Note de l'auteur:
Enfin vous allez me dire ! Je suis vraiment désolée du retard mais j'ai eu une semaine très chargée. D'ailleurs, je n'ai pas eu le temps de me relire donc si vous voyez des fautes ou des coquilles, n'hésitez pas à me le faire savoir ! :). Bonne lecture, L.
Les semaines qui suivirent leur semblèrent interminables. Ils sortaient peu, de peur de tomber sur quelques Rafleurs qui sillonnaient le pays à leur recherche - ou à la recherche de nés moldus. La neige avait fini par fondre et la température s'était finalement réchauffée. Ils passaient leurs journées en s'occupant comme ils le pouvaient, lisant les nombreux bouquins qui contenaient la bibliothèque, jouant avec Emma quand elle n'était pas à l'école, se prélassant dans le jardin. Mais leurs activités se limitaient à ça, et ils avaient l'impression de devenir fous.
Le confinement mettait leurs nerfs à rude épreuve et il était désormais fréquent de les entendre se disputer à travers les parois qui séparaient les différentes pièces de la maison : Hermione avec Drago, Harry avec Ron, Ginny avec ses frères, Hermione avec Ron, Harry avec Drago... Leurs disputes quotidiennes leur permettaient cependant de s'échapper à la triste routine qui s'était installée entre eux. Le mois d'avril touchait presque à sa fin et ils n'avaient toujours pas trouvé l'endroit où Bellatrix Lestrange avait pu cacher le fameux Horcruxe, le dernier qu'il leur manquait avant de se rendre à Poudlard, puisqu'il ne leur resterait alors plus que celui que Voldemort avait caché à Poudlard et Nagini.
Ils étaient en bonne voie, mais ils auraient voulu avoir la réponse à toutes leurs questions immédiatement ce qui, bien évidemment, était impossible. Alors ils continuaient à tourner en rond, inlassablement.
Hermione descendit les escaliers d'un pas lent, fatiguée. Elle avait passé une nouvelle journée plongée dans un roman, ne trouvant rien de mieux à faire. Orgueil et Préjugés. C'était une belle histoire, elle lui avait plu. C'était Susan qui la lui avait recommandé et elle s'en réjouissait. Sa lecture lui avait permis, le temps de quelques heures, de s'échapper de leur quotidien morose.
Elle allait entrer dans le petit salon, sa pièce préférée, mais s'arrêta net. Drago était assis sur le canapé, Emma sur ses genoux, et il lui lisait d'une voix douce un livre de contes pour enfants. Elle reconnut en quelques secondes les prémices de La Belle et la Bête.
- Il y avait une fois un marchand qui était extrêmement riche. Il avait six enfans, trois garçons et trois filles ; et, comme ce marchand était un homme d'esprit, il n'épargna rien pour l'éducation de ses enfants, et leur donna toutes sortes de maîtres...
Sa voix sonnait à ses oreilles comme une mélodie, et Hermione resta immobile jusqu'à la fin de son récit.
- Dans le moment, la fée donna un coup de baguette qui transporta tous ceux qui étaient dans cette salle dans le royaume du prince. Ses sujets le virent avec joie ; et il épousa la Belle, qui vécut avec lui fort longtemps, et dans un bonheur parfait, parce qu'il était fondé sur la vertu.
Emma s'était paisiblement endormie dans ses bras et la lionne regardait la scène avec une tendresse qu'elle peinait à dissimuler. Elle ne tenait pas à ce que Drago s'aperçoive de sa faiblesse. Depuis leur fou rire dans la neige, il lui avait à peine adressé la parole et, quand il le faisait, c'était souvent pour lui reprocher tout et rien.
Mais elle ne pouvait le détester pour autant. Cela faisait bien longtemps qu'elle en était devenue incapable. Le jeune homme referma le livre, grommelant quelques mots sur la bêtise des moldus et attrapa délicatement la petite dans ses bras avant de se lever. Il se figea en apercevant Hermione, qui lui sourit.
Drago l'ignora royalement et passa devant elle comme s'il ne l'avait pas vue. Vexée, Hermione baissa les yeux et rangea le livre qu'il avait laissé sur le canapé sur l'étagère où il avait sa place. Le blond revint quelques minutes plus tard et, ne lui adressant pas le moindre regard, il se réinstalla et attrapa le journal qui trainait sur la table. Il ne faisait que recenser les nombreuses morts mystérieuses que les moldus n'arrivaient pas à expliquer si bien que, vite dégoûté, il le reposa sur la table et passa une main sur son visage fatigué.
- Tu n'as rien de mieux à faire ? cracha-t-il à l'attention d'Hermione, qui l'observait toujours de l'embrasure de la porte.
Elle soupira et tourna les talons, exténuée de se battre avec lui. Elle avait pourtant eu un véritable espoir qu'il devienne un jour amis. Pourtant avait-il recommencé à agir avec elle comme il l'avait toujours fait à Poudlard ?
Elle n'y arriverait pas, elle le savait désormais. Vouloir changer Drago Malefoy, c'était aussi désespéré que d'essayer de sympathiser avec un gobelin. Elle soupira et entra dans sa chambre.
Elle se laissa tomber sur son lit et se figea quand elle réalisa qu'une larme coulait doucement sur sa joue.
- Quelle idiote ! grommela-t-elle pour elle-même en essuyant la preuve de sa faiblesse d'un geste rageur.
C'était une chose qu'elle se soit attachée à lui, même si elle avait du mal à comprendre comment une telle chose avait pu lui arriver, mais c'en était une toute autre que de se mettre à pleurer à cause de lui. Elle avait passé l'âge de sangloter pour des futilités pareilles, et elle en avait connu des pires que lui ! Il n'était qu'un imbécile prétentieux.
Elle se laissa glisser sur le dos, observant le plafond avec une expression songeuse et secoua la tête pour se changer les idées. Elle était exténuée, à fleur de peau alors il était normal qu'elle craque si facilement, mais elle refusait d'y accorder tant d'importance. Si Drago tenait tant à ce qu'ils se détestent mutuellement, elle pouvait jouer ce jeu-là également, même si ça ne l'enchantait pas.
Elle renifla doucement, quand elle sentit des bras puissants l'enlacer. Reconnaissant là l'étreinte chaleureuse d'un ami, elle se laissa faire, se serrant un peu plus contre Harry.
Ginny était assise sur l'un des bancs de bois, tout au fond du jardin, le regard perdu vers le ciel d'un noir terrifiant. Le vent était frais et il l'empêchait de savourer pleinement le doux manteau de cette nuit d'avril, mais elle ne souhaitait pas bouger. A l'intérieur, rien d'autre que des disputes à répétition ne l'attendait et elle était fatiguée de se battre avec ses frères pour un oui ou pour un non. Ils étaient bien trop protecteurs avec elle et elle étouffait.
Par ailleurs, Harry refusait toujours de lui adresser la parole et Hermione était trop occupée à se disputer avec Drago pour s'occuper d'elle. Elle ne lui en voulait pas, mais elle aurait parfois voulu que sa meilleure amie la fasse passer avant le reste, bien qu'elle savait que c'était impossible. Ils étaient en temps de guerre et, en temps de guerre, le plus important était la lutte.
Elle n'avait pas eu de nouvelles de ses parents depuis plus de deux mois et l'attente lui semblait interminable. Elle aurait tellement aimé se blottir dans l'une des étreintes chaleureuses de sa mère et pleurer, pleurer toutes les larmes de son corps, pleurer sa colère, pleurer sa douleur. Pleurer les morts que leur fuite ne lui avait pas laissé le temps de pleurer.
Elle sentit une présence à ses côtés et se crispa imperceptiblement quand Drago la prit par les épaules. Elle posa doucement sa tête sur son épaule et renifla pour arrêter les larmes qui coulaient désormais à flot sur ses joues.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?
Sa voix sembla la ramener à la réalité à laquelle elle s'était échappée depuis de longues minutes.
- Et toi ? répondit-elle en soupirant. Encore une dispute avec Hermione ?
Elle le sentit hausser les épaules et l'entendit grogner d'une colère feinte. Elle sourit doucement à travers les larmes. Si son aversion pour la brune passait pour crédible aux yeux de tous, Ginny n'était pas dupe.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? répéta Drago en balayant sa question d'un geste dédaigneux.
- Je suis fatiguée, murmura Ginny. Et cette atmosphère m'étouffe. Tout le monde se dispute avec tout le monde. Vous me cachez toutes ces choses et je suis la seule à n'être au courant de rien ! Ne te vexe pas, mais ils t'ont tout confié, même à toi, alors que tu as changé de camp. J'ai toujours été dans celui-ci et je ne comprends pas comment ils peuvent me faire si peu confiance. Je ne suis pas un danger, je ne vais pas aller crier sur les toits que vous cherchez à tuer Tu-sais-qui puisque je veux la même chose. Comment peut-on me faire si peu confiance ? Je n'ai jamais mérité que vous me mettiez à l'écart à ce point.
Sa voix était dépourvue de toute colère, c'était une simple constatation, où pointait néanmoins les bribes de ce qu'elle aurait voulu être de la déception. Mais elle ne parvenait même plus à être déçue, elle s'était habituée à ce qu'on la mette de côté, bien malgré elle.
Drago la serra un peu plus contre lui et laissa échapper un petit rire.
- Crois-moi, si je le pouvais, je te dirais tout, mais ça ne dépend pas seulement de moi, et tu le sais.
- C'est Harry qui ne veut pas que je sois mise au courant, n'est-ce pas ?
Seul le silence lui répondit.
- Qui ne dit mot consent, murmura-t-elle tristement.
- Il veut juste te protéger, le défendit le blond.
Au fond de lui, il comprenait la réaction d'Harry. S'il l'avait pu, il aurait empêché sa mère et Blaise de s'approcher de prêt ou de loin de toute cette guerre.
- Je n'ai pas besoin d'être protégée, protesta Ginny en se détachant de lui. Je suis une grande fille ! Je ne suis plus une enfant et je n'ai pas besoin que Harry décide pour moi ce que je suis capable de supporter ou non !
Drago sourit légèrement et haussa les épaules.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire.
Le silence se réinstalla entre eux, moins pesant qu'auparavant. Ils regardaient désormais tous les deux le ciel, profitant d'un calme apaisant comme ils n'en avaient plus eu depuis longtemps.
- Pourquoi tu es comme ça avec Hermione ? demanda la jeune femme, rompant la quiétude dans laquelle ils s'étaient enfermés.
La curiosité l'avait rattrapé avant qu'elle n'ait pu s'en rendre compte.
- Comment ? demanda-t-il d'un ton innocent qui fit lever les yeux au ciel sa camarade.
- Tu sais très bien de quoi je veux parler. Tu es parvenu à t'entendre avec tout le monde. Tu n'agresses plus Harry, ni Fred et George. Alors pourquoi Hermione ? Qu'est-ce qu'elle t'a fait pour que tu t'acharnes sur elle à ce point ?
- Elle ne m'a rien fait. Je ne la supporte pas, c'est tout !
- Tu mens, sourit Ginny en plantant son regard de braise dans le sien.
- C'est une manie dans ta famille, d'être insupportable ?
La rouquine rit légèrement, sentant que l'insulte n'était qu'un prétexte pour changer de sujet.
- Tu es amoureux d'elle ? demanda-t-elle de but en blanc.
Le blond pâlit brutalement et lui jeta un regard outré.
- Non mais tu t'entends parler ? s'offusqua-t-il. Moi, amoureux de la Miss-je-sais-tout ? Jamais de la vie ! Je veux bien admettre que je ne la déteste pas tant que ça, mais ôte-toi ces sales idées de la tête ! Où es-tu allée chercher une chose pareille ?
- Tu as dormi avec elle, répondit Ginny, imperturbable. Tu l'as prise dans tes bras. Tu as ri avec elle. Et je pense que tu l'évites parce qu'elle te fait ressentir des tas de choses que tu n'es pas prêt à ressentir. Tu te sens bien quand tu es avec elle, et c'est ce qui te perturbe. Tu n'as jamais ressenti ça, n'est-ce pas ?
- Tu ne sais pas de quoi tu parles, rétorqua Drago, sans pour autant s'énerver.
Il était totalement incapable de s'énerver contre elle.
- Tu crois que je ne sais pas ce que ça fait ? lança Ginny en haussant le ton, la bouche entrouverte. Je suis amoureuse d'un abruti qui fait comme si je n'existais pas ! Et j'ai beau tout faire pour l'oublier, j'en suis incapable. Le fait que je vive avec ledit abruti n'aide certes pas, mais je fais des efforts et ça ne sert à rien parce que je ne peux pas m'empêcher d'être folle de lui ! Alors si, je sais tout à fait ce que ça fait d'être amoureux sans pouvoir le contrôler !
- Je ne suis pas amoureux de Granger, cracha Drago. Ton frère l'aime, et elle l'aime également alors arrête de raconter de telles inepties !
- Ça ne veut pas dire que tu ne ressens rien pour elle !
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise ? gronda-t-il, perdant son sang froid. Je t'accorde que je ne la déteste pas, et peut-être que je me suis attaché à elle mais je ne suis en aucun cas amoureux d'elle, d'accord ? C'est une insupportable Miss-je-sais-tout qui prend mieux soin de ses livres que de ses cheveux ! Elle est loin d'être le genre de filles dont je peux tomber amoureux, alors sors-toi ça de la tête !
Ginny ne répondit pas, mais son sourire acheva d'énerver Drago, qui tourna les talons et claqua la porte derrière lui, la laissant seule.
La rouquine ressassa alors les derniers événements et soupira doucement. Elle rentra à son tour et monta les escaliers pour rejoindre sa chambre. Elle se figea en apercevant Harry, qui tenait dans ses bras une Hermione sanglotante. En temps normal, elle se serait jetée sur sa meilleure amie pour la réconforter, mais elle ne bougea pas d'un centimètre. La colère monta tellement rapidement qu'elle fut incapable de se contrôler. Elle assena une gifle monumentale à Harry, qui claqua à leur oreille comme la rupture de tout espoir et, lui jetant un dernier regard noir, elle quitta la pièce.
Ronald Weasley était dans une rage folle. Dans l'espoir de prendre l'air pour se changer les idées, il avait surpris une conversation entre sa petite sœur et Drago. Une conversation qui ne lui avait pas plu du tout.
Il n'avait jamais été le plus malin de leur groupe, mais il avait bien compris que les mots qui étaient sortis de la bouche de son ancien ennemi n'étaient que des mensonges. Il l'aimait, c'était certain.
Mais comment le pouvait-il ? Depuis quand l'aimait-il ?
Il n'en savait rien, mais la colère qui battait dans ses veines l'empêchait de raisonner convenablement. Il avait toujours été jaloux lorsqu'un garçon s'approchait de trop près d'Hermione. Il l'avait montré à de nombreuses reprises avec Krum. Alors comment devait-il réagir alors que son rival potentiel était celui avec qui il avait tissé une véritable amitié depuis le mois d'août ? Il ne détestait plus Drago, c'était certain et ils étaient devenus très proches, pas autant qu'il pouvait l'être avec Harry, mais tout de même.
Alors comment cette sale fouine pouvait-elle lui faire un coup pareil ? Tomber amoureux de celle qu'il convoitait depuis des années ? Très mauvaise idée.
Il donna un violent coup de pied dans un morceau de bois qui alla s'écraser contre le mur dans un bruit sourd. Il s'en voulait de réagir si excessivement mais il n'avait jamais été très rationnel quand il s'agissait d'Hermione. Et même si Drago n'avait rien avoué, il n'y croyait rien et il l'avait immédiatement rangé dans une partie de son cerveau, dans la catégorie Rivaux qu'il pensait réservée aux abrutis dans le genre de Krum.
Car il savait que si Drago venait à chercher à avoir Hermione, il n'aurait sans doute pas beaucoup de mal à se donner. Après tout, même lui avait remarqué à quel point ils s'étaient rapprochés malgré leurs disputes incessantes.
Et c'était quelque chose qu'il ne pouvait tolérer.
Drago se laissa tomber sur son lit. La douche était parvenue à le calmer mais ses tempes bouillaient toujours douloureusement. Il aimait beaucoup Ginny, mais il ne comprenait pas qu'elle puisse penser une telle chose. Il n'aimait pas Granger. Il la détestait.
- Je la déteste, je la déteste, je la déteste, murmurait-il pour lui-même, dans un état presque second.
Il s'était pris un sacré coup quand elle l'avait accusé d'aimer la lionne. Il avait passé les dernières semaines à l'éviter le plus possible, justement parce qu'il avait peur de ce qu'il ressentait pour elle. Il s'était attaché à elle d'une façon qui ne lui ressemblait absolument pas. Ce n'était pas lui ça. Le fou rire qu'ils avaient eu dans la neige avait fini de l'achever. Bien loin de le décrisper définitivement, il l'avait fait se renfermer sur lui-même d'autant plus. Il ne pouvait décemment pas être ami avec une fille qui lui faisait perdre le contrôle de lui-même.
Il devait être maître de lui-même, sinon il serait incapable de se concentrer sur son but premier : la chute de Voldemort. Et cette fille débarquait dans sa tête comme une plaie dont il ne parvenait pas à se débarrasser.
Il se sentait si bien en sa présence que son cœur devenait douloureux, et il ne pouvait tolérer une telle chose. Pourquoi lui faisait-elle ça ? N'avait-elle pas compris qu'il avait besoin de la haïr ? Un besoin vital.
Il la détestait. Il devait la détester. C'était la seule façon qu'il avait jamais connu pour exprimer un sentiment si fort.
Non, il ne l'aimait pas. Jamais il ne pourrait l'aimer.
Elle avait trop de manies insupportables pour qu'il l'aime. Il détestait la façon qu'elle avait de froncer les sourcils en lisant. Il détestait cette manie qu'elle avait de se tortiller une mèche de ses cheveux hirsutes autour du doigt quand elle réfléchissait. Il détestait le voile de tristesse qui couvrait son regard quand il lui crachait son dégoût au visage. Il détestait sa façon de le regarder quand il était avec Emma. Il détestait la façon qu'elle avait de se mordiller la lèvre quand elle avait faim. Il détestait quand ses pommettes rougissaient de timidité quand ils se croisaient dans la salle de bain le matin. Il détestait l'emprise qu'elle était parvenu à prendre sur lui.
Il poussa un profond soupir et plongea son visage dans ses mains.
- Je la déteste.
C'est sur ce murmure qu'il tomba dans un sommeil réparateur.
