Yo,
Réponses aux reviews:
boubouille: Je ne crois pas que ça sera simple, effectivement... Merci de ton suivi, bonne lecture à toi !
Trolocat: Je suis contente que tu aies aimé ce chapitre, et oui pauvre Ichigo... (Ta prière concernant le plan de Grimm' sera prise en compte !) Bonne lecture à toi !
Voici le chapitre 26. Bonne lecture à tous !
Inemuri, nuit.
La porte de la chambre avait été scellée depuis l'extérieur. Pas de fenêtre, pas d'autre issue, pas un seul moyen de respirer l'air du dehors. Ils s'étaient retrouvés ainsi les quatre enfermés dans une chambre qui ne s'ouvrirait qu'au bon vouloir de leur tyran.
Et dans le silence macabre de cette boîte carrée en béton, on distinguait à peine de petits gémissements étouffés.
La plus jeune du groupe, Yachiru, s'était mise à mordre son pull trop large pour ne pas crier -sachant pertinemment que cela agaçait les adultes- lorsque la porte s'était ouverte sur deux hommes de mains d'Aizen. Ils avaient traîné sans mot dire les deux jeunes hommes à l'intérieur de la chambre. Les corps de Yumichika et de Shûhei étaient tombés lourdement à terre. Puis la porte s'était refermée et la clé avait tourné deux fois dans la serrure.
Depuis, Yachiru ne cessait d'étouffer ses pleurs et ses gémissements qui faisaient trembler sa gorge nouée par le chagrin et la peur. Sa main libre serrait le pull au niveau du ventre. Elle avait la nausée et détestait cela. D'habitude, Rangiku l'aurait prise dans ses bras et lui aurait donné un médicament ou elles seraient allées chercher un verre de lait avec un gâteau sec dans les cuisines. Mais là, la petite Yachiru se sentait bien seule.
Le silence l'effrayait de plus en plus. Elle vit Yumichika se relever un peu, assez pour se mettre à genoux et caresser les cheveux de Shûhei, les larmes aux yeux. Il restait sur le dos, immobile, la respiration bruyante.
Elle tourna la tête et vit Toshiro. Au moment où on les avait amenés ici, il s'était mis dans son coin favori un tout petit espace entre l'armoire et le mur. Il s'était recroquevillé et, comme il lui arrivait parfois, il s'était mis à se balancer d'avant en arrière en serrant ses mains sur ses cheveux comme pour les arracher. Dans ces moment-là, Kaien lui avait souvent dit de ne pas déranger Toshiro et qu'il s'occuperait de lui, qu'elle n'avait pas à s'en occuper. Elle voyait alors son héros brun chuchoter et caresser les cheveux et les dos du garçon lentement, pendant de longues minutes, puis tout allait mieux. Comme par magie. Mais là, Kaien n'était pas là. Toshiro avait arrêté de se balancer et avait plongé son regard sur le sol fait de lattes de bois.
N'y tenant plus, Yachiru s'approcha de Toshiro et pinça son pull pour attirer son attention :
— Shiro'… Ran'i et Kaien ne nous ont pas abandonné… hein ?
D'un coup sec, Toshiro repoussa la prise de l'enfant sans lui adresser un seul regard et garda le silence. Ses yeux brillaient et sa mâchoire tremblait.
Yachiru ne fut pas du tout satisfaite de cette réponse. Et elle en voulait une de réponse ! Offusquée et d'autant plus attristée de sentir que son grand-frère l'ignorait, elle parla plus fort en tapant cette fois le bras du garçon :
— Dis-moi c'est quand qu'on les reverra ! Je veux les revoir !
Sa voix chevrotait et ses yeux s'embuaient petit à petit. Toshiro l'ignora encore. Une larme sillonnait sa joue gauche.
Aussitôt, la petite Yachiru se sentit soulevée. Elle réalisa bientôt que c'était Yumichika qui la portait. Il l'emmena quelques mètres plus loin, là où se trouvait toujours Kaien quasi inconscient. Il prit la trousse de secours au passage. Puis il déposa délicatement l'enfant à terre. Elle s'assit en le regardant s'agenouiller à côté d'elle tout en essuyant ses yeux.
Lentement, il bougea les doigts de ses deux mains pour communiquer avec elle. En quelques jours, l'intelligente petite fille, curieuse et avide de connaissances, avait engrangé dans sa mémoire quelques dizaines de mots en langage des signes. Elle comprit ainsi rapidement :
« Pas de bruit. Tout le monde est fatigué et blessé. Tu veux bien m'aider ? »
Yachiru hocha la tête par l'affirmative. Ce n'était pas une réponse à sa question de toute à l'heure ça... C'était une manière de contourner sa question pour la faire penser à autre chose, elle en était persuadée. Mais, sur le coup, cela lui parut compréhensible. Peut-être qu'après tout, Kaien et Rangiku étaient réellement partis sans rien leur dire mais qu'ils reviendraient les chercher. Cette version lui plaisait.
Alors elle se concentra sur les demandes de Yumichika. Yachiru s'attelait à éponger son front et son arcade sourcilière en sang tandis que Yumichika soignait au mieux ses mains sévèrement abîmées à coups d'alcool désinfectant et de bandages.
Grâce aux soins délicats de la jeune fille, Hisagi trouva la force d'ouvrir les yeux et sourit légèrement à la vue de l'enfant. Il était rassuré qu'elle n'ait pas assisté à l'interrogatoire tout comme Toshiro mais il se doutait qu'elle devait se sentir effrayée et perdue.
— Merci… Yachiru… Tu es la petite fille… la plus courageuse que je… connaisse…
La dite petite le regarda et sourit aussi, ravie de le voir capable de parler et d'ouvrir les yeux. Sa voix avait coupé court au silence qui s'était à nouveau installé dans la pièce.
— Toi, tu sais si Ran'i et Kaien vont revenir nous chercher, hein ?
Aussitôt, Shûhei sourit du mieux qu'il put. Un sourire jaune, faux, calculé pour paraître vrai, bien sûr. Mais que pouvait-il faire de mieux ?
— Je crois… qu'ils nous préparent une bonne surprise…
— Vrai ?
— Ce n'est… qu'une question de temps… C'est comme… attendre le Père-Noël…
Yachiru eut un petit rire. Elle était rassurée maintenant. Ils étaient peut-être enfermés. Ils auraient peut-être faim. Mais désormais, elle attendrait patiemment que les deux autres reviennent.
OoOoOoOoOoOoOo
Demeure d'Aizen. Chambre. Lendemain matin.
Quand reviendrait-il ? Dans une heure ? Dans une minute ? Dans deux jours ?
Lorsqu'Ichigo avait ouvert les yeux, il s'était retrouvé seul sur le lit, allongé sur le ventre, les jambes écartées, les bras lassement posés et tordus de chaque côté de son corps. Une odeur nauséabonde envahissait ses narines. En bougeant légèrement, ondulant seulement le bassin dans son geste, il se rendit compte qu'il était lui-même la cause de cette odeur forte. Le constat fut rapide et simple : il s'était uriné dessus et le liquide avait imbibé les draps et sa peau. Il se sentait un peu honteux d'autant plus qu'il n'avait pas souvenir d'avoir agi d'une telle manière. Mais sa fatigue extrême et cet étrange vide au plus profond de son être lui firent oublier toute pudeur.
Il était sale. Il se sentait encrassé de liquides séchés. Son urine contre son ventre, du sang dans l'intérieur de ses cuisses comme sur toute la longueur de son dos… et du sperme vers son intimité. Les odeurs mêlées à celle de sa transpiration envahissaient considérablement son nez à chaque respiration peinée qu'il faisait.
Il avait tenté trois fois de se lever, en vain. La quatrième tentative lui permit de hisser sa tête et son torse hors du drap sali. Il prit une nouvelle inspiration et poursuivit son mouvement. Mais à peine leva-t-il son bassin pour se remettre sur ses jambes qu'il tomba de tout son poids par terre. Il n'avait plus aucune force. Chacun de ses membres tremblait sans qu'il ne puisse arrêter cela.
Après une hésitation, laissant régner un silence qui le rassurait, il rampa au sol, ventre contre terre, se dirigeant lentement mais surement jusqu'à la salle de bain. Il fallait qu'il prenne une douche, qu'il se lave de tout cela, qu'il oublie au plus vite.
Le chemin fut long et laborieux. Il arriva exténué et le souffle court. Il se hissa alors à l'intérieur de la douche et ferma les deux battants. Un dernier geste et il se sentirait plus libéré. Il leva maladroitement la main pour chercher à mettre en marche l'eau chaude. Il y parvint par tâtonnement, les yeux à moitié ouverts.
L'eau se déversa comme un torrent sur son corps faible et il eut soudain mal, surpris de devoir encaisser la force de l'eau. Il tourna la vanne à nouveau et expira en gémissant longuement de soulagement. L'eau chaude le plongeait dans une demi-conscience.
Plus apaisé et conscient, il entreprit de se frotter avec le gant et le savon à disposition. Il se servit généreusement et frotta aussi vigoureusement que sa force ne lui permettait. Il ne voulait plus rien conserver de cette saleté. Il se décrassa longtemps, jusqu'à ce que sa peau devienne rouge et lui fasse mal. Cette douleur lui paraissait salvatrice. Elle le purifiait d'une certaine manière. Il continua ainsi encore, espérant à chaque seconde qu'il ne verrait pas entrer soudainement Aizen à l'intérieur de la salle de bain.
Pas Aizen. Plutôt ce monstre ignoble et plein de fureur qui avait pris son apparence. Réellement, alors qu'il commençait à peine à connaître son bourreau, à percer un peu sa personnalité et bien qu'il le savait assez sévère en matière de punition et d'autorité, cet homme… non… cette chose qui l'avait attaqué tantôt n'était pas Aizen. Ou alors… une partie de lui, bien enfouie, la plus noire de son être. Sans compassion ni once d'humanité et d'une animalité enragée.
Quand il sentit que sa peau brûlait au contact de l'eau, il tourna la vanne. Avec un peu d'efforts, il réussit à se mettre debout et tendit le bras pour attraper une serviette propre sur le buffet à côté de la douche.
Il se sécha sommairement et enroula la serviette autour de sa taille osseuse. En se regardant dans le miroir il découvrit avec horreur un corps maigre, presque squelettique, et d'une pâleur cadavérique. Ses joues s'étaient creusées et d'immenses cernes violacés barraient le dessous de ses yeux en une ample vague. Il était méconnaissable. Il regarda plus attentivement son torse. Il était perlé de bleus plus ou moins gros, tirant sur le vert ou le jaune. On apercevait ses côtes saillantes. En montrant son dos au miroir, il crut défaillir. De larges déchirures rouges striaient toute sa peau de haut en bas. De nouvelles marques étaient apparues sur d'anciennes en lent cours de guérison.
Il ferma les yeux face à ce spectacle qu'il ne pouvait plus supporter. Il devait se cacher… s'habiller. Il tituba en dehors de la salle de bain. Il fut soulagé de se retrouver seul mais remarqua que les rideaux avaient été tirés, qu'on avait changé les draps sales pour de nouveaux propres et qu'un petit chariot rempli de nourriture attendait à l'entrée de la chambre dont la porte était fermée. De plus, alors qu'Aizen avait presque tout détruit la veille, faisant voler tous les meubles et cassant du verre, tout ce remue-ménage avait disparu, comme s'il n'avait jamais existé. Tout était rangé et nettoyé.
Les domestiques d'Aizen avaient dû passer pendant qu'il prenait sa douche. Ils étaient d'une efficacité surprenante et d'une discrétion bien trop effrayante. Ichigo découvrit enfin un ensemble traditionnel japonais posé sur une chaise, près de la commode. Ces habits lui étaient certainement destinés. Il les enfila lentement tout en observant la chambre. Il remarqua en un soulagement que la chaîne en fer avait disparu.
Réellement, c'était comme si rien ne s'était passé. Comme si le monstre qui était venu hier et qui avait tout détruit sur son passage n'avait jamais existé.
Il se dirigea ensuite vers le chariot et vit le parfait petit-déjeuner préparé joliment dans des plats et des soucoupes. Une tasse de café était préparée. Il plongea presque rageusement sa main dans la panière à croissants et mordit dans l'un d'eux à pleines dents. Il répéta le mouvement. Il finit le croissant en quelques secondes. Avant même d'avoir pu avaler la fin, il reprit une nouvelle viennoiserie qu'il mordit à nouveau. Encore et encore. Il se stoppa quand il faillit s'étouffer, remarquant enfin que dans sa rageuse litanie, il s'était mis à pleurer.
Il lâcha le reste du pain et tomba à terre, se laissant glisser dans son propre chagrin, en collant ses mains à son visage.
Il ne savait plus quoi faire. Il ne voulait pas se soumettre à Aizen et en perdre le reste de son âme. Il ne pouvait pas non plus lui désobéir au risque de revoir apparaître le monstre de la veille. Il ne pouvait enfin pas s'enfuir, persuadé qu'il échouerait à nouveau.
Il pensa alors à Grimmjow. Il voulait le revoir. Avec Renji. Il voulait se retrouver dans cette « cage dorée » qu'il avait surnommée la première nuit qu'il avait passée dans son QG. Il avait bien conscience maintenant que le mot cage était inapproprié. Il regrettait d'être parti le matin de la mort de son tuteur. S'il était resté, il aurait pu être mieux protégé et tout cela ne serait peut-être pas arrivé.
Il voulait retrouver Grimmjow. Il souhaita tout à coup, dans le silence de sa chambre entrecoupé de ses sanglots, qu'il le retrouve, qu'il exauce cette promesse qu'il avait faite à son tuteur de le protéger.
— À…l'aide… Grimm-…jow… Viens me sauver…
OoOoOoOoOoOoOo
QG de Grimmjow, au même moment.
Grimmjow se réveilla en sursaut. Il s'était endormi sur son bureau. Il avait fait un cauchemar, il en était sûr. Mais, maintenant, il ne se souvenait plus de rien. Il se leva et s'étira de tous ses membres. C'était une mauvaise idée de continuer à travailler aussi tard…
Il se rendit vers la petite cuisine de l'étage où il trouva Ulquiorra. Il était assis à une table, bras ballants, le regard perdu dans le noir de sa tasse de café. À l'entente du bleuté, il leva sa tête et croisa son regard. Ils se saluèrent silencieusement.
Grimmjow ne perdit pas de temps et se servit un café avec le reste trouvé dans la cafetière encore chaude. Il continua ensuite sa marche pour atteindre l'ascenseur. En bas du gratte-ciel, se trouvait le service d'infiltration et d'espionnage que tenait Renji.
Lorsque les battants s'ouvrirent, il trouva un étage bien calme et silencieux. Une suite de portes s'alignait autour d'un parfait et immense carré empli de différents bureaux. Il jeta un coup d'œil à sa montre qui avait laissé des marques sur sa peau en s'appuyant certainement dessus toute la nuit. La plus grande aiguille indiquait huit heures du matin.
L'heure parfaite du repos. Il sourit, comprenant que tous ses hommes devaient être rentrés après leur ronde de nuit et se reposaient maintenant dans leur chambre. Il se dirigea vers une porte précise et entra sans même s'annoncer.
Il trouva une chambre plutôt grande mais pas autant que la sienne. Un maigre mobilier sculptait le tout de manière ordonné. Seul détail en désordre : son bureau était rempli de paperasses, de dossiers ouverts ou pleins à craquer et des dizaines de clichés et de cartes se répertoriaient soigneusement sur le mur face à la table, formant une ingénieuse toile d'araignée d'informations diverses que seul Renji, le propriétaire de la chambre, pouvait comprendre.
Soudain, une porte sur le côté –donnant sur la salle de bain- s'ouvrit et le dit jeune homme apparut dans le plus simple appareil, ses longs cheveux rouges détachés, s'essuyant encore le torse avec une serviette blanche. Il aperçut soudain son supérieur, tout sourire.
— Mon Dieu, Grimmjow ! T'aurais au moins pu frapper, merde ! jura-t-il en cachant au plus vite sa virilité.
— Ça m'aurait enlevé tout le plaisir de voir ta tête !
— Tss… J'te jure…
Aussitôt, Renji saisit un ensemble d'habits qu'il avait préparé sur son lit plié au carré militaire et s'enferma le plus vite possible dans la salle de bain.
— Tu allais te coucher ? héla Grimmjow pour être sûr d'être entendu.
— Évidemment ! J'suis pas payé à faire des heures supp' ! Mais tu vas vouloir que je raccourcisse ma « nuit », c'est ça ?
— C'est ça.
Renji sortit. Il portait un jogging et un tee-shirt blanc et avait attaché ses cheveux en un chignon maladroit.
— Déjà que t'as pas voulu nous en dire plus hier soir après ta conversation avec Aizen… T'es mystérieux, tu te méfies de tout le monde ou quoi ?
— C'est à peu près ça. Et puis, je devais y réfléchir, ça ne servait à rien que je vous en parle aussi vite.
— Alors la réunion générale est bien à vingt heures ?
— Effectivement. Mais j'aimerais que tu t'occupes d'un petit quelque chose avant.
— Un problème sur le terrain ? dit Renji d'un ton plus inquiet en croisant ses bras sur le torse.
— Non, pas d'inquiétude, tes hommes font du bon boulot. Tu restes ici pour aujourd'hui.
— Alors ça concerne ce que tu prépares, hein ?
— Touché. Nelliel fait partie de mon plan. Elle arrive à quinze heures. Je veux que tu la fasses tirer dans la salle d'entraînement.
— Quoi ?! Merde, t'es pas sérieux ?!
Grimmjow sourit encore et leva l'index en dodelinant de la tête :
— Tu discuterais un ordre de ton supérieur ?
Renji claqua la langue dans sa bouche et résista à l'envie d'en dire plus en serrant ses dents.
— Bien. J'm'en occupe….
— J'préfère ça.
Quelques secondes plus tard, Grimmjow était parti, laissant Renji se reposer dans sa chambre. Le bleuté avait encore du travail à faire, mais préféra d'abord aller se doucher.
OoOoOoOoOoOoOo
Plus tard, 15h00
Alors que Grimmjow travaillait à nouveau à son bureau, on frappa à la porte. Sans attendre sa réponse, la personne entra. Ça ne pouvait être que Nelliel. Elle n'était pas habillée de manière extravagante comme à son habitude. Elle avait revêtue une tenue de sport plutôt sobre : un pantalon noir moulant en lycra et des baskets d'une blancheur éclatante ainsi qu'un haut caché sous un gilet gris fermé. Elle avait remonté ses cheveux en une haute queue de cheval et portait sous le bras un sac en forme cylindrique.
Grimmjow arrêta son travail pour se pencher confortablement sur son fauteuil et croiser ses mains pour regarder la jeune femme débarquer. Tout sourire, elle s'approcha de lui à grands pas et déposa un baiser sur sa joue droite.
— Si tu m'as appelé dans une telle situation; commença-t-elle; et que tu m'as demandé de prendre mes affaires pour passer la nuit ici… c'est que tu veux me faire tirer, c'est ça ?
Grimmjow leva les yeux au ciel en expirant. Nelliel, comprenant qu'elle avait vu juste, afficha un air satisfait et malicieux. Le bleuté lui rendit son sourire : elle était beaucoup trop vive d'esprit et intelligente. Il ne regrettait pas de l'avoir auprès d'elle pour accomplir son plan.
— Je vais avoir besoin de toi pour une mission; dit-il en se levant de son fauteuil; mais tirer ne reste qu'un moyen de dernier recours, je te préviens !
— Tu dis ça comme si j'étais une machine à tuer… ; répondit-elle en bougonnant, les mains sur les hanches.
Au regard insistant de Grimmjow, Nelliel rougit et expira un grand coup :
— C'est bon j'ai compris, je me comporterai bien ! Je suppose que tu m'en diras plus toute à l'heure.
— Ce soir, pour être précis. Une réunion générale est prévue. Pour l'heure, tu vas t'entraîner. Renji t'attend en bas.
À la mention du bras droit de Grimmjow, Nelliel se renfrogna et rougit encore plus.
— C-comment ça ? On ne va pas s'entraîner tous les deux ?
— J'ai encore des choses à faire. Et Renji est meilleur coach que moi.
Grimmjow passa une main bienveillante dans le dos de la jeune femme pour l'entraîner avec lui hors de la pièce. En attendant l'ascenseur, il entendit distinctement Nelliel murmurer pour elle-même :
— Il n'est meilleur en rien du tout, oui…
Il sourit discrètement et la laissa entrer en premier dans la cabine. Lorsqu'ils arrivèrent à l'étage de la salle d'entraînement, près du sous-sol, des bruits de lutte, de combat et de tir au revolver résonnaient déjà en écho dans l'immense et unique pièce. On pouvait apercevoir un ring au fond sur lequel s'affrontaient deux hommes torse nus d'autres tapaient dans un sac de sable; puis de l'autre côté on se battait aux arts martiaux sur un tatami. Tout près sur la droite, un alignement de postes de tir se profilait sous les yeux de Nelliel et Grimmjow. Une suite parallèle de mannequins en carton décorés de points rouges servait de cibles.
Nelliel sourit à la vue de la zone d'entraînement et rejoint rapidement le coin de tir. Elle déchanta aussitôt en apercevant Renji qui se retourna à leur arrivée, une arme en main, s'éloignant d'un tireur à qui il venait de donner des conseils.
— Nell'… ; voulut-il commencer d'une voix douce.
— Pour toi c'est Nelliel; le coupa-t-elle sèchement.
— Tu commences déjà ?! Bon dieu, t'as pas changé ! T'es toujours aussi….
— Hey. Stop; répliqua Grimmjow avant que Renji ne s'emballe; c'est vraiment pas le moment.
— C'est lui qui a commencé à me manquer de respect; observa Nelliel.
— Parce que tu crois qu' toi t'es un ange niveau respect ?! s'indigna Renji; Quand tu t'es barré du jour au lendemain pour aller…
— Taisez-vous tous les deux ! cria soudainement Grimmjow; j'en ai vraiment rien à foutre de vos histoires d'amour…
— Il n'y a pas d'histoire d'amour ! répliquèrent ensemble Renji et Nelliel en lui adressant un regard noir.
Grimmjow expira et se frotta les yeux d'une main, agacé. Il était à peine quinze heures et il était déjà fatigué à cause de ces deux-là au passé entremêlé et noueux. Après un court silence, il reprit d'un ton plus calme mais ferme:
— On met en jeu nos putains de vie pour tenter de déjouer une saleté de psychopathe et de sauver ceux qu'on peut, alors je crois que vos disputes, vous pouvez les remettre à plus tard.
Un nouveau silence s'installa avant que Renji ne renifle un bon coup :
— Excuse-moi, patron.
Grimmjow hocha la tête en signe de compréhension.
— C'est bon, j'suis en rogne, on peut commencer; répliqua Nelliel aussitôt.
Elle s'approcha lentement de Renji qui ne sut comment réagir face au sourire malicieux qu'elle lui adressa. Elle glissa une main sur le torse de ce dernier en susurrant :
— On commence quand vous voulez, senseï…
Renji déglutit et desserra à peine les lèvres pour répondre :
— Tu… Tu n' as qu'à me montrer ce que tu sais faire…
— Avec plaisir.
Lorsque Nelliel continua de longer ses mains sur le long de son torse, Renji s'en voulut aussitôt pour ce qu'il venait de dire, comprenant le double-sens. Mais Nelliel le surprit encore en saisissant brusquement le revolver qu'il tenait dans la main droite. Il la vit se délecter de son tremblement surpris. Il serra les dents, se sentant ridicule.
— Commençons.
Sur ces mots, Nelliel vint abaisser la fermeture éclair de son gilet pour découvrir rien d'autre qu'une brassière de sport qui dévoilait sans pudeur un décolleté plongeant et un tour de taille parfait. S'assurant que Renji avait bien rougi en la voyant, elle partit pour se positionner sur une marque de tir.
— Bon sang, c'est pas vrai; fit Renji en cherchant à fuir l'image de la jeune femme sous ses yeux; tu ne dis rien toi ? s'adressa-t-il à Grimmjow.
— L'ayant connu enfant, je suis immunisé. Pour moi, c'est toujours une gamine pleurnicharde et casse-cou. Mais avec un flingue.
— Tch. Et elle assure.
En effet, les deux hommes purent admirer Nelliel tirer cinq coups consécutifs sur sa cible à vingt mètres, visant à chaque fois la tête, formant un joli cercle de balles au niveau du front. Puis elle s'amusa, tout sourire, à tirer sur les cibles d'à côté, sans jamais se tromper. Les autres tireurs avaient stoppé leur entraînement, en complète admiration.
— Et je suis censé lui apprendre quoi ? demanda Renji entre deux coups de feu.
— Contente-toi de l'entraîner sur des cibles en mouvements rapides. Faut juste qu'elle se dérouille un peu avant demain.
— Punaise… Elle fout toujours autant la frousse…
— Fais attention à ce qu'elle n'entende pas ce genre de choses, ça lui ferait bien trop plaisir.
Ils la virent alors arrêter les tirs par manque de balles et crier autour d'elle « Donnez m'en un autre ! » en agitant son arme. Renji soupira. Avant qu'il ne se dirige vers elle, Grimmjow se contenta de l'encourager et par là-même de le saluer par une petite frappe sur son épaule.
Mais alors qu'il se retournait pour partir, il tomba sur Ulquiorra.
— Putain de merde, tu fais toujours aussi peur, toi…
Ulquiorra haussa un sourcil mais ne bougea pas. Il revêtait des habits que Stark lui avait prêtés, légèrement trop grands pour lui. Son visage pâle apparaissait encore plus cadavérique sous les spots blancs de la salle de sport.
— Je veux tirer moi aussi.
— Quoi ?
— La fille. Elle s'entraîne pour le plan que vous préparez. Je veux en faire partie et tirer aussi.
Grimmjow se laissa quelques secondes pour comprendre et soupira de fatigue. Quinze heures et déjà fatigué par tout ce monde autour de lui…
— Écoute, t'es déjà bien assez dangereux sans arme, alors tu penses vraiment que…
— J'ai aussi mon rôle à jouer dans cette histoire. Si je suis là, c'est parce que vous avez dit que je pouvais apporter mon aide.
Grimmjow s'approcha du plus petit brun et leva l'index pour lui dire, le regardant droit dans les yeux :
— Le plan de demain ne consiste pas à ouvrir en grand les portes du QG d'Aizen, passe une autre fois, si j'suis encore de ce monde.
Puis il fit mine de le contourner pour rejoindre l'ascenseur. Mais ce fut sans compter la rapidité d'Ulquiorra à lui répondre :
— C'est pour sauver Kurosaki n'est-ce pas ?
Grimmjow se figea et ferma les yeux deux secondes. Il avait de plus en plus l'impression qu'il sous-estimait le jeune homme.
— Vous n'y arriverez pas avec une seule tireuse. Il faut une équipe.
— Moins on est dans cette mission, moins vite on est repéré.
— Il faut au moins un tireur en plus pour soutenir le premier. Je voudrais participer. Si je peux faire quelque chose qui puisse enrager Aizen, je le ferai.
Après un court instant, Grimmjow acquiesça de la tête sans se retourner et lança :
— J'y réfléchirai. Tu auras ta réponse ce soir ! Mais tu n'as qu'à te défouler au tir en attendant.
Et Grimmjow partit vers l'ascenseur. Ainsi à l'abri des regards, Ulquiorra se permit de faire naître un maigre sourire sur son visage.
OoOoOoOoOoOoOo
Au même moment, infirmerie du QG
Kaien venait de recevoir de nouveaux bandages pour sa main qui cicatrisait rapidement. Il vit tout près de lui Gin Ichimaru, son sauveur, le plus grand des traîtres, sourire à une infirmière pour la remercier d'avoir examiné et pansé à nouveau sa hanche, là où il avait reçu une balle. Il avait étonnamment bonne mine pour un blessé et appréciait sourire dès qu'une occasion se présentait. Mais Kaien se doutait bien du mal-être que ressentait l'homme à présent, son renfermement, sa solitude et son inquiétude. Il ne montrait rien, par habitude de porter un masque.
Les deux se retrouvèrent bien vite devant le lit de Rangiku. Elle se reposait, le corps bandé et reposé sous une chaude couette qui la bordait. Les médecins avaient été optimistes, elle devrait bientôt se réveiller, pleinement consciente bien que certainement fatiguée. Son bras droit sortait de la couette, percé par intraveineuse d'un fin tube relié à une poche... un ensemble de nutriments pour lui redonner de l'énergie.
Gin et Kaien s'étaient assis de chaque côté de son lit, sur des chaises qu'on leur avait apportées. Ils gardaient le silence, respectant le repos de la jeune femme. Quand Kaien la regardait, il ne pouvait s'empêcher de penser à tous leurs autres compagnons de chambre d'infortune restés à Inemuri.
Ils devaient être terrifiés, hantés par de multiples questions en se retrouvant seuls, abandonnés par Rangiku et lui. Il se pinça la lèvre inférieure et ferma les yeux avec force pour s'empêcher de pleurer. Il avait l'habitude de tout faire pour protéger les autres, pour qu'on se sente en sécurité grâce à lui. Mais, pour le coup, il avait échoué. Il revoyait toujours le moment de sa fuite avec Gin Ichimaru dans sa tête. Cette course éperdue. Cette adrénaline. Ces sons de coups de feu tonitruants dans les couloirs sombres. Il aurait pu aller les sauver. Il n'avait qu'à monter les escaliers. Mais non. Il avait couru tout droit. Il n'avait rien fait pour eux. Et à présent, que s'était-il passé ? Aizen s'était-il vengé sur eux, comme s'ils étaient des complices ? Son souffle se bloqua soudain au fond de sa gorge. Étaient-ils seulement vivants ?
Ses pensées morbides moururent soudainement dans le léger halètement qu'il perçut tout près de lui. Il rouvrit les yeux et leva la tête. Gin s'était approché lentement du lit pour s'asseoir sur le bord. Il caressait les cheveux roux de la jeune femme qui se réveillait à peine.
En entendant sa respiration devenir difficile, le traître enleva délicatement le masque respiratoire qu'elle portait jusqu'alors. Il plongea son regard dans celui de Rangiku qui ouvrait ses yeux lentement.
— Hey… Bienvenue parmi nous…; chuchota Gin.
La jeune femme cligna des yeux, reprenant peu à peu contenance. Kaien s'approcha aussi du lit mais préféra laisser à Gin le soin de la réveiller.
— Monsieur… Ichimaru…; murmura Rangiku difficilement.
Gin eut soudain un regard triste mais afficha tout de même un sourire qui paraissait –c'était bien la première fois- honnête.
— Non, ne dis plus ça, Ran'… C'est fini… Appelle-moi Gin… comme avant…
Rangiku tenta de bouger mais réprima son geste dans un gémissement de douleur que Gin rassura par de nouvelles caresses dans ses cheveux. Elle tourna la tête lentement sur le côté et aperçut Kaien qui lui tenait tendrement la main, un sourire triste au visage.
— Bonjour Ran'… Tout va bien… Nous sommes sauvés…
— Q-quoi ? Kaien… tu… Et les enfants ?
Kaien ne put s'empêcher de baisser la tête à l'entente de ces derniers mots. Il ne pourrait pas lui dire. Il n'aurait pas le courage. Gin dut remarquer son malaise car il enchaîna avec une voix tout aussi douce :
— Ran', tout s'est passé très vite. On n'a pas pu les sortir de là avec les autres… Mais nous irons les chercher, je te le promets…
Kaien lança un regard rassuré envers Gin. Rangiku, quant à elle, comprenant peu à peu, vit ses yeux se remplir de larmes :
— C'était toi…; murmura-t-elle à l'argenté; ça a toujours été toi… Tu n'avais pas changé… Pourquoi… tout ce temps…
— Je devais approcher Aizen et gagner sa confiance pour le connaître… Il fallait que je reste près de toi pour te sauver. Maintenant, je vais pouvoir te venger, Ran'.
La jeune femme vint plaquer sa main contre sa bouche pour tenter de cacher un sanglot mais ne put se retenir bien longtemps de pleurer. Rangiku, les yeux fermés, sentit la main de Kaien serrer plus fort la sienne. Puis elle trouva une chaleur réconfortante tout contre elle en la personne de Gin qui vint la serrer contre son torse.
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Dans la nuit
Stark appuya doucement sur l'accélérateur lorsque le feu passa au vert. Il s'était mis à pleuvoir légèrement. Des nuages noirs plongeaient encore plus la ville dans l'obscurité de cette heure tardive. L'asphalte mouillé était devenu un véritable miroir de néons et autre spots lumineux colorés.
Sa voiture se fraya un chemin parmi tant d'autres sur un des grands boulevards de Shinjuku. Il ne chercha ni à accélérer ni à dépasser. Il préférait le calme. Le calme avant la tempête. Celle qui s'annonçait demain.
Il repensait encore à la réunion menée par Grimmjow Jaggerjack, un peu plus tôt dans la soirée, et de laquelle il sortait.
En y réfléchissant, cet homme l'avait inquiété au départ. Il avait voulu rester méfiant et faire chemin seul. Mais il se rendait compte à présent de l'importance de leur alliance et, mieux encore, de leur confiance mutuelle. Il en était sûr maintenant, après les histoires d'Ulquiorra et de Gin lévitant autour de la personne d'Aizen : c'était réellement un jeu d'alliances qui ferait pencher la balance d'un côté ou d'un autre.
Une heure plus tôt
Grimmjow avait indiqué pour la réunion de vingt heures une salle de conseil qui lui servait le plus souvent pour accueillir ses clients et fournisseurs. Il s'agissait bien là d'une toute autre affaire.
Autour d'une table ovale en bois sombre et vernis se tenaient les acteurs principaux du plan qu'il avait songé pour son rendez-vous du lendemain avec l'ennemi : Renji, à sa droite, suivi de Stark et d'Ulquiorra Nelliel à sa gauche, à côté de Gin et enfin Kaien.
— Bien. Ce soir, ce que je vous dirai restera entre nous. Pour les vingt-quatre prochaines heures, je veux que vous gardiez le silence sur tout ce qui va pouvoir se dire dans cette pièce. Je suis bien clair ?
Grimmjow reçut en moins de temps qu'il ne faut pour le dire un ensemble d'acquiescements. Les visages étaient sérieux et l'atmosphère solennelle.
— Demain soir, j'ai rendez-vous avec Aizen Sosuke à l'Ishikawa. Il s'agit d'un de mes restaurants. Le terrain est donc à mon avantage. Mais pour ne pas paraître trop craintifs, je ne prendrai à mes côtés que Nnoitra et Renji. Pas d'armes à portée de vue. Nous verrons comment lui a décidé d'agir.
— Quel est le but de cet entretien ? demanda Nelliel, nettement plus froide qu'à son habitude.
— Il veut ma Caja Negación, autrement dit, un contrat de soumission à son empire sur tout Tokyo. Si j'accepte je deviens son pantin, si je refuse je finis comme Yoruichi.
Le regard du bleuté devint plus grave encore et se posa sur Gin, mal à l'aise. Ce dernier pouvait ressentir la colère sous-jacente du jeune entrepreneur à son encontre et cela était tout justifié. Bien sûr, c'était lui qui avait été obligé de supprimer Yoruichi Shihoin.
Gin chercha une position plus confortable sur son siège puis joignit ses mains sur la table en déclarant :
— Une chance que vous apparaissiez à ses yeux comme le joyau de sa collection. Il vous veut à son service car vous l'intéressez. Si ce n'était pas le cas, vous seriez déjà mort. C'est là votre avantage. Il faut l'avoir à son propre jeu.
Tout le monde perçut alors l'intelligence et la malice de l'homme qui avait su dupé pendant des années le plus grand et le plus dangereux des magnats japonais.
— Effectivement; assura Grimmjow; ce dîner n'est qu'un long prétexte pour agir sur un autre terrain. Néanmoins, cela risque de se gâter au moment où il comprendra la supercherie. C'est là que vous interviendrez, Stark, avec quelques-uns de mes hommes que je laisserai à vos ordres. Vous resterez planqué jusqu'à ce que ça dégénère. Il aura lui aussi des hommes cachés quelque part, c'est certain. Je veux le moins de pertes possibles. Il ne s'agit pas d'une fusillade mais d'une simple intimidation. Ne croyons pas un seul instant qu'Aizen sera battu le soir-même. Je prévois ça pour plus tard.
Stark acquiesça, conscient de son rôle à jouer et du danger que cela comportait. Grimmjow Jaggerjack lui faisait confiance, c'était évident. Il en ressentait à présent une certaine forme de reconnaissance. Il ferait tout pour éviter des morts inutiles.
— Cet entretien l'oblige à se tenir à l'écart de ses affaires; poursuivit Grimmjow; autrement dit, ses surveillances sont affaiblies et s'il veille, comme je le pressens, plus à sa propre sécurité qu'à ses affaires, elles deviennent vulnérables tandis que l'attention de tous ses hommes se focalise sur sa petite personne. Ce déséquilibre dans l'habituel contrôle de son territoire sera notre ouverture.
Le bleuté saisit alors une petite pochette en carton beige et la montra à tous :
— Grâce aux informations d'Ichimaru et aux éclaireurs de Renji la nuit dernière, nous savons où pieute l'empereur. Et, accessoirement, où se trouve Ichigo.
Stark écarquilla ses yeux, observant le regard rassuré de Grimmjow et le sourire satisfait de Gin. Jusqu'alors, de son point de vue de policier, il croyait Ichigo mort ou enfermé dans un lieu à jamais inaccessible. Mais il prenait bien conscience que, par l'intervention d'un seul traître, la situation changeait du tout au tout.
— Je vous le dis cash : demain soir je veux savoir Ichigo entre les mains de mes médecins. Ce sont Ichimaru, Ulquiorra et Nelliel qui s'occuperont de cette mission.
— Quoi ?! s'insurgea un peu trop vite Renji; seulement trois personnes ?
— Exactement; reprit Grimmjow; même si Aizen peut se douter de quelque chose en sachant Ichimaru de notre côté avec toutes ses informations, il va devoir faire un choix. Sa protection ou celle de sa demeure.
Renji le regardait, éberlué. Il n'avait tout de même pas…
— J'ai parié sur sa propre protection.
… joué une décision à pile ou face ?
— C'est du suicide ! Trois personnes pour infiltrer une demeure entière surveillée et certainement habitée par plusieurs dizaines de personnes ? C'est de la folie…
— Non, c'est une initiative justement calculée. Ichimaru connaît la demeure comme sa poche. Nelliel et Ulquiorra sont doués pour la discrétion et ne manquent jamais leur cible. S'ils doivent abattre un ou deux hommes, je ne m'inquiète aucunement. C'est à toi de leur faire confiance.
— C'est parce qu'il doute de moi; fit Nelliel en pliant ses bras sur sa poitrine, l'air déçu.
— Ça suffit Nelliel, c'est en se surestimant qu'on finit le plus vite avec une balle dans la tête ! rugit le bras droit.
— Comment peux-tu dire que je me surestime ? Tu ne m'as jamais vu à l'œuvre !
— Stop, vous deux; répondit Grimmjow; Renji, je ne reviendrai pas sur ma décision. Ils délivreront Ichigo pendant que nous ferons diversion avec Aizen. C'est notre seule chance. Nous nous retrouverons tous au QG dont je renforcerai la surveillance avec les hommes de Kensei.
Retour dans la voiture de Stark
Il se gara sur le petit parking privé de son immeuble. Mais, même une fois la clé retirée, il n'osa pas tout de suite sortir de sa voiture. Il avait de plus en plus de mal à faire face à sa fille le soir venu tandis qu'il passait la journée à se demander s'il survivrait jusqu'au crépuscule, s'il ne mettait pas son propre enfant en danger pour une affaire pareille.
Il doutait à nouveau, à la veille d'un grand tournant dans cette histoire. Demain, il s'endormirait soit après le baiser de sa fille sur sa joue soit à la suite d'une balle dans sa poitrine. L'enjeu était de taille une victoire pouvait lui apporter une renommée respectueuse à son travail et un nouvel élan dans l'application de ses valeurs. En tant que policier, il avait toujours voulu mettre son énergie dans l'application de la loi et la punition des crimes. Si demain il parvenait à agir comme tel, il saurait pourquoi il aurait parcouru tant de chemin. Il souhaitait cette victoire de toute son âme, raison pour laquelle il ne pouvait pas baisser les bras et abandonner si près du but. Il ferait régner le Bien contre le Mal, par tous les moyens possibles.
Il sortit finalement et se couvrit comme il put à l'aide de son long manteau pour échapper à la pluie. Empruntant les escaliers à défaut d'un ascenseur en marche, il rejoint bien vite son appartement et trouva, tout à fait surpris, sa fille et sa baby-sitter assises sur le canapé en train de regarder Batman à la télévision.
— Papa ! cria Lilinette en rejoignant son père en une foulée.
Le susnommé la réceptionna dans ses bras et l'embrassa pour la saluer :
— Toujours pas au lit, Miss ? demanda-t-il avec une pointe d'humour.
— C'est Lisa qui a dit que si je travaillais bien à l'école, on regarderait plus d'épisodes !
— Et tu as brillé, je présume ?
— J'ai eu la note maximale en maths !
Stark sourit et embrassa à nouveau sa fille sur son front :
— Je suis très fier de toi, ma Lili'. Félicitations.
La petite gloussa de plaisir. Il la reposa à terre et remercia Lisa en lui donnant son salaire habituel. La jeune femme quitta les lieux après avoir salué amicalement Lilinette. Stark enleva son manteau et retroussa ses manches de chemise. Il ne restait plus qu'à réussir à coucher sa fille avant de pouvoir se reposer lui aussi dans un lit.
