! Comprit July avec un sourire jusqu'aux oreilles. Tu as couché avec lui, c'est ça ?
-Quel ingrat... Maugréa l'intéressée sans quitter son verre des yeux.
-Youpi je le savais !
-Et alors ? Ça ne me mène nulle part d'avoir couché avec lui ! À part que j'ai des frissons à chaque fois qu'il passe trop près de moi et puis que... J'ai pas envie de sortir avec lui, et clairement c'est réciproque. Moi je veux juste être normale quand il est là.
-Mais pourtant, c'est pas toi qui voulais lui déclarer la guerre à un moment ?
-Hein ? Oh ! Si, en quelque sorte. Au début je voulais juste qu'il arrête de me traiter comme de la merde. Et puis j'ai... Pfff ! Qu'est-ce que j'ai été stupide de commencer à flirter avec lui. Je l'ai eu, mais maintenant...
-Bah, pourquoi tu as changé d'avis ? Demanda Maï, les jambes par dessus l'accoudoir de son fauteuil et la tête appuyée sur son bras.
-Parce que... Parce que ce mec est trop compliqué. Il vient de trop loin, on pense pas pareil, il ne me respecte pas. Je voulais pas me mettre à fantasmer à ce point sur lui, je voulais juste... Qu'il me voie comme quelqu'un d'intéressant... Le faire réagir à ma présence comme un homme parmi les autres. J'aime pas quand un mec m'ignore. Je suis trop belle et intelligente pour tolérer ça ! Et puis j'étais curieuse... Voir quel homme se cachait sous ce masque de méchant... Mais c'était pas un masque. Il est vraiment comme ça tout le temps. Un mec comme lui, ça ne me mérite pas... Et en plus il est prude. Et ça c'est nul.
-Non ? Se désespéra July.
-Tu es sûre ? Demanda Maï en penchant la tête sur le côté. Je croyais qu'il était juste asocial et hautain.
-Euh... Ah ouais... Peut-être, reconnut Bulma en se prenant la tête entre les mains. Mais ça change pas mon problème. Il veut que notre relation s'en tienne là, et moi aussi.
-Tu es sûre ? Répéta Maï.
-Pourtant il te chauffe. Remarqua April.
-Oui, mais c'est pour se moquer de moi. C'est un sadique, il aime bien jouer avec les faiblesses des gens.
-T'en connais beaucoup, toi, des mecs qui chauffent une fille juste pour l'emmerder ? Remarqua July en touillant dans son verre.
-L'emmerder, peut-être pas, intervint Maï d'un air sérieux, mais pour se servir d'elle, sûrement. Fais gaffe à toi Bulma.
-Je sais.
-Moi je vois mal Bulma se laisser manipuler par quelqu'un. Fit remarquer April.
-Et moi je crois qu'il va finir par craquer. Déclara July en souriant.
-Mais je ne veux pas qu'il craque ! S'écria Bulma. Je veux juste qu'il me foute la paix !
-Ah bon ? Toi, Bulma, tu veux pas qu'un mec craque pour toi ? Tu as trop bu ou pas assez ?
-Pas assez... Maugréa celle-ci en tendant son verre.
-Eh ! Intervint la future-mariée. Ne buvez pas trop quand même, hein ? J'ai encore besoin de vous demain, moi !
-Ne t'inquiète pas. La rassura Bulma. On voudrait pas rater ça quand même ! Sale veinarde va
-Oui, c'est clair ! Acquiesça April en remplissant tous leurs verres.
-Eh ! Bulma ! Fit remarquer July. Pourquoi tu ripostes pas en le chauffant toi aussi, ton beau mec ?
-J'ai plus envie. Se rembrunit celle-ci. Vraiment. Et en plus il est beaucoup trop bien foutu pour que j'arrive à garder la tête froide si je recommence à m'autoriser à lui tourner autour. C'est ce qui s'est passé la première fois. Non, franchement, j'ai plus envie.
-Ouais, mon œil !
-C'est plutôt que tu es trop fière pour supporter l'idée qu'un mec ne veuille pas de toi. Fit remarquer Maï.
-Ouais, sauf que tu l'aurais. Renchérit July.
-Non, c'est vrai, se défendit Bulma. J'ai pas envie de draguer un mec comme lui. Il est méchant, méprisant, et hautain. Il est malsain ! Vraiment, croyez-moi au moins là-dessus les filles !
-Bah, t'y peux rien ! Pondéra July. Ça te plaît les mecs dangereux.
-July, arrête. Fit remarquer Maï. C'est pas drôle si il joue avec elle.
-Il y a des salauds qui pillent les cœurs des femmes, et les femmes ne savent plus trop, d'où l'amour tire son charme. Philosopha April avant de boire une longue gorgée.
-Ok les filles ! Annonça July en se levant et pointant Bulma du doigt. On va faire un pari alors ! Si demain, le beau mec vient à la fête pour te voir et qu'il accepte de danser avec toi, tu lui diras entre quatre yeux que tu as envie de pa... Eh ! Bulma ! Ça va ? »
Bulma, en éclatant de rire, venait d'avaler de travers et était à présent en train de tousser à s'en étouffer, à genoux par terre mais sans pouvoir cesser de rire.
ooooo
« Tu as encore bien des progrès à faire » « Quel potentiel incroyable tu as en toi mon prince » « Laisse-moi t'aider à t'améliorer »
« Pourquoi restes-tu planté là ? »
Végéta ouvre les yeux pour se trouver dans le décor trop familier de l'infirmerie de Capsule Corporation.
Il ne se souvient absolument pas pourquoi ni comment il s'est retrouvé là, mais tout son corps est entièrement paralysé. Venin de méduses, se souvient-il vaguement. Mais il ne sait pas comment il s'est trouvé au milieu d'elles, ni comment il est parvenu à rentrer à Capsule Corporation. Bulma entre dans la pièce et décrète qu'il doit sécréter de l'adrénaline pour se dé-paralyser. Il se souvient. Il lui en veut toujours : la dernière fois, elle l'a giflé pour sa main paralysée. Mais cette fois-ci c'est tout son corps qui est immobilisé, sauf sa tête à bien y réfléchir, car il la suit du regard. Elle le gifle à nouveau. Mais rien ne se passe, il ne sent rien, c'est comme si elle lui passait au travers. Ou peut-être lui caresse-t-elle le visage ? Il n'y a que de l'agacement et ses membres qui ne répondent pas. Il est trop souvent ainsi face à elle : il ne peut rien faire. Il n'est même pas en capacité de répliquer, juste lui jeter un regard noir, apparemment il ne peut pas parler.
Elle prend alors un air mauvais en le voyant à sa merci. Il connaît bien cette expression : c'est celle qu'elle a lorsqu'elle s'apprête à mener un coup de maître au oorlog. Il n'aime pas ce regard, et en même temps ce sont les moments qu'il trouve les plus excitants avec elle. Quand le défi vaut la peine d'être relevé.
Elle s'installe à côté de lui, attrape le bout de sa queue qui dépasse de sous les draps et tire dessus doucement pour l'en faire dépasser. Cela ne le surprend même pas, il était déjà en colère. Comme la dernière fois, elle commence à le caresser, ce qui le détend instantanément à sa plus grande frustration. Mais très vite et avec un sourire mauvais, sa main remonte le long de sa queue jusqu'à la partie la plus proche de lui où le pelage est duveteux. Et ce faisant, elle l'encourage à se remettre à bouger, et vite. Il la hait d'être à ce point sans défense, mais la caresse est étrangement agréable.
Où est passée la couverture ? Il y a toujours une couverture sur ce lit... Pourquoi n'est-il pas déjà en train de l'étrangler, hors de lui ? Il ne bouge pas, et sa colère lui semble bien pâle au vu de la situation. Tout ce qu'il remarque, c'est le regard de Bulma, ses deux grands orbes bleus fixés sur lui, bleu orage, bleu défi.
« Détends-toi mon prince, on n'en est qu'à l'échauffement. » Murmure-t-elle dans l'oreille en se penchant au dessus de lui, posant délicatement les mains sur son torse en une caresse qui lui laisse la chair de poule. Le bout de ses doigts effleure sa peau en une onde presque électrisante.
Il lutte pour bouger...
Et brusquement il se retrouva assis... dans le lit de sa chambre plongée dans l'obscurité. Le corps collant de sueur et la respiration irrégulière, il fallut plusieurs minutes à Végéta pour reprendre son calme. Encore un de ces satanés rêves ! Cela était fréquent lorsqu'il avait la mauvaise idée de songer à la scientifique avant de s'endormir. Mais comment aurait-il pu faire autrement, alors qu'il ne l'avait pas vue de la veille et ne la verrait pas non plus ce jour-ci ? Il avait passé la journée à pester. Comment était-il censé attendre encore une journée complète qu'elle ne répare le bourdonnement anormal de sa fichue salle de gravité ? Comment osait-elle s'absenter ainsi ?
Oui, ce sujet était tout ce qu'il s'autorisait à songer vis-à-vis d'elle. Il ne voulait pas se remémorer ce rêve, pas penser à ses mains douces, pas songer à ses yeux bleus. Cela n'avait aucun intérêt.
Il se passa les mains sur le visage, puis se rallongea. Il était encore trop tôt pour se lever. Une journée affreusement monotone l'attendait. C'était agréablement distrayant de mettre l'humaine malalaise, rien qu'en la regardant, rien qu'en s'approchant. C'était agréable de se rendre compte qu'il avait manifestement le même effet sur elle qu'elle n'avait sur lui. Mais que lui avait des nerfs en acier et pas elle. Il attendait donc patiemment de voir quand il lui ferait approcher la crise de nerfs. Il tirait une infinie satisfaction à l'idée d'avoir enfin trouvé une méthode pour la briser psychologiquement. Quand ce serait le cas, elle redeviendrait à ses yeux l'être insignifiant qu'elle aurait toujours dû être pour lui, obéissant peut-être même mieux à ses ordres et requêtes. Mhm... et contrairement à ce que lui soufflait occasionnellement une petite voix dans sa tête, ce qu'il requérrerait, ce serait uniquement du matériel scientifique, et peut être éventuellement qu'elle cuisine pour lui... Sa cuisine était bonne...
Sauf qu'en ce moment, la scientifique en question lui avait échappé. Partie à il ne savait quelle cérémonie pour deux jours entiers, le laissant sans technicienne et sans distraction.
Partie avec trop d'enthousiasme...
Cette simple idée ne cessa de l'agacer jusqu'à ce qu'il se résolve à se lever et aller s'entraîner. Renonçant à essayer de trouver le sommeil.
Mais même pendant la journée, écrasé au sol sous une gravité dont il avait oublié la valeur, la vue brouillée par la fatigue et la sueur, attaqué de toutes parts par des robots de guerre rapides comme des vaisseaux spatiaux, alors que le seul objectif qu'il aurait dû garder en tête était son évolution, il devait lutter pour garder la tête froide. Il était de mauvaise humeur. Surtout avec cet infâme bourdonnement en provenance des murs qui augmentait d'heure en heure, et personne auprès de qui aller se plaindre. Ou peut-être était-ce sa tolérance à ce bruit assourdissant qui diminuait ? Ou peut-être regrettait-il de ne pas pouvoir aller se disputer avec la scientifique ?
Il aurait sans doute fini par se demander s'il n'allait pas devenir sourd, surtout lorsqu'arriva le mal de crâne. Mais finalement, ses doutes se trouvèrent justifiés lorsqu'eut lieu la première coupure de courant.
Plongé dans le noir et projeté au plafond (qui en fait était le sol) dans son élan lorsque la gravité se coupa, il lâcha un juron, atterrit et réactiva la machine.
La coupure suivante eut lieu au bout d'une demi-heure à peine, la suivante au bout de moins de dix minutes, puis au bout de quelques secondes, pour qu'enfin la machine ne refuse définitivement de s'allumer, ne répondant plus à la moindre commande vocale.
Seul, debout dans le noir, dans sa salle d'entraînement fermée hermétiquement, le guerrier croisa les bras, ferma les yeux et inspira profondément.
Une fois
Deux fois
Trois fois
Calme. La tête froide. Son objectif.
Bien.
Il rouvrit les yeux. Levant la main devant lui, paume vers l'avant, il lança une boule d'énergie qui désintégra une partie du mur de billes intelligentes, ainsi que la porte en métal qui se trouvait derrière.
Traversant sans hésiter le nuage de fumée noire produit par la détonation, il put sortir de la pièce avant que le mur ne se referme.
Bien.
Traversant la fenêtre du couloir la plus proche sans se soucier des éclats de verre, il s'éleva dans les airs au dessus du bâtiment et se concentra. L'humaine était partie la veille au matin, et son odeur ténue planait partout et nulle part à la fois. Il lui semblait se souvenir qu'elle était partie dans un de ses véhicules volants. Impossible de traquer sa piste au grand air si longtemps après son départ. Ouvrant son esprit comme il avait tant pris l'habitude de le faire, il détecta des milliers de ki, alentours, tous de couleurs et formes différentes, se mêlant en un amalgame désordonné et grouillant tel une colonie de larves sur un cadavre laissé à l'air libre quelques jours. Il tenta de chercher Son ki un moment, mais très vite se décida pour une autre méthode moins agaçante et moins répugnante.
Il atterrit.
Bon.
Le ki de terrien le plus proche était dans la cuisine. Parfum éthanol et fleurs grimpantes, reconnut-il en arrivant dans la pièce où madame Briefs cuisinait en chantant.
« Où est-elle ? » Demanda-t-il de but en blanc.
La cuisinière écarquilla les yeux et leva la tête, puis sourit : « Oh ! Mais c'est vous très cher ! Désolée, le repas n'est pas encore prêt.
-Où est l'autre femme. Répéta-t-il en croisant les bras.
-Une autre femme ? Où ça ? Qui ça ? »
Il pinça les lèvres et tenta de garder son calme. « Bulma. » Ce mot sonnait vraiment trop étrangement dans sa bouche.
« Ah ! Vous cherchez Bulma ? Ma petite fille adorée ? »
Non, ma scientifique. À moi. La corrigea-t-il mentalement.
Elle poursuivit : « Oh ! Mais vous allez pouvoir la rejoindre là bas alors ! Oui ! Quelle bonne idée ! Bulma sera tellement ravie ! »
Soudain, il eut l'affreux pressentiment que ce n'était pas une bonne idée du tout. Mais il lui fallait ses réparations maintenant. Il n'avait pas envie d'attendre jusque tard le soir, ou pire le lendemain. Il voulait exiger sa maintenance sur-le-champ. « Où ça ?
-Au mariage voyons ! Elle a bien dû vous prévenir ! »
Végéta n'avait pas la moindre idée de ce qu'était un mariage et se garda bien de poser une question aussi inutile : « Où est-ce ? » Répéta-t-il.
« Attendez ! S'écria la mère en posant sa cuillère sur la table. « Vous n'allez tout de même pas la rejoindre habillé comme ça ! Je vais vous chercher quelque chose de plus convenable !
-Je m'en fiche. Dites-moi juste où elle est.
-Écoutez jeune homme. Vous êtes charmant de vouloir aller tenir compagnie à Bulma qui doit se sentir bien seule à cette fête, alors ne gâchez pas tout en lui faisant honte avec votre accoutrement. Allez-donc rapidement prendre une douche, pour avoir l'air correct. Je vous apporte ce qu'il vous faut tout de suite. » Elle avait répondu sur un ton catégorique et qui lui était assez peu commun, aussi Végéta eut juste le temps de hausser un sourcil avant qu'elle ne soit partie.
Bon.
Respire.
1, 2, 3 fois.
La tête froide.
Si la cérémonie où était l'humaine nécessitait un accoutrement spécial, alors elle risquait de ne pas apprécier de le voir surgir vêtu de son short de sport, et collant de sueur. Elle accordait beaucoup d'importance au paraître. Ce n'était pas dans l'intérêt de Végéta de faire honte à l'humaine maintenant, car elle risquait de se mettre en colère. Douche donc.
Tout ça pour exiger une bête réparation. Quelle technicienne incompétente !
Il prit sa douche aussi vite qu'il put, et trouva un lot de vêtements pliés sur une chaise à côté de la porte de sa chambre. Pantalon noir et haut bleu foncé. Ce n'était pas horrible, mais Végéta se demandait toujours comment une civilisation pouvait être à ce point archaïque qu'elle utilisait encore des boutons pour fermer les vêtements. C'était insupportable à fermer !
« Oh ! Comme cette chemise vous va admirablement bien très cher ! » S'écria la blonde folle lorsqu'il revint dans la cuisine, ayant volontairement oublié de boutonner le haut et le bas de sa chemise.
Cette remarque n'eut absolument pas l'effet prévu, car au contraire il écarquilla les yeux de colère en réalisant une chose : ces vêtements étaient en effet taillés à sa mesure. « Comment ça se fait que vous aviez ce costume prêt d'avance ? » S'écria-t-il. L'humaine n'avait tout de même pas prévu cette panne, si ? Avait-elle cherché à le manipuler ? Si c'était le cas, elle allait mourir dans d'atroces souffrances...
« Oh, ne vous étonnez pas très cher ! Répondit joyeusement l'insouciante. Ça fait des mois qu'il y en a tout un stock dans la chambre de Bulma ! Je n'ai eu que l'embarras du choix ! Ma fille est prévoyante vous savez... Elle ferait un bon parti, n'est-ce-pas ? »
Tout un stock ? S'étonna-t-il en contemplant la manche de sa chemise, parfaitement ajustée. Quelle idiote...
« Bon, où est-elle ? » Se décida-t-il, peu désireux de continuer ce dialogue de sourds.
-Ah oui ! C'est vrai ! Que je suis égoïste ! C'est un tel plaisir pour moi de me trouver en si agréable compagnie que j'en...
-Où ?
-Oui, oui, ne vous en faites pas, tenez. » Éluda-t-elle en lui tendant un petit objet en métal.
Puis, devant le silence dubitatif de son interlocuteur, elle expliqua : « Pendant que vous vous changiez, j'ai demandé à mon mari d'entrer l'adresse sur cette montre de téléguidage. »
Renonçant à lui demander comment avait fait le vieux scientifique pour configurer un gadget ici alors que lui-même ne se trouvait pas dans le bâtiment (sinon il ne serait jamais allé voir la folle !), Végéta lui arracha l'objet des mains. Sur un petit écran s'affichait un petit triangle sur un fond coloré.
« Je vais vous prêter une voiture. Proposa la blonde.
-J'irai en volant. » La coupa le saiyan en quittant la maison sans plus attendre.
Les figurés colorés ne représentaient rien pour lui, mais il n'avait pas la moindre envie de poser une seule question de plus à cette terrienne qui parlait trop. Par chance, il comprit rapidement que la couleur verte représentait les arbres, et de là, que les lignes étaient les routes. Le triangle au centre représentait sa position, et la ligne en surbrillance le chemin jusqu'à sa destination. Celle-ci, lorsqu'il y parvint, était signalée par un rond.
Le ki et le parfum de Bulma étaient mêlés à ceux d'une centaine d'autres terriens dans un grand jardin où régnait une odeur de nourriture sucrée, d'alcool, et un son rythmé assez différent de ceux qui sortaient des appareils bruyants qu'il avait détruits à l'occasion à Capsule Corporation.
Peu désireux d'attirer l'attention, il se posa derrière la maison la plus proche et pénétra dans la foule en marchant.
S'il avait longtemps cherché à observer et comprendre les comportements des terriens, il n'avait eu ni l'occasion ni l'envie de se mêler à eux. Les deux fois où il avait joué les gardes du corps pour sa scientifique lui avaient déjà amplement suffi. Mais ce rassemblement n'avait pas grand chose en commun avec les banquets mondains des scientifiques. On aurait plutôt dit une fête autochtone où les gens se mettent à rire à tout-va et faire n'importe quoi sous l'emprise de la musique et de l'alcool.
Sur un grand parquet en bois, les bipèdes se dandinaient en rythme, tantôt seuls, tantôt par deux, exécutant alors des passes plus ou moins élaborées, en synchronisation plus ou moins complète avec leur partenaire... un peu comme un combat, sauf qu'ils ne se frappaient pas, ils réagissaient juste les uns aux autres en une série de gestuelles inutiles qui variaient selon les musiques.
Bon, où était sa scientifique ?
Son parfum était mêlé aux odeurs de la foule, et semblait différent, aussi il ne parvenait pas à la localiser précisément. En se déplaçant au milieu des autochtones, il dut se débarrasser d'une femelle trop peu vêtue qui chercha à savoir s'il savait danser, et d'une autre femelle à tête de raton-laveur qui se planta face à lui, le scruta des pieds à la tête, et lui demanda : « Excuse-moi, tu ne t'appellerais pas Végéta par hasard ?
-Et pourquoi ça ? Répliqua-t-il stoïquement et bras croisés.
-Tu ressembles à la description de Bulma...
-Oh. Tu sais où elle est ? S'intéressa-t-il.
-Eh bah punaise ! S'écria-t-elle. July va gagner son pari !
-Tu sais où elle est, oui ou non ? S'agaça le guerrier.
-Là-bas, près de la sono, indiqua la terrienne en pointant le pouce dans une direction. Et au fait, moi c'est April. » Lança-t-elle alors qu'il s'éloignait déjà.
Il tourna la tête avec dédain par dessus son épaule : « Et en quoi c'est censé m'intéresser ?
-Bulma est mon amie. Alors si tu lui fais du mal, tu entendras parler de moi. Lança-t-elle avec un air de menace.
-Hm ! S'amusa-t-il. Et moi, faire taire les gens définitivement, c'est ma spécialité. »
Il lui sembla l'entendre riposter quelque chose, mais il n'y prêta pas attention. Il avait hâte de récupérer sa scientifique et de laisser là ces terriens futiles à leur rituel bizarre.
C'est là qu'il parvint enfin à repérer et suivre le parfum de l'humaine, comprenant enfin pourquoi il avait eu tant de mal à l'identifier : l'odeur de sa sueur était mêlée à celle d'alcool. Elle avait dû en boire d'importantes quantités récemment.
Il la trouva en effet en train de rire à gorge déployée non loin de là, un verre d'alcool dans une main et un long cylindre dégageant une odeur d'herbes brûlées entre les doigts. Elle était en compagnie de cinq autres personnes, dont quatre mâles, vêtue d'une robe rouge à dos nu taillée au niveau des genoux, avec des chaussures rouges à talons hauts assorties. Ça aurait été fort plaisant à regarder si elle n'avait pas eu sur elle cette odeur déformée.
La première personne qui le vit s'approcher d'eux fut l'un des hommes, celui qui tenait par la taille l'autre femme de leur groupe de discussion. Celle-ci était vêtue très différemment de toutes les autres femelles de la cérémonie, portant une longue robe blanche à la jupe bouffante aux multiples jupons et un bout de tissu tout aussi blanc posé sur sa tête.
« Bonjour, l'interpela le marié, nous n'avons pas encore été présentés je crois, vous accompagnez quelqu'un ? »
Les autres convives se retournèrent pour lui jeter un regard intrigué.
Puis Bulma recracha net la gorgée d'alcool qu'elle était en train de boire et se mit à tousser : « Végéta ?! S'écria-t-elle.
-Hein ? S'écria la mariée en regardant tour à tour Bulma et le nouvel arrivant.
-Mais qu'est-ce que... Alors ça, quelle surprise !
-Bulma, demanda le marié, vous vous connaissez ?
-Un peu oui ! Il habite chez moi ! Quel bon vent t'amène Végéta ? Tu as enfin décidé de sortir t'amuser un peu ? Excellente idée ! Je n'avais pas de cavalier pour m'accompagner ! »
Renonçant à lui demander ce qu'elle entendait par « cavalier » (il n'y avait ici aucun animal à chevaucher), il la détrompa en croisant les bras d'un air stoïque : « Ma salle d'entraînement est tombée en panne.
-Ah bon ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda Bulma en sortant légèrement de son cercle de discussion pour parler avec lui.
-Plus rien ne répond. Je dirais qu'il y a un problème avec l'alimentation en énergie.
-Ah zut. Remarqua-t-elle nullement préoccupée, en portant sa coupe à ses lèvres.
-C'est tout ce que tu trouves à dire humaine ?
-Et qu'est ce que tu voudrais que je dise ? »
Je ne sais pas… Que tu me cries dessus. Qu'on puisse s'amuser un peu… Songea-t-il en resserrant les bras croisés contre sa poitrine. « Il me faut des réparations. Maintenant.
-Dommage, je suis ici, et pas là-bas.
-Ça peut se négocier.
-Végéta. Je suis ici au mariage d'une de mes meilleures amies. Je présume que tu ne sais pas ce que c'est, mais sache que c'est un événement très important dans sa vie et c'est important pour elle que je sois là, ça n'arrive qu'une fois, et c'est l'occasion de faire la fête. Et moi, j'ai envie de me détendre et de m'amuser. Tu ferais bien d'en faire autant parfois.
-Humaine, je ne m'amuse pas si je ne tue pas des gens.
-Pfiou ! S'exclama-t-elle. Ce que tu peux être psycho-rigide ! Il y a plein d'autres moyens de s'amuser tu sais ! Tu veux que je t'apprenne ? Ça te ferait du bien tu sais ! »
La dernière fois que tu as voulu m'apprendre quelque chose, c'était une soirée que je n'arrive pas à me sortir de la tête. Et pourtant j'essaye. Alors tes déconcentrations, garde-les ! Remarqua-t-il pour lui-même sans broncher.
Elle insista en lui adressant un sourire radieux et posa son verre et sa cigarette sur la table à côté : « Allez ! Surprends-moi pour une fois ! Je parie que tu pourrais être un très bon danseur !
-Tu ne parles pas d'aller gesticuler avec tous ces minables j'espère ? » Répliqua-t-il stoïquement.
Elle éclata de rire et il se surprit à grogner. Il la préférait en colère. Il ne savait pas comment manipuler la conversation avec cette Bulma souriante et détendue. Pourtant, son haleine ne sentait pas si fort l'alcool. Elle avait sans doute bu la veille, mais là, elle était relativement sobre. Et le tabac ? Même problème, elle était bel et bien lucide, mais juste moins stressée qu'à l'ordinaire.
« Allez ! Reprit-elle en riant. Tu es tellement prévisible ! Impressionne-moi un peu ! Viens danser ! » Elle commença à reculer doucement, ses hanches ondulant au rythme de la musique, écartant les bras de part et d'autre de son corps en une gestuelle d'invitation, ses deux grands orbes bleus fixés sur lui. « Qui sait, si tu m'impressionnes, je pourrais être plus disposée à rentrer plus tôt réparer ta chambre de gravité. » Elle effectua un tour sur elle-même et se mit à onduler des épaules, tout en continuant à reculer peu à peu vers la piste de danse. « Ceci est un défi, prince Végéta. Tu viens danser avec moi ? »
Même en ayant été extrêmement imaginatif, Végéta n'aurait pas pu anticiper une telle réaction de la part de la belle humaine chez qui il avait élu domicile. Il s'était attendu à des cris, à un ouragan de colère, à un peu d'adrénaline et de combat, mais le défi qu'elle lui lançait à présent n'avait aucun rapport avec tout ce qu'il aurait pu envisager. Depuis plusieurs jours, il jouait avec elle, tentant de la repousser dans la limite de ses nerfs. Il lui avait suffi d'une journée hors de sa maison et dans une ambiance différente pour qu'elle se trouve soudain en mesure de contre-attaquer et monter le défi d'un ton.
Dans ce jeu de oorlog grandeur nature, elle venait d'exécuter une manœuvre complètement inattendue. Elle était là, provocante, face à lui, et son corps ondulait comme si c'était cela qui créait la musique, dans ses grands yeux une flamme bleue dansait de malice, ses bras écartés de part et d'autre l'invitaient à s'approcher sans s'attendre à ce qu'il le fasse.
Végéta avait deux issues possibles. Soit il s'envolait maintenant, la laissant plantée là, elle vexée et lui rageur. Soit il jouait dans son jeu.
« Allez ! Tu te décides ou tu te dégonfles ? Lança-t-elle.
-Hn ! Ricana-t-il en s'avançant d'un pas lent et menaçant, décroisant les bras. Je te préviens humaine. Si tu insistes on va y aller, mais tu vas abandonner au bout de trois secondes.
-Ah bon ? Rit-elle en reculant à nouveau, comptant qu'il la suive jusqu'à la piste de danse. Et qu'est-ce qui te fait croire ça ?
-Réfléchis humaine ! » Il s'avança jusqu'à ce que leurs corps ne soient plus éloignés que de quelques centimètres, marchant autour d'elle comme un prédateur autour de sa proie. « C'est le temps que ça me prendra pour te déboîter proprement l'épaule. » Sussura-t-il.
D'un coup, elle perdit son sourire et recula de plusieurs pas : « C'est pas très excitant à dire, ça, pour inviter une fille à danser.
-Ça tombe bien, répondit-il en lui jetant un regard mauvais. Ce n'était pas ça mon but. » Puis il lui tourna le dos et retourna à côté de la table où elle avait posé son verre.
Il ricanait, sachant très bien qu'à présent qu'il avait fait avorter l'offensive de l'humaine, elle allait revenir parler avec lui et il reprendrait le dessus de la conversation... Il ricanait... Jusqu'à ce qu'un des terriens avec qui elle discutait précédemment ne s'approche de lui : « Eh mec ! Ça se fait pas de laisser une demoiselle toute seule quand elle veut danser ! Tu sais ce que tu rates, au moins, en plantant Bulma ? »
Il lui répondit par un regard perçant qui semblait dire à la fois : « C'est toi que je vais planter misérable humain, et avec un couteau à bout rond ! » Et « Je n'en n'ai absolument rien à foutre. »
L'autochtone cilla, puis abattit sa main en l'air d'un air lasse : « Bon, eh ben tant pis pour toi, moi j'y vais ! » Puis il s'avança vers Bulma avec un sourire d'excuse, tendant sa main vers elle. Elle lui sourit en retours et accepta la main, posant l'autre sur son épaule tandis qu'il la prenait par la taille. Puis elle jeta un regard à la dérobée en direction de Végéta. Un regard qui semblait chanter : « Tant pis pour toi ! »
Pendant une fraction de seconde, Végéta eut envie de foncer sur l'intrus et de l'éjecter d'un seul coup de poing à plusieurs kilomètres de là.
Bien sûr il n'en fit rien. Pourquoi aurait-il fait une chose aussi ridicule ?
Cependant, il resta là, adossé à la table des cocktails, bras croisés, à regarder l'humaine danser, ruminant son agacement.
Il n'était pas familier de ces rythmiques et notes étranges qui entraient dans les traditions de nombreuses races dans l'univers. Pour lui, les sons servaient à faire marcher les soldats au pas, rien de plus. Mais ces gestuelles-ci n'avaient rien de militaire, ça ressemblait plus à… À un combat chorégraphié. Une recherche de synchronisation entre deux adversaires.
Bulma tournait avec élégance sous le bras de l'intrus, virevoltait en s'éloignant puis s'enroulant à nouveau dans son bras, revenait en cortège, reculait quand il avançait, avançait quand il reculait, sautait quand il la soulevait. Sa longue queue de cheval haute virevoltait derrière elle et retombait délicatement sur ses omoplates nues. Elle était la musique à elle-même.
« Elle est belle hein ? »
Végéta tourna la tête vers la voix. À côté de lui, la femme vêtue de blanc s'était approchée pour prendre un verre. Il haussa les sourcils d'un air inaffecté.
Elle sourit : « C'est bien ce qu'il me semblait. Merci d'être venu, ça lui fait plaisir même si tu restes dans un coin. Et merci de ne pas l'avoir forcée à partir. C'est important pour moi. » Puis elle s'en alla. S'arrêta. Puis se retourna : « Au fait, pour ton information, la fête se terminera sans doute dans moins de deux heures. Tu es le bienvenu à rester jusque là si le cœur t'en dit. Le buffet est par là-bas. »
Le cœur ne lui en disait pas, mais il n'avait rien d'autre à faire.
Il envisagea bien tardivement d'enlever l'humaine contre sa volonté, de l'emmener à sa chambre de gravité et la forcer à lui faire ses réparations sur-le-champ, mais il savait bien que cela le conduirait juste à une dispute sans fin. Oui, ça l'amusait de se disputer avec elle, mais seulement quand c'était lui qui avait le dessus dans la discussion. Là, il risquait juste de se retrouver soit avec du matériel réparé n'importe comment, soit avec une machine qui tenterait véritablement de l'assassiner. Il ne voulait pas trop tester jusqu'où elle pouvait perfectionner ses lasers, fléchettes empoisonnées et arcs électriques. Il préférait qu'elle développe les robots de combat.
Tout en réfléchissant, il s'était dirigé sans s'en apercevoir vers le buffet, où trônait un énorme gâteau blanc au milieu d'une multitude de plats. Tous ces mets étaient à peine à moitié entamés, alors que la terrienne en blanc lui avait clairement indiqué que la fête touchait bientôt à sa fin. Il se remplit une assiette en plastique et alla s'appuyer contre un arbre pour manger, en regardant l'humaine danser.
Chose amusante, elle continuait de jeter des regards dans la direction où il s'était trouvé quelques instants plus tôt, et semblait déçue. Il resta à l'observer avec un mélange d'amusement et de curiosité.
À la fin de la musique, l'intrus avec qui elle dansait tenta de la garder dans ses bras mais elle s'éloigna avec un sourire poli. Elle retourna près de là où elle avait posé son verre et sa cigarette et regarda autour d'elle. Puis elle s'en fut parler à la femme vêtue de blanc qui bougea la tête de droite à gauche en signe de négation puis lui indiqua du doigt le buffet. Bulma sembla vouloir s'y rendre mais fut interrompue en chemin par un homme qui l'invita à danser. Et ils dansèrent. Et Végéta la regardait en écrasant des cailloux sous son pied pour faire passer ses envies de meurtres. Puis la danse se termina et Bulma, après avoir remercié son cavalier et refusé la danse suivante, continua son chemin jusqu'au buffet. S'y arrêta et regarda autour d'elle.
Végéta se trouvait un peu trop loin pour qu'elle ne puisse le localiser aussi facilement, mais il ne bougea pas, amusé à l'idée que maintenant c'était à son tour à elle de le chercher lui. Elle s'éloigna du buffet et recommença à chercher. Par un étrange hasard, elle allait en effet dans sa direction. Mais elle fut à nouveau interrompue par un terrien qui voulait danser. Ils dansèrent. Puis elle reprit sa recherche. C'est là que foncèrent sur elle la terrienne à tête de raton laveur accompagnée d'une humaine très maigre aux cheveux roses et à la robe noire, qu'il reconnut comme étant July. Il y eut entre elles une discussion apparemment assez animée, surtout entre Bulma et la fille aux cheveux roses. Malheureusement il était trop loin pour les entendre. Puis Bulma, apparemment agacée, retourna danser.
Une danse.
Deux danses.
Trois danses.
Il ne savait pas vraiment pourquoi il restait là à la regarder, alors qu'il avait fini son assiette, mais il ne s'était pas vraiment posé la question au fond. Et puis c'était en de tels instants de pseudo-tranquillité qu'il réalisait combien son corps avait cruellement besoin de repos. Aussi il restait là, à regarder la fête de l'extérieur, assis par terre dans l'herbe au pied de son arbre, songeant à tout le mépris qu'il éprouvait pour les terriens et regardant Bulma danser. Il était d'ailleurs loin d'être le seul à la regarder, et il fallait dire qu'elle se débrouillait pas mal en synchronisation sur ces enchaînements de mouvements bizarres qui ne servaient à rien à part l'amuser.
Puis, au cours de la troisième danse, il comprit qu'elle l'avait enfin repéré, car elle ne cessa, par la suite, de lui jeter des regards par dessus l'épaule de son cavalier. À la fin de la danse, il espérait presque qu'elle viendrait vers lui, pour qu'ils puissent enfin se disputer comme il convenait. Mais au lieu de ça, elle retourna en direction de la femme en blanc et de l'homme qui ne la lâchait pas d'une semelle. Elle salua une par une toutes les personnes du cercle de discussion, fit de même pour saluer la fille à tête de raton-laveur et son cavalier, et aussi la fille aux cheveux roses qui lui adressa un clin d'œil alors que Bulma s'en allait.
Puis Bulma traversa le jardin et la piste de danse en ligne droite en direction de Végéta, et s'approcha de lui avec un sourire radieux : « Tu m'as attendue. Là tu m'étonnes.
-Hn. Répliqua-t-il d'un air de dédain. Ma salle d'entraînement est complètement hors-service. Qu'est-ce que tu veux que je fasse d'autre ?
-Je sais pas moi… Méditer, détruire des glaciers…
-Tsss ! Quel temps perdu !
-Allez, c'est bon, fit-elle avec un sourire conciliant. J'ai dit au revoir à tout le monde, on peut y aller. À moins que tu veuilles m'accorder une dernière danse ?
-Hm ! Même pas en rêve ! » Ironisa-t-il en se levant.
Elle répondit par un petit rire amusé, puis s'approcha de lui et enroula ses bras autour de son cou. Il eut un mouvement de recul, mais elle aussi éloignait sa tête d'un air gêné : « Bon allez, tu as proposé de me ramener, non ?
Première seconde. Il hésita, tandis que le parfum de l'humaine l'enlaçait et que sa poitrine voluptueuse effleurait la sienne au travers du tissu de sa chemise.
Deuxième seconde. Respire. Objectif. Voilà.
Troisième seconde ses lèvres retrouvèrent leur rictus moqueur, tandis qu'il la saisissait par la taille, formait une barrière de ki autour d'eux, et décollait à toute vitesse.
Ils parvinrent en moins de deux minutes à Capsule Corporation, mais ce furent autant de secondes qui leur parurent interminables à tous deux.
ooooo
« Et merde ! Tu as fait exploser la porte ! Se lamenta Bulma en arrivant près de la chambre de gravité.
-Et comment tu voulais que je sorte ? Répliqua le saiyan sur ses talons.
-Normalement, sur une coupure d'énergie totale, la porte devrait s'ouvrir toute seule.
-Elle ne l'a pas fait.
-C'est bizarre. Remarqua-t-elle. » Elle commença à démonter le panneau de commande qui se trouvait dans le mur du couloir après avoir appelé ses droïdes ouvriers. « Tu sais, ça risque de me prendre un bout de temps et je ne suis pas sûre de pouvoir finir ce soir.
-Je reste. Déclara-t-il en s'appuyant contre le mur. C'est le meilleur moyen de me garantir que tu seras la plus efficace possible.
-Mhm. Répondit-elle d'un air distrait. »
Puis ils cessèrent de parler, ou du moins, Bulma monologuait à l'occasion en commentant des détails techniques. Lui, restait là avec l'espoir de lui mettre la pression et qu'elle puisse travailler plus efficacement. Il savait que sa présence la stressait. Et puis il n'arrivait pas franchement à décoller ses yeux d'elle. Elle portait toujours sa robe rouge moulante et ses chaussures à talons haut, ce qui lui laissait une vue agréable lorsqu'elle se penchait en avant ou lorsqu'elle s'allongea sur le dos pour accéder il ne savait trop où sous les câbles, alors qu'elle n'avait même pas pris la peine d'enfiler sa blouse.
« Ah ! Je vois ! Fit-elle soudain. C'est le câble de l'alimentation secondaire qui a grillé au niveau du dispatching. Ça ne devrait pas être très long…
-Combien de temps ?
-Mhm, réfléchit-elle. Laisse-moi environ trois quarts d'heure.
-Je vais manger alors. »
Il mangea environ à peu près quarante minutes (un repas autrement meilleur que le buffet du mariage). De là il attendit encore une dizaine de minutes en regardant Bulma travailler en silence. Puis elle referma la trappe d'accès aux câblages dans le mur, recula d'un pas, et s'essuya le front et époussetant les hanches : « Voilà, c'est réparé. Elle marche à nouveau. On a remplacé la porte. J'en avais une en stock d'avance dans mon laboratoire. Tu as de la chance que j'aie été si prévoyante !
-Après tout, c'est ton rôle. Répliqua-t-il, absolument pas impressionné (même si au fond, il était satisfait).
-Eh ! Protesta-t-elle. Ça te ferait si mal de dire merci ?
-Hn. Ricana-t-il à nouveau avec un rictus mauvais. Dans tes rêves, humaine !
-Arrête ce petit jeu stupide, Végéta. Je sais que tu peux être gentil quand tu veux. Tout à l'heure, tu es venu me chercher à la fête mais tu ne m'as pas forcée à partir. Et on a même presque dansé ensemble.
-Tsss ! Je ne fais que ce qui est dans mon intérêt. Tout est calculé. C'est tout.
-Hn. Sourit-elle. Et qu'est ce qui était dans ton intérêt pour avoir presque dansé avec moi ?
-Te faire fermer ton clapet.
-Oh, je vois. Répliqua-t-elle en prenant un air enjoué. Et tu as eu peur de continuer jusqu'au bout alors que ça aurait pourtant bien servi ton petit jeu ?
-Quel petit jeu ?
-Ne fais pas l'innocent. Je ne suis pas idiote. Soit ton sens de l'équilibre a pris un sacré coup récemment, soit tu as eu une fâcheuse tendance à me coller plus que de coutume ces deux dernières semaines. »
Première seconde. Il croisa les bras.
Deuxième seconde. Il la dévisagea d'un air hautain, tel un adulte écoutant un enfant inventer une histoire et s'enfoncer dans des justifications toujours plus saugrenues.
À la troisième seconde, Bulma, loin d'être une enfant, au lieu de s'enfoncer en justifications, poursuivit son propos :
« Je reviens donc à ce que je disais tout à l'heure : pourquoi est-ce que tu n'as pas dansé avec moi ? J'ai trois hypothèses.
-Hn ! S'amusa Végéta en s'adossant au mur.
-Soit tu as peur du ridicule, ou que pour une histoire de fierté quelconque tu estimes que danser n'est pas digne de toi.
-Juste.
-Oui, sauf que personne d'autre que moi ne te connaissait là-bas. Et tu savais précisément que pour m'impressionner il fallait danser. Ne me fais pas croire que tu n'aurais pas su danser. Et ça aurait franchement servi ton petit jeu malsain.
-Quel petit jeu ? S'acharna-t-il avec malice.
-Ma deuxième hypothèse, poursuivit-elle, c'est que tu ne sais tellement pas ce que ça représente de danser que tu es passé à côté de ta chance. La danse c'est sensuel. La danse c'est une première invitation qui ouvre tous les possibles sans les garantir. La danse c'est un duel de séduction et de synchronisation. La danse, quand c'est bien mené avec la bonne personne, ça t'envoûte à y perdre ton âme.
-Ah. Fit-il d'un air neutre.
-Ça. Continua-t-elle. Je suis prête à parier que tu ne le savais pas jusqu'à aujourd'hui. Mais je suis aussi prête à parier que tu l'as très vite compris, au moins en partie. Ce ne sont sans doute pas des choses qui t'intéressent, mais tu es bien trop observateur pour ne pas t'en être au moins un peu rendu compte cet après-midi. Tu es bien resté une heure à côté de la piste de danse.
Face à elle, le coin de la lèvre du guerrier se souleva en un rictus qu'il savait imperceptible à ses yeux d'humaine.
Elle poursuivit, instoppable : « Donc, pour tester cette hypothèse, je t'ai laissé une deuxième occasion de m'inviter à danser. Tu avais eu toute la soirée pour m'observer, et tu savais exactement à quoi t'en tenir vis-à-vis de la danse.
-Mhm...
-Mais tu ne l'as pas fait, ce qui infirme cette deuxième hypothèse.
-Et donc ? S'enquit-il en haussant les épaules.
-Et donc ma troisième hypothèse, c'est que quelque chose t'a retenu de danser avec moi alors que ça fait deux semaines que tu ne rates pas une occasion de t'approcher de moi d'un peu trop près. Tu avais une occasion en or sans risquer ta fierté, et tu l'as laissé filer.
-Moralité, déduisit-il, ton histoire de petit jeu, c'est toi qui te l'es inventée.
-Moralité, le corrigea Bulma, tu as peur de moi.
-Ah ?
-C'est toujours la même chose avec toi, Végéta. Lui reprocha-t-elle. Tu apprécies l'idée de me plaire, mais tu refuses d'admettre que toi aussi tu es attiré par moi.
-Humaine, la prévint-il. Tu vas trop loin dans tes hypothèses stupides, là.
-Pourquoi tu as honte ? De quoi tu as peur ? Je suis une jeune femme très séduisante et très intelligente. C'est normal d'être attiré par moi.
-Dans tes rêves, humaine ! S'agaça le saiyan.
-Je n'ai pas rêvé cette nuit-là où tu m'as prise dans tes bras pourtant.
-Deux... Marmonna-t-il comme un reproche. Il me semble avoir été clair sur le sujet, humaine. Je suis le guerrier et tu...
-Je suis la scientifique et on s'en tient là. Je sais. Ça me va très bien. Mais ce que je me demande, c'est qu'est ce qui te fait peur chez moi au point de vouloir à tout prix résister à ton attirance pour moi ?
-Quelle attirance ? Répliqua-t-il avec défiance. Humaine, tu as bu et tu es ridicule ! Je vais dormir. »
Il se décolla du mur auquel il était appuyé, mais elle s'avança et posa une main sur la cloison à côté de lui : « Ok, mais j'ai un dernier truc à te dire avant. »
Il fronça les sourcils et resserra ses bras croisés. Regard noir glacial s'entrechoqua avec regard bleu décidé : « Juste une chose. »
Il ne bougea pas d'un pouce, conservant son attitude hostile et impénétrable.
Pour une raison obscure, elle y vit une invitation à poursuivre son discours : « Je pense que tu conçois qu'il y a deux façons d'être attiré par une femme. Par simple pulsion sexuelle ou par amour.
-Humaine, tu...
-Non laisse moi finir ! La première, c'est celle qui pousse un homme en manque à s'approcher de n'importe quelle femelle qu'il trouve décente, parfois même sans avoir besoin d'obtenir son consentement. Pas besoin de savoir son nom, ni de l'apprécier. Je parie que c'est le mode de rapprochement que choisissent les saiyans puisque vous méprisez toute forme d'attachement.
-C'est juste. Alors pourquoi tu m'emmerdes ?
-Pour la suite. D'un autre côté, il y a l'amour. Un sentiment complètement indescriptible qui fait bouillir tes entrailles quand la personne te regarde, qui te donne des frissons incontrôlés quand elle t'effleure, et te fait fondre quand elle te prend dans ses bras. Un ressenti beaucoup plus fort, plus agréable, mais à double tranchant. On est prêt à sacrifier ses propres désirs pour voir l'autre sourire. La vie semble vide quand l'autre n'est pas là. Et à l'extrême, l'amour peut pousser quelqu'un à sacrifier sa propre vie pour l'être aimé.
-Vous êtes pathétiques. Commenta Végéta.
-Bon, je vois que tu as compris. C'est le mode de rapprochement que recherchent les humains. Un peu comme une drogue, on a besoin d'amour.
-Et pourquoi tu me dis ça ?
-Parce que contrairement à ce que tu voudrais m'affirmer, je sais qu'un saiyan est capable d'amour aussi.
-Humaine tu es ridicule.
-Végéta, si je te dis ça c'est parce que je l'ai vu. Tu n'es pas le premier saiyan que je fréquente, à ce que je sache.
-Humaine, ne me compare pas à...
-Mais ce n'est pas là où je veux en venir. Le coupa-t-elle en se mettant à faire les cents pas sans le quitter des yeux. Ce que j'essaie de te dire, c'est que je pense que dans ta culture, on rejette le sentiment d'attraction pour une personne, par peur de tomber amoureux. Tu me l'as très bien expliqué toi-même : s'attacher à quelqu'un c'est un point faible. Je ne suis pas d'accord avec ça, mais apparemment c'est comme ça que vous voyez les choses.
-Bon. S'agaça Végéta. Ça y est, tu as fini de causer ? Tu ne m'apprends absolument rien là.
-Je n'ai pas fini, j'en arrive à la partie intéressante ! Signala Bulma en s'arrêtant face à lui et pointant sur lui un index accusateur. C'est que là où vous les saiyans, vous ratez un détail très important, c'est que le monde n'est pas que noir et blanc. Tu penses vraiment qu'il n'y a aucun moyen d'être attiré par une personne spécifique sans en être amoureux ? »
Il ne répondit pas, semblant plus agacé qu'intéressé, mais ne cherchant apparemment pas à s'en aller. Elle continua : « Entre l'instinct bestial et l'amour, il y a un truc génial qui s'appellele désir. Un truc anodin qui fait qu'une personne plus que d'autres nous attire. On ne regretterait pas sa mort, on vit très bien loin de cette personne, mais lorsqu'elle vous regarde. Droit dans les yeux. Comme ça. Qu'elle s'approche lentement. » Bulma effectuait les gestes en même temps qu'elle les décrivait, le fixant de ses grands orbes bleus scintillant des mille reflets de l'océan, semblant vouloir l'immobiliser face à elle. « Là on est comme hypnotisé. On veut s'approcher encore. Et lorsque la personne vous touche... » Levant timidement une main elle la laissa glisser sur le col ouvert de la chemise du guerrier, jouant d'abord avec les coutures avant de glisser doucement sur son torse. Le saiyan ne bougea pas d'un pouce, continuant de la fixer d'un regard aussi perçant qu'impénétrable. Elle poursuivit en baissant les yeux vers ses doigts : « C'est comme si le moindre contact laissait une traînée de chaleur sur la peau. Et on a juste envie d'en toucher plus, d'en prendre plus. Est-ce que tu vois de quoi je parle, Végéta ? Du désir à l'état pur, et sans sentiments. Sans honte, sans attache, que les avantages sans les inconvénients. C'est plus simple. Ça n'engage à rien. » Puis elle leva à nouveau les yeux vers lui. « Et c'est ce que je ressens en ce moment. »
