Courage à ceux qui passent encore le bac !
SABLE D'ISHBAL
- Rain Delay-
Depuis quelques jours que le chantier était en pause , le rythme des journées était bien plus tranquille . Les derniers hommes Amestris avaient quitté l'endroit depuis peu , laissant le campement à l'abandon ( mais rangé , tout de même) . Alice et ses amies avaient décidé de rester . Pour la brune , ce n'est comme si sa famille l'attendait à la maison , de plus , elle tenait à bouger le moins possible d'Ishbal avant que le chantier ait bien avancé . Bien sûr , cela allait faire un an qu'elle avait posé ses pieds ici et comme on dit " Rome ne s'est pas construite en un jour" . Il y avait déjà pas mal d'habitations de construites , ainsi que le Monastère , l'école , l'imprimerie et le bazar . Les puits avaient été la priorité , ainsi que les égouts , presque intégralement détruits par les tirs de mortier . Restait encore une partie importante à remettre en place : l'agriculture et l'élevage . Les quelques poules et chèvres était déjà un bon début , mais la guerre avaient totalement détruit les plantations et retourné la terre . De plus , il pouvait encore y avoir des explosifs cachés dans les terres cultivables : les récoltes de blé et de coton propres à Ishbal ne se feraient pas cette année , et peut-être pas encore l'année suivante . La culture, au sens intellectuel du terme , se reconstruisait petit à petit . Quelques Ishbals avaient pensé à emporter des livres , tels des souvenirs , avant de fuir . Ceux-ci avaient été confiés à l'imprimerie qui devrait bientôt se mettre en marche car , même si l'imprimerie était construite , les machines n'étaient pas encore arrivées .
Alice finit de se sécher les cheveux avec sa serviette de toilette en grimaçant . Sa blessure commençait à cicatriser , mais une sensation désagréable persistait quand elle bougeait l'épaule . En plus de cela , laver et sécher son énorme masse de cheveux commençait à prendre du temps . Ceux-ci lui arrivaient aux fesses , n'ayant pas été coupés depuis bien des années . Sortant dehors , elle respira l'air du matin . Il était à peine huit heures et demiE et peu de personnes étaient déjà debout . Marchant dans les rues , elle les salua avec un petit sourire . La nouvelle de ses tatouages s'était répandue comme une traînée de poudre , mais si les gens en parlaient , ce n'était certainement pas en face . Mieux valait ça qu'un scandale .
" Alice !"
La dénommée Alice se retourna en direction de la voix .
" - Filiz , déjà debout ?
- Oui , j'ai quelques préparatifs à organiser , laissa échapper la jeune fille avant de s'interrompre .
- Pour quoi donc ? l'interrogea Alice , les mains sur les hanches .
- Fin Mars , c'est la fête de la Famille . La famille est le coeur des relations humaines , spécialement ici , à Ishbal , donc , il faut nous préparer à l'avance .
- Et quels préparatifs faut-il ?
- Il faut faire des costumes . C'est ça que l'on teignait depuis quelques semaines , lui apprit l'adolescente . Et aussi préparer des couverts pour tout le monde .
- Je vois, opina du chef la militaire . Et tu vas où pour préparer tout ça ?
- Je vais donner les tissus à la broderie , et ensuite , j'irai chez Kamka . C'est le maître verrier et-
- Vous faites du verre également ? l'interrompit Alice avant de se ressaisir . Enfin , ce n'est pas très étonnant comme il faut du sable .
- Oui , ce n'est pas ce qui manque ici . Il faut aussi aller chez les potiers du quartier. Même si Ishbal est une région où tout le monde se connaît , nos villages ou "quartiers" organisent leurs fêtes entre eux . Quelques fois par an , nous nous retrouvons vraiment tous ensemble , mais vu la situation , ce serait difficile .
- J'espère que vous pourrez l'année prochaine . Il faudra mettre les bouchées doubles quand les hommes reviendront . Je t'accompagne ?
- D'accord !"
Quelques rues plus tard , elles arrivèrent devant le camp de tentes . Mal à l'aise de voir des Ishbals vivre là dedans alors qu'elle avait droit à un vrai lit et un vrai toit , Alice préféra regarder par terre . Même si Dalil lui avait assuré avoir demandé l'opinion générale avant de lui offrir de vivre dans l'annexe , elle se sentait comme une intruse . La sortant de ses pensées , Filiz la héla et entra dans l'une des tentes kaki . A l'intérieur , trois femmes respectivement de l'âge de Yasha Shan , Kara Shan et Filiz semblaient les attendre , assises devant une grande table ronde .
" - Bonjour , Colonel . Je suis Tiza Ohm , voici ma mère , Cerès Ohm , et ma grand-tante , Kilma Ohm . Vous avez dû croiser mon père et mon frère sur le chantier , se présenta la plus jeune de trois .
- Enchantée , Mademoiselle , et Mesdames . C'est donc vous qui brodez ?
- Les broderies ishbales sont les plus raffinées du pays , sourit Tiza , apparemment amie avec Filiz . C'est pour cela qu'il faut prendre son mal en patience pour en pouvoir s'enorgueillir d'en posséder !
- Vous n'avez pas de métier à broder ? s'étonna Alice .
- Non , répondit Cerès . Nos broderies se font uniquement à la main , avec un fil bien spécifique . Nous le tirons des feuilles de la plante nommée Shikame , qui veut dire " La brodeuse" . Un fois extracte , il faut lier tous les petits fils et les teindre avant de les rouler en bobines . Et les broder , finalement .
- Nous allons avoir une sacrée masse de travail , maugréa la grande-tante , examinant les tissus neufs . Approchez , Mademoiselle , s'il vous plaît ."
Étonnée , Alice obtempéra tout de même , sous le regard amusé des autres femmes autour d'elle . Plaquant contre son buste ce qui semblait être une robe rouge cardinal, la vieille femme sembla calculer une surface .
" - Les broderies dépendant du type de costume à porter , lâcha enfin Kilma . Elles sont de taille et de couleurs différentes . Si vous voulez savoir , les anciens - enfin , les vieilles biques et les vieux boucs de mon genre - portons du bleu avec des broderies jaunes . Les femmes mariées et leur conjoint, du vert et du orange . Les adolescentes - comme les deux là- du violet et du rose , tandis que les jeunes hommes portent du bleu foncé et du vert .
- Et le rouge alors ? demanda la jeune femme .
- Ça , c'est une surprise , lui répondit Filiz , l'oeil goguenard .
- Je n'aime pas les surprises de ce genre ..."
L'invitant à s'asseoir , Tiza commença la broderie de l'étoffe violette qu'elle porterait , Filiz à sa droite . Prenant une grosse aiguille , elle prit le fil rosé de Shikame et commença un dessin alambiqué sur l'épaule .
" - Vous voulez essayer ? lui demanda Cerès , souriante .
- Oui , je veux bien , répondit Alice .
- Tenez , lui expliqua-t-elle en lui tendant une aiguille similaire à celle de sa fille . Vous la tenez légèrement en diagonale comme cela , fit-elle en joignant le geste à la parole , et vous commencez à piquer . Nos broderies se font toujours en brodant le fil de droite à gauche , jamais en croix ou de gauche à droite . C'est une tradition ancestrale ."
Examinant la tunique verte qu'on lui avait confiée , commença à piquer . Ce vêtement devait être porté par un petit garçon , mais cela n'empêchait pas l'application . Au bout de quelques instants , Kilma arriva par-dessus son épaule et nota :
" - Vous vous débrouillez bien ...
- Merci , la remercia la militaire .
- Mais vous feriez de nous laisser le reste , d'autres brodeuses viendront . Vous ne savez pas quels motifs faire , mais je garderai votre nom en mémoire le jour où nous serons débordées, lui sourit-elle . En plus , je crois que Filiz a encore besoin de vous ce matin ."
Alice reposa son ouvrage , de même que Filiz qui aidait son amie . Prenant poliement congé , elles s'éclipsèrent . Les deux amies retournèrent vers le quartier des maisons où des Ishbals construisaient leur futur foyer sans l'aide de leurs collègues Amestris . Avisant une maison tout juste finie , la brune remarqua une lueur orangée depuis la fenêtre .
Avant de venir sur le chantier , Mustang avait demandé aux artisans et usines d'Amestris de fournir des fenêtres et autres portes aux futurs résidents d'Ishbal . Même encore aujourd'hui, le chantier recevait un pourcentage de la production de divers objets : poêles , charbon , vêtements , couvertures , lits ...
Rentrant à l'intérieur , Filiz cria :
" KAAAAAAMKAAAAA !"
Elles se trouvaient dans ce qui semblait être un atelier : il y a avait du sable , les longues perches en fer, des peintures , quelques oeuvres en verre ainsi que des sortes de fours où le modeler .L'endroit , en plus d'être aussi chauffé qu'une fournaise , était empli d'un boucan infernal . Dont celui d'une grosse voix masculine qui chantait à tue-tête . Reprenant son souffle , l'adolescente rappela le maître-verrier . La voix cessa soudain son chant et des bruits de pas lourds se firent entendre . Arrivant de leur gauche , un Ishbal d'au moins trois têtes de plus de Filiz approcha . Enlevant le masque métallique qui lui couvrait le visage , Alice pu voir qu'un sourire éclatant lui en mangeait la moitié . Et également qu'il lui manquait un morceau de son oreille gauche .
" Filiz ! Alors , on promène le Colonel ? blagua-t-il avant de s'approcher d'Alice et lui serrer la main : Je suis Kamka Heriff , maître-verrier , pour vous servir !
- Ravie de vous rencontrer .
- Kamka , tu sais que Te Amsha Kaa approche , alors , on aurait besoin de tes services . Où est Larsho ?
- Il dort encore , ce garnement , grommela Kamka . Tu veux quoi donc ?
- Des verres . Avoue que ça t'étonne , ironisa l'adolescente . Et les bijoux habituels . Tu verras avec Imzar pour les sertir , comme d'habitude , hein ?
- J'espère que tu vas pas m'apprendre mon métier , Filiz Shan , ou j'te préviens , c'est toi que j'mets sous verre , fit le colosse avant de frotter énergiquement le crâne de son interlocutrice , sous les yeux amusés d'Alice . Oops , je t'ai mis de la suie dans les cheveux . Ce n'est pas chez le Colonel qu'on le remarquerait , hein ?
- Non , je ne pense pas , répondit Alice avec un petit rire . Peut-être avais-je les cheveux plus clairs , mais qu'on me les a couverts de suie . Ou d'encre , au choix .
- Peut-être les deux , c'est pour ça qu'ils sont aussi noirs . Donc , il vous faut ça pour quand ? C'est bien dans environ deux semaines Te Amsha Kaa ?
- Voilà , donc d'ici une douzaine de jours , ce serait bien . On fait la tournée des personnes à avertir , même si je ne doute pas que les potiers doivent déjà être sur le pied de guerre , grimaça Filiz .
- Ils le sont , pas d'souci . Je les ai croisés hier soir , et ils disent qu'ils ont déjà commencé . Pas b'soin de leur rappeler . Vous voulez du thé ?
- Oh oui!" s'exclama l'ishbale .
Prenant la main d'Alice sans plus de cérémonie , la jeune fille l'emmena dans la pièce d'où venait d'émerger Kamka , sous le regard bienvaillant de celui-ci . Ils arrivèrent dans une cuisine plutôt exigüe , mais confortable et surtout encombrée . La vaisselle ne semblait pas le principal souci de maître verrier . Posant devant elles deux grands verres , il alla vérifier la température de l'eau du thé . Avisant le récipient , Alice examina attentivement l'objet . Le verre était large , de forme circulaire . Des reliefs formaient une frise sur tout le contour , tandis que de fines fleurs d'acacias y étaient également peintes . Tout ceci semblait avoir été fait avec le soin le plus minutieux . Relevant le yeux , elle vit Kamka lui sourire .
" Je me débrouille pas trop mal , hein ?"
A ces mots , il lui versa du thé à la menthe très odorant , de même qu'à Filiz . S'asseyant devant elles , l'homme prit également un verre de la boisson chaude . Un peu trop chaude au goût d'Alice , qui la laissa refroidir quelques instants .
" - Vous n'aimez pas le thé ? demanda Filiz.
- Oh si ! C'est juste un peu trop chaud pour moi ... Mais , le moins que je puisse dire , c'est que ces verres sont très beaux .
- Vous me flattez , Colonel ! Ce n'est pas tous les jours qu'on vient complimenter mes verres à thé !
- Je dis ce que je pense , c'est tout . Comment se passe le Thé Amchat Kah ? demanda-t-elle d'un ishbal (très) maladroit .
- Te Amsha Kaa , plutôt , fit Kamka après un fou rire partagé avec Filiz . Il faut tout d'abord expliquer la configuration d'Ishbal . Vous savez quoi sur notre région , géographiquement ?
- Mmm ... Ishbal est la région la plus désertique du pays. Elle a été annexée il y a trente ans par les troupes menées par le Général Williams , avec notamment celui qui deviendra le Général Grunman . Le conflit et les pourparlers furent difficiles , car le Fuhrer de l'époque , Aloïs Grandville , était un athée farouche et refusait de laisser les Ishbals pratiquer la religion . C'est suite à une suggestion de son second qu'il finit par céder sur ce point , tout en laissant des militaires dans la région . Une quinzaine d'années plus tard , le conflit commença véritablement . Le grand souci qu'ont eu les troupes Amestris à Ishbal ont été : la chaleur la journée , le froid la nuit , le sol constitué de pierres et de sable donc peu stable et les tremblements de terre , heureusement assez peu fréquents . Au fond , je ne sais que la version militaire d'Ishbal , donc , si vous pouviez éclairer un peu ma lanterne , ça ne me déplairait pas .
- Et bien , je vais pouvoir jouer un peu au prof ! se réjouit Kamka , se frottant les mains . Vous avez raison sur votre version , mais , je vais plutôt vous raconter le fonctionnement géographique interne d'Ishbal . Notre terre se situe , comme vous l'avez dit , dans un endroit désertique . Ishbal est constituée de plusieurs villages qui se rassemblent sous la forme de quartiers . Ici , nous sommes dans le village de Yohva . La région est constituée de très exactement treize villages , d'où l'importance de ce chiffre dans nos croyances : chaque quartier a son Monastère , qui se situe généralement en son centre . Ces constructions sont reconnaissables à leur dôme doré , symbole du soleil . Ces villages se rassemblent autour d'une énorme place , un peu plus au Sud . Elle est en ruine à l'heure qu'il est , mais elle était magnifique quand j'étais plus jeune , faite de dalles multicolores ... Enfin , je suis pas sensé raconter mes souvenirs ! Donc , de cette place , Ishbalsha Imi - "Ishbal" signifie " soleil" en notre langue - est le centre de la region . De là partent six grandes rues qui mènent à chaque quartier . Ishbal s'étant construire avec le temps , les rues sont parfois biscornues , il faudrait arranger ça à la reconstruction . Enfin , c'est le boulot de Tamir , l'architecte ... A propos du Te Amsha Kaa et non Thé Amchat Kah comme vous dites , sourit-il , comme chaque quartier a un peu sa propre manière de se réguler , les familles qui y vivent y sont le noyau . Personne ne quitte son quartier , ou presque . Tout le monde s'entraide , et encore plus depuis l'exil . Les familles se sont mêlées par des alliances et par l'amitié . Le Te Amsha Kaa sert à célébrer les liens qui nous unissent , quartier par quartier . Chaque année , en été, tout Ishbal fête également Te Amsha Kaa , sur Ishbalsha Imi, mais ça attendra que tout le monde ait un toit sur la tête !"
A ses mots , Alice but enfin une gorgée de son thé . La boisson chaude avait un goût fort et envoûtant qui lui plaisait . Reposant son verre , elle résuma cette liste d'informations par un :
" Je devrais essayer de me mettre à l'ishbal moi ."
" - Vous étiez sérieuse ?
- Quand ça ?
- Quand vous disiez vouloir apprendre l'Ishbal !" , rétorqua Filiz . Les deux jeunes femmes venaient de prendre enfin congé de Kamka , après que celui-ci leur eut expliqué son art , que l'on pratiquait dans sa famille depuis le grand-père de son grand-père de son grand-père , eactcetera . Le maître-verrier avait la réputation d'être une vraie commère , et ce n'était plus Alice qui pouvait dire le contraire . S'arrêtant , celle-ci se retourna vers son interlocutrice et demanda :
" - Bien sûr . Pourquoi as-tu l'air aussi étonnée ?
- Euh ... hésita-t-elle en sautillant d'un pied à l'autre . C'est que ... Ce n'est pas ...
- C'est si difficile que ça ? risqua Alice .
- Non , c'est pas ça ! Une fois que vous comprenez la langue écrite , l'oral s'acquiert assez rapidement . C'est que je trouve que vous en faites déjà assez comme ça ."
" En faire assez comme ça" est une expression qu'Alice trouvait excessivement énervante car à deux tranchants . Soit elle pouvait signifier " Arrêtez de faire des bêtises" comme dans la phrase " Marlon , arrête de sécher les cours , tu en fais déjà assez comme ça !" , ou bien " Joël , ce n'est pas la peine de réviser sept heures par jour , tu en fais déjà assez comme ça ..." dans quel cas on veut signifier que l'effort est déjà conséquent . Dans la cas de la phrase de Filiz , on pouvait effectivement hésiter entre les deux sens , même si la brune préferait franchement la seconde hypothèse .
" Je veux dire ... Vous avez déjà dû vous en prendre prendre la tête à cause de votre nom rien qu'avec les Amestris . Venir ici et travailler autant au milieu d'hommes alors que vous êtes une femme et pas très forte physiquement est dur , et tenter de vous rapprocher de nous , même si vous le faites volontiers , est aussi difficile . Même si l'on a pas peur de vous , avec la découverte de vos tatouages , certains ... se sentent trahis . Apprendre le vieil ishbal serait un pas énorme de votre part , puisque c'est aux antipodes de votre travail . Ce serait une implication totale ici . Et je pense que c'est trop de votre part . Même si j'aurais souhaité que vous soyez des nôtres , vous ne l'êtes pas . Et le jour où vous partirez , moi alors ... Je me sentirai très seule ..."
A ses mots , Filiz Shan fit quelque chose qu'elle ne faisait que très rarement : elle se mit à pleurer aussi fort qu'elle le pouvait . Ses sanglots résonnaient dans toutes les rues environnantes , bien plus peuplées que quelques heures auparavant. Après une seconde à rester incrédule face à l'effrondrement de l'Ishbale , Alice la prit dans ses bras . Rien d'autre . Jusqu'au moment où elle lâcha :
" Je ne serais pas venue à Ishbal autrement que pour m'impliquer totalement . Si je voulais empiler des briques , je me serais contentée de reconstruire mon garage . Je me plais ici , parce que vous avez tous été bien plus gentils avec moi qu'une grande majorité des gens que j'ai croisés ces dernières années . C'est pour ça que je tiens autant à vous que vous tenez à moi et dans ton cas , partir sans penser à toi me serait impossible ."
S'arrêtant de pleurer , la jeune fille se détacha et murmura un :
"- Je vois . Je suis sans doute un peu trop émotive ... Mais je tiens vraiment à vous , vous savez . Vous êtes un peu ma soeur à mes yeux .
- Si tu tiens à moi comme ça , tutoie-moi ENFIN , s'il te plaît .
- D'accord , sourit l'adolescente , essuyant les traces de larmes qui s'étalaient sur ses joues . Mais pourquoi vou- ... tu as fait cette tête tout à l'heure ?
- Hein ? laissa échapper Alice , surprise.
- Quand nous sommes allées voir les Ohm . Tu avais l'air contrariée en diable .
- Je ne supporte pas de vous voir vivre dans d'aussi mauvaises conditions sur votre propre terre alors que MOI , j'ai un toit sur la tête . Ce ne devrait pas être comme ça . C'est injuste .
- Je t'arrête . Dalil a demandé à toutes les familles ici s'ils pensaient que tu méritais mieux qu'une tente . Tous ont répondu par l'affirmative . A Ishbal et surtout après l'exil et la vie dans les ghettos , nous nous sommes endurcis . Même si la plupart aimeraient avoir un foyer , retrouver leur terre et leur famille est l'essentiel. Alors que toi qui as dû bien vivre , devoir rester sous une tente devait être très inconfortable . Surtout que tu es assez fragile , alors vivre dans des lieux aussi sommaires t'aurait mise dans un sale état .
- Pourquoi faut-il que ce soient des gens supposés me haïr parce que je suis Amestris qui me protègent mieux que quiconque ? soupira le Colonel, mains dans les poches .
- Tu n'as rien à voir dans ce qui s'est passé , argumenta Filiz . Ce n'est pas toi qui as ... enfin ...
- Cela n'excuse en rien ce qui s'est passé , ni les actes dont j'ai été témoin ... Même si je suppose qu'une grande majorité des Ishbals pensent que les Amestris restaient stoïques pendant la Guerre , ce n'est pas vrai .
- Comment ça ?
- Je te raconterai une autre fois ."
" Bon ..."
Maintenant que les hommes étaient partis , même le cuistot , c'était aux premiers affamés de préparer les repas . Et dans ce cas précis , c'était plutôt deux affamées . Coralize et Marie , dos à dos , fixaient respectivement les ustensiles et les denrées alimentaires d'un air des plus interrogateurs , le regard dans la vague . Coralize se rappela la fois où elle avait confondu le sel et le sucre lors de la préparation de ce qui devait être un délicieux gâteau au chocolat . Et celle où , faute de la farine , elle avait pris de la levure pour en faire un autre au citron . Ainsi qu'à la fois où elle avait failli se couper une phalange en épluchant en carotte . Non , définitivement , préparer un repas et elle , ce n'était pas compatible . De son côté , Marie se souvint de sa manie à confondre les poireaux et les endives , ainsi que son super-pouvoir : celui de réussir à rater systémtquement des pâtes . Tantôt crues , tantôt trop cuites , collées , glissantes ... Non , rien à faire , elle n'était pas faite pour faire la cuisine . Cette évidence leur tomba dessus comme la foudre sur la tête et elles lachèrent en même temps , d'un ton tranchant :
" Non , pas moyen ! "
Scar , qui cherchait Alice depuis un moment , inquiet de ne pas la trouver là où elle était habituellement et craignant qu'elle ne se soit risquée près de ruines qui lui seraient tombées dessus , fit irruption au moment où les deux amies tiraient une tête de six pieds de long tandis que leur estomac criait famine . L'avisant immédiatement , Marie le prit par le col et quémanda :
" - Dis-moi que tu sais faire un repas potentiellement mangeable !
- Je suppose ... répondit-il , pris de court .
- Je ne veux pas de suppositions , je veux une réponse claire et nette ! On a perdu Alice , or , c'est la seule à savoir cuisiner !
- Pourquoi vous ne demandez pas à quelqu'un ?
- Pour qu'on ait l'air d'idiotes avec deux mains gauches , incapables de cuisiner , devant vous ? s'exclama Coralize . Non , je préfererais que ça reste confidentiel . Toujours est-il que j'aimerais que tu répondes , moi aussi .
- Oui , je devrais pouvoir faire quelque chose ... Ça dépend de ce que vous avez .
- Vas-y donc ! C'est tout là !"
Et Marie le laissa face à une dizaine de cartons et d'aliments mis au frais . Scar devait avouer qu'il était totalement perdu . De un , il était loin d'être un grand chef . Ces seules connaissances niveau culinaire étaient celles qu'il avait acquises chez les Moines Ishbals , où chacun devait faire le repas pour les autres selon les semaines . De deux , comme Marie et Coralize ignoraient également où était leur collègue , il craignait de plus en plus une mauvaise surprise . Et de trois , il n'avait aucune idée d'un plat à préparer avec ce qu'il avait devant les yeux . Lui qui avait dû survivre en fouillant ce qu'il y avait sur son chemin voire en volant quelques plats à portée de main , il était loin d'être habitué à avoir autant de nourriture devant les yeux . Sentant les yeux angoissés ( Coralize) et mitrailleurs ( Marie) derrière son dos , il n'osa rien dire jusqu'à ce qu'il se retourne et -
" Mais qu'est-ce que vous faites ..?"
Alice , les bras ballants et le regard totalement perdu sur le spectacle qui s'offrait à elle , se trouvait juste à sa droite .
" - NOUS SOMMES SAUVEES ! HALLELUJAAAH ! s'écrièrent ses collègues , les bras levés en l'air .
- Ne me dites pas que vous ne savez même pas faire cuire du poisson ... et des légumes sans moi ? marmonna la sauveuse en regardant elle aussi les aliments à portée de main .
- SIIIII ! braillèrent de plus belle les autres jeunes femmes , les bras toujours en l'air .
- Vous allez au moins m'aider ?
- A FAIRE QUOIII ?
- Une bouillabaisse . J'enlèverai les arêtes pour éviter que Coralize ne réussise à se crever un oeil avec .
- CA MAAAARCHE !
- Mais arrêtez de crier avec les bras en l'air , vous avez l'air con ... finit par lâcher la brune , à mi-chemin entre l'exaspération et l'envie d'un fou rire face aux yeux brillants de ses amies .
- ON SAAAAAIIIT !"
Après leur avoir confié les légumes à éplucher - Coralize en tirait la langue de concentration- et à les découper en tranches , Alice se tourna vers Scar qui lui demanda:
" - Où étais-tu ? Je te cherche depuis un moment déjà et personne ne savait où tu étais !
- Avec Filiz , un peu partout dans Ishbal ... Tu étais inquiet ?"
A ses mots , elle plongea ses yeux directement dans les siens . Pourquoi tu le taquines comme ça ? Tu ne chercherais pas à voir s'il s'intéresse à toi au point de s'inquiéter de tes absences impromptues ? C'est un peu ça . C'est totalement ça , tu veux dire ... Mais est-ce de la simple curiosité ou cherches-tu à savoir autre chose ?
" - Certains endroits sont instables.. Les pluies et les séismes , même minimes , peuvent provoquer des glissements de terrain . Ou des éboulements . Tu aurais pu être blessée .
- Je commence à prendre l'habitude . Tu m'aides ?
- Volontiers .
- Ça , c'est un homme comme j'aime ! s'exclama Marie , levant son couteau et manquant par la même occasion de trancher net la jugulaire de Coralize , derrière elle .
- Cuisinier? l'interrogea Scar , séparé de son interlocutrice par la présence d'Alice .
- Géologue ? osa celle-ci , coupant la tête d'un poisson .
- A peu près doué avec un couteau , lui ? lança Coralize , reculant de son amie .
- Non . Soumis ! sourit-elle de toutes ses dents .
- C'pas comme ça que tu vas te trouver un mari , Marie , sortit gaiement la blonde , fière de son calembour douteux .
- Ha-ha-ha . Mais qui te dit que je veux me marier ? Peut-être que j'aime les filles , d'abord ! Peut-être que je vais me marier avec Alice !
- Oui , et tu paieras un bel homme pour qu'il me fasse un enfant qui deviendra le nôtre , on ira vivre en banlieue dans une maison avec jardin , un pommier et on aura un labrador . La vie , la vraie ! s'écria la dénommée Alice .
- Oui , et tu iras faire du vélo tous les matins d'un air candide , en jupe , comme la femme sur les affiches publicitaires pour le beurre ... La pub pas crédible avec la greluche dont la jupe ne se met pas dans la chaîne de son vélo ! Et moi , je ferai un métier bien féminin , genre fleuriste ! Et nous organiserons des orgies le week-end! Car nous aurons un harem saphique au fond du jardin ! Et -
- Vous me faites peur ... les coupa Coralize . On pourrait croire que vous êtes sérieuses ...
- Mais ne t'inquiète pas Coralize , tu pourras participer aussi ! fit Marie .
- Je crois que Scar est traumatisé ...
- Je m'en remettrai , les rassura-t-il . Peut-être . Mais toujours est-il ... Peut-on préparer le reste du repas en silence ?"
Après avoir servi le repas et fait la vaisselle , toujours à quatre , Scar laissa échapper un rire alors que lui et Alice rentraient . Remarquant son regard curieux , il expliqua :
" - Je repensais à ce qu'a dit le Commandant tout à l'heure .
- Parfois , Marie a l'esprit tordu . Mais en quoi est-ce si drôle ?
- Je ne sais pas , continua-t-il en riant toujours , ça m'a rappelé quand tu m'avais expliqué ta répugnance à être une femme à vélo . Ca vient donc d'une affiche publicitaire ?
- Et bien oui , on voyait une femme se balader allégrement en jupe sur son vélo avec sa motte de beurre dans le panier en osier ! Mais ce n'est absolument pas crédible! Une femme ne peut pas faire un vélo en jupe sans l'abîmer ! Et même , en quoi est-ce génial d'acheter du beurre ? exposa Alice , véhémente .
- Tu es très combattive sur ce plan-là ...
- Je choisis parfaitement mes ennemis ! En l'occurence ici , les publicitaires ."
Refermant la porte derrière eux , la brune tordit sa bouche , nerveuse . Sentant son malaise , l'Ishbal demanda :
" Quelque chose ne va pas ?"
Tu ne devrais parler avec cette intonation de voix . C'est bien trop doux pour moi . Ne me regarde pas comme ça . Sinon , je ... je ne sais pas ce que je vais faire , mais je le regretterai sûrement après .
" Ça va ?"
Alice , perdue dans ses pensées , n'avait pas remarqué que Scar lui tenait le bras . Soudain , la paume de l'homme sembla lui brûler la peau à travers le tissu de sa manche , provoquant comme de l'électricité dans chacun de ses muscles .
Qu'est-ce qui me prend ? C'est lui qui me fait ça ..?
L'ishbal serra également son autre bras , de peur qu'elle ne tombe .
Serre-moi . J'ai froid . Je suis faible . Tellement plus faible que toi . Je vais tomber . Non , je ne vais pas tomber maintenant .
Depuis qu'elle avait fermé la porte , il avait vu sa main trembler et son visage devenir encore plus pâle que d'habitude . Alors qu'il tentait de croiser son regard , ses yeux ne croisaient que de fins cheveux noirs . Et un visage des plus fins . Même si elle n'avait pas jamais été bien épaisse à ses yeux , Scar avait remarqué ce à quel point ses pommettes avaient commencé à ressortir de ses yeux , ce à quel point ses clavicules étaient visibles . Parfois même , il lui semblait voir ses côtes à travers ses hauts blancs . Elle ne tenait presque plus debout .
Je ne peux pas tomber maintenant . Pas devant lui . Ne surtout pas me montrer encore plus faible qu'il ne doit le penser . S'il te plaît , tiens le coup ... Ne tombe pas .
Mais il était déjà trop tard . Scar n'eut que le temps de la serrer contre lui tandis que les jambes de la jeune femme cédaient . Il la prit dans ses bras , avant de remarquer ce à quel point elle avait froid . Avisant la veste qu'elle avait laissée sur un dossier de chaise la veille , il l'enveloppa dedans . Tandis qu'il repartait , il fut happé par son reflet . Tout ce qu'il vit fut lui , tenant ce qui semblait être un fantôme. Un corps froid , blanc , comme vidé de son sang . Ses cheveux noirs semblaient être autant d'ombres qui dansaient sur son visage amaigri . Les cernes qu'elle arborait étaient aussi sombres que sa chevelure . Et lui ? Lui , il ne se regardait pas . Mais quand il le fit , il fut surpris de ce qu'il trouva dans son regard . De l'inquiétude . Mêlée à des sentiments qu'il ne déchiffrait pas .
Se ruant au dehors , il tomba de plein fouet sur Miles qui s'écria :
" - Ho là ! Qu'est ce qu'il y a ? Oh ... ajouta-t-il , remarquant Alice inerte . Marcoh est au Monastère juste derrière , deux apprentis se sont blessés à l'entraînement il n'y a pas dix minutes .
- Merci , Miles ."
Il fit demi-tour aussi vite que possible , aucun des soubresauts ne réveillant la jeune femme . Reconnaissant la voix de Marcoh au fond du couloir , il le parcourut à toute vitesse et tomba sur ses anciens camarades , Dalil , les apprentis et , heureusement, Marcoh . Alors que certains laissaient échapper un mot de surprise face au spectacle qu'il offrait , ainsi échevelé , la petite voix rieuse de Celal se fit entendre :
" Il en a même oublié d'enlever ses chaussures avant d'entrer !"
- " Mademoiselle , combien pesez-vous selon vous ?
- La dernière fois que je me suis pesée , je faisais cinquante-sept kilos . Je ne dois pas en être très loin .
- Donc , vous me dites cinquante-sept kilos pour un mètre soixante-douze ? Non , soixante-treize , vous avez grandi depuis votre dernière mesure à ce que disent vos derniers résultats . Ce n'est pas beaucoup ... On va voir si vous avez raison ."
Deux infirmiers la prirent , chacun par un bras , sans grande douceur . Grimaçant de douleur , l'adolescente posa ses pieds sur la balance tandis que le docteur attendait le résultat . Quand le verdict tomba , le regard du médecin se fit des plus préoccupés .
" Mademoiselle , vous en êtes justement très loin , expliqua-t-il , essuyant ses lunettes . Mildred , notez que Mademoiselle Kimblee ne pèse que quarante-six kilos pour son mètre soixante-treize ."
" - Mademoiselle , il faut vous peser ." lui dit gentiment le Docteur Marcoh tandis que Alice buvait un verre d'eau .
A ses mots , elle reposa le récipient d'un coup sec . Alice s'était réveillée depuis vingt bonnes minutes , après son rêve . Mais était-ce seulement un rêve ? Cela avait l'air tellement réel ...
" - Colonel , votre pesée ... répéta Marcoh , inquiet .
- Je ne veux pas me peser , dit-elle d'un ton péremptoire .
- Vous avez fait une grande chute de tension . Nous sommes bientôt en avril et vous vous couvrez comme en octobre ... Si je dois vous soigner avec des médicaments , il faut que je sache votre poids pour adapter les doses en conséquence .
- Tu ne peux pas te permettre de t'évanouir comme ça , fit la voix de Scar , derrière Marcoh . Comment tes hommes pourraient-ils se reposer sur quelqu'un qui ne supporte pas son propre poids ?"
Une fois le choc de sa venue passée , Marcoh avait demandé à ce que l'on emmène Alice dans sa chambre , causant ainsi un demi-tour à Scar . L'heure pendant laquelle elle était demeurée inconsciente , il l'avait passée à se ronger les sangs .
" D'accord ." accepta-t-elle enfin .
Se mettant difficilement sur ses jambes , elle réussit à se mettre debout quand la main de Scar se mit une fois de plus sur son bras . Et une fois de plus , la douce brûlure . Détournant le regard vers le sol , elle avança jusqu'à la balance (amenée un peu plus tôt ) non loin de là , où Marcoh l'attendait . Se hissant sur l'objet , elle préféra regarder le mur que le médecin ou Scar , qui était à ses côtés .
" Je vais vous retirer cinq cents grammes , au vu de ce que vous portez . Cela fait donc ..."
Tim Marcoh était bouche bée en voyant le nombre inscrit devant lui . Cependant , cette balance ne l'avait jamais trompé . Il énonça simplement :
" Si vous perdez ne serait-ce encore qu'un kilo , je vous renvoie à Central ."
Quelques instants plus tard , elle était seule dans son lit , pour se reposer encore un peu . Dans l'escalier , Scar interpella le médecin défiguré :
" - Marcoh !
- Oui ?
- Son état est-il si critique ? Tu avais l'air catastrophé devant cette balance , s'enquit l'Ishbal .
- Tu veux vraiment le savoir ? rétorqua Timothy Marcoh .
- Oui ."
Le médecin , à présent devant la porte d'entrée , se retourna vers son ami et révéla :
" Mademoiselle Kimblee ne pèse que cinquante kilos pour un mètre soixante-quinze . C'est très peu , vu sa taille , elle devrait faire au bas mot soixante kilos . La perte de poids entraîne une incapacité de son corps à garder une température normale. Il est très faible , car ses muscles ont littéralement fondu , donc , elle se fatigue beaucoup plus vite . Plus grave encore , le coeur pourrait être touché ...
- Tu veux me dire qu'elle pourrait en mourir du jour au lendemain ?
- C'est cela , oui ...".
A ses mots , Marcoh regarda devant lui l'Ishbal abasourdi .
Pourquoi suis-je donc incapable de sauver les gens auquels je tiens du mauvais sort ? Après Slimane , ce serait son tour ? Je dois être maudit . Je ne peux pas la laisser dépérir sans rien faire . Je ne veux plus voir quelqu'un mourir devant moi . Plus jamais.
" Marcoh ... Peux-tu m'aider pour quelque chose ?"
Alors que l'après-midi se finissait , Scar fit irruption dans la chambre de la malade qui lisait . Posant "Les Fleurs du Mal" de Baudelaire , celle-ci se redressa tandis que l'homme regardait la page à laquelle elle était arrivée : " La muse malade" . Il sourcilla et demanda :
" - C'est un peu ton cas .
- Je ne suis la muse de personne , laissa échapper Alice .
- J'ai ... quelque chose pour toi .
- Quoi donc ?
- Ce n'est pas matériel , expliqua l'Ishbal , assis sur le bord du lit . Je voudrais ... te soigner .
- Comment ça ? s'enquit-elle , sourcils froncés . Tu ..."
La militaire s'interrompit en remarquant que les tatouages sur les bras de Scar étaient à nouveau parfaits . Levant les yeux vers son interlocuteur , elle demanda :
" - Comment tu comptes faire ?
- L'elixirologie repose sur le principe du "pouls du dragon" . C'est une force universelle qui se trouve également dans le corps humain . Pour une raison ou pour une autre , ton flux est stoppé , ce qui te rend malade . Je devrais arriver à le remettre en route ...
- Pourquoi tu fais ça ?
- Tu as dit que le monde serait vide sans moi , moi , qu'il ne sera jamais vide tant que tu y seras . Mais , sans toi , je crois que vivre en ce monde serait difficile . Et ... tu m'as sauvé la vie , alors je te dois la pareille ."
Il avait dit ses mots en regardant ses mains , Alice ne put lire son visage . Toujours est-il qu'elle accepta . Ce que l'on ressent lorsqu'on est soigné de cette manière ... est assez inexplicable . On se sent comme soulagé d'un poids . Ou plutôt ici , ajouté d'un poids .
Les jours passaient paisiblement , avec une bonne surprise pour Alice : James , Léonce , Léon , Ulrich et les quelques autres qui formaient son groupe de travail favori rentrèrent .
" - Quand on est rentrés à Central , c'était bien genre les cinq premiers jours . J'ai beau adorer ma femme , mon fils n'vit plus avec nous et y'a rien de palpitant à faire. J'me suis bien ennuyé un jour ou deux et soudain , voilà que je suis convoqué au QG. J'ai croisé tout le monde dans le couloir ... J'ai été interrogé et basta!, apprit James à la tablée composée de ses trois supérieures .
- ' Basta' , dis-le vite , James , nota Léonce . Le Capitaine Leah Sue a eu vent de ma fausse implication chez les nationalistes et elle m'en a fait voir de toutes les couleurs ...
- En parlant de couleurs , vous avez l'air d'aller mieux , Colonel ! Vous vous êtes enfin bien reposée ?"
Souriant , Alice approuva d'un signe de tête . Depuis que Scar l'avait soignée , elle s'était surprise à avoir un appétit bien plus conséquent qu'auparavant , mais son poids ne bougeait que très peu . Même si quelques hommes étaient revenus , le chantier restait en pause jusqu'à ce que tous les effectifs " innocents" reviennent. Ce n'était que l'affaire de quelques petites semaines .
Deux jours plus tard , alors qu'une pluie torrentielle s'abattait sur tout Ishbal , Alice s'installa en face de Scar , dans la cuisine . Levant les yeux d'un livre ishbal qu'il lisait , il la fixa d'un air interrogateur . S'éclaircissant la gorge , elle demanda :
" - Je voulais te demander déjà la semaine dernière mais ... Tu pourrais m'apprendre le vieil ishbal ? Marcoh m'a confié que tu étais un très bon professeur.
- Pourquoi veux-tu l'apprendre ?
- J'aimerais pouvoir mieux comprendre la culture de cette région . Et la langue est toujours propre à un peuple et sa culture , alors ... Je pense que c'est quelque chose d'important . Pour moi en tout cas . Que lis-tu ?
- ' La cité du soleil' ( NDA : ça fait un peu Tintin ça ... XD Bref , j'casse tout là) , répondit-il avant de voir l'air perplexe d'Alice . C'est notre livre sacré . Il explique la fondation d'Ishbal , la vie d'Ishbala et le mode de vie des habitants d'ici .
- Tu peux m'expliquer un peu ?
- Hé bien , disons que ... Si tu veux vraiment apprendre notre langue , ceci , fit-il en désignant le livre , sera ton outil d'apprentissage . Mieux vaut que tu le découvres par toi-même ."
Un bruit sourd se fit entendre au loin , comme l'écho grandissant d'un énorme coup de poing sur le sol . Bondissant conjointement sur les pieds , ils regardèrent alentour . Sentant le sol bouger sous elle , Alice pensa d'abord qu'elle faisait un malaise jsuqu'à ce que Scar ne la mette au sol , se couchant lui aussi .
" Un tremblement de terre !" grogna-t-il .
Le livre ainsi que les chaises tombèrent à côté d'eux , comme d'autres objets à l'étage . Inquiet , Scar se précipita au dehors vers le Monastère , tandis qu'Alice alla vers le campement Ishbal . Du moins , c'est ce qu'elle prévoyait , avant que le balafré ne la retienne .
" C'est trop dangereux . Attends-moi ."
A l'intérieur du Monastère , tout le monde était sain et sauf . Dalil nota néanmoins :
" - Je n'ai jamais ressenti une telle secousse ! Des blessés ailleurs ?
- Je ne sais pas , nous allons vérifier , lui répondit la militaire .
- Nous venons avec vous ."
" Argh ..." grimaça-t-elle .
Elle avait survécu à un génocide , un exil , des années dans un ghetto , une bataille et voilà que Filiz Shan pensait qu'elle allait mourir dans une cuve de teinture . Elle était partie quelques minutes auparavant avec un cuve afin de la remplir de plusieurs colorations pour pouvoir teindre d'autres fils de broderie des Ohm . Malheureusement , la secousse du séisme lui avait perdre son équilibre . Non seulement , elle était tombée dans la profonde cuve colorée sans savoir nager , mais la cuve qu'elle avait apportée couvrait l'ouverture . L'adolescente était donc à présente seule dans le noir , avec de l'eau aux teintes vertes jusqu'au cou . Alors , elle cria de toutes ses forces . C'est alors qu'une réplique se fit à nouveau ressentir, provoquant une véritable tempête dans la cuve où elle se trouvait . La jeune fille se retrouva alors la tête sous l'eau pendant plusieurs secondes avant d'enfin réussir à émerger , trempée et haletante .
" QUELQU'UN ! QUELQU'UN ! S'IL VOUS PLAIT !" hurla-t-elle de toute la force de ses poumons . Elle supplia encore et encore jusqu'à entendre des pas juste au dessus d'elle . Bondissant du mieux qu'elle pouvait , elle réussit à taper sur la lourde cuve métallique pour signaler sa présence .
" - A L'AIDE !
- Filiz ? C'est toi ?
- Ivhir ? laissa échapper l'ishbale , interloquée . Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je venais voir ta grand-mère , mais c'est pas le sujet ! Qu'est-ce qui s'est passé ?
- Je mettais de la teinture dans cette cuve quand la première secousse s'est produite ! J'ai perdu l'équilibre , je suis tombée ici et la cuve m'a recouverte ! Aide-moi ! Je ne sais pas nager , j'arrête pas de boire la tasse ! Va chercher quelqu'un et ..."
Avec une force surprenante , Ivhir réussit à repousser la lourde cuve . Ce fut avec une joie immense que Filiz vit le visage du jeune homme . Celui-ci lui tendit la main : s'y agrippant de toutes ses forces , elle s'y accrocha , tandis que ses pieds glissaient sur les parois de la cuve . Quand elle arriva enfin à l'air libre , elle regarda Ivhir . Malgré ce qu'elle avait dit à Alice plusieurs mois auparavant , elle se sentait plus proche d'Ivhir qu'elle ne le voulait . Alors "foutu pour foutu" , elle l'embrassa .
" - Ca arrive souvent des chocs aussi violents ? demanda Miles , accompagné de Marie et Coralize.
- Non . A cause de la pluie , il y a dû avoir non seulement un séisme mais également un éboulement dans les montagnes alentour . Ce qu'il faut pour l'instant, c'est aller au campement , exposa Dalil .
- Passons par ici , ce sera plus rapide , dit Zaham , joignant le geste à la parole .
- D'accord !"
Le petit groupe passa par une longue rue étroite qui était familière Scar . "Familière" bien sûr , comme il était ici chez lui , mais il sentait qu'elle l'était à ses yeux pour une raison importante . Débouchant sur une artère plus grande , tous s'immobilisèrent , cois. La pluie torrentielle avait frappé de plein fouet les ruines de cette rue , provoquant un véritable petit éboulement , retournant le sable . Et exposant une dizaine de corps pratiquement à l'état de squelettes , un peu plus loin . S'approchant doucement , Alice examina l'un deux . On entendit sa voix dans le vent :
" Ce sont des corps des personnes mortes durant l'Insurrection . Ils ont dû être recouverts par les pierres et le sable , ce qui les a protégés . Ils sont un poil mieux conservés que les corps précédents ."
Elle regarda le squelette non loin d'elle : vu la petite taille et l'étroitesse du bassin, il devait appartenir à un enfant ou un jeune adolescent . Plus loin sur sa droite , Alice remarqua un corps des plus étranges . La plupart des corps ici avaient un membre manquant , voire plus . Se retournant soudain , la militaire regarda toute la rue sur sa longueur et eut le souffle coupé . Les marques de transmutation ... l'état des habitations autour ... Tout disait clairement que le massacre qu'elle contemplait avait été perpétué par son oncle . Détournant le regard , elle se concentra sur le corps à ses pieds . Il lui manquait un membre , non pas sous le choc de l'explosion ou du temps qui passe , mais comme s'il avait été enlevé par son propriétaire . Ou plutôt arraché , si elle en jugeait le maigre morceau d'os qui restait sur l'épaule du corps sur lequel subsistait de minces morceaux de chair . Alice s'approcha de l'os restant et resta sans voix : il comportait des restes de transmutation . Prise d'un doute tellement énorme qu'elle n'osa pas l'énoncer à haute voix , elle prit la main gauche du cadavre .
" - Tu as un grain de beauté sur le majeur gauche ?
- Oui , pourquoi ? répondit en retour Alice , étonnée qu'il face référence à cela.
- Peu de gens ont des grains de beauté sur cette articulation , sourit Scar , à ses côtés alors qu'elle rangeait les plans . Slimane en avait un au même endroit exactement ."
Au moment même où elle voyait le léger point marron sur ce qui restait du majeur gauche , elle entendit Miles , Marie et ... Scar . Lequel reconnut tout de suite le corps devant lui . Remarquant que son camarade aux yeux rouges manquait d'air et ... tremblait , Jethro Miles le retint par les bras et énonça lentement :
" Je crois qu'on va rentrer ... Alice , reste avec tes collègues ."
Notant son air alarmé , il la rassura :
" Je reste avec lui ."
Moins d'une demie-heure plus tard , la brune fut de retour devant "chez elle" . Malgré les éboulements dans les quartiers environnants , le campement avait été miraculeusement épargné . Cependant , certains puits avaient été détruits , plusieurs de leurs briques étant tombées . Avançant à pas de loup , elle alla au premier étage et ouvrit la porte de la chambre de Scar . A son grand étonnement , il était seul , assis sur le bord de son lit , des gouttes de pluie perlant au bout des fines mèches argent sur son front . Au dehors , malgré la pluie et la soirée qui commençait à être entamée , la lumière persistait à travers les persiennes . Elle fit demi-tour et alla chercher une serviette de toilette pour se planter devant lui . Sans dire un seul mot , Alice commença à essuyer ses cheveux tandis qu'il restait stoïque. Touchant son épaule , elle lui fit remarquer :
" Tu es trempé . Tu vas attraper froid".
D'un seul geste , il retira son maillot , exposa son torse et les cicatrices qu'il portait. Il devait y en avoir une bonne dizaine . Les plus impressionnantes étaient celles qu'il arborait à chaque épaule . Effleurant du bout des doigts la peau de son cou et de son épaule , la jeune femme nota qu'il était gelé . Il dut lire dans ses pensées car il murmura :
" 'J'ai froid ."
Elle mit la serviette encore à peu près séche sur ses épaules avant de l'entendre continuer :
" J'ai froid depuis des années . Depuis ce jour , j'ai été stérile . Je n'ai rien construit ou rien possédé . Parfois , même encore aujourd'hui , je me demande si je suis encore vivant ou bien si je suis mort et que chaque jour fait partie de mon ultime rêve ."
Levant le regard , Alice contempla le profil de l'homme à ses côtés . Et se rendit compte de son erreur . Scar n'avait jamais été plus fort qu'elle ou que quiconque . Il était irrémédiablement brisé . Simplement , ses blessures intérieures , il les cachait aussi bien que ses blessures extérieures étaient visibles .Elle posa sa tête dans son cou , ses longues mèches noir d'encre tombant sur la poitrine de l'Ishbal .
" Je sens ton souffle . Tes muscles . Je sens ton coeur battre dans ta poitrine , souffla Alice en mettant son oreille du côté gauche du torse de Scar . Je sens d'ailleurs qu'il bat très fort contre ta peau maintenant . Et je sens aussi , continua-t-elle en effleurant ses cicatrices, ta colère et ta peine . Je sens que tu souffres au plus profond de toi . Tu n'as jamais été stérile . Ta colère était ton chagrin . Elle était aussi violente que la perte que tu as subie , et à présent , juste là maintenant, cette douleur te revient non pas plus violente mais sous une autre forme . Je ressens tout ça . Mais tu n'es pas seul . Plus maintenant ."
Pressant son bras contre les épaules de son interlocutrice , Scar les fit basculer en arrière , dos contre le matelas . Ne lâchant pas son étreinte , il lâcha très doucement :
" - Pourquoi est-ce que tu comprends tout alors que tu nous semblons si différents ?
- Parce que dans ce monde , les choses sont rarement ce qu'elles semblent être . Et je ne te comprends pas parfaitement ..."
Scar plongea la main dans la massa sombre qu'était la chevelure d'Alice qui ne protesta pas . Il tira , écrasa , sentit , caressa ,tordit chacun de ses cheveux avec à chaque fois une émotion telle que ça en devenait presque une catharsis . Au moment où cette idée lui traversait la tête , elle demanda :
" - Tu aimes vraiment mes cheveux ... Ca te défoule ?
- Ils sont magnifiques . Ils sont noirs comme l'oubli . J'aimerais oublier , mais à chaque fois que je sens leur odeur , des souvenirs m'assaillent .
- Alors pourquoi n'arrêtes-tu pas ?
- Parce que ce sont de bons souvenirs . Et que , même si je souffre encore , enfoui dans tes cheveux , tout m'est soudain beaucoup plus supportable ...
- On dirait un poème de Baudelaire , laissa échapper Alice .
- Tu peux le réciter ? s'enquit-il , caressant la naissance de ses cheveux , sur sa nuque .
- Bien sûr ."
Mettant sa bouche juste à côté de l'oreille de l'Ishbal , elle murmura :
"Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs."
Après un silence , il murmura :
" - C'est très adapté à la situation . Sais-tu comment je pourrais enlever ce poids ?
- Un poids ?
- J'ai une boule dans le ventre qui ne demande qu'à sortir .
- As-tu déjà pleuré ton chagrin ? demanda Alice .
- Jamais ,avoua-t-il . Depuis le jour où je les ai perdus , je n'ai qu'été en colère . Pourquoi ?
- Pleure , dit-elle directement . Quand on est triste , pleurer défoule beaucoup . C'est fatiguant , c'est long et ça ne change jamais rien , mais on se sent beaucoup mieux après . Et aussi , pleurer n'est jamais une marque de faiblesse ."
Il parut hésiter avant qu'Alice ne voie ses poumons se lever et se baisser à un rythme discontinu . Elle sentit également les mains de Scar agripper ses cheveux et son crâne pour les coller contre son visage . Il pleurait sans bruit mais avec bien plus d'émotion que la plupart des gens qui lâchent une larme . Alice en sentit une perler dans sa nuque . Sans relever la tête , elle tendit le bras et serra la main de Scar dans la sienne . Un moment plus tard , la jeune femme sentit les sanglots s'espacer et regarda l'Ishbal droit dans les yeux avec un pâle sourire . Remarquant son regard hésitant , elle lui dit à voix basse :
" - Tu as les yeux encore plus rouges que d'habitude .
- Tu avais raison , fit-il d'une voix rauque . Je me sens soulagé de ce poids . Mais reste à savoir si c'est grâce aux larmes ou à ta présence .
- Ne m'idéalise pas comme ça .
- Je ne t'idéalise pas . Chaque nuit depuis ce jour , je cauchemarde . Même si parfois je ne m'en souviens plus au réveil , je sais que ces souvenirs me sont revenus . La seule fois où je sais que je n'y ai pas pensé pendant mon sommeil , c'est quand tu as dormi près de moi . Alors , je t'en prie , reste près de moi ce soir , demanda-t-il d'une voix si basse que c'en était presque inaudible .
- Je n'imaginais même pas te laisser seul ."
Attrapant les draps , elles les recouvrit et s'installa à nouveau le front dans le creux du cou de l'Ishbal . Avant de fermer les yeux , Alice se redressa et attrapa le visage de Scar . Elle embrassa très doucement sa cicatrice sur le front . L'Ishbal eut alors la ferme envie de la serrer à lui en briser chaque os . D'embrasser ses cheveux . Son cou . Ses lèvres . Juste de sentir sa peau , son odeur , sa chaleur . Contre lui , rien que pour lui . Quand les lèvres de la jeune femme se détachèrent de lui , il la regarda du coin de l'oeil . Elle expliqua :
" C'est pour enlever ces cauchemars de ta tête . Un homme comme toi n'a pas besoin de ça ."
Alice reposa à nouveau sa tête sur l'épaule de Scar et s'endormit , sa main toujours dans la sienne .
Coin - fainéant - de l'auteur :
*se cache*
Oui oui , je sais , ça fait vingt-sept jours que je n'ai pas posté de chapitre ! Et je sais qu'on parle pas tant que ça de la culture ishbale ! Ca me semblait trop difficile à condenser dans un seul chapire ... J'ai commencé par écrire les cinq premières pages et ensuite , j'ai bugué . A cause de la scène de fin , elle changeait à chaque fois . Et finalement , une fois installée devant mon ordi , elle est venue naturellement.
J'ai quand même parlé de ce que je voulais : d'autres artistes et l'organisation d'Ishbal . Et va y avoir encore d'la teuf , ouaaais !
En parlant de scènes , la moitié du chapitre était pas prévue , c'est à dire la scène de la cuisine et Alice malade . En fait , plusieurs éléments dedans étaient déjà pensés mais abandonnés . J'ai voulu montrer les méfaits de la maigreur rapide et même de la maigreur tout court car on y pense pas forcément , mais être maigre à ce point comporte énormément de problèmes . Et ça m'a permis de replacer le "rêve" qui sera développé plus tard .
La romance commence ! Vous êtes content(e)s ? :D
Et j'adore ces deux poèmes de Baudelaire , donc référence ! J'vous aide pour le bac français cette année ! C'est surtout qu'en lisant " Un hémisphère dans ta chevelure" ( le titre du second poème) , ça m'a fait penser aus cheveux d'Alice. Je viens de remarquer ue le " Plus jamais" que pense Scar est aussi référence à Baudelaire ! C'est dans la traduction du " Corbeau" d'Edgar Poe!
Pour les review , je remercie Maman Bouba & Lady-Lyna , fidèles au poste , dont j'adore les reviews ! Et également Zowh ( ne t'inquiète pas , j'ai aussi cru que FF .net n'était qu'en anglais au départ XD Et merci pour mes OCs féminines !) . Reviewez si vous voulez , je vous aime , je vous assurez que je chouine quand j'lis une review tellement je suis contente ! Au fait , je lis en dernier dans mes mails car je stresse que vous me démontiez XD Mais au final , vous êtes choooux ! Merci !
Chanson : " Rain Delay" de OZ ; Ecoutez la !
