Chapitre 26 : Fuir
Bien entendu que le ministère surveillait les hôpitaux moldus. Et évidemment qu'à la seconde même où le nom de Malfoy avait été tapé dans l'une de leurs bases de données, cela avait dû aussitôt sonner l'alarme dans quelque bureau de fonctionnaire ou, même mieux, directement dans le QG des Aurors.
En fait, ce qui aurait plutôt dû surprendre Lucius était non pas de les voir débarquer, mais plutôt que cela ait pris autant de temps. C'était sans nul doute parce que vu l'urgence liée à l'état de Draco et comme c'était le seul entre eux deux qui avait sur lui une pièce d'identité, les moldus avaient concentré leurs énergies à le soigner plutôt qu'à entrer son nom dans un fichier quelconque. Ce qui était, en soi, assez rassurant.
L'infirmière qui avait quitté Lucius quelques minutes auparavant avec la promesse de lui apporter les effets personnels de Draco avait tout perdu de son sourire lorsqu'elle pénétra de nouveau dans sa chambre, guidant une femme à la mine sévère dont l'uniforme indiquait sans l'ombre d'un doute qu'elle était une Auror, mais Lucius ne la connaissait pas. Son regard se porta aussitôt sur le sac de plastique transparent qu'elle tenait à la main, c'était sans l'ombre d'un doute lesdites affaires de Draco, il reconnut l'étoffe de son pullover, taché de sang.
L'uniforme des Aurors apparaissait, pour tout moldu, comme étant celui d'un gendarme. C'est pourquoi l'infirmière dévisageait à présent Lucius avec une gravité nouvelle, comme si elle tentait de discerner chez lui des traits qui lui avaient échappés jusque-là et qui lui aurait permis de deviner qu'il était un criminel recherché par les autorités. Car c'était certainement ce que lui avait dit l'Auror.
Son regard s'attarda encore un instant sur le sac et il se demanda si la baguette de Narcissa y avait été rangée avec le reste des affaires de son fils. Si cette Auror faisait partie de ceux qui en voulaient à sa vie, il n'avait rien pour se défendre. Et Draco qui était encore en salle d'opération…
Ses pensées furent néanmoins interrompues l'instant d'après puisqu'il vit une autre personne pénétrer rapidement dans la chambre, à la suite de l'Auror, quelqu'un qu'il n'aurait jamais cru voir en cet instant et qu'il n'avait pas vu en personne depuis la Bataille de Poudlard : Harry Potter. Leurs regards se croisèrent aussitôt.
L'amant de son fils semblait en piteux état. Il semblait ne pas avoir dormi depuis plusieurs jours à voir les cernes profonds et violacés visibles derrière les verres de ses lunettes. Ce n'étaient plus les mêmes qu'autrefois, mais ça Lucius l'avait déjà remarqué sur les photos qu'il avait vu au manoir. En plus de l'épuisement qui se lisait de manière évidente dans le visage de celui que certains nommaient le Sauveur du monde sorcier, sa démarche et son regard indiquait qu'il était sous le coup d'une forte émotion que Lucius ne parvenait pas encore à identifier.
Depuis qu'il avait appris la relation qui unissait Draco et Potter, peu après la fin de la guerre, lorsque celle-ci avait été rendue publique par la presse, il s'était demandé ce que ça ferait de se retrouver face à lui dans ces circonstances. Bien entendu, à l'époque et dans les années qui avaient suivies, il n'avait eu aucun espoir de revoir un jour l'amant de son fils. Il avait toujours été certain de ne jamais sortir d'Azkaban et d'y mourir plus tôt que tard vu ceux qui en voulaient à sa vie. Et donc, bien qu'il pensât constamment à son fils, c'était une partie de sa vie qu'il avait mise de côté et tenté d'ignorer.
Cependant, lorsqu'il avait obtenu sa libération conditionnelle et même avant, même, lorsqu'il avait aperçu celui qui partageait la vie de son fils assis à côté de ce dernier et de Narcissa, il avait été de nouveau confronté à cette réalité. Et ensuite, à son retour au manoir, il n'avait définitivement pu ignorer cette réalité et la possibilité nouvelle d'un jour faire face à Potter.
Maintenant qu'ils étaient face à face, c'était étonnamment facile. Plus facile encore que cela n'avait été de revoir son épouse et définitivement plus aisé que de revoir son fils. Mais peut-être était-ce simplement qu'après tout cela, qu'au milieu du tumulte actuel, d'autres choses avaient préséances.
-Merci, dit alors l'Auror rapidement en se tournant vers l'infirmière pour la congédier et elle repartit sans poser de question, si bien que Lucius se demanda si elle ne lui avait pas jeté un sort de confusion, ce qui était fort possible.
Tant l'Auror que Potter semblaient à cran.
Ce dernier referma immédiatement la porte sans lâcher Lucius du regard, si bien que Lucius se demanda s'il pensait qu'il s'apprêtait à leur bondir dessus ce qui était en soi une notion ridicule puisqu'il n'était ni armé ni en état de s'en prendre physiquement à quiconque. L'ancien mangemort détourna les yeux pour porter son attention sur l'Auror debout près de son lit.
Elle devait avoir une trentaine d'année et il était presque certain de ne l'avoir jamais vu, mais il était bien conscient qu'il pouvait s'agir de n'importe qui sous Véritasérum. Par ailleurs, le fait que ce soit elle qui s'était déplacée pour l'arrêter laissait présager qu'elle devait probablement travailler pour ceux du Ministère qui lui voulaient la peau et désormais, celle de sa famille. La seule chose qu'il ne parvenait pas à comprendre était pour quelle raison Potter l'accompagnait. Il n'était au courant de rien puisque Draco lui avait effacé la mémoire.
Encore une fois, son regard se porta vers le sac contenant les effets de Draco. S'il pouvait seulement avoir la certitude que la baguette de Narcissa s'y trouvait, alors il pourrait tenter de s'emparer du sac et peut-être être assez rapide pour s'en sortir. Mais si elle ne s'y trouvait pas, alors s'en serait fini de lui, il serait mis hors d'état de nuire encore plus rapidement qu'il n'en fallait pour dire «lumos».
Son cerveau fonctionnait à toute allure, tâchant de trouver un moyen de se sortir de cette impasse. La seule personne qui était en mesure de l'aider était heureusement à quelques pas de lui, mais malheureusement, il ne pouvait rien lui dire sans que l'Auror qui l'accompagnait n'entende tout. Il savait que Harry ferait tout pour protéger Draco, se serait de mentir que de prétendre le contraire et même si cette relation le perturbait, il ne pouvait que constater qu'elle n'en était pas moins réelle et solide.
Par contre, il ne voyait pas comment il pourrait faire comprendre à Potter qu'ils étaient du même côté dans tout ceci. Et même s'il y parvenait, jamais le petit-ami de son fils ne le croirait. Il le voyait sûrement toujours comme le mangemort qu'il avait été, comme celui qui avait tenté de s'en prendre à son épouse avant de s'enfuir du manoir, peut-être même comme celui qui avait enlevé Draco. Non, il n'aurait jamais le temps ni l'opportunité de l'informer de toute la situation avant que l'Auror n'intervienne.
Et Draco qui était certainement encore en train de se faire opérer par ces moldus. Lucius ne voyait pas comment s'en sortir.
La voix de l'Auror s'éleva dans la chambre alors qu'elle atteignait rapidement le pied du lit de Lucius. Lorsqu'elle parla, son débit était précipité, tout comme ses gestes.
-Monsieur Malfoy, je suis Alice Stuart, Auror, et voici…
-Harry Potter, dit Lucius d'un ton peu affable en haussant un sourcil devant une telle évidence.
Elle hocha rapidement la tête, faisant fi de son attitude peu amène, tandis que Potter s'approchait tout aussi rapidement. Leur empressement était palpable et Lucius se tendit en déchiffrant enfin l'expression sur le visage du Survivant : l'inquiétude.
-Êtes-vous en mesure de vous lever? demanda aussitôt l'Auror en l'observant de haut en bas comme si elle cherchait la marque d'une blessure qui l'empêcherait de se mouvoir.
Il fronça les sourcils et se tourna alors vers Harry, incertain. Que se passait-il? Cet entretien ne se déroulait certainement pas de la manière qui l'avait d'abord cru. Tout chez eux laissait transparaître qu'ils étaient stressés, pressés. Ce n'était pas l'attitude qu'aurait eu un de ces agents travaillant pour ces gens du Ministère qui le poursuivaient, bien au contraire.
-Je… Oui, répondit Lucius en perdant de sa superbe, tâchant de comprendre la situation qui lui échappait désormais, il devait bien le reconnaître.
-Levez-vous! Nous devons partir immédiatement, continua l'Auror en jetant un regard nerveux vers la porte, ce qui ne fit que mettre Lucius encore plus sur ses gardes.
Était-elle au courant qu'ils étaient en danger? Se pouvait-il que Draco ait raté le sort d'oubliettes qu'il avait tenté d'apposer sur son petit-ami? Est-ce que Potter était au courant pour le contrat. Le contrat! Il devait très certainement se trouver dans le sac que l'Auror tenait toujours à la main, il se souvenait comment Draco l'avait rapetissé et rangé dans la poche de son pantalon qui devait lui aussi être dans le sac.
-Draco est… commença Lucius, mais il fut aussitôt coupé par l'Auror.
-Nous devons nous dépêcher, allons!
Avant de la suivre, il devait être certain qu'elle n'était pas des leurs, ce serait tellement stupide de tomber aussi facilement dans un piège. Il la regarda de haut.
-Je crains que vous n'ayez oublié de me mettre en état d'arrestation, du moins, si vous désirez que je vous suive.
Un air à la fois incrédule et exaspéré passa sur le visage de la femme. Harry poussa un soupir, à la fois peu surpris et découragé de l'attitude de celui qui ressemblait tant à Draco au plan physique.
-À moins que vous ne désiriez que ceux qui ont tenté d'enlever votre fils et de vous tuer ne se joignent à nous, je vous recommanderais de nous suivre, tout de suite! s'impatienta-t-elle.
Elle savait. Ils savaient. Il se tourna vers Harry.
-Et Draco?
-Draco est déjà en sûreté, il vient d'être transporté… ailleurs, répondit-il rapidement. Il n'y a pas de temps à perdre, venez!
Lucius s'apprêta à répondre lorsqu'une déflagration retentit dans l'immeuble, la secousse leur fit presque perdre pied et des cris retentirent de l'autre côté de la porte. Harry jura et attrapa le bras de Lucius, tentant de transplaner, mais une sensation de choc électrique lui fit lâcher prise et interrompit du même coup le sort de transplanage. Il connaissait cette sensation, c'étaient les boussoles anti-transplanage que les Aurors utilisaient lors de leurs interventions. Ils avaient trop tardé, on venait de les rattraper.
-DRACO! hurla Lucius en courant dans le couloir dont le plancher était recouvert de débris, suivi de près par Narcissa qui appela leur fils à son tour au cœur des combats.
Dès l'instant où les combats avaient repris suivant la mort de Nagini, les Malfoy avaient désertés les rangs des mangemorts et s'étaient lancés dans l'école à la recherche de leur fils. Ils ignoraient les combats autour d'eux, hurlant le nom de Draco en traversant à grandes enjambées les couloirs du château.
Draco était dans le château depuis le début de la bataille et ce n'est que lorsque le Seigneur des ténèbres, suivi de ses mangemorts et de Hagrid, portant le corps de Potter qu'ils l'avaient vu parmi la foule des élèves et des professeurs. Il se tenait immobile parmi les autres élèves, les yeux rivés sur le corps inanimé de celui qu'on avait un jour appelé le Survivant. Lucius avait tenté d'attirer son attention, mais son fils n'avait même pas levé les yeux un instant dans sa direction. Il semblait ailleurs.
Et lorsque, subitement, la frénésie des combats avait repris suite à la mort du serpent, ils avaient perdu de vue Draco dans toute cette agitation.
Potter était mort. Cela aurait dû marquer la fin de la bataille, mais ça n'avait pas été le cas et désormais, même si cela apparaissait peu probable à Lucius, il semblait tout de même possible que le Seigneur des ténèbres ne sorte pas victorieux de cette guerre. Et le patriarche de la famille Malfoy était assez intelligent pour savoir que si le mage noir en sortait victorieux, cela était loin d'assurer un avenir reluisant à sa famille. Il n'était après tout jamais retombé dans les bonnes grâces du Seigneur des ténèbres et ce dernier n'avait pas oublié que Draco n'était pas parvenu à assassiner Dumbledore l'année précédente.
Il n'y avait qu'une seule chose à faire avant que tout ne se termine, d'une manière ou de l'autre, fuir.
-DRACO! appela encore une fois Narcissa en stupéfiant d'un geste leste de sa baguette un elfe de maison qui fonçait sur elle, un tisonnier à la main.
Soudaine, la respiration de Lucius se bloqua en voyant, un peu plus loin, un corps sur le sol et une tête de cheveux blonds. Narcissa le vit au même moment et se rua vers lui en poussant un hoquet de terreur, mais en s'approchant, le soulagement les envahi, ce n'était pas leur fils.
-DRACO! appela, pour au moins la quarantième fois Lucius au milieu des combats, lançant un sort de protection pour éviter un sortilège qu'il vit venir vers lui et son épouse.
Un morceau du plafond en pierre tomba près d'eux dans un fracas immense, détaché par un sortilège lancé par Alecto Carrow qui se battait en duel contre deux élèves. À peine une seconde plus tard, un autre sort manqua de peu Narcissa, mais cette dernière ne s'en aperçut nullement tant tout son être était obnubilé par l'idée de retrouver son fils. Ils continuèrent à crier son nom en pénétrant dans le hall d'entrée où de nombreux combats se déroulaient, de toutes parts des sorts fusaient dans un mélange à la fois éblouissant et étourdissant.
Et soudain, ils le virent. Draco était aux côtés de la fille de Xenophilus Lovegood et tous deux se battaient contre Greyback. Lucius fronça les sourcils, la réalité de ce qu'il voyait se frayant difficilement un chemin en lui. Draco se battait aux côtés d'un membre de l'Ordre, contre un serviteur du Maître. Cela ne pouvait signifier qu'une chose. Draco était un traître.
-DRACO! appela-t-il avec plus de détresse dans la voix qu'il n'aurait voulu en laisser transparaître.
Ce dernier tourna la tête vers lui en entendant son nom et ce fut l'occasion que saisit Greyback pour pointer sa baguette sur lui, mais, au même moment, un sort le frappa en pleine poitrine. C'était Narcissa qui venait de le lancer. Le loup-garou tomba à la renverse dans un bruit mat; mort. Draco jeta un regard vers sa mère, puis vers la jeune sorcière qui se battait à ses côtés une seconde auparavant. Son fils était un traître. C'était clair à présent. Était-il réellement surpris?
-Viens ici, Draco! ordonna Lucius incapable de cacher les émotions qui l'assaillaient : la peur, la colère, le soulagement.
Ce fut au tour de Draco de froncer les sourcils en se tournant vers lui. Autour, les combats continuaient avec autant d'ardeur et rien que le fait de rester ainsi, à découvert, était extrêmement dangereux. À tout moment, un sort pouvait les frapper ou encore les débris qui volaient des murs lorsqu'un sort mal dirigé les frappait. Ils devaient partir immédiatement.
La fille Lovegood dit alors quelque chose à Draco qui acquiesça en réponse, mais Lucius n'entendit pas leur conversation. Ce moment clair de complicité lui remua l'estomac. Depuis quand Draco était-il du côté de l'Ordre? Comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte?
Juste un peu plus loin dans la salle, il pouvait voir le Seigneur des ténèbres qui observait un duel entre Bellatrix et la femme d'Arthur Weasley. Ils devaient partir avant d'être vus. Ils devaient fuir au plus vite cet endroit et ensuite, quitter le pays, disparaître.
Narcissa, voyant que son fils ne venait pas malgré leur demande, s'avança vers Draco, mais ce dernier pointa sa baguette vers eux.
-Non, dit-il simplement.
-Non? répéta Lucius. Ce n'est pas une discussion, tu viens avec nous maintenant! Allez!
-Je ne partirai pas, le combat n'est pas terminé. Je vais continuer à me battre, jusqu'à ce qu'il crève! cracha Draco.
Et c'est alors que Lucius vit les yeux rougis et encore brillants des larmes que son fils avait versées.
-Potter est mort… commença Lucius.
Narcissa tenta de faire un pas.
-N'APPROCHEZ PAS! cria Draco. Je ne suis pas de votre côté, il y a bien longtemps que je ne le suis plus! Je vais me battre ou alors je mourrai ici, JAMAIS PLUS JE NE VOUS SUIVRAI!
-Harry Potter est en vie, dit alors Narcissa d'une voix si faible que Lucius l'entendit à peine.
-Quoi? dirent simultanément Luna, Draco et Lucius en se tournant vers Narcissa, mais dans leurs visages, des expressions bien différentes parurent à cette annonce.
Et alors, des rugissements s'élevèrent dans la salle et un cri terrible, inhumain, provenant de Voldemort. Ils se tournèrent comme un seul homme pour voir Molly Weasley, la baguette encore tendue vers Bellatrix Lestrange dont le corps gisait sur le sol de pierres à quelques mètres d'elle. Le Seigneur des ténèbres, fou de rage, leva sa baguette et la pointa sur celle qui venait de tuer son meilleur et dernier lieutenant. Mais le sort qui en jaillit se heurta à la barrière magique d'un sort de protection apparut de nulle part plutôt que de frapper madame Weasley.
Et l'instant d'après, alors que le mage noir regardait autour de lui pour en chercher l'origine, Harry Potter apparut devant lui, jetant sa cape d'invisibilité sur le sol.
Les cris emplirent la salle, mais c'est celui poussé par Draco qui attira le regard de Lucius et c'est alors qu'il comprit qu'il avait perdu son fils.
-Potter! POTTER! cria Lucius, incrédule, en voyant le jeune homme complètement figé au milieu du toit.
Que faisait-il là, figé ainsi? Celui qui avait un jour défait le Seigneur des ténèbres se tenait immobile, sa baguette à la main, mais cette dernière abaissée le long de son corps. Face à lui, deux hommes qui d'une seconde à l'autre l'attaquerait à son tour. C'est alors que Lucius bondit devant lui tandis qu'un sort fusait dans la direction de l'amant de son fils.
Après la déflagration, Lucius, Potter et l'Auror s'étaient empressés de sortir de la chambre, ne désirant pas être pris au piège. Les cris des patients et du personnel hospitalier emplissaient le couloir, mais personne ne semblait blessé. En fait, mis à part le son terrible et la vibration qui avait suivi, rien ne pouvait laisser penser qu'une explosion avait eu lieu; aucune fumée, aucuns débris, tout était à sa place. L'instant d'après, une sirène leur avait déchirée les tympans, indiquant à tous les occupants de l'hôpital d'évacuer les lieux.
Lucius avait alors compris qu'il n'y avait jamais eu d'explosion, tout ceci n'avait pour but que de vider l'hôpital de manière à ce que les gens du Ministère puissent employer la magie sans témoin pour le capturer, sachant que désormais il ne pouvait plus transplaner, ce serait chose facile. Ils ignoraient cependant qu'il était accompagné de Harry Potter et de cette Auror qui, il l'avait alors compris, n'était pas dans ce complot.
Cette dernière avait juré en lui agrippant le bras sans ménagement, lui ordonnant de la suivre hors de la chambre. Ils se retrouvèrent aussitôt au milieu des gens qui évacuaient le plus rapidement possible les lieux, paniqués. Ils devaient sans doute penser qu'ils faisaient l'objet de l'une de ces attaques terroristes qui faisaient fréquemment la une des journaux tant moldus que sorciers.
Évidemment, ceux dont le nom était inscrit sur le contrat étaient certainement désespérés de le capturer et à faire disparaître toute trace de cette histoire, une bonne fois pour toute. Leurs carrières et leurs réputations dans le monde sorcier étaient en jeu. Mais maintenant qu'autant de gens étaient au courant, Lucius voyait difficilement quel pouvait être leur plan, ils ne pouvaient tout de même pas penser à éliminer le Sauveur du monde sorcier en plus de tous les autres. Néanmoins Lucius n'écartait pas cette possibilité, il savait combien des gens désespérés pouvaient être prêts à tout.
-Êtes-vous bien sûr que mon fils est en sécurité? avait demandé Lucius en se tournant vers Harry.
-Oui, avait simplement répondu ce dernier alors qu'ils avançaient parmi les patients et les professionnels qui tentaient de les diriger vers les escaliers.
Lucius avait pincé les lèvres, irrité par le peu d'informations que lui révélait Potter et ne doutant pas que ce dernier lui en disait si peu vu qu'il ne lui faisait pas confiance. Pourtant, si le sort de Draco avait échoué comme il le pensait, il devient bien être au courant de toute l'histoire et alors il savait qu'ils étaient du même côté. Agissait-il ainsi uniquement pour le contrarier?
-Je crois que la baguette de Narcissa se trouva dans ce sac, avait dit Lucius en désignant le sac que l'Auror Stuart tenait toujours.
Elle avait alors haussé les sourcils.
-Je n'ai pas de baguette, ajouta-t-il, comme si elle l'ignorait.
-Hors de question qu'on lui donne une baguette, intervint Harry et cette fois, Lucius était certain qu'il agissait ainsi par pur désir de le mettre en rogne.
-Et s'ils sont plus nombreux que nous? Je vous rappelle que nous ne sommes que trois et que je serais plus ne mesure de me défendre si j'avais une baguette. Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous attaquer, ce n'est pas sérieux!
-Pas de baguette, répéta Harry en le forçant à avancer.
Ils étaient alors arrivés à l'escalier, mais plutôt que de descendre comme tous les autres, ils avaient commencé à monter. Mais une voix les avait interrompus.
-Monsieur Malfoy, nous devons évacuer l'immeuble, il y a eu une explosion! Où allez-vous?
C'était l'infirmière qui l'avait aidé un peu plus tôt. Il n'avait aucune envie d'argumenter avec elle, mais il n'en eut pas besoin puisque l'Auror qui les accompagnait avait pointé sa baguette sur elle et l'instant d'après, elle les saluait en s'éloignant, soumis à un nouveau sort de confusion.
Ils avaient alors commencé à gravir les marches.
-Et que ferons-nous lorsque nous serons sur le toit? avait demandé Lucius en suivant l'Auror, disant à haute voix ce que les deux autres pensaient sans doute tout bas.
Elle avait haussé les épaules.
-Les autres sont en bas, nous n'avons de toute manière pas d'autres options.
Il n'y avait donc pas de plan. La vérité c'était qu'ils étaient coincés tous les trois dans cet hôpital et qu'ils ignoraient comment en sortir. Ils étaient arrivés assez rapidement au dernier étage et l'Auror poussa la porte menant à l'extérieur. À peine avait-elle franchi la porte qu'une voix s'était élevée.
-AURORS, LÂCHEZ VOS BAGUETTES ET APPROCHEZ-VOUS LENTEMENT, LES MAINS DANS LES AIRS! avait entonné une voix amplifiée par un sort.
Alice et Harry avaient aussitôt échangé un regard; ils connaissaient cette voix. L'auror Stuart avait jeté un rapide regard dans la direction d'où était parvenu le sortilège qui les avait manqués de peu et c'est sans surprise que son regard tomba sur l'Auror George Fox, mais ensuite, elle avait senti tout le sang quitter son visage et son estomac se remplir de plomb. À ses côtés se tenait Matthew Holloway, le Chef du département des Aurors ainsi que Paul Travers.
Non, c'était impossible, Matthew ne pouvait pas être l'un d'eux.
Cependant, en voyant Alice et Harry, l'expression sur le visage de Matthew Holloway avait brusquement changé.
-Stuart? Potter? avait-il dit, incrédule et il avait abaissé légèrement sa baguette.
Sans avertissement, l'Auror Fox avait lancé un sortilège qui avait manqué Lucius uniquement parce qu'Alice fut plus rapide et jeta un sort de protection devant eux à la même seconde.
-N'ATTAQUEZ PAS! CE SONT STUART ET POTTER! avait crié le Chef des Aurors en se tournant vers les deux autres Aurors à ses côtés.
Mais Fox l'avait ignoré et avait attaqué de nouveau.
-J'AI DIT DE NE PAS ATTA…
Le reste de la phrase mourut sur les lèvres de Matthew Holloway tandis qu'un sort l'avait frappé par derrière, lancé par Paul Travers. Alice et Lucius avaient alors instinctivement pris couvert derrière l'un des modules assurant la ventilation du bâtiment et l'instant suivant, Lucius avait aperçu Potter, il n'avait pas bougé et se tenait complètement immobile au milieu du toit, comme paralysé.
-Potter! POTTER! avait crié Lucius, incrédule et horrifié.
Et puis, la seule chose à laquelle il avait pensé était son fils. Son fils qu'il ne perdrait pas une deuxième fois et il n'avait plus réfléchi.
