Chapitre 26 :
- Il teste sa fidélité.
La dernière réunion de l'Ordre du Phœnix pour l'année 1995 s'éternise. A mon sujet en plus, ce qui ne me réjouit guère.
- Il savait déjà qu'elle entretenait une relation avec l'un des membres de l'Ordre, et il savait presque Qui. Je n'ai fait que le confirmer.
Je ne sais pas pourquoi, mais Severus semble avoir des informations différentes des miennes à propos de Voldemort, et cela me mets mal à l'aise. Comme si mes jours étaient comptés.
- Il n'a pas été convaincu par l'explication de l'horloge de Mrs Weasley, je continue.
Et il me l'a très bien fait comprendre. Ses mots exactes ont été « Alors comment expliques-tu que Harry Potter ait fait une crise pendant cette nuit-là ? ».
- Il a certainement un autre informateur à Poudlard, continue Severus.
- Et tu n'as aucune idée de qui il peut s'agir ? Attaque Sirius.
Comprenez « Tu ne veux pas que l'informateur soit connu sale traître ».
Je lance un regard d'avertissement à Sirius, qui me fusille du regard. Ce n'est pas le bon moment pour laver notre linge sale, pas en public, devant la quasi-totalité de l'Ordre.
La dispute que nous avons eu quelques heures plus tôt a été mémorable. Severus était venu pour annoncer à Harry qu'il allait lui donner des cours d'Occlumancie durant le reste de l'année. Sirius a insisté pour être avec Harry quand cela se produirait. Je n'étais malheureusement pas là, et je n'ai pas pu empêcher qu'ils en viennent presque à la baguette. Il avait fallu que Harry et M. Weasley (fraîchement guéri) s'interposent pour que les belligérants acceptent d'en rester là.
Donc pour résumer, Severus a traiter Sirius d'inutile incapable, Sirius a traité Severus de traître Mangemort, et cela a vite tourné au vinaigre.
Quand je suis rentrée du Manoir des Ténèbres, épuisée par mon petit jeu du chat et de la souris avec Tom, et que Harry m'a raconté ce qu'il s'était passé (sans trop prendre parti pour Sirius, ce qui est étonnant), je me suis fâchée.
S'en est suivi la plus formidable dispute qui ait jamais ébranlée mon couple avec Sirius. Il s'est enfermé avec Buck tout le reste de la soirée, jusqu'à la réunion.
Et cette réunion s'éternise sur mon sujet.
- Il n'est peut être pas très prudent qu'elle retourne devant Vous-Savez-Qui, tente un membre de l'Ordre dont j'ai oublié le nom.
- Pour le moment elle ne craint rien, riposte Severus. Maya est la gestionnaire de la fortune Malfoy, et le Seigneur des Ténèbres en a terriblement besoin. Si il se l'aliène, il perd une formidable source de financement. En plus, Maya est en position de force à Poudlard, où elle est très appréciée des enfants de Mangemorts. Enfin, il se trouve que le Seigneur des Ténèbres... l'apprécie.
Sirius prend un air effaré.
- Qu'est-ce que tu entends par là ? Demande-t-il choqué.
Au vu des visages tournés vers moi, je dirais qu'il n'est pas le seul.
- Pour faire court, depuis qu'il a retrouvé un corps … correct, il me fait du gringue.
- Et tu ne m'en as pas parlé ! S'exclame Sirius avec fureur de l'autre côté de la table.
- Il n'y avait aucune raison de le faire. Le fait que ton Animagus soit un chien m'a beaucoup aidé. Même si le faire trop languir n'est pas la meilleure des idées.
Il y a un drôle de silence durant lequel Sirius perd toute couleur.
- Donc tu m'apprends que tu vas me tromper avec Tu-Sais-Qui prochainement devant tout l'Ordre, et tout ce que tu trouves pour te justifier est que le faire attendre « n'est pas la meilleure des idées » ? Demande-t-il d'un ton de rage contenu.
- Sirius, je réplique d'une voix polaire, l'espionnage pour les femmes a toujours demandé le sacrifice de leur corps. C'est dégueulasse, mais malheureusement c'est comme ça.
- Ma petite amie va faire la pute et je suis censé ne rien dire ! C'est ça ?
Son hurlement est intense, mais je l'entends de très loin. Je perçois à peine Severus qui lui intime de retirer ses paroles.
Je me lève, et je quitte Square Grimmaurd.
Direction le Manoir des Ténèbres.
Après être passée aux cuisines prendre une bouteille de vin des elfes et deux verres, je fais irruption dans les appartements de Tom sans me faire annoncer.
- Que fais-tu ici, Maya ? Demande-t-il suspicieux.
- Je viens fêter avec toi le passage à la nouvelle année, je réponds d'un ton enjôleur.
Il a brièvement une expression de surprise.
- Et que me vaut cet honneur ?
- Et bien, Lucius organise toujours une réception mondaine en cette occasion, mais je n'avais pas envie de faire des ronds de jambes ce soir.
- Tu n'avais pas un petit ami aux dernières nouvelles ?
- C'est un connard qui peut aller se faire foutre, je réplique d'un ton dure.
- Je vois.
Tom s'approche de moi et me prend la bouteille des mains pour l'ouvrir.
Lorsque nous trinquons, Tom déclare
- A Sirius Black, parfait connard de son état, et à la nouvelle année qui rapproche le début de mon règne.
Lorsque je me réveille au petit matin, nue, dans le lit de Tom, une vague de culpabilité m'envahit. Je me suis comportée comme la pire des connasses, et en plus j'ai pris mon pied.
Je m'extirpe du lit, Tom dormant encore à côté de moi. Pas vraiment sûre de savoir si je dois partir comme une voleuse, ou prévenir Tom que je m'en vais, je commence à regrouper mes affaires pour m'habiller.
- Tu t'en vas ?
Je sursaute légèrement.
- Désolée de t'avoir réveillé. Oui, je m'en vais. C'est le dernier jour des vacances et j'ai mes affaires à préparer.
Il n'insiste pas et se lève lui aussi.
Après quelques minutes, je suis prête et je me faufile dans mes appartements au Manoir Malfoy pour prendre une douche afin de retirer l'odeur de Tom de ma peau. J'utilise tout un tas de gel douche aux senteurs puissantes, puis je rajoute même du parfum très cher dans mes cheveux afin de bien camoufler les restes de la nuit dernière.
Mais la culpabilité me ronge et ça aucun artifice n'arrivera à le cacher.
Je fais ma malle pour Poudlard, puis je me rends une dernière fois au Square Grimmaurd, la mort dans l'âme.
Quand je franchis la porte, je remarque enfin l'heure qu'il est : midi et demi. Toute la maisonnée doit être à table.
La porte claque derrière moi, et quelques millisecondes plus tard, un Sirius à moitié paniqué se rue sur moi et me sert dans ses bras.
- Où tu étais ? Je me suis inquiété ! Je suis tellement désolé, je suis un triple idiot ! Tu devrais me haïr. D'ailleurs tu me hais sans doute. Je suis tellement désolé. Mais tu étais passée où ? Tu n'étais pas à la réception des Malfoy ! Et c'est quoi cette odeur ? Tu as renversé une bouteille de parfum ou quoi ?
Je lui adresse un sourire fatigué en me décollant de lui, ce qui a le mérite de le faire cesser de jacasser.
- J'étais du côté moldu Sirius. Je me suis bourrée la gueule dans un bar, puis j'ai rejoins un groupe d'étudiants qui faisait la fête et nous somme allés en boîte. Je sentais tellement la sueur et la clope que même après deux douches je n'arrivais pas à enlever l'odeur. Du coup, vu que j'étais toujours bourrée, je me suis mis plein de parfum. Puis, j'ai avaler une potion de sobriété, et je me suis rendue compte que c'était pas la meilleure chose à faire.
Il me ressert dans ses bras.
- Je suis désolé pour ce que j'ai dit hier, j'étais en colère, mais je ne le pensais pas.
Maintenant tu aurais toutes les raisons de le penser, je réplique dans ma tête mais je me tais.
J'aperçois à l'autre bout du couloir que le reste de la maisonnée nous observe aussi discrètement que le peuvent un troupeau de Gryffondors. C'est à dire avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de poteries chinoises.
Pourquoi chinoises ? Aucune idée.
Sirius m'embarque dans sa chambre, et nous finissons tous les deux notre nuit, blottis l'un contre l'autre.
Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée-Rentrée
- Vous n'essayez même pas Potter !
La voix claque dans la salle de Potions, tandis que Harry se relève péniblement.
- Bien sûr que si j'essaye ! Rétorque Harry
- Ce n'est pourtant pas bien compliqué ! Videz votre esprit !
Severus lève sa baguette à nouveau et lance
- Legilimens !
Quelques secondes se passent, les deux protagonistes ont le visage fermé, puis tout à coup, Severus halète brusquement de douleur.
Harry cligne plusieurs fois des yeux.
- Avez-vous fait exprès de me lancer un Sortilège Cuisant, Potter ? Demande Sev' d'une voix dangereuse.
- Non, bien sûr que non !
Ce n'était pas la bonne réponse.
- C'est bien ce que je pensais, fait Severus d'une voix méprisante. Vous m'avez laissé entrer trop loin et vous avez perdu le contrôle.
Il y a un moment de silence, pendant lequel je me désintéresse de la scène, et reporte mon attention sur le cadeau de Noël de Lucius. Une dague en argent finement ouvragée, dont la garde et la poignée sont serties de pierres précieuses. Ensorcelée, bien évidemment, à la Magie Noire. Une blessure anodine de cette lame, et après quelques heures, vous prenez votre prochain repas en enfer.
- A qui était le chien ? Demande Severus de sa voix la plus neutre possible.
- A ma Tante Marge, répond Harry.
Je n'ai aucune idée de ce dont ils parlent, mais ce doit être un souvenir de Harry. Impliquant un chien.
- Pour des premiers essais, ce n'est pas aussi lamentable qu'on aurait pu le craindre, reprend Severus. Vous avez fini par réussir à me bloquer, bien que vous ayez tendance à perdre du temps et de l'énergie. Vous devez rester concentré. Repoussez-moi avec votre cerveau.
- J'essaye, dit Harry avec colère, mais vous ne m'expliquez pas comment faire !
- Sur un autre ton Potter ! S'exclame Severus. Fermez les yeux, videz votre esprit, débarrassez-vous de toute émotion.
Même moi, à quelques mètres de la scène, j'arrive à voir que Harry ne parvient pas à se vider la tête. Il est trop en colère, et vu comment il frotte sa cicatrice toutes les trente secondes, elle doit lui faire mal.
- Vous n'y parvenez pas Potter, siffle Severus qui laisse lui aussi la colère le gagner. Vous avez besoin d'une plus grande discipline. Concentrez-vous !
- Stop !
Ma voix semble raisonner dans l'ancien cachot, et la colère de Harry et Severus se tourne vers moi.
- Je vais prendre le relais, j'annonce d'une voix ferme.
Si Severus me foudroie du regard, il ne dit rien. Il sait que c'est la meilleure chose à faire.
J'attrape une chaise et je fais signe à Harry d'en faire autant.
- Tu te souviens l'année dernière, quand nous travaillions avec Ron et Hermione, tu n'arrivais pas à apprendre le Sortilège d'Attraction ? Et que je n'arrivais à rien avec la Métamorphose ?
Harry hoche la tête.
- Qu'est-ce que nous avons fait ?
- Tu nous as proposé de faire une pause, tente Harry en essayant de se remémorer l'instant.
- Je vous ai proposé quelques instants de relaxation. Et c'est exactement ce que nous allons faire. Sev' ? Tu peux nous métamorphoser quelque chose en tapis ? Moelleux de préférence.
Il lève les yeux au ciel, mais s'exécute.
Je fais allonger Harry au sol et lui intime de fermer les yeux.
- Tu es installé au sol. Prends quelques instants pour être sûr d'être confortablement allongé. Ferme les yeux et ressens chaque point d'appui sur le tapis. Ta tête bien soutenue, ton cou qui n'a plus besoin de porter quoique ce soit, tes épaules qui doucement s'abaisse, ton dos bien à plat sur le sol, tes bras ni tendus ni pliés, tes mains, paumes vers le ciel, les doigts relâchés, tes jambes qui s'étirent et se relâchent. Ressens ta mâchoire qui se décrispe, tes sourcils qui se défroncent, tes joues qui s'étalent, ton front qui se déride. Ta respiration est calme. Chaque inspiration apporte de l'énergie de la terre. Chaque expiration t'ancre un peu plus dans le sol. Tout ton corps est lourd. Tu n'as plus aucun souci. Juste ta respiration. Inspire, expire. Inspire, expire...
Je continue de parler pendant encore quelques minutes, jusqu'à ce que la détente soit clairement visible sur les traits de Harry. Puis, après un moment assez long :
- Tu es maintenant parfaitement à l'aise. Ton esprit est nettoyé. Tu reprends doucement conscience du monde qui t'entoure, le froid de l'air, la dureté du sol, l'âpreté du tapis. Tu reprends doucement conscience de ton corps. Fais bouger légèrement tes membres, ouvre les yeux, respire profondément, étire-toi, prends ton temps. Quand tu penses que tu es suffisamment alerte, tu te lèveras.
Harry bâille, s'étire, papillonne des yeux, comme s'il venait de se réveiller. Après encore un petit moment, il se lève et fait face à Severus, appuyé contre une table.
- Pouvons-nous reprendre Potter ? Demande-t-il d'une voix très neutre.
Silencieusement, je me dis que Harry n'était pas le seul à avoir besoin de se vider l'esprit. Harry acquiesce et les deux hommes se font face une nouvelle fois.
- Legilimens !
Cette fois encore, la concentration se lit sur les deux visages, mais, ils reviennent à eux assez vite et sans se crier dessus.
- Beaucoup mieux Potter, lâche Severus.
Harry a un petit sourire victorieux. C'est probablement le plus beau compliment que Severus ait pu lui dire dans toute sa scolarité.
- Il faudra revoir votre méthode de diversion, me lancer des souvenirs en pâture n'est pas une mauvaise idée, cependant je doute que cela suffise pour arrêter le Seigneur des Ténèbres. Il va falloir vous ériger un mur mental. Mais j'ai une petite idée de comment procéder dans les prochains cours. Vous pouvez partir.
Sans se faire prier, Harry attrape son sac et sort de la salle sans demander son reste.
- Je te sers un verre Maya ?
- Volontiers.
- J'aurais du me douter que ce gamin n'allait rien piger à mes consignes, et qu'il faudrait lui pré-mâcher le travail.
- Tu sais Sev', je dis alors que nous entrons dans son Salon. Ce n'est pas parce que toi tu es doué dans une discipline que tout le monde doit l'être aussi.
- Ce n'est pourtant pas bien compliqué ! S'énerve Severus.
- Si ça l'est . Si je n'étais pas immunisée contre la Legilimencie, je ne pense pas que j'aurais pu être douée à ce petit jeu.
- Il suffit d'un peu de discipline mentale.
- Que je n'ai absolument pas. Tu sais bien comment je me laisse déborder par mes sentiments. Je veux dire que Harry non plus n'a aucun contrôle sur ses sentiments. Il fait comme la plupart des gens. Il se contente de ressentir.
- Il devra faire plus que ça. Le Seigneur des Ténèbres s'est récemment rendu compte du lien mental qu'il avait avec Potter. Je dois lui annoncer cela la prochaine fois qu'il viendra prendre un cours d'Occlumancie, Mercredi.
- Tom ne m'a rien dit.
- En ce moment, tu n'est pas vraiment dans les petits parchemins du Seigneur des Ténèbres.
Sans un mot de plus, Sev' me tend un verre.
- Tu as dis à Tom que j'étais avec Sirius, je lâche après quelques instants de silence.
- Oui. C'était la seule chose à faire. J'avais discuté de cette éventualité avec le Professeur Dumbledore, et nous avions convenu que si le Seigneur des Ténèbres s'intéressait trop à ta situation amoureuse, je lui donnerai l'information.
- Et vous n'avez pas jugé bon de m'en parler ?
- L'effet de surprise aurait été gâché, fait-il avec un sourire.
- Je vois. Heureusement que j'ai réussi à lui faire croire que ce n'était pas sérieux de mon côté.
- Tu sais qu'il est venu me voir quand vous vous êtes disputés ?
Je suis un peu confuse.
- Tom ?
- Non, ton clébard. Il est venu me voir juste après la réunion de laquelle tu es partie en claquant la porte. Il voulait savoir où tu étais pour s'excuser. Pour un peu j'aurais eu pitié de lui, il était vraiment dépité et triste. Oui, c'est ça, triste de t'avoir mise en colère.
Je remue sur mon fauteuil.
- Mais apparemment, tu t'es empressée d'aller visiter les bars et les boîtes de nuit, si j'ai bien compris. Tu as tenté d'oublier la dispute au fond d'un verre de Whisky ou douze ?
- C'est ce que je lui ai dis, en tout cas.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Me questionne Sev' intrigué. Tu as menti à ton cher et tendre ?
- Si tu veux tout savoir, oui, je lui ai menti.
- Et pour quelle raison, si je puis me permettre.
- Je ne suis pas fière de moi sur ce coup là. J'étais trop en colère contre lui, j'ai pas vraiment réfléchie à ce que je faisais.
La mâchoire de Severus se contracte d'un coup, comme s'il anticipait une attaque physique.
J'avale une longue gorgée du liquide ambré dans mon verre, puis je souffle
- Je l'ai trompé, Sev'. Avec Tom.
J'ai envie de vomir. Je n'aurais pas du boire après tout.
- Nous savions tout les deux qu'un jour il faudrait en arriver là, dit calmement Severus.
- Non ! Pas comme ça ! Pas sur un coup de colère idiot ! C'était stupide de ma part. Maintenant, je ne pourrais plus le repousser.
- Bien sûr que si. Il faudra juste trouver d'autres arguments. Ce n'est pas ce qui m'inquiète le plus.
- La réaction de Sirius ?
- Cet idiot est capable de faire une grosse connerie si il vient à l'apprendre.
Je souris. Sev' est rarement vulgaire.
- D'autant qu'il risque de s'en vouloir à lui-même autant qu'à toi. Ce serait regrettable.
- Qu'il s'en veuille à lui ou qu'il m'en veuille à moi ? Je ne peux m'empêcher de demander même si je connais déjà la réponse.
- Sérieusement, Maya. Tu es dans une situation dangereuse vis-à-vis du Seigneur des Ténèbres. Black sera un triple abruti quand il t'en voudra à toi d'avoir essayé d'arranger les choses.
- C'est beau de voir que tu ne doutes pas une seule seconde que mon petit ami va se fourvoyer dans une jalousie dangereuse et inefficace.
- Je devrais demander à être Professeur de Divination finalement.
- Tu te retrouverai vite au chômage. Je te rappelle que ce cours est une option facultative. Plus personne ne voudra l'apprendre.
- C'est beau de voir que tu ne doutes pas une seule seconde de mon incapacité à enseigner.
- Tes méthodes d'enseignement relèvent plus du conditionnement pavlovien que de la pédagogie.
Nous nous sourions. Parler à Severus de mes conneries à allégé le poids de la culpabilité et mes nausées sont parties. Et puis, Sev' a cette capacité de parler de choses affreuses sans s'émouvoir, et de passer à un autre sujet sans me laisser le temps de m'émouvoir.
- J'ai également un message pour toi de la part du Seigneur des Ténèbres, m'annonce Severus d'une voix lente. Lucius a découvert qui était à l'origine de l'envoi des Détraqueurs contre Potter cet été. La personne a été contacté et a accepté de donner des informations à un Mangemort référent. Il s'agit d'Ombrage.
- Étonnamment cela ne me surprend pas, j'ironise. Je suppose qu'elle donne rapport à Lucius ?
Sev' hoche la tête.
- Je peux dormir là ?
- En quel honneur ? Tu n'as bu qu'un verre.
- Je n'ai pas envie de croiser le Trio d'Or. J'aime pas vraiment le regard d'Hermione en ce moment. Cette gamine est bien trop intelligente pour son âge. J'ai du avoir un moment de faiblesse et laisser la culpabilité se lire sur mon visage. Elle ne loupe rien, c'est flippant.
- D'accord, tu peux dormir ici, à condition que tu te métamorphoses toi-même un lit.
Je grimace.
- Tu es cruel.
- Mets-toi à la page. Tous les élèves sont d'accord sur ce point.
Lendemain-Lendemain-Lendemain-Lendemain-Lendemain-Lendemain-Lendemain-Lendemain
Finalement Severus a eut pitié de moi, et a transfiguré un lit plus confortable que ce que j'avais réussi à faire apparaître. McGonagall n'aurait pas été fière de moi. Je m'assois à la table de Gryffondor, la tête encore dans le fondement, (? ce qui veut dire ? ) quand j'entends des étranglements autour de moi.
- Keskipasse ?
- Une évasion massive d'Azkaban, me répond Hermione qui a appris à décoder mes gargarismes du matin.
- Pardon ?
La nouvelle me réveille aussi sec.
- Qui ? Je demande.
- Antonin Dolohov. Augustus Rookwood. Bellatrix Lestrange. Rodolphus Lestrange. Rabastan Lestrange. Quelques autres. Dix en tout.
Dix Mangemorts dans la nature. Dont la famille Lestrange. C'est Sirius qui va être content que sa cousine soit enfin sortie de prison.
- Tu les connais ? Me demande Ron la bouche pleine.
Toujours autant de tact le Weasley. Je lui décoche un regard noir. Il n'est pas bien de parler de ça à table.
Heureusement, tout le monde est occupé à commenter la Une de la Gazette pour porter attention à Ron et sa bouche toujours pleine.
- Ce n'est pas le moment, le gronde Hermione.
- En tout cas, ça explique ton éclat de rire d'hier soir, fait Ron à Harry.
- Quel éclat de rire ? Je demande
- J'ai ressenti un fort sentiment de satisfaction, dit Harry. Ça venait de Voldemort et apparemment je me suis mis à rire.
- C'était plutôt terrifiant, commenta Hermione en tournant une page de la Gazette. Oh, non !
- Quoi ? Demandent en cœur les garçons.
- Tenez, lisez.
Elle leur tend le journal.
Mort tragique d'un employé du Ministère de la Magie.
Un certain Broderick Moroz aurait trouvé la mort à Sainte Mangouste, étranglé par un Filet du Diable qu'une Guérisseuse aurait prit pour une plante verte.
- Moroz, ça me dit quelque chose, fait Ron pensif.
- On l'a vu à Sainte Mangouste, répond Hermione. Il était dans le lit en face de Lockart.
Je me désintéresse de la conversation où Hermione essaye de faire comprendre aux garçons qu'il s'agit d'un meurtre sans attirer l'attention et je me tourne vers l'endroit où était assis Neville. La place est vide.
Je finis par le trouver devant la Salle de Sortilèges où a lieu notre prochain cours … dans plus d'une demi heure.
Je m'assois sans un mot près de lui.
Il reste prostré et silencieux quelques minutes, puis soudain, éclate en sanglots. Je le prends dans mes bras aussi doucement que je le peux et le laisse pleurer tout son saoule.
Quand il a fini d'utiliser mon épaule comme gouttière, il se relève, s'essuie le visage et reprend contenance. Je lui souris.
- Merci, fait-il.
- Pour ma part, il ne s'est rien passé, je dis afin qu'il sache que je n'irai rien répéter.
- Merci tout de même.
Le soir même, je me tiens debout à côté de Dolorès Ombrage devant les membres de la toute nouvelle Brigade Inquisitoriale. Ceux-ci ont chacun leur badge fièrement épinglé sur leur poitrine.
- Bienvenue à tous, et félicitations pour votre montée en garde dans la hiérarchie des élèves de Poudlard, commence Ombrage. Votre nouveau statut vous octroie des droits et des devoirs supérieurs à ceux des Préfets. Je sais que vous en ferez bon usage. Votre mission est désormais de m'aider dans la lutte contre la médiocrité dans cette École, afin de débarrasser Poudlard de ceux qui lui nuisent. Mais vous connaissez déjà les objectifs de la Brigade Inquisitoriale. Vous serez sous les ordres directs de Miss Malfoy, ou à l'occasion si celle-ci n'est pas disponible, de Monsieur Rusard. Miss Malfoy et Monsieur Rusard me rendent compte directement, et des bilans personnels seront faits chaque mois afin que chacun d'entre vous puisse utiliser ses capacités à son maximum. Miss Malfoy a d'ors et déjà établi un planning et va vous exposer les détails techniques. Miss.
- Merci, Madame la Grande Inquisitrice. La Brigade a pour mission principale d'aider les Professeurs pendant leurs rondes, que ce soit pendant les récréations, ou après le couvre-feu. Les membres de la Brigade en service devront se déplacer par groupes de deux ou trois. Jamais seul, pour des raisons de sécurité. J'ai établi un planning préliminaire en tenant compte des activités extra-scolaires de chacun, ainsi que de vos affinités, mais pour tester un maximum de combinaisons, il y aura un roulement dans les équipes. Vous connaîtrez vos groupes définitifs dans un mois, après le premier bilan de compétences. Je veux un rapport d'activité chaque jour, par oral. Des horaires seront indiquées sur vos plannings pour cela. De plus, si une situation vous semble importante à reporter, venez me voir immédiatement. Si vous ne me trouvez pas, allez voir Monsieur Rusard, ou en cas d'extrême urgence, la Grande Inquisitrice elle-même. Notez bien que vos nouvelles fonctions ne vous donnent pas le droit de brimer certains élèves, ni une Maison en particulier. Si il s'avère qu'un élève en particulier est souvent puni par la Brigade, chaque retrait de point devra être motivé dans les rapports de façon détaillée et précise. Nous ne sommes pas les tyrans de Poudlard. Nous sommes sa police. Des questions ?
Les Serpentards en face de moi ne sont pas dupes. Ils savent qu'il y aura un contre-briefing un peu plus tard dans la soirée pour leur expliquer comment passer outre les décisions d'Ombrage. Mais les limites doivent être claires, pour eux, comme pour elle. Je ne compte pas m'aliéner la totalité de l'École.
Je distribue les plannings, puis je suis Ombrage dans la Salle des Professeurs.
- Chers collègues, minaude le Chamallow géant, je ne serais pas longue. Je vous ai rassemblé ce soir pour vous informer d'une décision importante.
Je me tiens droite, exactement comme Lucius me l'a appris, derrière Ombrage.
- J'ai décidé de créer une Brigade Inquisitoriale pour m'assister dans ma démarche de purification, annonce la sucrerie.
L'émoi dans la Salle des Profs est palpable. Seul Severus ne semble rien ressentir.
- Miss Malfoy, ici présente est en quelque sorte la Capitaine de cette Brigade qui aura pour objectif de nous assister, nous l'équipe pédagogique, dans notre mission de maintient de l'Ordre. Les Membres de cette Brigade, dont voici la liste, pourront enlever des points et mettre en retenue les élèves contrevenants. Ils ne répondent qu'à Miss Malfoy et moi-même. Leur planning sera afficher dans cette Salle afin de vous permettre de faire appel à eux si vous en sentez le besoin. Je vous remercie de votre attention.
Je sens les regards peu aimables de mes Professeurs sur ma nuque, lorsque je tourne le dos pour sortir de la salle. Je viens de m'aliéner le Staff de Poudlard. Ça commence bien.
Les Jours Passent-Les Jours Passent-Les Jours Passent-Les Jours Passent-Les Jours Passent
Entre les cours d'Occlumancie de Harry et la Brigade Inquisitoriale, j'ai de moins en moins de temps libre, et mes relations avec les autres Gryffondors en pâtissent. Mes camarades de Maison ont pris comme une trahison que je dirige un groupe de Serpentards dont le but avouer est de soutenir une femme qui les brime depuis le début de l'année. Je les comprends. Et d'une certaine manière, ce n'est peut-être pas plus mal. Il m'est plus facile de mettre Ombrage dans ma poche dans cette situation. Le Trio D'Or évite tout contact public avec moi depuis quelques temps déjà, donc pas beaucoup de changements, mais désormais, il n'y a plus que Neville qui accepte de me parler.
Brave Neville. Une loyauté sans faille, mais dévoré par une haine atroce. Je sais qu'il se donne beaucoup de mal pendant les cours de Défense clandestins afin de progresser. Et franchement, cela commence à se voir. Il fait beaucoup moins de maladresse, et même les Potions semblent moins dures pour lui. Ce n'est toujours pas sa matière préférée, loin s'en faut, mais il n'a pas fait exploser de chaudrons depuis quelques temps, et ses notes théoriques sont à la hausse. Il est passé de T à P.
Quant aux cours d'Occlumancie, ils sont au point mort. Après plus de deux semaines, Harry n'a plus besoin que d'un quart d'heure de relaxation avant le cours pour se vider l'esprit. Mais il n'arrive pas à bloquer les attaques mentales de Severus, juste à l'envoyer sur des souvenirs de moindre importance. Cela le frustre, bien entendu, d'autant que chaque soir, après ce cours « optionnel » il rêve du couloir du Département des Mystères au Ministère de la Magie.
J'ignore quel est le but de Tom, mais il est évident que ces visions ne sont pas accidentelles.
- Je pense que j'ai une idée pour faire progresser Potter, me dit Sev' juste avant le cours d'aujourd'hui. Pendant la relaxation, essaye de lui imposer l'idée d'un mur mental. Quitte à ce que la détente dure plus longtemps.
Aussitôt dit, aussitôt fait, j'expose la suggestion de Severus à Harry. Puis après plus d'une demi-heure de décontraction, le cours en lui-même commence.
- Enfin du progrès ! S'exclame Severus en sortant de l'esprit de Harry après quelques secondes.
Harry ne semble pas convaincu.
- C'était fragile, presque inexistant, mais c'était là Potter. Vous en êtes-vous rendu compte ?
- Je crois, oui. Mais ce n'était pas un mur. C'était plutôt … une vitre.
- Certes, mais cela restait un obstacle. Il va falloir que cette vitre devienne une muraille infranchissable. Ça demandera du temps, mais je pense que vous pouvez y arriver. Après tout, vous avez été capable de conjurer un Patronus Corporel à l'âge de treize ans, et ce type de magie n'est pas très éloignée de l'Occlumancie.
- Comment ça ? Demande Harry intéressé.
- C'est ce qu'on pourrait qualifier de Magie Mentale. Le Patronus se nourrit de vos plus heureux souvenirs et de votre volonté pour créer une protection. L'Occlumancie puise aussi sa puissance dans les souvenirs et dans la volonté pour barricader l'esprit de l'Occlumens. Dans un cas, il s'agit de la protection de l'âme et du corps, dans l'autre de la protection de l'esprit.
- L'âme et l'esprit, ce n'est pas la même chose ?
- Ils sont intrinsèquement liées, mais l'un ne peut survivre sans l'autre. L'esprit de nourrit de l'âme et l'âme de l'esprit. C'est un cercle vertueux. Je ne m'attarderai pas ce soir sur les différences et les points communs entre ces deux entités d'une personne, parce que même les plus éminents Philomages n'y sont pas parvenus. Mais si vous souhaitez vous renseigner sur la question Potter, je vous conseille les livres de Babelicot, pour l'aspect magique de la question, mais les philosophes moldus se sont également penchés sur le problème. Lisez donc Descartes, même si certaines choses peuvent être portées à caution, cela me semble un bon début pour des pistes de réflexion.
Finalement, je retire ce que j'ai dis. Severus peut être un bon Professeur.
A partir de ce moment, les cours d'Occlumancie semblent se passer beaucoup mieux, même si Harry ne semble toujours pas en mesure de bloquer les rêves que lui transmet Tom.
- Ce ne sont pas des visions, dit Harry un soir après une bonne séance de travail. Ce n'est pas réel. Mais ça reste frustrant pour moi comme pour lui.
Severus hausse un sourcil.
- Que voulez-vous dire Potter ?
- Quand il m'envoie ce rêve, il est frustré parce qu'il n'arrive pas à atteindre ce qu'il y a derrière cette fichue porte. Et moi, je suis frustré parce que je ne sais pas de quoi il s'agit et je sais que c'est important.
- Malgré tout, vous dites que ce n'est pas réel ?
- Non, quand je rêve que je suis dans ce couloir, ni lui ni moi n'y sommes. Ce n'est donc pas une vision.
- Comment appelez-vous cela alors ?
- Je ne sais pas trop. Ce n'est pas non plus un rêve. C'est une sorte … d'illusion.
- Vous êtes capable de discerner la différence entre vision et illusion ?
- Peut être pas tout le temps, mais je sais que je progresse. Ma cicatrice me fait moins mal, c'est forcément un signe encourageant ? Non ?
Je saute du bureau où je m'étais assise.
- Bon, je vous laisse, ma ronde commence dans dix minutes, et je dois débriefer Dorothy et Trent. M'est avis que nous allons avoir un nouveau couple avant la fin de l'année.
Les rondes sont plutôt monotones. Dès que les élèves ont compris qu'ils auraient des ennuis à croiser la route de la Brigade, ils se sont mis à nous fuirent comme la peste. Grand bien leur en fasse. Cela dit, j'arrive petit à petit à contrôler mes petits miliciens. J'avais prévu de patrouiller souvent avec Drago pour passer un peu de temps avec lui, mais finalement, c'est avec Pansy que je passe le plus de temps. Celle-ci ne dit trop rien, mais je sais que quelque chose la dérange. J'arriverai bien à la faire parler à un moment donné. Pendant les débriefings individuels, je passe beaucoup de temps à discuter avec chacun d'entre eux. Sur leurs visions de l'avenir, leurs rêves, leurs espoirs, leurs idéaux. Pas à pas, j'arrive à leur faire comprendre que tant qu'ils seront à Poudlard, ils seront protégés. Graham et Carver sont des causes perdues, même si cela ne veut pas dire grand chose, mais les Cinquièmes et Sixièmes Années sont plutôt réceptifs à mes discours.
Severus me coache bien sûr. Il veut que je me place comme l'alternative. Ne pas prendre la Marque mais ne pas combattre Tom. Cela ne me plaît pas vraiment. Je ne suis pas un modèle. Mais Severus insiste, parce que je suis d'une certaine manière, un exemple pour eux. Selon lui.
En cours, les Profs semblent m'en vouloir à mort. Je me prends une avalanche de mauvaises notes, sauf en Défense Contre les Forces du Mal, et en Potions. Cela ne m'atteint pas particulièrement, cette année, seules les notes des BUSEs comptent. Mais c'est assez pesant.
Les Décrets d'Éducation s'enchaînent, tous plus stupides les uns que les autres. Deux Professeurs sont mis à l'essai : Trelawney, qui enseigne la Divination, et Hagrid. Pauvre Hagrid, qui semble avoir le visage en bouillie chaque jour un peu plus. Je ne sais pas ce qu'il fabrique, mais ça l'amoche drôlement. Le Chamallow inspecte chaque cours d'Hagrid et de Trelawney désormais, laissant des directives à Rusard pour surveiller ses propres classes. Comme quoi, même ce Cracmol de Rusard peut faire le boulot à la place de la sucrerie de service, tellement ses cours sont dénués d'intérêts.
Aujourd'hui, il n'y a pas cours, ce sont les vacances. Et accessoirement, c'est la Saint Valentin. Je pousse un gros soupir dans la Salle Commune de Gryffondor. Harry se prépare pour un rendez-vous avec Cho Chang, Neville a prévu de rejoindre un groupe de Poufsouffle avec qui il s'est lié d'amitié pendant les cours de l'A.D. Tout ce beau monde part en sortie à Pré-Au-Lard.
Quelques jours auparavant, une lettre de ma Société a expressément demandé ma présence pour une affaire administrative urgente. Donc, je me fais un plaisir de quitter Poudlard à partir de ce soir jusqu'à demain en fin d'après-midi. Vous aurez bien compris que cette lettre est bidon, et que je vais m'empresser de rejoindre Sirius pour la soirée de Saint Valentin. En attendant, je dois retrouver Drago pour m'aider à patrouiller.
Mon petit frère s'est porté volontaire pour ne pas aller à Pré-Au-Lard, et louper la première sortie de l'année.
- Pourquoi tu n'as pas voulu aller en sortie avec les autres ?
- Ça m'ennuie, soupire-t-il.
- Oh, vraiment ?
- Oui. Le tour est assez vite fait en réalité. Et puis, je voulais passer du temps avec toi. On ne se voit presque plus, malgré qu'on habite dans le même Château.
- C'est vrai, j'admets. Et je n'ai pas arrangé les choses en patrouillant presque exclusivement avec Pansy. Mais elle en avait besoin.
- Je sais. Elle a peur de rentrer chez elle cet été. Son père … fait pression sur elle.
- C'est ce que j'ai cru comprendre, même si elle ne m'en parle pas franchement.
- C'est pour ça que j'ai tenu à te vois aujourd'hui. Je pense que son père veut qu'elle prenne la Marque le plus tôt possible, et ça la terrifie. Je veux dire, elle soutient le Seigneur des Ténèbres et tout ça, mais prendre la Marque, c'est un palier en plus qu'elle n'est pas prête de franchir. Et nous tout ce qu'on peut faire avec les autres, c'est l'écouter et lui apporter notre soutien. Mais toi, tu pourrais faire plus.
- Pas vraiment pour le moment. Le Seigneur des Ténèbres se méfie de moi.
- Et Merlin sait si il a raison, me taquine mon frangin.
- Ce n'est pas drôle Drago, je dis exaspérée. Ce n'est pas seulement moi qui suis en danger, mais toi aussi, Lucius, Narcissa, Severus.
- Tu ne nous entraîneras pas dans ta chute, Maya. Nous t'y suivrons de bon cœur. Je parle pour moi, mais je suis sûr que Severus pense la même chose.
- Et ce serait une énorme bêtise.
- Peut-être.
- Dis-moi Drago. Si tu te retrouvais dans la même situation que Pansy, tu prendrais la Marque ?
- Moi, c'est différent. Père ne m'obligera jamais à prendre la Marque. Il respecte mes envies.
- Il n'y a pas que Lucius qui peut te forcer à faire quelque chose que tu répugnes.
- Tu veux dire, si le Seigneur des Ténèbres me demande d'être marqué ? Est-ce que je serais près à dire non ? Tu es folle, je dirais oui. Je suis prêt à te suivre n'importe où, mais mes propres conneries … non j'assumerai pas.
- Tu as une logique … intéressante, je me moque.
- C'est ça, fous-toi de moi, ronchonne Drago. Mais je reste sur mes positions. Je ne suis pas prêt à mourir parce que j'aurais dit non au Seigneur des Ténèbres pour un stupide tatouage.
- Ce n'est pas un stupide tatouage.
- Je sais, fait sèchement Drago. Mais pour le moment, je préfère me référer à ce truc comme à un stupide tatouage qui n'aura que la conséquence de faire une grosse tâche moche sur mon bras.
- Je vois.
- Ne le prends pas mal, Maya, mais c'est un sujet délicat. Je n'ai que quinze ans. Je ne serai pas marqué avant ma majorité. J'ai le temps de cogiter encore un peu. Et puis, d'ailleurs, peut être que le vieux fou vaincra le Seigneur des Ténèbres cet été. Même si j'en doute fortement. Tu as peut-être le courage de le tromper, mais pas moi. Donc si Il me demande de prendre la Marque, je la prendrai et en plus je lui obéirai aveuglément. Si il y a bien une chose à laquelle je tiens c'est ma vie.
- Mais tu es prêt à la perdre pour moi ?
- Non, j'ai dis que je te suivrai dans ta chute, pas que je me ferai tuer pour toi.
- Et qu'est-ce que tu entends par 'me suivre dans ma chute' ?
- Demander la protection du Vieux Fou. Seulement dans l'hypothèse où le Seigneur des Ténèbres commencerait à vouloir me tuer. Je n'ai aucune envie de fréquenter tous ces gens qui pensent être les gentils.
Nous nous sourions. Je suis un peu rassurée. Drago ne prévoit pas de se faire tuer dans l'immédiat, et je ne pense pas que Tom lui demandera de prendre la Marque avant quelques années, ce qui nous laisse une bonne marge de manœuvre.
Un commentaire acerbe à deux Serdaigles en train de s'embrasser derrière un pilier, et quelques points en moins, nous reprenons notre patrouille.
Le soir arrive enfin. Je passe par la cheminée du bureau de Dumbledore et j'atterris illico dans le salon du 12, Square Grimmaurd. Je pars à la recherche de mon chéri, mais après quelques minutes, je m'aperçois qu'il n'est nul part. Il n'est pas dans sa chambre, pas dans la cuisine, ni dans la bibliothèque. Ni dans le grenier avec Buck, ni dans aucune autre pièce de la maison. Il n'est pas non plus à la cave. Ce qui ne laisse qu'une seule option : il est ailleurs. Merci Captain Obvious. Mais cette lapalissade est en soi très importante. Ailleurs, cela veut dire soit qu'il est sorti, soit qu'il a été capturé. Je commence à stresser à mort quand je me rappelle qu'il y a un autre être vivant ici.
- Kreattur !
- Miss Maya a appelé Kreattur.
- Oui, Kreattur. Peux-tu me dire où est Sirius ?
- Le mauvais Maître est sorti, Miss Maya. Oui, le Mauvais Maître sort de temps en temps faire un tour sous sa forme animale.
- Depuis quand fait-il ça ?
- Depuis que tous les Sang-de-Bourbes et les Traîtres à leur Sang sont partis.
- N'utilise pas ces termes Kreattur. Merci, tu peux partir.
L'Elfe s'évapore presque immédiatement. Alors comme ça Sirius sort à l'insu de tous. Et bien, il va avoir une drôle de surprise quand il va rentrer.
Je prends une chaise dans la cuisine et m'installe dans le Hall d'entrée. Pour ne pas m'ennuyer, je tape la causette à Walburga. De son vivant, cette femme était vraiment acariâtre. En tableau elle est invivable. Je comprends que Sirius ait envie de sortir. Mais c'est très dangereux. Le Ministère est toujours à sa recherche, et en prime il y a aussi un ou deux Mangemorts qui aimeraient bien ramener sa tête à Tom pour prouver sa loyauté. Sa cousine Bellatrix en tête.
Finalement, alors que je commence à vraiment m'inquiéter, la porte d'entrée s'ouvre.
- C'est maintenant qu'il rentre mon fils indigne, fait Walburga de sa voix désagréable.
L'énorme chien noir qui vient de passer la porte penche la tête sur le côté, perplexe. Finalement, Patmol se transforme en Sirius.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Me demande-t-il
- C'est la Saint Valentin aujourd'hui, je lui rappelle avec un ton contenu. Mais je vais te retourner la question, à l'envers. Qu'est-ce que tu ne faisais pas là ?
Pas très français, mais on a compris l'essentiel.
Sirius fait une petite moue et évite mon regard.
- Je me promenais.
- Je vois, je fais d'une voix lente qui n'est pas sans rappeler celle de Severus quand il s'adresse à un élève particulièrement obtus.
- Je n'en peux plus de me retrouver coincé ici. C'est de la torture. Non seulement la maison transpire la magie noire, mais je n'y ai pas beaucoup de bons souvenirs, je te signale.
Je lui fais signe de me suivre dans la cuisine. Autant ne pas profiter des commentaires de Walburga.
- Je comprends Sirius. Vraiment. Mais sortir comme tu le fais, seul, alors que personne n'est au courant … Tu t'imagines tous les scénarios qui me sont passés par la tête quand j'ai vu que tu n'étais pas là ? J'ai failli faire demi-tour et aller prévenir Dumbledore que tu avais disparu, et que tu étais probablement aux mains de Voldemort. Et pour l'amour du ciel ! Ce n'est qu'un nom !
Je finis ma diatribe en criant, si bien qu'à la fin je suis toute essoufflée.
- Oh, j'ai eu peur, je conclus en soufflant.
Et je lui saute dessus. Littéralement.
Il me réceptionne adroitement, et nos bouches s'unissent passionnément. Il me plaque contre le plan de travail et me fait asseoir dessus.
D'un geste précipité, je lui déboutonne sa chemise, faisant sauter au passage quelques boutons.
- Eh ! Proteste-t-il. Je n'ai pas beaucoup de vêtements. Si le peu que j'ai peut rester en bon état, ça m'arrangerait.
- Une bonne occasion pour te mettre à la couture, je réponds avant de le faire taire pour de bon en l'embrassant.
Ses mains passent sous mon T-shirt, effleurant mes flans dans une caresse électrisante. Je frissonne quand il passe juste là, sur un point sensible. Mon T-shirt finit par rejoindre sa chemise, ainsi que mon soutien-gorge, dans un coin de la cuisine. D'un geste expert, il déboutonne mon pantalon et me l'enlève prestement. Avec autorité, il m'allonge sur le plan de travail, tandis que sa bouche vient m'embrasser par dessus mon boxer en dentelle.
Le contact de sa joue mal rasée contre la peau tendre de l'intérieur de ma cuisse m'excite complètement. Enfin, je sens qu'il m'enlève mon dernier sous vêtement. Il fait aller et venir un de ses doigts en moi, tandis que sa langue vient titiller la perle de mon plaisir. Je me perds dans un océan de sensations, gémissant langoureusement sur le plan de travail. Presque soudainement, la jouissance me prend dans une vague plus intense que les autres, et une exclamation de bien-être total passe mes lèvres.
Sans me laisser le temps de me remettre de mes émotions, Sirius me redresse, encore tremblante de l'orgasme qu'il m'a donné. Mes pieds touchent à nouveau le sol, et je me tourne, dos à lui, prenant appui sur le plan de travail. D'un solide coup de rein, il me pénètre. Une de ses mains triture mon sein gauche, et l'autre main est occupée à caresser mon entrejambe. Je sens sa langue dans mon coup, de temps en temps, il me mordille le lobe d'une oreille. Puis soudain, il m'empoigne les hanches à deux mains, ses coups de rein se font plus profond, plus brutaux. J'écarquille les yeux sous la violence du plaisir qui m'assaille. Mes gémissements se transforment en cris. Enfin, dans un dernier effort, il vient en moi.
Avec mille précautions, il m'enlace. En sueur, l'un contre l'autre, haletant, nous tentons de faire ralentir notre rythme cardiaque.
- Je te manquais à ce point ? Je le taquine doucement.
Sirius rit dans mon cou.
- En parlant de manquer à quelqu'un. J'ai donné à Harry un Miroir à Double-Sens enveloppé dans du papier kraft, mais j'ai peur qu'il ait oublié de regarder de quoi il s'agissait et que le paquet soit resté dans sa malle. Si tu pouvais lui rafraîchir la mémoire, ce serait sympa. Comme ça, s'il veut me parler, ce sera plus simple.
Le Dimanche soir arrive bien trop vite à mon goût. Quand je quitte le bureau de Dumbledore, quelqu'un m'attend devant la gargouille. Ombrage.
- Bonsoir, Professeur, je fais poliment.
- Bonsoir, Miss Malfoy. Justement, c'est vous que j'attendais.
- Ah ? Je fais en m'efforçant de ne pas montrer ma nervosité.
Elle me fait signe de la suivre jusqu'à son bureau.
- Où étiez-vous aujourd'hui, me demande-t-elle sans préambule.
- Comme je vous en ai fait part il y a quelques jours, des affaires urgentes pour ma compagnie nécessitaient que je sois présente.
- Oui, c'est le joli mensonge que vous m'avez sorti en effet. Or, je sais qu'il n'en est rien. J'ai contacté le siège de votre entreprise dans l'après-midi et vous n'y étiez pas. D'ailleurs, il ne vous ont pas vu depuis les vacances de Noël.
Mon cerveau réfléchit à tout allure.
- C'est vrai, j'admets. C'était un mensonge.
Réfléchis, Réfléchis !
- Et où étiez-vous alors ? Me demande Ombrage. Avec la duplicité de Dumbledore ?
- J'admets vous avoir menti. Mais pas Dumbledore. Je lui ai dit exactement la même chose qu'à vous. En vérité, je suis partie rencontrer … quelqu'un.
- Quelqu'un ? Et vous pensez vraiment que je vais me contenter de cela, Miss ?
- Je ne sais pas si j'ai le droit de vous le dire, je lui dis sur le ton de la confidence.
Ombrage fronce les sourcils.
- Que voulez-vous dire ?
- Je sais que vous entretenez une correspondance avec Lucius. Et je sais à quel sujet.
Ombrage devient un peu blanche.
- Que la Grande Inquisitrice entretienne une correspondance avec l'un des membres les plus éminents du Conseil d'Administration, cela n'a rien de particulier.
- Oui, c'est pour cela que le Seigneur des Ténèbres a tenu à ce que Lucius soit votre référent.
Cette fois Ombrage pâlie franchement, et déglutie péniblement.
- On ne va pas se mentir Dolorès, je fais de mon air le plus cruel. Je suis autant la fille de Lucius que vous êtes la meilleure amie de Dumbledore. Il se trouve que parfois, le Seigneur des Ténèbres en personne m'appelle à ses côtés. L'histoire de ma société est un subterfuge pour tromper Dumbledore.
- Pourquoi ne m'avoir rien dit dans ce cas, si vous saviez que je suis en contact avec Lucius Malfoy ?
- Parce que je n'en ai pas reçu l'autorisation. Je vous le dis ce soir, parce que d'une part, le Seigneur des Ténèbres veut vous mettre dans la confidence, et d'autre part, si je ne vous l'avez pas dit, vous auriez remué ciel et terre pour avoir votre réponse. Au risque de mettre la puce à l'oreille de Dumbledore.
- Qui ici est au courant de la véritable raison de vos sorties ?
- Severus Snape, mais pas tout le temps. Vous comprenez, le Seigneur des Ténèbres n'aime pas mettre tous ces œufs dans le même chaudron.
- Je comprends, je comprends, minaude le Chamallow.
Les jours suivants furent très étranges. Hermione arbore un air satisfait dès qu'elle passe la porte de la Salle Commune. Harry a l'air plutôt sombre, et des bruits de couloir disent qu'il a rompu avec Cho Chang. Le pire, c'est Ombrage. Elle me cire les chaussures à tout va, même en public. Que je sois en contact direct avec Voldemort a eu un effet inattendu sur elle. Son sourire est plus hypocrite que jamais, elle me demande mon avis sur tout et n'importe quoi (surtout sur n'importe quoi). Le seul point positif, est qu'elle me laisse le champ presque totalement libre pour mener la Brigade Inquisitoriale. Et les membres s'en sont vite aperçus. De fait, je suis devenue leur seul référent, et même les plus retors d'entre eux me font de plus en plus confiance.
En parallèle, j'en paye le prix pendant les cours. Les Professeurs semblent unanimement m'en vouloir de pactiser avec le Diable en rose. Et comme ils ne veulent pas pénaliser la Maison Gryffondor dans son ensemble, ils se sont mis, dans ce qui semblerait être un accord commun, à m'ignorer avec le plus de mépris possible.
Grand bien leur fasse, si cela peut les soulager.
Le problème, c'est que les élèves semblent vouloir en faire autant. J'ai conseillé à Neville de rester moins souvent avec moi, pour qu'il ne soit pas ostracisé à Gryffondor. De mauvaise grâce, il m'écoute, mais il fait en sorte de toujours s'asseoir à côté de moi en cours. Entre ça et le match contre Poufsouffle que les Gryffondors ont perdu, l'ambiance n'est pas au beau fixe.
Enfin, je m'arrange pour que les patrouilles ne tournent pas trop autour de la Salle sur Demande, surtout pendant les réunions de l'A.D. J'ai mis Drago dans la confidence, arguant que plus il y aurait d'élèves qui pratiquent la magie, plus les risques d'explosions de frustration magique (en forme de bagarres) seraient faibles. Et puis, si ça permet de faire tourner la Fraise Tagada en bourrique, raison de plus.
Tout allait pour le mieux dans le moins pire monde possible, quand un matin, il y eut du remue-ménage du côté des Gryffondors. Harry est harcelé par des hiboux. Ils y en a des dizaines qui volettent autour de lui, attendant de pouvoir lui transmettre un courrier.
De la table de Serpentard, j'observe la scène, interloquée.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demande Théo en laissant le livre qu'il était en train de lire.
- Aucune idée, répond Blaise. Depuis quand Potter reçoit du courrier de ses fans.
- Je ne sais pas, je fais. Ça a peut être un rapport avec la mine victorieuse d'Hermione ces jours-ci.
Un hibou se pose devant Millicent et tend une patte.
- C'est le hibou de mes parents. Mais pourquoi est-ce qu'il m'apporte le Chicaneur ?
Le père de Millicent siège à la Commission d'éthique de la Presse Sorcière Britannique, et apparemment, le Chicaneur de cette semaine vaut le coup d'œil.
Millicent déroule le magasine, et ouvre de grands yeux.
- Regardez ça ! S'exclame-t-elle.
En première page, une photo de Harry qui sourit d'un air timide, et la Une annonce :
HARRY POTTER PARLE ENFIN !
LA VERITE SUR CELUI-DONT-ON-NE-DOIT-PAS-PRONONCER-LE-NOM ET LE RECIT DE LA NUIT OU JE L'AI VU REVENIR
Par réflexe, je jette un coup d'œil à la table des Professeurs. Dumbledore a un air énigmatique qui ferait rougir d'envie la Joconde, pendant qu'Ombrage se tord le cou pour savoir de quoi il s'agit. Severus n'est pas là.
D'autorité, et sans que personne ne le conteste, je prends le magasine pour le feuilleter. Le contenu est familier et je le rends à sa propriétaire.
- Si vous voulez le lire, faites le rapidement, je conseille à la table de Serpentard. Cela ne m'étonnerait pas que dans les heures qui viennent, un nouveau décret interdisant le Chicaneur ne soit créé pour l'occasion.
Pour appuyer mes paroles, je désigne du menton Ombrage qui s'approche dangereusement de la table des Gryffondors.
Du coup, les Serpentards se pressent autour de Millicent qui commence une lecture à voix haute de l'interview.
Dans l'heure, Rusard affiche le décret prophétisé. Et la mission de la Brigade est d'en confisquer tous les exemplaires qui circulent à Poudlard. Mon contre-ordre pour l'occasion est de laisser couler si il n'y a pas de témoins.
- Pourquoi doit-on laisser se diffuser l'information ? Demande Dorothy Moriarty.
- L'information est de toute façon accessible, je réponds calmement. C'est futile de la part d'Ombrage de s'acharner comme ça. Et complètement inutile en plus.
- Ça ne te fait rien que Potter dénonce ton père, le père de Greg, le père de Vincent, le père de Théodore...
- Stop, stop, stop ! Je la coupe avec un sourire. Lucius est déjà en train d'attaquer le Chicaneur pour diffamation, à l'heure qu'il est. Mais tu sais aussi bien que moi, que c'est un secret de polichinelle au Ministère. Le Seigneur des Ténèbres y a déjà un certain nombre de fidèles infiltrés profondément. Ce n'est pas ça qui mettra en danger leur position. Même si je te l'accorde, c'est assez ennuyeux.
- Alors quel est le but ? Pourquoi doit-on se montrer coulant ?
Montague et Warrington semblent se poser la même question, même si à côté de Dorothy, Trent a l'air d'avoir compris.
- Pour la même raison que je vous demande de ne pas faire de zèle. Il ne faut pas s'aliéner Poudlard. Si les élèves décident de se rebeller, notre position fera de nous une cible de choix. Or, il faut éviter cela à tout prix. Et puis, cela m'ennuie de devoir obéir à une vulgaire Secrétaire d'État. J'ai de plus grandes ambitions, pour vous comme pour moi.
L'ambition, ça leur parle un peu plus que le reste, mais le résultat est là. Dorothy ne dit plus rien. Sa main glisse discrètement dans celle de Trent, pendant que je finis le briefing.
Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir-Un Soir
- J'ai rêvé de Lui, hier soir, annonce Harry en guise de bonjour.
- Qu'est ce que vous entendez par là Potter ? Demande Severus toujours aussi aimable.
- En fait, j'étais Lui. Et je ne pense pas qu'il ait fait exprès de m'envoyer cette vision. Il y avait un autre Mangemort, un certain Rookwood. Et il parlait de ce que Voldemort veut récupérer au Département des Mystères.
- Ce n'est pas étonnant, réplique Sev'. Rookwood est un ancien Langue-de-Plomb. Je suis plus intéressé par le fait que le Seigneur des Ténèbres n'était pas conscient de vous envoyer de telles images. Comment pouvez-vous dire ça ?
- Les illusions du couloir du Département des Mystères, je sais qu'il fait exprès de me les envoyer. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment je le sais. Mais là, la connexion était moins subtile, plus brutale, plus angoissante. D'ailleurs, Ron m'a dit que j'avais crié, et ma cicatrice me faisait un mal de chien.
- Je vois, répond simplement Severus.
La séance de travail commence. Après l'habituel demi-heure de relaxation, où j'essaye d'implanter dans l'esprit de Harry, l'image d'un mur mental, Severus et lui se font face.
- C'est mieux que la dernière fois Potter, finit par dire Sev' en sortant de l'esprit de Harry. Maintenant que vous avez réussi à monter un semblant de mur, je vais en tester la solidité. Cela ne sera pas agréable pour vous, et vous allez devoir me repousser. Prêt ? Legilimens !
L'intrusion dans un esprit semble durer longtemps pour les protagonistes, mais pour un observateur extérieur, c'est assez court. Seulement cette fois, cela s'éternise. Le visage de Harry qui jusque là s'était crispé, semble se détendre alors que celui de Severus se contracte violemment.
Presque aussitôt, le garçon et le professeur reviennent à eux.
- Je suis désolé ! S'exclame immédiatement Harry. Je ne sais pas comment j'ai fait ça.
- Ça suffira pour aujourd'hui Potter. Sortez.
La voix de Severus est dangereusement basse, et … lasse ?
- Je suis désolé Professeur ! Je …
- Qu'est-ce que vous n'avez pas compris Potter ! Sortez !
Harry hésite un instant, me lance un regard confus, chope son sac et s'enfuit de la pièce.
- On peut savoir pourquoi tu as congédié le Sauveur du Monde Magique ? Je demande avec ironie.
Severus ne me répond pas, va fouiller dans ses étagères et avale une ou deux potions.
- Mais qu'est-ce qu'il t'as fait ce môme ?
- Il a été plutôt efficace, répond Severus. Il a réussi à me lancer un Protego informulé, même si il ne sait pas vraiment ce qu'il a fait, et il est entré dans mes souvenirs. Ça n'a pas duré longtemps, mais suffisamment pour qu'il aperçoive des bribes de souvenirs. Surtout ceux de ma dernière année à Poudlard.
- Joyeux, donc.
- Excessivement. Je crois qu'il a aperçu l'enterrement de ma mère, et mes vacances à l'Impasse du Tisseur.
- Et donc tu as décidé de le mettre à la porte plutôt que de lui expliquer ce qu'il venait de faire ?
- Si tu veux tout savoir, avoir Potter à l'intérieur de ma tête n'était pas une promenade de santé. Ce gamin n'a aucune finesse d'esprit, et sa Legilimencie est parfaitement grossière et douloureuse. J'ai l'impression d'avoir subit le Doloris.
- A ce point ?
- Tu ne sais pas ce que c'est, tu n'es pas sensible à la Legilimencie. Mais quand quelqu'un legilimencie une autre personne, son esprit doit se faire fin, discret, léger, pour que l'esprit envahit ne soit pas détruit. Heureusement, je suis suffisamment bon Occlumens pour que le contact n'ait pas duré plus de quelques secondes.
- Ça a l'air douloureux en tout cas.
- Ça l'est.
- Du coup, ça va être à moi d'aller voir Harry pour lui dire que tu ne l'as pas chassé définitivement.
- Si tu pouvais t'en charger, je t'en serai reconnaissant. Et dis lui de revenir demain. En attendant, j'ai besoin de sommeil. Le mal de crâne ne veut pas partir.
Je joins le geste à la parole, et je pars à la poursuite de Harry dans les couloirs. Je le trouve au troisième étage, encadré par Drago et Millicent.
- Alors Potter, tu traînes après le couvre-feu ? Fait Drago de sa voix la plus traînante.
- J'étais en retenue avec Snape, rétorque Harry d'un ton hargneux. Maintenant laisse-moi passer.
- Holà, doucement Potter, ricane Millicent. Sur un autre ton, sinon on sera obligé de te mettre une autre retenue.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? Je demande d'une voix forte.
- Rien, me répond Drago. On expliquait à Potter que c'était mal de se promener seul dans les couloirs après le couvre-feu.
- Il était en retenue avec Severus, Drago. J'étais censée l'escorter, mais je me suis attardée pour discuter, et Harry voulait monter au plus vite dans sa Salle Commune.
- Ok, ok, capitule Drago. Si même le Balafré est intouchable, où va la Brigade ?
Je souris.
- Millicent, si tu veux aller te reposer, je peux prendre le relais. Je crois savoir que tu en a jusqu'à Minuit.
La jeune fille comprend qu'elle est remerciée, et s'empresse de rejoindre les cachots.
Drago hausse un sourcil aristocratiquement.
- Tu as quelque chose à dire qui nécessite l'absence de témoins ?
- Exactement. Harry, on ne va pas pouvoir empêcher Ombrage de tomber sur l'AD encore très longtemps. Elle me met la pression pour avoir des résultats. D'autant qu'elle prévoit de questionner certains élèves, en utilisant du Veritaserum. Elle a sommé Severus d'en préparer. Heureusement pour vous, c'est une potion longue et délicate à faire, qui nécessite des semaines de préparation.
- Qu'est-ce que tu proposes ? Demande Harry en regardant autour de lui de peur que quelqu'un nous écoute.
- Choisis une date où vous serez en petit comité. Nous vous tomberons dessus de manière « fortuite ». Il faut juste réfléchir à ce que vous direz à Ombrage.
- Comme quoi ? Ironise mon petit frère. On est désolé, mais on ne savait pas que créer un club de Défense, appelé Armée de Dumbledore, c'était interdit et que ça risquerait de vous énerver ?
- C'est vrai que c'est un peu bancal, j'admets.
- Ou alors, ils peuvent attendre qu'un des membres les dénonce sous Veritaserum, on les prévient, et il n'y en a qu'un petit nombre qui se fait pincer.
- On est obligé de se faire prendre à la fin ? Demande Harry qui ne semble pas convaincu.
- Oui, répondons-nous en même temps.
- Si personne n'est pris, les soupçons retomberons sur Maya, et Ombrage n'est pas la pire menace qui plane sur Poudlard.
- Ombrage est une Mangemort ? S'exclame Harry.
- Non, je réponds. Mais on ne sait pas à qui elle rend compte à l'extérieur de l'École.
Un petit mensonge qui passe tout seul, pour ne pas inquiéter le Trio d'Or.
- Je vois, fait Harry. Donc dans tous les cas, je vais devoir me faire prendre par Ombrage. Ron et Hermione aussi à priori.
- Une ou deux autres personnes aussi ne seraient pas du luxe, dit Drago. Pour qu'Ombrage soit satisfaite pour un bon bout de temps.
- Je vous préviendrai quand les interrogatoires commenceront, et qui cafardera.
- Et si je ne suis pas d'accord ? Se risque Harry.
- On n'a jamais dit que cette année serait sans douleur Potter, réplique Drago.
- Je veux bien me faire prendre, mais seulement moi. Pas les autres.
- Malheureusement, si cela ne tenait qu'à toi, il n'y aurait plus Ombrage ici depuis longtemps.
Drago le fait enrager, c'est drôle mais ce n'est pas la bonne tactique.
- Écoute Harry. Ça ne fera plaisir à personne, mais vous risquez pas grand chose.
- Oh, c'est vrai, le renvoi de Poudlard, ce n'est pas grand chose.
- Je ne pense pas qu'Ombrage se risquerait à vous renvoyer. Elle a plutôt intérêt à vous garder ici, sous surveillance. Vous aurez un nombre incalculable de points en moins, mais ce n'est pas comme si Gryffondor s'attendait à recevoir la Coupe des Quatre Maisons cette année. Vous aurez aussi des retenues.
- Chouette, encore me faire charcuter la main.
- Hein ? Qu'est-ce que tu racontes Potter ?
- Tu n'es pas au courant Malfoy ? Ombrage utilise des plumes spéciales pour nous faire copier des lignes. Une Plume de Sang, je crois que ça s'appelle.
- Et vous ne vous êtes jamais dit que si ça se savait, Ombrage allait sauter de son poste ? C'est complètement illégal comme punition ! Les châtiments corporels sont interdits depuis des lustres à Poudlard !
- Mais si on se plaint à quelqu'un, elle aura gagné ! Et je refuse de lui donner satisfaction !
- Tu ne crois pas que tu lui donnes déjà satisfaction en ne disant rien ?
- Laisse Drago, j'ai déjà eu cette conversation avec Harry. Plus têtu tu meurs.
- Je vois ça.
- Bon on est d'accord ? Je vous préviens de la date de la descente, pour que vous ayez le temps d'évacuer le plus de monde possible. Et je ferais mon possible pour que la punition soit la plus douce possible.
- D'accord, d'accord, finit par accepter Harry. Je peux rentrer me coucher maintenant.
- Je t'accompagne, je dis. De toute façon il fallait qu'on discute d'un autre sujet.
Je dis bonne nuit à mon frère qui lui aussi part se coucher. Tant pis pour la patrouille, une de moins ne nous tuera pas.
- Qu'est-ce que tu voulais me dire ?
- T'expliquer pourquoi Sev' t'a chassé un peu rudement tout à l'heure.
- Laisse-moi deviner. Il est en colère parce que j'ai vu certains de ces souvenirs.
- Je ne vais pas te faire croire que cela lui a fait plaisir, mais étonnement, il n'est pas en colère. En fait, ton incursion dans son esprit a été plutôt … douloureux.
- Comment ça ?
- Et bien, quelqu'un qui n'est pas habitué à pratiquer la Legilimencie, et à plus forte raison qui ne le fait pas exprès, c'est comme faire entrer un éléphant dans un magasin de porcelaine. Ça fait des dégâts. C'est déjà douloureux pour toi de supporter l'intrusion de Severus dans ton esprit, alors imagine que pour lui, ça a été cent fois pire.
- A ce point ? Fait Harry effaré.
- Si il a été aussi … sec
- Moi j'aurais dit méchant et c'est le mot le plus gentil qui me vienne à l'esprit.
- Donc si il a été aussi sec, c'est qu'il n'aime pas exhiber ses faiblesses, encore moins à un élève qu'il n'apprécie guère.
- Je le comprends. Ça m'énerve toujours autant qu'il voit mes souvenirs les plus douloureux.
- Il fait exprès d'aller chercher les souvenirs pénibles ?
- Non, je ne pense pas. Ce sont juste les souvenirs les plus nombreux.
Je reste interdite quelques secondes.
- Comment ça les plus nombreux ?
- Oublies ça. Ce n'est pas important.
- D'accord, je capitule. Mais si un jour tu en ressens le besoin... Je suppose que je ne serai pas ton premier choix.
J'arrive à lui arracher un sourire.
- C'est gentil quand même.
- En parlant de parler, je crois savoir que Sirius t'a donné un paquet à la fin des vacances de Noël. Ce serait cool que tu regardes de quoi il s'agit. Surtout que tu risques d'aimer.
- C'est quoi ?
- Un moyen de communication.
Le lendemain, Harry vient me voir discrètement avant de descendre prendre notre petit déjeuner.
- On a discuté une bonne partie de la nuit, ça ma fait du bien. Merci Maya de m'y avoir fait penser. Par contre, j'ai bien peur que la distance ne soit pas un facteur de bon fonctionnement. Les Miroirs surchauffent et ça coupe constamment, mais c'est mieux que rien.
- De rien Harry, ce fut un plaisir. D'ailleurs, tant que tu es là, Sev' voudrait que tu reprennes un cours avec lui ce soir.
- Déjà ? S'étonne Harry. Je croyais que c'était tous les deux jours.
- Je pense que Sev' voudrait travailler sur le fameux Protego inconscient, et pour ça, il ne faut pas que trop d'eau coule sous les ponts.
- D'accord. A ce soir alors.
Je m'assois à la table de Serpentard, comme à mon habitude ces derniers temps, quand un hiboux se pose devant moi. Je n'attendais pas de courrier, du coup ce piaf m'intrigue.
Le Professeur Trelawney sera renvoyée ce soir. La Brigade doit être prête à endiguer tout débordement.
Ombrage.
Je fais rapidement passer le mot. Que la Brigade se tienne prête.
Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir-Le Soir
- Qu'est-ce que c'est que ce raffut ? Fait Severus après seulement un quart d'heure de travail avec Harry. Potter, avez-vous remarqué quelque chose d'inhabituel quand vous êtes descendu ?
Harry a un signe de négation.
- Je sais ce qu'il se passe, je réponds. Ombrage met Trelawney à la porte. Au vu du bruit que ça fait, ce n'est pas simple.
Harry ouvre de grands yeux, et Severus lui fait signe de monter. Nous le suivons, et quand nous débouchons dans le Hall, je vois les Membres de la Brigade faire barrage à une foule d'élèves intrigués par la scène qui se déroule sous leurs yeux.
Le Professeur Trelawney, une espèce de vieille chouette à lunettes, a perdu tous ses airs de mystificatrice. Elle est manifestement saoule, et semble ne pas comprendre ce que lui dit Ombrage.
- NON ! Cela ne se peut pas ! Hurle-t-elle en agitant sa baguette magique. Je refuse de l'accepter.
En psychologie, on appelle ça le déni, mais ce n'est pas le propos.
- Vous n'avez donc pas réalisé ce qui vous pendait au nez ? Ricane Ombrage avec un amusement certain. Bien que vous ne soyez même pas capable de prévoir le temps de demain, vous auriez dû deviner que vos performances piteuses au cours de mes inspections et votre absence totale de progrès par la suite rendaient votre renvoi inévitable.
Il y a un brouhaha intense de la part des élèves. J'aperçois une vieille malle derrière Trelawney. Elle ne devait pas savoir qu'elle était là, parce qu'elle trébuche dessus en reculant, et se retrouve assise sur sa propre malle.
- Vous ne pouvez pas faire ça, gémit Trelawney des sanglots dans la voix. Je... Je suis ici depuis seize ans. Depuis seize ans ! Poudlard est ma maison !
- Était, ma chère, réplique Ombrage avec une joie sadique.
Terrassée, Trelawney fond en sanglots.
- Mais depuis que le Ministère a signé il y a une heure votre révocation, vous n'habitez plus ici. Veuillez avoir l'amabilité de vous retirer de ce hall. Vous nous embarrassez.
A ce moment McGonagall arrive, et s'approche de Trelawney pour la consoler.
- Allons Sibylle, ce n'est pas si grave. Vous ne serez pas obligée de quitter Poudlard.
- Ah, vraiment Minerva ? La coupe Ombrage d'un ton assassin. Et qu'est-ce qui vous donne le droit de dire cela ?
- Moi ! Répond une voix imposante.
Dumbledore entre en scène. Il entre par les portes qui donnent sur le parc. Il n'était manifestement pas dans son bureau, sinon il serait arrivé plus vite.
- Vous, Professeur Dumbledore ? Demande Ombrage de sa voix la plus détestable. J'ai bien peur que vous ayez mal saisi la situation. J'ai ici un ordre de révocation signé par le Ministre lui-même au nom du Professeur Trelawney. En vertu du décret numéro 23 la Grande Inquisitrice de Poudlard a le pouvoir d'inspecter, de mettre à l'épreuve et de renvoyer tout enseignant qu'elle, c'est à dire moi, juge incapable de répondre aux critères exigés par moi et par le Ministère de la Magie. Or, j'ai estimé que le Professeur Trelawney n'était pas au niveau requis et c'est pourquoi j'ai mis fin à ses fonctions.
- Vous avez tout à fait raison, bien sûr Professeur Ombrage, dit Dumbledore en souriant. Comme Grande Inquisitrice vous avez parfaitement le droit de mettre fin aux fonctions de mes enseignants. En revanche, vous n'avez aucune autorité pour les expulser du Château. Je crains que ce pouvoir là incombe encore au Directeur de l'Établissement. Or, en tant que tel, je souhaite que le Professeur Trelawney continue d'habiter à Poudlard.
Pendant que Trelawney se remet à pleurer bruyamment, Dumby demande à McGonagall de raccompagner la pauvre femme dans ses quartiers, sous l'œil noir d'Ombrage.
- Et qu'allez-vous faire quand j'aurais nommé un nouveau professeur de Divination qui aura besoin de ces appartements ? Demande Ombrage d'une voix mauvaise.
- Ne vous en faites pas, réplique Dumbledore toujours souriant. Figurez-vous que j'ai déjà trouvé un remplaçant pour le Professeur Trelawney, et qu'il préfère loger au rez-de-chaussée.
- Vous avez trouvé ? Fulmine Ombrage qui sent que Dumbledore lui coup l'herbe sous le pied. En vertu du décret d'éducation numéro vingt-deux …
- Le Ministère est chargé de nommé lui-même la personne qualifiée dans le cas où, et uniquement dans ce cas, dans le cas où le Directeur ne serait pas en mesure d'en trouver un lui-même. Or, je suis heureux de vous annoncer qu'en la circonstance, j'ai un candidat.
Un bruit de sabots retentit sous la voûte du Hall.
- Je vous présente Firenze.
Pendant un quart de seconde, Ombrage semble faire une attaque. Ce qui ne serait pas un mal. Mais elle se reprend.
Un Centaure. Voilà de quoi la rendre malade pendant des semaines. Voire des mois.
Les semaines passent complètement monotones, tandis que Ombrage boue littéralement de rage. Je m'étonne d'ailleurs de ne pas voir sa peau fondre tellement elle peut devenir rouge de colère parfois. Et Rouge sur Rose, c'est une sacrée faute de goût.
Sa seule source de réconfort est que le Veritaserum préparé par Severus arrive bien à maturité et pourra être consommé.
Et un jour, Severus lui livre sa commande. Un flacon de Veritaserum. Les interrogatoires peuvent commencer.
Malheureusement, c'est aussi une journée où est programmée une séance de l'AD.
Finalement, après quelques passages d'élèves, l'une d'entre eux se révèle être une mine d'information. C'est un membre peu actif de l'AD, et elle sait qu'il y a une réunion ce soir, quand et où.
En ce moment même, dans la Salle sur Demande.
Le plus discrètement possible, j'appelle Dobby pour qu'il aille prévenir très vite Harry et ses amis.
Ombrage me demande de réunir la Brigade Inquisitoriale pour mettre la main au collet des contrevenants.
Je rappelle à tous de ne pas faire de zèle, mais je sens chez les deux garçons de Septième Année une certaine fébrilité.
Nous nous dirigeons le plus vite possible vers le septième étage. Je prends les choses en main, et j'envoie Pansy et Millicent vérifier les toilettes pour filles et Drago et Trent pour les toilettes des garçons. Mais à peine ont-ils fait trois pas, que Drago lance un Maléfice de Croche-Pied sur … Harry. Ombrage lance un cri de victoire tout à fait ridicule. Je m'occupe d'aligner contre le mur les personnes interpellées.
Harry, Hermione, Ginny qui s'était planquée dans les toilettes, un Poufsouffle et deux Serdaigles dont Cho Chang.
Ombrage arbore un sourire victorieux, comme si on venait de lui annoncer qu'elle était la prochaine Ministre de la Magie.
- Miss Malfoy, prenez Potter avec vous, et laissons les autres aux mains de ma Brigade. Je crois qu'une petite visite chez le Directeur s'impose. D'autant que je crois qu'il n'est pas seul.
Je jette un regard un peu alarmé à Drago. Aurais-je loupé quelque chose ?
D'un signe de tête, Drago me fait signe qu'il a la situation bien en main.
Ombrage a l'air tellement contente que je m'étonne de ne pas l'entendre chantonner ou bondir en poussant des cris de joie.
Nous entrons dans le Bureau directorial. Celui-ci est presque bondé. D'abord j'aperçois Dumbledore qui à l'air vaguement en colère, puis je vois Fudge accompagné de deux Aurors dont l'un est membre de l'Ordre du Phénix. Dans un coin, prenant des notes, est assit Percy Weasley. Enfin, droite et sèche comme à l'accoutumée, McGonagall se tient un peu en retrait.
En me voyant entrer, Fudge me sert chaudement la main.
- Monsieur le Ministre, je minaude aussi bien qu'Ombrage, c'est toujours un plaisir de vous voir. Comment se porte votre femme ? A-t-elle reçu les pralinés que je lui ai envoyé à Noël ?
- Elle se porte comme un charme. Oui, elle les a adoré. D'ailleurs, elle aimerait savoir où vous vous êtes procurée de telles merveilles.
- Hum hum, fait Ombrage.
- Oui, pardon Dolorès, s'excuse Fudge.
- Nous les avons coincé comme prévu, informe le Chamallow géant à son supérieur. En réalité, c'est le jeune Malfoy qui lui a mit la main au collet.
- Ah, oui ? Vraiment ? Décidément, c'est de famille, dit-il en me lançant un clin d'œil. J'en ferai part à Lucius. Je le vois cette semaine.
Se faire draguer par Fudge. Qu'est-ce que je ne ferais pas pour la Cause. Cela dit, la réaction de Ombrage est intéressante. Elle lance à Fudge un regard lourd de reproche. Seraient-ils amants ?
- Et bien, Potter, fait Fudge en revenant à la situation actuelle. J'imagine que vous savez pourquoi vous êtes ici ?
Harry ouvrit la bouche dans une attitude de défi, mais il se rétracte au dernier moment.
- O... Non.
- Je vous demande pardon ? Fait Fudge suffoqué par un tel culot.
Derrière son bureau, je vois Dumbledore lancer quelques coup d'œil, à Harry, à McGonagall, à l'Auror qui fait partie de l'Ordre … à moi. Visiblement, il a un plan.
- Non, répète Harry plus sûr de lui. Je ne sais pas.
- Vous n'avez aucune idée, commence Fudge sarcastique, de la raison pour laquelle le Professeur Ombrage et Miss Malfoy vous ont amené dans ce bureau ? Vous n'êtes pas conscient d'avoir violé le règlement de l'école ?
- Le règlement de l'école ? Fait Harry d'un ton proprement effaré. Non.
Jolie comédie.
- Ou plutôt les décrets du Ministère ? Rectifie Fudge avec colère.
- Pas que je sache, fait Harry d'un ton aimable.
Fudge prend quelques respirations, cherchant à se calmer.
- Donc, reprend-il lentement, vous n'êtes pas au courant qu'une organisation illégale d'élèves a été découverte dans cette école ?
- Non, je ne suis pas au courant. De quoi s'agit-il ?
Son air innocent sur-joué est absolument irrésistible. Je tente de cacher mon hilarité derrière ma main. Heureusement, personne ne fait attention à moi.
- Je crois, Monsieur le Ministre, minaude Ombrage de façon outrageante, que nous progresserions plus vite si j'allais chercher l'élève qui m'a donné l'information.
- Oui, oui, faites.
Il va être surpris le Ministre quand il va s'apercevoir que la-dite moucharde a le mot CAFARD écrit en pustules sur le visage.
- Rien ne vaut un bon témoin, n'est-ce pas Dumbledore, fait Fudge avec un rictus de mépris.
- Vous avez parfaitement raison Cornelius, acquiesce Dumbledore toujours assit derrière son bureau.
- N'ayez pas peur ma petite, fait la voix d'Ombrage dans le couloir. Tout va bien, vous avez fait ce qu'il fallait. Le Ministre est très content de vous.
Elles entrent. L'élève qui a mouchardé se cache le visage dans les mains. Quand on sait pourquoi …
- La mère de Marietta, dit Ombrage à Fudge, Monsieur le Ministre, est Mrs Edgecombe du Département des Transports Magiques, Service du Réseau des Cheminées. Elle a conseillé à sa fille de venir me trouver. J'ai fait passer quelques entretiens avec des élèves et Miss Edgecombe en a profité pour venir se confier.
- C'est parfait, parfait, fait Fudge que cette information n'émeut pas plus que ça. Telle mère telle fille, n'est-ce pas ? Bien, alors, ma chère petite, regardez moi. Ne soyez pas timide, nous allons écouter ce que vous avez à nous … Mille Gargouilles !
Fudge se recule prestement. La jeune Marietta a levé la tête et désormais tout le monde peut voir les effets du magnifique Sortilège d'Hermione. La jeune fille remet immédiatement sa tête dans ses mains. Et malgré les encouragements d'Ombrage, elle refuse de parler. Sans doute a-t-elle peur que le Sortilège s'aggrave.
- Très bien, je vais tout dire alors, déclare sèchement Ombrage.
Elle reprend contenance, lance un sourire éblouissant à Fudge qui fait comme si de rien était, et se lance.
- Voilà, Monsieur le Ministre. Miss Edgecombe est venue me voir pour me dire qu'elle avait des révélations à me faire. Elle m'a avoué qu'allait se tenir une réunion d'élève ce soir, dans une pièce secrète du septième étage. Malheureusement, à peine avait-elle finit sa phrase que ce Maléfice s'est enclenchée. Elle en a été si bouleversée qu'elle a refusé de dire un mot de plus et que depuis elle est complètement muette.
- Bien, dit Fudge avec un ton qui se veut paternel et bienveillant. C'est très courageux de votre part Miss. Maintenant, dites-moi ce qui s'est passé durant cette réunion ? Quel en était l'objet ? Qui y participait ?
Mais Marietta se contenta de fixer Fudge avec un air plutôt terrorisé.
- N'y a-t-il de pas de contre-maléfice pour ce genre de chose ? Demande Fudge à Ombrage d'un ton agacé. Qu'elle puisse parler librement !
- Je n'ai pas encore réussi à en trouver un, admet Ombrage en rougissant.
Pour une Prof de Défense Contre les Forces du Mal, ça la fout mal.
- Mais cela ne fait rien, reprend précipitamment Ombrage, puisque je sais ce qu'il se passait dans cette salle.
Finalement c'est pas en Défense qu'elle aurait dû postuler, mais en divination.
- Un témoin qui se trouvait à la Tête de Sanglier au moment de la constitution de ce club est venu me trouver. Le but de la réunion de Potter avec ces élèves était de les persuader de s'enrôler dans une association illégale ayant pour but d'enseigner des Sortilèges et des Maléfices que le Ministère juge inappropriés pour des jeunes gens d'âge scolaire...
- Je pense que vous vous trompez sur ce point, Dolorès, l'interrompt Dumbledore d'une voix égale.
Tout le monde se tourne vers lui. Ombrage semble avoir avaler un truc trop gros et s'étouffer avec.
- Oh oh, fait Fudge d'un ton condescendant. Allons-y, écoutons la dernière histoire à dormir debout d'Albus Dumbledore. Peut-être sera-t-il question de Retourneur de Temps ? D'un mort qui revient à la vie ? De Détraqueurs invisibles ?
Percy Weasley éclate de rire.
J'ai presque envie de chanter 'Père castor, raconte-nous une histoire', mais je vais me retenir très fort.
- Cornelius, je ne nie pas, et Harry non plus, qu'il était bien à la Tête de Sanglier ce jour là, ni les raisons de s'y trouver. Je voudrais simplement souligner que Dolorès se trompe quand elle dit qu'un tel groupe était illégal à l'époque. Si vous vous souvenez bien, le décret qui interdit toute association d'élèves à Poudlard n'a pris effet que deux jours après cette réunion. Aussi Harry n'a violé aucun règlement de l'école, et aucun décret ministériel.
Bien joué, mais ça ne suffira pas.
En attendant, les réactions des uns et des autres sont intéressantes. Percy semble avoir reçu un uppercut dans l'estomac. Fudge fixe Dumbledore d'un air furieux et Ombrage devient de plus en plus rouge.
- Tout cela est très bien cher Directeur, fait la Fraise Tagada. Mais à présent, six mois ont passé depuis l'application de ce décret. Si la première réunion n'était pas illégale, toutes celles qui ont eu lieu depuis le sont.
- C'est vrai, elles le seraient si elles avaient eu lieu. En avez-vous la preuve ?
Pendant que la conversation s'éternise, je sens que l'Auror membre de l'Ordre bouge imperceptiblement. Mais avec mes sens de démon, je sens le courant de magie qui se tisse dans la pièce. Et de l'autre côté de la pièce, McGonagall fait pareil. Il sont en train de mettre en place un piège. Ils savent d'avance que ça va mal se terminer pour Dumbledore. Je me mets sur mes gardes. Je n'ai aucune envie de me retrouver entre deux feux.
- La preuve est là ! S'énerve Ombrage en désignant Marietta.
- Il me semblait pourtant qu'elle ne parlait que d'une réunion ce soir, contre Dumbledore.
- Miss Edgecombe, reprend aussitôt Ombrage, dites-nous pendant combien de temps ces réunions ont eu lieu. Ces réunions se sont-elles produites régulièrement pendant ces six derniers mois ? Vous pouvez répondre d'un signe de tête. Le Maléfice ne s'aggravera pas.
Tous les visages sont tournés vers Marietta, si bien que personne ne voit l'Auror jeter un petit sort.
- Allez, ma petite, cajole le Ministre. Faites juste oui ou non de la tête.
Il y eut un petit moment de latence, puis Marietta fit non de la tête.
Imperium. Terrible, mais efficace.
- Je crois que vous ne m'avez pas bien comprise, ma chérie, fait Ombrage. Je vous ai demandé si vous étiez allée à ces réunions au cours des six derniers mois. Vous y êtes allée, n'est-ce pas ?
De nouveau, Marietta fait un signe de dénégation.
- Que voulez-vous dire par là ? Demande Ombrage d'un ton agacé.
- Je crois que Miss Edgecombe a été très claire, la coupe McGonagall. Il n'y a pas eu de réunions secrètes ces six derniers mois. C'est cela Miss ?
Marietta hoche la tête.
- Mais il y a eu une réunion ce soir ! S'exclame Ombrage en colère. Dans la Salle sur Demande ! Vous m'en avez parlé ! Et Potter en était le meneur , n'est-ce pas ? C'est Potter qui l'a organisée ? Pourquoi remuez-vous la tête ainsi ?
- D'ordinaire quand une personne hoche la tête de gauche à droite, cela signifie non, réplique McGonagall avec froideur. Sauf si Miss Edgecombe s'est mise à utilisé un langage non-verbal inconnu des humains.
De rage, Ombrage empoigne la pauvre Marietta par les épaule et la secoue comme un cocotier. En un quart de seconde, la situation s'envenime. Dumbledore bondit, baguette à la main. Ombrage lâche la jeune fille comme si elle s'était brûlée, ce qui est sûrement le cas, et les Aurors se sont tournés vers Dumbledore baguettes levées.
- Je ne puis tolérer que vous malmeniez mes élèves Dolorès ! Tonne Dumbledore.
Discrètement, je conduis Marietta vers le fond du Bureau avec moi, afin de la soustraire de la direction de toutes ces baguettes. Elle se laisse faire, complètement soumise au Sortilège d'Imperium.
L'Auror, Shackelbolt, tance gravement Ombrage qui s'excuse.
- Réglons tout cela une bonne fois pour toute, s'impatiente Fudge. Parlons de la réunion de ce soir, celle dont on est sûre qu'elle ait eu lieu.
- Oui, approuve Ombrage. Nous nous sommes rendus au septième étage, avec la Brigade Inquisitoriale. Manifestement, ils ont été avertis, car ils s'enfuyaient en tout sens. Mais cela n'a aucun intérêt, car je connais tous leurs noms Je suis entrée dans la Salle sur Demande pendant que la Brigade interpellait les élèves encore présents, et j'ai pu décrocher ça.
Elle brandit victorieusement un bout de parchemin, une liste des membres de l'AD, avec pour entête : ARMEE DE DUMBLEDORE
La lecture de l'entête cause un grand émoi chez Fudge. Le Ministre fixe Dumbledore d'un air hébété.
- Bon, je crois que c'est fini, dit simplement Dumbledore. Voulez-vous que je vous fasse une confession écrite, Cornelius ? Ou une déclaration devant ces témoins sera suffisante.
On y est. Ils ont réussi. Dumbledore n'est encore Directeur que pour quelques minutes. Je vois Shackelbolt et McGonagall raffermir leur prise sur leur baguette.
- Une déclaration ? Répète bêtement Fudge qui semble ne pas en croire sa chance.
- L'Armée de Dumbledore, Cornelius, répond Dumbledore avec le sourire. Pas l'Armée de Potter, l'Armée de Dumbledore.
Un éclair de compréhension passe dans les yeux de Fudge.
- Vous ? Fait-il toujours avec cette expression stupide. Vous avez recruté ces élèves pour votre Armée ?
- Nous devions tenir la première réunion ce soir, explique Dumbledore d'une voix calme comme s'il s'agissait d'un cours. Simplement pour voir s'ils souhaitaient se joindre à moi. Je constate que j'ai fait une erreur en invitant Miss Edgecombe.
On dirait que Fudge vient d'être réélu Ministre pour quinze ans.
- Alors vous avec vraiment comploté contre moi !
- C'est exact, admet Dumbledore d'un ton joyeux.
- NON ! S'exclame Harry qui vient de comprendre les implications de tout ça.
- Potter, c'est pas le moment, je fais d'un ton sec.
Harry me lance un regard douloureux et coléreux.
- Weasley ! Vous avez tout écrit ?
- Oui, Monsieur ! S'exclame Weasley d'un ton empressé.
- Très bien, faites une copie et envoyez-la à la Gazette du Sorcier. Elle devrait arriver pour l'édition de demain matin.
Fudge se tourne vers Dumbledore, se frottant presque les mains d'un air satisfait.
- Vous allez maintenant être escorté jusqu'au Ministère où une inculpation officielle vous sera notifiée, puis vous serez envoyé à Azkaban en attendant le procès.
- Ah, oui, bien sûr. Je pensais bien que nous allions en arriver à cette petite difficulté.
- Une difficulté ? Demande Fudge sans bien comprendre tellement son bonheur est intense. Je ne vois aucune difficulté, Dumbledore !
- Il semble que vous entreteniez l'illusion que je vous suive, quelle est l'expression déjà ? Sans opposer de résistance. Or, je crois bien que je vais en opposer une justement, dit Dumbledore d'une voix ennuyée. Car, voyez-vous Cornelius, je n'ai aucune intention de me laisser envoyer à Azkaban. Oh, bien sûr, je pourrais m'en évader, mais quelle perte de temps. Il y a tellement mieux à faire, et mon temps est précieux.
Le visage d'Ombrage est tellement rouge qu'on s'attendrait presque à ce qu'elle fume. Fudge se contente de fixer Dumbledore d'un air particulièrement stupide. L'autre Auror, celui qui ne fait pas partie de l'Ordre, s'avance d'un air menaçant.
- Ne soyez pas idiot Dawlish, dit Dumby avec gentillesse. Vous êtes un excellent Auror, mais si vous essayez de m'emmener par la force, je vais être obligé de vous faire mal.
Il est plutôt gentil Dumby jusqu'à présent. Son aura est restée calme. Peut-être sait-il qu'il est entouré d'incompétents et de soutiens.
- Allons donc, ricane Fudge. Vous avez l'intention d'affronter Dawlish, Shacklebolt, Dolorès et moi-même à vous tout seul ?
- Par la barbe de Merlin, non, répond Dumbledore d'une voix douce. Tant que vous ne m'y obligez pas.
- Ça suffit comme ça ! S'exclame Fudge hors de lui. Shacklebolt ! Dawlish ! Saisissez-vous de lui !
Soudain, un éclair argenté illumine la pièce... et tout devint noir.
