Titre : Never Say Die stories : The future of the past

Source : Gundam Wing AC

Auteur(e) : Lysanea

Genre : yaoi, romance, basée sur l'histoire originale et sur ma fic Never Say Die

Disclamer: aucun des personnages ne m'appartient

Rating : K

Personnages : Duo Maxwell, Trowa Barton

Notes : Bonjour à tous. Merci d'être là pour lire ce nouveau texte. On plonge encore un peu dans les profondeurs psychologiques des personnages, mais c'est l'une des dernières fois concernant Duo. Les prochains seront plus légers et courts avant de commencer à s'intéresser à Heero et comment il a vécu cette lourde épreuve de 5 ans.

Un merci spécial à Katana, à la très chère Yuy, sans oublier une petite Mite, la plus supportable que je connaisse en ce monde, Madame Calamithy !

Bonne lecture à vous !

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The future of the past

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Protectorat de Shamaland – Coco Island

Cimetière central

Août AC 205

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Munis de leurs gobelets XL de jus de fruits glacés, Duo et Trowa s'installent sur un banc, que quelques rayons de soleil arrivent à atteindre à travers le feuillage du grand chêne qui l'abrite.

De là, la moto de Trowa est assez visible pour qu'il puisse y jeter un œil de temps en temps.

Comme il a pu se dégager du temps, il a proposé à Duo de faire une petite promenade pour découvrir un peu plus l'île, ce qu'il a immédiatement accepté.

Ils en ont profité pour faire un arrêt au cimetière.

Duo est revenu depuis presque trois semaines de Middle Prussia, il est plus que temps pour lui d'aller saluer ses amis et collègues disparus. Ceux victimes de l'attentat, mais également les quelques autres qui ont péri ces dernières années.

Duo est passé de l'euphorie de la virée en moto, la vitesse, le vent chassant la brûlure du soleil, les paysages magnifiques qui défilaient, à une profonde tristesse, paisible et sereine, alors que Trowa le guidait à travers le parc boisé abritant le cimetière.

Dans un silence solennel ou échangeant quelques mots à voix basse, ils se sont rendus de tombes en stèles commémoratives, du Jardin du souvenir du crématorium aux différents carrés religieux et laïcs.

D'un commun accord, ils se sont ensuite arrêtés à l'une des petites buvettes du cimetière, qui est aussi un très grand parc naturel réaménagé, pour étancher la grande soif née de leur longue marche, en cette chaude journée estivale.

- Comment tu vas, Duo ? demande Trowa après qu'ils aient bu et savouré une première longue gorgée rafraîchissante de leurs boissons.

- Tu veux dire, après avoir fait cette super balade, en me retrouvant devant la tombe de Lady Une et la stèle de Sally, entre autres, ou plutôt en général ?

Trowa ne dit rien, le laissant lui-même décider ce à quoi il veut répondre, ce dont il souhaite se confier, ce qu'il a besoin d'exprimer.

- Ça va à peu près… je pense, finit par soupirer Duo. Bon, la virée en moto, c'est clair que c'était génial, comme idée !

- C'est pas fini.

- J'espère bien ! Les côtes et les paysages sont magnifiques…

- Hm.

- Pour les cheffes, ça fait un choc, j'avoue. J'ai eu beau avoir accepté leurs disparitions, me retrouver ici… C'est comme si c'était devenu réel. Lady Une est bien là-dessous… Ce qui reste de son corps, en tous cas. Et Sally… seul son esprit et ses souvenirs demeurent, il n'y a rien derrière sa stèle. Mais c'est comme si quelque chose d'elle était toujours là, je le sens. Je sais que toi, tu crois pas trop à ces trucs-là…

- C'était le cas.

- « C'était » ? relève Duo.

Trowa garde les bras croisés sur son torse et les yeux clos, mais laisse échapper un léger soupir.

- Je n'avais encore jamais perdu une personne à laquelle je tenais vraiment.

- T'étais le plus proche de Lady Une, c'est vrai. Un peu comme Wufei avec Sally.

- Elle ne représentait pas autant, pour moi, mais… elle était mon amie.

- Et ce n'est pas rien, te concernant. C'est marrant, on a chacun été proche d'une femme, tout en ayant avec elles des relations différentes : Heero et Réléna, Une et toi, Hilde et moi, Quatre et Dorothy, Wufei et Sally...

- Exact, reconnait Trowa, avant de reprendre un peu de jus de fruits frais.

Il sent sa gorge s'assécher, mais il ne sait pas si c'est la chaleur ou l'émotion du souvenir qui en est la cause.

- J'avais pas réalisé encore, mais ça a du être particulièrement difficile pour toi, alors, la perte de Lady Une…

- Je n'ai pas pu lui dire au revoir.

Compréhensif au possible, Duo hoche la tête.

- C'est ce qu'il y a de plus cruel dans les morts violentes et brusques. Je comprends que ce soit si difficile pour certains de faire le deuil sans avoir vu le corps, avant. Ça suffit pas toujours, aussi…

- Mais ça aide.

- Oui…

Duo se perd un moment dans ses réflexions en sirotant son jus, son regard balayant les tombes, les statues, les promeneurs, endeuillés ou non.

- Je t'ai répondu pour la balade et les cheffes, reprend-il après ce silence que Trowa a respecté avec intelligence. Maintenant, savoir comment je vais, en général… c'est… bizarre… J'ai parfois l'impression d'être un yoyo.

Comme Duo s'est tourné vers Trowa, il le voit sourire.

- Quoi ? lui demande-t-il, surpris par cette réaction.

Ce n'est pas si facile que ça de tirer un sourire à Trowa, alors il ne voit pas trop ce qu'il a pu dire qui l'aie provoqué.

- C'est comme ça que t'appelais Heero, avant.

- Oui, c'est vrai ! se souvient-il alors que Trowa ouvre les yeux. Le « Perfect Yoyo ». C'était avant qu'on soit ensemble… Il me rendait dingue, à faire des allers-retours, à pas savoir ce qu'il voulait…

- Tu donnais aussi cette impression, Duo.

- C'est pas faux, reconnait-il, tout penaud.

- Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut voir.

- Comment ça ?

- Tu voulais Heero, il te voulait. Mais vous aviez peur de trop en vouloir et de tout perdre, inconsciemment ou non. Alors vous faisiez comme si vous ne compreniez pas ce qui se passait.

Duo médite ses paroles en replongeant dans ses souvenirs.

- Ce devait être quelque chose comme ça. L'amitié d'Heero était tellement importante, pour moi ! Quand on pense à nos débuts chaotiques, on pourrait dire que c'était un vrai miracle, qu'on soit devenus si proches ! Je voulais pas risquer de le perdre…

- Lui non plus.

- Avec le recul, je le comprends, mais à l'époque… J'avais du mal à croire qu'Heero puisse…

- T'aimer ? propose Trowa devant son hésitation.

- Carrément. Je sentais qu'il y avait un truc, que les choses changeaient. Au départ, j'ai pensé que c'était physique. On devenait des hommes, avec l'entrainement et tout, nos corps se développaient, donc on s'attirait…

- Ça remonte à plus loin, Duo.

- Merde, j'étais si transparent ?

Un petit sourire en coin de Trowa, avant qu'il ne réponde.

- Non.

Duo éclate de rire.

- T'as raison. Heero m'a toujours plu. Mais c'était mon meilleur ami, j'imaginais pas qu'il puisse se passer quoi que ce soit, entre nous.

- Tu n'imaginais pas, vraiment ? le taquine-il.

- Ok, c'est pas le bon mot ! Disons que je voyais pas les rêves et les fantasmes que j'avais, parfois, se réaliser pour de bon… Mais c'était par moments, je pensais pas à lui de cette façon la journée… Pas au début… pas tout le temps…

- Je sais, Duo, Trowa le rassure-t-il avec bienveillance.

- On était bien, comme on était. Notre amitié était spéciale, il était avec moi comme avec personne d'autre… C'est un peu con, ce que je dis, parce qu'il était aussi avec toi comme avec personne d'autre ! Il a une relation particulière avec chacun de nous quatre.

- C'était plus éloquent avec toi. Wufei, Heero et moi, on se ressemble. L'empathie de Quatre lui permet de comprendre et de se lier au-delà des mots. Heero et toi étiez très différents et pourtant, si proches...

- Oui, de jour en jour de plus en plus proches… soupire-t-il, le regard de nouveau perdu au loin. Jusqu'à ne plus pouvoir imaginer vivre l'un sans l'autre. Ça me rappelle cette chanson qui passait tout le temps, à l'époque « Is it love ? » (1).

- Ça ne me dit rien.

Duo prend son téléphone et trouve rapidement le titre.

Comme c'est un morceau bien rythmé qui pourrait perturber la sérénité du lieu, il branche ses écouteurs et tend l'un d'eux à Trowa, qui le met sans hésitation à son oreille.

Penché ainsi vers lui, Duo s'attarde quelques secondes sur ses yeux. D'un jade profond ou d'un émeraude lumineux selon le temps et son humeur, leur vert est traversé d'une poussière d'étoiles, des paillettes d'or que peu de gens remarquent.

Car rares sont ceux qui peuvent approcher Trowa d'assez près, vu la distance qu'il maintient généralement entre lui et les autres.

Duo lui sourit et lance la musique.

Why is it so hard to be willing and able

(Pourquoi est-ce si difficile d'avoir la volonté et les moyens de faire les choses)

Yeah I know I'm out touch out of my mind

(Je sais, je suis hors-circuit, déconnecté de mon esprit)

When I first started honestly

(Depuis le début, honnêtement,)

I never wanted anything

(Je n'ai jamais rien voulu)

But now I can't get you out off my mind

(Mais maintenant, je ne peux plus te sortir de ma tête)

Yes I fell so hard this time

(Oui je suis tombé bien durement, cette fois)

If I run from you

(Si je m'éloigne de toi)

Will I be running from the truth

(Vais-je m'éloigner de la vérité)

Or will I just be chasing lies

(Ou vais-je seulement poursuivre des mensonges)

Is it love ?

(Est-ce l'amour ?) x2

Or I am just chasing dreams

(Ou est-ce que je poursuis seulement des rêves ?)

Is there more to you than what it seems

(Y a-t-il plus pour toi que ce qu'il semblerait ?)

Is it love

(Est-ce l'amour)

Or I am imagining

(Ou suis-je en train d'imaginer)

There more to you than what it seems

(Qu'il y a plus pour toi que ce qu'il semblerait ?)

It's true that I never be ready, and able

(C'est vrai que je n'ai jamais été ni prêt, ni capable)

But I am alive

(Mais je suis vivant)

For the first time in my life

(pour la première fois de ma vie)

But you have got a chemistry

(Mais tu as un truc)

A way of words so convincing

(Une manière de t'exprimer si convaincante)

That I can't get you out, you out my mind

(Que je ne peux plus te sortir de ma tête)

How this love has made me blind

(Comme cet amour m'a aveuglé…)

If I run to you

(Si je cours vers toi)

Will I be running towards the truth

(Vais-je aller vers la vérité)

Or will I just be chasing lies

(Ou vais-je seulement chasser des mensonges ?)

Is this love or this is falling for the first time in my life

Est-ce cet amour ou est-ce que je suis en train de tomber, pour la première fois dans ma vie

Will I know when this feels right ?

(Vais-je savoir quand ça ira bien ?

Is this love, is this love, is this love…

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- C'était approprié, remarque Trowa, la chanson terminée, en lui rendant son écouteur.

Duo range son portable avec un petit sourire nostalgique et reprend son gobelet pour boire.

Et libérer un peu sa gorge nouée par l'émotion.

- Plutôt, oui. J'me souviens, une fois, avec Heero, on avait été prendre un verre dans un bar, un soir après le boulot. Quand ils ont mis ce morceau, on est resté silencieux, mais on s'est pas lâché des yeux. C'était… intense ! Il aurait pu se passer un truc, maintenant que j'y pense…

- Comme plusieurs autres fois.

- C'est vrai, reconnaît Duo avec un petit sourire. On s'est pas mal tourné autour, on a eu du mal à se décider.

- Et vous nous avez fait tourner en bourrique aussi.

- Pas toi ! proteste-t-il.

- Si, Duo. Je le montrais moins, c'est tout.

Duo rit, mais son regard se fait soudain distant, alors qu'il se perd dans son passé.

Trowa ne dit rien durant un moment, le laissant à ses souvenirs et à ses pensées, continuant de se rafraichir en silence.

- Es-tu capable de dire que tu l'aimes, aujourd'hui ? reprend-il enfin.

- Bien sûr, répond Duo sans hésiter une seule seconde. Je sais que je l'aime, depuis toujours, avant même d'en être conscient. Et je l'aimerai toujours, c'est une évidence, pour moi. C'est ancré en moi, je le sens dans chaque fibre de mon corps. Tu vois ?

- Hm.

- Évidemment, sourit-il. Et puis, c'est toi qui me l'a dit le premier, à Middle Prussia. Ce qui pose problème, ce n'est pas ce que j'éprouve plus pour Heero, mais ce que je ressens encore pour … Miles. Même si ces sentiments-là disparaissent complètement au fil des jours.

- Tant mieux.

- Oui. Mais même si je ne suis plus amoureux de… Miles… y a d'autres choses qui se bousculent, en moi. C'est tellement bizarre, tous ces sentiments que je ressens… Je peux pas ignorer qu'une partie de moi a aimé Milliardo en tant que Miles, même si c'était pas vraiment Milliardo, du coup… J'ai aimé un autre homme, et malgré tout ce que j'éprouve pour Heero et toutes les certitudes que j'ai, le concernant… je peux pas juste… effacer ça, tu comprends ?

- Hm.

- Je suis encore en colère contre Milliardo. Et écœuré, dégoûté, j'ai la nausée rien que d'y penser… Je me sens encore trahi, je me sens toujours aussi mal… Mais parfois, j'ai des pensées parasites… J'essaie de ne pas m'y attarder, de ne pas y accorder la moindre importance, mais elles surgissent comme ça, d'un coup, explique-t-il en claquant des doigts. Sans que rien ne vienne forcément réveiller mes souvenirs. Ça arrive qu'une musique, un mot dans une conversation, une situation me renvoient directement à ma vie à Middle Prussia, à ce que j'ai vécu avec lui, mais y a des moments où ça sort de nulle part ! Ça m'envahit la tête et mon cœur se serre tellement, que j'ai l'impression de crever…

Avec douceur, Trowa pose sa main sur son épaule.

- On ne peut pas ne pas être en colère contre eux, Duo, et ne pas leur en vouloir. Il est impossible de leur chercher et leur trouver des excuses, sans nous trahir et trahir ceux qu'on aime. Mais ils nous ont aimé, Duo. Ils nous ont profondément aimé, jusqu'à la déraison ou la mort. On ne peut pas le nier, ni l'ignorer.

Duo pousse un long soupir en se laissant aller contre le dossier du banc, sur lequel Trowa pose son coude, tourné de ¾ vers lui, après avoir ôté sa main de son épaule.

- C'est ça, c'est exactement ça, Trowa. Je bouillonne, parfois, en pensant à ce que j'ai partagé avec Milliardo, ce que j'ai fait, avec lui, qui j'ai été, à ses côtés, tout ce temps où il a profité de moi et s'est joué de vous… Et puis, je revois la manière dont il me regardait, dont il… me touchait… Il m'a tellement aimé, Trowa…

- C'est ce qui est le plus difficile à effacer de nos mémoires. C'est ce qui revient le plus souvent : un regard plein d'amour et d'adoration.

- Est-ce que… Orson était comme ça, aussi ? ose-t-il lui demander en le regardant dans les yeux.

- Oui. Mais il était pressé par le temps et écrasé par la culpabilité. Il savait que son sursis se comptait en heures et qu'il ne lui serait fait aucun cadeau. Alors, il a tenu à profiter jusqu'au bout et ne m'a laissé aucun répit.

- Tu n'as pas trouvé son attitude bizarre ?

Le regard de Trowa se trouble légèrement. C'est si furtif que Duo pourrait croire l'avoir rêver. Un autre ne l'aurait pas remarqué. Mais il connait son ami, même au-delà de ces cinq dernières années.

- Si. Mais pourquoi aurais-je protesté, Duo ? Il avait de bons arguments. Quand on est aimé à ce point, il est difficile, voire impossible de douter, d'imaginer une trahison, derrière.

- C'est sûr…

- Quand on est sans repères, sans passé, sans histoire personnelle, sans mémoire, le corps, l'esprit, l'entendement, notre raison, s'accrochent à ce qui nous parait le plus stable, le plus rationnel, le plus rassurant, le plus sécurisant. Face à une personne qui t'aime aussi intensément et que tu sens, au plus profond de toi, que tu es lié à quelqu'un… tu n'imagines pas plus de quelques secondes que ça puisse être une autre personne. Quand on te sert un passé sur un plateau d'argent, tu le prends et tu fais taire tes doutes.

Duo essuie les larmes qui ont fini par s'échapper de ses yeux et couler sur ses joues.

Il est touché par les mots de Trowa, par le fait qu'il se confie à lui de cette façon, sans rien cacher des cicatrices que lui a laissé l'épreuve qu'il a traversé.

Et par la résonance qui fait écho à sa propre douleur.

- C'est tout à fait ça. Je me suis réveillé, perdu, le corps et l'esprit en miettes et il était là. Il était tout ce dont j'avais besoin, à ce moment-là. Il me manquait un truc, je sentais que j'étais lié à quelqu'un, comme tu l'as dit. Et lui était là, il m'a soigné, guéri, il a été patient avec moi, il m'a aimé sans jamais rien exiger… Il a attendu que je vienne à lui… Il m'a couvé pendant des jours et des semaines… Jusqu'à ce que…

- Jusqu'à ce que tu te persuades que ce ne pouvait être que lui.

- Il n'y avait personne d'autre, de toute façon, répond Duo en grimaçant. Il m'a convaincu que personne ne me cherchait… Que je n'étais pas aimé… Il n'y avait que lui et moi. J'ai fini par lui faire confiance… et par l'aimer, certain que ça avait toujours été le cas. Et que ça le serait à jamais.

Trowa l'observe un court instant.

- Tu n'as pas à te sentir coupable pour ça, j'espère que t'en es conscient.

- J'ai encore du mal… avoue Duo d'une petite voix.

- Tu n'es pas responsable. Milliardo s'est servi de toutes les informations qu'il avait, sur toi, sur Heero et toi, sur vos projets. On en a beaucoup discuté, Quatre et moi, à votre retour.

- Ah bon ?

- Il a tenu à te préserver pour que tu ne perçoives rien de son état, mais le temps qu'il a passé avec toi, à Middle Prussia, où il a pu prendre pleinement conscience de la vie que Milliardo t'y a construit, l'a bouleversé. Justement parce qu'il a vu comment il s'était servi de tout ce qu'il pouvait et savait pour te donner l'illusion que tout était tel que ce devait être, tel que ça avait toujours été. Et tel que tu voulais que ce soit, pour Heero et toi.

Duo serre le poing qui ne tient pas son gobelet, se retenant d'écrabouiller celui-ci, encore rempli.

- La maison dont je rêvais avec Heero… Le métier que j'aurais pu faire, si j'avais pas été Preventer…

- Entre autres. Il ressemble à Heero, ils ont des traits de caractère proches et il en a joué, aussi. Tu n'es pas tombé amoureux du premier venu, Duo. Il t'y a insidieusement amené, notamment en puisant dans ton passé perdu des éléments décisifs. Alors tu n'as aucune raison de te sentir coupable. Aucune, répète-t-il fermement.

- J'entends bien, Tro', mais c'est encore tellement confus, dans ma tête et dans mon cœur… Quand je pense à Milliardo, je vais d'un extrême à l'autre. Il m'a sauvé la vie, et il m'a arraché à celle que j'avais avec Heero. Il m'a rendu heureux, mais il m'a privé d'un bonheur que j'avais déjà et qui me comblait. Il m'a aimé, comme je n'avais encore jamais été aimé.

- Duo…

- Te méprends pas ! l'interrompt-il e posant sa main sur son bras. Je suis plus que sûr qu'Heero m'aurait aimé aussi profondément et intensément, aussi passionnément. C'est juste qu'il ne lui en a pas laissé le temps.

- Tu peux lui donner cette chance, aujourd'hui.

- Je sais que c'est ce qu'il faut que je fasse.

- La seule obligation que tu aies est envers toi-même. Suis ton cœur, Duo. Suis ta conscience. Je suis persuadé que l'un comme l'autre te mèneront tout droit dans les bras d'Heero.

Une légère tristesse voile le sourire encore mouillé de Duo.

- Je dois d'abord mettre de l'ordre dans tout ça. Parce que pour l'instant, j'ai du mal à ne pas penser à Milliardo… enfin, à Miles et à notre vie, à Middle Prussia. Je ressens la présence d'Heero, je te l'ai dit, il fait partie de moi, comme avant. Je l'ai à l'esprit constamment et je n'ai aucun doute sur mon amour pour lui. Il me manque… Il me manque tellement que c'en est douloureux, parfois. Mais il y a tout le reste qui vient entacher le tableau. J'me sens sale, Trowa, j'me sens souillé, dégueu…

- Il t'a sali, mais tu n'es pas sale et encore moins, « dégueu ». C'est difficile à accepter, je sais. Pour moi, cela fait deux ans. Ce sentiment s'est apaisé, mais n'est jamais totalement parti. Je pense que c'est dû à la situation avec Quatre. Nous n'avons pas su gérer correctement cette épreuve, nous nous sommes autant soutenus que déchirés. Ce qui ne vous arrivera pas, Heero et toi.

- Tu crois ?

- Heero ne t'en veut pas de ce qu'il s'est passé.

- Quatre ne t'en voulait certainement pas non plus ! réplique-t-il.

- Mais je le croyais. Et lui pensait que je m'étais attaché à Orson.

- A cause de la cérémonie que tu as demandé ?

- Oui.

Duo soupire, un brin réprobateur, mais sans aucun jugement.

- Il aurait compris, si tu lui avais dit les choses clairement. Vous auriez pu vous expliquer, à ce moment-là…

- Et à bien d'autres, Duo. Mais le gouffre était déjà creusé. C'est différent, pour Heero et toi.

- Oui, je sais bien. Mais ça va vraiment mieux avec Quatre, maintenant, hein ?

- Beaucoup mieux, mais on y travaille toujours. C'est encore un peu fragilisé.

- Fragilisé, oui, mais solide ! L'important, c'est que vous le vouliez et ensemble. C'est normal que ça prenne du temps.

- Hm.

- Et puis, comme il est resté longtemps avec moi, il a pas mal de travail à rattraper, alors vous vous voyez pas souvent. Désolé pour ça.

- Je pars aussi beaucoup en mission, tu sais, je redécouvre le terrain depuis mon retour.

- C'est génial, dans un sens, mais c'est difficile pour vous, vous venez de vous relever d'un sacré merdier…

Trowa sourit.

- Il y a des périodes comme ça, tu n'es pas responsable. C'est même mieux qu'on soit occupé tous les deux, plutôt que l'un attende toujours après l'autre.

- C'est vrai aussi.

- Le manque accroît le désir, nos retrouvailles n'en sont que meilleures et plus intenses.

- J'en ai eu des échos, oui ! fait-il remarquer avec un petit rire.

- Tu l'expérimenteras à ton tour, bientôt.

- Euh… oui… Enfin, j'espère...

- J'en suis sûr.

Duo sourit mais ne dit rien.

Après un court silence, Trowa reprend.

- Qu'on le veuille ou non, nous les avons trahi. Il faut qu'on se concentre sur le présent, Duo, car ni Orson, ni Milliardo n'en font plus partie. Nous ne devons pas leur accorder plus de place qu'ils n'en ont pris, de force, dans notre passé.

- Et comment on fait ça ?

- Tu as déjà la réponse : donne-toi du temps. Heero est patient.

- Il a déjà tellement attendu et souffert…

- Il n'avait pas le choix, pas plus qu'il ne l'a, aujourd'hui.

- Par ma faute.

- C'est au-delà de ça, tu l'avais déjà compris, à l'époque.

- De quoi tu parles, au juste ?

Trowa prend quelques longues secondes en l'observant avec intensité, avant de lui répondre.

- C'est toi, Duo. Ça a toujours été toi et ce sera toujours toi, pour lui. Tu es le cœur de son existence.

- Ça ne me donne pas le droit de le faire poireauter encore des lustres, surtout après tant d'années… souligne-t-il avec justesse.

- Il y a une phrase qu'il nous répétait souvent, quand il te cherchait et qu'on s'inquiétait du temps qui filait : « qu'est-ce qu'une année, deux années, trois années, au regard d'une vie ? » Laissons passer quelques semaines, Duo… Mettons, un mois. Je ne t'en donne pas plus, avant que tu ne craques.

Duo ne peut retenir son rire, malgré l'étau qui broie son cœur et les larmes qui brillent encore dans ses yeux tristes.

- Il peut attendre encore, insiste Trowa. Et il souffre beaucoup moins qu'avant, parce que tu es là, Duo.

- C'est suffisant, tu crois ? demande-t-il d'une petite voix.

- Pour le moment, oui. Tu es là, tu es vivant, il peut te voir, te parler, respirer ton odeur, te toucher, sentir ton cœur battre, t'entendre rire. Tu es près de lui, tu ne le rejettes pas, tu le regardes avec une tendresse dont tu n'es même pas conscient, et qui nous bouleverse tous. Ça n'a pas de prix.

Ce n'est pas que Duo ignore tout ça, il en a seulement sous-estimé l'importance.

- Tu as raison. Mais j'aurais voulu pouvoir être avec lui, de nouveau, comme avant, dès maintenant.

- Ne crois pas que c'est ce qu'il attendait, Duo.

- Non ?

- Non. Quand Wufei et toi étiez sur L5.7 et qu'on vous attendait à Middle Prussia, on en a discuté. Quatre était inquiet pour Heero, alors il l'a rassuré en lui disant qu'il ne pensait pas un seul instant que tu te jetterais dans ses bras à la seconde où tu le reverrais.

- Il a perçu l'inquiétude de Quatre ? s'étonne-t-il. Son don s'est développé à ce point ?

- Ou Quatre a délibérément laissé filtrer son inquiétude pour qu'Heero réagisse et lance la discussion de lui-même.

Ils échangent un sourire complice.

Y a pas à dire, ils ont vraiment de sacrés compagnons...

- Donc, Heero s'était préparé à ce que je nous impose une certaine distance…

- Il te connaît. Comme nous. Tu ne pouvais pas juste passer à autre chose ou reprendre ta vie telle qu'elle l'était.

- Je vois… soupire Duo.

Un court silence s'installe, durant lequel ils ne font que boire tranquillement, avant que Trowa ne reprenne leur discussion pour clore le sujet.

- Si tu t'inquiètes vraiment pour Heero, et je ne doute pas que ce soit le cas, dépêche-toi de remettre de l'ordre là où il faut.

- Merci, Trowa. Merci, insiste-t-il en le regardant droit dans les yeux.

Le jeune homme hausse les épaules avec nonchalance, bien qu'il soit particulièrement sensible à la reconnaissance de son ami.

Et Duo le devine aisément.

Ils ne disent rien durant quelques minutes, profitant juste d'un léger vent qui s'est levé et qui les rafraîchit brièvement.

Tant mieux, car leurs gobelets sont vides, à présent. C'est peut-être le bon moment pour reprendre leur balade.

- Y a rien de tel que la vitesse pour faire sécher les larmes, déclare soudainement Trowa.

Duo se tourne vers lui en souriant.
Son visage, qu'il a offert aux rayons du soleil, est totalement sec, mais peu importe.

- Je peux conduire ?

Sans un mot, Trowa se lève et tend son casque à Duo, et ses clés.

Il en bondit presque du banc en les saisissant.

Trowa lui sourit encore, heureux de pouvoir rendre un peu de joie de vivre à Duo.

Lui qui pensait ne lui être d'aucune utilité, il est fier d'être détrompé, depuis qu'il est revenu sur Terre.

C'est la troisième fois qu'ils partagent un moment de confidences en tête-à-tête, et à chaque fois, il a réussi à aider Duo. Ça leur est difficile, mais Duo avait raison, à Middle Prussia, il y a des choses qu'eux deux seuls peuvent comprendre et partager.

Leur amitié s'en trouve renforcée, pour leur plus grand plaisir.

Trouver du positif dans nos épreuves les plus terribles et réussir à ne garder que ça est le meilleur moyen d'en guérir et de se reconstruire.

Ils en ont là une belle occasion et ils en font déjà une brillante démonstration.

..

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The future of the past : L'avenir du passé. Autrement dit, ce qu'il peut advenir de ce qu'il s'est passé, de ce qui est arrivé dans le passé, les conséquences sur le futur. Sachant que le futur de ce passé évoqué peut aussi être le présent. Un peu tordu, mais j'aime bien l'idée.

Is it love : du groupe Color out.

Merci d'avoir lu ce texte, bonne continuation à vous et à bientôt.