Un nouveau chapitre, deux mois après le précédent, c'est l'inconvénient d'avoir dix mille fics en route, mais voilà de la lecture pour l'été…
Merci à tous ceux, et ils sont
nombreux, qui lisent cette fic...n'hésitez pas à mettre des reviews, surtout !
Chapitre 26 : Continuités
Incrédule et quelque peu surpris, Zechs relisait le message qu'il venait de recevoir, histoire de bien être sûr qu'il avait lu correctement. Le président ! Le président de l'alliance terrienne allait venir ici, sur Mars, dans deux semaines. Dans le message, il lui disait qu'il avait eu vent de tout ce qui avait été accompli sur Mars, et qu'il souhaitait voir cela par lui-même.
Zechs éteignit le terminal et fit quelques pas jusqu'à la baie vitrée qui, de son bureau, surplombait la salle de contrôle. C'était une reconnaissance pour tout ce qui avait été fait ici, souvent très difficilement, mais il n'était pas sûr de vouloir cette reconnaissance-là, toutes ces mondanités officiellement qui lui semblaient appartenir à une autre vie.
Son regard effleura la pièce dans laquelle il se trouva, pour ensuite s'abaisser. Dans la pièce centrale, en bas, se trouvaient des techniciens qui s'affairaient sur des consoles, attentifs à tout problème qui pourrait survenir. James, son second, en avait réuni certains autour de lui et leur montrait quelque chose sur son bloc-notes. Quant à Lucrezia, entourée de Tricia et Rushie Barnett, elle examinait quelque chose qui semblait être des colonnes de chiffres. Les trois femmes se ressemblaient un peu, toutes trois dotées d'un fort tempérament, mais Tricia, la plus âgée, était de loin la plus calme des trois. Toutes trois étaient mères de deux enfants, et jonglaient avec un emploi du temps chargé, ce qui ne les empêchait pas d'être trois pivots importants de l'administration de la colonie…
Un bruit le fit se retourner, et il s'aperçut qu'on avait frappé à la porte. Il dit :
« Entrez… »
La porte s'ouvrit sur Adin Barnett, qui tenait une liasse de papiers. Il sourit et dit :
« Bonjour…Odel m'envoie vous porter les plans de la version amphibie du Mars Rider, si tout va bien nous lancerons la fabrication dans un ou deux mois… »
L'entreprise des deux frères, Barnett Industries, avait conçu en grande partie et fabriquait le véhicule martien à l'aide de matières premières issues et transformées sur place. Ce qui n'était pas issu de Mars était importé par le biais du Groupe Winner, et les déchets évacués par la Maxwell Iron Inc. Cette association était très profitable pour les trois protagonistes, et cela faisait que la situation économique de la colonie était florissante. Des colons habitaient à présent sous le Dôme II et de nouveaux filons d'oxyde de fer, de cadmium, d'aluminium, entre autres, avaient été découverts dans les puits dont la production ne faiblissait pas. C'était sans doute cette prospérité qui avait attiré le regard et l'intérêt du président de l'alliance terrienne, et qui avait motivé sa visite.
Zechs prit les plans, les examina un instant et dit :
« Très bien, je vais les regarder et je viendrai vous voir tout à l'heure, de toute façon je devais venir… »
En effet, Zechs, en tant que pilote du Gundam Geminass 01, devait toutes les semaines s'entraîner plusieurs heure pour garder intacts ses réflexes. Ce secret était partagé par très peu de monde, et il s'y résolvait pour pouvoir défendre la colonie et sa famille le cas échéant. A présent qu'il était doublement père de famille, cela lui paraissait encore plus important…
Il dit :
« Très bien, nous nous verrons plus tard, merci beaucoup, Adin… »
Le cadet des frères Barnett sourit, porta deux doigts à sa tempe en signe d'au revoir et sortit. Zechs posa les plans, et, se tournant vers son terminal, envoya un message à tous les colons pour les convoquer à une réunion plénière dans quelques jours, ceci afin d'organiser de façon idoine et comme il se devait la réception du président…
Colonie L2
Duo, lorsqu'il rentra ce soir-là après une journée harassante, trouva Hilde assise dans le salon, occupée à terminer la décoration d'un album. Sa grossesse de cinq mois et demi était à présent nettement visible sous ses vêtements larges, et elle lui sourit en demandant :
« Tout s'est bien passé ? »
Elle acquiesça et lui tendit une photo :
« Regarde… »
Duo posa son regard sur la photo et découvrit, ébahi, son enfant. Il tenait la photo d'échographie comme si cela avait été le Saint Graal, sous le regard amusé de sa jeune épouse qui lui dit :
« C'est un garçon… »
Le sourire de Duo s'élargit encore et il posa sa main sur le ventre rebondi d'Hilde. Elle lui dit malicieusement :
« Il va falloir que nous trouvions un prénom, tu ne crois pas ? »
Le regard de Duo glissa sur sa jeune épouse, et il vit à quel point elle était épanouie. Après avoir un peu difficilement supporté les aléas des premiers mois de grossesse, elle avait l'air de se sentir bien mieux…non, c'était plus que cela, c'était comme si une flamme intérieure l'éclairait et rayonnait d'elle. La jeune épouse Maxwell était encore plus belle ainsi, surtout aux yeux de son époux.
Duo, souriant malicieusement, embrassa Hilde et dit :
« Nous avons encore le temps… »
Colonie L4, maison mère du groupe Winner
L'air un peu pincé, Quatre resserra d'un geste machinal le nœud de sa cravate, avant de le desserrer avec un soupir. Prenant son courage à deux mains, il avait cet après-midi demandé à Maria de venir le voir, et voulait lui demander de l'accompagner à cette soirée de bienfaisance à laquelle il était convié. C'était une invitation obligatoire pour deux, et il savait bien que, s'il se rendait là bas accompagné de Maria, les journalistes ne tarderaient pas à le savoir et s'intéresseraient de très près à sa vie privée. C'était l'un des côtés qu'il détestait, mais il parvenait assez bien à se préserver, il y parviendrait encore cette fois et protégerait Maria de cette engeance si elle acceptait, bien sûr…
Il jeta un regard à son reflet dans la vitre, et essaya de lisser ses cheveux rebelles. N'y parvenant pas, il soupira encore une fois et se sentit horriblement mal à l'aise.
Une voix vint alors de l'interphone :
« La jeune fille que vous attendez est arrivée, monsieur… »
Il s'assit à son bureau, tentant de paraître le plus naturel possible, et regarda la porte s'ouvrir sur Maria, vêtue d'un tailleur pantalon, dont le pas trahissait la timidité et la crainte. Il sourit légèrement, et dit, désignant un siège :
« Bonjour…asseyez-vous… »
Son regard ne pouvait se détacher de la crinière couleur feu de la jeune fille, disciplinée en une natte sévère, et de son regard vert dans lequel il aurait pu se perdre sans remords. Il parvint à rester impassible et dit :
«Premièrement, je voudrais vous féliciter pour le travail que vous accomplissez au sein de l'entreprise, vos chefs ne tarissent pas d'éloges sur vous… »
Manifestement, la jeune fille ne s'attendait pas à cela, et ne put s'empêcher de laisser une expression de surprise fugitive passer sur son visage avant de dire :
« Merci, monsieur… »
Quatre, qui parvenait assez bien à maîtriser le tremblement de ses mains mais ne pouvait empêcher son visage de rosir plus que de raison, continua :
« J'ai quelque chose à vous demander, mais c'est personnel et vous n'êtes pas du tout obligée d'accepter… »
Il fit une pause, choisissant soigneusement ses mots, puis acheva :
« Je suis invité jeudi prochain à une soirée de charité, mais l'invitation est obligatoirement pour deux, et je me suis demandé si cela vous plairait de m'accompagner… »
Il avait réussi à dire cela sans que sa voix se mît à trembler, et l'intense surprise qui se peignit sur le visage de Maria l'émut. Elle resta un bon moment sans voix, réfléchissant à ce qu'elle devait faire, puis répondit :
« Ce sera un honneur, monsieur… »
Là, ce fut au tour de Quatre d'être surpris par son propre pouvoir de persuasion. Il dit alors :
« Il va sans dire que je vous offre votre tenue, mon assistante vous accompagnera pour la choisir quand vous le souhaiterez. Je suis très heureux que vous ayez accepté, ce sera un honneur pour moi de vous avoir avec moi… »
Il se maudit. Quelle platitude dans ses propos ! C'était toujours lorsqu'il devait exprimer des sentiments qu'il retombait dans ces mots vides de sens et terriblement conventionnels. Sur les relations humaines il avait manifestement encore beaucoup à apprendre. Furieux un instant contre lui-même, il n'avait pas remarqué que le regard de Maria, bien que baissé, s'était posé sur lui. Reprenant ses esprits, il dit :
« Merci beaucoup d'avoir accepté, j'enverrai la limousine vous chercher jeudi prochain à dix neuf heures trente… »
Maria hocha la tête et se leva, se dirigeant vers la porte…
Comme il aurait voulu lui exprimer son contentement de l'avoir à ses côtés ! Pourtant, il en était incapable et, alors qu'elle sortait, il resta là, les bras posés sur les accoudoirs de son fauteuil, l'air quelque peu absent. Il se sentit alors ridicule, et frappa du poing la pile de dossiers qui se trouvait devant lui. Il allait vraiment falloir qu'il se débarrasse de son encombrante timidité, et vite !
Terre, résidence de Relena
Relena, bien qu'il fût tard, travaillait dans son bureau, l'oreille aux aguets. Non loin d'elle était posé le dispositif qui lui permettait d'entendre si son fils se réveillait et, pour l'instant, Tim-Odin ne paraissait pas vouloir encore réclamer son biberon. A présent, elle n'avait plus besoin de le réveiller, il s'était rythmé tout seul mais restait tout de même un gros dormeur, comme tous les grands prématurés. Il restait également un petit gabarit, mais, à ce qu'en disait le médecin qui le suivait, il avait de bonnes chances de ne pas avoir de séquelles de son extrême prématurité. Selon sa date de naissance, il avait six mois, mais seulement la taille d'un bébé de deux ou trois mois, qui étonnait parfois ceux qui le voyaient.
Relena ferma son dossier et soupira. Heero était parti depuis quatre jours en mission pour le ministère, et il lui manquait extrêmement. Pourtant, ces temps derniers, leur entente n'était plus aussi parfaite, et ils se disputaient fréquemment. Le sujet de leurs disputes était souvent Tim-Odin, mais pas toujours. Elle se disait que cela arrivait dans tous les couples, mais n'aimait pas du tout cet état de fait…
Enfin, Tim se décida à se réveiller. Relena attrapa sa robe de chambre, alla le prendre et le nourrit du biberon conservé au chaud. Il fallait bien souvent s'armer de patience pour le nourrir, mais, ces derniers temps, il terminait plus facilement son biberon, à son grand soulagement…
Le regard sombre de son fils, hérité de son père, ne quittait pas le sien, et elle appréciait ce moment de communion avec son bébé. Cependant, elle se rendait bien compte qu'elle était surprotectrice avec lui, probablement parce qu'elle avait franchement craint de le perdre. Elle soupira et chuchota:
« Ne te laisse pas abattre, petit Tim... »
Même s'il avait des séquelles, ils seraient derrière lui pour le soutenir, autant qu'il aurait besoin d'eux. Ce bébé fragile, qui n'était pas préparé à vivre si tôt dans ce monde, survivrait sans aucun doute, mais il aurait besoin de longs soins pour y arriver. Cependant, elle ne regrettait plus rien à présent, et organisait désormais sa vie en fonction du petit garçon, chose qu'elle n'aurait pas cru être capable de faire auparavant. Elle qui, déjà, avait été forcée de mûrir très vite autrefois, avait encore dû faire face à ce coup supplémentaire du destin, mais, à présent, tout semblait s'arranger, même si elle devait encore jongler avec son emploi du temps et courir après les minutes. Même si leur couple était parfois en désaccord, elle devait bien reconnaître que Heero l'aidait beaucoup, et prenait son rôle de père très au sérieux. Des deux, c'était lui qui restait le plus optimiste sur les capacités intactes du petit garçon, arguant très logiquement que ses propres gènes de New Type pourraient au moins servir à quelque chose...
Alors que le petit prématuré buvait tranquillement sa nourriture, Relena lui sourit et elle crut voir dans les yeux sombres de son fils comme une réponse...
Mars
« L'arrivée du président ? Oui, je l'ai lu sur les messages internes...et ? »
Le calme de Lucrezia, occupée à nourrir Irène, étonna presque Zechs, qui, lui, lisait les derniers résultats de tests d'Aidan. Malgré l'opposition de ses parents, l'enfant avait passé des tests qui confirmaient le diagnostic précédent: à presque trois ans, Aidan présentait déjà des signes de précocité intellectuelle, comme son père il serait un New Type aux capacités particulières. L'institutrice avait vraiment insisté pour lui faire passer ce dernier test, qui confirmait malheureusement ce qui avait été pressenti...
D'un geste expert, Lucrezia essuya le petit menton du bébé et dit:
« Que nous vaut l'honneur d'une visite présidentielle ? «
Zechs posa la feuille qu'il tenait et dit:
« A mon avis, la prospérité de notre colonie, nous sommes riches, à présent, et voilà qui a dû attirer l'oeil de ces rapaces de politiques... »
Au ton de son époux, Lucrezia voyait bien que cela le contrariait, aussi lui dit-elle:
« Il faut en passer par là pour que nous ayons une vraie existence à leurs yeux, tu le sais... »
Le regard bleu de Zechs, chargé d'orage, redevint immédiatement clair comme un ciel estival, et il eut un léger sourire:
« Tu sais toujours trouver les mots qu'il faut, c'est incroyable... »
Lucrezia positionna sa fille sur sa hanche et, d'un geste léger, effleura de ses lèvres celles de son époux avant de dire:
« J'ai eu un long entraînement... »
Irène gazouilla, finissant de ramener le calme et la sérénité dans le coeur de son père, et Lucrezia dit:
« Que prévois-tu de faire ? »
Il sourit:
« Nous en parlerons à la réunion qui aura lieu vraisemblablement demain, mais nous devons faire les choses dans les règles... »
Rien que cela d'ailleurs semblait l'énerver, aussi résolut-elle de calmer le jeu, une fois de plus:
« Nous ferons tous front, les colons te suivront, et tu le sais... »
Il appuya sa tête sur sa main:
« Je le sais, oui, mais je sais aussi que, bien que j'eusse aimé demeurer indépendant, nous avons besoin de la Terre pour les débouchés de notre commerce... »
Lucrezia posa sa fille dans son transat et lui dit:
« Va donc jouer avec Aidan, voilà qui te ramènera la joie au coeur... »
Zechs désigna le papier des tests:
« Notre fils est à présent sûrement un New Type, et c'est ma faute. Il va être observé comme un rat de laboratoire par tous les instituteurs qu'il va avoir... »
Elle posa sa main sur son épaule, désirant vraiment le consoler. L'arrivée du président le gênait parce que cela lui rappelait ce qu'il avait été autrefois, et elle le comprenait aisément. Au contact de sa main, il se détendit un peu, et attrapa sa taille:
« C'est encore toi qui a raison... »
Elle lui sourit, de son plus beau sourire, et ajouta:
« Pour Aidan, nous serons là pour veiller au grain et faire en sorte que ce que viens de dire n'arrive pas... »
Une petite tornade aux grands yeux bleus prénommée Aidan arriva alors, et vint se précipiter sur Zechs pour avoir un baiser. Il le prit sur ses genoux et dit:
« Chaque chose en son temps, tu as raison, ma Lu... »
Il se leva, gardant Aidan dans ses bras, et dit:
« Viens, bonhomme, on va jouer... »
Aidan poussa un cri de joie, et serra le cou de son père entre ses petites mains. Zechs alors se sentit vraiment mieux: aucun président de l'univers ne pourrait lui enlever cela, l'affection de sa famille. Avec un sourire, Lucrezia le regarda gagner la salle de jeux, et, donnant à Irène son hochet, se dit qu'à présent aucun de ses démons anciens ne pourrait plus ronger Zechs, qu'il avait trouvé un équilibre. Comme elle l'avait toujours fait, elle resterait auprès de lui pour l'aider et le soutenir, quoi qu'il arrive...
A SUIVRE
