Bonsoir !

Ce fut une bataille de plusieurs soirées, à me prendre la tête pour trouver comment écrire cette suite, et Dieu sait que j'ai perdu énormément de cheveux et de neurones, et d'heures de sommeil, mais j'ai finalement réussi à me relancer ! Je m'excuse donc auprès de ceux qui voulaient ardemment ce chapitre et qui ont dû attendre quelques mois pour l'avoir. Si vous voulez m'humilier publiquement, m'insulter, me lancer des roses ou tout simplement commenter ce chapitre, vous savez que j'éprouve un plaisir morbide à consulter mes reviews pendant qunize jours suivant la publication du chapitre ! Alors faites vous plaisir !


Chapitre 26

« Monsieur Ambrose ? Je suis désolée de vous déranger... »

Le jeune homme leva les yeux vers son assistante, quelque peu anesthésié et lent. Il passa une main sur son visage, ferma la pochette de documents devant lui et lui fit signe qu'il l'écoutait.

« J'ai les recherches que vous m'avez demandé de fournir, Monsieur... Peut-être devrais-je attendre demain ? Il est tard...

-Il n'y a que les crétins qui se couchent tôt, donnez-moi ça ! » Contredit-il, la main tendue au dessus de son bureau.

L'assistante sourit légèrement, lui tendant l'objet de son désir. Il avait toujours eu cette aisance presque malpolie avec les gens, ne se rendant pas souvent compte que ce qu'il disait pouvait blesser. Heureusement, elle avait l'habitude.

Elle le vit devenir livide, plus encore que ne lui accordaient ses cheveux blonds et sa pâleur naturelle. Laissant échapper un souffle qu'il avait jusque là retenu, il leva les yeux vers elle. Elle eut un regard compatissant, car bien sûr, elle savait ce qui se trouvait dans le dossier.

« Eh bien... »

C'était un sentiment bizarre, elle devait s'en douter, d'être dévasté parce qu'on a perdu quelque chose que l'on n'a pourtant jamais connu.

« Il semblerait que j'ai retrouvé mes parents... Et qu'ils soient morts tous les deux. »

Il continua de lire, et arrivé au bas de la feuille, leva soudain les yeux vers son assistante.

« J'avais deux sœurs ? »

Il faisait peine à voir, perdant espoir de plus en plus, au fur et à mesure des lignes.

« ...Seigneur...

-Monsieur ?

-Quelques mois plus tôt et..

-Non, monsieur...

-De toute manière, comment aurais-je pu...

-William ! »

Il leva les yeux vers elle, étonné, alors qu'elle avait crié son prénom pour le ramener à la réalité.

« L'une d'entre elles est toujours vivante !

-Quoi ?

-Bon Dieu, tournez-moi cette page !

-Mais pourquoi ne m'avez vous pas dit ça tout de suite ?

-Parce que... Je sais pas moi, je voulais pas gâcher la surprise, un peu comme un cadeau de Noël en avance...

-Il faudra que nous reparlions de vos tendances sadomasochistes, Mademoiselle Grey! »

Il lut les dernières notes du compte-rendu, et lentement un sourire se dessina sur son visage. Il se leva brusquement, attrapa quelques papiers et passa une main dans ses cheveux, une énième fois.

« Nous partons ! Enfin, je pars ! Prenez-moi un aller-retour pour euh... L'aéroport le plus proche de cette ville paumée !

-Mais Monsieur, ne devrions nous pas la prévenir ?

-Pourquoi faire ? Lui faire peur ? Aucun sens ! Je pars dès demain matin, je compte sur vous !

-Mais Monsieur, il est une heure du matin...

-... Eh bien raison de plus de se dépêcher ! »

Elle leva les yeux au Ciel et trottina vers son bureau, mais il l'appela.

« Mademoiselle Grey ?

-Oui ?

-J'ai beaucoup apprécié que vous m'appeliez par mon prénom. »

Elle sourit timidement et ferma la porte derrière elle. Passant par l'autre porte de son bureau, il descendit au parking et s'installa dans sa berline. Il jeta un œil à la photo d'un vieil homme en costume de prêtre, tenant sous son bras un enfant blond comme les blés, au sourire large.

« Maria Hiterogue... Maria... »

Il démarra et fonça dans les rues de New York.


La sonnerie à la porte retentit, faisant écho dans la maison vide et silencieuse des Goretti. Pendant une dizaine de secondes, on n'entendit rien qu'un léger grondement venant de la chaudière, puis le bruit d'une porte grinçante accompagna les pas de Damon, alors qu'il remontait de la cave. Jetant un coup d'œil à la pendule, il hocha la tête et ouvrit à la personne qui s'impatientait, les mains chargées de sacs.

« Il était temps, j'ai cru mourir sur le perron !

-Tu aurais fait une très jolie morte, Elena. Bonjour à toi aussi ! »

Elle lui adressa un sourire narquois et passa devant lui pour atteindre la cuisine. Jetant un coup d'œil aux vêtements de sport qu'il portait, elle constata qu'elle ne l'avait jamais réellement vu en jogging, ni les bras découverts...Sauf quand il était cintré dans ses Tee shirts noirs ou quand il se promenait à moitié nu, bien sûr. Elle détourna les yeux et rangea les produits frais dans le réfrigérateur, s'épargnant la vision du jeune homme s'épongeant le visage avec la serviette qu'il avait autour du cou.

Depuis quelques semaines, elle venait tous les deux jours chez les Goretti pour remplir le frigo avec ce que Damon lui demandait. Elle ne faisait pas cela pour lui bien sûr, mais pour rendre service à Maria, qui depuis sa possession avait des problèmes pour sortir. Ces visites régulières étaient également le moyen pour le vampire et elle-même de renouer un peu, après s'être perdus de vue.

« Où est Maria ?

-En bas, elle me crève à la tâche jour après jour...

-Elle veut récupérer totalement, je trouve ça normal, non ?

-Ouais, mais quand tous les muscles des jambes ont été lacérés, c'est un peu difficile de retrouver ce qu'on a perdu. »

Il prit une bouteille d'eau sur le comptoir et Elena s'étonna de le voir boire autre chose que du sang; Ce n'était pas comme s'il avait besoin d'eau pour survivre. Au fil du temps, il avait copié les gestes des êtres humaines normaux et s'y habituait de plus en plus. Il transpirait même ! Un vampire qui transpirait devait faire de gros efforts ! Sans vouloir dénigrer les capacités de Maria...

Elle fit demi-tour mais trébucha sur un des sacs, plongeant tête en avant sur le carrelage. Avec un petit « hah ! » elle s'arrêta au ras du sol et tourna la tête pour voir les bras de Damon autour de sa taille, l'ayant rattrapé in extremis. Après un moment de silence qui, selon elle, dura bien une minute, il la releva et la regarda de son regard perçant.

« Ça va ?

-Ouais, ouais... »

Elle replaça une mèche derrière son oreille tandis qu'il hochait la tête, sans la quitter des yeux.

« Euh... Tu pourras dire à Maria qu'elle n'a qu'à mettre ça au micro-ondes pendant cinq minutes, et promis, ce n'est pas Jenna qui l'a fait !

-OK. À plus tard ?

-Ouais ! »

Elle remballa ses sacs et courut presque jusqu'à la porte, mais se tourna soudain.

« Damon ?

-Hm ? »

Son ton détaché n'avait pas trompé Elena, elle avait remarqué la vitesse à laquelle il s'était tourné vers elle au son de sa voix.

« Bon courage...

-Comme si j'en avais besoin ! »

Et ce fut à cet instant qu'elle la vit, cette chose qu'il ne lui avait pas adressé depuis des mois, cette chose qui la mettait dans tous ses états, à nouveau. Il ne lui aurait fallu qu'une brève étreinte avec lui pour que tout le travail de ces derniers temps soient effacés. Son sourire séducteur et prédateur était finalement revenu vers elle.

Elle émit un bref sourire et sortit, plongeant presque dans sa voiture. Bien sûr, lorsque tout était devenu officiel entre lui et Maria, elle s'était dit que toute cette histoire était derrière elle. Mais Katherine avait toujours eu raison, au fond. Même si elle aimait Stefan au point de mettre sa vie en jeu pour lui...

Elle ne pouvait pas faire comme si elle ne ressentait plus rien pour Damon. Et cela la dérangeait.


Les bruits étouffés de la respiration de Maria accompagnèrent le vampire lorsqu'il redescendit à la cave, une deuxième bouteille d'eau à la main. Pendant son séjour prolongé à l'hôpital, Damon en avait profité pour aménager une salle d'entraînement digne des X-Men, que Maria avait tout de suite adopté. Un peu trop d'ailleurs, puisqu'à présent elle y passait sa vie. Il la trouva allongée sur le banc, tenant au dessus d'elle, à bout de bras, une barre d'haltères bien fournie. Son petit corps tremblait à l'effort et il dût la lui retirer des mains pour ne pas qu'elle y passe. Arrachant violemment ses écouteurs de ses oreilles, elle se releva enragée.

« Pourquoi t'as fait ça ? Je m'en sortais très bien !

-Tu t'en sortais pour quoi ? Le championnat du monde du suicide le plus sophistiqué ? »

Elle lui lança un regard noir et alla vers le sac de sable. Damon posa la bouteille et la barre et passa une main sur son visage, regrettant visiblement ses paroles.

« Écoute... Je n'ai pas voulu dire ça comme ça. »

Elle ne se tourna pas vers lui, donnant des coups de poing réguliers dans le sac. Il se mit à côté d'elle pour essayer d'attirer son attention, mais elle avait le regard fixé devant elle, les sourcils froncés.

« Mais je n'ai pas tort ! Ça ne sert à rien que tu t'entraînes à lever des haltères, tu ne l'avais pas fait avant ! Ce genre d'exercices ne te rendra pas tes capacités ! »

Il se prit un coup de poing dans la mâchoire et recula de deux pas, étonné. Elle sourit, fière d'elle.

« Il y a un mois, je n'aurai pas pu te faire reculer. Tu disais ?

-J'en dis Merde ! Je sors avec Rambo ! »

Il para un nouveau coup de poing et dût sauter pour esquiver un coup de pied en balayette.

« On est pas sur le ring Maria, si tu tombes ça va faire mal ! Prévint-il.

-Parle pour toi. »

Il l'attrapa par la taille et la souleva du sol, ceinturant ses bras, mais elle lui décocha un coup de tête particulièrement bien placé, qui la fit retomber sur ses jambes. Elle flancha à la réception et poussa un petit gémissement. Damon se baissa à son niveau, inquiet. Elle en profita pour l'envoyer au tapis d'un coup de poing dans le ventre et il s'étala sur le sol, le souffle coupé. Elle s'assit sur lui en cavalier et plaqua ses bras de chaque côté avec ses mains.

« Je suis au top, ne rumine pas trop la défaite ! » Se moqua-t-elle.

Il sourit également, puis sans crier gare lui rendit son coup de tête et elle tomba à la renverse, se tenant le front. Il prit sa place au dessus d'elle et émit un petit rire.

« Tu as oublié que tu ne m'avais jamais vraiment battu ! »

Elle émit un petit son entre le rire et le gémissement, se tenant encore le front.

« J'avais oublié que tu avais la tête dure, enfoiré... »

Il se fit pardonner d'un léger baiser et la remit sur ses pieds.

« Elena est passée, elle t'a laissé de quoi manger pour ce soir...

-Pas la peine. Je reviens en chasse dès ce soir ! »

Il la regarda avec insistance, puis laissa tomber. Il aura bien le temps de lui faire changer d'avis dans la journée.

« En attendant, dans une demi-heure tu dois être chez le médecin, alors...

-Alors je file, j'ai compris ! »

Elle monta lentement les marches, sa bouteille d'eau à la main, et Damon ne la quitta pas des yeux une seconde.

« Arrête de mater mes fesses ! »

Il leva les mains comme un coupable prit sur le fait, et rigola.


« Très bien, relâchez maintenant... Parfait. Eh bien je ne pensais pas que cela arriverait aussi rapidement, mais vous m'avez l'air pratiquement remise ! »

Maria grimaça légèrement, faisant sourire le médecin.

« Pratiquement ? Je me sens dix fois mieux qu'il y a quelques jours ! Et je fais du sport quotidiennement !

-Oui, et c'est tout à votre avantage, mais malheureusement vos muscles ont été poussés à l'excès, et d'ailleurs j'avoue ne pas m'en remettre moi-même, je n'ose pas imaginer la douleur à laquelle vous avez été exposée...Mais si je peux faire un jeu de mot médiocre, vous avez votre propre talon d'Achille, désormais !

-Mon talon... »

Instinctivement, elle jeta un œil à ses pieds.

« C'est la partie la plus sensible de votre corps dorénavant, il va falloir que vous y alliez doucement. Tout ce que je vous demande, c'est de ne pas vous amuser à sauter de mur en mur ou de faire du saut à l'élastique, j'ai votre promesse ?

-Je ne peux rien vous promettre pour les murs ! »

Des cris dans le couloir retentirent, et le docteur s'excusa et y courut. Damon fronça les sourcils et ils se précipitèrent dehors également. Une jeune femme brune, les mains et le corps couverts de sang, apparemment blessée, pleurait sur un corps allongé sur un brancard, qui venait apparemment d'arriver.

« Elle l'a tué ! Elle l'a tué je vous dis ! La dame blanche l'a tué ! »

Maria et Damon se regardèrent, un étrange sentiment au fond des tripes. Ils allèrent régler les frais et sortirent, non sans avoir jeté un œil au corps.

Montant dans la voiture de Damon, il prirent le temps de graver l'image dans leur esprit.

« Il a été... étouffé ?

-Je sais pas trop... Ses yeux sortaient vraiment de ses orbites...

-Tu as entendu ce que cette fille a dit ? »

Elle hocha la tête et ses yeux se posèrent sur le bâtiment dans lequel elle devait certainement encore se trouver.

« Rentre tout seul, je vais voir ce que je peux trouver sur cet homme... »

Il n'eut pas le temps de protester, elle était déjà dehors. Claquant la langue, il démarra et se mit en direction de la maison de la jeune femme.

Maria chercha son chemin dans l'hôpital, deux cafés à la main. Elle se rafraîchit avant de se mettre en quête de la chambre 371 : La jeune femme hystérique avait été placée ici en attendant de signer sa décharge. Elle avait du sparadrap sur le front, et une attelle bleue à la jambe. La porte était ouverte, et Maria n'eut qu'à entrer en tapotant la porte pour faire remarquer sa présence.

L'autre leva la tête vers elle, visiblement étonnée de voir quelqu'un d'autre qu'un médecin entrer. Maria s'éclaircit la gorge. Il était temps de prouver à quel point elle jouait bien la comédie.

« Je suis une habituée des lieux, je me suis dit qu'on avait tous besoin d'un café dans ce genre d'endroit. »

Elle tendit un café à la jeune femme, qui eut un frisson avant de s'en saisir. Jetant un œil expert sur la feuille de soin sur la table, elle vit qu'elle s'appelait Lily.

« C'est vraiment...Gentil à vous. Habituée ?

-Mon fiancé est ici depuis plus de quatre mois. Accident de voiture... » Ajouta-t-elle et Lily hocha la tête lentement. « ...On attend patiemment qu'il revienne.

-Au moins, il y a une chance qu'il se réveille. »

Les larmes pointèrent au bord des cils de Lily, qu'elle essuya rapidement.

« Mark ne s'en est pas tiré. Il a toujours été très fort, mais... »

Maria inspira longuement et laissa le silence poindre, comme pour faire le deuil de quelqu'un qu'elle n'avait pourtant pas connu. Elle avait un sale goût dans la bouche, le goût d'un trop-plein de morts pour rien. Elle tenta de ravaler cette idée avec une gorgée de café brûlant.

« Quand je suis sortie de l'accident, j'avais une belle bosse à la tête aussi. » Remarqua-t-elle.

Lily passa une main sur son front, et entreprit de stabiliser son souffle, qui avait brusquement commencé à faire des siennes.

« C'était pas un accident. C'est cette chose – Cette femme. On roulait tranquillement, et elle est apparue, alors on a braqué. Les flics ont dit qu'on l'avait heurté, mais c'est faux. Elle est passée au travers !

-Vous rouliez si vite qu'elle est passé par le pare-brise ?

-Non, vous ne comprenez pas. Elle est passée au travers de la voiture, comme si nous n'étions que du vent ! »

Le cerveau de Maria s'agita sous son crâne, des centaines de connexions se faisaient dans ses souvenirs pour identifier une créature capable de passer au travers de la matière. Mais à part les fantômes...

« Je sais, vous vous dîtes que je suis folle. De toute manière même moi je n'y crois pas vraiment...

-Non, je ne vous crois pas folle. » Répondit-elle d'une voix lente et basse, presque comme un grondement sourd. « Elle était comment, cette femme ? »

Lily lui lança un drôle de regard, mais elle n'en avait que faire. Elle savait qu'elle aurait l'air bizarre, mais après tout cette jeune femme s'était probablement fait la même réflexion à propos d'elle-même. La solidarité dans la folie, sans doute.

« Je ne saurais pas trop...Elle était entièrement en blanc, une longue robe blanche, comme ces chemises de nuit d'il y a une cinquantaine d'années. Elle était si pâle, si maigre... Qui aurait-pu penser qu'elle avait autant de force... »

La voix de Lily dérapa en sanglot et elle porta une main devant ses yeux. Le simple fait de froncer les sourcils devait lui faire un mal de chien, pensa Maria en posant protectivement une main sur son épaule.

« Ne vous en faites pas, ce n'était qu'une question bête. »

Une infirmière entra dans la pièce. Les bras chargés de papiers, elle entreprenait de faire le tri en même temps qu'elle marchait, et ses yeux se posèrent avec méfiance sur Maria, qui ne fut nullement ébranlée par cette nouvelle venue.

« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, voilà mon numéro. » Dit-elle en gribouillant les neuf chiffres sur le dos d'un vieux ticket de caisse. « Quoi que ce soit. Je suis disponible de jour comme de nuit.

-Merci. » Fit Lily en reniflant, le visage humide.

Maria fit un signe de tête à l'infirmière suspicieuse et fit demi-tour.

« Il y avait ce regard. »

Elle se tourna aux mots de la jeune femme, les sourcils froncés.

« Elle avait l'air tellement enragée, mais quand elle m'a regardé...De la sympathie. Comme vous. Comme là. »

Maria hocha la tête une seule fois, puis esquissa un sourire et sortit. Outre la désagréable surprise d'avoir été comparée à un monstre, elle se sentait déstabilisée. Depuis quand les spectres éprouvaient-ils de la sympathie ? Et de même, pourquoi était-elle encore en vie ?

Son téléphone sonna, et elle décrocha, dirigeant par la même occasion tous les regards haineux des employés de l'hôpital sur elle. Pas de téléphones dans l'enceinte du bâtiment. Elle fit comme si elle n'avait pas remarqué.

« Damon, salut, on s'est vu il y a quoi, vingt minutes ? Fit-elle remarquer, agacée.

-Tu devrais rentrer chez toi, et vite. J'ai fait une boulette je crois ! »

Elle soupira, et eut presque envie de piquer une crise comme une enfant de six ans devant une nouvelle poupée trop chère. Elle avait les nerfs à vif et Damon avait ce don d'aggraver son cas minute par minute.

« J'arrive, ne touche à rien et garde les mains dans tes poches. »


Il s'avéra que Damon avait en effet « fait une boulette », le genre de boulette qu'en général, il aurait pu régler seul, grâce à ses aptitudes personnelles. La situation avait pourtant tendu vers un puits de calamités approchant à cent kilomètres à l'heure, prêtes à renverser Maria d'une traite.

Elle pénétra dans son salon et sursauta à la vue d'un corps immobile à moitié renversé sur le divan, prêt à tomber par terre. Damon se tenait accoudé à la cheminée, frottant frénétiquement le bas de son crâne. Elle ne put s'empêcher de pousser un rugissement et fonça sur Damon, qu'elle frappa partout où elle pouvait l'atteindre.

« Pour une boulette, c'est une putain de boulette ! T'as tué quelqu'un et tu me ramènes le corps ? »

Un gémissement dans son dos lui indiqua qu'elle s'était trompée sur son premier point, ce qui ne l'empêcha pas de fulminer sur le crétin de vampire qui n'avait certainement pas fait que dire bonjour à ce pauvre homme.

« Je ne lui ai rien fait, il s'est évanoui !

-On se demande bien pourquoi Damon ! Pourquoi hein ? Pourquoi... » Elle lui donna un coup de poing dans le ventre, qui ne lui fit presque aucun mal. « ...Est-il... » Un autre, plus violent, elle vit les coins de sa bouche se tordre alors qu'il accusait le coup. « ...Évanoui dans mon salon ? » Au troisième coup de poing, il expira et poussa un petit « Oof ! » en se repliant sur lui-même. Il sourit, et elle ravala le commentaire qu'elle s'apprêtait à lui lancer, préférant soupirer. Elle s'accroupit contre la paroi de la cheminée, bras pendants sur ses genoux.

« Raconte, c'est quoi l'embrouille ?

-Je suis arrivé devant la maison, sa voiture était garée. Il était là à attendre sous le porche, alors je lui ai demandé ce qu'il voulait, et quand il m'a dit... Ça m'a un peu énervé. En fait, ça m'a surtout paru suspect. Alors j'ai un peu perdu mon sang froid et je lui ai fait ma petite grimace personnelle !

-Alors maintenant tu tires la gueule dès que quelqu'un te paraît suspect ?

-Je tire la gueule quand on en veut à ma copine. Et surtout, les seuls personnes que tu attires sont des créatures malveillantes ou des tueurs, et je suis la preuve de tout ce que je viens de dire, alors je pense avoir eu de bonnes raisons ! »

Maria leva les yeux au Ciel – il ne se passait pas un jour sans que la petite voix dans sa tête ne lui rappelle qu'elle était une saleté d'hypocrite pour tuer autant de bestioles, et rentrer pour passer la nuit avec un vampire. Elle avait encore du mal à assimiler le côté paradoxal de sa vie, elle qui n'avait vécu jusque là que dans un monde fait de « tout noir ou tout blanc ». Elle rougit néanmoins à la possessivité de son petit ami, de sa manière si brutale de dire tout haut ce qu'elle avait encore du mal à murmurer : Ils étaient ensemble. Ils n'étaient pas ensemble, comme quand on dit ça entre deux cours à une copine de collège, non, elle lui appartenait véritablement. Au milieu de toute cette hargne qu'elle lui montrait parfois – elle ne savait pas être douce et calme comme toutes ces nanas de séries TV – elle se rassurait en se disant qu'il comprenait tout de même ses intentions. Elle n'avait pas renoncé à ce qu'elle était depuis la naissance pour rien. Et il savait très bien ce qu'elle entendait par renoncer.

Ses yeux se posèrent sur l'homme blond sur le divan, qui commençait à s'éveiller. Il avait l'air très gauche, son corps était grand, peut-être faisait-il au moins une demi tête de plus que Damon Il était fin, mais pas mal-nourri, au vu de ses bras finement musclés sous sa chemise sombre recouverte d'un petit pull noir. Il avait la peau tellement blanche qu'on aurait cru qu'il avait été séquestré au fond d'une cave pendant des mois, mais ses lèvres rosées indiquaient qu'il n'était pas en mauvaise santé. Alors qu'il faisait une légère grimace de douleur – bien sûr, lorsqu'il s'était évanoui, Damon n'avait sûrement pas eu la bonté de le retenir, et il avait dû se cogner quelque part – elle entrevit des dents blanches, mais légèrement décalées. Il avait l'air propre sur lui, et elle s'attendait presque à l'entendre vociférer avec un léger accent anglais digne de la famille Windsor.

« Je ne comprends pas... »

Damon baissa les yeux vers elle avec une moue interrogatrice.

« Qu'est-ce qu'il a bien pu dire pour que tu réagisses comme ça ?

-Tu ne vas certainement pas aimer...

-Ce n'est pas la question ! Qu'est-ce qu'il a dit ? »

Elle fixa Damon, et lorsque les mots sortirent de sa bouche, l'air contrit, elle se sentit happée de nouveau par le tourbillon de problèmes qui l'avait submergé au sortir de l'hôpital. Elle posa de grands yeux éberlués sur le jeune homme qui ouvrait péniblement les yeux, et lorsque leurs regards se croisèrent, elle eut envie de hurler au cauchemar.

« Il a dit qu'il était ton frère. »


TAN TAN TAN ! La suite est en route, ne vous en faites pas !

Lucie96 : Ce n'était peut-être pas très compréhensible, en effet ! Mais ça rajoute un côté bordélique, non ? MDR En tout cas oui, tout ça pour son foutu spectacle...Mais il y a des choses qui sont très importantes pour certaines personnes, on n'a qu'à dire que c'était son œuvre inachevée ! Merci d'avoir lu ce chapitre en tout cas !

Lardon-ette : "J'ai bien aimé le fait qu'elle soit morte" Ouuuh, fais attention Patty va venir te hanter et te faire faire des grands écarts XD Mais oui, j'ai un peu honte quand même d'avoir crée ce personnage uniquement pour qu'elle meure...Une perte nécessaire, on appelle ça comme ça ?Par contre j'ai été super fière de moi en ramenant Anna à la surface, même si techniquement je n'ai fait que m'inspirer des événements de la série, que je vais dorénavant suivre d'un peu plus près ! Voilà, c'était l'info du jour ! MDR

April : MARIA EN TUTU. C'est une chose que je n'ai pas réussi à m'imaginer, même en écrivant le ballet. C'est con non ? Mais impossible de représenter cet animal sauvage qu'est Maria dans des collants XD C'est en effet très drôle ! Patty était une chochotte en effet ! Mais je me demande si je n'aurai pas eu la même réaction... En moins égoïste sans doute ! En tout cas ça me fait vraiment plaisir de lire que ma scène du ballet était bien écrite, ça me rassure parce que...J'ai galéré. Bien comme il faut. Du coup merci, MERCI !

Si vous voulez avoir une idée de la musique utilisée au chapitre précédent pour le ballet, il s'agit de "Sadness Waltz" de Charlie Mole, la bande originale du film (oui, je sais, c'est une magnifique coïncidence) "Le portrait de Dorian Gray" ( youtube /watch?v=x4Umh-intCQ ).