Je vous remercie pour toutes vos reviews ainsi que tous/toutes ceux/celles qui me suivent. C'est un vrai bonheur pour moi que de partager mon histoire avec vous. J'espère ne pas vous décevoir avec ce nouveau chapitre.

Mamoshi : Ah, moi, je ne dis rien…Oui, il s'agit bien de Ron et Hermione.

Dakraishadow : Une fin pathétique ? Héhé, oui, on peut dire que le sort que je réserve à Ginny sera pathétique…

Petite Amande : Moi non plus je n'ai jamais vraiment aimé Ginny…ça se voit, je crois ?

FraiseAbricot : Pour ma part, j'ai toujours trouvé que Ginny était un personnage un peu stéréotypé : la fille sympa. Point. Elle existe juste pour que Harry ne finisse pas tout seul et qu'il fasse vraiment parti de la famille de Ron. C'est vrai que je me défoule un peu sur elle. Oui, elle salit leur amour, mais finalement, cela ne peut que le renforcer.

Dadoumarine : Je ne dis rien, je ne dis rien…

Serdra : Hermione ne pense pas que Harry et Ginny sont faits l'un pour l'autre, elle est juste abasourdie devant ce mariage qui vire au cauchemar. Ses deux meilleurs amis…Elle ignore comment réagir. Quant au bain de sang, je ne dis rien…

Julia : Franchement, merci. Je suis très touchée.

KageroPrincesse : Comme tu dis.

Sarah Londubat-Rogue : Merci de lire ma fic'.

Nightmare of Minoru : Pas que…Ah, mais j'avais dit que je devais me taire !


Chapitre 26 : La séparation

Harry transplana devant chez lui. Dès qu'il ouvrit les yeux, il comprit que quelque chose clochait.

Il n'était que sept heures du matin, la rue était encore endormie et le vent soufflait doucement dans les branches des arbres. Pourtant toutes les fenêtres de sa maison étaient allumées, de celles du salon à la chambre, au second étage. Harry sentit les battements de son cœur s'accélérer. James. Ginny. Si jamais quelque chose leur était arrivé durant son absence…

Il enjamba le portillon du jardin d'un mouvement agile et remonta la petite allée en quelques pas pressés. Il sortit ses clefs de sa poche et grimpa prestement sur le perron. Mais il n'eut pas besoin d'ouvrir la porte : il lui suffit de pousser le battant pour qu'il cède. Habituellement, la porte était toujours fermée.

Harry entra dans le vestibule. Un sac de sport y était entreposé, chargé de vêtements, livres, journaux, courriers, objets divers…Un sort avait dû être nécessaire pour rentrer tout ça là-dedans. Harry avait de plus en plus de mal à respirer. Etait-ce l'œuvre de cambrioleurs ? Mais, alors, Ginny, James…

- Ginny ?

Il appela, sa bouche était sèche, sa gorge était douloureuse. Il s'approcha de l'escalier, passa la tête dans la cage. En haut des marches, James le fixait, en pyjama, les bras pendants le long du corps, son doudou à la main.

- Mon chéri ! s'écria Harry. Est-ce que tout va bien ?

Il monta le rejoindre et le serra avidement dans ses bras. Son fils était sauf et il sentit l'angoisse se faire moins grande.

- Où est Maman ?

- Tu ne m'as pas lu d'histoires, hier, répondit le petit garçon, sur un ton de reproche. Où est-ce que tu as fait dodo ?

La pointe de l'épée de la culpabilité transperça le jeune homme. Il s'éloignait chaque jour de plus en plus de sa famille et il en avait conscience. Néanmoins, il ne pouvait s'en empêcher. Il devait voir Drago, parler avec lui, rire avec lui…Il l'aimait tellement fort.

- Je suis désolé, murmura-t-il. Où est Maman ?

- Dans ton bureau, fit James. Elle range. Je crois.

Harry fronça les sourcils et après une dernière pression sur les épaules de son fils, il bondit sur ses pieds. Il fonça à son bureau, dont la porte était entrouverte.

Ses piles de courrier avaient disparu. Le plancher était nu à présent, le bureau débarrassé. Tout semblait avoir été rangé dans l'énorme malle posée dans un coin de la pièce. Ginny ajoutait justement la cape d'invisibilité sur le dessus lorsqu'il arriva.

Les yeux écarquillés, il ne put retenir un léger cri de surprise devant le vide de son bureau. Ginny se retourna vers lui. Elle avait les yeux tout rouges, les traits cireux et le maquillage de la veille dégoulinant sur ses joues blanches. Harry eut l'impression qu'il avait oublié comment respirer. Il la fixa, le regard creux.

- Ah, Harry ! dit-elle d'un ton qui se voulait joyeux. Tu tombes bien, j'ai besoin de toi. Il y a un de tes tiroirs qui est fermé et je ne peux pas l'ouvrir. Tu veux bien t'en charger, pour que je puisse ranger ce qu'il contient ?

Tout en parlant, elle pointait du doigt la table de travail. Harry suivit la direction du regard avant de la fixer à nouveau.

- Ginny…Qu'est-ce que tu fais ?

Elle leva les yeux au plafond, croisa les bras sur sa poitrine et marcha droit vers lui.

- Ce que je fais ? répéta-t-elle. Je range tes affaires dans des valises.

Harry se crispa nerveusement. Les informations s'assemblaient lentement dans son esprit, comme un puzzle.

- Tu me…Tu me vires de ma maison ? demanda-t-il enfin, après un long silence.

- Ah, parce que tu la considérais encore comme ta maison ? fit mine de s'étonner Ginny, ses yeux marrons lançant des éclairs. Ce n'est pas ce qu'il m'avait semblé…Je croyais que tu avais déjà emménagé…

Elle haussa un sourcil en sa direction, cligna de l'œil d'un air faussement malicieux.

- Je croyais que tu avais déjà emménagé chez Male…Dragounet, pardon.

Harry vacilla sur ses pieds. Les paroles de Ginny agirent sur lui comme une tornade qui menaçait de l'emporter loin, loin.

- De quoi est-ce que tu parles ?

Elle renifla dédaigneusement et lui tourna le dos pour réarranger quelques affaires dans la malle. Il la voyait faire sans la voir vraiment. Son estomac vide bondissait dans son corps, à la façon d'une grenouille.

- Ne fais pas l'innocent, Harry. Je sais tout. J'avais des doutes, et hier, je t'ai vu. Je vous ai vu. J'ai tout vu et j'ai tout compris. Vos petits rendez-vous secrets, votre couverture, vos conversations enflammées, vos petits baisers tendres…Et aussi les choses un peu moins catholiques.

La gorge de Harry se serra. Il se sentit totalement désemparé, monstrueux aussi.

- Non…Tu as dû te tromper…

- Arrête, Harry.

Elle se retourna vers lui, le visage rouge de colère sous ses cheveux flamboyants.

- J'ai raconté à Ron de ce que j'ai vu, d'accord ? Il m'a parlé des lettres.

Les lettres. Une bonne centaine de kilos tombèrent sur les épaules d'Harry et il lui sembla qu'il s'enfonçait dans le sol.

- Je suppose que c'est ce que tu caches dans ce tiroir secret.

Harry déglutit bruyamment. Ginny était en train de lui mettre le nez dans toutes les horreurs qu'il avait commises et il se sentait affreusement mal. Il se tortilla, baissa les yeux.

- C'est ça, regarde tes pieds. Tu devrais avoir honte. Moi, à la limite…Mais James et le bébé à naître…Comment tu as pu leur faire ça ?

Harry glissa sa lèvre inférieure sous ses dents. Il pâlissait, ses yeux s'emplissaient de larmes. Il se mordit doucement pour ne pas se mettre à pleurer.

- Ne me réponds pas l' « amour », s'il te plaît, Harry. Car, même si toi, tu l'aimes, je peux t'assurer que Malefoy, lui, s'en fout de toi.

Harry se mordit plus fort pour se retenir de hurler. Dire que Drago l'aimait à la folie n'arrangerait rien. En même temps, il songeait qu'il ne pouvait pas laisser Ginny se bercer d'illusions. Il savait qu'elle s'imaginait que d'ici quelques mois, il reviendrait à la maison, la queue entre les jambes, le cœur brisé. Malheureusement, il savait, quelque chose au fond de lui le lui assurait, qu'il ne reviendrait pas. Même si Drago le jetait, il ne reviendrait pas vers Ginny. Pas maintenant qu'il avait connu ça. Il ne ferait pas la même erreur deux fois.

- Je ne crois pas, non, murmura-t-il. Nous sommes très…

- Amoureux, oui, oui, je sais, se moqua Ginny. Alors, prends tes cliques et tes claques, et va t'installer au Manoir. Je suis sûre que Beau Papa Malefoy sera ravi de te voir.

Harry fut parcouru d'un frisson. De la sueur ruisselait sur son front. Il se sentait au bord des larmes.

- Je vais te laisser finir de ranger tes affaires, ajouta-t-elle d'un ton glacial. J'ai été trop bonne de faire quasiment tout le travail.

Et sur ces mots, elle quitta la pièce.

Dès qu'elle eut claqué la porte derrière elle, Harry se mit à trembler plus fort. Il avait très froid. Il resserra ses bras sur son torse et se prit les mains pour les réchauffer. A pas irréguliers, il avança jusqu'à son bureau et se laissa tomber dans son fauteuil. Il venait de se prendre le visage entre les mains, de fermer les yeux pour chercher à comprendre comment il avait fait pour que la situation empire jusqu'à en arriver là quand Ginny revint un bref instant pour jeter :

- Ne prends pas quatre mois non plus.

- Non…Non, ne t'inquiète pas, répondit-il la voix brisée alors qu'elle refermait la porte.

Il fit un gros effort pour se reprendre en main et sortir de sa poche la petite clef en argent qu'il gardait toujours sur lui. Il ouvrit le tiroir central d'une main tremblante.

Il avait pris toutes les précautions pour que Ginny ne l'ouvre jamais mais elle avait tout de même fini par connaître son contenu. Les lettres de Malefoy depuis…depuis Poudlard. Les lettres que Ron avait lues, les déclarations d'amour enflammées, les poèmes. Malgré lui, Harry sentit un sourire revenir sur ses lèvres. Ginny pouvait toujours prétendre que Drago n'aimait pas réellement Harry lui savait que c'était faux. La preuve était là, dans cette pile de vieux parchemins.

Il mourait d'envie de relire sa correspondance. Et plus particulièrement la première lettre, la plus incroyable de toutes. Cependant il savait qu'il ne s'en sentirait que plus mal encore, si c'était possible. Il résista donc à la tentation de dénouer le ruban qui maintenait attachée ses lettres. A la place, il les prit et les glissa dans la poche de sa veste, avec ses clefs et aussi la fiole remplie des paillettes. Il l'avait sur lui en permanence. C'était ridicule mais il avait l'impression d'avoir une partie de Drago avec lui.

Après un nouveau soupir, il ramassa le miroir dans le quatrième tiroir et jeta un regard à l'intérieur. Ses pensées étaient tellement embrouillées, emmêlées, qu'il espérait que l'objet lui apporterait au moins un peu d'aide. Mais tout ce qu'il vit à l'intérieur, c'était le visage de son amant.

Avec des mouvements lents, Harry rangea le miroir dans son pantalon, se leva du fauteuil et alla récupérer sa cape d'invisibilité sur le dessus de la malle. Il la jeta nonchalamment sur son épaule, si bien qu'une partie de son dos disparut. Ensuite il se saisit de la cage de son hibou. Puis il ferma le couvercle de la malle et d'un coup de baguette magique, il l'entraîna par les escaliers, loin de cet endroit désormais douloureux.

Il descendit les marches d'un pas lourd, son bagage à sa suite, avant d'arriver dans le vestibule. Ginny semblait l'y attendre. Elle avait un bras autour du petit James et l'autre sur sa poitrine. A ses pieds, le sac de sport d'Harry. Toutes les possessions du jeune homme, en dehors de la maison et des meubles, se trouvaient là. Un sac, une malle, un hibou. C'était peu, ou beaucoup. Harry ne savait pas bien.

Il jeta un sortilège d'Allègement au sac, le jeta sur l'épaule qui ne portait pas la cape. Il fit sortir les roulettes et la poignée de la malle, pour pouvoir la traîner aisément. Il décida que dès qu'il serait dehors, il lâcherait l'oiseau pour avoir une chose de moins à transporter. Enfin, il farfouilla dans sa poche. Il en tira son porte-clefs, détacha celle qui permettait l'accès à la maison et, avec l'impression que son cœur avait doublé de volume, il la donna à Ginny. Sans un mot.

Il ébouriffa les cheveux de James et l'embrassa sur le front. Même s'il était trop jeune pour comprendre, le petit garçon devinait que quelque chose de grave se produisait en cet instant. Il fondit en larmes. Ginny jeta un regard noir à Harry, l'air de dire « c'est de ta faute ». Harry le savait bien. Il s'agenouilla et serra son fils dans ses bras, évitant autant qu'il le pouvait les yeux brûlants de Ginny.


Harry remonta l'allée d'une démarche engourdie, tenant fermement ses bagages ainsi que sa cape. Il faisait complètement jour à présent.

Harry regardait droit devant lui, ses pensées bourdonnantes dans son cerveau. Il ne se retourna pas pour un dernier au revoir à sa maison. Aussi il ne vit pas, à la fenêtre de la cuisine, à demi cachée par les rideaux, Ginny le regarder partir en pleurant.

Il longea ainsi les nombreuses rues de sa petite ville, marchant de plus en plus vite. Il était huit heures.

Il se sentait comme déchiré en deux. Il ignorait tout de ce qu'il se passerait ensuite et jamais l'avenir ne lui avait fait aussi peur. Il ne savait pas si Ginny lui permettrait de voir James. Il n'avait aucune idée de comment se passaient les divorces chez les sorciers. Bien qu'il vive dans ce monde depuis un certain temps à présent, il y avait encore bien des choses dont il n'avait pas connaissance.

Il passa devant la maison de Ron et Hermione. Il accéléra le pas, il ne voulait surtout pas risquer de tomber sur eux, pas maintenant. Ils étaient sûrement déjà au courant. Ils devaient même être les premières personnes que Ginny avait prévenues. Il frissonna. Que diraient-ils ? Il songea à la vieille promesse que son meilleur ami lui avait faite. Tenait-elle encore ? Il se mordit la lèvre, desserra sa prise sur sa valise.

Il s'en voulait beaucoup. Mais qu'aurait-il dû faire ? Ne pas épouser Ginny, lui soufflait une voix dans sa tête. Cela, il le savait très bien. Cependant, il avait commis cette erreur. Alors ? L'erreur est humaine, non ? Pas celle-là, songea-t-il.

Il était dépassé. Il était furieux contre lui-même. Il se haïssait de tous les mauvais choix qu'il avait fait à propos de Ginny. Il aurait voulu tout effacer mais la liste tournait en boucle dans sa tête, telle une chanson répétitive et désagréable. La plaquer si violemment. Mentir à Ron et dire qu'il l'aimait. La laisser l'accompagner à Londres. L'embrasser. Sortir avec elle. Partager son lit. L'épouser. Acheter une maison avec elle. Vivre avec elle.

Néanmoins, en dépit de tout, il était incapable de regretter d'avoir fait des enfants avec elle. C'était même inconcevable à ses yeux : c'était une décision qu'il avait prise dans sa vie, fonder une famille, et il aimait trop James et l'enfant à naître pour rêver de revenir en arrière.

Rien que l'idée le faisait trembler.

Il arrivait près d'un petit parc. Il alla s'asseoir sur un des bancs couverts de graffitis, prit son visage entre ses mains. Mais il ne pleura pas. Il en avait envie, peut-être, tout au fond de lui. Il ressentait une peine intense, comme un trou dans son corps. Tout simplement, les larmes refusèrent de couler.

Au bout d'une minute ou deux, il releva les yeux. Il sortit maladroitement de son sac une plume et un morceau de parchemin. Il griffonna rapidement une courte lettre, le cœur serré dans sa poitrine.

« Drago,

Je t'écris rapidement ces quelques mots depuis un banc, dans un parc près de chez moi. Ginny a découvert notre secret. Elle avait des doutes et hier soir, je pense qu'elle m'a suivi. Elle nous a vus, en tous cas. Bien sûr, elle est terriblement en colère et je crois qu'elle est triste aussi. Je le comprends parfaitement. Moi aussi, je suis furieux contre moi-même et je me sens vraiment monstrueux. Je ne sais pas si tu peux comprendre. Elle m'a viré de la maison, je le mérite.

Je t'aime,

Je t'embrasse,

Harry. »

Il reposa la plume sur ses genoux. Son hibou tournoyait majestueusement au-dessus de lui, dans le ciel bleu. Harry le siffla gentiment et l'oiseau vint se poser sur son avant-bras, ses serres tenant son poignet.

- Du travail pour toi, mon vieux, dit-il.

Il lui gratta le sommet du crâne et lui accrocha son message à la patte.

- Dépêche-toi, chuchota-t-il.

Aussitôt, le bel hibou écarta ses ailes gigantesques et Harry eut tout juste le temps de se baisser, pour ne pas se prendre un coup. Puis l'oiseau s'envola. Harry se passa une nouvelle fois les mains sur le visage.

Il était terrifié. Il se sentait très seul et il aurait voulu qu'une épaule se présente, pour qu'il puisse pleurer. Mais, même cela, il ne pensait pas le mériter. Où avait-il la tête ? Tant d'erreurs, ineffaçables, qui resteraient gravées dans sa mémoire, dans sa conscience…

Il remonta ses genoux sur le banc, les enserra de ses bras et posa son menton dessus. Il avait le regard vague, perdu dans ses idées sombres. Le parc désert et silencieux disparut. Il attendait il ne savait pas exactement quoi, il lui semblait que sa vie était en suspens.


- Salut.

Harry releva la tête, surpris en plein apitoiement sur lui-même. Il y avait presque une heure qu'il était assis sur ce banc, dans le vent léger, à ressasser des pensées désagréables. Il était si concentré sur son malheur qu'il n'avait pas vu Drago apparaître au milieu de la pelouse puis se diriger vers lui.

Son amant affichait un petit sourire triste et compatissant. Il se tenait droit devant lui, le menton enfoui dans le col de sa cape, les mains dans les poches, dans une position d'excuse.

- Salut, répondit Harry d'un ton morne.

- Désolé d'avoir mis tant de temps pour venir. Je me suis recouché après ton départ.

- Ah. Tu as bien dormi ?

- Le lit était vide sans toi.

Drago poussa la malle, déblaya le sac de sport et s'assit à côté de Harry, qui avait une mine de plus en plus sombre.

- Je n'ai même plus de lit à moi, marmonna-t-il.

- C'est ce que j'ai cru comprendre.

Drago marqua une pause.

- Je suis désolé, reprit-il.

- Pourquoi ? demanda Harry, sincèrement surpris.

- Peut-être que tu avais raison…Que c'est trop compliqué.

- Non. Au contraire. Ça risque même d'être plus simple. En tous cas, tu n'y es pour rien, assura Harry.

Il avait l'impression d'avoir un trou à la place du cœur. Cependant, il se sentait un peu mieux à présent que Drago était avec lui. Il commença à imaginer le futur. Un futur sans Ginny. Il pourrait acheter un appartement, avec une chambre pour les enfants, quand ils viendraient le voir. Il serait plus concentré sur son travail. Peut-être même qu'il oserait…Il s'interrompit dans ses rêves, transpercé par la culpabilité. Ginny venait à peine de le jeter dehors, il ne pouvait pas réagir ainsi si vite… Mais, en y réfléchissant bien, il savait que c'était ses rêves depuis des mois déjà. Il n'avait qu'à se remémorer ce qu'il avait vu dans le Miroir des Rêves. Il savait que s'il le regardait maintenant, il ne se verrait pas de retour dans la maison, à sa vie avec Ginny. Ce n'était pas ce dont il rêvait il n'en avait peut-être même jamais rêvé.

- Il ne fait pas très chaud, fit remarquer Drago.

- Mhm, dit Harry.

- Tu ne veux pas qu'on rentre ?

- Où ?

- Chez mo…Chez nous, je veux dire.

- Hein ?

Il sembla à Harry que quelqu'un lui avait lancé un caillou sur l'arrière du crâne. Il plissa les yeux et se tourna vers Drago. Celui-ci souriait toujours doucement mais une expression mûre et décidée se dessinait à présent sur ses traits.

- Eh bien, tu n'as plus de maison. Moi, j'ai un appartement, dans un coin tranquille. Bien sûr, il faudra que tu te fasses discret, au cas où des Néo traîneraient par là mais bon, je suis prêt à prendre le risque. Enfin, si tu es d'accord, bien sûr.

Harry battit des cils à toute vitesse. Il n'osait pas y croire.

- Tu…Tu me proposes d'emménager chez toi ?

- C'est ce que les couples font, non ? Je ne sais pas vraiment, tu es la seule vraie relation que j'ai eue.

- Ah.

Harry rougissait, gêné, tandis que Drago le contemplait, le regard malicieux. Il lui prit la main, tendrement.

- Tu vas réussir à me supporter toute la journée ? demanda Harry.

- J'en serais profondément étonné, te connaissant.

Ils échangèrent un nouveau sourire et Harry sentit son cœur bondir dans sa poitrine. C'était cela, l'amour, l'amour qu'il avait toujours voulu vivre.

- Si ça ne te dérange pas…

- Tu me connais, Harry. Si ça me dérangeait, je ne t'aurais pas proposé.

Harry fit la grimace. Il avait un peu honte d'accepter, tout de même. Il s'était mis dans les ennuis et c'était de sa faute s'il était à la porte. Même venant de Drago, c'était difficile.

- Bah, j'aimerais bien.

- D'accord.

Drago se leva d'un bond puis, voyant qu'Harry était toujours d'humeur maussade et lente, il se calma, prit les bagages avec des gestes soigneux avant de tendre la main au jeune homme brun.

- Accroche-toi bien. On va transplaner directement dans l'appartement, pour plus de sécurité.

Harry se saisit des doigts tendus et, fermant les yeux, se laissa emporter.

- Voilà, on y est, dit Drago, inutilement.

Ils se trouvaient désormais dans un étroit vestibule qui comportait le strict minimum : un paillasson (sur lequel Harry s'essuya les pieds) et un porte-manteau (auquel ils accrochèrent leurs capes). Ensuite, tenant toujours Harry par la main, Drago l'entraîna dans le salon – salle à manger. Puis il écarta les bras pour englober le tout. Il ajouta :

- C'est chez moi. Chez toi aussi.

- Très personnel, fit Harry d'un ton sarcastique avant d'avoir pu s'en empêcher.

Effectivement, l'immense pièce était décorée dans une veine très sobre. Murs gris pâle et blancs intercalés, une moquette blanche immaculée. Les vitres des fenêtres étincelaient de propreté sous les rayons du soleil. Pour le mobilier assorti, Drago s'était contenté du minimum : le coin salon comportait un canapé, une table basse et deux fauteuils, le côté salle à manger une table et six chaises. Même la malheureuse plante verte semblait avoir été posée là dans un but bien précis, comme dans un magasin de meubles. Il n'y avait pas de journaux éparpillés sur les supports, ni de courriers ; seulement un certain nombre d'étagères de forme moderne remplies de livres serrés. Sur la table basse, il n'y avait qu'un cadre pour mettre des photos mais Drago ne l'avait pas rempli. Il n'avait rien accroché aux murs.

- Si ça ne te plaît pas, tu peux partir.

- Je plaisante. Tu me montres le reste ?

Drago le fit donc entrer dans la spacieuse cuisine. Harry soupira en voyant l'organisation : tout semblait avoir une place et chaque millimètre carré devait avoir été soumis à des sorts « antitaches ». Harry n'avait jamais vu une pièce aussi impeccable, sauf peut-être la salle d'opération d'un hôpital. Il en était de même de la gigantesque salle de bains. Il y avait une baignoire si grande qu'on pouvait nager dedans et une armoire où étaient parfaitement rangés tous les produits pour le bain, du shampoing basique au moussant magique qui produisait des « bulles plus grosses que vous ! », en passant par les différentes senteurs (des classiques Moldus comme la fraise ou la rose jusqu'aux plus fous, comme l'odeur des « draps frais » ou celle des « paillettes »).

Ce n'était qu'en visitant le bureau qu'on pouvait deviner qu'un sorcier vivait là. Les murs étaient couverts de vieux grimoires, un chaudron était rangé dans un coin et, dans le placard, il y avait une véritable collection de balais volants, du premier Comète au tout récent Nimbus 3000.

- Waouh ! souffla Harry. Mais tu ne voles pas sur tous ces balais ?

- Non, répondit Drago. Tu crois franchement que le premier des Brossdurs volait ? Il tombait, plutôt. Il y a eu un nombre incroyable de morts.

Harry examinait le balai d'un air suspicieux. Il aurait bien aimé l'essayer. Il savait que Drago avait une nette tendance à l'exagération et qu'il désapprouvait la marque des Brossdurs, à cause de leur prix incroyablement bas. Il était persuadé qu'un prix aussi dérisoire cachait quelque chose de louche.

Visiblement, Drago devina ce que Harry avait en tête car il lui prit l'objet des mains et le rangea :

- N'y pense même pas.

Enfin, il lui montra la chambre à coucher.

C'était la moins grande de toutes les pièces, ce qui lui donnait un côté intime. Les murs étaient peints d'un bleu doux et rêveur, le parquet était en bois clair et le lit immense pouvaient accueillir au moins cinq personnes à l'aise. Harry se demanda si Drago y avait déjà fait des choses « peu catholiques », comme dirait Ginny, avec d'autres que lui mais il chassa cette idée de son esprit.

- Pas de bocaux avec des crânes de serpent ? Ni de crânes de Moldus ? fit-il mine de regretter.

- Avant d'aller te chercher, j'ai tout planqué, pour que tu ne tombes pas dessus, ironisa Drago.

Harry lui lâcha la main. En dépit de la beauté des pièces, il ressentait comme un grand froid à l'intérieur de lui. Il se laissa tomber sur le lit, qui prenait quasiment toute la place dans la chambre. L'appartement de Drago semblait glacé, comme privé de vie. De ce point de vue, il ressemblait au Manoir Malefoy. Lui aussi était vide en dépit des bibelots de luxe, froid en dépit des feux dans les cheminées. Mais il se garda bien de le dire à Drago. Il savait qu'il en serait blessé.

- C'est beau, dit-il.

Drago haussa les épaules. Ils se fixèrent en silence un long moment, comme s'ils n'avaient rien de plus à se dire. Harry frissonnait. Il se sentait mal à l'aise. Puis le jeune homme blond dit :

- Tu veux qu'on t'installe tes affaires ?

Harry, sans desserrer les dents, hocha la tête. Drago, à l'aide de la magie, fit venir le sac de sport et il le jeta sans ménagement sur le lit, à côté de Harry. Ensuite il s'assit sur le bord du matelas. Avec des gestes lents, il tira la fermeture éclair et jeta un coup d'œil à l'intérieur.

- Dis donc, y a pas mal de trucs là-dedans.

- J'ai apporté tout ce que j'ai, répondit Harry d'un ton las.

Il se tortilla. Il était fatigué, il ne se sentait vraiment pas à sa place, il avait mal à la tête. Il regarda Drago ranger ses habits dans ses placards, ses costumes à côté des siens. Son estomac se retourna comme un gant. Il regarda Drago lire attentivement les quatrièmes de couverture de chacun de ses livres avant de leur faire une place dans une de ses nombreuses bibliothèques. Il le regarda ranger ses disques avec les siens. Il le suivit dans la salle de bains, juste pour le voir poser son rasoir à côté du sien. Il se mordilla la lèvre quand il s'aperçut que le blond avait remarqué son manège.


Vers onze heures, Drago dit :

- Je dois déjeuner avec mon père, ça ne t'ennuie pas ?

- Non, ça devrait aller, répondit Harry.

Il espérait réussir à faire disparaître son trouble si Drago partait quelques heures. Il se haïssait de l'impression qu'il donnait, toute cette froideur, cette retenue entre eux deux. Voyant que Drago ne bougeait pas, il ajouta :

- Et toi ? Tu penses que ça ira ?

- Je me débrouillerai

Drago prit sa cape, relaça ses chaussures.

- Merci de m'accueillir, ajouta Harry, dans un souffle.

Mais Drago transplana, sans un au revoir. Harry se retrouva tout seul.

D'un pas lourd, il se promena dans l'appartement. Il avait l'impression que son cœur pesait trois tonnes, et son cerveau aussi, à cause de toutes les pensées qui l'encombraient. Il ne savait pas ce que serait de vivre avec Drago. Est-ce que cela briserait tout ? Cette idée lui donna envie de pleurer. Il ne voulait pas gâcher une autre histoire.

Il ouvrit tous les placards. Il resta planté cinq bonnes minutes devant le réfrigérateur quasi vide : une bouteille d'eau, une canette de bière et un pack de vingt-cinq yaourts natures. Il referma la porte et retourna dans la chambre.

Il se rassit sur le lit, son lit à présent. Il sortit la fiole contenant les paillettes de sa poche et il les répandit sur les draps. Aussitôt, comme si elles n'attendaient que ça, l'appel de l'air, la liberté, elles dessinèrent, avec une précision incroyable, le visage de Ginny. Harry grimaça : ce n'était pas la première fois qu'elle se montrait ainsi. A vrai dire, les derniers mois n'avaient pas été aussi roses que Drago et lui essayaient de le prétendre. Ils s'aimaient, ils s'aimaient vraiment mais Ginny avait été un obstacle en béton armé.

Harry s'était très vite rendu compte que même si Drago prétendait se contenter de cette relation secrète et incomplète, c'était loin d'être le cas. Il avait souvent vu les paillettes représenter Ginny mais avec des blessures, des coups que le jeune homme devait rêver de lui infliger. Harry avait alors essayé de lui parler, s'était longuement excusé : il avait vraiment cherché à arranger les choses et avait même proposé de rompre, puisque cette situation était infernale. Elle l'était d'ailleurs également pour lui, qui préférait la compagnie de Drago à celle de Ginny. Néanmoins, il ne pouvait s'imaginer abandonner ses enfants.

Cette conversation était rapidement devenue une dispute. Une vraie dispute de couple, se disait Harry en y repensant. Des objets avaient volé, les cris avaient vrillé l'air… Cette dispute ne venait pas d'un désaccord : tous deux savaient que les enfants ont toujours besoin d'un père, qu'une femme enceinte a besoin d'un mari. Elle venait d'une détresse commune, celle de s'aimer d'un amour impossible, d'un amour interdit, d'un amour immoral. En conséquent, elle revenait sans cesse entre eux.

Mais ils avaient tenu. Parce que s'ils se séparaient, ce serait pire encore.

A présent, le couple Harry-Ginny n'était plus rien. Juste des souvenirs et une grosse boule dans la gorge de Harry. A présent, Harry avait rangé ses affaires dans la penderie de Drago. Et il regardait les paillettes du Serment Inviolable se dissoudre pour devenir un soleil gigantesque, un soleil d'or qui brillait au centre de la pièce. Ses rayons de poussière dorée répandaient une douce chaleur sur la peau de Harry, réchauffant ses membres gelés par la peur de l'inconnu, du futur.

Il demeura ainsi des minutes entières, des heures peut-être, l'esprit vague, comme absent. Il se déconnecta de la réalité, le temps n'avait plus de prise sur lui il avait l'impression d'avoir quitté son corps, d'être autre chose. Peut-être d'être le soleil lui-même.

Soudain, il se réveilla, aussi brutalement que si quelqu'un lui avait crié dans l'oreille. Il eut un sursaut et, d'un geste involontaire, il dispersa les paillettes qui regagnèrent la fiole. Aussitôt, la chaleur disparut. La pièce redevint ce qu'elle était : une chambre impersonnelle. Harry tremblait, frissonnait. Il se replia sur lui-même, se frictionna. Il contemplait la chambre. Des questions résonnaient dans son crâne. Est-ce que ça continuerait de marcher ? Est-ce que cette froideur à l'égard de sa nouvelle maison était un signe ? Est-ce que le futur serait meilleur ?

Ces interrogations sans réponses n'appelaient que la peur et le néant. Elles étaient effrayantes, comme d'immenses oiseaux noirs. Harry avait l'impression que tout son monde s'était disloqué. Il ne restait plus que Drago et lui. Mais Drago…Il songea au soleil. Drago était sans doute heureux de la fin de son mariage, même s'il refusait de le montrer, pour éviter de montrer sa jalousie, sa possessivité. Et lui, Harry ? Qu'en pensait-il ? Il avait peur, certes, mais ne se sentait-il pas plus…léger ?

Harry chassa l'idée de son esprit. Il ne voulait pas penser à ça, il risquait de s'en rendre malade. Malade de culpabilité, de honte.

Il ramassa la fiole et la posa sur la table de chevet. Il tira de ses poches son Miroir des Rêves, sa pile de lettres, arrangea l'ensemble. Ensuite, il alla fouiller dans son sac de sport. Il prit une photo de James, la plus belle qu'il avait avec lui, et la posa sur les parchemins. Il s'allongea sur le lit et fixa la photo. Les lettres de Drago. La photo de James et les lettres de Drago. Ils étaient sa vraie famille.


- Hé, Harry.

Drago entra dans la chambre. Harry savait qu'il était revenu car il l'avait entendu transplaner. Il se redressa, se leva pour se diriger vers lui. Drago lui sourit, d'un sourire sincère, puis son regard passa sur la photo de James, le miroir, la fiole, les lettres.

- Tu as mis tes petites affaires, constata-t-il.

Harry hocha la tête. Puis il vit que Drago tenait un vase entre ses mains. Un vase vide.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

Drago baissa les yeux sur son vase avant de les relever sur Harry, son sourire plus étincelant encore. Il s'approcha de Harry.

- Ecoute, je sais que ce n'est pas évident pour toi. Il y a James, il y a le deuxième, il y a Ginny, il y a Ron, il y a Hermione, il y a…Toute ta vie. Je sais aussi que ce n'était pas facile pour toi non plus, ces derniers mois. Mais, finalement, on est là maintenant. Je sais que tu ne t'y sens pas à l'aise et, pour te dire la vérité, moi non plus. Je n'aime pas vivre ici, tout seul.

Il inspira profondément. Il planta son regard dans celui de Harry. Il semblait décidé à dire tout ce qu'il pensait.

- Je sais que ce n'est pas bien mais je suis content que Ginny t'ai foutu dehors. Je suis content parce que maintenant, je suis avec toi. Malgré nos disputes, malgré tous les problèmes que ça engendre, malgré tout, je suis heureux avec toi. C'est comme ça, maintenant. Et cet appartement…

Il montra la pièce autour d'eux.

- Je sais que c'est grand, c'est froid, c'est snob. Mais tu veux que je te dise ? Je pense que ça pourrait être un endroit où rêver pour nous deux. Je veux que ce soit comme un foyer. Que ce soit plus vivant.

Il rougit sous ses cheveux pâles et tendit le vase à Harry, visiblement très gêné par sa propre déclaration. Harry réceptionna maladroitement l'objet et regarda à l'intérieur. Une graine flottait sur l'eau pure. Puis, d'un coup, la graine se gonfla avant de se scinder en deux, en quatre, en huit…Bientôt, une vingtaine de graines se mirent à flotter dans le vase. Alors elles s'ouvrirent et de minuscules tiges vertes en sortirent. Elles commencèrent à grandir, à pousser et, quand elles eurent dépassé de quelques centimètres la hauteur du vase, des bourgeons apparurent. Ensuite, ils s'ouvrirent et des fleurs surgirent, remplissant le vase. C'était un beau bouquet, de toutes les couleurs. De plus, il sentait délicieusement bon.

Harry contempla le tour de magie, un sourire éclairant son visage ébahi. Il releva la tête vers Drago.

- C'est de la belle magie.

Celui-ci devint plus rouge encore et haussa les épaules.

- Tu sais, Drago…

Harry hésitait. Il était loin d'être aussi à l'aise que Drago avec les mots et il craignait d'avoir l'air ridicule. Alors il dit simplement :

- Je t'aime.

Il recula de quelques pas tandis que Drago s'avançait dangereusement vers lui. Il posa le vase sur la table avant de laisser les bras de son amant se refermer autour de sa taille. Il se serra contre lui et l'embrassa de toutes ses forces.