Coucou!
Oui oui, je sais, j'ai traîné et je m'en excuse mais après avoir longtemps tergiversé sur la tournure que prendrait ce chapitre, il a ensuite fallu que je trouve le temps d'écrire. Pas facile facile en cette fin d'année scolaire! Alors voici en colis express un chapitre qui fait un peu avancer les choses! Même si on commence par un petit retour en arrière (je voulais donner la version de Bella sur la fin du chapitre précédent).
J'espère qu'il vous plaira et que vous aurez le temps et l'envie de me laisser une petite trace de votre passage.
J'envoie tout plein de bises à mes chères revieweuses! Vous êtes fantastiques et je vous adore!
La suite sera probablement plus longue à venir parce qu'elle ne sera pas facile à écrire... et puis ce sera les vacances et tout ça... donc je ne me prononce pas sur les délais comme ça, on ne sait jamais, vous aurez peut-être une bonne surprise :-)
En attendant, ne m'oubliez pas!
A bientôt et bel été à toutes
Lily
Tous les personnages appartiennent à SM
Chapitre 26 – pov Bella
- Épouse-moi… Bella…
Il me fallut une éternité pour réaliser la portée des mots qui venaient de franchir ses lèvres. Une éternité pendant laquelle toutes mes perspectives changèrent. Et, pendant ce magnifique moment, suspendue dans l'espace, mes yeux profondément ancrés dans les siens, j'eus une vision parfaite de ce que serait ma vie si je lui disais oui.
Ma vie…
Mais la sienne ? Qu'adviendrait-il de sa réputation si il officialisait notre relation ?
J'avais accepté de le suivre au bout du monde et de lier mon destin au sien. Mais j'avais toujours imaginé ma place à ses côtés dans l'ombre, obscure maîtresse qu'il ne pourrait jamais présenter comme sa femme car les réponses aux questions qu'on lui poserait alors seraient bien trop ignobles.
Et, quand bien même j'aurais dû le partager avec une autre si il avait fallu sauver les apparences, j'aurais accepté cette situation avec toute la reconnaissance dont mon cœur était capable.
- Edward, tu ne sais plus ce que tu dis, protestai-je pour le ramener à la raison.
- Ce n'est pas une réponse, répondit-il avec un regard rieur.
Monsieur plaisantait !
Il ne faisait rien de moins que jeter l'honorabilité de son nom aux orties et il riait ! Autant d'inconséquence me mettait hors de moi. Il avait passé sa vie à asseoir sa réputation. Il avait travaillé dur pour cela. Et son père avait fait de même avant lui pour lui transmettre cet héritage. Il ne pouvait pas simplement tout gâcher pour une fille comme moi !
Agacée, je me redressai sur le lit. Son contact trop proche intoxiquait la moindre fibre de mon corps et me rendait bien trop influençable. Or, je devais le ramener à la réalité.
- Tu ne peux pas me demander cela ! m'écriai-je.
Son regard se fit plus sérieux maintenant que nous étions tous deux assis face à face, nus soit, mais à une distance respectable.
- C'est pourtant exactement ce que je suis en train de faire, rétorqua-t-il.
J'avais devant moi un petit garçon buté. Un galopin dans un corps d'homme qui essayait de me faire croire que son dernier caprice était une décision mûrement réfléchie.
Cette idée me fit sourire.
- Tu n'es pas sérieux, voyons ! Que vont penser les gens de te voir épouser une… moi ?
Je perdais du terrain, je le sentais. Il s'approcha légèrement pour me répondre.
- Ils penseront que je suis un homme comblé et plus aucun gaudelureau ne viendra revendiquer ce qui est à moi.
Je levai les yeux au ciel.
Voilà donc où était le problème : il était jaloux. J'avais bien ressenti cette tension en lui plus tôt dans la soirée sur le balcon, quand il était intervenu en plein milieu de la ridicule tentative de séduction de Mickael Newton. J'avais trouvé cela charmant, valorisant et extraordinairement viril sur le moment.
Je ressentais moi-même fréquemment ce pincement dans ma poitrine quand je surprenais sur lui les regards d'autres femmes ou quand miss Tanya le frôlait d'un peu trop près. Je ne me serais pour autant jamais permise d'émettre le moindre reproche. Il était libre et tellement séduisant que je ne pouvais que comprendre les épanchements qu'il suscitait sans même le vouloir.
Quant à moi, j'étais à lui. Jamais plus aucun homme ne pourrait allumer en moi la moindre étincelle d'intérêt tant j'avais touché de près mon soleil. Il devait comprendre cela et ne pas chercher à marquer son territoire plus ostensiblement. Il n'en avait pas besoin.
Je m'approchai de lui et passai mes bras autour de son cou tout en m'asseyant sur ses cuisses.
- C'est donc cela qui te motive ? Une absurde jalousie ? demandai-je. Tu sais pourtant qu'il n'y a que toi pour moi.
- Je le sais, murmura-t-il en réponse. Tu m'as tout donné et je dépose mon monde à tes pieds, Bella.
Je n'y comprenais plus rien. Il fut tellement sérieux tout à coup que je n'eus plus aucune envie de prendre la chose à la légère.
- Accepte… murmura-t-il en plongeant dans mon regard.
Mon cœur se mit à battre un rythme désordonné. La chaleur que je ressentis alors dans tout mon être ne me laissa aucune alternative possible et c'est mon amour pour lui qui répondit à ma place.
- Oui…
Il prit une brusque et profonde inspiration et un sourire sublime illumina son visage. Il était l'image même du bonheur à cet instant et, malgré mon incrédulité complète face à ce qui venait de se passer, je pensai que mon visage devait être le miroir du sien.
- Oui ? demanda-t-il une nouvelle fois.
- Oui. Répétai-je alors.
C'était une folie, à l'image de l'amour qui nous animait l'un l'autre mais je fus à cet instant convaincue intimement que c'était ce qui était juste.
Ma conscience se rebellerait probablement avec l'aube mais rien ne compta d'autre alors que de m'unir à cet homme de toutes les façons possibles. Et c'est exactement ce que nous fîmes jusqu'à ce que le sommeil ne m'emporte aux petites heures de jour.
Quand je m'éveillai au matin, je n'étais déjà plus la même femme. Je m'étirai paresseusement dans mon lit, me délectant de la douceur des draps sur mon corps aux muscles délicieusement endoloris. La lumière qui filtrait derrière les épais rideaux tirés annonçait une nouvelle belle journée. Journée dont j'avais bien l'intention de profiter puisqu'elle serait la dernière de ce week-end plein de surprises. Nous devrions partir le lendemain aux aurores pour regagner Londres par le train en partance de Brighton.
L'angoisse me noua un instant l'estomac à cette idée mais je la repoussai bien vite. Il serait temps de se préoccuper de cela plus tard.
Pour l'heure, je me levai, me lavai à l'eau claire puis passait une robe à tournure blanche agrémentée de dentelle et de rubans qui remontaient joliment la traîne tout en avantageant ma silhouette. Quelques épingles dans mes cheveux me permirent de les remonter pour dégager ma nuque et un nuage de poudre de riz camoufla la fine cicatrice dans mon cou. Je devrais impérativement remercier Emmett de ses bons conseils grâce auxquels je pourrais bientôt mettre les événements traumatisants de ces dernières semaines derrière moi sans n'en garder aucune trace.
Une fois satisfaite de mon ouvrage pour me rendre présentable, je quittai ma chambre en n'étant pas peu fière d'être parvenue à un tel résultat sans l'aide d'Alice.
Je retrouvai aisément mon chemin jusqu'à la salle dans laquelle le déjeuner avait été servi la veille.
J'y retrouvai une assemblée réduite constituée de la famille d'Edward ainsi que de quelques amis de Tanya, certains convives ayant déjà profité de la fraicheur du petit matin pour avancer leur voyage de retour et éviter ainsi de subir la route sous la chaleur qui s'annonçait pesante.
Jacob se leva pour m'accueillir, jouant à merveille son rôle de cousin attentionné, et je pris son bras pour rejoindre à leur table les Cullen et un Edward qui me couvait d'un regard émerveillé.
Carlisle, Emmett et Jasper débattaient déjà des nouvelles du jour devant un exemplaire du Times posé sur la table. Ils me saluèrent poliment avant de reprendre leur discussion qui, si je ne m'abusais pas, portait sur la toute nouvelle loi allégeant les trade-unions et le mouvement ouvrier qui soulevait le pays depuis quelques temps.
- Bonjour Isabella…
C'est deux simples mots suffirent à faire bouillir mon sang. Je me mordis la lèvre pour ne pas révéler au grand jour le trouble dans lequel Edward me plongeait.
Mon Edward, mon fiancé…
Je pris place sans un mot auprès d'Esmée qui serra affectueusement la main que je posai sur la table et attendis qu'on me serve une tasse de thé en évitant au mieux de croiser le regard d'Edward que je sentais glisser sur moi telle une caresse. Je savais pertinemment que je nous trahirais si je me laissais happer par ses yeux.
Alice, quant à elle, nous regardait l'un l'autre tour à tour avec un sourire mutin.
- La nuit semble nous avoir profité à tous, après la journée palpitante d'hier, finit-elle par dire innocemment en prenant une nouvelle gorgée de thé.
Nul doute qu'elle avait senti quelque chose et que le premier de nous deux qui aurait le malheur de se retrouver seul avec elle subirait un interrogatoire impitoyable jusqu'à ce que sa curiosité soit entièrement satisfaite.
Le repas fut agréable, les convives quittant progressivement la table pour se rendre sur la terrasse ou dans le jardin par la grande baie-vitrée pour profiter du soleil. Je remarquai, en voyant ses jeunes amis sortir, que miss Tanya semblait ne pas être encore levée.
Un ombre passa sur le visage d'Edward qui détourna lui aussi les yeux pour les regarder sortir. Je n'eus cependant pas le temps de me poser plus de questions sur son humeur soudain plus sombre puisqu'il fut ensuite rapidement invité à suivre les hommes qui se proposaient de se rendre aux écuries pour occuper le reste de leur matinée en comparant leurs qualités de cavalier.
A en juger par les mines vindicatives d'Emmett et de Garrett, j'aurais pu parier que cette activité n'aurait rien de la promenade de santé.
Je sortis à mon tour dans le jardin en compagnie d'Alice et d'Esmée et nous rejoignîmes les amis de Tanya. Carmen nous y retrouva quelques instants plus tard.
- Bonjour à tous, mes chers amis, dit-elle avec un chaleureux sourire. Mon époux est un incorrigible vieux barbon ! Nous avons bien évidemment des équipements qui permettent de monter en amazone. Peut-être qu'une de ces demoiselles apprécierait de découvrir nos terres à cheval ?
- J'avoue qu'il y a une éternité que je ne suis montée, répondit Esmée. Cela me plairait beaucoup !
- Alice ? proposa Carmen en se tournant vers ma voisine.
- Non, merci ! répondit cette dernière avec véhémence. Ces bêtes me font une peur de tous les diables !
- Bien, et vous Isabella ? insista Carmen.
Je fus un instant tentée malgré mon inexpérience de la suivre pour éviter ainsi de me retrouver seule avec Misses Hale mais ma maladresse naturelle m'assurait d'une blessure plus ou moins grave si j'acceptais sa proposition. Je déclinai donc poliment l'offre.
- Cela aurait été avec plaisir mais je ne sais pas monter, répondis-je.
- Dommage, se désola Carmen avant de se tourner vers les amis de sa fille. Quelqu'un aurait-il vu Tanya ? Elle ne rate jamais une occasion de monter. Elle sera très déçue si personne ne lui propose.
- Nous ne l'avons pas encore vue ce matin, répondit Jessica avec un sourire. Elle était épuisée hier soir en montant se coucher. Elle doit sans aucun doute profiter du calme de la maison pour reprendre des forces.
- Et bien tant pis pour elle, rétorqua Carmen. Ma chère Esmée, ce ne sera que vous et moi.
Les deux femmes nous laissèrent entre nous. Et, dès qu'elles furent à bonne distance, les amis de Tanya laissèrent éclater leur hilarité.
- L'un de nous devrait probablement aller tirer Tanya du lit, dit sarcastiquement Irina. Son absence va commencer à être suspecte.
- Oui, notre chère amie a bien dû reprendre des forces à l'heure qu'il est, ajouta Mickael.
Jessica éclata d'un rire plein de sous-entendus.
Alice me questionna du regard mais je ne pus que hausser les épaules en réponse à sa question muette puisque je n'avais pas la moindre idée de ce que ces moqueries laisser sous-entendre. Cependant, la jeune Misses Hale ne l'entendait pas de cette oreille et comptait bien découvrir ce qui se tramait là.
- Miss Tanya aurait-elle été souffrante ? demanda-t-elle innocemment.
Les quatre amis se tournèrent vers nous, un sourire plein d'espièglerie peint sur chacun de leur visage.
- Pas le moins du monde ! s'écria Jessica.
- Jessica ! la réprimanda Benjamin.
- Allons, nous sommes entre nous ! rétorqua celle-ci bien décidé à partager avec nous un secret qui semblait trop lourd à garder. Et puis, à l'allure où vont les choses, il n'y aura bientôt plus de cachotteries à faire.
Elle se retourna à nouveau vers nous avec une mine de conspiratrice.
- Nous ne nous inquiétons pas le moins du monde de la santé de cette chère Tanya puisqu'il semble qu'elle prenne ce matin un repos bien mérité après une nuit disons… mouvementée, lâcha-t-elle avec un sourire plus qu'évocateur.
Alice et moi dûmes avoir le même regard rempli d'incompréhension puisqu'elle reprit après une pause qui ne devait servir qu'à ménager son effet pour la grande révélation qu'elle souhaitait nous faire.
- Mickael a surpris quelqu'un qui regagnait sa chambre dans une tenue plus qu'équivoque ce matin à l'aube…
Mon dieu !
Il ne pouvait s'agir que d'Edward. Qu'avait bien pu en déduire ces jeunes fous ?
Alice, elle, semblait être arrivée à la même conclusion que moi puisqu'elle se raidit légèrement mais resta impassible pour obtenir le plus d'informations possibles.
- Qui donc ? demanda-t-elle à Jessica en faignant une curiosité complice.
Jessica pris encore le temps d'une pause rhétorique avant de plisser les yeux et de répondre avec un sourire.
- Votre cousin, ma chère.
- Edward ? s'étonna ouvertement Alice. Mais que cela veut-il dire ?
Mickael éclata de rire afin d'attirer l'attention sur lui.
- Croyez-moi, vous l'auriez-vu, vous n'auriez aucun doute quant à l'emploi qu'il a fait de sa nuit. Cet homme est chanceux !
En disant ces mots, il appuya son regard sur moi et j'eus un instant peur qu'il ne soit arrivé à la conclusion que c'était en ma compagnie qu'Edward avait passé la nuit. Pourtant, ce que je lus dans ce regard n'avait rien du soupçon ou de la rancœur, il semblait plutôt chercher à me convaincre qu'Edward Masen avait passé la nuit avec une autre après qu'il ait pourtant montrer un intérêt à mon endroit la veille.
- Vous supposez donc que mon cousin a passé la nuit avec Tanya ? demanda Alice en cachant mal son incrédulité.
- Nous ne supposons rien, rétorqua Jessica. Vous n'étiez peut-être pas au courant mais Edward et Tanya entretiennent une relation depuis quelque temps déjà. Il semble juste que ce séjour leur ait permis de… l'approfondir.
- Mais vous n'avez aucune preuve de ce que vous avancez, insista Alice.
- Je comprends que vous soyez choquée, misses Hale, rétorqua Irina. Mais c'est vous-même qui nous parliez hier des pulsions masculines. Il semble que votre cousin ait succombé aux siennes cette nuit et que sa chère et tendre l'ait accueilli avec joie.
Jessica partit à nouveau d'un rire hystérique.
- Je ne doute pas que ces deux amoureux ne tarderont pas à officialiser leur relation, ajouta gentiment Benjamin comme pour nous rassurer. Monsieur Masen est un gentleman. Il n'aurait pas pris le risque de salir la réputation d'une jeune fille respectable comme Tanya si ses intentions n'étaient pas louables.
Comme si c'était cela qui nous effrayait !
Qu'allait-il se produire quand Tanya rejoindrait ses amis ? Les yeux brillants de curiosité de Jessica et d'Irina ne laissaient aucun doute quant au fait qu'elles n'attendaient que son apparition pour obtenir d'elle tous les détails de sa supposée première nuit avec son amant.
J'étais écœurée.
Ecœurée par les mensonges éhontés de cette jeune fille qui n'avait jamais su comprendre que l'homme qu'elle convoitait ne la désirait pas, écœurée que ces jeunes gens se réjouissaient à ce point de ce qui n'était qu'un canular, et écœurée qu'on puisse croire Edward capable de profiter des rêves d'une jeune fille.
Le sol tangua un instant sous mes pieds et je dus me retenir au bras d'Alice. Celle-ci s'inquiéta immédiatement.
- Bella, que se passe-t-il ? Vous vous sentez mal ? demanda-t-elle en me menant à une chaise en fer forgé toute proche.
Mon cœur cognait à mes tempes et un fourmillement désagréable parcourait tout mon corps, me donnant l'impression que mon sang désertait mes veines.
- Mon dieu, vous êtes blanche comme un linge, s'inquiéta encore Alice. Voulez-vous que j'aille quérir Carlisle ?
- Non, je vous remercie, répondis-je d'une faible voix. Ce n'est rien. Juste un étourdissement. Je n'ai probablement pas assez mangé ce matin.
Tous les regards étaient tournés vers moi et cela accentuait mon malaise. Que je me sois sentie mal après l'annonce des soi-disant frasques d'Edward et Tanya ne passait évidemment pas inaperçu non plus et je n'aimais pas ce que je lisais dans les yeux des amis de la jeune femme, qu'il s'agisse de compassion ou de satisfaction.
- J'aimerais marcher un peu, ajoutai-je rapidement. Le grand air me fera du bien.
Je suppliai Alice du regard de me suivre. Nous devions faire quelque chose pour éviter que ce séjour ne tourne à la catastrophe, même si je n'avais pas la moindre idée de comment il fallait s'y prendre.
Elle me tendit son bras auquel je m'accrochai et nous nous excusâmes avant de prendre congé.
- Il nous faut trouver Edward pour le prévenir au plus vite, dit Alice dès que nous fûmes à une distance suffisante.
- Mais que ferons-nous ensuite ? demandai-je. Cela n'empêchera pas que Tanya apprenne qu'Edward a été aperçu cette nuit dans les couloirs. Il ne lui faudra pas longtemps pour savoir ce qu'il y faisait.
Je paniquais complètement.
- Calmez-vous, Bella, répondit Alice d'une voix apaisante. Il n'y a aucun risque qu'elle comprenne qu'il venait de votre chambre.
- Elle m'a menacé, hier, rétorquai-je.
- Comment ? Quand ? s'insurgea-t-elle en s'arrêtant pour me regarder en face.
- Après que nous ayons écouté jouer Edward dans le salon de musique, répondis-je en rougissant. Elle a surpris les regards que nous échangions et m'a explicitement demandé de garder mes distances.
Alice se détourna et repartit d'un pas rapide en m'entrainant à sa suite.
- Cette femme est folle ! s'exclama-t-elle.
- C'est bien ce qui me fait peur…
- Et bien nous ne lui laisserons pas le temps de réagir, trancha Alice. Nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous mais nous devons partir maintenant. Il lui sera beaucoup plus difficile de faire un scandale si Edward et vous êtes déjà à plusieurs miles.
Malheureusement pour nous, quand nous y parvînmes, les écuries étaient vides et les palefreniers nous apprirent que les cavaliers n'avaient prévu leur retour qu'en début d'après-midi. Il serait alors trop tard pour éviter le pire.
Il ne nous restait qu'à attendre.
De retour dans le jardin, nous ne pûmes que constater que Jessica et Irina avaient laissé leurs compagnons seuls. Ils se joignirent à nous et j'eus toutes les peines du monde à faire bonne figure. Mon impuissance me rendait malade. Je savais qu'une tempête s'annonçait mais je ne savais qu'elle forme elle prendrait ni quand elle frapperait.
Les minutes puis les heures passèrent sans que miss Tanya ne nous honore de sa présence. Elle et ses amies n'étaient pas redescendues et cela accentuait mon inquiétude. Que se préparait-il ?
Pour rendre mon calvaire encore plus insupportable, il me fallut composer avec les attentions de Mickael Newton qui ne me quittait plus, prenant sans arrêt des nouvelles de mon état et exagérant son affliction concernant la situation délicate de notre hôtesse, parlant mariage, enfant et répétant à quel point il n'aurait jamais pu mettre ainsi en péril la réputation d'une jeune femme.
Il devait être à peine plus de midi quand une cavalcade nous appris que nos compagnons étaient de retour. Nous étions alors encore installés sous la tonnelle devant un thé auquel j'avais été incapable de toucher. Mon angoisse atteignit son paroxysme à cet instant. Il était trop tard pour fuir et l'imminence de la catastrophe était évidente. Mais je ne pouvais pas non plus prévenir Edward et les siens de ce qui se tramait.
Ils nous rejoignirent en riant, visiblement heureux de leur matinée.
Pourtant, dès qu'il croisa mon regard, Edward perdit son radieux sourire pour prendre une mine inquiète.
A cet instant, une domestique à l'air catastrophé se précipita vers Eléazar pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Celui-ci s'excusa et nous quitta brusquement pour suivre la gouvernante à l'intérieur de la maison d'un pas pressé.
Nous échangeâmes tous des regards interrogateurs mais l'atmosphère s'allégea tout aussi vite quand Emmett commença à faire le récit de ses exploits devant son fils qui le regardait avec l'admiration dont seul un enfant est capable.
Edward se rapprocha doucement de moi, sentant mon angoisse et ma tension. Mais je ne pouvais rien lui dire en la présence de tous ces gens.
Je vis Alice chuchoter à l'oreille de son mari et tous deux prirent place à nos côtés, comme pour nous réaffirmer leur soutien inconditionnel.
L'assemblée riait d'une nouvelle anecdote d'Emmett quand Eléazar reparut, l'air furieux et interpela Carlisle durement.
- Veuillez faire taire votre fils, Cullen, nous avons un sérieux problème à régler immédiatement !
Carlisle, comme la plupart des personnes présentes, se retourna, surpris et, sembla-t-il, visiblement blessé par le ton employé par notre hôte.
- Mon ami, que se passe-t-il ? demanda-t-il de la voix chaleureuse et douce qui le caractérisait.
- Il n'y a plus d'amitié qui tienne ! s'écria Eléazar. Votre neveu vient de la fouler du pied et j'espère qu'il est prêt à en assumer les conséquences !
Carlisle tourna vers Edward un regard plein de questions mais reporta vite son attention vers Eléazar. Il était évident qu'il n'accuserait pas un membre de sa famille sans savoir de quoi il en retournait.
- Expliquez-vous, mon ami, insista-t-il. Je ne comprends rien à tout cela.
- Votre neveu, ce bellâtre, à déshonoré ma fille ! répondit Eléazar en pointant sur Edward un doigt accusateur.
Voilà donc la forme que prendrait ce raz de marée. Tanya Voliakov, ayant appris que l'homme qu'elle convoitait avait passé la nuit avec une autre, avait choisi de faire croire qu'il l'avait passé avec elle contre son gré. Voilà donc comment elle comptait le lui faire payer. Une accusation de corruption sexuelle ne pouvait déboucher que sur deux solutions: la prison ou le mariage.
- Quel est donc ce mensonge ! S'insurgea Edward.
- Doucement Edward, temporisa Carlisle. Je suis certain qu'il y a une explication à tout cela.
Edward semblait effaré. Tous les regards convergèrent alors sur lui et personne n'aurait sérieusement pu mettre en doute sa bonne foi. Mais Sir Voliakov ne l'entendait pas de cette oreille.
- Vous voulez des preuves ? s'écria-t-il. Carmen ! Faites descendre notre fille, que tout le monde voit dans quel état ce scélérat l'a mise !
Carmen semblait totalement perdue et il lui fallut quelques secondes avant de réagir. Elle s'engouffra dans la maison sans un regard pour Esmée qui cherchait à la réconforter. Celle-ci vint donc se placer près de son neveu pour affirmer son soutien. Comme nous tous, elle ne pouvait pas croire ce qui se jouait ici puisqu'elle était dans la confidence. Elle se doutait donc que rien de bon ne découlerait de cette confrontation.
Un silence pesant s'abattit sur l'assemblée. Personne n'osait bouger ni prononcer une parole tant Eléazar, si jovial et amical jusqu'à présent, était inquiétant avec cette lueur de colère dans le regard.
Au bout de quelques minutes, nous vîmes apparaitre Tanya. Elle était décoiffée et portait seulement une robe d'intérieur qu'elle serrait désespérément contre elle. Ses yeux étaient rougis de larmes et ses deux amies la soutenaient chacune par un bras. Elle laissa courir un regard apeuré sur l'assemblée. Peut-être aurait-elle préférée moins de spectateurs pour sa petite scène.
Eléazar fut près d'elle en deux enjambées et passa autour de ses épaules un bras réconfortant et protecteur. La pauvre donnait effectivement l'impression d'avoir traversé un innommable calvaire mais étais-je vraiment la seule à voir la duplicité sur ses traits torturés ?
- Parle, ma chérie, lui ordonna doucement son père. Raconte ce que ce monstre t'a fait subir.
Elle hésita un instant puis pris une voix de petite fille pour commencer sa fable.
- Edward est venu dans ma chambre cette nuit…
- Elle ment ! s'écria Edward, furieux.
- Taisez-vous ! repris durement Eléazar. Ayez au moins la courtoisie de la laisser parler.
Edward serra les mâchoires et les poings mais se calma sous la pression de Carlisle qui lui intima le silence.
- Il… Il savait que j'étais sensible à son charme, poursuivit Tanya de sa petite voix de martyre. Alors il est venu me trouver en plein milieu de la nuit. Je n'ai pas voulu le laisser entrer mais il m'a forcée…
Elle poussa un sanglot exagéré qui eut pour effet d'arracher un grognement à son père.
- Je l'ai supplié de me laisser, pleurnicha Tanya. Mais il ne m'a pas écoutée et il m'a… il m'a…
- Chuutt, cela suffit ma chérie, murmura Carmen en serrant sa fille contre elle.
Eléazar en profita pour la lâcher et faire deux pas menaçants dans la direction d'Edward.
- Vous l'avez entendu ? cria-t-il. Cela vous parait-il une preuve suffisante ?
- Voyons Eléazar, contra Carlisle. Vous connaissez Edward depuis son enfance ! Le croyez-vous sincèrement capable d'une telle chose ?
- Le diable peut prendre bien des visages d'ange ! Votre neveu a souillé une jeune fille pure. Il lui a volé son honneur ! J'exige réparation !
Edward perdit alors son calme. La fureur irradiait de tout son être.
- Il n'y a rien à réparer, elle ment !
- Vous n'êtes qu'un vil séducteur ! l'invectiva Eléazar directement. Sous vos airs de parfait gentleman vous n'êtes qu'un prédateur. Je suis prêt à parier que ma fille n'est pas votre première victime mais je ne vous laisserai pas faire. Vous assumerez vos actes ou bien je vous ferai jeter en prison !
- Qu'attendez-vous de nous ? demanda posément Carlisle.
- Le mariage, rien de moins ! répondit Eléazar.
- Le mariage ? Vous voulez me forcer à me marier à cause des accusations délirantes d'une folle ? se révolta Edward.
Je vis un cercle rassurant se former autour de lui. Emmett, Jasper et Jacob s'approchèrent et je fus surprise de voir Garrett se joindre à eux. Nul doute qu'ils cherchaient autant à montrer leur soutien envers Edward qu'à éviter tout débordement.
Connaissant notre secret, aucun d'entre eux n'était prêt à accorder le moindre crédit aux dires de Tanya Voliakov.
- Vous pourriez au moins écouter la défense d'Edward, commença Carlisle dans une ultime tentative d'apaisement.
- Je n'ai pas besoin de me défendre ! s'écria Edward. Je n'ai rien à me reprocher. Tanya m'a fait des avances que j'ai poliment refusées et voilà sa tentative désespérée de me le faire payer mais je refuse de céder à ce chantage odieux !
- Vous voilà bien véhément alors que vous n'avez aucune preuve de ce que vous avancez, répliqua furieusement Eléazar. On vous a vu regagner votre chambre au petit jour et à peine vêtu !
Il était évident que cette situation allait dégénérer si personne n'y mettait un terme. Eléazar et Edward se toisaient d'un regard dur et froid. Carlisle se tenait entre eux avec un air de désespoir sur le visage. Vingt ans d'une profonde amitié prenaient fin sous ses yeux et il n'avait d'autre choix que de la sacrifier sur l'autel de notre secret qu'il s'était juré de garder. Je ne pouvais permettre cela.
- Je peux prouver l'innocence d'Edward, m'entendis-je dire avant même d'avoir pu m'en défendre.
Tous les regards se tournèrent vers moi : ceux surpris de nos hôtes, ceux soulagés de Carlisle et Esmée et celui soudain haineux de Tanya.
- Que voulez-vous dire ? demanda Eléazar, incrédule.
Je m'avançais pour me placer entre lui et Edward. Il avait tant fait pour moi, c'était à mon tour maintenant de lui venir en aide.
- Edward a bien passé la nuit avec quelqu'un, commençai-je avec autant d'aplomb que possible. Mais c'était avec moi.
Il me sembla que plusieurs spectateurs retinrent leur souffle à cet instant. Eléazar recula d'un pas. Il ne pouvait pas me croire car, si je disais la vérité, cela signifiait que sa propre fille avait proféré un mensonge impardonnable.
- Il a passé chaque nuit à mes côtés depuis le début de notre séjour ici, poursuivis-je. Je suis navrée d'avoir agi ainsi sous votre propre toit mais je peux garantir l'honnêteté d'Edward et vous assurer que nous n'avons jamais souhaité déshonorer qui que ce soit.
- Elle ment ! s'écria à son tour Tanya. Cette catin ment ! Regardez-la ! Qui pourrait croire qu'Edward soit attiré par une petite sainte nitouche de province comme elle ?
Carmen s'écarta de sa fille et la regarda alors d'un air effrayé. Nous n'avions plus sous les yeux la petite chose fragile qu'elle avait voulu nous montrer tout à l'heure. La colère et la folie se peignait sur son visage défait. Eléazar se tourna à son tour vers elle.
- Je ne comprends plus rien, murmura-t-il.
Puis il nous fit à nouveau face, comme s'il cherchait à se convaincre que nous étions les fautifs et que sa fille ne venait pas à son tour de déshonorer sa famille.
Edward posa une main sur mon épaule.
- Isabella et moi sommes fiancés depuis peu, annonça-t-il arrachant par la même un gloussement à Alice qui se reprit bien vite. Nous n'avions prévenus personne pour des raisons qui ne regardent que nous. Mais je puis vous assurer que jamais je n'ai nourri envers votre fille les sentiments qu'elle s'est imaginé et que je n'ai pas non plus commis les actes dont elle m'accuse.
Tanya poussa un cri rauque et hystérique avant de se précipiter vers nous. Qui sait ce qu'elle aurait fait si elle n'avait été retenue dans son élan par ses deux amies et sa mère qui la ceinturèrent alors qu'elle proférait jurons et insultes à notre encontre.
Elle se débattait encore furieusement quand on la porta dans sa chambre et ses cris furent les seuls sons à rompre le silence pendant quelques longues minutes.
Sur un signe de son père, Emmett suivit la jeune femme, probablement pour lui administrer un calmant.
Eléazar, les yeux rivés au sol, semblait avoir vieilli subitement. Quand il releva la tête une fois le silence revenu, il posa tout d'abord les yeux sur la main d'Edward qui serrait toujours mon épaule et son visage se crispa sous le poids de la culpabilité.
Il se dirigea vers un canapé et s'y laissa tomber lourdement en cachant son visage dans ses mains. Carlisle le rejoignit.
- Mon ami… commença-t-il.
Mais Eléazar le fit taire d'un geste.
- Je ne mérite plus ce titre, le coupa-t-il. J'ai mis en doute votre bonne foi et celle de votre famille.
- Pour votre fille, contra Carlisle. Nous en aurions tous fait autant. Et je suis tout aussi fautif d'avoir autorisé Edward et Isabella à se voir secrètement sous votre toit.
Eléazar releva vers nous un regard indulgent.
- Quand bien même leur auriez-vous interdit qu'ils auraient trouvé le moyen de se retrouver, dit-il avec un sourire las. Il est seulement à déplorer qu'ils se soient fait prendre.
Mickael Newton se racla la gorge, gêné et pleinement conscient qu'il était en partie à l'origine de ce désastre. Je n'éprouvai pourtant pour lui aucune empathie.
- Que puis-je faire pour vous être de quelque aide que ce soit, demanda Carlisle.
Eléazar posa sur son épaule une main reconnaissante.
- Rien si ce n'est bien vouloir me pardonner mon emportement, répondit-il.
Et, se levant pour venir au-devant d'Edward :
- Je vous présente mes excuses les plus sincères, Edward. Et, même si les circonstances ne s'y prêtent guère, veuillez accepter tous mes vœux de bonheur.
Edward serra la main qu'il lui tendait de bonne grâce.
- Je crois malheureusement que notre week-end est terminé, mes amis, repris notre hôte. Je ne pense pas que vous souhaitiez rester plus longtemps dans cette maison. Il y a un train pour Londres tout à l'heure, je vais faire préparer vos effets et vos voitures.
Puis il se retira, s'appuyant plus lourdement sur sa canne que je ne l'avais vu faire depuis notre arrivée.
Nous échangeâmes des regards un peu gênés. Esmée et Alice me serrèrent dans leurs bras et me murmurèrent leurs félicitations mais personne n'avait le cœur à se réjouir pour le moment.
Chacun se retira dans sa chambre afin de boucler sa valise puis nous nous retrouvâmes à peine quelques minutes plus tard sur le perron principal à faire nos adieux à Carmen qui se confondait en excuses.
Blottie contre Edward, je laissai les chaos de la route puis le roulis du train me bercer. Cette journée était bien loin de ce que je m'étais imaginé à mon réveil.
De lourds nuages s'amoncelaient dans le ciel londonien quand nous arrivâmes finalement peu avant le crépuscule.
Mon retour au O'Connel n'était prévu que le lendemain midi et j'étais libre de passer encore cette nuit avec Edward mais la magie était rompue et l'angoisse avait repris sa place dans mon cœur. Il la partageait surement puisqu'il ne rompit jamais le contact physique entre nous plus de quelques secondes durant notre voyage de retour, comme si il avait besoin de se rassurer sur ma présence.
J'étais réelle, tout comme il l'était et comme l'était l'engagement que nous avions pris l'un envers l'autre.
Mais cette nuit-là, nous la passâmes dans les bras l'un de l'autre, simplement à s'imprégner de notre chaleur mutuelle, nous préparant à vivre les trois derniers jours de la vie telle que nous la connaissions. Je fus incapable de trouver le sommeil tant j'aurais souhaité que jamais ce tendre moment ne finisse.
Mais quand le jour se leva par ce lundi matin pluvieux sur Covent Garden, il fallut bien se rendre à l'évidence que le plus dur restait à venir.
A bientôt!
Laissez-moi un petit mot :-)
Lily
